Dany Laferrière, un portrait

L’émotion annule le temps.

— Dany Laferrière

Écrivain, peintre et cinéaste, Dany Laferrière construit depuis 1985 une œuvre prolifique, couronnée de distinctions et traduite dans le monde, qui lui vaut d’être élu au fauteuil 2 de l’Académie française, celui de Montesquieu.

Lors de son installation à l’Académie française, les Immortels offrent à Laferrière ce mot: Vaillant – qui fait preuve de bravoure et dit le courage face à l’adversité, qui manifeste de l’énergie, de l’ardeur dans ce qu’il entreprend. «À vaillant homme, courte épée». Et l’épée de Laferrière est une plume.

Une langue à la fois classique et libre, respectueuse et hardie.

— Bernard Pivot, Le Journal du dimanche, 2013

Quarante livres en quarante ans. Une œuvre exigeante et puissante, faite de romans, d’essais, de poésie, de livres entièrement écrits et dessinés à la main, et de livres pour enfants. C’est un long fleuve d’encre qui court sur un demi-siècle. Une œuvre construite dans la solitude, au prix d’un travail soutenu, malgré un agenda exceptionnellement chargé, entre entrevues médiatiques, de nombreux voyages, présences publiques et engagements littéraires, mais toujours portée par cette phrase de Montaigne : «Je ne fais rien sans gaieté.»

En 1985 paraît Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, un premier roman qui explose dans le ciel littéraire du Québec. Une voix singulière s’impose alors dans la littérature contemporaine. Mais l’écrivain lui, était déjà là, car «c’est durant l’enfance que tout se joue.»

La formation du regard

Laferrière est né en 1953 à Port-au-Prince. Son père, intellectuel fils de paysan, devenu à vingt-quatre ans le plus jeune maire de Port-au-Prince, est contraint à l’exil par le dictateur. Sa mère, archiviste à la mairie de Port-au-Prince, craignant pour la sécurité de son fils qui porte le même nom que son père, Windsor Klébert Laferrière, l’envoie vivre à Petit-Goâve, où il reçoit ce nouveau prénom : Dany.

Ce monde, bercé par la tendresse de sa grand-mère adorée, est dominé par les libellules, les papillons, les fourmis, les montagnes bleues, la mer turquoise de la Caraïbe et l’amour fou pour Vava. Au 88, rue Lamarre, Da offre une tasse de café au passant afin de lier conversation. Voilà la plus haute forme de civilité dans un monde en chute libre, et ce qui deviendra l’une des sources les plus durables de son œuvre, et de sa vie.

Le centre de l’âge d’or de la Grèce, c’est ma grand-mère sur cette galerie qui offre du café aux gens qui passent et s’entretient avec eux. Petit-Goâve n’est pas la vision idyllique ou nostalgique d’une petite ville de province. C’est un effort pour reconstruire le vieux rêve humain d’harmonie, d’intelligence, d’esprit et de philosophie, comme les Grecs l’ont tenté en leur temps.

— Dany Laferrière

La poésie est une constante de sa vie. Elle barbouille son enfance et illumine son adolescence. À seize ans, Laferrière découvre le Centre d’Art de Port-au-Prince. Les heures passées en compagnie de ces peintres et poètes d’esprit libre, ainsi que leurs œuvres, ont façonné sa sensibilité, lui donnant le sens du volume et des couleurs, un rapport direct aux sensations et, surtout, un art du récit.

À dix-neuf ans, après ses études collégiales, Laferrière devient chroniqueur à la radio, écrit régulièrement dans les journaux et réalise de courts portraits de peintres dans leur atelier. Après l’assassinat de son ami et collègue, le journaliste Gasner Raymond, il quitte précipitamment Haïti. Prévenu qu’il serait la prochaine cible en raison de ses écrits, il s’envole pour Montréal qui ne l’attend pas. C’est l’été 1976, il a vingt-trois ans et pour tout bagage, une petite valise et les vingt-six lettres de l’alphabet.

On se demande quand est-ce qu’une sensation se change en expérience. La mémoire sert de toile de fond à nos sens. Et cette mémoire permet aussi de comparer une vieille sensation à une nouvelle, même si entre les deux coule le fleuve du temps.

— Dany Laferrière

Seul, il découvre cette nouvelle ville et s’acclimate difficilement à l’hiver, parcourant le Quartier latin fourmillant d’artistes où il dépose ses pénates. À vingt-trois ans, il s’engage dans une nouvelle vie, tout en luttant pour échapper à la nostalgie, à la solitude et à la misère. Le premier soir, il entre dans un club de jazz et voit Nina Simone sur une minuscule scène, une cigarette dans la main gauche, un verre de vin dans la droite, regardant par la fenêtre débouchant sur un ciel noir. C’est une leçon de style. Il voudra retrouver cette grâce dans l’écriture : l’intensité, l’émotivité, la douleur et la violence contenues derrière cette apparente nonchalance.

