Portrait

Je n’écris pas sur moi, j’écris à partir de moi
D L

Écrivain, peintre et cinéaste, élu à l’Académie française, Dany Laferrière est l’auteur de près de quarante livres, parmi lesquels Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer (son premier, 1985), Je suis un écrivain japonais, L’énigme du retour (prix Médicis), Je suis fou de Vava (prix du Gouverneur général) et Grand Intérieur rouge (L’obsession du rouge au Québec, 2025), son sixième roman dessiné.

Né en 1953, Dany Laferrière grandit à Petit-Goâve, bercé par la tendresse de Da, sa grand-mère adorée. Jeune journaliste reconnu, œuvrant dans la presse écrite et à la radio de dix-neuf à vingt-trois ans, il quitte Port-au-Prince, à la suite de l’assassinat de son ami Gasner Raymond, pour Montréal. Là, il découvre le travail en usine avant d’acquérir sa légendaire machine à écrire Remington 22, complice de son destin d’écrivain.

Par sa manière unique de raconter le quotidien, Laferrière brosse un portrait saisissant de la condition humaine. Ses romans l’ont établi comme témoin majeur de son temps. Traduit et étudié dans le monde, son œuvre, couronnée de distinctions, conduit cet écrivain, conférencier et orateur d’exception à parcourir le globe à la rencontre de son lectorat. Docteur honoris causa de plusieurs universités et grandes écoles, en France comme en Amérique, commandeur de la Légion d’honneur, il siège également sur de très nombreux comités de lecture, dont celui de la Comédie-Française.

Le jeudi 12 décembre 2013 marque un événement historique : Dany Laferrière est élu à l’Académie française. Il souhaitait se trouver à Port-au-Prince, donnant une conférence sur la littérature, s’il venait à y apprendre la nouvelle de son élection à la plus prestigieuse institution littéraire du monde. Avant le vote, le Secrétaire perpétuel consulte le président de la République, protecteur de l’institution, au sujet de ce candidat ni français ni parisien, né en Haïti, naturalisé canadien et résidant à Montréal. Une première. L’Académie précise alors qu’elle n’est pas l’Académie de la France, mais l’Académie de la langue française: c’est la personne et son œuvre, par leur excellence et leur contribution à la langue, qui sont reconnus.

Élu au premier tour, Dany Laferrière occupe désormais le fauteuil no 2, celui de Montesquieu et d’Alexandre Dumas fils, dont le dernier occupant fut l’écrivain Hector Bianciotti. Tous deux partageaient l’admiration pour Borges, Borges étant pour Laferrière la plus belle métaphore de la bibliothèque.

REPÈRES BIOGRAPHIQUES DE 1953 À 2025
  • Né à Port-au-Prince le 13 avril 1953, Dany Laferrière est le fils de Windsor Klébert Laferrière, intellectuel et homme politique engagé contre le régime dictatorial, et de Marie Nelson, archiviste à la mairie de la ville. Dès son plus jeune âge, il est confié à sa grand-mère bien-aimée, Da, afin de le protéger des possibles représailles politiques. À Petit-Goâve, il vit une enfance lumineuse, baignée de tendresse et de curiosité, entouré de libellules et de papillons, de fourmis aux grosses fesses, de montagnes et de la mer turquoise. Cet univers tendre et enchanteur nourrira sa vie et son œuvre. Ses premières lectures, l’amour fou pour Vava, les instants partagés avec sa grand-mère irriguent plusieurs romans dont L’odeur du café et Le charme des après-midi sans fin.

    « L’image de cette grand-mère buvant son café avec à ses pieds son petit-fils observant les fourmis pourrait être l’une des plus durables d’une vie passée à barboter dans l’encrier. »

    « Je suis conscient qu’on n’a pas tous connu la même enfance ; est-ce pourquoi je fais du 88 de la rue Lamarre à Petit-Goâve une adresse universelle du bonheur »

    « Et cette habitude qu’elle avait d’offrir une tasse de café au passant reste pour moi la plus haute forme de civilité dans un monde en chute libre. »

