Le pyjama est un étrange habit de travail.
En France
Au Canada
À Alain Mabanckou,
à Edwidge Danticat,
en souvenir de leurs débuts frémissants,
et à Marie Abraham Despointes qui aime tant lire.
C’est sur son métier que Dany Laferrière a choisi d’écrire dans Journal d’un écrivain en pyjama. Après trente ans de publications, il livre cent quatre-vingt-deux chroniques, comme il les appelle, où se mêlent réflexions, anecdotes, pensées. Avec la désinvolture qui caractérise son style, l’écrivain propose des conseils – «Comment débuter une histoire», « La description d’un paysage», «La mémoire de l’enfance » –, tout en partageant avec le lecteur son expérience et son goût pour la littérature. Une manière aussi de communiquer sa reconnaissance à ceux qui l’ont accompagné dans son parcours d’écriture : Homère, Borges, García Márquez, Capote… et puis tous les anonymes.

Regard sur l’œuvre
Parmi les plus jubilatoires et les plus instructifs.
— Mohamed Aïssaoui, Le Figaro (France)

Certains livres sont à considérer comme des décalogues, des rites propitiatoires, des guides pour nous initier à un métier, éclairer ceux qui se trouvent de l’autre côté du miroir, expliquer la technique aux débutants : un modèle privilégié pour une inspiration fulgurante.
— Il Foglio (Italie)

Léger, drôle et sans prétention.
— Süddeutsche Zeitung (Allemagne)

Plus que tout, son livre témoigne de l’ascèse de l’écriture. Un art poétique à travers ces lettres à un jeune poète, façon Laferrière.
— Le Devoir (Canada)

Un livre qui saura satisfaire la curiosité du lecteur.
— Wenhui (Chine)

Dans la musique des mots, le rythme du phrasé, on est emporté sur les ailes de ces pages. Et rien que pour le plaisir de rencontrer les auteurs qui ont cheminé avec Laferrière dans son périple littéraire, ce livre vaut une relecture.
— Le Nouvelliste (Haïti)

Laferrière par lui-même
propos recueillis par Marie-Christine Blais, La Presse
1er février 2013
Ce 20e livre de Dany Laferrière semble conçu expressément pour l’hiver québécois: c’est un récit à feuilleter bien au chaud, à méditer en se pelotonnant sous la couverture ou dans un fauteuil, avec peut-être un café ou du vin chaud à portée de la main. Mais aussi avec un carnet et une plume, puisqu’il incite à écrire. Et impossible de ne pas au moins annoter ces chroniques allègres, à la fois légères et nourrissantes, d’un jeune homme qui aura 60 ans en avril. Nous avons demandé à Dany Laferrière de commenter de très courts extraits des 318 pages de son Journal d’un écrivain en pyjama.
Introduction, p. 8
Ce ne fut pas toujours facile, mais j’avais tout mon temps, d’ailleurs, je n’avais que ça. Je passais mes journées avec le plus beau jouet du monde. Je changeais un mot dans une phrase terne qui se mettait immédiatement à lancer des confettis.» Commentaire de Dany Laferrière: «Mais c’est ça, l’écriture: repérer dans le fouillis de phrases discrètes, quasi banales, celle qui va tout éclairer. Et là, c’est un peu comme dans un jeu télévisé, on appuie sur le bon bouton et pouf, ça éclate, ça explose, les confettis et les ballons surgissent. Je ne voulais pas être sentencieux en écrivant ce livre, mais au contraire parler de ce chant qui nous habite, que nous reproduisons, tous ces mots que nous utilisons de telle manière que, parfois, quelqu’un nous demande : Répète ce que tu viens de dire, c’était tellement juste.
Chronique 2
L’écrivain sans pyjama»: «[emportez avec vous ce petit manuel. Il ne vous servira à rien si vous avez du talent, et il ne fera que vous retenir inutilement si vous n’en avez pas, mais emportez-le pour n’avoir pas à l’écrire plus tard. Une corvée de moins.» D. L. : «Au départ, j’avais en tête d’écrire un petit livre de quelque 120 pages, et puis, c’est devenu 318 pages [rires]. Pourquoi autant de si courtes chroniques? J’ai travaillé très fort dans mes premiers livres pour qu’on ne trouve pas une phrase qu’on puisse citer ! Et puis, quand j’ai écrit L’énigme du retour [2009, prix Médicis], avec ses poèmes, ses chapitres très brefs, j’ai constaté que cela faisait du bien au lecteur. Alors, pourquoi ne pas écrire de courtes chroniques, des réflexions? Je ne crois pas que ce soit kitsch comme forme, mais il faut avoir l’âge voulu pour se montrer ainsi nu, dans le plus simple appareil littéraire. C’est l’âge que j’ai [rires]. Je voulais juste dire aux lecteurs qu’ils ont tous le droit d’écrire pour le plaisir, sans penser à publier, parce que l’écriture est un jouet amusant, voici donc quelques trucs pour vous.
Chronique 6
«Le troupeau»: «C’est donc moi, ce long roman qui se décline en plusieurs séquences. Ce monologue qui dure depuis plus de 30 ans. Pendant toutes ces années, j’ai joué à mettre ensemble les vingt-six lettres de l’alphabet afin d’exprimer le plus nettement possible ma vision des choses. Je dois préciser que ce moi n’a rien à voir avec l’autofiction. Je ne sens pas trop ce livre (celui que vous êtes en train de lire), et pourtant, ce sont mes expériences de lecteur et d’écrivain que j’enfile ici en brochette.» D. L.: «Il m’a fallu 30 ans pour être écouté. Mais ce que je voulais, avec ce Journal, c’était proposer d’aller au-delà du jugement. On est en panne d’idées. Il y a beaucoup de clubs de lecture, de blogues de nos jours, qui sont fondés sur j’aime ceci, je n’aime pas cela , avec une attitude de juge. Alors que c’est discuter de littérature qui importe vraiment. Chaque chronique propose donc une idée, à laquelle on adhère ou pas. Et c’est pour cela qu’à la fin de chacune des chroniques, se trouve aussi une petite phrase en tout petits caractères, un peu comme celles qu’on trouve dans les biscuits chinois. Parfois, elles s’appliquent parfaitement à nous, parfois pas du tout, et ce n’est pas grave!»
Chronique 11
«La digression» : «Choisissez un écrivain que vous aimez et lisez tout ce qu’il a écrit et ce qu’on a écrit sur lui, afin de connaître à fond votre poisson-pilote. » D. L.: «Une bibliothèque est remplie de chemins. Moi, c’est d’abord Henry Miller, puis Jorge Luis Borges qui m’ont servi de poissons-pilotes.»
Chronique 102
«Une ville tombe»: «À la différence de la littérature, les journalistes doivent questionner les gens pour savoir ce qu’ils ressentent. Le matériel de l’écrivain est léger à transporter (la mémoire) et l’effet du livre sur le lecteur peut être durable (le style).» D. L. : « Il faut travailler longtemps pour avoir droit au pyjama comme habit de travail ! Pour moi, écrire, c’est inventer. En France, il y a une petite fille qui m’a affirmé: Un écrivain, après sa mort, va vivre à la campagne! Ça m’a beaucoup frappé : pour elle, l’écrivain n’est donc jamais mort. C’est parce que son livre, le livre est un organisme vivant. Il change selon notre regard de lecteur, notre expérience»
Chronique 114
«Ne vous pressez pas» : «Au fiel comme au miel, c’est au résultat qu’on verra.» D. L. : « C’est comme une petite comptine, ces mots. Pour dire qu’écrire un bon livre, ce n’est pas nécessairement écrire un livre bon. Parfois, on dit : C’est trop sombre, trop dur, tel livre. Comme si l’amertume, la jalousie, la colère ne pouvaient pas faire de la grande littérature ! Il arrive qu’un ami me demande après m’avoir lu: Mais alors, qu’est-ce qui t’arrive ? Il m’arrive l’écriture, mon ami»
Chronique 143
«Le poids des mots » : «Ma technique, je l’ai piquée au peintre primitif. Il procède par intoxication. Il ne s’adresse pas à l’intelligence, mais aux sens. » D. L. : « Pour moi, l’intelligence est un sens qu’on ne peut pas toucher C’est pour cela que, dans ce livre, qui est presque un essai, j’ai aussi laissé de la place pour une fiction, un personnage, une métaphore. C’est pour cela aussi que j’y ai mis en exergue les mots de Lichtenberg: Un couteau sans lame auquel ne manque que le manche. C’est exactement ça, la littérature : sans lame ni manche, elle peut blesser, tuer, délivrer»
Chronique 199
«Le roman de la vie»: «Pourquoi les chemins qui s’offrent successivement à nous deviennentils des fleuves de sang? L’histoire, la religion, la race ou la classe.» D. L. : « Tout le monde transporte un désastre fait souvent de toutes petites choses. Ou de grandes. Avant, je ne regardais pas autant les gens, aujourd’hui, je ralentis pour les observer. Ce livre, ce n’est pas pour autant le testament d’un vieil écrivain [rires] ! C’est le livre d’un être en constant état de vivant : je suis toujours debout sur quelque chose, que ce soit une chaise ou une fourmilière ! Bien sûr, ma tragédie à moi, c’est de parler d’Haïti et de n’y être pas. Mais c’est aussi la plus grande chance de ma vie : si je n’étais pas exilé, je paierais pour l’être !»
Journal d’un écrivain en pyjama
Dany Laferrière Mémoire d’encrier, 318 pages. En magasin le 12 février. Le lancement public a lieu le 10 février à la Grande Bibliothèque, à 17 h, au cours d’un Pyjama Party, dans le cadre de l’événement «Fondu au noir ». La soirée marquera également les 10 ans des éditions Mémoire d’encrier. Billets : 25$ (livre compris). Info : fonduaunoir.ca
DANY LAFERRIÈRE EN SEPT DATES
1953: Naissance de Windsor Klébert (Dany) Laferrière, à Port-au-Prince (Haïti). De l’âge de 4 à 11 ans, il est élevé par sa grand-mère Da à Petit-Goâve.
1976: Le 1er juin, son ami journaliste Gasner Raymond est assassiné sur ordre du régime dictatorial des Duvalier. Dany Laferrière s’exile à Montréal, à l’âge de 23 ans.
1985: Laferrière publie son premier roman, Comment faire l’amour à un Nègre sans se fatiguer, qui attire l’attention populaire et critique. Tout en étant chroniqueur dans plusieurs médias, il publiera ensuite un livre presque tous les ans: Éroshima, L’odeur du café, Le goût des jeunes filles…
1990: Il s’installe à Miami avec sa femme et ses trois filles, puis revient à Montréal en 2002, où il poursuit son travail d’auteur et de chroniqueur.
2009: Il publie L’énigme du retour, couronné par le prix Médicis (France) et le Grand Prix du livre de Montréal (Québec). L’ouvrage est également traduit en anglais.
2010: Il se trouve à Port-au-Prince au moment du tremblement de terre du 12 janvier, qu’il racontera dans Tout bouge autour de moi (2010).
2013: Le 12 février, il publie son 20e livre, Notes à un écrivain en pyjama, aux éditions Mémoire d’encrier.
Trois livres à lire de l’ « écrivain en pyjama »
Ça ne s’invente pas: forcées de choisir leurs trois livres « préférés » parmi ceux publiés par Dany Laferrière, les journalistes Chantal Guy et Marie-Christine Blais ont suggéré les mêmes titres!
Chronique de la dérive douce, VLB éditeur, 1994:
Dany Laferrière décrit sa ville d’adoption, Montréal, en 1976, lors de sa première année d’exil, en pleins Jeux olympiques et avant l’arrivée du Parti québécois au pouvoir. Un regard fascinant, affectueux et gentiment retors sur un bout de l’Amérique du Nord, le Québec, d’un homme né à l’autre bout de cette Amérique, en Haïti.
Le cri des oiseaux fous, Lanctôt éditeur, 2000:
Le 10e roman de Laferrière relate sa toute dernière nuit en Haïti, alors que son ami le journaliste Gasner Raymond vient d’être assassiné et qu’il est promis au même destin. À 23 ans, un jeune homme qui veut être écrivain s’interroge sur la liberté, le vaudou, la trahison, la dictature. La mort sous toutes ses formes, l’écriture comme véritable planche de salut.
L’énigme du retour, Boréal, 2009, et Grasset, 2009 (prix Médicis):
Quelque 33 ans après s’être exilé d’Haïti, alors que son père vient de mourir à New York et que lui-même vit à Montréal, un écrivain retourne sur les lieux de sa vie. Mêlant narration, haïkus et réflexions, ce roman éclaté est un long poème vivant et grave. Beau.