Dany Laferrière est un homme d’humour et de sensualité, dont son éditeur Charles Dantzig admire “l’intelligence qui danse”

— Le Monde, 2010

Pendant huit ans, il enchaîne les emplois précaires, travaillant parfois dans des usines en banlieue de Montréal. Installé dans sa «baignoire rose», avec une «bonne bouteille de mauvais vin», il converse avec des écrivains qu’il ne pouvait s’acheter en Haïti – Márquez, Borges, Baldwin, Bashō, Bulgakov, Bukowski, Virgile, Cendrars, Mishima, Villon, Miller, Vieux-Chauvet, Sei Shōnagon, Vargas Llosa, Salinger, Günter Grass, Calvino, Roumain, Virginia Woolf, Hemingway, Gombrowicz – puis se procure des livres pour découvrir son nouveau pays : Miron, Aquin, Ducharme, Victor-Lévy Beaulieu, Anne Hébert, Marie-Claire Blais… Pour Laferrière, c’est la bibliothèque, avec tous ces livres qui gardent vive notre mémoire.

Laferrière est l’hôte le plus gracieux de la littérature.

— Ghila Sroka, 2010

Voilà l’école de la vie : sa condition ouvrière et la lecture, hors du temps, dans cette chambre «crasseuse mais lumineuse» où les siècles s’effondrent et où les frontières se dissolvent, faisant entrer dans le présent des voix venues de loin. « Ce n’est pas parce qu’on ne fait pas de bruit qu’on n’est pas dans le monde. »

Peut-être que lire et rêver, comme penser et dormir, ne servent qu’à faire baisser l’intensité du bruit dans le monde.

— Dany Laferrière

Avec cinquante dollars, il acquiert chez un brocanteur de la rue Saint-Denis la fameuse Remington 22, et se met à taper frénétiquement d’un seul doigt, l’index, tout ce qui lui manque dans la réalité : du vin, des filles riantes, des conversations animées.

Truman Capote disait à propos de Kerouac : « He is not writing, he is typing ». « Writing », c’est à la main et « typing », c’est devenir cet écrivain américain que je voulais être. La machine à écrire met à distance, le son des touches rythme les mots. Elle m’inspire. Après une journée dense, je la nettoyais. Elle était joyeuse. Elle m’applaudissait.

— Dany Laferrière, Le Monde, 2016

Nourrie de voix venues de partout, l’œuvre de Laferrière ouvre un espace-temps qui échappe aux catégories littéraires comme aux frontières géographiques, sans jamais perdre sa singularité ni sa lucidité.

Dans The Village Voice, Joe Wood consacre deux pages à la traduction de son premier roman et à la découverte du jeune écrivain:

Laferrière accomplit quelque chose d’important – une certaine réduction de l’ignorance… Ces 117 pages forment une méditation enivrante, une lutte intérieure qui résonne avec le souffle incandescent des essais de James Baldwin, la trompette lumineuse de Louis Armstrong ou l’éloquence de Martin Luther King : une révélation noire. Mais Laferrière ne veut être ni Baldwin ni personne d’autre; il est résolument Laferrière. Même en traduction, sa voix conserve cette immédiateté et cette intimité que l’on attend d’une rencontre en face à face.

Des milliers d’entrevues suivent, principalement consacrées à la littérature, mais où Laferrière intervient aussi sur les grands sujets de son temps, toujours en écrivain : « du moment qu’il y a le mot livre, moi je suis là. » Aujourd’hui, des enfants qui ont grandi avec ses livres les lisent à leur tour à leurs propres enfants. Écrivain, peintre, cinéaste, Laferrière multiplie aussi les formes d’expression.

Cet homme est un caméléon. On le savait talentueux écrivain et parfait gentleman, le voici, de surcroît, graphiste facétieux, dessinateur averti et délicieux poète.

— Marianne Payot, L’express, 2018

En 1990, sa famille et lui empruntent la route suivie par un million de Québécois vers la Floride, pour échapper à l’hiver, mais surtout à cette célébrité bruyante, peu compatible avec le silence intérieur qu’exige le travail d’écrivain. Il écrit paisiblement dix romans en douze ans, formant l’ossature de son œuvre, non loin d’un petit lac dont il fait le tour chaque matin en ruminant les descriptions et les dialogues à écrire.

Au cours de ces douze années, il revient également sur ses livres, réécrit des passages, ajoute des chapitres, modifie leur structure et aménage des passerelles entre eux, jusqu’à faire resurgir son Autobiographie américaine. Le procédé surprend considérablement la critique, et plus encore les universitaires. Laferrière continue à se réinventer tout en revenant sur ses propres traces. Ce qu’il nomme l’esthétique de la roue : pour avancer, une roue doit tourner sur elle-même.