  • La poésie est une constante de sa vie. Elle a barbouillé son enfance, débordant jusqu’au milieu de son adolescence. À seize ans, il découvre le Centre d’art de Port-au-Prince, qu’il fréquente chaque jour « au point de passer plus de temps dans cet univers rêvé que dans le monde réel » peut-on lire dans Vers d’autres rives, un hommage vibrant et coloré à ces poètes et peintres d’esprits libres qui ont façonné sa sensibilité, en lui apportant un sens du volume, un sens des couleurs, un rapport direct avec les sensations et, surtout, un art du récit. Dès dix-neuf ans, Dany Laferrière travaille ainsi pour Radio Haïti Inter, pour l’hebdomadaire politique et culturel Le Petit Samedi soir, et signe de brefs portraits de peintres dans leur atelier pour le quotidien Le Nouvelliste

    « C’est durant cette fiévreuse adolescence avec de vieux poètes de treize ans dans la nuit tropicale parfumée que j’ai perçu ce lien ténu et résistant entre le monde et moi. »

  • À la suite de l’assassinat de son ami et collègue le journaliste Gasner Raymond, trouvé sur la plage de Braches, à Léogâne, le 1er juin 1976, il quitte précipitamment Port-au-Prince. Cette folle nuit où il parcourt les rues pour dire adieu à ses amis, ses amours et à sa mère, avant de prendre l’avion pour Montréal, qui ne l’attend pas, inspire Le cri des oiseaux fous

    « On ne peut pas être à la fois la maladie et le remède. C’est pour cela que les dictateurs restent si longtemps au pouvoir. On demande à des éclopés de les combattre. »

    « Papa Doc a chassé mon père du pays. Baby Doc me chasse à son tour. Père et fils, présidents. Père et fils, exilés. »

    « Je m’apprête à faire face au plus terrifiant des monstres : l’inconnu. La dictature. La faim, la peur, l’urgence m’ont formé. Que vais-je devenir à présent que je quitte cette constante agitation ? » 

  • Dany Laferrière arrive dans une ville en pleine effervescence olympique, à la veille des élections historiques qui propulsent l’équipe de René Lévesque au pouvoir et transforment à jamais le paysage politique du Québec. Seul, il observe cette métropole nouvelle, s’acclimate avec difficulté à l’hiver et arpente le Quartier latin, fourmillant d’artistes, où il installe ses pénates. À vingt-trois ans, il est un homme libre qui se lance dans une nouvelle vie, tout en luttant contre la nostalgie, la solitude et la misère. Le premier soir, il entre au 286 de la rue Sainte-Catherine, dans un club de jazz, Le Rising Sun, et voit Nina Simone sur la minuscule scène, une cigarette à la main gauche, un verre de vin à la main droite, regardant par la fenêtre débouchant sur un ciel noir. C’est une leçon de style. Il voudra retrouver cette grâce dans l’écriture : l’intensité, l’émotivité, et ce côté nonchalant en apparence. 

    « On a tous nos angoisses. Il faut savoir avec lesquelles on accepte de passer la nuit. » 

    « Je ne me conçois pas dans une société sans avoir mon mot à dire.»

  • Pendant huit ans, il enchaîne les emplois précaires, souvent sans papiers, parfois dans des usines en banlieue de Montréal, travaillant la nuit, parfois à décapiter des vaches pour en faire des tapis. Il loge dans des chambres «crasseuses et lumineuses», tout en caressant inlassablement un vieux rêve d’écrivain. Dans sa «baignoire rose», accompagné d’une «bonne bouteille de mauvais vin», il converse avec des écrivains sans se soucier de leur époque – Bashō, Bukowski, Baldwin, Magloire Saint-Aude, Montaigne, Tanizaki, Diderot, Horace, Borges – et d’autres encore, pour mieux découvrir son nouveau pays : Gaston Miron, Pierre Vadeboncoeur, Hubert Aquin, Réjean Ducharme, Marie-Claire Blais, Anne Hébert, Victor-Lévy Beaulieu.
    Avec cinquante dollars, il acquiert chez un brocanteur de la rue Saint-Denis la fameuse Remington 22, et se met à taper frénétiquement d’un seul doigt tout ce qui lui manquait dans la réalité : du vin, des filles riantes, des conversations animées. Il n’a ni journaux, ni radio, ni téléphone. Et pourtant, il est heureux, et il le sait, comme dirait Miller. Ces épisodes sont racontés dans Chronique de la dérive douce.

    «Dans cette usine située à la sortie de la ville, où le recrutement se fait de bouche à oreille avec une préférence pour les sans-papiers, la loi ne pénètre pas. La lumière du jour non plus.»