Livres un jour, livres toujours
Marie-France Bornais, Journal de Québec
2 février 2013
« Je conseille à tout jeune écrivain de lire surtout des classiques, tout en restant attentif à ce qui s’écrit dans son époque. C’est la seule façon de former son goût. Le malheur, c’est qu’on fait trop semblant de lire. On se contente de connaître le sujet. Cela ne suffit pas. Le style est fondamental. » — Dany Laferrière, Journal d’un écrivain en pyjama
Dans L’art presque perdu de ne rien faire, l’écrivain partageait ses impressions sur la rêverie et la philosophie et recommandait de ralentir, de prendre le temps de vivre. Cette fois, il s’interroge sur ce que nous lisons, ce que nous écrivons et sur l’impact des livres dans la vie de tous les jours.
En 202 textes courts et inspirants, Dany Laferrière partage ses réflexions sur l’art d’écrire, mais aussi sur celui, indissociable, de l’art de lire. Il explique à l’écrivain amateur comment on lit, comment on rêve, comment on écrit. Quelle est l’importance du temps, du narrateur, du style, des métaphores et des citations. Mais ce n’est pas un cours. C’est un poème, une ode à la littérature. Combien de temps pour l’écrire? «La peine se compte, car on la repousse dans le passé, pas la joie qu’on voudrait toujours présente.»
Conseils pratiques
«Mon neveu m’avait demandé quelques conseils pratiques. J’avais d’abord refusé, alléguant qu’on n’enseigne pas à écrire, car c’est une question de rythme. On l’a ou pas. Puis j’ai pensé que ces chroniques pouvaient l’aider non pas à bien écrire, mais à réfléchir à la question, sur quand ça n’avance pas. La littérature ne se fait pas uniquement quand on écrit. Les étudiants m’envoient de copieux questionnaires et j’ai de moins en moins de temps pour leur répondre», a expliqué Dany Laferrière par courriel, peu avant de s’envoler pour Port-au-Prince.
Il a écrit ce livre «dans la plus folle gaieté», assure-t-il. «Je faisais ce que j’aime le plus : écrire de manière si spontanée que j’ai l’impression d’habiter le moment présent. J’écris ce que j’aime lire : de brèves chroniques où je change constamment de sujet tout en restant dans le cadre de l’écriture. J’ai parfois l’impression de glisser, dans une pirogue, sur une rivière où le paysage change sans que je quitte la rivière.»
Souvenirs et bien plus
Les souvenirs côtoient les réflexions, les mots bienveillants, les idées éclairantes. Ce qui s’est passé il y a longtemps surgit avec une clarté, une luminosité fascinante. Comment fait-il? «Je n’ai pas de passé. Je suis comme l’enfant qui n’arrive pas à mesurer le temps et pour qui un jour n’est pas moins long qu’une vie. Les émotions, chez moi, ne s’épuisent pas avec le temps. Elles gardent leur fraîcheur, car je ne les recherche pas, j’attends qu’elles se manifestent. Ce sont de petites pierres logées dans mon corps, toutes gorgées de souvenirs, qui se diluent au moment où je m’y attends le moins.»
Dany Laferrière a émaillé son texte de petites pensées, comme celles qu’on retrouve dans les fameux petits biscuits chinois. Chacune est un cadeau. «Je me suis dit que chaque lecteur en trouvera au moins une qui le touchera au plus profond. J’aime bien Écrire est une fête intime. J’ai le sentiment d’avoir touché là à une vérité ancienne. J’étais très heureux après avoir écrit cette toute petite phrase. J’ai pensé qu’elle aurait fait sourire Borges.»

Dany Laferrière – Dans la salle des machines
propos recueillis par Odile Tremblay, Le Devoir
9 février 2013
Son Journal d’un écrivain en pyjama constitue son art poétique
L’art du titre exige un doigté que Dany Laferrière maîtrise avec brio depuis l’explosif Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer. Celui qui s’afficha sur une jaquette comme un écrivain japonais lance cette fois Journal d’un écrivain en pyjama, sans fard mais avec son poids de mystère. Sous-titré Chronique, ce livre est une série de rubriques inégales : monologues, dialogues avec un lecteur, conseils à des écrivains présents, futurs ou fantasmés, coups de chapeau à ses auteurs préférés, souvenirs glanés à l’enfance, métaphores. Les lecteurs retrouveront au passage l’odeur de l’un ou l’autre de ses romans, celle du café de la grand-mère Ma et le Montréal de l’usine et du premier roman. Nous voici en pays de connaissance. » Ce monologue qui dure depuis plus de trente ans… « , énonce-t-il. Appelons ça une oeuvre. » J’ai écrit vingt livres. «
Il est un homme en mouvement, et comment se démêler parmi les nombreuses escales et correspondances ratées qui l’ont mené jusqu’à vous après poireautage dans maints aéroports, où les noms Port-au-Prince et Toronto surnagent ? Lui qui aime écrire dans les lieux de passage en profite pour accrocher sa prose au va-et-vient ambiant. Son oeil fatigué témoigne pourtant de l’urgent besoin de se poser.
Les gens disent avoir l’impression de le connaître, parce qu’il écrit au » je « , ce moi du narrateur qui n’est ni tout à fait le même ni tout à fait un autre que lui. » C’est le fondement même de la littérature. Le lecteur doit croire ce qu’on lui propose, sans savoir vraiment comment ça marche. » Laferrière est aussi un homme public, qui aime prendre la parole sur toutes les tribunes, et s’affiche en cela comme un écrivain contemporain. » Ça ne fait pas un siècle que l’écrivain entre en scène sans laisser parler son oeuvre. J’ai incorporé l’époque en parlant. Mais d’autres, comme Réjean Ducharme, se taisent. Il n’y a pas de règles. «
Avant et après
Ce prix Médicis 2009 pour L’énigme du retour, Laferrière en témoigne dans ce livre et en entrevue : la vie avant, la vie après. » Tous ces gens qui vous courent après. Surtout que le tremblement de terre à Haïti est survenu dans sa foulée. On me consultait sur tout, sur l’adoption des enfants haïtiens orphelins du séisme. J’étais devenu l’Haïtien de service. « Plusieurs écrivains paralysent après un gros prix. » Le pouvoir que ça procure corrompt. Mais on est primé pour un livre qui était déjà écrit. Alors, autant continuer sur cette lancée et garder sa couleur. » Tout le reste à ses yeux est faiblesse.
Plus que tout, son livre témoigne de l’ascèse de l’écriture. » Il y a ceux qui plongent et ceux qui ne plongent pas. On doit chercher le coeur des choses, tomber dans l’obsession. Il faut attendre le monstre qui arrive. «
Le fantôme de Borges, son écrivain d’élection – « un Sud-Américain avec le flegme anglais » -, trône ici en majesté, mais également Voltaire, Kafka, Proust, Truman Capote, Moravia, Philip Roth, etc. » La meilleure école d’écriture passe par la lecture de grands auteurs. Nos sens sont alors plus aiguisés et le goût se développe « , estime-t-il. Pas question pour lui de taire ses références littéraires sous prétexte que bien des lecteurs ne connaissent pas ces auteurs. » Sinon, ils disparaîtront de la circulation. Et ce sera pire que tout. Mais 10 % des lecteurs peuvent suivre. «
Ce livre possède des liens avec son précédent L’art presque perdu de ne rien faire, chroniques qui abordaient aussi ses amours littéraires. Mais ici, Dany Laferrière cible plus particulièrement un art poétique à travers ces lettres à un jeune poète, façon Laferrière, qui n’évitent pas complètement le piège sentencieux. Dany a hésité avant de s’y frotter.
Il rappelle pourtant que les peintres apprentis vont voir les toiles de maîtres, et partagent ainsi leur intimité. » C’est une façon de communiquer. Je ne prétends pas être un maître, mais j’ai du métier et tant de jeunes écrivains me demandent des conseils. Après ça, ils n’auront qu’à me lire et j’aurai congé pédagogique… «
Petit, il se sentait plus impressionné par les magiciens qui manquent leur truc que par la magie elle-même. La mécanique l’inspire. » J’apporte ici une description de la littérature, vue d’en bas, de la salle de machines. En même temps, je me méfie de l’expérience. La grâce des débuts est plus belle. Ensuite, on doit travailler longtemps pour la retrouver. L’expérience apporte quand même une modestie. Les jeunes écrivains refusent de faire des poignées de porte. Ils inventent. Ils agacent. Mes conseils peuvent aider seulement ceux qui ont du talent. Rien d’important ne s’enseigne, après tout. «
Art poétique
Dans son Art poétique, Verlaine conseillait aux écrivains » de la musique avant toute chose « . Dany dit de même, en précisant : » Le rythme plus l’émotion égale la musique. » Il rappelle que si, du temps de Balzac, les descriptions pouvaient être longues et touffues, aujourd’hui, avec la télé, les nouvelles technologies qui offrent leur poids d’images, mieux vaut sauter à l’essentiel, éviter le trop-plein d’adjectifs aussi. » Balzac devait inventer la télé et le regard. Quant à Proust, il devait mettre en scène l’intimité de l’image. «
Dans un intéressant volet, l’écrivain fait la différence entre le monologue français et le dialogue américain. « Les Américains ont le sens du concret. Ils font du cinéma de bruit et de fureur. Les Français absorbent et digèrent à travers une voix unique. Leur sens de l’harmonie s’oppose au rythme américain. En France, on voit l’écrivain et l’impact d’un prix dure plus longtemps qu’en Amérique, où l’idée de l’oeuvre existe peu. Le livre de l’un y chasse le livre de l’autre. »
Dany remarque que le désir d’écrire pour donner la parole aux sans-voix, moteur du Martiniquais Aimé Césaire, s’est effrité. » Il avait un rapport avec l’idéologie communiste. J’ai une réticence face à cette conception du monde, même si un grand auteur comme Césaire pouvait en tirer des perles. «
Être un écrivain haïtien né sous une dictature a forcé Dany Laferrière à se poser la question du politique dans l’oeuvre. » Il existe d’autres voies qui passent par ce que nous vivons. En écrivant mon premier roman, j’ai fait un choix radical : ne pas écrire une seule fois le nom Haïti, mais remplacer la bataille contre la dictature par le sexe. Je préfère stimuler la jeunesse que lui apporter le pouvoir. »
Il l’avoue toutefois : « Je vais de moins en moins vers le roman. » Lui qui va bientôt passer trois mois en Suisse prévoit d’aborder dans son prochain livre ses voyages et le goût de l’errance. L’exil est aussi un pays.
L’art de naviguer sur une mer d’encre
par Richard Boisvert, Le Soleil
10 février 2013
Journal d’un écrivain en pyjama donne à première vue l’impression d’un collage de conseils que l’auteur expérimenté confie au débutant. C’est petit à petit que ce drôle de traité se dévoile, qu’il fait entendre ce que Dany Laferrière appelle « sa voix propre ».
Déjà, la posture de l’écrivain en question intrigue. Pourquoi diable nous parler de son pyjama? Mais parce qu’il en porte! Si, si. Il ne plaisante pas.
Selon lui, le pyjama représente le chez-soi. « C’est un habit de travail qui se porte le dimanche, dit-il. C’est un relâchement. Quand quelqu’un te reçoit chez lui en pyjama, c’est qu’il te reçoit dans l’intimité. C’est ça, la littérature. Je suis en train de travailler, mais je travaille dans l’intime. Je n’essaie pas de vendre un livre au lecteur, j’essaie de devenir son ami. »
Il aurait tout aussi bien pu choisir le costume de bain, remarquez. Journal d’un écrivain en pyjama, qui paraît mardi, baigne dans une grande métaphore, la mer d’encre. Cette immense étendue au milieu de laquelle auteurs et lecteurs forment un archipel.
Les ingrédients et le goût
Pour que ce Journal soit plus qu’un guide, il a fallu résoudre la délicate question du ton. Relever le défi de parler de la création en employant un style qui soit, précisément, celui de la création. Donner au livre sa voix propre. Faire vibrer les idées « C’est le principe de la cuisine, dit l’écrivain. Vous mettez des aliments différents qui donnent un goût unique. »
Dans l’enfilade d’anecdotes ou de conseils, le lecteur peut sentir la présence du narrateur. « On est toujours avec cet ami-là, on entend constamment sa voix. Et alors que dans les traités, les gens essaient toujours d’être neutres pour que le conseil tombe comme un proverbe, une sorte de chose imposée, dans ce livre, il n’y a rien d’imposé. C’est plein de peut-être, de je sais pas. »
De contradictions aussi?
« De contradictions, oui. Il y a une manie à notre époque, chez les éditeurs, chez les correcteurs surtout, de nettoyer les textes. Il n’y a plus de trace humaine. Tout doit être parfait, un mot ne doit pas être employé deux fois… Tout ça va nous faire perdre précisément l’élément humain, qui fait qu’on sent qu’il y a quelqu’un, là, qui frappe à notre porte. C’est comme dans la vie, on tombe sur les deux pieds, même dans la contradiction. S’il n’y avait pas de contradiction, on ne serait pas humain. S’il fallait mourir après chaque contradiction, on n’avancerait pas, parce qu’on n’est fait que de ça. Donc, la mauvaise foi de l’être humain le protège du désespoir. »
Entre chacun des conseils, dûment numérotés de 1 à 202, l’auteur a glissé une note, dont quelques-unes pas trop mal tournées. Celles-ci forment en quelque sorte la caisse de résonnance du livre. Celle-ci (« Il arrive qu’un lecteur accuse un livre d’avoir mal vieilli, sans penser qu’il n’est peut-être plus le lecteur qu’il fut ») fera écho à celle-là (« Il y aura de mauvais livres tant qu’il y aura de mauvais lecteurs »). Pour Laferrière, il faut avoir la modestie de reconnaître que nous ne demeurons pas toute notre vie le grand lecteur que nous fûmes un jour.
Le bouquin d’un peu plus de 300 pages regorge de suggestions, de trucs techniques, de propositions, d’anecdotes et de faits vécus. Sa « farine » a été enrichie d’une foule de recommandations de lecture. Henry James, Jacques Roumain, García Márquez, Diderot, Norman Mailer, Bernhard Schlink, Mikhaïl Boulgakov, des auteurs connus, d’autres moins. Il devrait passionner ceux dont le métier est d’écrire, bien sûr, mais également tout lecteur intéressé à élargir son horizon.
Ce livre donne l’envie de lire, mieux, de commencer à lire sérieusement, avidement, comme ce qui n’est pas une mince de ses qualités. Et si vous aimez déjà lire, vous remercierez son auteur de vous refiler aussi gracieusement les clés de sa bibliothèque.
Un livre pour oublier
Dany Laferrière prétend avoir couché ses conseils sur papier pour mieux les oublier. « J’ai écrit ce livre pour ne plus avoir besoin de me rappeler de tout », lance-t-il, le visage éclairé par un sourire de grand enfant. « Les autres vont s’en rappeler. Je leur donne ma mémoire. C’est extraordinaire, quand on y pense, le rôle que joue l’alphabet. La mémoire humaine est supportée par 26 minuscules lettres. Si on ne les avait pas, on serait tous fous. Une bibliothèque, c’est un endroit où on a déposé toutes nos expériences, comme on fait une liste avant de dormir, sinon on ne va pas tout retenir ce qu’on va faire demain, et là on se repose. On aurait eu trop plein de choses dans la tête et on serait devenu fou. Et tout ça se repose sur 26 lettres, et depuis 3000 ans, on en met sous toutes les formes. »
Glisser ou trébucher
Certains auteurs posent au lecteur leurs conditions, et Dany Laferrière admet que celles-ci sont parfois difficiles. Tolstoï par exemple. « J’ai lu Guerre et paix le printemps dernier dans une résidence d’écrivain près de Florence. Je savais que si j’entrais dans une oeuvre abondante comme celle-là, je devais ralentir la course du temps. Et c’est ce qui s’est passé. Tu ne peux pas rentrer dans cet univers quand tu as la vie quotidienne à gérer. Lire ça en ville, dans des conditions d’urgence, on saute des pages. Là, j’ai dit : Non, je vais lire tous les mots de l’auteur, et à sa vitesse. Parce que les livres ont une vitesse propre. On ne lit pas L’étranger ou bien Jacques le fataliste de Diderot comme on lit Proust. La recherche, si tu n’es pas prêt pour sa vitesse, tu ne peux pas. Et il y a des montagnes, des zones difficiles, des terrains vraiment malaisés, comme Ulysse de Joyce. Moi, j’ai pas pu, j’ai trébuché à la 30e page. Il y a aussi des glissades. Quand tu rentres dans Dumas, tu veux pas que ça finisse. »

