Distinctions

Ordres nationaux

Commandeur Légion d’honneur France
2 avril 2015
Carton Légion d'honneur Distinction Légion d'honneur
« Cher Maître, cher Dany Laferrière,

C’est un grand plaisir de vous accueillir ce soir à la Résidence de France de Montréal pour vous remettre les insignes de Commandeur de la Légion d’honneur.

C’est à Port-au-Prince, en Haïti, que vous avez vu le jour. La dictature de Duvalier vous éloignera de votre père, qui devra s’exiler à New York en raison de ses opinions politiques anti-duvaliéristes. Et bien que né dans la capitale haïtienne, vous passerez une bonne partie de votre enfance à Petit-Goâve, époque heureuse dont vous relatez le souvenir dans L’Odeur du café. Vous y vivrez entouré de femmes : votre mère, votre grand-mère Da, vos quatre tantes. C’est là que vous apprenez le français. Cela va vous ouvrir les portes de la littérature française.

Malgré un contexte social et politique local difficile, vous devenez journaliste pour l’hebdomadaire Le Petit Samedi Soir. Le 1ᵉʳ juin 1976, votre ami Gasner Raymond, lui aussi journaliste, est retrouvé mort. Vous sentant menacé, vous décidez de quitter votre pays. Ce tragique épisode de votre existence, vous le décrirez dans votre roman Le Cri des oiseaux fous. Le jeune journaliste de 23 ans que vous êtes débarque alors dans le Montréal olympique, où il doit secouer son destin pour se fabriquer une vie d’écrivain.

Si vous faites les cent métiers pour survivre, vous vous emparez du mythe le plus puissant de l’Amérique, le succès, que vous déclinez ici auprès de la gent féminine dans votre premier roman Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer. Ce roman fait l’effet d’une bombe. Vous serez écrivain de langue française. Les mots, empruntés à Louis Aragon, sont pour vous comme un programme, une façon d’annoncer que la vérité, la vôtre, n’est pas toujours conforme à la réalité. Aimant brouiller les pistes, vous déroulez le fil de votre vie comme un roman.

Sur la scène littéraire québécoise, votre personnage médiatique prend de plus en plus de place, ce qui contrarie votre besoin d’écrire. En 1990, vous décidez de vous installer à Miami, pour vous consacrer pleinement au travail d’écriture. Vous y rédigerez l’essentiel de votre Autobiographie américaine, qui vous fait voyager en dix tomes d’Haïti à Montréal en passant par les États-Unis, dont vous faites la radiographie notamment dans votre roman Cette grenade dans la main du jeune Nègre est-elle une arme ou un fruit ?

Bien qu’une part importante de votre œuvre revisite le pays de vos origines, que vous en explorez le souvenir et en décrivez la réalité, vous refusez pourtant l’épithète d’auteur créole et d’écrivain de l’exil. Pour vous, l’auteur « écrit sur ce qui se passe là où il vit », habitant par le corps et par l’écriture les espaces géographiques et symboliques de l’Amérique du Nord. Au moment où vous achevez la rédaction de votre Autobiographie américaine, vous regagnez Montréal. En plus de publier Je suis fatigué, bilan de vos activités, vous entreprenez de réécrire certains des titres déjà parus.

Parallèlement, vous vous lancez dans l’écriture de scénarios et vous faites vos armes comme réalisateur de cinéma avec Comment conquérir l’Amérique en une seule nuit. Le mouvement migratoire alimente votre œuvre littéraire. Ce lieu de mouvance est en fait pour vous une idée de l’Amérique, sans frontières géographiques ni définitions identitaires, là où le réel et le fictif se confondent pour céder toute la place à ce voyage dans l’espace magnifié d’une Amérique réinventée.

Homme engagé et généreux, vous avez reçu de nombreux prix littéraires, dont le Prix Médicis en 2009 pour L’Énigme du retour et le Grand prix du Livre de Montréal pour ce même ouvrage. Chroniqueur à Radio-Canada, scénariste, vous avez coprésidé le « Festival des étonnants voyageurs d’Haïti » et présidé plusieurs Salons du Livre. Vous aimez la langue française et vous êtes l’un des signataires, en mars 2007, du manifeste intitulé Pour une littérature du monde en français, qui exige que la francophonie se démarque d’une simple variante de la littérature française.

Ce message a été entendu. Votre élection, le 13 décembre 2013, à l’Académie française, au fauteuil d’Hector Bianciotti, est le témoignage de cette reconnaissance. Elle consacre votre œuvre, l’œuvre d’un auteur francophone qui a contribué, à sa manière, à tisser ces liens si particuliers qu’établit la francophonie entre des terres éloignées, quel que soit leur statut politique. Et la France s’honore d’accueillir en son sein, sous la coupole de l’Académie française, un écrivain dont la personnalité et l’œuvre habitent l’Amérique toute entière, un auteur au destin singulier qui, par sa simplicité, son humour, sa gravité parfois, a toujours mis au cœur de sa pensée littéraire l’humanité des hommes, cette humanité qui vous fait dire que « ceux qui aiment ont toujours raison ».

Pour toutes ces raisons, l’homme de lettres que vous êtes est aujourd’hui honoré par la France pour son apport exceptionnel à la littérature francophone.

Bruno Clerc
Au nom du Président de la République et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons Commandeur de la Légion d’honneur. » — Bruno Clerc, Consul général de France à Montréal, au nom du Président de la République
Officier Ordre du Canada Canada
Admission : 19 novembre 2015 · Investiture : 25 août 2017
Ordre du Canada cérémonie Ordre du Canada portrait

Décoration reçue des mains du gouverneur général David Johnston à Rideau Hall.

« Dany Laferrière compte parmi les grands de la littérature canadienne francophone. Il s’est fait remarquer dès son premier livre et son oeuvre a été traduite dans une quinzaine de langues. Fier de ses origines haïtiennes, il explore des thèmes universels comme l’intégration et le multiculturalisme. Ce fin observateur de la vie quotidienne a également scénarisé trois de ses romans qui ont été adaptés pour le cinéma. Récipiendaire de nombreux prix et honneurs ici et à l’étranger, il est notamment le premier Canadien élu à la prestigieuse Académie française.

Il y a cinquante ans, l’Ordre du Canada voyait le jour en tant que symbole distinctement canadien visant à reconnaître des citoyens exceptionnels et à en inspirer d’autres à édifier un pays toujours meilleur. Un demi-siècle plus tard, nous avons une rare occasion de faire le bilan de nos progrès, de célébrer nos réalisations et de renouveler notre détermination à renforcer ce pays que nous avons la grande chance d’habiter.

Le rassemblement d’aujourd’hui à Rideau Hall nous permet de nous retrouver en tant que communauté et de nous donner les moyens de poursuivre notre travail ensemble. C’est aussi un grand privilège de retrouver parmi nous certains de mes prédécesseurs vice-royaux pour qui l’Ordre revêt une si grande importance. Voyez cette occasion non pas comme un aboutissement ou un point culminant, mais plutôt comme une étape qui ouvre de nouvelles possibilités, peut-être encore plus grandes que jamais, de redonner à ce pays qui nous a tant apporté.

L’Ordre du Canada regroupe un réseau extraordinaire de gens talentueux, bienveillants et dynamiques provenant des quatre coins de ce pays immense et diversifié. Mais, comme c’est le cas de tous les regroupements, l’Ordre est bien plus que la somme de ses parties. Ensemble, profitons de cette occasion pour renforcer cette communauté, discuter des défis et des possibilités qui se présentent à notre pays, et trouver de nouvelles façons d’améliorer cette grande nation qui amorce un autre demi-siècle de son existence.

Son Excellence le très honorable
David Johnston
Gouverneur général du Canada » — Son Excellence David Johnston, Gouverneur général du Canada
Officier Ordre national du Québec Québec
Ordre national du Québec
Ordre national du Québec Ordre du Québec Officier Ordre du Québec
Officier Ordre de Montréal Montréal
Ordre de Montréal
« Aujourd’hui, nous honorons un citoyen qui se dévoue pour le bien commun et le développement social et économique de notre ville. Il participe, de façon remarquable, à dynamiser notre métropole et à la faire rayonner ici comme à l’international. En remettant la médaille de l’Ordre de Montréal, nous lui redonnons un peu de ce qu’il a si généreusement donné à Montréal. » — Denis Coderre, Maire de Montréal, 2017

Médaille commémorative

Médaille Jubilé de diamant de la reine Elizabeth II
Médaille jubilé de diamant

La Médaille du jubilé de diamant de la reine Elizabeth II a été créée en 2012 dans le cadre des célébrations qui ont marqué le 60e anniversaire de l’accession au trône de la reine Elizabeth II en tant que Reine du Canada. Cette médaille commémorative a permis au Canada de rendre hommage de façon tangible à la reine Elizabeth II pour son dévouement envers notre pays ; cette distinction a également permis de reconnaître les contributions et réalisations de Canadiennes et de Canadiens.

Pour qu’une variété de champs d’activités soient représentés, des partenaires gouvernementaux et non-gouvernementaux avaient été identifiés par le gouvernement du Canada et invités à envoyer la nomination des candidats au sein de leur communauté ou de leur organisation pour l’octroi de cette distinction honorifique nationale.

Description de la médaille

Sur l’avers figure le profil de la souveraine au nom de laquelle est décernée cette médaille. Le revers souligne le soixantième anniversaire de l’accession au trône de la reine Elizabeth II, c’est-à-dire son jubilé de diamant. Cet anniversaire s’exprime par la forme diamantée du losange central, par son fond composé d’un ensemble de diamants, et par les deux dates. Le chiffre royal, composé de la couronne royale au-dessus des lettres EIIR (i.e. Elizabeth II Regina, ce dernier mot latin signifiant « reine »), identifie le souverain à l’honneur. Les feuilles d’érable rappellent le Canada, tandis que la devise, VIVAT REGINA, signifie « Longue vie à la Reine ! » Le ruban utilise un nouvel agencement des couleurs bleue, rouge et blanche utilisées pour les rubans de la Médaille du couronnement de 1953, la Médaille du jubilé d’argent de 1977 et la Médaille du jubilé d’or de 2002. Le dessin de la médaille a été conçu par l’Autorité héraldique du Canada. La médaille a été fabriquée par la Monnaie royale canadienne, à ses installations d’Ottawa.

Ordres et distinctions culturelles

Grand officier Ordre de la Pléiade – Assemblée parlementaire de la Francophonie
10 avril 2025

Ordre à vocation internationale depuis 1976, la Pléiade reconnaît la contribution exceptionnelle de personnalités émérites, issues de domaines divers, qui œuvrent à l’épanouissement et au rayonnement de la langue française et au dialogue des cultures. La présidente de l’Assemblée nationale du Québec, Nathalie Roy, a remis à Dany Laferrière l’insigne de l’Ordre de la Pléiade à l’occasion d’une cérémonie officielle. Promu au grade de grand officier, l’auteur a reçu cette prestigieuse distinction « pour la portée considérable de son œuvre littéraire ».

Nathalie Roy a décerné cet honneur à Dany Laferrière au nom de l’Assemblée nationale du Québec ainsi qu’au nom des membres de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, mentionnant au passage que cet écrivain d’exception a fait du français « non pas l’accent mais la langue de l’Amérique ».

Frantz Benjamin, Dany Laferrière et Lyonel Carmant Ordre de la Pléiade
Commandeur Ordre des Arts et des Lettres – France
Compagnon Arts et des lettres – Québec

Dany Laferrière reçoit son insigne de Compagnon de l’Ordre des arts et des lettres du Québec de la présidente du conseil d’administration du CALQ, Mme Marie Côté, ainsi que du président-directeur général du CALQ, M. Stéphan La Roche, avant le spectacle HaHaHaïti, dont il est le président d’honneur, au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts.

« Vos accomplissements nous remplissent de fierté. Outre vos accomplissements littéraires, il y a aussi votre présence chaleureuse et généreuse dans la vie culturelle québécoise et haïtienne : à la télévision, à la radio, au cinéma, dans de nombreux événements, festivals, colloques, salons du livre, ou comme ce soir dans des soirées pour promouvoir des projets porteurs et structurants. Vous représentez une étincelle qui donne espoir aux jeunes du Québec, mais aussi d’ailleurs, vous illuminez notre existence par vos écrits et vos réflexions sur la condition humaine ; vous êtes un phare de la Francophonie. »
Compagnon des arts et lettres du Québec
Chevalier Ordre du Mérite culturel – Monaco
Médaille Ordre des francophones d’Amérique
Distinction Mérite du français dans la culture – Québec
Membre d’honneur Académie des sciences, belles lettres et arts de Bordeaux – France
Membre d’honneur Académie de Nîmes – France

Distinctions civiques et reconnaissance publique

Honneur Citoyen d’honneur de la Ville de Montréal
Clé Ville de Miami

Le 29 mars 2025, au Little Haiti Cultural Complex, cœur battant de la communauté haïtienne de Miami, la foule était au rendez-vous. Haïtiens, Américains, Canadiens, Français : tous réunis pour écouter celui qui, depuis quarante ans, tisse une œuvre dans une langue à la fois limpide et vertigineuse. Là, dans ce sanctuaire culturel, l’exil n’était plus seulement douleur – comme le dictateur l’aurait rêvé pour nous – mais aussi célébration. Une manière d’affirmer que l’identité ne se dilue pas dans la migration : elle s’y transforme, s’y enrichit, s’y prolonge, avec toutes ses convulsions. Dans un pays où le pouvoir s’exprime souvent par les murs qu’il érige, les clés remises à Dany Laferrière résonnaient comme des gestes de contre-pouvoir. Remettre les clés d’une ville à un écrivain, c’est ériger la littérature en autorité morale – même si la littérature s’enchante de son autonomie. Ces villes ne lui ont pas seulement ouvert leurs portes : elles lui ont donné droit de cité dans l’imaginaire collectif. North Miami Beach, North Miami, et enfin une clé très rare, qui englobe toutes les autres : celle de la ville de Miami, que la commissaire municipale a présentée comme la plus haute distinction de sa juridiction.

Clé North Miami Beach

Le 29 mars 2025, au Little Haiti Cultural Complex, cœur battant de la communauté haïtienne de Miami, la foule était au rendez-vous. Haïtiens, Américains, Canadiens, Français : tous réunis pour écouter celui qui, depuis quarante ans, tisse une œuvre dans une langue à la fois limpide et vertigineuse. Là, dans ce sanctuaire culturel, l’exil n’était plus seulement douleur – comme le dictateur l’aurait rêvé pour nous – mais aussi célébration. Une manière d’affirmer que l’identité ne se dilue pas dans la migration : elle s’y transforme, s’y enrichit, s’y prolonge, avec toutes ses convulsions. Dans un pays où le pouvoir s’exprime souvent par les murs qu’il érige, les clés remises à Dany Laferrière résonnaient comme des gestes de contre-pouvoir. Remettre les clés d’une ville à un écrivain, c’est ériger la littérature en autorité morale – même si la littérature s’enchante de son autonomie. Ces villes ne lui ont pas seulement ouvert leurs portes : elles lui ont donné droit de cité dans l’imaginaire collectif. North Miami Beach, North Miami, et enfin une clé très rare, qui englobe toutes les autres : celle de la ville de Miami, que la commissaire municipale a présentée comme la plus haute distinction de sa juridiction.