    « Je veux tout. Les livres, le vin, les femmes, la musique, et tout de suite. »

  • La célébrité. En 1985, paraît Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, qui explose dans le ciel littéraire. Sa première interview à l’émission En tête se déroule exactement comme dans son livre. Un nouveau personnage est né dans le paysage télévisuel. Télévision Quatre Saisons l’embauche pour présenter librement la météo. Le Québec reçoit le choc d’un Noir annonçant la neige et les angoissantes blancheurs de février avec légèreté, humour et une dose de littérature. L’expérience l’amènera à participer à La Bande des six, fameuse émission de Radio-Canada qui réunit six des meilleurs chroniqueurs de la presse québécoise.

    Pas croyable, ça fait la cinquième fois que Bouba met ce disque de Charlie Parker. C’est un fou de jazz, ce type, et c’est sa semaine Parker. (Incipit du premier roman)

  • 1986, c’est l’année de la mort de Jorge Luis Borges, son écrivain préféré. Mais c’est surtout celle de la fin de la dictature des Duvalier et un bref premier retour en Haïti. Avec l’écrivain Jean-Claude Charles, il parcourt le pays tout en tenant une chronique quotidienne pour Le Nouvelliste sur la débâcle des tontons macoutes.

    C’est simple : pour empêcher un Haïtien de rêver, il faut l’abattre.

  • Je suis une caméra. En 1989, la sortie du film tiré de son premier roman lui permet de se familiariser avec le cinéma. Le film provoque un scandale aux États-Unis, où la plupart des grands médias le censurent (New York Times, Washington Post, Herald Tribune, Miami Herald, Los Angeles Times). C’est l’époque où il fréquente le Ouimetoscope (première salle de cinéma permanente au Canada) découvrant un cinéma d’auteur qui imprègne son œuvre. Retenons quelques réalisateurs : Woody Allen, Fellini, Michael Cimino, Claude Lelouch, Truffaut, Ettore Scola, Coppola, Carné et Eisenstein.

    Est-ce que c’est vrai, tout ça?» Si on se pose une pareille question face à une œuvre de fiction, c’est qu’on est plus lecteur qu’écrivain, mais cette question qui agace parfois l’écrivain est une des raisons qui poussent les gens à lire.

  • Écrire à Miami. En 1990, sa famille et lui suivent la route empruntée par 1 million de Québécois pour la Floride, et ce, afin d’échapper à cette célébrité bruyante qui n’était pas compatible avec le silence intérieur qu’exige le travail d’écrivain. Il vit désormais entre deux rives, Montréal où il publie tous ses livres, et Kendall, où il écrit paisiblement dix romans en douze ans, formant l’ossature de son œuvre, pas loin d’un petit lac dont il fait le tour chaque matin en ruminant les descriptions et les dialogues à écrire. L’œuvre de Laferrière, qui connaît déjà le succès en France, fait l’objet de nombreuses traductions. On se souvient de sa déclaration au quotidien montréalais La Presse, à la sortie de son premier roman : « Je veux m’emparer du monde, et devenir universel ». Aujourd’hui, c’est fait.

    Miami c’est l’atmosphère bigarrée de tous ces accents et de toutes ces couleurs qui viennent des villes d’Amérique Latine. C’est cette coexistence pacifique entre les gens du Nord qui s’installent pour y passer leurs derniers jours au chaud, prenant la ville pour un cercueil, et ceux du Sud qui arrivent avec l’espoir de renaître, prenant la ville pour un berceau.

  • 1996, c’est la mort de Da, cette grand-mère adorée qui a illuminé son enfance, l’une des figures centrales de son œuvre. Et de sa vie. Laferrière rentre à Port-au-Prince le temps d’une étrange enquête qui mène au Pays sans chapeau. Le titre de ce livre vient de l’expression qui désigne l’au-delà en Haïti, parce que personne n’a jamais été enterré avec son chapeau.

  • Un Nobel pour le Québec. En 1999, le Québec est le pays à l’honneur au Salon du livre de Paris. Dany Laferrière est invité à l’émission Bouillon de culture de Bernard Pivot, avec Robert Lalonde et Gaétan Soucy. Les trois écrivains se distinguent ce soir-là, et Laferrière va jusqu’à souhaiter que l’on puisse remettre un jour le prix Nobel au Québec pour l’originalité de sa littérature.