Dany Laferrière présente son dernier livre
par Agence QMI
11 février 2013
À l’occasion du 10e anniversaire des éditions Mémoire d’encrier, l’auteur Dany Laferrière a présenté hier son dernier livre, Journal d’un écrivain en pyjama, à la Grande bibliothèque.
Dany Laferrière propose avec cet ouvrage d’un peu plus de 300 pages un voyage au coeur de sa propre bibliothèque, traitant de l’importance de lire pour un auteur et y livrant quelques trucs et suggestions de bouquins.
Après L’art presque perdu de ne rien faire, ce roman des idées, j’ai voulu réfléchir sur la lecture et l’écriture, deux activités qui enchantent mon esprit. J’ai écrit ce livre dans mon lit, entre 3 h et 7 h du matin. Au moment où la ville s’active, je me rendors », a commenté l’auteur. Le petit dernier de Dany Laferrière, lauréat du prix Médicis en 2009 roman L’énigme du retour, doit se trouver sur les tablettes dès demain.

Entre la réalité et la pure invention se trouve l’auteur
propos recueillis par Michel Vézina, L’express d’Outremont
14 février 2013
«Nous vivons dans l’obscurité, nous faisons ce que nous pouvons, le reste est la folie de l’art.» – Henry James, cité par Dany Laferrière dans Journal d’un écrivain en pyjama.
«Personne ne nous oblige à aligner ainsi les émotions les unes à la suite des autres. Nous n’avons aucune idée de ce qui nous pousse à le faire. Et nous reviendrons sur le chantier pour poursuivre inlassablement le travail jusqu’à noircir la dernière page blanche.» – Dany Laferrière dans Journal d’un écrivain en pyjama.
Je lisais dans le Devoir de samedi, le papier sur le plus récent livre de Dany Laferrière. Je l’ai aussi entendu dimanche, parler de son rapport à l’écriture à dans Tout le monde en parle. Je n’arrête pas de réfléchir à ce «je» qu’il a créé, qui parle de lui tout en parlant des autres, qui porte sa propre parole tout en la prêtant à celui ou celle qui lit. J’aime l’importance qu’il accorde à la lecture, j’aime cette manière qu’il a de parler de l’écriture comme d’une drogue, comme d’une manière de s’inventer un monde parallèle, une réalité autre.
«Je repense à cette réponse qu’il me donnait, il y a plusieurs années, à cette question que je posais systématiquement aux écrivains que j’interviewais, à savoir la nature de la relation qu’entretenaient le réel et l’inventé dans leur oeuvre. «Ça n’a aucune importance, m’avait-il répondu, tout ce qui compte, c’est l’écriture. Seule la part floue entre ce que vit l’écrivain et ce qu’il invente compte, au moment même de l’écriture, dans sa solitude la plus totale.»
Un roman sur les lieux de ma retraite
Cette distance fragile m’obsède. Ce monde que l’on crée en écrivant me fait peur. Comment faire se marier des lieux, des paysages, des personnages et des émotions à la fois tirés de la réalité et absolument inventés, comment ne pas trahir ni l’un ni l’autre ?
Dany disait à Guy A. qu’une famille doit s’inquiéter lorsqu’elle compte un écrivain parmi les siens. L’écrivain écoute aux portes, il enregistre la moindre conversation, le moindre chuchotement, le moindre secret qu’on lui confie. Il se nourrit des gémissements étouffés par les draps et les oreillers dans la chambre d’à côté, il invente une altercation à partir d’une bribe de conversation, il compose des personnages à partir d’additions et de soustractions, volant ceci à l’un, fondant ces deux-là l’un dans l’autre pour n’en faire qu’un seul.
Cette semaine, j’écris un roman qui se passe sur les lieux mêmes de ma retraite. Autour de cette maison et aussi autour d’autres, sur ce chemin que je fréquente depuis 20 ans. Cette semaine, j’invente et je me dope. Cette semaine, je lis Dany Laferrière et des larmes me viennent aux yeux. Journal d’un écrivain en pyjama, Mémoire d’encrier.

Joblog
par Josée Blanchette, Le Devoir
15 février 2013
Savouré Journal d’un écrivain en pyjama de Dany Laferrière. Rien de plus normal, je m’y retrouve dans cette leçon d’écriture en tenue d’intérieur. Et j’ai compris en lisant Laferrière pourquoi je n’écris pas de roman : j’aurais besoin d’une femme. Un écrivain est un célibataire endurci ou un être entretenu qui vit en dehors du temps. Et tant pis pour ceux qui l’entourent.
– Josée Blanchette, Le Devoir
15 février 2013

Journal d’un écrivain en pyjama
propos recueillis par Chantal Guy, La Presse
22 février 2013
L’humanité pourrait cesser d’écrire pendant un siècle, le passé contient tant de livres qu’on aurait sans problème de la lecture pour un millénaire.
Peut-être écrit-on pour avoir un jour le plaisir d’écrire un livre comme Journal d’un écrivain en pyjama. Les lecteurs raffolent des secrets et des conseils des écrivains, les ateliers d’écriture qu’ils donnent son pleins et le best-seller de Rilke sera toujours Lettre à un jeune poète. Dany Laferrière, constamment sollicité à ce sujet, l’a bien compris. Il pourra maintenant dire à ceux qui lui demandent conseil: lisez mon livre. C’est rusé, ça. On y trouve ceci: « L’aventure, l’aventure, on n’est pas dans Dumas ou Stevenson, on ne court plus les mers pour découvrir de nouvelles terres. L’aventure, c’est de rendre possible la découverte de nouveaux paysages intérieurs. Il répète: et l’aventure? La grande aventure, aujourd’hui, c’est l’écriture. »

À lire absolument! Un livre d’été par excellence.
par Marie-Christine Blais, Le Téléjournal 18h
Le 20e livre de Dany Laferrière est composé de centaines de petites chroniques allègres, à la fois légères et nourrissantes, doublées d’humour et d’esprit, à l’intention d’absolument tout le monde, écrivain ou pas. En prime: on peut le feuilleter comme bon nous semble, picorer ou plonger, dans le désordre ou la tranquillité.
La Presse, 21 juin 2013

Les coulisses d’un livre
par Aliocha Wald Lasowski, Le Magazine littéraire
1 septembre 2013
Perdu en lointaine banlieue ouvrière de Montréal, dans les petits matins gris et les ciels bas, le narrateur rêve de quitter une vie quotidienne difficile pour devenir un véritable athlète de l’écriture. C’était il y a un peu plus de trente ans. Ébloui par la grâce qui émane des oeuvres d’un Francis Scott Fitzgerald, le jeune homme, né à Port-au-Prince, en Haïti, décide un matin d’aller acheter une vieille machine à écrire chez un brocanteur du quartier. Dans la canicule et l’air qui sent le soufre, il installe la vieille Remington 22 sur la petite table de la cuisine et se lance dans l’aventure d’une première page, improvise un rythme, cherche une musique. Dany Laferrière prend vite l’habitude d’écrire en pyjama. Voilà un bon habit de travail, qui convient à l’obscurité dans laquelle il écrit, replié dans sa rêverie, effleurant les touches du clavier pour faire le moins de bruit possible. C’est ainsi qu’il mène à son terme son premier roman, en 1985.
Dany Laferrière nous offre le portrait de l’écrivain encore inconnu. Avant l’heure. Avant l’oeuvre. En pyjama. Comment, avec pour seule fortune les vingt-six lettres de l’alphabet, de phrases en paragraphes, de paragraphes en chapitres, former cette montagne qu’est le livre, où s’agitent sensations, impressions et émotions ? Première réponse de l’auteur : « L’écriture est une étrange passion dont il faut retarder le plus longtemps l’explosion. » Journal d’un écrivain en pyjama est un petit manuel plein d’humour pour écrivains en herbe. Mêlant conseils techniques, chroniques littéraires et anecdotes personnelles, Dany Laferrière met en scène les coulisses du métier : « J’entre toujours dans un nouveau livre sur la pointe des pieds, comme dans une nouvelle maison dont on n’a aucune idée de la disposition des pièces. » Prenant parfois la forme d’un dialogue entre un homme mûr et son jeune neveu, ou entre la fiction et la réflexion, l’enjeu du livre est de comprendre la mécanique littéraire. « C’est un roman ! », s’écrie (ou s’écrit) l’auteur, comme l’infirmière annonce la naissance à la famille. Avec minutie, il dévoile ses secrets : une histoire à raconter, c’est un marathon plutôt qu’un cent-mètres – il y a des histoires qui scintillent la nuit et disparaissent à l’aube. Il est normal qu’on éprouve alors, en pyjama ou non, de vraies difficultés : c’est qu’il faut penser le monde et sentir la vie. Harmoniser l’esprit et les sens. Dans le tissu du roman, Dany Laferrière souligne le rôle de la digression, « qui sert à briser la ligne du récit afin d’éviter la monotonie. C’est un art difficile à maîtriser ». Le roman exige quelque chose que ce siècle ignore, la patience, conclut-il, en s’appuyant sur l’exemple de Guerre et paix. Tolstoï fait alterner de longs moments calmes, où les sentiments semblent endormis, avec leur brusque réveil, qui les fait éclater comme les fleurs et les fruits au printemps.

