Dazibao

Si tu as le droit de te rappeler ce qu’on t’a fait de mal, tu as l’obligation de te rappeler aussi ce qu’on t’a fait de bien.
DL

*

L’Amérique doit changer, pas moi.
– Dany Laferrière, dénonçant la censure de son film par la presse américaine, AFP
5 juillet 1990

Dany Laferrière, co-réalisateur du film Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, a accusé hier la presse américaine de censure, le titre de son film ayant été transformé en Comment faire l’amour… par plusieurs journaux qui le trouvaient « choquant » pour la communauté noire américaine.

Ces journaux, dont le New York Times, le Washington Post et le Boston Globe, ont de surcroît refusé d’utiliser, pour illustrer leur article, l’affiche du film qui représente un noir couché sous un drap qui s’élève jusqu’au ciel comme une voile de bateau… « Cette affiche est drôle. Elle n’a rencontré aucun problème en France. Elle a même eu un beau succès à Cannes », a déclaré à l’AFP Dany Laferrière, un Noir d’origine haïtienne.

Le film qui traite notamment des relations interaciales entre deux Noirs et deux Blanches sort vendredi à Washington, après New-York il y a trois semaines.

« C’est une situation névrotique. Si un groupe ne peut pas rire de lui-même, c’est foutu. Ce titre est une satire. L’Amérique doit changer, pas moi », a conclu Laferrière, également auteur du roman qui a inspiré le film.


*

Quand tout tombe, il reste la culture
– Dany Laferrière, première déclaration après le séisme de Port-au-Prince
12 janvier 2010

*

Haïti et le Québec « m’ont structuré »
– Dany Laferrière, AFP
13 décembre 2013

Laferrière offre son entrée à l’Académie française « à Haïti et au Québec »
Agence France Presse

« Cette entrée à l’Académie, je l’offre à Haïti et au Québec », a réagi l’écrivain Dany Laferrière, élu jeudi à l’Académie française, une distinction saluée dans tout Haïti.

« Laferrière, notre Citadelle à l’Académie française », titrait en Une vendredi le seul quotidien francophone d’Haïti, Le Nouvelliste –une référence à la Citadelle Laferrière, un fort situé dans le nord du pays. Radios et journaux étaient à l’unisson pour saluer un « honneur » fait au pays, qui peine toujours à se relever du terrible séisme de 2010.

Haïti et le Québec « m’ont structuré », a déclaré Dany Laferrière à l’AFP, se souvenant qu’après son départ pour l’exil, ses premières années au Québec avaient été déterminantes dans sa vie et sa carrière d’écrivain.

« J’ai travaillé pendant huit ans dans des usines, faisant des petits boulots, occupant des petites chambres en ville jusqu’à la publication de mon premier roman. Les années québécoises sont des années déterminantes », a-t-il pointé.

Né à Port-au-Prince, Dany Laferrière a passé une partie de son enfance dans la ville de Petit-Goave, située une centaine de kilomètres à l’ouest de la capitale d’Haïti.

D’abord journaliste en Haïti, il a quitté l’île en 1974 pour s’installer au Québec après l’assassinat d’un ami journaliste par les hommes de main de Jean-Claude Duvalier.

Les écoliers de Petit-Goave devaient fêter vendredi l’entrée de l’écrivain à l’Académie française par une manifestation: « Je ne rêvais pas mieux que d’attendre les résultats dans ma bonne vieille ville natale et d’être au milieu des jeunes lycéens », a conclu Dany Laferrière, depuis l’hôtel où il séjourne pour une foire internationale du livre à Port-au-Prince.

L’écrivain a ironisé sur le défilé de personnalités venues le féliciter: « Immortel, mais quand même bien fatigué ».

« C’est d’abord un honneur pour les Haïtiens qui ont toujours honoré le savoir et l’ouverture de ce grand auteur », a de son côté réagi le président Martelly, souhaitant que l’oeuvre de l’écrivain reste « éternelle dans la mémoire et le vécu de tous les Haïtiens ».

*

Sa réussite était la nôtre, son échec aurait dû être le nôtre aussi.
DL

*

Quand une femme dit NON, il faut arrêter
quand un noir dit « J’ÉTOUFFE » il faut arrêter aussi.
Dany Laferrière, 2021

Le temps n’est pas à la fête, mais à l’introspection, selon Dany Laferrière. L’écrivain a publié mercredi un Petit traité sur le racisme, rédigé à chaud après la condamnation de Derek Chauvin pour le meurtre de George Floyd.

Il faut qu’on réfléchisse en même temps qu’on fête.

Dany Laferrière nous invite ainsi à prendre un pas de recul pour examiner la présence bien enracinée du racisme en Amérique.
Entrevue avec Anne-Marie Dussault à l’émission 24|60.