Clé North Miami

Le 29 mars 2025, au Little Haiti Cultural Complex, cœur battant de la communauté haïtienne de Miami, la foule était au rendez-vous. Haïtiens, Américains, Canadiens, Français : tous réunis pour écouter celui qui, depuis quarante ans, tisse une œuvre dans une langue à la fois limpide et vertigineuse. Là, dans ce sanctuaire culturel, l’exil n’était plus seulement douleur – comme le dictateur l’aurait rêvé pour nous – mais aussi célébration. Une manière d’affirmer que l’identité ne se dilue pas dans la migration : elle s’y transforme, s’y enrichit, s’y prolonge, avec toutes ses convulsions. Dans un pays où le pouvoir s’exprime souvent par les murs qu’il érige, les clés remises à Dany Laferrière résonnaient comme des gestes de contre-pouvoir. Remettre les clés d’une ville à un écrivain, c’est ériger la littérature en autorité morale – même si la littérature s’enchante de son autonomie. Ces villes ne lui ont pas seulement ouvert leurs portes : elles lui ont donné droit de cité dans l’imaginaire collectif. North Miami Beach, North Miami, et enfin une clé très rare, qui englobe toutes les autres : celle de la ville de Miami, que la commissaire municipale a présentée comme la plus haute distinction de sa juridiction.

Titre Gardien du livre en Haïti
20 juin 2019

Dany Laferrière, invité d’honneur de la 25e édition de Livres en folie, a été élevé au rang de « Gardien du livre » par les organisateurs de la foire, Le Nouvelliste et la Unibank en présence de plus de 200 invités prestigieux.

« Par la présente, le titre de Gardien du livre est décerné à Dany Laferrière né Windsor Klébert Laferrière par les organisateurs de Livres en folie en reconnaissance de son apport inestimable à la cause de la lecture, du livre et de la création littéraire ».

Ému, Dany Laferrière a déclaré « Ce n’est pas un prix mais une distinction », soulignant que le titre de « Gardien du livre » lui rappelle un autre titre qui lui a été attribué par le New York Times, celui de « Gardien de la langue » paraphrasant son auteur préféré Jorge Luis Borges qui, lors de sa nomination comme directeur de la Bibliothèque nationale d’Argentine en 1955, a déclaré « Je n’ai vécu que pour ça », sous les applaudissements nourris du public.

Gardien du livre en Haïti
Titre Écrivain-Roi de la Ville de Petit-Goâve
Petit-Goâve © Laure Morali 2013 Photo: Chantal Guy, La Presse

Dany Laferrière a été accueilli en véritable «roi» dans sa ville natale.

L’une des nombreuses activités organisées pour les Rencontres québécoises en Haïti était une visite de Petit-Goâve, la ville où Dany Laferrière a passé son enfance, qui a accueilli l’écrivain en grande pompe dans le cadre de son 350e anniversaire. La Presse y était.

On le sait, Dany Laferrière est une figure très connue au Québec. Sa célébrité est encore plus grande en Haïti, où il est une véritable star. Il ne peut pas faire un pas sans être abordé, interrogé, photographié. Cette réalité a atteint un paroxysme lorsqu’il est retourné lundi dans la ville de son enfance, Petit-Goâve, immortalisée dans son oeuvre, notamment L’odeur du café. La ville de son inoubliable grand-mère, Da.

Les écrivains Joséphine Bacon, Laure Morali, Louise Dupré et André Roy, qui participaient à cette virée, ont pu constater sur place la fébrilité extrême qui s’était emparée de la place pour le retour de l’enfant prodigue. Des banderoles partout souhaitaient la bienvenue.

Comités d’accueil, discours, remise de la clé de la ville par la mairesse, annonce d’une bibliothèque Dany-Laferrière, et une fanfare bruyante qui suivait tous les déplacements de l’écrivain dans les multiples points où il était attendu.

À l’école

Le point culminant aura été le passage du Prix Médicis à son ancien lycée Faustin-Soulouque. Auparavant, il a voulu visiter une école pour enfants défavorisés qui lui ont littéralement sauté dessus pour l’embrasser. «Ils m’ont absorbé !» racontait-il, étonné.

Au lycée, des centaines d’élèves étaient rassemblés pour recevoir celui qu’ils ont surnommé «l’écrivain-roi», pour lequel ils avaient fabriqué une couronne en carton. Ce à quoi Dany Laferrière a gentiment répliqué : «J’ai voulu être le poète de Petit-Goâve. Je ne suis pas un roi, mais un poète.»

D’ailleurs, en questionnant quelques élèves pendant la cérémonie, on a pu constater que l’ambition est un sentiment très bien partagé dans la patrie de Laferrière. «Je veux être écrivain et encore meilleur que Dany Laferrière», nous a dit l’un d’eux. Ce qui a fait sourire le «roi». «Ils te donnent une couronne et après, ils te coupent la tête !»

Devant ces milliers d’yeux attentifs, il a raconté le choix fondamental de l’écriture dans l’exil. «J’ai connu la détresse des chambres d’hôtel. J’ai connu la joie aussi. Mes premiers lecteurs ont été des Québécois. J’ai failli tomber dans le piège de la célébrité. J’ai été sauvé par une petite pépite au fond de ma poche : Da et Petit-Goâve. En écrivant, je voulais revoir ma grand-mère. Je voulais revoir Petit-Goâve.» Pour ces jeunes qui rêvent souvent de fuir leur pays, c’est une déclaration importante à retenir.

Il faut passer par Petit-Goâve pour comprendre ce que voulait dire Dany par «le charme des après-midi sans fin». Jolie petite ville colorée où l’on imagine très bien l’enchantement préservé de l’enfance. Dany a mené ses invités à la maison de sa grand-mère Da. Montré les coins où elle passait ses journées. Raconté par quel raccourci il fuyait la correction quand il avait fait une bévue. «Passé 16h, je pouvais revenir. Tout est oublié passé 16h.»

La maison, vert et orange, intacte, sert aujourd’hui d’entrepôt, mais contient tout le mystère des origines. Da est morte, mais existe pour toujours dans les livres de son petit-fils.

En retournant à Port-au-Prince, nous avons eu droit à une explication hilarante de la rivalité entre Petit-Goâve et Grand-Goâve. Une vieille histoire. Un camion de Petit-Goâve se serait renversé à Grand-Goâve, où l’on aurait volé les sacs de farine. Depuis ce temps, on les traite de «voleurs de farine». Rivalité exacerbée lorsque le grand prix de la loterie nationale a une fois été gagné à Grand-Goâve, ce qui a poussé les habitants de Petit-Goâve à aller insulter la statue de la Vierge !

Dany ne pouvait pas se priver de la boutade. En passant par Grand-Goâve, il a ouvert la fenêtre du bus et crié, pour rigoler : «Voleurs de farine ! Vous n’avez même pas d’écrivain !»

Chantal Guy, La Presse

Titre Immortel du Salon du livre de Montréal
19 novembre 2014

Le Salon du livre de Montréal a inauguré sa 37ᵉ édition à la Place Bonaventure en rendant hommage à Dany Laferrière. L’écrivain, célébré pour son œuvre et son attachement à la langue française, s’est vu décerner un titre d’immortalité, distinction symbolique saluant « une reconnaissance éternelle pour son amour de la langue française qui traverse l’Amérique et les Caraïbes ».

Doctorats honorifiques

Honoris Causa École normale supérieure de Lyon France

En lui décernant un doctorat honoris causa l’École normale supérieure de Lyon est fière d’honorer en la personne de Dany Laferrière non seulement un auteur témoin de son temps, mais un écrivain engagé. S’il se présente lui-même comme « un écrivain primitif » il est avant tout un auteur humain dont les écrits vous prennent aux tripes ou vous font rêver, sourire ou pleurer. Il est traduit dans une douzaine de langues.

DHC ENS Lyon 21 novembre 2010

Dany Laferrière s’est dit très ému de recevoir un Doctorat Honoris Causa, lui qui n’a pas pu faire des études aussi longues qu’il le souhaitait : « Heureusement il y a les bibliothèques municipales et les grands classiques ne coûtent pas cher » a-t-il souligné avec le sourire.

« Le dictateur m’avait jeté à la porte de mon pays. Pour y retourner, je passe par la fenêtre du roman »… ces quelques mots de Dany Laferrière, extraits de son livre L’énigme du retour résument son parcours humain, politique et littéraire. Ce roman lui a valu le Grand Prix du livre de Montréal 2009 et le Prix Médicis 2009.

« J’écris comme je vis » était le thème de sa conférence. Dans ses livres Dany Laferrière n’hésite pas à faire des apartés pour dire qu’il est dans son bain, qu’il écoute tel morceau de jazz ou qu’une mangue vient de tomber par terre juste à côté de lui. Mais le 12 janvier 2010 Dany Laferrière était à Port-au-Prince pour le festival « Étonnants voyageurs » et il a vécu le tremblement de terre. Il ne peut pas ne pas en parler ; ce sera d’ailleurs le thème de son prochain livre à paraître en février prochain. Devant un auditoire attentif il évoque, la voix marquée par l’émotion, les sensations, les bruits, puis « ce terrifiant silence ».

« 15 min seulement après le séisme je me suis posé une question d’écrivain. Et j’ai regardé : pas une fleur ne s’était brisée… Le léger a survécu. Ce qui m’a donné une idée de l’art d’écrire : le profond coule, disparaît, le léger surnage… (…) Je voulais pouvoir noter pour raconter. J’ai ressorti mon carnet et mon stylo. (…) Tout le monde essayait de faire comme si rien ne s’était passé. C’est ça la dignité humaine. (…) Il y avait ceux qui chantaient. Il y a eu 43 secousses. 43… Et il y avait cet appétit vorace de vivre. »

Honoris Causa Université de Paris-Sorbonne et Pierre-et-Marie-Curie France

L’université Paris-Sorbonne et l’Université Pierre et Marie Curie ont organisé leur première cérémonie conjointe des Docteurs Honoris Causa. 14 personnalités incarnant l’excellence dans leur domaine ont été honorées dans le Grand Amphithéâtre de la Sorbonne, parmi lesquelles : M. Dany Laferrière de l’Académie française, Mme Gro Harlem Brundtland, ex Première ministre de Norvège, et Mme Vigdís Finnbogadóttir, ex présidente de la République d’Islande.

Sorbonne Honoris Causa
Honoris Causa Université McGill Canada
Honoris Causa Middlebury College États-Unis
Honoris Causa Université Simon Fraser Canada
Simon Fraser Simon Fraser Simon Fraser
Le doctorat honoris causa, ça dépasse les frontières. On doit vraiment accorder une importance à tout ce qui relie le monde, qui retisse le monde pour en faire un monde complet.
— D. L.

Aujourd’hui à soixante-dix ans

Je voudrais savoir comment je les ai dépensés. Je n’entrerai pas trop dans les détails intimes de la famille, sachant qu’une discussion à propos de l’argent n’est pas moins obscène, dans le sens premier de derrière la scène, qu’une discussion à propos de la sexualité. Je me contenterai de rappeler mon parcours disons intellectuel. J’ai vécu une enfance lumineuse dans une petite ville (Petit-Goâve) entourée de montagnes bleues, pas loin d’une mer turquoise. J’ai tout appris au pied d’une grand-mère sereine qui passait ses après-midi à siroter du café sur la petite galerie. Elle offrait du café aux passants qui lui racontaient leur vie. Et c’est ainsi que j’ai appris comment conduire un dialogue, et ce qu’était une narratrice. Ce petit théâtre a duré onze ans. Et me voilà, à Port-au-Prince, en 1964, glissant des bras de ma grand-mère à ceux de ma mère, passant d’une petite ville de province sentant le jasmin à une grande ville surpeuplée à forte odeur de gazoline. Et j’ai déjà dépensé onze centimes. À Port-au-Prince, c’est le temps de ma mère, j’allais apprendre à survivre dans la gueule du crocodile, disons à la barbe du dictateur. Cette leçon m’est offerte par une femme mince, déterminée et énergique, et qui n’a jamais baissé les bras. Elle a élevé ses enfants, seule, puisque son mari, mon père, était déjà parti en exil. Elle m’a appris l’importance de la vie quotidienne, de la vie ordinaire, de cette vie qui se passe, dans l’intimité des douleurs, hors des grandes déclarations lyriques. Cette vie qui ne s’arrête jamais et dont la seule stratégie est de tenir. Tenir pourquoi ? Pour que quand la dictature tombera qu’on puisse se relever aussitôt. Tenir comment ? En protégeant coûte que coûte l’avenir des enfants. Dans ce cas, la bataille se faisait autour de l’école. Pour le dictateur, tous les prétextes étaient bons pour fermer les classes, ce qui mettait ma mère hors d’elle. Elle nous faisait prendre des leçons particulières, de nouvelles dépenses pour cette femme déjà fortement endettée. Je deviens journaliste, comme mon père. Et, malgré sa peur viscérale dès qu’il s’agit de moi, elle m’a laissé affronter le monstre, comme on chuchotait la nuit. Je travaillais à la radio et dans la presse écrite, presque sans salaire. Ma mère continuait à régler toutes les factures, refusant que je me trouve tout autre boulot ailleurs que dans la littérature. Cela dura jusqu’à mon exil en juin 1976 après l’assassinat de mon ami, le journaliste Gasner Raymond. J’avais déjà dépensé vingt-trois centimes à mon arrivée à Montréal, au moment des Jeux olympiques, les jeux où la petite gymnaste Nadia Comăneci a réussi la note parfaite. J’allais dépenser huit centimes de plus à l’usine. On pourrait penser, à l’époque, que c’est de l’argent jeté par la fenêtre. Aujourd’hui, je crois que c’était de l’argent bien placé. Ces années m’ont sorti de mon confort d’enfant protégé par sa maman pour me faire entrer de force dans la peau de l’ouvrier nord-américain. Des choses matérielles devenaient aussi fondamentales que celles spirituelles. Comme cette clé que je dois avoir constamment sur moi, sous peine de payer cinq dollars au concierge, chaque fois que je la perds. Apprendre à cuisiner afin de ne pas tout dépenser au restaurant. Dormir pour rester éveillé au travail et ne pas se faire broyer le bras par la machine, comme cela a failli m’arriver. La lessive, la propreté du corps, le coiffeur. Je ne savais pas que vivre exigeait une telle concentration d’énergie et autant de petites dépenses qui finissent par faire de grands trous dans mes économies. Puis j’ai acheté une machine à écrire pour taper, comme Kerouac, mon premier roman, à 32 ans. Je venais d’arriver enfin dans cette vie pour laquelle ma mère a fait tous les sacrifices. J’ai connu la célébrité tout de suite pour deux raisons. Pour la première fois dans un roman, un étranger, je ne m’étais pas encore naturalisé, jetait un regard littéraire et moderne sur Montréal et, de plus, c’était un roman plein d’humour et d’autodérision. On m’a tout de suite employé à la télé pour faire la météo, puis comme chroniqueur artistique. Mais j’ai quitté Montréal pour Miami en 1990 après avoir fait monter mes dépenses à trente-sept centimes. J’ai passé douze ans à Miami à écrire sans lever la tête de ma table de travail, et donc sans quitter cette chambre de tortures où je me triturais la mémoire et les émotions. La ville ne m’intéressait guère et j’en ai conclu qu’il est toujours mieux d’écrire dans une ville sans intérêt pour soi. On reste plus concentré. Me voilà de nouveau à Montréal en 2002. Je savais ce qui m’attendait. Je connaissais la ville comme ma poche. Et j’avais apprivoisé l’hiver, en tout cas c’est ce que je pensais. J’aurais dû me méfier de ce député qui m’avait promis, grâce à son influence sur la nature, un hiver chaque quatre ans. J’ai publié quelques livres encore et à partir de 2009, les choses se sont accélérées. Mon roman L’énigme du retour a eu le prix Médicis en novembre 2009, un prix que seule Marie-Claire Blais avait eu auparavant. Je n’ai pas eu le temps de trop fêter puisqu’un terrible tremblement de terre, faisant 280 000 morts, m’a surpris à Port-au-Prince le 12 janvier 2010. J’étais plongé dans le plus grand désarroi quand l’Académie française m’a reçu en 2013 parmi ses membres, faisant de moi le premier citoyen haïtien et canadien à être élu dans cette prestigieuse institution qui a connu Racine, La Fontaine, Voltaire, Dumas, Hugo, Chateaubriand, Pasteur et Montesquieu à qui j’ai succédé au fauteuil numéro 2. Une période toute en montagnes russes qui m’a laissé sur le carreau, comme un boxeur qui a reçu un coup sous la ceinture. Puis la vie a repris, et aujourd’hui, après avoir dépensé une bonne partie de l’argent du jour, me voilà à soixante-dix ans ou soixante-dix centimes, à fêter cet âge avec vous en recevant cette prestigieuse distinction de l’Université Simon Fraser. Malheureusement celle qui m’a appris à économiser mon temps, à bien dépenser mon argent et à ménager l’avenir en général et ceux des miens en particulier, est partie en 2017, sa journée faite, à quatre-vingt-dix centimes de dépenses. Il me reste, dans le meilleur des cas, trente centimes dans les poches. Comment vais-je les investir ? Avec ma famille, j’espère.