Le roman, mode d’emploi. Les conseils de Dany Laferrière à un jeune écrivain
propos recueillis par Eléonore Sulser, Le Temps
7 septembre 2013
Ce «Journal d’un écrivain en pyjama» n’est ni un dictionnaire thématique – quoique ça y ressemble – ni vraiment un journal, bien que ça en ait l’air. C’est une réflexion sur l’écriture, sur un ton tantôt léger tantôt docte, mais toujours plein d’humour
En 1985, Dany Laferrière publie Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, un roman au titre aussi long qu’intrigant qui lui vaut une notoriété immédiate. Et depuis, Dany Laferrière a fait couler beaucoup d’encre. D’abord de sa machine à écrire – une Remington 22, précise-t-il – puis sur les écrans d’ordinateur qu’il noircit aujourd’hui et que ses éditeurs se chargent de muer en encre sur papier.
Plus d’une vingtaine de livres. Un fleuve d’encre donc, une mer d’encre même, dit celui qui se voit aujourd’hui, au dernier chapitre de ce Journal d’un écrivain en pyjama, sur une petite île accueillante, entouré de toute part par ce liquide sombre et épais, parent du café, dans lequel il a «passé une bonne partie de [sa] vie à barboter».
Si Dany Laferrière ne revenait pas sans cesse sur ses pas, comme il l’a fait par exemple dans L’Enigme du retourou dans sa Chroniques de la dérive douce, on pourrait dire que l’écrivain haïtien, mais canadien d’adoption, en est arrivé à l’heure solennelle du bilan; qu’il considère aujourd’hui, avec le recul de l’expérience, ce qu’une vie d’écriture lui a appris. Ne lui a-t-on pas d’ailleurs récemment demandé de venir donner des cours de littérature à l’EPFZ de Zurich?
L’heure du bilan donc? Peut-être, car il a fallu que l’encre coule pour en arriver là. Mais ce bilan n’est ni un point final, ni un achèvement, ni un exercice pontifiant.
Parce que, pour commencer, Dany Laferrière n’est guère solennel dans ses écrits et qu’il se moque volontiers de lui-même. L’un de ses modèles à cet égard est d’ailleurs Woody Allen, qui se promène dans plusieurs de ses chapitres.
Parce que, pour continuer, même à l’heure des comptes et des contes (fût-ce la énième fois qu’il les raconte, il trouve toujours une nouvelle manière de faire), jamais il n’abandonne la poésie – cette «énergie qui traverse le récit» et qui est plus vraie lorsqu’elle est «invisible».
Et enfin, parce qu’il continue de parler au présent, qu’il évoque ce qu’il vit, ses difficultés comme ses enthousiasmes du jour, qu’il se demande comment retrouver la spontanéité des débuts ou qu’il se réjouisse de sa lecture, tardive mais merveilleuse, de Guerre et Paix de Tolstoï! Bref, il évite avec un art d’équilibriste les territoires du vieil écrivain blasé.
Pour autant, Dany Laferrière ne nie pas qu’il a acquis une certaine expérience. Son métier, il le connaît, et il n’hésite pas à en dévoiler généreusement quelques ficelles très concrètes. Comment commencer un roman? Comment le finir? Faut-il y mettre de l’ironie? Des dialogues à l’américaine? Comment approcher la «vraisemblance»? Ecrivain et narrateur, où commence l’un, où finit l’autre?
Tout en prodiguant ses observations – il s’adresse, dit-il, à l’écrivain qu’il fut, au jeune écrivain en devenir qu’est son neveu en Haïti, à un ami d’âge mûr, grand lecteur, «à des gens qui aiment bien écrire sans vouloir devenir écrivains» -, il parvient à conserver sa liberté et son brio; il surprend.
Dans la forme tout d’abord. Car ce Journal d’un écrivain en pyjaman’est pas véritablement un journal. Et, bien qu’il soit divisé en courts chapitres thématiques, ce n’est pas non plus un dictionnaire. On est plus près du mode d’emploi… ou de la recette de cuisine: voici, point par point, une série de recettes qui feront peut-être de vous un bon écrivain ou, à défaut, un bon lecteur.
L’écrivain vous allèche, donc, puis clôt chacun des chapitres par un aphorisme en italique qui pourrait sortir de l’un de ces «biscuits chinois» qu’on vous offre à la fin du repas dans les restaurants asiatiques: «Le narrateur te ressemble, mais c’est une erreur de croire que c’est toi: tu es fait de chair et de sang et, lui, de lettres et d’encre.»
Vous voilà donc armé de bons conseils et de températures de cuisson adéquates: votre roman sera cuit à point. Mais, coquin et facétieux, Dany Laferrière ne s’en tient pas là. Ce Journal ne serait-il pas lui-même un petit peu un roman? Italo Calvino apparaît quelque part… Et une jeune sirène nommée métaphore fait surface dans des chapitres inattendus, tandis que son père, un vieil écrivain, disparaît dans l’«o»… Pas si simple de se mouvoir dans la jungle des 26 lettres de l’alphabet, on peut s’y perdre, rappelle ainsi Dany Laferrière. Et il faut être un peu mage, un peu chaman, un peu retord, mais toujours au plus près de soi-même, pour y tailler son chemin d’écriture et de fiction.

Entretien. Dany Laferrière, écrivain : « Le pyjama est un élément de la mémoire enfantine »
propos recueillis par Jean-Claude Raspiengeas, La Croix
12 septembre 2013
Pourquoi ce titre, Journal d’un écrivain en pyjama?
Dany Laferrière: La lecture et l’écriture tirent leur source de la nuit. J’ai beaucoup voyagé ces derniers temps et j’ai perdu le sens du temps. Je suis devenu insomniaque. Je prends des notes que je prolonge, en changeant de thèmes, d’angles, de sujets, par ces réflexions qui sont, pour moi, le roman de la lecture. Même si elles sont liées, écrire et lire sont des activités extrêmement différentes. C’est parfois le drame: pour avoir beaucoup lu, et parfois avec un fort discernement, certains se croient écrivains.
Le lecteur intérieur est d’ailleurs le pire des compagnons pour un écrivain. Il en sait beaucoup plus que vous. Il est prêt à vous attaquer avec la même virulence qu’il a utilisée avec d’autres écrivains, même les plus grands. Il faudra d’abord le faire taire si vous voulez écrire. Il faut avoir beaucoup écrit pour accepter d’entendre le critique en vous.
Quels sont les écrivains qui vous inspirent?
D. L.: Borges, en premier lieu. Chez lui, la bibliothèque est le grand personnage. Peu de personnes disposent d’un musée personnel, sauf les très riches. Mais n’importe qui peut avoir une bibliothèque, même maigre. C’est une source de joie constante d’avoir des livres chez soi, de pouvoir les consulter selon nos désirs.
La mienne est composée de livres qui me sont précieux, d’auteurs qui sont des génies, et de « livres-amis », pas forcément exceptionnels mais qui me consolent dans les moments difficiles, que je conserve même si je ne les tiens pas en très haute estime littéraire. Je lis pour entendre une voix fraternelle.
Les écrivains que j’admire ne sont pas forcément ceux qui m’inspirent. Borges, que j’admire, ne m’influence pas. Il me rend trop modeste. Alors que d’autres m’inspirent et m’influencent. Diderot, pour sa vitesse, son esprit joyeux, ironique, sa générosité. Tanizaki pour son extrême modernité. Les écrivains qui entendent la rumeur de la ville, comme James Baldwin. Cendrars, aussi. Pour une narration extrêmement rusée, je cite volontiers Bukowski, écrivain très raffiné, qui se présentait comme un homme vulgaire. Sous ses gros mots se cachaient une âme sensible et un style percutant très travaillé. Ma bibliothèque est remplie d’écrivains qui aiment les livres.
Quelle distinction établissez-vous entre admiration, inspiration et influence?
D. L.: J’admire quand je lis des écrivains au firmament. Borges, Homère que je tiens pour un grand poète, Baudelaire. L’inspiration vient de partout. De la rue comme des écrivains que je trouve médiocres, parce qu’ils ont souvent plus d’idées intéressantes que les grands auteurs. Garcia Marquez, que j’admire, dit que Cent ans de solitude est constitué de cent mauvais romans sud-américains. Les mauvais livres nourrissent les bons. Finalement, comme aurait dit Borges, nous n’écrivons qu’un seul livre. Les livres s’améliorent au fil du temps, en passant d’un auteur à un autre.
Les écrivains qui m’influencent, souvent très moyens, utilisent des thèmes qui me sont proches. Ils ouvrent des brèches, montrent la voie, et incitent à faire mieux.
Comment furetez-vous dans les livres?
D. L.: Je lis sans préjuger. Je place très haut les livres qui me touchent, sans considération de la hiérarchie des auteurs. Tout lecteur devrait avoir cet « espace d’honnêteté ». Chez moi, il est visible. C’est « la petite étagère ».
Et le style?
D. L.: Difficile à définir ou à préciser. Mais quand vous l’avez devant vous, vous le sentez immédiatement. Dans mon cas, le style incarne un bonheur d’être. Je le considère comme une musique intime, un beat intérieur.
Quand vous vous êtes lancé dans l’aventure de vos lectures publiques à l’intérieur d’une baignoire, quel était votre projet?
D. L.: Partager mon expérience. J’ai toujours lu dans mon bain, espace de rêves, comme le ventre de la mère, empli d’un liquide amniotique qui me détend. Je lis, je m’endors légèrement, je reprends. C’est important d’exposer la lecture dans un espace d’intimité, de faire entendre le texte au lieu de gloser sur l’auteur ou la technique.
Quelle est la texture de vos heures d’insomnie?
D. L.: L’intimité et le silence, dans ma tête comme dans le monde, sont d’une grande épaisseur. Dans la journée, une maison vibre comme une usine. À 3 heures du matin, vous réalisez soudain combien vous vivez dans une constante agitation, une agression perpétuelle de la vie. Le silence de la nuit n’est pas de la solitude.
Et le pyjama, dans tout ça?
D. L.: C’est un élément de la mémoire enfantine. Je ne cesse de rencontrer des lecteurs qui m’avouent qu’ils portent un pyjama. Depuis que Marylin a dit qu’elle dormait en Chanel n° 5, personne n’ose le dire. Pyjama est un mot magnifique et mystérieux, avec la répétition du « a » et ce « y » qui ressemble à un palmier. Je me souviens d’un enfant qui avait dit: un zèbre, c’est un cheval en pyjama. J’aime l’idée que l’on ait pu confectionner un habit de la nuit, devenu, pour moi, habit de travail.