On fête pour si peu

Le meurtre de George Floyd doit être analysé, selon l’écrivain, avec une profondeur de champ : en le reliant à toutes sortes d’événements [qui constituent] un long fil rouge et sanglant.

*

Le racisme est un business qui rapporte.
Dany Laferrière

*

On n’est pas forcément du pays où l’on est né.
Dany Laferrière

*

Je suis né à Haïti, mais je suis né écrivain à Montréal
– Dany Laferrière, Discours de remise de son épée d’Académicien
26 mai 2015

*

C’est injuste de traiter les Haïtiens de misère du monde quand nous savons qu’ils seront la « richesse du Québec » dans moins d’une génération.
– Dany Laferrière
8 avril 2025

Réponse de Dany Laferrière aux déclarations du Ministre Roberge à Radio-Canada, sur l’arrivée possible des Haïtiens aux frontières Saint-Bernard-de-Lacolle.

*

L’émotion annule le temps.
– Dany Laferrière

*

Ce n’est pas parce qu’on a souffert qu’on a raison sur tout.
– Dany Laferrière

*

On n’est pas insomniaque si on aime lire
– Dany Laferrière

*

Pour empêcher un Haïtien de rêver, il faut l’abattre.
– Dany Laferrière

*

On est vraiment mort quand il n’y a personne pour se rappeler notre nom sur cette Terre.
– Dany Laferrière, L’odeur du café

*

Richard Martineau vit intellectuellement au dessus de ses moyens.
– Dany Laferrière, La Presse
13 novembre 2005

III. Le déjanté du sous-sol

La semaine dernière, Richard Martineau a, dans sa chronique régulière au magazine Voir, traité d’un sujet qui m’intéresse au plus haut point: le bruit. Le bruit que l’on fait, ces jours-ci, autour de la moindre bagatelle. Le bruit qui accompagne l’intolérance. Le bruit qui empêche de réfléchir. Disons le bruit que fait lui-même Martineau depuis un bon moment déjà. Et c’est encore Martineau qui trouve qu’il y a trop de bruit dans notre vie. Il veut plus d’esprit. On aimerait se rappeler la dernière fois qu’on a lu un propos nuancé sous la plume de Martineau. Déjà le titre de sa chronique, Ondes de choc, nous indique son état d’esprit. Celui d’un adolescent qui tape sur sa batterie, au sous-sol, à côté d’une machine à laver tressautante. C’est à rendre une mère folle.

Comment cela se traduit dans sa chronique? Il commente des livres qu’il n’a pas lus attentivement et traite de dossiers qu’il ne maîtrise pas. Il croit nous berner en citant hors contexte quelques phrases chocs. On me dit qu’il est si occupé à intervenir sur toutes les estrades qu’on ne peut quand même pas s’attendre à ce qu’il aille au fond des choses. Je veux bien, mais on se fait discret dans ce cas-là. Martineau vit intellectuellement au-dessus de ses moyens, dépensant plus qu’il ne possède. La faillite le guette, et l’huissier, un matin, frappera à sa porte.

Je ne peux pas m’empêcher de penser à ce brillant jeune homme que j’ai connu, il y a près de 20 ans, avec ce sourire en coin et cette lueur dans les yeux. Qu’en as-tu fait, Richard?

*

Ceux qui aiment ont toujours raison.
– Dany Laferrière, Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer

*

La vengeance nègre et la mauvaise conscience blanche au lit, ça fait une de ces nuits !
– Dany Laferrière, Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer

*

Il faudrait quand même commencer à parler de dette de l’esclavage.
Dany Laferrière, France Info
4 mai 2025

Alors que la question se pose du remboursement par la France à Haïti de la dette de l’indépendance, Dany Laferrière appelle à parler davantage de « la dette de l’esclavage ». « J’ai dit que j’étais contre le mot ‘dette de l’indépendance’ parce que l’indépendance est une chose si grave, si sacrée, si importante qu’on ne devrait pas la mêler à cette dette qui est arrivée bien plus tard et qui était une rançon plus qu’une dette », explique l’écrivain.

*

J’ai fait mieux que donner mon nom à la bibliothèque de Petit-Goâve : j’ai fait entrer Petit-Goâve dans la Bibliothèque.
– D. L., Petit-Goâve
8 septembre 2017

Réponse de Dany Laferrière à un Petit-Goâvien rencontré à l’aéroport de Port-au-Prince après la nuit de la terrible Irma, inquiet pour la bibliothèque de Petit-Goâve.

Lettre de Dany Laferrière au Directeur de la Bibliothèque municipale de Petit-Goave.