Merci

Dany Laferrière, discours du 7 juin 2023

Honoris Causa Université d’Ottawa Canada
Université d'Ottawa Université d'Ottawa

J’écris ce discours un soir doux de mai à peine arrivé à Buenos Aires. C’est une ville avec laquelle je tisse des relations distantes puisque c’est la première fois que je m’y trouve mais en même temps très intenses du fait que mon père y a vécu comme diplomate vers la fin des années 50 et que Borges, l’écrivain que j’admire le plus, y est né. Ce qui est encore plus étrange c’est que j’étais le jour précédent à Genève où Borges a été enterré dans un petit cimetière près de mon hôtel et malgré tout j’ai refusé d’aller voir sa tombe. Il m’a semblé qu’il était plus naturel de commencer par la naissance. Je suis dans cette ville parce que mon ami Alberto Manguel, qui rentre au pays natal, m’a demandé de venir parler de Borges aux Argentins. Il m’a même offert de passer le séjour dans la maison où Borges a vécu avec sa mère et sa sœur et où le jeune Alberto allait faire la lecture au vieil érudit. Je suis dans cette chambre dans un état de fièvre, n’osant pas sortir avant d’évoquer Borges puisque c’est par lui que j’ai connu Buenos-Aires où pourtant a vécu mon père. De ces deux-là je ne sais plus lequel est le plus légitime : le père légitime ou le père littéraire. Celui qui m’a donné naissance ou celui qui m’a offert la fenêtre sur Chesterton, de Lugones, sur Quevedo, sur Cervantes, sur Shakespeare et sur tant d’écrivains, de philosophes et même de littératures plus discrètes que celles qui se baladent toujours sous nos yeux. À ces littératures bien connues il a ajouté la littérature islandaise ou ce genre à mes yeux suspect qu’il a su renouveler : la littérature policière comme la géologie. Tout cela doit vous sembler assez touffu pour perdre un esprit, j’en conviens, mais tel était mon état d’esprit durant cette fin d’après-midi. Et si ça ne suffit pas j’ajouterai que je suis dans le pays d’Hector Bianciotti, celui à qui je succède au fauteuil numéro deux de l’Académie française. Dans ce petit fourmillement de faits, d’émotions et de sentiments jetés pêle-mêle sur le papier il y a là toute une vie vouée à la littérature. La littérature dans ses deux manières : la lecture et l’écriture. Deux rivières qui forment ce fleuve qui m’a emporté loin du monstre au visage blême qu’est l’ennui. L’ennui conduit au meurtre du temps. Le temps c’est tout ce que nous avons pour faire durer nos joies. Et la lecture, comme l’écriture, permet d’effacer au moins les peines légères. Et aujourd’hui je suis invité à recevoir ce doctorat honoris causa de l’université d’Ottawa. C’est une grande fierté que d’être reconnu par vous pour n’avoir presque rien fait. J’ai écrit quelques livres, j’en ai lu beaucoup plus, j’ai fait la sieste, j’ai voyagé un peu partout pour raconter les mêmes choses, celles que je vais vous raconter ce soir. Le fait qu’il y ait eu dans ma vie des paysages et des voyages. Parfois les paysages ressemblent à des visages impassibles, d’autres fois les visages ressemblent à des paysages en mouvement. L’homme est donc un arbre qui marche dans la forêt du temps.

Je vais tenter, pour justifier cette récompense, de remonter le fil du temps afin de vous présenter les lieux et les gens qui me légitiment sur cette terre. Je vous ai déjà présenté Borges tout en le superposant avec mon père.

Au tout début il y eut Petit-Goâve et ma grand-mère. Petit-Goâve n’est pas un fruit tropical, c’est la ville où j’ai passé mon enfance avec ma grand-mère. La route qui mène de Port-au-Prince à Petit-Goâve ressemble à un boa allongé pour une longue digestion. Pour s’y rendre on traverse des villages, des marchés toujours animés et une montagne, le terrible morne Tapion, source de tous mes cauchemars d’enfant. Juste au bas de la montagne Petit-Goâve s’étale le long d’une mer turquoise. Ma grand-mère habite le 88 de la rue Lamarre, j’en ai fait, à l’évoquer si souvent, l’une des adresses du bonheur universel. Ce qui se déroule là concerne la planète entière : une enfance heureuse sous une dictature féroce. Comment était-ce possible ? Je ne l’ai su que des décennies plus tard, en écrivant un livre sur cette époque. Les femmes de cette partie de ma vie c’est-à-dire ma grand-mère, ma mère et mes tantes ont fait cercle autour de moi pour me protéger du monstre qui pouvait dévorer aussi comme dans les contes cruels. Non seulement je n’ai pas subi ses méfaits mais plus encore je n’ai pas eu vent durant toute mon enfance de son existence. Ce qui va fonder ma philosophie de la vie : les monstres se nourrissent de nos peurs. Nous pensons si fortement à eux que nous finissons par les inviter dans notre intimité. Il se passait trop de choses dans le cercle enchanté pour que j’eusse conscience d’un autre monde. Le mien trop riche m’absorbait nuit et jour. C’étaient les fourmis que j’observais sur la galerie quand ma grand-mère buvait ce café des Palmes qu’elle n’oubliait jamais d’offrir aux passants, c’était les libellules au vol si soyeux, les papillons qui se faisaient dévorer par des fourmis carnivores, la pluie qui dévale la montagne et que Augereau Bazile arrivait malgré tout à précéder sur sa bicyclette pour annoncer sa venue prochaine, les hommes à qui ma grand-mère offrait une tasse de café et qui la remerciaient en soulevant leur chapeau. C’est cette vie tranquille, humaine que la dictature cherchait à détruire afin d’enlever tout sens de dignité aux gens et que j’ai cherché à reconstruire en les mettant bout à bout les plus minuscules faits. J’ai cherché aussi à présenter ces faits sous leur lumière naturelle et à garder dans chacun d’eux cette émotion qui remonte à l’enfance. Cette enfance qui se termine brutalement quand j’ai terminé mon cours primaire. Dois-je vous dire que je n’ai jamais quitté le cercle enchanté et même si la plupart de mes protectrices sont mortes je continue à les faire vivre dans mes livres. C’était l’une des raisons secrètes de mon destin d’écrivain.

J’ai quitté Petit-Goâve pour Port-au-Prince le cœur gros d’une peine inconsolable. Mais Port-au-Prince est si différent de Petit-Goâve, si vivant, si bruyant qu’il m’a comme attrapé au lasso. J’étais devenu assez vite un gamin de Port-au-Prince. N’y voyez aucune turbulence, je passais mes après-midis à étudier et à faire mes devoirs. Cette rigueur vient du fait que ma mère avait toujours peur pour moi à cause du loup qui rodait toujours à l’orée des bois. Partout où j’allais même au cinéma avec les copains un adulte m’accompagnait. Je ne savais pas que mes incessants déplacements grugeaient l’économie familiale. Ma mère ne s’en est jamais plainte. À l’école on parlait politique à voix basse. Je découvrais un nouveau monde fait de colères rentrées des adultes que le dictateur cherchait constamment à humilier afin de les empêcher de se révolter. Et l’univers des filles qui poussait mon cœur à des acrobaties incroyables. Ce n’était pas encore le temps de l’amour mais celui de tous les désirs. Ma mère ne me semblait pas la bonne personne avec qui discuter de telles choses. Pas qu’elle ne voudrait pas, elle ferait tout pour me rendre la vie plus belle, mais je ne la croyais pas compétente en la matière. C’est une affaire d’homme et mon père était en exil. Ma mère me parlerait de sentiments et ce n’était pas le sujet. Tant bien que mal sous le regard impuissant de ma mère j’ai fini par traverser la forêt des désirs qui rendent fou. J’ai connu à Petit-Goâve l’ardeur du sentiment amoureux et à Port-au-Prince les orages d’un désir tenu en laisse. Ma nouvelle passion c’est le journalisme. Ce n’est pas la politique qui m’intéresse, contrairement à la plupart de mes compatriotes, mais l’idée que la vérité des faits existe et qu’il faut aller la chercher. Mes amis journalistes voulaient charger le gouvernement, si monstrueux, de plus de crimes qu’il n’en commettait, moi je voulais juste dire les choses telles qu’elles s’étaient passées. Pour moi mentir revenait à employer les méthodes du pouvoir. Mentir c’est projeter de l’illusion, le pouvoir le fait pour nous faire peur et nous mentons pour l’intimider. On ne saura jamais ce qui s’est passé alors. Deux écoles, et la mienne a été rejetée. Et un midi, coup de tonnerre, on apprend que le journaliste le plus intrépide de notre génération, le chef de file de l’autre école a été battu à mort et jeté sur une plage. C’était aussi la fin d’une époque, la mienne…

J’ai quitté rapidement Port-au-Prince pour Montréal. Cette ville dont je ne connaissais pas grand-chose. Je n’avais jamais entendu parler de hockey ni de tourtière que je prenais pour un piège pour les oiseaux. Je suis quand même arrivé au cœur de l’été 1976, l’année des Jeux olympiques et de l’arrivée au pouvoir du Parti québécois. Une année décisive. Je m’inscris doucement dans le paysage tentant d’apprendre la manière de vivre des gens. Il m’a semblé que c’était la moindre courtoisie que chercher à connaître les gens d’abord au lieu de leur imposer ma vue des choses. J’ai travaillé plus de huit ans dans différentes entreprises avant de m’acheter une Remington 22 qui fera de moi un écrivain. Ce livre ne s’écrira pas aisément car ma situation financière était au plus bas. Je ne travaillais plus. J’avais choisi d’être écrivain et je n’avais pas peur des conséquences d’une telle décision. Mes amis passaient le soir et apportaient des légumes, de l’huile, des fruits, de l’oignon, du vin et je faisais à manger. On discutait de littérature et après on allait danser dans une discothèque de l’avenue du Parc, la même qu’on trouve dans mon premier roman. Malgré les difficultés à trouver l’argent pour le loyer, ma vie fut facile. Il faut dire que mon expérience de la vie m’a aidé à supporter ce que d’autres auraient trouvé insupportable. J’écrivais le matin, je lisais au Carré Saint-Louis l’après-midi et je notais tout ce qui se passait sous mes yeux. Le roman est sorti en novembre 1985 et ma vie a changé. Je suis passé de chômeur à chroniqueur à la télévision gagnant largement ma vie à parler de la pluie et du beau temps. Mais cela ne me suffisait pas. Il me fallait écrire une œuvre, cette chose qui court sur 20, 30 ans et Montréal, avec toutes ces sirènes de la gloire naissante ne me semblait pas propice à une telle entreprise.

Je suis parti avec ma famille à Miami où je me suis installé près de la fenêtre qui donne sur un cocotier pour réveiller ce monde de l’enfance. J’ai écrit en un mois ce petit livre qui grandit sans cesse dans mon cœur, surtout depuis que ma grand-mère est morte : L’Odeur du café. Un peu plus tard j’ai écrit un autre livre, toujours à propos de ma grand-mère afin de m’assurer de sa présence éternelle : Le Charme des après-midis sans fin. Et tant d’autres, une dizaine, à qui j’ai donné le titre général d’Autobiographie américaine. Une fois terminé Le cri des oiseaux fous je suis retourné à Montréal, cette ville qui a donné naissance à l’écrivain que je suis. Je le dis et redis : Port-au-Prince m’a donné naissance mais c’est à Montréal que je suis devenu écrivain. J’ai écrit à ce jour une trentaine de livres et tous ont d’abord paru à Montréal. C’est là que se trouve mon premier lectorat. C’est dans cette ville que j’ai croisé pour la première fois quelqu’un que je ne connaissais pas en train de lire mon livre. C’est cette ville que je place au centre de mon premier livre. J’ai décrit ma vie à Montréal. Au point qu’il m’arrive de dire que si je ne suis pas à Montréal c’est que je suis à Port-au-Prince, si je ne suis pas à Port-au-Prince c’est que je suis à Montréal, mais si je ne suis dans aucune de ces deux villes c’est que je suis mort. Et pour m’avoir Paris a dû m’offrir pas moins que l’immortalité… Je vous remercie à nouveau pour cet insigne honneur… je ne le mérite pas du fait que je n’ai fait comme je l’ai dit au début qu’écrire, lire et voyager, et je ne voudrais pas que l’on voit ce titre si distingué comme une prime à la paresse, cette paresse qui est selon Jules Renard, l’art de se reposer avant la fatigue.