Dany Laferrière « J’aime écrire en mouvement »
par Raphaëlle Leyris, Le Monde
13 septembre 2013
« Journal d’un écrivain (en pyjama ou non)? Le nouveau livre de Dany Laferrière relève plutôt du bréviaire aimablement fourre-tout. Comment user du dialogue ou du passé simple, quelle place accorder à l’humour ou à la description des paysages? C’est à ce type de questions que répondent, avec une joyeuse nonchalance, les 182 points de ce texte, qui est autant un guide qu’un portrait de l’écrivain en auteur et en lecteur. Prix Médicis 2009 pour L’Enigme du retour (Grasset), Dany Laferrière y évoque aussi l’impact de la vie matérielle sur l’écriture, ses premiers pas de romancier ou encore, comme en passant, ses liens avec Haïti, où il est né, à Port-au-Prince, en 1953, et qu’il a fui en 1976, direction Montréal – après avoir vécu entre 1990 et 2002 à Miami, il s’est de nouveau installé au Québec.
D’où est venue l’idée de ce Journal d’un écrivain en pyjama?
Après le séisme de janvier 2010 en Haïti, des appels ont été lancés pour y faire venir des livres, pour que des éditeurs en envoient. J’ai eu envie que ces dons soient accompagnés de petits textes qui donneraient le goût de lire. Qui diraient aussi qu’on peut écrire sans vouloir être publié, et qu’écrire et lire relèvent de la même impulsion. Je voulais prendre des romans classiques et des textes contemporains, les évoquer pour essayer de communiquer mon enthousiasme, et que tout cela soit un cadeau qui accompagnerait les livres donnés. Et puis j’ai pensé que l’on pouvait faire de cette idée quelque chose de plus large.
Dans ce livre dont vous dites qu’il pourrait être considéré comme le « roman des angoisses d’un écrivain en pyjama », vous soulignez à plusieurs reprises le fait que le roman est le genre roi aujourd’hui. Vous le déplorez?
Cela m’inspire en tout cas un peu d’ironie. Aujourd’hui, le roman règne, un peu comme a pu le faire la poésie il y a plus d’un siècle en Europe, et comme elle continue de le faire en Haïti, en Amérique latine, en Russie… Aujourd’hui, en Occident, un livre qui ne se présente pas comme un roman est disqualifié. C’est cela que je regrette, avec un peu de distance et d’humour. J’aimerais que l’on donne plus de place à la poésie, qui, de nos jours, est contrainte de se dissimuler à l’intérieur du roman. Prenez Bukowski : dans ses romans, dans ses nouvelles, il met en scène le Bukowski poète comme en cachette. Le poète est obligé de se travestir.
Etes-vous lecteur des journaux ou bréviaires à l’image du vôtre?
Pas tellement. Mais je suis très intéressé par l’idée de transmission. Du coup, je suis passionné par les premiers romans : les contemporains, bien sûr, mais aussi ceux des grands classiques. Je trouve ça touchant et très fort, surtout quand leur style n’est pas encore affermi, mais que les idées sont déjà présentes. Pour cette raison, cela m’intéresse de m’adresser aux jeunes gens, comme j’espère le faire avec le Journal.
Quel regard portez-vous sur votre premier roman – « Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer » (VLB, 1985 – Montréal; Belfond, 1989)?
Je ne me souviens pas tant du livre lui-même que de l’époque où je l’ai écrit. J’habitais Montréal, j’avais quitté l’usine, je ne pouvais pas travailler comme journaliste – ce que j’étais, avant, à Port-au-Prince. D’un coup, je pouvais faire quelque chose par moi-même qui ait un sens. Je vivais dans une petite chambre du Quartier latin de Montréal. C’était une époque très gaie. Un moment de grande joie.
D’où chez vous cette conviction, répétée dans « Journal d’un écrivain en pyjama », que « l’écriture doit être une fête intime »?
C’est ce que j’ai vécu, et ce que j’essaie de conserver. C’est pour cela qu’il n’y a pas chez moi de grandes tentatives pour trop bien faire. Vous évoquez d’ailleurs souvent la nécessité, pour bien écrire, d’oublier qu’on est en train de le faire…
Il faut écrire jusqu’à ne plus avoir peur d’écrire. Jusqu’à être dans la joie magnifique que je décrivais. On écrit et, soudain, on est hors de tout contexte. Par ailleurs, je garde avec Buffon la conviction que le style c’est l’homme; et il ne faut pas chercher à trop se maquiller. Il faut accepter le portrait qui finit par se dessiner, accepter d’être jugé sur ce que l’on est, et ne pas vouloir à tout prix montrer son plus beau profil. Moi, je suis brouillon…
Né en Haïti, installé à Montréal, vous dites « écrire dans des lieux de transition ». C’est important?
J’aime écrire en mouvement. A l’époque de mon premier roman, je me voyais comme une cible mobile. Je pensais : « On ne doit pas m’attraper dans la ville. » Je changeais souvent d’appartement – à l’époque, je venais d’arriver à Montréal, et ces déménagements me semblaient être une bonne manière de visiter la ville. Dans l’écriture, il y avait quelque chose du même ordre : il ne fallait pas que l’on m’attrape. A ce sujet, c’est peut-être, autant que l’écrivain, l’ancien journaliste de Port-au-Prince qui parle, celui qui devait éviter de tomber dans les pièges du dictateur [Jean-Claude Duvallier, président d’Haïti de 1971 à 1986].
Vous considérez-vous comme un « écrivain du monde », selon l’intitulé du Festival auquel vous participez?
Je ne sais pas si je suis un écrivain du monde, mais j’écris sur le monde. Dans ce livre, je fais référence à de nombreux écrivains venant de partout. Je suis d’abord un lecteur du monde.

Les écrivains parlent de l’écriture
par Martine Freneuil, Le Quotidien du Médecin
30 septembre 2013
Que l’auteur se mette lui-même en scène, qu’il raconte la vie imaginaire d’un héros romancier ou qu’il invente une seconde vie, voire une autre mort, à des maîtres des belles-lettres, l’écriture et la littérature sont au coeur de ces romans.
Au quotidien
À 60 ans, après trente années de publications et presque autant de livres, Dany Laferrière se met à nu… ou presque, avec « Journal d’un écrivain en pyjama ». L’auteur de « Vers le Sud » (adapté au cinéma par Laurent Cantet »), de « l’Énigme du retour » (prix Médicis 2009) et de « Tout bouge autour de moi », a revêtu son « habit de travail » favori – le pyjama, indispensable autant pour lire que pour écrire – et offre une suite de scènes en tous genres où il se découvre en « action » et dans son intimité.
Chacune des 182 notules qui composent l’ouvrage est présentée comme un « conseil à un jeune écrivain », mais le livre en donne bien plus. Au-delà de la lecture et de l’écriture, loin de tout pédantisme et dans un style tout d’humour et de fausse désinvolture, Dany Laferrière parle en effet de nous et de la vie quotidienne. Cheminer au sein de ces courts chapitres est un réel plaisir.

Du jour au lendemain
[Audio de 34 minutes]
sur France inter
5 octobre 2013

Conseils à un jeune écrivain. Avec humour, l’auteur parle de lecture et d’écriture.
par Mohamed Aïssaoui, Le Figaro
24 octobre 2013
QUEL REGRET de n’avoir pas ouvert ce livre plus tôt. Il faut dire que Dany Laferrière n’y a pas mis du sien, avec un titre qui pousse à la somnolence. Pensez-vous, Journal d’un écrivain en pyjama, ça ne fait pas très sérieux après nous avoir habitués à des choses plus profondes, Tout bouge autour de moi, récit du séisme en Haïti en 2010, dont il fut rescapé, ou L’Énigme du retour, prix Médicis. Et pourtant, ce Journal… est un des textes de Laferrière parmi les plus jubilatoires et les plus instructifs. Sur le ton de l’humour, l’ouvrage ne manque pas de profondeur. Bien au contraire.
« Lire, lire, lire »
L’écrivain parle d’écriture et de littérature – il dissocie les deux, c’est fait exprès. Pour les passionnés de lecture comme pour ceux qui désirent prendre la plume – ou les deux -, ce livre est à ouvrir. Et tout de suite. Vous ne le regretterez pas. On ne le lâche pas ce Journal d’un écrivain en pyjama tant chaque page amène son lot de conseils avisés, de réflexions sur la fiction et de fraîcheur… Mine de rien, sans pédanterie, Laferrière offre une superbe « master class » , 182 leçons particulières conclues par de courtes pensées. Impossible de les noter toutes ici – il faudrait citer les 300 pages. L’auteur passe en revue, souvent avec force détails, chaque étape, chaque parcelle, chaque instant du chemin qui mène vers l’écrivain : le désir, la préparation, le début d’un roman, la page blanche, le narrateur, la description d’un paysage, le dialogue, le courage de s’exposer, etc. On pourrait retenir celles-ci, qui donnent l’esprit de l’exercice, mais sans l’aspect « technique » toujours utile : « On écrit le plus près de soi possible, et c’est ce qui nous rapproche le plus des autres » ; ou « Évitez d’écrire en nouveau riche qui veut étaler tout ce qu’il sait. Il faut permettre au lecteur de découvrir qui on est. Et c’est par le style que cela est possible. Moins vous faites de littérature, plus vous êtes dans l’écriture. » Ou, encore, simplement « lire, lire, lire » qu’on retrouve régulièrement, car Laferrière accorde une place importante à la lecture et aux auteurs qui l’ont marqué, avec une tendresse pour Borges, cet « écrivain-lecteur » qui était aveugle. Ce Journal… est rédigé à la manière d’un feuilleton, avec ses 182 épisodes. On dirait un récit d’aventures, bien que l’auteur soit souvent en pyjama ou dans sa baignoire un roman en mains. Il n’hésite pas à se dévoiler, raconte ses années de galère, sa « vie d’encre ». Il dit : « Écrire est d’abord une fête intime. » Et ce livre est un exquis moment de partage.

La réalité: une usine à fiction
par Jean-François Crépeau, Le Canada Français
28 mars 2013
«Ceci est une chaise», me dit-on en me montrant un accordéon, et moi de répondre: «Je suis noir». Ce jeu se nomme Babel et il a été inventé alors qu’on y construisait une tour si haute qu’on en perdait son langage. Alors, quand l’écrivain Dany Laferrière hésite, devant le Journal d’un écrivain en pyjama (Mémoire d’encrier, 2013), à dire qu’il s’agit d’un roman ou d’un essai lyrique, je le crois car, si l’auteur ne sait pas libeller son oeuvre, comment moi, lecteur, le saurai-je?
L’écrivain est maître des lieux que sont ses livres, et peut ainsi leur donner l’intitulé qui lui plaît. D’ailleurs, c’est ainsi que Michel de Montaigne inventa l’essai au 16e siècle et que, plus près de nous, VLB réinventa les genres en qualifiant ses livres d’essai-poulet, lamentation, oratorio, lecture-fiction, épopée drolatique, romaman, roman-plagiaire, roman-comédie, vaudecampagne, essai hilare, utopium, etc.
Alors, quand Dany Laferrière affirme que je lis un roman qui a un narrateur (l’écrivain), un sujet (l’écriture), et un lecteur (vous et moi): j’en conviens. Je suis d’autant plus d’accord que son approche est moins aride que, parfois, celui de l’essai classique; ainsi, il séduira plus de ces gens qui se découvrent soudainement une envie irrépressible d’écrire qu’ils confondent avec un talent d’auteur. L’écriture thérapeutique? C’est faire payer aux autres les honoraires professionnels qu’on ne peut s’offrir.
Revenons à ce livre où un auteur raconte, en brèves séquences, tous les aspects du processus menant à l’écriture d’une fiction. Déjà, dans cette façon de faire, on reconnaît le caractère littéraire dominant chez Laferrière, c’est-à-dire de raconter par petites touches de phrases, de paragraphes, de chapitres ou de toutes ces divisions formelles du contenu. C’est la spécificité de son style. C’est aussi, selon moi, un trait de plume des Amériques du 21e siècle, loin de l’Europe de Balzac ou de Proust.
Parmi le florilège de remarques, observations, critiques, commentaires et tutti quanti sur les mille et un aspects du travail de l’écrivain, Dany Laferrière s’observe lui-même exerçant ce métier, son premier credo étant le devoir de lire, de lire et encore de lire. Plus un écrivain fréquente ses semblables, plus il accumule un bagage qu’il s’appropriera et dont ses textes profiteront. J’aime bien quand l’auteur de L’énigme du retour écrit qu’il serait bien que ceux dont l’outil de base se résume aux 26 petits signes de l’alphabet et à l’appareil grammatical poussent la curiosité jusqu’à éplucher le dictionnaire, engrangeant ainsi un matériau dont ils auront acquis les plus intimes secrets.
Une autre réflexion que je retiens, c’est de ne pas avoir peur de s’inspirer de tout ce qui nous tombe sur la main au quotidien: d’une marche dans une ville achalandée à une errance dans un boisé désert; d’un souvenir d’enfance dont on ne sait plus bien si nous l’avons vécu ou si on nous l’a si souvent raconté qu’il est devenu nôtre; du passage d’un livre ou d’une séquence de film qui nous ont ennuyés ou émus, etc. Écrire, c’est en quelque sorte butiner dans toutes les alvéoles de la mémoire.
À mon avis, l’ultime conseil que «l’écrivain en pyjama» donne à tout auteur en devenir, c’est de faire simple en éliminant l’accessoire qui, même si les mots pour le décrire ravissent, ne nourrit en rien la trame du récit. Cela nous ramène aux lectures qu’il faut faire en abondance pour faire croître en nous l’émotion des mots. D’ailleurs, tout du Journal d’un écrivain en pyjama exprime l’émotion et la passion qui animent leur auteur qui, on s’en souvient, avait promis cet essai lyrique en forme de roman libre à son neveu qui l’interrogeait sur son métier d’écrivain et l’art de le pratiquer.