Cet ensemble tentaculaire, où tous les livres finissent par se toucher, permet de relier le cycle nord-américain – des romans urbains, souvent plus agressifs -, le cycle haïtien – plus calme et empreint de la tendresse de Da, sauf lorsque l’action se déroule sous la dictature – et un cycle méditatif, où il aborde librement les grands enjeux de son époque et partage ses idées, ses lectures et ses émotions.

À son retour à Montréal, les livres de Laferrière connaissent déjà le succès en France et voyagent, traduits en anglais, en allemand, en espagnol, en coréen, en suédois, en portugais, en italien et dans bien d’autres langues. Trois de ses livres sont adaptés au cinéma et Laferrière lui-même passe derrière la caméra pour réaliser son premier long métrage. En 2009, L’énigme du retour reçoit le prix Médicis, marquant un nouveau tournant dans le rayonnement international de son œuvre.

Avec ses mots, avec la seule arme de ses mots, Laferrière peut changer notre manière de voir le monde.

— Franck Nouchi, Le Monde, 2010

Laferrière a connu la violence et la pauvreté. Il a vécu sans statut légal et se trouvait au pays natal le 12 janvier 2010, lorsque sa ville fut dévastée par le séisme. «Personne n’est à l’abri d’une tragédie. Si pour certains c’est insurmontable, pour un écrivain c’est du carburant, même si cela n’exclut pas la douleur.» Coprésident du festival littéraire international Étonnants Voyageurs, il déclare « Quand tout tombe, il reste la culture ». L’année suivante, ses mots résonnent au Japon, après la catastrophe de Tōhoku, et son livre est élu meilleur essai 2013 par la plateforme culturelle américaine Kirkus Reviews.

Au moment où Port-au-Prince commence à compter ses morts et à déblayer ses ruines, je me tourne vers Laferrière, vers la littérature, vers la fiction. Pas pour qu’elle me cache la réalité, au contraire. Pour qu’elle me la rende dans son essence.

— Pierre Foglia, La Presse, 14 janvier 2010

Ce n’est pas simplement un écrivain comme beaucoup d’entre nous. C’est un écrivain qui porte sur lui la responsabilité de tout un peuple, comme certains écrivains juifs l’ont portée après l’Holocauste. Un tel poids mettrait n’importe qui à genoux […] Et Laferrière l’assume avec une légèreté et une générosité habituelles. C’est un véritable don.

— David Homel, 2011

Une littérature universelle

Laferrière a toujours été guidé par cet héritage qui ne l’a jamais quitté : «trouver son bonheur sans ajouter à la douleur du monde». Il écrit sur les visages et les paysages, les émotions et les sensations qui traversent son champ de vision, avec humour et une infinie tendresse.

Laferrière est un regard. Il est le romancier de l’intime et du social.

— Mohamed Aïssaoui, Le Figaro, 2018

Au lieu de ne voir que les bâtiments qui s’effondrent, Laferrière déplace la caméra vers cette forêt de gens remarquables. Là où l’on parlerait d’abord de violence et de dictature, il insiste sur ces femmes formant un cercle de feu pour protéger l’enfance et l’éducation « ces gens qui portent leur douleur avec une telle grâce» et «possèdent un sens de la vie qu’il serait dommage d’ignorer.» C’est en ce sens que son expérience ouvre sur quelque chose de plus vaste que la fiction ou l’autobiographie : une littérature capable de transformer l’expérience la plus intime en un espace humain partagé : « on devrait envoyer tous les enfants faire un stage à l’école de l’exil. À ce jour, seuls les damnés de la terre semblent bénéficier de ce cours magistral. » écrit-il, étant épuisé de voir ce mot à lourde charge, uniquement associé à la douleur ou à la punition. «Ce que je cache en moi c’est un cœur collectif.» Et rien n’est plus vivant que l’image du 88, rue Lamarre, à Petit-Goâve, qui demeure, malgré le chaos, l’adresse universelle du bonheur insouciant pour tous les enfants du monde. Celle que la littérature peut préserver pour toujours.

L’art est là pour dire que nous ressentons les choses de la même manière quels que soient les climats les paysages, les classes, les races, les sexes et les religions. L’émotion pure est aveugle, et unique malgré tout.

— Dany Laferrière

Le New York Times dit de Laferrière qu’il est « la fierté de trois pays » et le place au sein de « la république des lettres ». La libraire Manon Trépanier le décrit comme un soleil dont la lumière éclaire le travail des autres et révèle leur beauté à travers leurs failles. François Busnel, de la Grande Librairie, le décrit comme « la personne la plus attachante qui soit », tandis que Charlotte Rampling évoque son « absolue générosité » envers la créativité et les univers imaginaires des autres.