Discours de Dany Laferrière, 19 juin 2017

Honoris Causa Université du Québec à Montréal (UQAM) Canada

Discours honoris causa — Mes cinq poissons d’or

Madame la présidente du Conseil d’administration,
Monsieur le doyen,
Madame la doyenne,
Chers membres du cortège d’honneur,
Chers diplômés,

Cela fait un moment que je nage dans cette mer d’encre, avec des nuits de tempête où je n’ose monter sur le pont, de peur qu’une vague ne m’emporte. Je me demande à chaque fois ce que je suis venu faire sur ce bateau sans capitaine. Le bois craque sous la poussée du vent, et j’ai depuis longtemps perdu le nord. Cette boule d’angoisse qui m’oppresse. Le seul de mes sens encore en activité me permet de capter le moindre bruit autour de moi, mais aussi les bruits à venir durant cette nuit d’encre qui semble n’avoir pas de fin. Je reste à attendre le jour avec son cortège d’oiseaux piailleurs. Je remonte sur le pont en me demandant ce que je suis venu faire sur cet esquif de papier. Peut-être pêcher ces cinq poissons d’or qu’on trouve parfois dans les mythologies naïves. Je m’assois donc à l’avant, les pieds dans l’eau, pour pêcher par mer calme. Le soleil, la mer, le silence : je n’ai besoin que de ça pour qu’une vie bruyante surgisse au bout de mes doigts.

Soudain, la ligne bouge. Un joli poisson d’or. Et déjà l’enfance qui gigote sur le pont. Je revois ces images que certains d’entre vous connaissent, puisque je ne cesse de les semer le long de ma route, ces cailloux blancs qui ont permis à d’autres enfants, dans d’autres rêves, de retrouver le chemin du retour. Je ne cesse de dérouler, sous mes yeux constamment éblouis, les mêmes images d’un bonheur immobile. Celui que j’ai connu sur la petite galerie de Petit-Goâve, au pied d’une grand-mère qui carbure au café, des fourmis nomades, d’un chien claudiquant et d’une petite fille à robe jaune qui me gardait enfiévré. C’est là que j’ai appris à observer sans chercher à comprendre. J’avais remarqué qu’on apprend beaucoup plus par les sens qu’on ne comprend par l’esprit. Si l’esprit me dit qu’il pleut, la vue me permet d’admirer ce nuage d’eau en mouvement, et l’odorat de jouir de l’odeur de la terre mouillée. C’est là que j’ai appris aussi à écouter le vol soyeux des libellules et les conversations graves ou fantaisistes des passants, qui reviennent si souvent qu’ils sont devenus, dans ma mémoire, des parents. Un village. Si le café a irrigué le temps béni de l’enfance, l’encre m’a permis, des années plus tard, de faire ressurgir ces visages déjà brûlés par le temps. Dans ce monde où les idées s’agitent, parfois pour nous troubler, on aurait intérêt à revenir à la source de ce fleuve d’émotions et de sensations qu’est l’enfance.

Je relance la ligne dans une mer plutôt mouvementée pour remonter un autre poisson d’or. Je quitte Petit-Goâve pour Port-au-Prince, avec ses troubles politiques et une découverte en forme de charge électrique de mille volts qu’on appelle paresseusement le désir. Pendant plus de dix ans, j’ai serré dans ma paume ce câble nu. Les jeunes filles si libres de la maison d’en face semblaient avoir plus de pouvoir sur mes sens que le dictateur sur la ville. Cette découverte m’avait bien troublé : un pouvoir désiré et un pouvoir inacceptable. Ce face-à-face se joue depuis la nuit des temps. J’allais m’enfoncer longuement dans cette nuit pleine de bruits et de fureur avec des jeunes gens auréolés d’une gloire dont on trouve la saveur dans ce poème de Depestre – je cite de mémoire ces vers d’un jeune poète de seize ans :
« Je ne viendrai pas ce soir tisser au fil de ton regard des heures d’abandon et de gloire. / Des camarades de bronze m’attendent à l’assaut d’une citadelle qui s’écroule. »

Mais cette citadelle ne s’est pas tout de suite écroulée, et Montréal fut la fragile lumière au bout de ce tunnel de boue et de sang.

Un soleil miroitant sur l’eau, comme dans un haïku de Bashô. Un poisson d’or frétille au bout de la ligne. Son éclat nouveau me saisit. Dormir dans une ville où l’on a vécu toute sa jeune existence pour se réveiller dans une autre, où l’on ne sait pas encore qu’on y passera peut-être le reste de sa vie, exige quelques secondes, ne serait-ce que pour méditer sur les surprises d’une existence qui n’en manque pas, même si je donne parfois l’air de rester imperturbable au milieu du fleuve du temps. Si j’ai l’air de revenir sans cesse sur le temps, c’est qu’il finit par s’incruster dans la chair de l’exilé.

Trêve de jérémiades, car Montréal m’a permis de flâner librement dans sa douce nuit d’été, de découvrir cette intimité nécessaire à l’écriture durant l’hiver, de boire du vin dans des boîtes de nuit fréquentées par une faune bigarrée – ce qui m’a permis d’écrire mon premier roman –, de découvrir la cuisine et les mystères des épices, de fréquenter les musées, de subir le travail répétitif et anonyme des usines, ce qui est une école pour un jeune intellectuel du Tiers-Monde habitué à survoler la vie. Mais j’aurais fait ce voyage rien que pour découvrir cette baignoire qui n’existe que dans les maisons bourgeoises en Haïti, cette baignoire qui m’aurait permis de lire en toute quiétude des pans entiers d’une bibliothèque que je ne pouvais que rêver en Haïti. Cette baignoire qui reçoit dans son ventre rond ce liquide amniotique qui me console de l’absence de ma mère. C’est bien là que j’ai lu Borges, Bukowski, Baldwin, Boulgakov et Bashô, ces cinq « B » de ma vie de lecteur. Dans cet espace humide, je retrouve à coup sûr une douceur qui annule le temps. Cela ne doit pas me faire oublier ces amis que Legba, le dieu qui ouvre la barrière permettant de passer d’un monde à un autre, a placés sur mon chemin. Certains parmi les plus chers sont ici, d’autres à leurs occupations, et un grand groupe que je croise parfois sur mon chemin et qui me demande des nouvelles de Da, de mes tantes ou de Borges. La littérature m’a ouvert ce bel espace que je voudrais toujours élargir. Le lien est un lien solide entre deux êtres qui, peut-être, ne se rencontreront jamais. Montréal a fait de moi cet écrivain méditatif.

Un saumon d’or. Me voilà dans un de ces retours où la fureur des dieux me surprend. C’était le 12 janvier 2010. Je serai bref sur cette chose innommable à qui il a fallu trente-cinq secondes pour emporter une ville, ma ville, avec tout ce qu’elle contenait de rêves et de réalités. Je n’ai pas la force poétique de l’apôtre Jean pour décrire cette apocalypse. Un jour apparaîtra un jeune poète qui nous dira ce qu’il a vu. Je ne peux que secouer la poussière sur mes vêtements avant de continuer ma route.

Le dernier poisson d’or a été attrapé cette semaine, durant ce voyage à Beyrouth où je n’ai ressenti aucune peur, plutôt une joie de circuler dans cette ville souvent blessée. Et c’est en banlieue de Beyrouth que j’ai découvert les ruines de Byblos, cette ville qui a vu naître l’alphabet. Imaginez mon émotion, moi qui ne vis que par ces chétives lettres toujours gorgées d’encre et de sang. Je me suis promené dans les pas de ces gens qui ignoraient peut-être qu’ils avaient inventé le plus beau jouet du monde. Ce fut là un gros poisson d’or, qui m’a renvoyé à la petite galerie de ma grand-mère Da, à Marquis le chien claudiquant, au soleil de midi de Petit-Goâve, au café. Tout ce qui fait le charme des après-midis sans fin. Et je ne peux qu’être ému de recevoir aujourd’hui un doctorat honoris causa de cette prestigieuse université, moi qui ai passé mon temps à faire la sieste, à lire dans la baignoire et à pêcher de temps en temps quelques poissons d’or. Les livres se sont faits la nuit, pendant que je dormais.

Dany Laferrière, 19 novembre 2013

Honoris Causa Université du Québec à Rimouski (UQAR) Canada

Prix littéraires

Livre Prix Médicis pour L’énigme du retour France
Livre Prix du Gouverneur général pour Je suis fou de Vava Canada

Dany Laferrière tient la promesse faite à sa grand-mère.

«Je suis fou de Vava», qui vaut une nouvelle distinction à Dany Laferrière, sera traduit dans quelque temps par l’écrivain Lyonel Trouillot. Avant la remise du prix par la Gouverneure générale du Canada, Michaelle Jean, Dany Laferrière ouvre son cœur aux lecteurs de Le Nouvelliste.

Propos recueillis par Jobnel Pierre

Le Nouvelliste : Vous venez de remporter le prestigieux Prix du Gouverneur général du Canada pour votre titre-jeunesse « Je suis fou de Vava », illustré par Frédéric Normandin. Comment vous sentiez-vous quand vous l’avez appris, à la Grande Bibliothèque de Montréal ?
D. L. Bon, j’ai déjà eu des prix, mais celui-là est le plus prestigieux du Canada. C’est étrange, je n’ai pas pensé à moi sur le coup. J’ai pensé à ma grand-mère. Je me suis dit qu’elle doit sourire là où elle est. Je lui avais dit quand j’avais neuf ans, et qu’on vivait à Petit-Goâve, qu’un jour j’écrirai un livre sur elle.

L. N. : Le récit-jeunesse « Je suis fou de Vava » plonge les jeunes lecteurs dans ce que vous savez si bien faire : raconter votre enfance. Ce récit est-il la réécriture du roman « L’Odeur du café » (1991) dans lequel vous racontiez justement votre enfance ? Pourquoi avez-vous décidé de réécrire « L’Odeur du café » ?
D. L. Oui, c’est une réécriture de L’Odeur du café, comme je réécris depuis quelques années presque tous mes livres. Pour L’Odeur du café, cela se passe par une adaptation de livre pour les enfants. C’est le monde des enfants. Un univers enchanteur. Je trouvais qu’il n’y avait pas assez de livres qui racontaient simplement une enfance haïtienne avec un thème aussi fort que la fièvre amoureuse. Les livres pour les enfants sont souvent des adaptations de fables populaires. Le monde des enfants est déjà magique, pas besoin d’ajouter des mythologies. Juste jouer au foot avec les amis peut provoquer une explosion de joie incroyable.

L. N. : Comment pourriez-vous présenter aux lecteurs du journal Le Nouvelliste la toile de fond de ce récit-jeunesse ?
D. L. C’est d’abord une histoire d’amour entre Vieux-Os, un petit garçon de dix ans, et Vava, une amie de sa cousine Didi. C’est aussi une histoire d’amitié entre les garçons, d’un côté ; et les filles de l’autre. Ces deux univers ne se sont pas encore croisés. Sauf par le coup de foudre amoureux. Son amour pour Vava le fait devenir liquide chaque fois qu’il la voit, pour finir par le clouer au lit avec une fièvre jaune. Sa fièvre est jaune parce qu’elle porte les couleurs de Vava, toujours habillée de jaune.

L. N. : Littérature adulte, cinéma, journal… on ne vous attendait pas en littérature-jeunesse. Et voici que votre premier récit-jeunesse est déjà un grand succès. C’est quoi pour vous écrire pour les jeunes ?
D. L. Je n’écris pas pour les jeunes, ni pour les adultes ; j’écris tout simplement. Il n’y a pas de lecteur enfant, il n’y a que des lecteurs. C’est pour cela que je ne change pas de ton. Mes images gardent leur force poétique. Sauf qu’avec les illustrations de Frédéric Normandin, le livre intéressera aussi un public plus jeune. Déjà à Montréal, les couleurs si joyeuses de Fred ont séduit des enfants de 3 ans. Je découvre aussi la poésie des images que j’avais connue dans mon enfance en lisant les contes de Perrault.

L. N. : En 1991, vous aviez remporté le Prix Carbet de la Caraïbe pour « L’Odeur du café », en 1993 le Prix Edgar-l’Espérance pour « Le Goût des jeunes filles », et en 2000 le Prix Carbet des Lycéens pour « Le Cri des oiseaux fous ». Comment cela se passe exactement au Prix du Gouverneur général… Il semble que c’est pour la première fois qu’un écrivain haïtien obtient cette distinction au Canada ?
D. L. Oui, c’est la première fois qu’un écrivain haïtien l’a remporté. Je suis heureux que nous ayons franchi cette étape. D’autres suivront sûrement. On a de bons écrivains à Montréal. Et une nouvelle génération qui pointe à l’horizon. On n’a jamais eu de problème de ce côté-là d’ailleurs. Un peuple d’artistes et de rêveurs.

L. N. : Qu’est-ce que l’écriture, encore mieux, la littérature représente dans votre vie ?
D. L. J’ai écrit un livre qui s’appelle « J’écris comme je vis ». C’est tout dire.

L. N. : Davertige disait que l’écrivain doit s’expatrier. En quoi, selon vous, l’expatriation de certains écrivains est-elle utile à la littérature haïtienne ?
D. L. On écrit partout. Chez soi comme ailleurs. Et ailleurs, on est encore chez soi. Il n’y a pas de frontières pour l’imaginaire. Peut-être que quand on vit dans un autre pays, on porte en soi son pays de manière plus tragique. Mais cela ne vous fait pas écrire mieux qu’un autre. Pour bien écrire, il faut rester assis longtemps à la même place. Et travailler, travailler, travailler, jusqu’à effacer tout effort et qu’on a l’impression que cela coule de source. De toute façon, il n’y a pas de ici ni de là-bas, il n’y a que des écrivains haïtiens (si on veut mettre une couleur nationale sur un écrivain). Au fond, il n’y a que des écrivains : bons ou mauvais.

L. N. : Si vous avez à dire quelque chose aux enfants haïtiens, ce serait quoi ?
D. L. Je leur dirai de ne pas se laisser raconter des histoires d’horreur sur leur pays, car il n’y a pas que cela dans la vie. Que c’est leur tour d’arriver sur terre et de vivre heureusement dans la mesure de leur possibilité. Il y aura des moments difficiles, mais il faudra aussi créer les moments de bonheur. Et que leur bonheur dépendra de vous, et c’est la chose la plus vivante et la plus subversive qui soit. Vous devez entrer dans la vie, comme un joueur de football à qui l’entraîneur vient de permettre de monter sur le terrain pour remplacer un joueur blessé. Le voilà qui court sous les vivats de la foule. Je serai toujours là, dans les gradins, pour vous applaudir.

L. N. : Auriez-vous pu demeurer en Haïti et écrire ce que vous avez écrit ?
D. L. On ne peut rien dire à propos de l’écriture, c’est si fragile qu’il suffit que le vent tourne pour changer la couleur d’une phrase. Le même lecteur peut trouver une différence quand il me lit en Haïti que quand il me lit à l’étranger. Aurai-je écrit les mêmes livres si j’étais resté en Haïti ? Non, parce que je suis sensible à ce qui m’est arrivé dans la vie. Mais aurai-je été le même homme ? Peut-être, parce que cela ne dépend pas seulement de moi, mais aussi de cette lignée de femmes (ma grand-mère, ma mère, mes nombreuses tantes et ma sœur) qui m’ont en quelque sorte façonné. Quand je suis arrivé à Montréal, Haïti m’avait déjà fait. Je ne suis jamais seul, et je marche dans les rues de Montréal toujours accompagné de mes ancêtres. Et de mon chien Marquis. Et de Vava. Je profite pour dire que la traduction en créole de ce livre (qui paraîtra dans quelque temps) a été faite par l’écrivain Lyonel Trouillot. Il y a mis l’énergie et toute la poésie dont il est capable pour faire de ce livre un classique haïtien. Ce livre n’appartient donc ni à moi, ni à Fred, ni à Lyonel, mais au premier lecteur qui l’ouvre pour découvrir son enfance.