[Vidéo de 1 minute]
par la Librairie Mollat
20 novembre 2013

Pour bien écrire, faut-il vraiment porter un pyjama ?
par Muriel Steinmetz, L’humanité
24 octobre 2013
Dans son journal qui a tout l’air d’un essai, Dany Laferrière prête avec humour ses clefs pour l’art d’écrire qui ouvrent les portes de la littérature.
«Faut-il croire que le pyjama est un habit de travail comme un autre ? » Ce peut-être, en tout cas, le vêtement idéal pour le labeur de l’écrivain. Ce vêtement n’épouse-t-il pas à merveille les gestes réduits de celui qui brûle son énergie à polir ses phrases ? Dany Laferrière nomme sa condition « une vie d’encre ». Elle ne va pas de soi. L’auteur haïtien sait de quoi il parle, lui qui a quitté très jeune une dictature folle pour devenir « ouvrier dans une Amérique du Nord où le Noir est encore un citoyen de seconde main ». Il lui a d’abord fallu trimer « dans des manufactures de lointaine banlieue », jusqu’au jour où il a pu se payer une Remington en bon état. Il devient vite un athlète de l’écriture, ce qui ne paye pas tout de suite. Deux femmes seront là pour faire la soudure avant le premier à-valoir. L’une est la fille du proprio, et l’autre, l’épicière du coin. D’où ce conseil en préambule : « Mets-toi du côté des femmes, elles ont du coeur. »
l’auteur y diffuse de menues leçons de style
Journal d’un écrivain en pyjama tient à la fois, en effet, du journal – il en possède le ton désinvolte, un certain lâcher prise dans la formule – et du « petit manuel » destiné aux « gens qui aiment bien écrire sans vouloir devenir écrivains ». Dans un des mille et un brefs et savoureux chapitres qui composent l’ouvrage, Laferrière imagine le dialogue suivant : « – Un livre de conseils, ce n’est pas un truc de vieux, ça ? – J’ai soixante ans. -Tu n’arrives plus à écrire de vrai livre ? – Je n’ai jamais écrit de « vrai » livre ». Et ceci encore : « Si on fait un roman avec de tout aujourd’hui, pourquoi ne pourrait-on en faire un avec les réflexions d’un amateur en pyjama ? Un roman des angoisses d’un écrivain nonchalant. »
Cet objet littéraire procure un authentique plaisir de lecture. Il constitue aussi, donc, une mine de précieux conseils pour ceux que taraude la littérature. Sans jamais user d’un ton sentencieux, l’auteur y diffuse, avec générosité, de menues leçons de style. Il invite par exemple à composer des phrases courtes, à ne jamais céder au trop-plein d’adjectifs, mais « n’abusez pas des dialogues non plus ». Il prend plaisir à méditer sur l’art de la digression, cette « fenêtre qu’on ouvre pour faire entrer de l’air frais dans la pièce ». Il ne cesse, de page en page, de répéter que c’est « en lisant qu’on apprend à écrire ». Certains paragraphes recèlent de fines analyses de textes de géants des lettres (Hemingway, Tolstoï, Garcia Marquez). À d’autres moments, ce sont de lumineux raccourcis permettant de jauger la littérature à l’aune d’un seul pays, voire d’un continent. Par exemple : « Dans les romans des pays du tiers-monde, c’est rare qu’on mette le mal en scène (…), on se contente plutôt de le dénoncer. » Ailleurs, il est fait allusion au « dialogue américain face au monologue français ».
une petite pensée du jour qui peut faire mouche
L’érudition est ici toujours mise au service d’une idée précise. C’est souvent drôle, original, parfois cocasse en forme de pied de nez adressé à toute velléité de sérieux. Enfin, tout nous ramène à l’essai et pourtant tout semble nous en éloigner. La politesse consiste à démonter l’objet de la littérature en artisan consommé, jusqu’au plagiat qui est traité avec humour : « Si tous les écrivains refusaient de pratiquer le moindre plagiat, la diffusion de la littérature serait en danger. » À la fin de chaque chapitre, l’auteur insère en italique une petite pensée du jour qui peut faire mouche. On aime celle-ci : « On sait qu’un chapitre est bon si on a envie d’aller pisser après l’avoir terminé. »
Laferrière alterne ainsi, sur plus de trois cents pages, des notations éparses sur le parcours du combattant du livre en train de s’écrire, jusqu’à l’armistice de la publication.

Conseils de Dany Laferrière à un jeune écrivain
Par Claude Bernard Sérant, Le Nouvelliste (Haïti)
28 mai 2013
Le livre s’ouvre. Le souffle de l’auteur monte comme un »charme des après-midi sans fin ». Dans la musique des mots, le rythme du phrasé, on est emporté sur les ailes de ces pages. On entend la voix de Dany. La même qui plane dans les conférences et les rencontres tenues à Port-au-Prince. La même à travers 312 pages : la voix d’un passionné de littérature qui réfléchit sur la lecture et l’écriture.
Ouvrez le dernier livre de Dany Laferrière paru aux Éditions Mémoires d’Encrier, « Journal d’un écrivain en pyjama ». Ouvrez-le à n’importe quelle page ! Le charme de Dany opère et vous entraîne dans le fleuve d’une « lodyans ». Vous n’avez qu’à vous installer quelque part pour extraire les pépites de conseils du trésor d’expérience de l’homme. «Visez le coeur du lecteur, même si l’on sait que c’est avec sa tête qu’il lit ». Généreux, il refile quelques idées à celui qui voudrait se lancer dans l’aventure de l’écriture. « Écrire exige au premier plan de la concentration : réfléchir le monde et sentir la vie. Harmoniser l’esprit et les sens. » Pour l’auteur : « L’un des principes de l’écriture, c’est de connaître ses capacités afin de ne pas tenter des choses au-dessus de ses moyens. On arrive parfois au même résultat par un autre chemin. Il faut étudier les techniques des maîtres comme on le fait avec la peinture et la musique. »
A celui qui s’est frotté aux oeuvres des dieux de l’Olympe de la littérature et qui est paralysé à l’idée d’écrire, un conseil : se lancer carrément dans le vide de la page blanche. Dany a remarqué que ce lecteur-là, pour avoir trop sacralisé les livres, est devenu trop exigeant envers lui-même, oubliant qu’« écrire est différent de lire. »
Ce critique en vous
Ce lecteur riche du trésor des bibliothèques sent peser le poids des jugements des grands maîtres. Il entend leurs ricanements. Prêtez l’oreille à la voix de Dany : « Mais pour une dernière fois, n’écoutez pas ce critique en vous : il a beaucoup lu et il est très intransigeant pour un jeune écrivain qui tente de quitter son nid. Faites-le taire. Bouchez-vous les oreilles et continuez obstinément à traquer la bête lumineuse. Il faut triompher de cet adversaire impitoyable : le critique en vous. Plus tard, il sera votre plus fidèle allié ».
Celui qui a l’habitude de fréquenter l’auteur – en prenant surtout part à ses conférences – entre d’emblée dans un univers familier. Au jeune écrivain taraudé par le besoin d’écrire, il conseille de garder cette flamme et de « lire, lire, lire ». Il illustre ce besoin par la métaphore de la bibliothèque qu’il considère comme le pays de l’écrivain. Une autre manière de dire à l’intéressé qu’il doit élire domicile sur la terre de prédilection des écrivains : la bibliothèque, terre de culture dans laquelle l’écrivain grandit et se branche au monde. Les nourritures livresques lui fournissent de la matière première pour construire sa vision du monde. Manifestement, « le temps passé à lire n’est pas hors de la vie ».
On n’a pas besoin de beaucoup de livres pour constituer une bibliothèque. Dans la maison où Dany a passé son enfance à Petit-Goâve, il n’avait que dix livres sur une petite étagère.
Un brûlant désir en pyjama
Quand un livre vous fait oublier le temps qui passe, il se goûte à petites bouchées tout en s’accompagnant d’un carnet de notes. Rien que pour le plaisir de rencontrer les auteurs qui ont cheminé avec Dany dans son périple littéraire, ce livre vaut une relecture.
La passion d’écrire brûle dans ces pages et soulève la vague de désir de larguer ses amarres ! Mais quand on a du vent dans les voiles, il faut surtout savoir qu’on est sur l’océan de la littérature. Désir, passion d’écrire, toute cette énergie est à irriguer dans le temps. Les anciens n’ont-ils pas dit que « l’art est long et la vie est courte ».
Dans sa prescription, l’auteur conseille au jeune écrivain de miser sur le temps. A l’heure de Livres en folie, nombreux sont des jeunes excités par l’idée de paraître. Ils mettent les bouchées doubles pour terminer un recueil de poèmes, un essai ou un roman. La grande affaire dans un monde à grande vitesse habité par « sept milliards de voisins », c’est que les gens sont angoissés par l’idée de donner du temps au temps.
L’écriture, n’est-elle pas une fête intime ? Il faudrait prolonger le plaisir. « Ne vous précipitez pas pour écrire un livre uniquement parce que le sujet vous semble intéressant. Ce n’est peut-être pas suffisant pour trois ans d’angoisse et quelques jours de fête ici et là », fait remarquer Dany, le lauréat du prix Médicis 2009 pour « L’énigme du retour ».
Décidément, ce « Journal d’un écrivain en pyjama » n’est pas écrit par un écrivain somnolent, pyjama ou pas…

Les leçons d’écriture d’un habit vert
par Marine de Tilly, Le Point
22 janvier 2015
Il paraît qu’un Français sur trois rêve de publier un livre. Autrement dit, il y aurait plus d’aspirants écrivains que de gens qui cherchent le grand amour, qui soutiennent Hollande ou qui ont déjà vu une poule en vrai. Donc, avant d’exhumer ce manuscrit qui moisit dans le tiroir de votre table de nuit, lisez le « Journal d’un écrivain en pyjama », de l’académicien Dany Laferrière. Vous rencontrerez l’auteur avant les triomphes et l’habit vert, quand il écrivait encore « en pyjama », comme vous, « en loucedé ». Vous découvrirez aussi ses conseils drôles et précieux pour « bien commencer une histoire », « éviter les clichés sociaux », « ne pas abuser des dialogues » ou « décrire un paysage ». Mais, pour ce Jules Renard haïtien, lorsqu’on veut écrire, le plus important reste quand même de lire. « Lire, lire, lire », assène-t-il, lire « avant » d’écrire, bien sûr, lire « au lieu » d’écrire, pourquoi pas. « Il y aura des mauvais livres tant qu’il y aura des mauvais lecteurs », conclut Laferrière. A bon entendeur…
« Journal d’un écrivain en pyjama », de Dany Laferrière (Le Livre de Poche, 328 p., 7,10 E).