  • Autobiographie américaine. Après quinze ans de travail acharné, il entreprend de revisiter ses romans. Il en réécrit six, y ajoutant de nouveaux chapitres et aménageant des passerelles entre eux, jusqu’à faire resurgir son Autobiographie américaine. Le procédé surprend considérablement la critique, et encore davantage les universitaires. S’il écrit pour se surveiller, Laferrière continue néanmoins à se réinventer, tout en revenant sur ses propres traces. Il nomme ce mouvement l’esthétique de la roue : pour avancer, une roue doit tourner sur elle-même. Cet ensemble tentaculaire, où tous les livres finissent par se rejoindre, permet de relier le cycle nord-américain (romans urbains, souvent agressifs), le cycle haïtien (plus calme, empreint de la tendresse de Da, sauf lorsque l’action se déroule sous la dictature) et un cycle méditatif  où il aborde librement les grands enjeux de son époque et partage ses réflexions sur la littérature, le théâtre, la peinture, le voyage, la poésie et le cinéma. Peu à peu, ce système englobe l’ensemble de sa production à venir : livres, conférences, films, interviews… Pour célébrer la naissance de cette idée, Laferrière offre dès 2001 sa première « tournée du barman » aux lecteurs. Je suis fatigué est ainsi distribué gratuitement à 50 000 exemplaires, à travers les librairies du Québec, de France et d’Haïti.

  • Je suis un écrivain japonais. De retour à Montréal avec sa famille, il rédige chaque dimanche, de 2002 à 2007, une chronique dans La Presse, mêlant sujets brûlants et réflexions personnelles sur tout ce qui l’inspire. Après avoir scénarisé Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer et Le goût des jeunes filles, et participé activement à Vers le sud de Laurent Cantet, avec Charlotte Rampling, Laferrière réalise son premier long-métrage : Comment conquérir l’Amérique en une nuit.
    En 2008, pour prouver qu’il peut écrire en français dans toutes les langues du monde, il donne à l’un de ses romans le titre provocateur Je suis un écrivain japonais, dédié « à tous ceux qui voudraient être quelqu’un d’autre ».

    « Je savais que la littérature comptait pour du beurre dans le nouvel ordre mondial. Il n’y a que les dictateurs du Tiers-Monde qui prennent les écrivains au sérieux en les faisant régulièrement emprisonner, ou fusiller même. »

    « Je suis célèbre au Japon pour un livre que je n’ai pas écrit, et je ne sais pas combien de lecteurs font semblant de l’avoir lu. »

    « Je suis étonné de constater l’attention qu’on accorde à l’origine de l’écrivain. Car, pour moi, Mishima était mon voisin. Je rapatriais, sans y prendre garde, tous les écrivains que je lisais à l’époque. Tous. Flaubert, Goethe, Whitman, Shakespeare, Lope de Vega, Cervantès, Kipling, Senghor, Césaire, Roumain, Amado, Diderot, tous vivaient dans le même village que moi. Sinon que faisaient-ils dans ma chambre? Quand, des années plus tard, je suis devenu moi-même écrivain et qu’on me fit la question : « Êtes-vous un écrivain haïtien, caribéen ou francophone ? » je répondis que je prenais la nationalité de mon lecteur. Ce qui veut dire que quand un Japonais me lit, je deviens immédiatement un écrivain japonais. »

  • Prix Médicis. La dérive douce d’un enfant de Petit-Goâve.En 2009, Laferrière fait une rentrée remarquée avec L’énigme du retour, qui remporte le prix Médicis. Dans ce livre, il rappel que la chose la plus subversive qui soit, c’est de tout faire pour être heureux, à la barbe du dictateur. Dans ce livre, le narrateur apprend la nouvelle du décès de son père, exilé comme lui et qu’il n’a pas connu. Désigné Meilleur roman français de l’année par le magazine Lire, de nombreux prix suivront, dont le Grand Prix du livre de Montréal, le Prix des libraires du Québec, ainsi que le Prix international de littérature décerné par la Maison des cultures du monde à Berlin. Nommé Commandeur de l’ordre de la Pléiade, il reçoit un doctorat honoris causa de l’Université du Québec à Rimouski, suivi d’un autre de l’École normale supérieure en France. Le réalisateur Pedro Ruiz le suivra dans une douzaine de villes du monde avant de sortir un documentaire sur sa vie et son œuvre : La dérive douce d’un enfant de Petit-Goâve.