27 novembre 2006

Œuvre Grand Prix Ludger-Duvernay Québec
« C’est à l’unanimité et avec fierté que le Conseil général de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, sur l’avis d’anciens récipiendaires, a résolu de décerner à monsieur l’Académicien, pour l’ensemble de son œuvre et l’ensemble de son être, le Grand Prix Ludger-Duvernay, l’une des plus anciennes et prestigieuses distinctions littéraires au Québec. Il honore depuis 1944 les plus illustres écrivains et écrivaines du Québec pour leur génie artistique et leur contribution extraordinaire à la culture française d’Amérique. »— Me Maxime Laporte, Président
Grand prix Ludger-Duvernay

Créé en 1944 en l’honneur de Ludger Duvernay, imprimeur, éditeur, journaliste, politicien et patriote né en 1799 et décédé en 1852, ce prix est décerné à une personne qui s’illustre dans le domaine de la littérature. Duvernay est le fondateur de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal et de la Fête nationale. Directeur de La Minerve, qui pourfendait les détracteurs de la nation, il a été étroitement lié aux revendications des Patriotes du Bas-Canada dans les années 1830.


Monsieur l’Académicien, cher Maître,
Madame la Ministre des Relations internationales et de la Francophonie,
Monsieur le Maire de Montréal,
Monsieur l’Ambassadeur d’Haïti,
Chers amis et amoureux des mots et de la langue française,

Bienvenue à cette cérémonie de remise du Grand Prix Ludger-Duvernay de la Société Saint-Jean-Baptiste. Je tiens dans un premier temps à remercier les responsables du Salon du livre de Montréal pour leur accueil et leur extraordinaire collaboration. Surtout, je veux les féliciter pour le succès retentissant de cette 38e édition ! Merci à vous qui nous faites lire, merci de nous faire découvrir des auteurs et des livres magnifiques, merci de nous entraîner année après année dans cette odyssée littéraire fascinante qui remue en nous les plus belles passions et qui parvient à nous faire oublier, l’espace d’un après-midi de lecture, par exemple, le côté sombre de notre humanité et les douloureuses tragédies qui nous affligent en ce moment même. Et mieux encore que d’oublier, lire fait penser et réfléchir. Or, nous avons besoin de mieux réfléchir, je crois, comme toujours, et de mieux méditer ce qui s’est passé à Paris comme ce qui se passe en d’autres lieux, que ce soit à Alep, à Petit-Goâve, chez nous à Montréal ou ailleurs en nos cœurs et en nos têtes. Mieux penser aux choses qu’il faut faire, aux gestes à poser pour qu’advienne une suite heureuse à ce monde, sachant que pour certains des remèdes dangereux qu’on voudrait apporter à nos maux, il ne faudrait plus qu’il faille ; il faudrait qu’il ne faille plus.

Nous sommes donc ici, dans ce festival du livre, pour célébrer ce monde que l’on doit lire et par là, approfondir. Parce que voir le monde ne suffit pas. Souvent, en réalité, on voit rien, on voit rien que ce qu’on veut bien voir, que ce qu’on croit voir. Voire rien. Et voir n’est alors que poudre aux yeux. Car, le monde n’est pas vraiment visible. Le monde, il faut le lire. Tout comme l’amour. Qui rend aveugle. À cet égard, moi je me suis résolu. Désormais, je lis mon amoureuse ; je la lis en braille ! Vous savez, je la décode par palpation… Et c’est là, je crois, la meilleure manière de se raconter la lumière, qu’on ne verrait pas autrement. Et c’est comme ça aussi qu’en lisant, à mon sens, on fait mieux que voir, on clairvoit.

Et monsieur Dany Laferrière, que nous avons l’honneur d’honorer aujourd’hui, fait partie de ces quelques rares magiciens des mots qui écrivent pour que nous claivoyions, pour que nous lisions, et pour que nous nous lisions à travers ces vers, ces univers, ces multivers qu’il nous écrit.

Le Prix Ludger-Duvernay est l’une des plus anciennes et prestigieuses distinctions littéraires au Québec. Il honore depuis 1944 les plus illustres écrivains et écrivaines du Québec pour leur génie artistique et leur contribution extraordinaire à la culture française d’Amérique. Parmi les anciens lauréats du Prix Ludger-Duvernay, on compte entre autres : Gabrielle Roy, Anne Hébert, Gaston Miron, Pierre Vadeboncoeur, Victor-Lévy Beaulieu, Gérald Godin, Marie Laberge, Jacques Ferron, Michèle Lalonde, Louis Caron, Marie-Claire Blais, Germaine Guèvremont, et j’en passe…

Cette récompense porte le nom du Patriote, journaliste et écrivain, qui fut le père fondateur de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal. Rappelons que la Société, qui est bien connue pour avoir créé la Saint-Jean-Baptiste, Fête nationale du Québec, est également à l’origine de nombreuses réalisations dans le domaine des arts et de la culture, telles que la première école nationale de théâtre, l’école des Beaux-Arts, plusieurs grands journaux et revues intellectuelles, et le Monument national… La Société a aussi joué un rôle majeur dans notre histoire sociale, politique et économique, ayant par exemple été derrière la création des Hautes Études commerciales, de la première école technique, de la Chambre de commerce de Montréal, des Premières caisses d’épargne, du principe des prêts et bourses pour les étudiants via le Prêt d’honneur, et même du Premier mouvement féministe francophone. Elle a toujours prôné l’accès universel et gratuit à l’éducation et travaillé à l’émancipation maximale des Québécois de toutes origines.

Heureusement, il y a la Société. Et plus heureusement encore, nous pouvons compter sur des ambassadeurs de notre francité, et le plus grand parmi ceux-là, parce qu’Immortel, c’est Windsor Klébert Laferrière, devenu Dany, cet homme au parcours remarquable qui, venu d’Haïti, a su envoûter le Québec au point où pour la seconde fois dans notre histoire, nous fûmes conquis. Dany Laferrière figure sans contredit parmi les plus grands poètes et romanciers de son temps. Amoureux de la langue française, voilà un artiste remarquable doté d’un sens du style et de l’originalité sans pareil. Chacune de ses œuvres nous remue et nous émeut profondément, durablement. Dès lors qu’on a goûté au parfum de sa prose, on ne souhaite plus jamais s’en passer. Humain par-dessus tout, ce Québécois d’adoption, qui chaleureusement, a su adopter tous nos hivers et tous nos travers jusqu’à devenir présentateur météo, – et malgré quelques exils compréhensibles sous le soleil de Floride, cet être à l’humour contagieux parvient par sa seule présence à nous accrocher un sourire au visage. Il suscite l’admiration de ses pairs et inspire toute une génération de créateurs à travers la Francophonie et au-delà.

Pour toutes ces raisons et plus encore, c’est donc à l’unanimité et avec fierté que le Conseil général de la Société, sur l’avis d’anciens récipiendaires, a résolu de décerner à monsieur l’Académicien, pour l’ensemble de son œuvre et l’ensemble de son être, le Grand Prix Ludger-Duvernay.

Merci.
Maxime Laporte, avocat
Président, Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal
Salon du livre de Montréal, 21 novembre 2015

Œuvre Grand prix Martin Luther King Jr. Canada

Le 31 janvier 2015, la compagnie de théâtre BTW rend hommage à l’icône littéraire, Dany Laferrière, en lui remettant le prix « Dr. Martin Luther King Jr. Achievement Award ». Dany Laferrière se verra remettre ce prestigieux prix à la 29e édition du Gala annuel Vision lors d’une élégante soirée baptisée « Vision 2015 ». À cette occasion, les organisateurs lanceront le « Mois de l’histoire des Noirs » avec un cocktail et un souper, qui sera suivi d’un spectacle et d’une soirée dansante. Fabienne Colas, Présidente et Fondatrice du Festival International du Film Black de Montréal, et Quincy Armorer, Directeur artistique du Théâtre BTW, co-animeront l’événement.

« Vision 2015 » présentera aussi le prix Gloria-Mitchell Aleong Award for Artistic Achievement à l’acteur Jaa Smith-Johnson, le Victor Phillips Award for Artistic and Academic Achievement à Noella Alexander-Young et le Dr. Clarence Bayne Community Service Award à M. Noel Alexander.

Dany Laferrière est un écrivain né à Port-au-Prince, ayant vécu à Montréal, dont le roman L’énigme du retour s’est vu remettre le Prix Médicis, le Grand prix du livre de Montréal, le Grand prix littéraire international Métropolis Bleu et le Prix des librairies. Dany Laferrière a été nommé « Personnalité de l’année » par La Presse et Radio-Canada et a récemment fait son entrée à l’Académie française. Le Théâtre BTW se dit honoré de rendre hommage aux accomplissements remarquables de Dany Laferrière en lui remettant le Dr. Martin Luther King Jr. Achievement Award. En rendant hommage à Dany Laferrière, le Théâtre BTW tente aussi de rapprocher les communautés artistiques francophones et anglophones tout en célébrant la diversification des arts et du paysage culturel canadiens.
MJ / Radio Métropole Haïti

Œuvre Grand Prix International de littérature – Maison des cultures du monde Allemagne

Commentaire du jury pour le choix des lauréats 2014

L’Énigme du retour est l’ouvrage le plus personnel et le plus accompli de Dany Laferrière : une méditation simple et profonde, où l’auteur se raconte en retrouvant son pays natal, sur les traces de son père disparu. C’est un monologue poétique, tel un solo de saxophone, qui s’ouvre dans l’exil canadien et s’achève dans la pauvreté extrême d’Haïti ; une quête littéraire d’identité qui inclut naturellement le lecteur au cœur du texte.

Dany Laferrière, lauréat du prix Médicis et désormais membre de l’Académie française, relève ici avec une remarquable justesse le défi lancé par le manifeste d’Aimé Césaire, le Cahier d’un retour au pays natal. Le rythme de l’œuvre originale — alternant poésie, prose et réflexion essayistique — est restitué avec une grande finesse dans la traduction sensible de Beate Thill.
Œuvre Grand Prix Gouverneur de la Rosée Haïti

Créé en 2001 par l’ancien ministre de la Culture, Guy Paul, le Prix Gouverneur de la Rosée du livre et de la littérature salue les performances des créateurs haïtiens et permet au public de lier connaissance avec les promoteurs de la culture haïtienne.

Œuvre Grand Prix International Metropolis bleu Canada

Décerné chaque année, le Grand Prix littéraire international Metropolis bleu récompense un écrivain de renommée internationale pour l’ensemble de son œuvre. Le prix est doté d’une bourse de 10 000 $. Il est remis à l’occasion du Festival littéraire international Metropolis bleu.

Livre Grand Prix du livre de la Ville de Montréal pour L’énigme du retour
Grand Prix du livre de Montréal
Lauréat du Grand Prix du livre de Montréal 2009 qu’il a reçu hier pour L’énigme du retour, Dany Laferrière a dédié son prix… à Montréal et à ses amis de la ville qu’il a choisie — ou est-ce le contraire ? — quand il a quitté Haïti, voilà 33 ans. «Je suis un homme de ville», a lancé le romancier originaire de Port-au-Prince qui rentre à peine de Paris où il recevait, il y a 10 jours, le prix Médicis pour ce roman «aussi original que grave» selon les mots de Gérald Tremblay, oeuvre qui «interpellera nombre d’exilés que compte notre métropole ouverte et diversifiée».

L’énigme du retour était en lice avec deux autres titres de Boréal : le recueil poétique Thérèse pour Joie et Orchestre d’Hélène Monette et le roman L’oeil de Marquise de Monique LaRue qui avait remporté le GPLM en 1990 pour Copies conformes. Étaient aussi en lice : le «roman graphique» Paul à Québec de Michel Rabagliati (La Pastèque) et le recueil de poésie Prière à blanc de Michael Delisle.

Et que disent Maggie et les filles de cette manne ? «Comme ça n’arrête pas, elles n’ont pas encore eu le temps de faire le bilan…»

Pour l’écrivain Gary Victor, invité d’honneur du 32e Salon du livre de Montréal, tous ces prix remportés par son ami Laferrière donnent aux Haïtiens un modèle positif, eux qui «trop souvent ne voient que des modèles frauduleux». «Dany est l’une des figures de proue de la littérature haïtienne, qui est très vigoureuse malgré tous les problèmes du pays. Les succès de Dany nous montrent l’étendue des possibles…»
— Daniel Lemay, La Presse, 17 novembre 2009
Livre Prix des libraires du Québec pour L’énigme du retour

Plus de 200 libraires ont voté — un record — pour souligner la qualité littéraire de deux romans parus cette année, l’un québécois, l’autre étranger : L’énigme du retour de Dany Laferrière (Boréal) et Vendetta de R.J. Ellory (Sonatine) sont les grands gagnants du Prix des libraires 2010, qui était remis hier au Lion d’or.

Entre deux avions, trois activités et quatre entrevues, Dany Laferrière nous a accordé un peu de temps pour rendre hommage aux libraires québécois qui viennent de lui décerner leur prix. Après le Medicis, le Grand Prix du livre de Montréal et combien d’autres honneurs, est-ce qu’on finit par se lasser d’être célébré ? «Pas du tout ! Je ne m’étais jamais plaint avant de ne pas en recevoir ! Je me souviens, mon premier éditeur, Jacques Lanctôt, voulait passer en voiture sur tous ceux qui, dans les jurys, ne me choisissaient pas… Ce n’est pas de ma faute si, après 25 ans, il y a embouteillage !»

Pour Dany Laferrière, le Prix des libraires revêt un caractère particulier. Parce que dans la grande chaîne du livre, c’est là que tout se termine, «et le libraire est le dernier à avoir vu l’assassin», soit ce lecteur qui part avec le livre sous le bras. «À mon premier roman, je pourchassais les libraires pour qu’ils mettent mon livre en vitrine, je leur téléphonais d’une cabine téléphonique, et ils me disaient : M. Laferrière, on n’a pas encore eu le temps d’ouvrir les boîtes… Un livre ne peut pas avoir de succès sans les libraires.»

Et il loue le courage des librairies indépendantes qui survivent envers et contre tous. «Ils me font penser aux poètes. Je juge d’ailleurs le niveau culturel d’un quartier à la santé de sa librairie.»