Ce délicieux vade-mecum se lit, bien sûr, comme un portrait en creux de l’artiste.
par L’express
29 avril 2015
Entre autres talents, l’écrivain haïtien a celui des titres : Je suis un écrivain japonais, L’Art presque perdu de ne rien faire… Ce recueil de près de 200 chroniques de moins de deux pages chacune, ne déroge pas. Rien ne semble échapper à la sagacité de notre nouvel académicien : la digression, le temps, la page blanche, la provocation, l’accumulation, le fouet de Truman Capote… Ce délicieux vade-mecum se lit, bien sûr, comme un portrait en creux de l’artiste. – E. H. Le Livre de poche, 330p., 7,10 euros.

L’extravagance de lire
propos recueillis par Richard Boisvert, Le Soleil
10 avril 2015
Lire le Journal d’un écrivain en pyjama, c’est comme entrer au salon du livre en compagnie de Dany Laferrière. Ça vous permet de rencontrer les écrivains qu’il aime et de découvrir un tas de livres, ceux qu’il a dévorés comme ceux qu’il a encore de la difficulté à digérer. Ça parle des mots avec lesquels il a eu à se battre, des phrases à la conquête desquelles il s’est lancé. Ça réfléchit à l’art d’écrire, au métier, au style. Et ça donne surtout envie de lire!
Lire, pour lui, c’est accéder à cette chose «à la fois jouissive, extravagante et en même temps intime» qu’est le livre, dit Dany Laferrière en entrevue. C’est éprouver le désir puissant de découvrir «ce qui bruit et ce qui palpite, derrière et en dessous».
À l’entendre, il existerait même une aventure de l’adjectif. Le plus beau, c’est qu’on y croit.
Le Journal d’un écrivain en pyjama n’est pas seulement un livre de conseils. C’est un livre qui dit qu’un livre est fait de beaucoup de livres. Et c’est aussi un roman parce qu’on peut deviner le coeur humain en le lisant. «C’est le roman de l’écriture, et c’est le roman de la lecture, résume l’écrivain. Le style y tient une place importante. On peut le lire comme le combat que l’individu mène pour essayer de s’exprimer non seulement avec efficacité sur ce qu’il veut dire, mais aussi avec sensibilité sur ce qu’il ne voudrait pas dire et qui va apparaître malgré lui. C’est le roman de cette situation-là. Et quand on écrit un livre, c’est cela. Il faut qu’il y ait des choses que l’écrivain dit sur lui-même et qu’il ignore. J’y ai mis ma sensibilité, vous ajoutez la vôtre.»
Lire le Journal d’un écrivain en pyjama, c’est aussi comme «descendre dans la salle des machines pour voir ce qui fait que le bateau flotte», explique Dany Laferrière. Ce livre, de toute évidence, il ne l’a pas écrit pour lui. «Quand vous avez une vingtaine de livres derrière vous, ça ne peut plus vous servir. J’ai fait ça comme une offrande, avec la plus grande spontanéité et la plus grande affection, pour quelqu’un d’autre que moi.»
Écrire un livre, c’est une façon d’échapper à «cette rumeur confuse et éphémère qui rythme nos jours». Voilà pourquoi le livre peut longtemps rester actuel. Comment faire l’amour à un nègre sans se fatiguer, qu’on n’a jamais cessé de rééditer depuis sa sortie, il y a 30 ans, a survécu à l’épreuve du temps. «Ça s’inscrit dans un cadre, Montréal, mais ce n’est pas un roman sur Montréal. C’est un roman sur le sommeil, sur la solitude, sur les relations entre jeunes gens. Les lecteurs pensent parfois qu’un livre est actuel dans l’actualité de l’époque, alors qu’il est actuel dans son intemporalité.»
L’espace magique
Écrire, c’est rester dans ce qu’il appelle l’«espace magique». Ça demande de la concentration. «Je crois de plus en plus que les Américains ont touché une zone dangereuse avec leur goût pour les recherches intensives. Trois ans de recherche, un an pour rédiger. C’est devenu systématique. C’est très important de ne pas trop vouloir quand on écrit. Ce n’est pas une question d’accumulation. Il faut créer des ellipses, des zones d’absence, des trous, pour permettre au lecteur de se loger, de trouver sa place. Il ne faut pas tout dire, sinon on devient une sorte d’écrivain lourd, une puissance qui s’impose. Un bourgeois, quoi.»
Et si on s’impose uniquement par la puissance ou la quantité, on risque d’oublier ce qui se passe dans le cerveau du lecteur. «Le cerveau, en une seconde, il peut faire 1000 pages. Une odeur suffit pour rappeler toute l’enfance. Une photo en noir et blanc, et toute une époque apparaît. C’est quoi une époque? Cent mille pages?»
De la même façon, pour que le lecteur rencontre l’écrivain, pour qu’il le connaisse «non parce qu’on lui a imposé votre image, mais au sens biblique du terme, il faut qu’il se passe quelque chose d’intime.» C’est déjà presque l’amour.
Et lire le livre d’un écrivain qu’on aime, c’est «comme apercevoir un point lumineux au fond de la nuit, une lampe au fond de la forêt. Rien n’est réglé, mais on est tellement réchauffé».
Dany Laferrière sera présent au Salon du livre de Québec aujourd’hui de 16h à 17h et de 18h à 19h, demain de 13h à 14h et de 18h à 19h, et dimanche de 11h30 à 12h30 et de 13h30 à 14h30.

Insel in einem Meer aus Tinte
Cornelius Wüllenkemper, Süddeutsche Zeitung (Allemagne)
8 décembre 2015
EIN ROMAN DER LEKTÜREN, EIN BUCH FÜR JEDEN, DER GERNE LIEST ODER VIELLEICHT AUCH SELBST SCHREIBEN MÖCHTE
« Hier bin ich und habe in meiner Tasche als einzigen Besitz sechsundzwanzig Buchstaben des Alphabets »
Humorvoll komponiert der kanadisch-haitianische Autor eine Geschichte aus Anekdoten und theoretischen Ausführungen und erklärt dabei, wie man einen guten Roman schreibt und weshalb man dabei am besten den Pyjama anbehält.
»Am Ende dieses abenteuerlichen Ritts durch das Leben und Fühlen eines (…) Schriftstellers, der zugleich eine Geschichte von Exil und Identität erzählt, trifft Laferrière am Strand von Haiti auf eine ›grazile Metapher‹, der er todesmutig durch die Fluten auf eine Insel im Meer aus Tinte folgt. An diesem Punkt hat er den Leser schon längst genau da, wo er ihn haben will: ganz nah an seiner Seite.

Diario di uno scrittore in pigiama
par Maria Tortora, Lankenauta (Italie)
9 octobre 2017
Quello della scrittura è un mestiere da svolgere perlopiù in pigiama, accovacciato sulla macchina da scrivere, senza dimenticare di tanto in tanto di fare una pausa e immergersi in una vasca da bagno per dedicarsi alla lettura. «Leggere, leggere, leggere» è infatti il primo e fondamentale consiglio che Laferrière dà agli aspiranti scrittori. A cui se ne aggiungono molti altri in un manuale lungo 182 lezioni in cui l’autore, in bilico tra finzione e realtà, passa in rassegna ogni passaggio, ogni tappa che caratterizza il percorso di uno scrittore. I concetti sono esplicati mediante metafore, e i modelli sono i grandi del passato e del presente rievocati con la stessa disinvoltura con cui si parlerebbe di un amico. Laferrière infatti non si considera né uno scienziato né uno studioso, ma un dandy, un esteta appassionato che vede nella scrittura una «festa intima» a cui tutti sono invitati.

Diario di uno scrittore in pigiama
par Alessandro Moscè, Il Foglio (Italie)
17 janvier 2018
Immagine di Diario di uno scrittore in pigiama
Ci sono libri da considerare decaloghi, riti propiziatori, viatici per introdurci in un mestiere, per rendere edotto chi sta dall’altra parte, per spiegare la tecnica a un esordiente: un modello privilegiato per un’ispirazione fulminea. Uno di questi testi lo ha scritto l’haitiano naturalizzato canadese Dany Laferrière. L’uomo si mette a nudo e scrive in prima persona, con un linguaggio che assume consistenza. Chi è un romanziere con il taccuino nella tasca, che prende appunti dovunque si trovi? Come si pone dinanzi al foglio bianco mentre cerca dettagli apparentemente insignificanti? E’ sempre disposto a ricevere la “rivelazione” che lo tocchi nel profondo? Ha dei segreti per ideare le sue storie? In casa può conservare un pigiama come abito di lavoro: una forma scaramantica per sentirsi a suo agio. Laferrière, in effetti, rimane in abiti domestici per rendersi conto, sin dalle battute iniziali del suo diario, che sta svolgendo un lavoro manuale, ma con la penna. “Ero appena fuggito da una dinastia insensata per ritrovarmi a fare l’operaio nel nord America dove i neri sono ancora considerati cittadini di serie B”. Laferrière scrive, scrive. Parla con i suoi interlocutori immaginari senza emettere un suono. La sua è una lunga avventura accompagnata da slanci e angosce, da euforia e tristezza. Per scrivere bisogna sentire la vita, lasciarsi afferrare le energie fisiche e mentali. Il romanziere non può considerarsi uno scattista che corre nel breve, ma un periglioso maratoneta. L’autore crede nella letteratura dell’esperienza, tanto da dire che le storie dovrebbero influire sul modo di vivere. Ma prima di scrivere bisogna leggere, imponendosi un rigore volto alla conoscenza della letteratura. Nel decalogo Laferrière ci informa che lo stile è fondamentale. Cita Omero, Orazio, Moravia, Fellini, l’amatissimo Borges, nonché il critico più esigente, spietato: lo scrittore stesso che si rilegge, che non si piace, che cestina ciò che ha elaborato nella sua altalena emotiva. Le pagine balbettanti possono farsi belle solo “braccando” le parole. L’alfabeto di Laferrière si sofferma sul luogo: “Un libro può esigere di essere scritto in un luogo preciso, sebbene lo scrittore creda di aver trovato il proprio spazio in via definitiva”. Il corpo del testo si fa organismo vivente come il posto in cui si scrive. Del resto esistono autori che lavorano solo in aereo o in treno. Smettere di scrivere appena si avverte il sonno: ecco un’altra indicazione, al pari della necessità di osservare chi ci è più vicino, i componenti della famiglia, “dove si ha tutto a portata di mano”. Le descrizioni della vita quotidiana, le illuminazioni notturne, il passato remoto, l’infanzia, il desiderio sono i principali ingredienti di cui ci si serve. Non manca la polemica contro il giallo e l’horror, un genere che Laferrière non ama perché in esso vede la “banalizzazione esasperata della morte”. “La semplicità è il culmine dell’arte”, conclude, specie quando si ha la sensazione che un fatto possa accadere a chiunque. La strada la troviamo d’istinto, ci viene a cercare. Basta guardare e ascoltare. Il bravo scrittore è necessariamente un introverso.