  • Quand tout tombe, il reste la culture. Le 12 janvier 2010, à 16 h 53 min 10 s, Laferrière se trouve à Port-au-Prince, invité du Festival Étonnants voyageurs, lorsque le séisme frappe Haïti. Dans son carnet noir, il consigne ses impressions avec une telle immédiateté que Tout bouge autour de moi fait vivre l’événement en direct. Tandis que la télévision montre les immeubles effondrés et les morts, Laferrière raconte la vie quotidienne dans une ville brisée et les efforts désespérés pour préserver dignité et humanité. Éloignée du sensationnalisme, sa littérature nous plonge dans l’intimité de la catastrophe. La version anglaise du livre sera élue meilleur essai 2013 par la plateforme culturelle américaine Kirkus Reviews.

  • En 2011, Le Petit Larousse ouvre ses pages à Dany Laferrière. Il devient membre du Conseil Littéraire de la Fondation Prince Pierre de Monaco et parrain du Café de Da de la bibliothèque Ahuntsic de Montréal. L’art presque perdu de ne rien faire (2012), rassemble ses chroniques à la radio de Radio-Canada. Cet essai se révèle la surprise de l’année, en emportant un étonnant succès. Deux ans plus tard, en février 2013, il récidive avec Journal d’un écrivain en pyjama. Dans cet essai, Laferrière fait l’éloge de ses deux passions : l’écriture et la lecture, en 202 chroniques sur des sujets aussi divers que la place de l’adjectif dans la phrase ou le plagiat dans les mœurs de la littérature. Il préside les Rencontres québécoises en Haïti, événement qui rassemble une cinquantaine d’auteurs et de professionnels du livre haïtiens et québécois. Plusieurs ententes sont signées afin de renforcer les liens entre les communautés littéraires québécoises et haïtiennes. Petit-Goâve lui remet les clés de la ville et le couronne «Écrivain-roi».

    « Est-ce vrai toute cette histoire? Cette question qui agace les écrivains est aussi une des raisons qui poussent les gens à lire. Si c’est vrai, leur vie se retrouve anoblie par l’art.»

  • Dany Laferrière crée avec Frédéric Normandin une trilogie d’albums illustrés, considérée comme incontournable par les enfants, et dont les thèmes sont l’amour (Je suis fou de Vava, Prix du Gouverneur général), la mort (La fête des morts) et la politique (Le baiser mauve de Vava).

  • Le 12 décembre 2013, Laferrière est élu à l’Académie française, au premier tour, au fauteuil 2, celui de Montesquieu. Ce matin-là, il donne une conférence sur la littérature en Haïti, voulant être sur cette terre blessée, pour apprendre la nouvelle de son élection à la plus prestigieuse institution littéraire du monde. Le Secrétaire perpétuel a dû consulter le président de la République, protecteur de l’institution, au sujet de ce candidat ni français ni parisien, né en Haïti, naturalisé canadien et vivant à Montréal. Il apparaît alors que les statuts de l’Académie ne posent aucune exigence de nationalité pour ses membres. C’est à la fois une personne et son œuvre, dont l’apport a été essentiel à la langue française, qui sont choisies.

    « J’ai voulu être dans ce pays où après une effroyable guerre coloniale on a mis la France esclavagiste d’alors à la porte tout en gardant sa langue. Ces guerriers n’avaient rien contre une langue qui parlait parfois de révolution, souvent de liberté. »

  • Le 26 mai 2015, Jean d’Ormesson lui remet son épée d’académicien lors d’une cérémonie à l’Hôtel de Ville de Paris. Créée en Haïti par le sculpteur Patrick Vilaire, elle représente Legba, dieu du panthéon vaudou, en poste à la frontière des deux mondes, le visible et l’invisible. C’est le dieu des écrivains. La pointe de l’épée est une plume, terminée par une goutte d’encre. Laferrière explique son choix : s’il revenait naturellement à son pays natal de l’armer, c’était à Montréal de l’habiller, car c’est dans cette ville qu’il est né écrivain et a appris l’importance de la peau et son rapport immédiat avec la météo. Son habit vert a été conçu par Jean-Claude Poitras et a nécessité plus de 650 heures de travail, dont 500 consacrées uniquement à la broderie. Reçu en séance solennelle sous la Coupole, jeudi 28 mai 2015, par Amin Maalouf, il prononce son discours de réception dont la diffusion sur Youtube dépasse 1,3 million de visionnements.