L’énigme du retour poursuit donc son incroyable carrière médiatique. Depuis, Dany Laferrière a écrit Tout bouge autour de moi chez Mémoire d’encrier, inspiré du tremblement de terre du 12 janvier en Haïti. «Je craignais que L’énigme du retour ne l’écrase, et puis finalement non, ces deux livres s’enchaînent. J’ai écrit Tout bouge autour de moi pour pouvoir arrêter de penser précisément à cela. Ça freine un peu le train, mais ça ne l’arrête pas. Écrire, ça apaise un peu…»

Ce qu’il y a de nouveau avec le succès, dit-il, ce sont les gens. «Ils veulent que je sois chez eux, que je dédicace mes livres, ils m’écrivent et me demandent conseil sur tout, la reconstruction en Haïti, comment adopter un enfant… Je n’arrive pas à ne pas leur répondre, j’ai été élevé comme ça. J’y passe donc la moitié de ma journée…»

Dany Laferrière est retourné en Haïti après le 12 janvier, il y retournera au début de juin comme invité d’honneur du festival Livres en folie — «parce que les gens sont fous de lecture en Haïti». Là-bas, il insiste, les gens continuent à vivre. Il a logé d’ailleurs à l’hôtel Karibe, là même où il était à l’heure du séisme. Et partout où il passe, on lui rappelle sa phrase, confiée à La Presse le 13 janvier et reprise partout depuis : «Quand tout tombe, il reste la culture».

Chantal Guy, La Presse, 11 mai 2010

Livre Grand Prix du Groupe des Ambassadeurs de France pour Petit traité sur le racisme

Le soir du 1er février 2024, l’enceinte prestigieuse de l’Académie française s’est enveloppée d’une atmosphère de reconnaissance et de réflexion profonde à l’occasion de la remise du Grand Prix du Groupe des Ambassadeurs Francophones de France (GAFF) à Dany Laferrière. Son œuvre Petit traité du racisme en Amérique a été couronnée, marquant une étape significative dans la célébration de la littérature francophone engagée et introspective.

Le palais de l’Institut de France, ce soir-là, n’était pas seulement un lieu de rassemblement pour l’élite intellectuelle francophone ; il représentait un carrefour de pensées, un espace où l’engagement pour une cause commune — la lutte contre le racisme — se voyait magnifiquement honoré. L’introduction par Amin Maalouf, suivie de la remise du prix par Son Excellence M. Vijayen Valaydon, a posé les bases d’une célébration mémorable.

Dany Laferrière, dans son intervention, a transcendé les simples remerciements pour élever le débat. Il a plongé l’auditoire dans une réflexion sur la complexité des identités et des expériences, rejetant les dichotomies réductrices pour embrasser une vision plus inclusive et nuancée du racisme. Son hommage aux figures de proue afro-américaines n’était pas seulement un rappel de leur héritage mais aussi une invitation à reconnaître la richesse et la diversité des contributions culturelles au-delà des catégories raciales.

L’attribution de ce prix à Laferrière, surtout en ce mois de l’histoire des Noirs, n’est pas anodine. Elle souligne avec force la pertinence de son travail dans le contexte actuel, marqué par des discussions cruciales sur l’identité, l’histoire et le racisme. Petit traité du racisme en Amérique se distingue par sa capacité à éclairer ces débats, offrant une perspective à la fois historique et profondément personnelle.

Laferrière nous interpelle directement : «Je voudrais remettre de la chair et de la douleur dans cette tragédie qu’est le racisme… c’est un être humain qu’on a tué ou qu’on cherche à tuer, et non un concept… Il faudrait que quelqu’un parle en leur nom. Je n’aime pas parler au nom des gens, mais puisqu’ils sont morts…»

Cette reconnaissance de Dany Laferrière dépasse les frontières linguistiques et géographiques, témoignant de l’impact universel de son message. La réédition de son traité en France, après son succès initial au Québec, met en lumière la résonance de sa voix au sein de l’espace francophone et sa contribution indélébile à la littérature mondiale.

En consacrant Dany Laferrière, la communauté francophone ne célèbre pas seulement un auteur mais un penseur, un éclaireur dans les méandres complexes du racisme et de l’identité.
— Maka Kotto, Journal de Montréal, février 2024


Alors que Margaret Atwood se voit élever au rang de Commandeur des Arts et des Lettres de la France, Dany Laferrière reçoit le Grand Prix des Ambassadeurs francophones. Des récompenses qui font honneur à ces auteurs aux œuvres magistrales.

C’est pour son Petit traité sur le racisme que Dany Laferrière a été récompensé du Grand Prix des Ambassadeurs francophones, remis annuellement à un auteur issu de la francophonie pour un ouvrage traitant de relations internationales, de politique ou d’histoire. Publié chez nous en 2021 aux Éditions du Boréal, l’ouvrage est paru en 2023 chez Grasset sous le titre de Petit traité du racisme en Amérique. Dany Laferrière y aborde le racisme par le biais de la culture, de son point de vue d’écrivain, invoquant Frederick Douglass, Harriet Tubman, Jean-Michel Basquiat, Miles Davis et René Lévesque. Il fait intervenir Toni Morrison, Maya Angelou et Nina Simone. Avec sa plume vive et frénétique, Dany Laferrière rappelle la colère, l’orgueil, la douleur, l’humiliation en passant par la musique et la littérature, puisant dans ces voix bouleversées et bouleversantes la lucidité pour mieux saisir les enjeux du racisme.

Le printemps sera foisonnant pour Dany Laferrière. En mars prochain, paraîtra chez Boréal Un certain art de vivre, où il revient sur son parcours. Paraîtra également un inédit chez Zulma Fête chez Hoki, qui sera également disponible dans Autobiographie américaine, publié chez Bouquins en avril prochain.

Livre Meilleur roman français de l’année – magazine Lire pour L’énigme du retour

L’énigme du retour de Dany Laferrière a été élu meilleur roman français de l’année par le magazine Lire, magazine fondé par Bernard Pivot et que Pierre Assouline a longtemps dirigé. Le magazine Lire est considéré par les libraires et par les lecteurs en général comme la référence en matière de littérature. «Une bonne nouvelle», a dit Charles Dantzig, ayant reçu le prix au nom de l’auteur Dany Laferrière. Ce dernier s’apprêtait à prendre l’avion en direction d’Haïti, où il est invité à rencontrer ses lecteurs. Rien que pour la rentrée française, 659 romans sont parus ; le jury du magazine Lire a sélectionné L’énigme du retour comme meilleur roman de l’année 2009.

Selon Laurent Martinet de L’Express (édition du 04/11/09), ce récit, présenté sous la forme d’une succession de haïkus, raconte le retour de l’auteur dans son pays natal, Haïti, à l’occasion de la mort de son père. Laconique mais extraordinairement précis dans ses observations, cet hommage au père absent — activiste haïtien, mort en exil aux États-Unis, où il vivait après avoir coupé les ponts avec sa famille — permet à Dany Laferrière de faire une redécouverte bouleversante de son histoire passée, de ses racines et de son pays.

« Cet homme assis devant une chaumière avec un chapeau de paysan sur la tête. Une petite fumée montant derrière lui. « C’est son père dans le maquis », m’avait dit ma mère. Les sbires du général-président le recherchaient. Pourtant, si loin dans mon enfance, cette image m’apaise encore aujourd’hui. »

Dany Laferrière avait déjà reçu le Prix Médicis et le Grand Prix de la ville de Montréal pour L’énigme du retour. Au Québec, le roman de Dany Laferrière était en lice pour d’autres prix, dont le Prix des collégiens et le Prix des libraires, et se classait parmi les meilleures ventes en France, au Québec et au Canada.
Le Nouvelliste, 1er décembre 2009

Livre Meilleur essai du Kirkus Reviews pour Tout bouge autour de moi États-Unis
Livre N1 de la SWR 2 de la rentrée littéraire allemande pour Je suis un écrivain japonais
Livre Prix Arbre des voyageurs pour Mythologies américaines France
Livre Prix Carbet de la Caraïbe pour L’odeur du café
Livre Prix Carbet des Lycéens pour Le cri des oiseaux fous
Livre Grand Prix des Lycéens du Bénin pour Le cri des oiseaux fous
Livre Prix Edgar-Lespérance pour Le goût des jeunes filles

Toujours désireux de perpétuer la mémoire de son père, Edgar Lespérance, fondateur des Éditions de l’Homme, décédé en 1964 et qui s’était fait connaître avant comme imprimeur et libraire et père de la littérature populaire québécoise, notamment en publiant les Ixe-13 de Pierre Daigneault et autres petits romans dès les années 40, l’éditeur Pierre Lespérance a, mercredi soir, dans les locaux du groupe Sogides qu’il préside, décerné les prix Edgar-Lespérance, dotés de 21 000 $ de bourses. Chacun des trois lauréats dans autant de catégories touche donc 7 000 $.

C’est le romancier Dany Laferrière, auteur de Le goût des jeunes filles, paru chez VLB, qui a remporté le prix Edgar-Lespérance dans la catégorie «création littéraire». Âgé de 40 ans, Laferrière, également connu comme animateur de télévision, a fait du chemin depuis son Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer, d’ailleurs devenu un best-seller et un film.

Il doit, prochainement, publier son cinquième roman, qui aura pour titre Cette grenade dans les mains du jeune Nègre est-elle une arme ou un fruit ?

La sociologue Francine Burnonville, professeur aux Universités de Montréal et de Sherbrooke, a pour sa part remporté le Prix Edgar-Lespérance dans la catégorie essais avec Les Femmes sont-elles allées trop loin.

Les Prix Edgar-Lespérance ont été créés en 1991 par Pierre Lespérance et sont offerts aux auteurs des cinq maisons d’édition qui font partie des groupes Sogides et Ville-Marie Littérature que contrôle Pierre Lespérance.
Pierre Vennat, La Presse, 29 octobre 1993

Livre Prix RFO pour Cette grenade dans la main du jeune Nègre est-elle une arme ou un fruit ?
16 octobre 2002

Le prix RFO du Livre décerné à Dany Laferrière

Le 8e prix RFO du Livre a été attribué à l’Haïtien Dany Laferrière pour « Cette grenade dans la main du jeune nègre est-elle une arme ou un fruit ? », paru aux éditions Le Serpent à Plumes, a annoncé mercredi le Réseau France Outre-mer.

Patrick Chamoiseau pour « Biblique des derniers gestes » (éd. Gallimard) a reçu le prix spécial du jury, lequel a décerné une mention spéciale à Christiane Taubira pour « L’esclavage raconté à ma fille » (éd. Bibliophane/Daniel Radford).

Le prix RFO du Livre (doté de 2 200 euros) et le prix Spécial du jury (1 500 euros) ont été remis par André-Michel Besse, le président de RFO, dans le cadre du 9e Salon du Livre de l’Outre-mer.

Le jury était présidé par Daniel Picouly et composé notamment de Laure Adler, Monique Agenor, Anouar Benmalek (prix RFO du Livre 2001), Paule Constant, Dieudonné, Edouard Glissant et Marie-Claude Tjibaou.

Dany Laferrière, né en 1953 à Haïti, vit à Miami après 20 ans passés à Montréal. Depuis son premier livre, « Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer » (1985), il a publié neuf autres romans, l’ensemble dessinant une « Autobiographie américaine ». Dans le livre récompensé, il sillonne l’Amérique pour un reportage. Avalant des kilomètres d’autoroutes, pénétrant les foyers des Américains moyens, les universités, les ghettos noirs et les banlieues dorées, il met à l’épreuve la réalité des mythes américains. « Comment ça, le rêve américain ne serait pas pour tous ? À en croire l’œil sombre que la Blonde — mythe entre tous — jette au jeune Nègre qui l’aborde avec un inoffensif fruit, il y a peut-être de quoi douter un peu », écrit-il.
AFP Infos Françaises

Distinction Personnalité de l’année 2009 – La Presse, Cérium et Radio-Canada
Distinction Parmi les entretiens les plus remarquables – The Paris Review
Distinction Parmi les 100 personnalités les plus influentes du Québec 2018
Depuis son entrée à l’Académie française, il exerce l’influence de l’immortel : ambassadeur du Québec et de son métissage à l’étranger, il s’implique également sur le plan local, en tant que président d’honneur de la nouvelle Fondation pour la langue française, qui soutient des programmes de francisation. Chaque phrase qu’il prononce sur la société québécoise sonne juste.— L’actualité

Prix de cinéma et multimédia

Film Prix Zénith pour Comment conquérir l’Amérique en une nuit
Film Banff Rockies Award et Prix du public 2009 · RIDM pour La dérive douce d’un enfant de Petit-Goâve de Pedro Ruiz
Œuvre Grand Prix Ulysse Arte Mare – Corse
Œuvre Grand Prix Hommage du Festival du Film Black de Montréal

Œuvres publiques et installations culturelles

Distinction Timbre permanent de Postes Canada
Timbre Postes Canada
Sculpture Sculpture dans le jardin d’art de Bibliothèque et Archives nationales du Québec

La Grande Bibliothèque, située à Montréal, accueille désormais dans son jardin d’art une sculpture de l’écrivain Dany Laferrière réalisée par l’artiste québécois Roger Langevin. C’est le sculpteur lui-même qui a offert de prêter son œuvre à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), dont fait partie la Grande Bibliothèque.

Cette sculpture a été baptisée L’exil vaut le voyage, qui est aussi le nom d’un des romans de Dany Laferrière. Elle montre l’écrivain et membre de l’Académie française assis en haut d’un escalier.

L’œuvre ne peut logiquement être installée qu’à deux endroits, soit Petit-Goâve, soit Montréal. J’ai voulu rendre à la fois cette gravité et la joie intrinsèque de Dany. Sa grande humilité aussi.— Roger Langevin
Nous vivons en ce moment un véritable siège sur le plan culturel. À l’air libre, l’art public permet aux gens d’entrer en relation avec un propos plastique, bien sûr, mais aussi, dans le cas d’une œuvre comme celle-ci, avec un écrivain marquant et tout ce qu’il peut représenter au-delà de la littérature.— Jean-Louis Roy, président-directeur général de BAnQ
Chaque fois
que je tiens
un livre
dans ma main
je me sens rassuré
sachant qu’à tout moment
je peux m’asseoir
sur un banc
et l’ouvrir.


La voiture de police roulait tous feux éteints.
Elle s’est arrêtée derrière moi. On m’a plaqué
contre le mur, écarté les jambes, et fouillé en règle.
Le policier a pris mes papiers et est allé consulter
l’autre policier resté dans la voiture. Ils ont parlé
longuement avec le poste central. Celui qui
m’avait fouillé est revenu me rendre mes papiers,
mais pas le livre.

— Qu’est-ce qui se passe ? j’ai fini par demander.
— On cherche un Noir, me lance-t-il en se dirigeant
vers la voiture.

La dernière fois qu’on m’avait confisqué un livre,
c’était ce prof de géographie, au secondaire,
qui m’avait pris le Carter Brown que je lisais
pour ne pas tomber de sommeil.

La voiture, en passant,
m’a frôlé et le policier,
qui avait procédé à ma fouille,
m’a jeté ce long regard.

Cette fois c’était
pour m’intimider.
L’autre policier
a cherché mes yeux
pour me faire comprendre
qu’on pourrait me coller
n’importe quoi sur le dos,
et ça marcherait.

Que faut-il penser de cela ?
Est-ce un banal incident
ou quelque chose
que je ne dois jamais oublier ?

Cette question me taraude
depuis hier soir.
On a tous nos angoisses.
Il faut savoir avec lesquelles
on accepte de passer la nuit.