Je suis parti un peu vite, juste après le passage de la terrible Irma. J’étais attendu à Liège pour lancer le festival de Théâtre de Liège. C’était un événement coloré et vivant. Il faisait un peu frisquet le soir, mais ce n’était rien pour un habitué du grand froid montréalais que je suis devenu au fil des années. C’est l’un des avantages du voyage au long cours : cela nous permet de connaître des situations inédites. Entre ma nuit angoissante avec Irma et ce départ chaotique, je n’ai pas pu te saluer ni eu le temps de discuter avec toi de tout ce charivari autour de la bibliothèque, de ta bibliothèque.

Durant cette journée mémorable que j’ai passée avec toi, ce dimanche si lumineux coupé par une averse tropicale qui m’a ravi, j’ai pu prendre la mesure de ta détermination. Si cette bibliothèque existe, c’est grâce à toi, et aussi à ce jeune ingénieur qui en a conçu les plans et nous a gâtés avec cette belle lumière qui traverse ses salles, ainsi qu’à ce jeune homme qui travaille pour AAA, et surtout à Emmelie Prophète qui continue à défendre la bibliothèque avec son acharnement coutumier. Quel beau projet c’était ! Quel beau projet c’est toujours. Mais ce n’est pas un projet : c’est une œuvre qu’il faut sauver. C’est là que je voulais en venir.

Il faut sauver la bibliothèque à tout prix. C’est la prunelle des yeux du petit lecteur qui attend avec impatience de pouvoir y entrer. Fais en sorte qu’il puisse le faire le plus vite possible et dans les meilleures conditions morales. Je trouve que « Bibliothèque municipale de Petit-Goâve » est un beau nom. Le mot Petit-Goâve est si doux, si lumineux, et représente tant de gens affamés de culture. On aura toujours à faire un choix entre ce qui est important et ce qui est plus important. Certaines personnes espèrent que cette bibliothèque soit détruite : il faut tout faire pour ne pas leur donner cette chance, quitte à diminuer notre rêve de vingt pour cent. Ce qui m’avait fait accepter la proposition que mon nom soit associé à la bibliothèque, c’était l’idée que cela me permettrait de l’aider plus facilement. Avec mon nom dessus, il aurait été plus simple pour moi de négocier des dons de livres auprès d’institutions internationales dont certaines restent réticentes à aider un organisme sans visage.

Je voulais être ce visage connu qui permettrait d’identifier de loin la bibliothèque. Bien sûr, ce fut aussi un grand honneur pour moi. L’enfant de Petit-Goâve, cette ville où j’ai appris les rudiments de la lecture et de l’écriture. Cette ville que j’ai décrite dans un grand nombre de mes livres. Cette ville que j’évoque partout où je passe depuis plus de trente ans. Cela, personne, je crois, ne l’ignore. D’ailleurs, je continuerai à travailler avec toi, même sans mon nom. Ma femme écume les librairies bon marché de Montréal pour acheter des albums pour les enfants, ce secteur jeunesse qui lui tient tant à cœur. Je voudrais donner les livres que j’ai ramassés à Paris et qui constituent un bon petit lot. Il faut faire vivre cette magnifique bibliothèque. Une bibliothèque, c’est le cœur vibrant d’une ville ; elle peut faire barrage à l’arbitraire en réduisant le nombre de barbares. Ton courage, ta détermination et ton calme m’impressionnent. Garde cette flamme que j’ai vue dans tes yeux et cet enthousiasme qui irrigue tes actions. Il y a d’autres difficultés sur ta route, mais tu les franchiras aisément si tu ne te lances pas aveuglément dans la mêlée.

Un seul conseil : quand les esprits s’échauffent, prends du recul. Laisse-les faire un moment : ils finissent souvent par exprimer leurs véritables motivations, ce qui mène souvent à leur perte. Et fais confiance aussi à ceux qui n’ont pas de voix, qui ne peuvent pas entrer de plein fouet dans la bataille, mais dont l’apport sera précieux plus tard, au moment de construire. Les gens de bien, mise sur eux. Ils sont dans l’ombre mais toujours présents. Pas de déclaration qui pourrait les attrister. C’est souvent mieux de ne pas faire de déclaration du tout. Continue à travailler comme si de rien n’était. Ne laisse pas les destructeurs t’imposer leur rythme et leur agenda. En fait, j’ai bien vu que tout cela est déjà en toi. Aime ta bibliothèque, elle est magnifique. Et fais en sorte qu’elle devienne la bibliothèque de tous les lecteurs. Et fais-toi un réseau de personnes fiables et dévouées à la cause du livre.

Je ne veux pas trop te bombarder de conseils, simplement te dire que je suis si heureux de cette belle bibliothèque, celle que j’ai toujours rêvée pour ma ville.

Tu te souviens, lors de ma visite, je t’avais dit que c’était pour moi la véritable inauguration de la bibliothèque.
Elle appartiendra à tous ceux qui y entrent.

Toute mon affection,

Dany Laferrière
18 septembre 2017