    « De retour à Port-au-Prince, où j’ai rendez-vous avec de vieux amis… nous évoquons la force symbolique de l’épée quand l’un d’entre nous fait remarquer, avec un peu d’ironie, que c’est Haïti qui doit m’armer et non la France. »

  • Le 26 mai 2015, Jean d’Ormesson lui remet son épée d’académicien lors d’une cérémonie à l’Hôtel de Ville de Paris. Créée en Haïti par le sculpteur Patrick Vilaire, elle représente Legba, dieu du panthéon vaudou, en poste à la frontière des deux mondes, le visible et l’invisible. C’est le dieu des écrivains. La pointe de l’épée est une plume, terminée par une goutte d’encre. Laferrière explique son choix : s’il revenait naturellement à son pays natal de l’armer, c’était à Montréal de l’habiller, car c’est dans cette ville qu’il est né écrivain et a appris l’importance de la peau et son rapport immédiat avec la météo. Son habit vert a été conçu par Jean-Claude Poitras et a nécessité plus de 650 heures de travail, dont 500 consacrées uniquement à la broderie. Reçu en séance solennelle sous la Coupole, jeudi 28 mai 2015, par Amin Maalouf, il prononce son discours de réception dont la diffusion sur Youtube dépasse 1,3 million de visionnements.

    « De retour à Port-au-Prince, où j’ai rendez-vous avec de vieux amis… nous évoquons la force symbolique de l’épée quand l’un d’entre nous fait remarquer, avec un peu d’ironie, que c’est Haïti qui doit m’armer et non la France. »

  • Installé dans son petit studio de la Gare de l’Est, à Paris, il compose une lettre d’amour de 300 pages au Québec. Tout ce qu’on ne te dira pas, Mongo raconte quarante années de vie au Québec. Le Musée Grévin de Montréal accueille sa statue de cire, il devient parrain officiel de la Bibliothèque des Amériques, Immortel du Salon du livre de Montréal et reçoit le Grand Prix de littérature Ludger-Duvernay. Il est nommé officier dans l’Ordre du Canada, compagnon de l’Ordre des arts et des lettres (Québec), citoyen d’honneur de la Ville de Montréal et récipiendaire du Prix Martin Luther King. En Haïti, Clément II Benoît fonde la Bibliothèque Dany Laferrière à Petit-Trou de Nippes (Anse-à-Veau), inaugurée en sa présence. Après les attentats du 13 novembre 2015 à Paris, il tombe sur une photo d’archive qui lui inspire le poème-hommage Paris, 1983, célébrant la capitale et qui fera le tour du monde.

    « Il faut rester vigilant. L’exil est la plus grande école de conduite. On devrait envoyer tous les enfants faire un stage à l’école de l’exil. À ce jour, seuls les damnés de la terre semblent bénéficier de ce cours magistral. »

  • En 2016, il prononce la leçon inaugurale de Sciences Po Paris et reçoit des doctorats honoris causa de l’Université Pierre-et-Marie-Curie, de l’Université Paris-Sorbonne, ainsi que du Middlebury College, aux États-Unis. Il devient membre d’honneur de l’Académie nationale des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux et reçoit le Prix Arbre des voyageurs à La Forêt des Livres. En 2017, il obtient un doctorat honoris causa de l’Université d’Ottawa, puis en 2018 de l’Université McGill. Il devient membre d’honneur de l’Académie de Nîmes et président d’honneur de la nouvelle Fondation pour la Langue française.

  • Alors qu’il prononce une conférence sur Borges, son écrivain préféré, à la Bibliothèque nationale d’Argentine, en compagnie d’Alberto Manguel, il apprend le décès de sa mère, celle qui n’a jamais quitté son pays, même pour une minute, comme elle aimait le rappeler, et dont la figure apparaît dans la plupart de ses romans. Épuisé par ses nombreux voyages et les événements récents, il se met à dessiner et publie Autoportrait de Paris avec Chat. Apaisé, il réalise 1 500 planches réparties sur six livres (dans faire, il y a écrire et dessiner) avec cette main qu’il ne lâchera plus. Cette nouvelle forme d’expression est saluée par la critique, qui souligne la folie et la liberté de l’écrivain, renouant ainsi avec l’enfance de l’art.