Je remonte la rue
sous une pluie fine.
— Dany Laferrière, extrait de Chronique de la dérive douce
scène vécue dans les années 80, au même endroit où repose aujourd’hui la sculpture.
Sculpture Sculpture au Musée Grévin
1er février 2022, Musée Grévin de Paris
13 juin 2015, Musée Grévin de Montréal
Musée Grévin Montréal Musée Grévin
Entrée Petit Larousse et Le Robert (entrée)
16 juin 2011

Au total, Le Petit Larousse illustré rassemble 62 000 noms communs, 28 000 noms propres, 150 000 définitions, 5 000 illustrations, plus de 350 cartes, une chronologie universelle de plus de 1 200 événements, des centaines de schémas et 128 planches encyclopédiques illustrées. Parmi la soixantaine de nouvelles personnalités françaises et étrangères figurent les acteurs Leonardo Di Caprio et Charlotte Gainsbourg, les chanteurs et auteurs-compositeurs Louis et Matthieu Chedid (père et fils), mais aussi Henri Dès et Nana Mouskouri. La littérature est très largement représentée avec Marie NDiaye, Dany Laferrière et Russell Banks.
Radio-Canada

Bibliothèque Bibliothèque municipale Le Cœur-Nomade – Montréal

Nouvelle bibliothèque nommée Le Cœur nomade, au confluent des arrondissements d’Ahuntsic-Cartierville et de Montréal-Nord. Ce nom fait référence à l’œuvre de Dany Laferrière, Vers d’autres rives. Il reflète le legs de la diversité, ainsi qu’une œuvre littéraire et une personne ayant joué un rôle exceptionnel dans le développement de la communauté.

Bibliothèque Le Cœur-Nomade
Bibliothèque Bibliothèque Dany Laferrière de Petit Trou de Nippes – Haïti
Bibliothèque Dany Laferrière Haïti

La Bibliothèque Dany Laferrière à Petit Trou de Nippes dans le Département des Nippes. Cette bibliothèque a été inaugurée en janvier 2014. Elle est située sur la Place d’Armes de la ville et comprend quatre salles de lecture portant les noms d’auteurs haïtiens (Bonel Auguste, Christophe P Charles, Pierre Clitandre et le poète Claude C Pierre).

La bibliothèque a ouvert ses portes avec un paquet de 3 500 livres offerts par des amis et des maisons d’édition haïtiennes qui ont supporté le projet. Jusqu’à date, elle est gérée par une équipe de jeunes Trounippois.
Photo : Marie Fouché

Murale Murale réalisée par Gene Pendon (entre la rue St-Denis et la Grande bibliothèque)

En 2014, MU a pris ses quartiers sur l’avenue Savoie (entre la rue St-Denis et la Grande bibliothèque) pour coucher sur les murs une ode à la littérature grâce au talent de plusieurs artistes-muralistes choisis par un jury : Jason Botkin, Five Eight, Les Hommes de Lettres, William Patrick et Adam Sajkowski, Gene Pendon, Bruno Rouyère et Dominique Desbiens, et XRAY.

Véritable rencontre entre les arts visuels et la littérature, ces « murs à mots » soulignent l’historique du secteur comme un haut lieu de savoir (Université de Montréal, UQAM, école littéraire de Montréal, etc.), le 100e anniversaire de la Bibliothèque Saint-Sulpice et le 45e anniversaire de l’UQAM en 2014, ainsi que le 10e anniversaire de la Grande Bibliothèque en 2015. Dans le cadre de sa collection Les bâtisseurs culturels, MU rend cette fois hommage à Dany Laferrière par une murale réalisée par Gene Pendon, débutée en 2014 et terminée en 2015.

Murale Gene Pendon
Murale Murale Saint-Denis littéraire – Montréal

Première murale du parcours Saint-Denis littéraire, réalisée en 2017 sur les murs du Saint-Jude Espace Tonus. Cette œuvre, inspirée d’un extrait de Dany Laferrière, a été créée dans le cadre des festivités du 375e anniversaire de Montréal, grâce au soutien de l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal.

Murale Saint-Denis littéraire

Hommages et souvenirs commémoratifs

Hommage Salon international du livre de Québec

Plusieurs personnalités, dont le maire Régis Labeaume, participaient à la soirée d’ouverture du Salon du livre. Le président d’honneur, Dany Laferrière, s’est vu remettre un cadeau des mains du président-directeur général Philippe Sauvageau : le livre L’art presque perdu de ne rien faire, recouvert d’une peau de galuchat (poisson qui vit au fond des mers). L’œuvre est de l’artiste relieuse Odette Drapeau. Le Salon du livre battait son plein au Centre des congrès jusqu’à dimanche.

Salon international du livre de Québec

Le Soleil, 12 avril 2012

Hommage Motions et hommages ayant suivi l’élection à l’Académie française

Les écrivains saluent Dany Laferrière

Notre citadelle a démontré sa force à poursuivre avec une volonté inébranlable son chemin dans la galaxie littéraire. Il est devenu immortel notre Laferrière. Bravo Dany !— Gary Victor
L’élection de l’écrivain Dany Laferrière au sein de l’Académie française montre combien cette institution a cessé d’être un lieu clos pour devenir de plus en plus un champ ouvert au métissage culturel et à l’universalisme. Bravo Dany.— Frankétienne
Avec Dany Laferrière, l’Histoire entre à l’Académie française de manière singulière et belle.— Kettly Mars
Dany à l’Académie française ? L’itinéraire, depuis les premières tentations d’écriture au Petit Samedi Soir, d’un ton léger, d’une prose alerte, désinvolte, pleine d’humour, qui n’a cessé d’être une particulière histoire de style dans notre littérature pour dire la trame d’une vie et… enchanter une expérience d’Homme.— Jean-Claude Fignolé
Quelle bonne nouvelle ! Du Carré Saint-Louis en passant par Petit-Goâve, la francophonie se réjouit de l’élection de Dany. Depuis plus d’une trentaine d’années, Dany Laferrière travaille à bâtir des ponts. Entre l’Amérique, l’Europe et l’Afrique. Entre le Québec et la francophonie des Amériques, particulièrement Haïti. La contribution exceptionnelle de l’homme de lettres québécois est à la hauteur de cette reconnaissance. Montréal salue aujourd’hui l’un de ses enfants chéris. À titre de président du Conseil municipal de Montréal et poète, je tiens à féliciter l’auteur du Journal d’un écrivain en pyjama.— Franz Benjamin
Ah, le dernier titre de l’immortel Dany Laferrière Journal d’un écrivain en pyjama ! Quelle heureuse prémonition ! Il y a là une vraie litote, un euphémisme caché. Il fallait carrément dire Journal d’un écrivain en habit vert.— Jean-Robert Léonidas
Sacré Dany ! Tu seras comme un poisson dans l’eau, je le sais. Merci d’être une fierté pour nous.— Anaïse Chavenet (Communication Plus, Haïti)
Dany Laferrière : bayaond, chou-palmist, zaboka, diriakdyondyon, kenskof, fursy, citadel-laferièr, peyipam, koté m’fèt, kalite, elegans, umanite, espwa, grandè, diyite… Lespri li se tambou kap bat ! Se pipirit chantan ! Se demen kap leve ! Kenbe Dany, kenbe fèm ! Ou toujou ap fèm sonje kamarad Jak Alexi. Mèsi pou peyi a. — Dany Laferrière, une part immense de mes rêves pour Haïti. Dès que j’entrevois sa silhouette, dès que j’entends le son de sa voix, je suis dans le pays, en charge de sa désespérance et de ses espoirs mêlés. Dany, tambour dont les rythmes descendent des mornes, empruntent les ravines et inondent les pages de nos rêves, de nos espoirs, de notre Histoire. Je mêle ton nom à ceux de mes guides proches, Roumain, Alexis…— Gérald Bloncourt
Je viens d’entendre la confirmation de la bonne nouvelle, notre Dany Laferrière à nous, fait son entrée triomphale à l’Académie française. Quelle belle consécration ! Et je ne veux pas laisser cette journée se terminer sans adresser mes félicitations à Dany. En saluant son œuvre, son intelligence, son parcours, son courage ; de ce beau cadeau qu’il nous fait. En effet, je suis très heureux et je place beaucoup d’espoir en Dany qui va certainement faire notre fierté à tous et à toutes. Le premier Académicien en pyjama.— Thélyson Orélien
J’ai beaucoup pensé à toi ces temps derniers : Au cri des oiseaux fous, à l’énigme, aux petites touches, à tous les chatouillements de cette écriture sobre, empreinte de tendres émotions, alliant la lucidité du soleil à la douceur enveloppante de la lune. Dans ces contrées du Nord, l’automne se déroule dans la douceur avant de s’ouvrir sur la mélancolie ; l’hiver, le temps du retrait, du repliement est aussi celui de l’intimité ; le printemps ravive l’espérance tout en anticipant la folie ; l’été bascule dans l’effervescence et la démesure ; mais en toute saison la poésie ne perd pas ses droits.— Claude Moïse
Dany c’est d’abord et avant tout l’enfant de Petit-Goâve qui, entre odeur du café, tendresse et légendes, sourit encore sous la peau du nègre prêt à faire l’amour sans se fatiguer pour exister, traverse l’Amérique avec une légèreté feinte, quand il ne s’alanguit pas auprès de jeunes filles dévoreuses au cœur de Port-au-Prince et de ses faubourgs. C’est encore l’enfant espiègle qui se fera japonais pour nous rappeler que l’encre est la plus belle demeure d’un écrivain avant de marquer une pause érudite et tranquille en pyjama. Et puis, il y a l’énigme de celui qui revient, subtil miroir pour moi qui entre allers et retours vit l’énigme d’habiter.— Yanick Lahens
L’élection de Dany Laferrière à l’Académie française est une bonne nouvelle pour cette merveilleuse littérature qui persiste à provoquer la rencontre des humanités francophones, d’Haïti à la France en passant par le Québec.— Jean-Euphèle Milcé
Sacré Dany ! C’est une créature des sommets. Ce n’est pas pour rien qu’il porte fièrement le nom de cette place forte, Laferrière, que le roi bâtisseur a perchée comme un défi au sommet du Bonnet à l’Évêque. De sommet en sommet, le voilà parmi les immortels qui veillent sur la prestigieuse langue française. Après avoir fui la terreur de Duvalier pour sauver sa peau, immortalisé sa grand-mère Da et le village de ses premiers pas, Petit-Goâve, pouvait-on attendre moins de ce citoyen du monde ?— Verly Dabel
J’ai reçu l’information concernant la candidature de Dany à l’Académie française alors que j’animais un débat à la FOKAL. J’ai l’ai partagée avec la salle. Un monsieur s’est mis debout, la main sur le cœur et a répété plusieurs fois « Map priye pou li ». Ce monsieur avait su traduire toute l’émotion qui me traversait alors, moi qui ne prie jamais. La salle aussi a dû ressentir la même chose, le public a applaudi pendant plusieurs minutes. C’est avec la même ferveur que j’accueille son acceptation à l’Académie. Dany est un miracle de générosité, de talent, d’amitié. Son succès est toujours celui de nous tous…— Emmelie Prophète
Dany Laferrière à l’Académie française. C’est un moment heureux et inattendu dans une relation vieille de plus de six siècles avec les peuples nés de la première implantation française sur le continent américain. Les nations haïtienne et québécoise dont se réclament Dany Laferrière ont maintenu et cultivent un rapport amoureux, frondeur et décalé, donc original, à la langue et à la culture française. Dany Laferrière les représentera excellemment dans la vieille maison du quai de Conti.— Hérard Jadotte (Éditeur, Port-au-Prince, Haïti)
Felisitasyon vye frè mwen. Mwen konnen anpil moun pral di : sa se yon gwo onè pou ou. Men pou mwen, se yon gwo onè pou Akademi yan. Ak men m lanmou an, kenbe la, pa lage.— Edwidge Danticat
Nous n’avons pas seulement porté un cercueil ensemble (Gasner Raymond), le premier exemplaire de Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, je l’ai donné à un inconnu curieux dans un vol entre Montréal et Mexico, sans oublier la bonne soupe de Maggie les dimanches d’exil en regardant Eisenstein et Fellini.— Michel Soukar
Dany, tu es notre boussole. Honneur et respect, cher maître.— Fouad André
Je suis très heureux pour Dany. Son élection à l’Académie française vient couronner le travail de toute une vie. À travers lui, c’est aussi, d’une certaine façon, Haïti qui est distinguée. Bravo Dany.— Louis-Philippe Dalembert
En partant pour l’exil un jour sombre des années 1970, Dany Laferrière emporte pour tout bagage un imaginaire tropical nourri de souvenirs, source inépuisable d’une écriture féconde, et une intelligence du cœur ouverte à tous les vents froids des bourrasques d’hiver. Et voilà qu’en quarante ans, son « autobiographie américaine », mélange de tendresse, d’humour, de culture et d’ouverture sur le monde, ses publications diverses, ses prix prestigieux et autres distinctions, lui ouvrent les portes de l’Académie française. Comment ne pas en être fière et le dire au nom de tous ceux, toutes celles qui l’ont lu et le liront désormais.— Michèle Duvivier Pierre-Louis, Présidente, Fondation Connaissance et Liberté-FOKAL
Mais de mon frère le poète, on a eu des nouvelles. Il a écrit encore une chose très douce. Et quelques-uns en eurent connaissance. Saint-John Perse, Anabase. Car ton œuvre, faite de mémoire blessée, entre le don et l’émotion, est notre patrie intime qui résonne désormais sous la Coupole solennelle et austère. Affections.— Joël Des Rosiers

Le monde politique salue Dany Laferrière

Cette prestigieuse élection vient une fois de plus mettre en lumière l’incroyable talent des artistes québécois et leur rayonnement à l’étranger. L’œuvre de M. Laferrière fait honneur à la langue française. Je suis convaincue qu’il saura apporter à l’Académie française une contribution exceptionnelle et y faire entendre une voix originale.— Pauline Marois, Première Ministre du Québec
Félicitations à l’écrivain canadien Dany Laferrière pour son élection à la prestigieuse Académie française.— Stephen Harper, Premier Ministre du Canada
Dany, Haïti est fière de vous ! C’est avec beaucoup de joie et de fierté que je salue l’élection de Dany Laferrière à l’Académie française. Cette nouvelle fonction de M. Dany Laferrière vient encore confirmer l’excellence et le dévouement de ce fils de Petit-Goâve. C’est d’abord un honneur pour les Haïtiens qui ont toujours honoré le savoir et l’ouverture de ce grand auteur, ensuite une preuve de l’acte d’écrire sur le temps, et une fierté pour les autres écrivains de sa génération, ainsi que les jeunes écrivains.— Michel J. Martelly, Président d’Haïti
C’est extraordinaire, c’est un honneur pour Haïti. Cet honneur rejaillit sur tous nos écrivains et hommes de lettres.— Josette Darguste, Ministre de la Culture en Haïti
J’éprouve un mélange de fierté, d’admiration et de reconnaissance pour ce que vient d’accomplir Dany Laferrière. C’est la littérature québécoise et la littérature haïtienne qui entrent avec lui à l’Académie française. C’est à la fois sa sensibilité, sa passion pour l’imaginaire et sa compréhension de l’universalité de la littérature qui en feront un académicien hors norme. C’est une grande nouvelle pour la culture québécoise.— Maka Kotto, Ministre de la Culture et des Communications
Félicitations à Dany Laferrière, 1er Canadien à siéger parmi les « immortels » de l’Académie française.— Lawrence Cannon, Ambassadeur du Canada en France
C’est un honneur qui rejaillit sur toute la communauté littéraire québécoise et haïtienne. Le mandat de l’Académie en est un de protection de la langue française. Nous considérons cette vénérable institution comme un rempart pour les francophones de tous les continents qui se battent pour assurer la survie et la qualité de leur langue.— Danièle Simpson, Présidente de l’Union des écrivaines et écrivains québécois