Avant, je croyais que les choses, comme les êtres, ne se révélaient que dans leur profondeur. En fait, tout se passe à la surface. J’ai parcouru le monde avec un carnet noir et un passeport, notant les faits et gestes de mes contemporains. Au début, je posais toujours ce regard un peu ahuri sur les êtres et les choses que je découvrais jusqu’à ce que j’aie compris que l’étonnant n’est pas la différence qui pourrait exister entre le gens mais le fait que, malgré les distances, ils demeurent si semblables.

— Dany Laferrière

La mort et l’enfance sont au cœur de son œuvre, tout comme l’amitié, le plaisir de la conversation et le caractère intemporel de la littérature. Laferrière ne cherche pas à dire la vérité. Il cherche à retrouver l’émotion première.

Votre style, si simple et si élégant, que j’aime tant.

— Jean d’Ormesson

Dany Laferrière est un écrivain de la nuance. «Je tiens la nuance pour la forme la plus persuasive qui soit, et parfois la plus subversive. Ne pas mettre tout le monde dans le même panier, qui était la base de toute réflexion, est devenu une rareté qui confine à l’originalité.»

Pour Laferrière, les peuples ne sont pas des problèmes à résoudre mais des mondes vibrants à explorer. Et son œuvre révèle l’élégance profonde des relations humaines.

— El País

Le 12 décembre 2013 marque un événement historique : Dany Laferrière est élu à l’Académie française. Ce matin-là, il donne une conférence sur la littérature en Haïti, voulant être sur cette terre blessée pour apprendre la nouvelle de son élection à la plus prestigieuse institution littéraire du monde. Avant le vote, le Secrétaire perpétuel consulte le président de la République, protecteur de l’institution depuis Louis XIV, au sujet de ce candidat ni français ni parisien, né en Haïti, naturalisé canadien et résidant à Montréal. C’est sans précédent. L’Académie doit préciser qu’elle n’est pas l’Académie de la France, mais de la langue française : c’est donc une personne et son œuvre, par leur excellence et leur contribution, qui sont ainsi reconnus. Il occupe désormais le fauteuil no 2, celui de Montesquieu et d’Alexandre Dumas fils, dont le dernier occupant fut l’écrivain Hector Bianciotti. Tous deux partageaient l’admiration pour Borges, Borges étant pour Laferrière la plus belle métaphore de la bibliothèque.

Ton œuvre, faite de mémoire blessée, entre le don et l’émotion est notre patrie intime.

— Joël Des Rosiers, 2013

En juillet 2026, l’œuvre picturale de Laferrière est présentée pour la première fois dans une galerie d’art à Pétion-Ville, celle du peintre Jean René Jérôme, un artiste qu’il affectionne tout particulièrement. L’exposition, commissariée par Péguie Jérôme, marque une nouvelle étape dans le parcours de cette œuvre qui, depuis 2020, a investi l’espace public, du Quartier des spectacles de Montréal au parvis de l’Académie française et au Pont des Arts à Paris, en passant par le Römerberg de Francfort, Tunis, Sharjah, et le siège des Nations Unies à New York. Une sculpture monumentale de Laferrière se dresse dans le jardin d’art de Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Le Musée Grévin le représente, quant à lui, assis dans un fauteuil, un livre à la main, en éternelle conversation avec Bernard Pivot. En 2023, Adam Leith Gollner publie un recueil d’entretiens avec Laferrière, dont certains avaient d’abord paru dans The Paris Review, parmi les entretiens les plus remarquables de la revue. La ville de Montréal construit une immense bibliothèque nommée Cœur nomade, en hommage au parcours exceptionnel de Dany Laferrière et comme legs durable à la communauté.

Son œuvre composite et abondante, traduite en plusieurs langues et récompensée par de nombreux prix, est l’expression d’un auteur sans frontières, nourri par l’Amérique au sens large et dont l’écriture entremêle librement sensualité et gravité.

— Dictionnaire Le Larousse

L’éloquence et la pertinence de Laferrière ont fait de lui une présence incontournable bien au-delà du monde littéraire. Son œuvre a suscité d’innombrables biographies, thèses, études universitaires et colloques aux quatre coins du monde, tout en lui valant de nombreuses distinctions, dont sept doctorats honoris causa. Son nom figure dans les grands ouvrages de référence, du Petit Larousse au Robert, en passant par l’Encyclopaedia Universalis. Orateur d’exception, il fait de nombreuses conférences et siège à de nombreux comités de lecture, dont celui de la Comédie-Française.

Dany Laferrière demeure envers et contre tout un écrivain de la translation. Jamais figé dans une posture ou un état, il se vit comme éternellement en déplacement, fût-ce simplement par la voie de l’imaginaire.

— Encyclopaedia Universalis

Un style unique et original qui confirme sa place parmi les voix littéraires majeures de notre époque.

— Yoshio Fujiwara, éditeur japonais

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