    « Je voudrais pouvoir écrire avec des couleurs, des rêves et des lignes. »

  • En 2019, lauréat du Prix des Lycéens du Bénin, Laferrière visite pour la première fois ce « pays du départ ». Invité d’honneur de Livres en Folie en Haïti, il est nommé gardien du livre. Il découvre la future bibliothèque Kombit de Cité Soleil, à Port-au-Prince, visite la Citadelle Laferrière au Cap-Haïtien et prononce une série de conférences sur Vertières, petit lieu qui a vu la seule et vraie révolution nègre, où l’esclave a réussi à renverser toutes les valeurs coloniales pour devenir citoyen. À la rentrée des cinq académies, il prononce le discours Un art de vivre par temps de catastrophe, témoignant du séisme meurtrier de 2010.

    « J’écrirais en me disant pour me calmer que le narrateur ne meurt jamais. Je serai vivant tant que je pourrai écrire, même au cœur de la tempête. »

  • À l’occasion de ses 35 ans d’écriture, le Quartier des spectacles produit, à partir de ses livres dessinées, l’expo géante Cœur nomade. La Ville de Montréal emprunte ce nom poétique pour fonder la bibliothèque du Coeur-nomade, en hommage à son parcours exceptionnel et comme legs pour la communauté. L’artiste Roger Langevin offre à Bibliothèque et Archives nationales du Québec une sculpture monumentale à son effigie. Celle-ci est installée dans le jardin d’art, tout près de sa murale. L’expo voyage dans plusieurs villes dont Tunis, Francfort, Dubaï, et sera même exposée dans l’entrée des délégués du siège de l’ONU à New York et sur le Pont des arts (entre Le Louvre et l’Académie française), ainsi que sur le parvis de l’Institut de France.

    « À chaque carrefour de notre vie, on devrait essayer de faire ce qu’on n’a jamais fait auparavant. Pour moi, ce fut, écrire à la main, et dessiner comme un enfant »

  • En 2021, Dany Laferrière est président du Prix du Livre Inter et, en tant que directeur en exercice à l’Académie française, prononce le discours sur les prix littéraires. Parallèlement, il signe une chronique estivale pour l’hebdomadaire Haïti en marche. En 2022, il prononce le discours de réponse à Chantal Thomas, publie L’enfant qui regarde (roman-bonsaï) et sort son cinquième livre dessiné, Dans la splendeur de la nuit. Il reçoit le prix Ulysse Arte Mare en Corse, le Baobab d’honneur (prix d’Afrique et de la diaspora) pour l’ensemble de son œuvre, ainsi qu’une médaille de l’Ordre des francophones d’Amérique. Parrain de la Journée internationale des professeurs de français, il voit également sa sculpture en cire installée au Musée Grévin de Paris, représenté assis dans un fauteuil, un livre changeant chaque mois entre ses mains, sous une pluie d’éloges de diplomates et de personnalités venues du monde entier.

  • Préoccupé par une Amérique blessée, Laferrière publie une série de textes dans les journaux du monde entier avant de signer Petit traité du racisme en Amérique (Grand Prix des ambassadeurs francophones), dans lequel il revient sur l’histoire du racisme au pays de l’oncle Tom. Des haïkus, éditos et portraits de figures connues et méconnues se mêlent pour dresser un état des lieux vertigineux. La violence qui habite les États-Unis y est analysée par le menu, avec, en bande-son, la voix déchirante de Bessie Smith. En 2023, il reçoit un doctorat honoris causa de l’Université Simon Fraser, fête ses 70 ans et prépare la parution de son 37ᵉ ouvrage, Un certain art de vivre, qu’il dédie «à tous ceux que je croise, ici et là, qui s’étonnent gracieusement de ne m’avoir jamais lu et me promettent de le faire dans une autre vie».

  • En 2024, Postes Canada dévoile un Timbre à son effigie. La nouvelle édition Quarto Gallimard de L’Esprit des lois s’ouvre sur un Avant-propos de Dany Laferrière, intitulé «Montesquieu aurait-il pu aller à Saint-Domingue ?».

  • En 2025, Dany Laferrière reçoit de nombreux hommages en Floride et dans le Massachusetts, notamment les clés de Miami, de North Miami et de North Miami Beach. Il est promu Grand Officier de l’Ordre de la Pléiade et reçoit le Grand Prix hommage du Festival du film Black de Montréal. On célèbre également les quarante ans de Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer. En revisitant avec l’incroyable fraîcheur qui le caractérise le célèbre « Grand Intérieur rouge » de Matisse, il publie L’obsession du rouge.

  • En 2026, Dany Laferrière rejoint le Comité de lecture de la Comédie-Française.

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