Des journalistes saluent Dany Laferrière

Dany Laferrière est un écrivain d’exception et son entrée à l’Académie française rejaillit sur tout le milieu culturel québécois. Je tiens à lui exprimer mes plus sincères félicitations au nom de tous les lecteurs et employés de La Presse.— Guy Crevier, président et éditeur de La Presse
Ce jeudi 12 décembre 2013, il s’est passé quelque chose sous la Coupole. La dernière fois que ses occupants s’étaient réunis pour coopter un nouveau membre, ils n’avaient pas réussi à se mettre d’accord. Cette fois, pas d’élection blanche. Ils ont enfin élu quelqu’un. Au premier tour, par 13 voix sur 23. Et ce quelqu’un s’appelle Dany Laferrière. Cet écrivain-là n’est pas le premier germanopratin venu. L’irrésistible auteur de Je suis un écrivain japonais est un passe-frontière, comme le personnage de Marcel Aymé était un passe-muraille.— Le Nouvel Observateur
L’élection de Dany Laferrière est symbolique à plus d’un titre : ce colosse noir, au rire sonore où percent les accents d’une enfance jamais perdue, est un exilé, écarté entre le tiers-monde et l’Amérique du Nord, qui a trouvé sa vraie patrie dans l’écriture.— La Croix
Assurément, c’est un grand écrivain et un homme délicieux qui fait son entrée au sein de la vénérable institution.— Le Figaro

Vidéos des hommages

Café de la Grave, 25 août 2014

Bibliothèque et archives nationales du Québec, 2014

Motion du Ministre de la Culture, Maka Kotto (Québec)

Motion de Stéphane Dion (St-Laurent Cartierville – Canada)

Motion de François Legault (représentant de la CAQ – Québec)

Le 12 décembre 2013

Honneur et mérite Canada — de l’honorable Marie-Françoise Mégie, Sénatrice Indépendante Québec (Rougemont), 26 novembre 2022

Hommage Honneur et mérite du Consul d’Haïti à Boston
6 avril 2025
Hommage Consul d’Haïti à Miami
29 mars 2025
Hommage Académie marine de France · Honneur et mérite du Collège Canado-Haïtien · Consul d’Haïti à New York
Distinction Meilleure émission hebdomadaire de l’année – Radio Haïti Amérique international 1999
Hommage Gala de la réussite à Montréal
2 juin 2025 · Plaza Vogue de Montréal avec Michel Hilaire
Hommage Consul d’Haïti à Montréal

Résidences de création

Résidence 2015 · Résidence de création de six mois à Paris

Dany Laferrière bénéficie d’une résidence de création de six mois à Paris, annoncée lors d’une cérémonie en son honneur à la Grande Bibliothèque, le 25 février 2014. Ce séjour lui est offert par le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), en partenariat avec la Délégation générale du Québec à Paris.

Nouvellement élu à l’Académie française, Dany Laferrière a obtenu, mardi soir, une résidence de création à Paris pour 6 mois en 2015. Ce logement sera mis à la disposition de l’écrivain par le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), en collaboration avec la Délégation générale du Québec à Paris. Grâce au soutien du CALQ, l’auteur québécois d’origine haïtienne disposera d’un lieu d’accueil dans l’enceinte du Couvent des Récollets, un bâtiment historique parisien, en bordure du canal Saint-Martin.— Radio-Canada, 25 février 2014
Nouvellement élu à l’Académie française, Dany Laferrière, disposera d’une résidence de création à Paris pour six mois, au début de 2015. «Je vais en profiter pour écrire, a-t-il expliqué. Ça va me permettre de préparer mon intronisation à l’Académie, qui devrait se faire en avril 2015. Je vais aussi prendre du repos, ça va surtout m’éviter de faire des allers-retours durant cette année qui s’annonce très mouvementée.» Malgré les nombreux éloges que l’auteur reçoit depuis son élection, son inspiration reste intacte et sa résidence parisienne n’y changera rien. «Les livres que j’écris, je les pense depuis très longtemps. Mais je suis quand même sensible à l’humeur du jour, à la rumeur de la rue, aux paysages. Les saisons m’inspirent aussi. Mais c’est davantage sur le rythme des phrases, pas sur le contenu qui a fait l’objet d’une longue réflexion.» Maintenant qu’il est rendu «immortel», comme on surnomme les membres de l’académie, Dany Laferrière ne voit pas de différence dans sa vie. «Je suis immortel tant que je prends ma pilule, tous les soirs», a-t-il plaisanté.— Samuel Pradier, Journal de Montréal, 25 février 2014
Cérémonie hommage Grande Bibliothèque © Jocelyn Malette / Agence QMI

À cette occasion Paris bibliothèques invite à quatre premières grandes rencontres :

  • Causerie à la Bibliothèque Gaston Miron à Paris (27 janvier)
  • Causerie à la Bibliothèque Aimé Césaire (10 février)
  • Causerie à la Médiathèque Marguerite-Duras (21 février)
  • Causerie à la Bibliothèque de l’hôtel de Ville (3 mars)
Résidence Résidence de création à Bruxelles
Résidence 1999 · Résidence de création à Grigny

Arnelia Simier, Le Progrès Lyon, 14 septembre 1999

Dany Laferrière a terminé son séjour

Rencontre, écriture et réconciliation résument le passage de Dany Laferrière à Grigny. L’auteur est resté quatre mois en « Résidence d’auteur », au Manoir. Hier il est rentré chez lui, à Miami. Bilan de son séjour.

L’œil lourd, la bouche sérieuse, le sourcil froncé il entre dans une pièce des Editions « Paroles d’Aube ». C’est la fin. Ça se voit sur son visage, il n’en peut plus à moins qu’il ait oublié de dormir cette nuit. Dany Laferrière est resté quatre mois au Manoir, en Résidence d’Auteur. L’écrivain, Québécois d’origine Haïtienne, a quitté la ville hier. Une question arrive. L’œil pétille, la bouche se déplie, le sourcil se décontracte. L’auteur est en route sur le chemin du dialogue. La valse pétillante des mots commence. La réponse est là. « Je ne suis pas venu en touriste. Je ne quitte pas Grigny ». Il s’est imprégné de la ville. Ce qu’il a découvert et ce qu’il a ressenti reste en lui. L’auteur se souvient : « J’ai rencontré Francette, la bibliothécaire. Son rouge aux joues, sa joie subite. Elle a les émotions à fleur de peau. Elle a un grand cœur. C’est elle qui fait le charme de sa boutique. Elle pourrait être un personnage de roman ».

Il garde à l’esprit les coucous que lui faisaient les Grignerots, dans la rue. Les coucous des enfants qu’il a rencontrés dans les écoles, des adultes qu’il a connu au cours d’ateliers de lecture. « C’est extra. Il y a une région en France où je suis connu. Il y a une ville en France où je connais tout le monde ». Le livre est une fête, tous les « Salons du Livre » le diront. Le livre peut s’offrir des groupies, ses banderoles, ses majorettes, ses flonflons.

Dany s’est rendu à Vienne, dans une librairie pour animer des ateliers de lecture. « Quand je suis arrivé, Pays sans chapeau — son dernier livre paru — était en présentation, dans la vitrine ». Grigny n’était pas le pied à terre de Dany, c’était sa destination d’où il rayonnait. Il est allé à Grenoble, à la Côte-Saint-André par les petites routes. « La douceur des collines, la couleur des arbres, le paysage français est une merveille ».

L’homme a une façon bien à lui de concevoir un séjour en Résidence d’Auteur : « C’est m’asseoir à la terrasse d’un café. Tous les après-midi je suis venu au café de la place, celui de Paul et Gisèle. Je prenais place à l’extérieur ou à l’intérieur et je commandais un Monaco ». L’histoire de séduction commence. Il ouvre un œil rond comme un objectif. Il se dessine un sourire en point d’interrogation. Il ne bouge pas. L’homme s’infiltre dans le décor, il intrigue les Grignerots. Sur la place, au Manoir, sa tactique est la même partout. C’est l’envie de ressentir les résidents avant de les rencontrer, de se laisser approcher. Intrigué par son comportement, on l’interroge : « Qui êtes-vous ? », « Que faites-vous ici ? ». Les bras ouverts à la discussion, le sourire offert. Les mots de passion lui viennent comme une avalanche.

« C’est extra. Il y a une région en France où je suis connu. Il y a une ville en France où je connais tout le monde. »

C’est la première fois qu’il vient en Résidence d’Auteur. C’est la première fois qu’il part de chez lui plus de deux mois. Lui poser la question : « Est-ce que vous avez réalisé tous vos projets ? », c’est l’entendre répondre : « Non, j’ai fait mieux que répondre à mes objectifs de départ. Je suis venu rédiger un livre que je n’ai pas fini. Et j’en ai écrit un autre ». Le livre s’appelle J’écris comme je vis. Il paraîtra aux éditions « Passe le vent ». Il présentera le récit d’entretiens sur sa vie. Le meneur de jeu est Bernard Magnia, journaliste et écrivain parisien. Les deux hommes ont passé neuf heures, sur trois jours à discuter.

Ses rencontres avec les résidents lui ont permis de se réconcilier avec la France. « Je suis allé souvent à Paris. Cette ville me donnait l’image d’une France snob et futile, où l’on se parfume au Coco Chanel, où l’on porte du Yves Saint Laurent. J’ai trouvé une vie naturelle, simple. Grigny m’a nourri ». Il est venu à Grigny et si Grigny venait à lui ? L’auteur laisse derrière lui une invitation aux résidents de la ville : « Ici, il fait froid en hiver. J’invite les sept mille neuf cent dix-neuf Grignerots à venir se réchauffer dans ma maison à Miami, à une seule condition, qu’ils viennent tous ensemble ».


Maude Girondon, Le Progrès Lyon, 30 juin 1999

Dany Laferrière, le miroir de la vie

C’est dans le lieu enchanteur du manoir de Grigny que Dany Laferrière a présenté ses ouvrages et sa perception de la vie.

Seul face à un public de tout âge, l’auteur paraît maître des lieux en cette chaleureuse soirée de vendredi. Il introduit la rencontre par un étonnant propos : « J’aperçois quelques personnes dans le fond qui cherchent à me voir, mais ne vous inquiétez pas, dans une dizaine de minutes je vais faire voler les tables et peut-être qu’on va danser ensemble ! » Il dit se sentir bien à Grigny où la résidence d’auteur, mise en place depuis le mois de mai, l’accueille, et ça se remarque !

Dany Laferrière, qui résidera durant quatre mois dans cette magnifique demeure entourée d’un parc et de nombreux oiseaux, est en train d’achever son dixième et dernier ouvrage de la collection qui se trouve sous le même titre que les neuf autres : « Une autobiographie américaine ». L’amour est le sujet qui semble lui tenir le plus à cœur. En effet, dans l’île où régnait la dictature, la diffusion de films violents aurait pu influencer les gens. Il explique qu’il a découvert l’acte d’amour lorsqu’il est parti vivre à Montréal, car à Haïti, « ça coûte une fortune de faire l’amour car il y a peu d’espace et il faudrait envoyer à chaque fois les enfants au cinéma ! ».

À Montréal, il reste cependant quelques mois à subsister dans la rue, mais d’après lui, le fait de vivre en situation d’infériorité l’a amené à mieux cerner la réalité. Cette situation lui a permis d’analyser la société et d’écrire son premier titre Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer. Le succès international de ce dernier l’a pris par surprise car il l’avait créé pour s’amuser.

Pays sans chapeau est le terme que l’on emploie en Haïti pour désigner l’au-delà parce que « personne n’a jamais été enterré avec son chapeau ! ». Ici, Dany Laferrière s’attarde surtout sur le domaine sentimental. Il décrit le retour au pays qu’il effectue 20 ans plus tard, ses retrouvailles avec sa famille, et avec son pays qui a subi peu d’évolutions économiques et qui persiste dans la pauvreté. L’ouvrage Dans l’œil du cyclone décrit le caractère absolu de l’adolescent et sa fureur de vivre. Charme des après-midi sans fin retrace son départ vers le Québec.

L’auteur explique qu’il a écrit ces ouvrages en partie pour son concierge de Montréal qui l’empêchait d’écrire en soirée, alors que ses propres voisins s’occupaient à assassiner quelques personnes : « il est actuellement en train de crever en Grèce et il ne sait même pas que je suis célèbre et ça, ça me tue. »


D. Coste, Le Progrès Lyon, 12 juillet 1999

Une rencontre passionnante avec Dany Laferrière

L’association « Lire à Corbas » et la bibliothèque municipale avaient récemment un invité d’honneur, Dany Laferrière, auteur de livres, actuellement en résidence d’écriture à Grigny. L’écrivain conversa près de deux heures avec un bon groupe de lecteurs. « C’est parce que j’ai écrit des livres dans une pièce close de Miami, que j’ai envoyés comme des bouteilles à la mer, que je rencontre aujourd’hui des gens que je ne connais pas », remarque Dany Laferrière en guise d’introduction à la conversation.

Il parle du début de sa vie qui a été déterminant. Il est né en 1953 à Port-au-Prince. Il a passé son enfance dans une petite ville d’Haïti puis a poursuivi ses études universitaires littéraires à Port-au-Prince où il est devenu journaliste à la radio. En 1976, les événements politiques de la dictature de François Duvalier dit « Papa Doc » en place le pousse à quitter le pays après la mort d’un de ses collègues journalistes très proche. Il habite alors plusieurs années à Montréal puis à Miami. Ses romans sont des fictions inspirées de sa vie.

Sa résidence littéraire à Grigny lui a été proposée après sa venue à l’animation « Lire en fête » organisée à Vénissieux en octobre. Cet accueil comprend un lieu pour écrire et des rencontres avec les scolaires avec qui il évoque ses livres et les grands sujets qui intéressent les jeunes. Il échange avec eux par le jeu de l’interview ou en écrivant des scénarios de films. Une rencontre riche en échanges sur la vie d’ici et d’ailleurs. L’écrivain évoque aussi sa culture littéraire française à distance qui le fait aujourd’hui découvrir que les Français n’ont pas tous lu Diderot, Rousseau et les grandes œuvres classiques, ni qu’ils s’habillent tous chez les grands couturiers.

L’honneur qui me comblerait le plus ?

C’est déjà arrivé : un enfant de quatre ans, Jules, rencontré dans le parking du marché Jean-Talon, et qui n’a voulu rien dire quand sa mère insistait pour qu’il parle, pour finalement me crier à travers le parking les noms de tous mes personnages : « Da, Marquis, Vieux Os, Frantz, Rico ». Toute mon enfance a éclaté comme un fruit mûr sur le mur du parking. Et j’ai compris que la littérature était plus vivante que la vie, parfois.

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