致写作者们的一张书单
par Jiemian Culture (Chine)
29 novembre 2018
当我们提起笔来,问题也随之而来:写作的技巧在哪里?写作是否要取悦读者?写作能维持生活吗?如果小说是虚构的,写作者的真实来自哪里?
促使一个人开始写作的是什么?
雷蒙德·卡佛回答曾在他的情感世界留下了痕迹的事物,是他想要写的东西;T.S·艾略特说,他十四岁时受到爱德华·菲茨杰拉德翻译的《鲁拜集》启发,想用同样的风格写一些非常阴郁、邪恶、绝望的四行诗。
大多数人开始提笔写作的目的往往很单纯,记录生活的日常与非日常时刻,但当一部分写作者开始深入走进这扇“门”,随之而来的担忧也会产生:写作的技巧在哪里?写作是否要取悦读者?写作能维持生活吗?如果小说是虚构的,写作者的真实来自哪里?在这个深入的过程中,写作者还将面对一个巨大的拷问:我是否真的有写作的才能?
这是自媒体蓬勃,写作班林立的8012年,现在写作者们的困惑是否和过去的人们一样呢?如果你依然身在此“门”中,希望从已然取得普遍意义上成功的作家们身上汲取一些经验与建议,我们今天准备的这份书单,也许对你深入写作的世界会有些帮助。这张书单的作者们包括畅销书作家、诺贝尔文学奖获得者、都柏林文学奖获奖者、诗人、剧作家和现当代最好的华语作家之一,学院派与非学院派,感性主义和技术流,作家们倾囊相授,希望青年写作者们能解开创作过程中的困惑,也能获得鼓励与力量,继续行走在写作之路上。
达尼·拉费里埃
达尼·拉费里埃2009年凭借作品《还乡之谜》荣获法国文学界重要奖项——美第奇文学奖。2013年,他入选法兰西学院院士,成为四十位“不朽者”之一。
《穿睡衣的作家》
[加] 达尼·拉费里埃 著 要颖娟 译
99读书人·人民文学出版社 2018年1月
《穿睡衣的作家》是法兰西学院院士、加拿大移民作家达尼·拉费里埃的一部散文集。全书糅合了杂文式的思考与小说式的趣闻轶事,章节之间暗藏联系,向读者展现了一幅风趣幽默的无名作家肖像:“无名作家,正如人们说的‘无名战士’,穿着睡衣。”
全书由两部分组成。第一部分是引子,讲述了作者写作第一部小说时的经历。第二部分是一份内涵丰富的新手写作指南,涉及故事开篇、观点表达、景物描写、自我批评、童年叙事等一百多个话题。通过这份指南,作者与读者分享了他私人的阅读体验和文学喜好,影响他写作生涯的不仅有荷马、博尔赫斯、加西亚·马尔克斯这类文学巨匠,还有许多默默无闻的名字……
来自达尼·拉费里埃的提示:
问题是什么?古典作家的问题是,人们永远也不会看到他们工作的样子。人们不知道,他们是不是有过和我们一样的精神状态。我很想听维吉尔讲讲他在《埃涅阿斯纪》的创作过程中遇到的和他的老朋友贺拉斯之间的困难。我也想听听果戈理和普希金的创作对话——果戈理说,是普希金塞给他《死魂灵》的主题。注意,托尔斯泰和他年轻的朋友契诃夫之间可能并不是毫无互动。在这样惶惶不可终日的状态中,应该给年轻作家什么建议呢?首先,对他说,所有人都是这么过来的。然后,最好妥善保留这些草稿,因为在他的晚年,可能会有令人惊讶的发现,可能会发现他其实一直在重写这个故事,并且一次比一次才华横溢。正是在这幅绣布上,他刺绣了自己余下的人生。

一个好读者,不会以不是他的菜为借口合上一本书
文汇网 (Chine)
8 octobre 2019
作者:[加拿大]达尼·拉费里埃
许多作家给人的感觉都是神秘的,读者们面对自己喜爱的作家总是忍不住好奇,书背后的作者究竟是怎样的形象?
《穿睡衣的作家》就是这样一本可以满足读者好奇的书。作者达尼·拉费里埃(Dany Laferrière)1953年生于海地首都太子港,23岁时流亡到加拿大。他在蒙特利尔从事媒体专栏写作,1985年开始出版第一部小说,之后,他创作了多部自传意味浓厚的小说。2006年,他出版了小说《往南方去》,也被改编成电影。2009年凭借作品《还乡之谜》荣获法国文学界重要奖项——美第奇文学奖。2013年,他入选法兰西学院院士,成为四十位“不朽者”之一。
一个好读者,更不会以书的作者不是名人大家为借口马上关闭这篇文章。
如何写作?
一本书经常出自另一本。我记得一个年轻人,曾经,他就作家这个职业不停地向我提问——虽然过去这些年里,我写过许多书,但我还是无法把写作看成一种职业。他什么都希望知道。每次,当我试图逃避一个问题(当涉及触碰情感的事情,我总是有些难以启齿),他就会提出另一个更确切的问题。在这里,我尝试回答这些问题中的一个(当年轻的作家遇到稍微入行早一点的前辈时,这个问题出现得最频繁):您是如何写作的?
我总是小心翼翼开始一本新书的创作,仿佛踮着脚尖走进一栋新房子,对房屋内部格局毫无头绪。直到第二稿,我才开始知道自己在哪里。因此,我好奇地探索一个新世界,条条走廊通向那些阳光充足或是阴暗的房间。现在,我知道自己在哪里,但还完全不知道要去向哪里。故事可能写在书里了,但是,所有这些仍然缺乏可以赋予句子生命的热情。我经常重读我写出来的句子,需要的正是某种强烈的情绪和有感觉的小元素,才能最终使人感到篇章鲜活起来。否则,这不过就是一个气态世界,随时消散。这一切说明,当我的外甥(就是那个年轻作家)用他的担忧盘问我的时候,我被疑虑吞噬了。
然而,今天,为什么我愿意回答这个问题了呢?我还是确信,最好的写作学校是阅读。正是在阅读的同时,我们学习写作。那些好书培养人们的鉴赏力。我们的感官因此敏锐化。因为经常读到精美的句子,我们知道一个句子什么时候听上去恰如其分。句子的节奏和音乐最终会流淌在我们的血液中。评判者是无形的,因为他潜伏在我们的身体里。他很无情。毫不留情地批判了我们对于阅读的选择、我们的鉴赏力、我们的想法、我们的意图。没有什么能逃得过他的法眼。这是一个新身份。才华渗入了我们的身体而不为我们所知。剩下的,就是坚持了。但是,要知道,我们是作家。写作之前,我们已经是作家了。
这位女读者(百分之八十的读者都是女性)说,她正在大致浏览某个流行作家的第一本小说。好书不应该被囫囵吞枣地阅读,它渗入读者的内心,用小火点燃他的激情。
书写人生
我总是对人生和文学之间可能的关联饶有兴致。我们编写虚构的故事,希望它能够对我们的生活方式有所影响。青少年时期,为数不多的几次去看话剧的经历,那些演员在日常生活中并不戴和舞台上一样的羽毛翎饰,这让我很失望。演出结束后,我看到那个正在大口啃三明治的男人是那么乏味,他刚刚扮演的角色,能量满满,才华横溢,足以使他的现实生活少一些灰暗,可他居然没有很好地利用这一点,我觉得很惊讶。甚至今时今日,我也总是思考这个幼稚的问题:为什么不充分利用我们的经历来改变自己的人生呢?我希望我的人生沿着影响我的事件的发展而前行。我拒绝成为河流中心纹丝不动的一块石头。为此,需要有小爱丽丝的勇气,毫不犹豫追随一只兔子向洞穴中去。
这一切是真的吗?面对一部虚构作品的时候,如果提出这个问题,那一定是读者而不是作家。但是有时候,让作家非常不快的这个问题,正是促使人们去读这部作品的原因之一。
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如何开始一个故事
从头开始的顺叙故事,并不总是讨人喜欢。这让人恐慌。我们感觉到人们快不耐烦了。尤其是如果故事以景物描写开始。最有效的做法是,如果是二十多页的短篇小说,就删去前两页;如果是一部长篇小说,就删去第一章(我在药店实习过,养成了给所有事物定剂量的习惯)。这样,我们可以直奔主题最重要之处。哪怕到故事后面一些再把刚才删去的部分插进去。
阅读一些您喜欢的作家,看看他们是如何开始长篇小说的。马上来做一些练习。戴维·赫伯特·劳伦斯的《查特莱夫人的情人》:“我们根本就生活在一个悲剧的时代,我们却因此不愿把时代看成悲剧。”第一句话便两次使用了同一个词,悲剧,我们感觉到作者对此非常笃定。本哈德·施林克的《朗读者》:“十五岁的时候,我生了黄疸。”平淡却有效。罗伯特·穆齐尔的《学生托乐思的迷惘》:“开往俄罗斯的铁路上的一个小车站。”很有画面感。果戈理的《彼得堡的故事》:“最好的地方莫过于涅瓦大街了,至少在彼得堡是如此;对于彼得堡来说,涅瓦大街就代表了一切。”令人感动。雷让·杜拉姆的《暴力冬季》:“恶毒、尖刻、反动,没有人喜欢这样。尽管如此,我们却浪费时间讲别人坏话。”讽刺的拷问。各种风格都有。我再说一次:不要犹豫,去经常翻翻您喜欢的作家作品,看看他们是怎么做的。在某些方面咨询他们。如何开始一个故事?怎么结束一部长篇小说?他们也一样,也曾经对他们的前辈做过同样的事情。既然这些在绘画领域很平常,为什么文学领域不可以也这样做呢?在绘画领域,为了更好地研习绘画方式,人们会督促学生去临摹名家作品。我们应该完整地抄一本喜欢的书,直到耳边感受到作家的气息。一个平淡的没有丝毫神秘感的开头,比一个让人感觉作者为了引人注目而用力过猛的开头,更讨巧。
国家应该向书中产生的消费征税,这样可以使作家知道物品的价格。
内心独白
如果您对于描写无法信手拈来,那么最好运用内心独白。加缪的《局外人》几乎通篇都使用这种模式。短句。快速行文。仿佛给叙述者——那位默尔索的大脑中植入一个摄影机。人们与他看到的东西有一种即时的联系,并能在同一时刻与他的情绪接轨。这种方式的好处是,景物描写不是客观的——完全不会让人觉得无聊,不像某些时候的巴尔扎克的小说。叙述者永远不会从读者的视线中消失。这种方式的坏处是,只有一个视角:叙述者视角。他的个性需要非常丰富,才能掩盖单一视角的不足。内心独白这种情况,声音需要停留在叙述者的头脑中,这与演讲正好相反,演讲要求声音从身体中发出。想要运用内心独白这种方式,就需要找到好理由。加缪小说《局外人》的叙述者,没有人可以跟他说心里话。同时,他仍然处在一种情感冲击中。他不说话,直至故事的结尾,他要把自己封闭起来,保持绝对缄默,所以在这之前,他需要在脑海中反复思考。我们因此更好地听到了他内心的声音。
所有那些您没有记下来的想法,将来某天,一定会以突如其来的灵感这种形式回到您身边。
阅读,阅读,阅读
一定是阅读在先,写作在后。并不是所有的读者都必须写作。但是所有作家一定首先是读者。正是由于酷爱阅读,他才希望可以写作。他写作的首要目标也还是阅读。他去写那本他想要读到却找不到的书。面对阅读,有几种态度。有些作家,当他们着手创作一部小说的时候,以蔑视的态度看待他们阅读过的小说。他们担心重复其他作家的写作方式,或者重复刚刚读过的一个故事。他们感觉自己在承受模仿别人的痛苦。一种真正的恐慌。然而,自从写作产生以来,大家所讲的一直都是同一个故事(不同版本的陈述),明白这些以后,应该不需要为重复创作而感到奇怪了。几乎没有故事是全新的。
新的东西,是这个故事在您的感觉中激起的漪涟。您不仅仅只是个体,也是一个时代。最终出现了我所称的读者作家,博尔赫斯就是其中最杰出的。他实践了一种非常困难的艺术,可以称之为“奇迹般的博学”。他遨游在书籍的海洋中,为了撷取其中最为闪亮的金块,这些金块叫做但丁、柯尔律治、克维多、塞万提斯、惠特曼、王尔德、切斯特顿(他最喜欢的作家之一)、德·昆西、卡夫卡、济慈、雷亚孟,当然还有莎士比亚。在他才华横溢的《探讨别集:1937—1952》中,可以欣赏到这些大作家的肖像。博尔赫斯说,有一天,他进入父亲的书房,从此就再也没有出来。他的作品中充满了作家,也充满了对堆积在他床头柜上的那些书的思考。令人惊讶的是,这位孜孜不倦的读者是位盲人——一些年轻的朋友帮他阅读。
他给我介绍了英国作家。因为他,我发现了威廉·贝克福德的《瓦泰克》和约翰·多恩的《论暴死》。还有阿根廷作家(博尔赫斯,他就是阿根廷人,一八九九年出生在布宜诺斯艾利斯),其中有卢贡内斯(国家级诗人)和艾南德斯(阿根廷最有名的诗篇《马丁·菲耶罗》的作者)。他是一个写作的读者,还是一个阅读的作家?无论如何,他仍然是一种读者类型。我总是幻想,他以一本书的形态重返我们的世界(他于一九八六年去世)。我建议年轻作家去重点阅读经典著作,同时对自己周围发生的事情保持关注。这是形成自己品味的唯一方式。不幸的是,人们装作读了几本书的样子。只要知道主题,人们就很满足。这并不够。风格是最基础的部分。需要去看贺拉斯是怎么用很少的文字传递复杂思想的。荷马是如何做到特别接近日常生活的——我们看到尤利西斯也会饿,也会去找东西塞牙缝。在这些作家的作品中,呈现了我们认为很现代的思想和行为。塞内克的作品教会我们三思而后写。塔西陀帮助我们很好地理解我们的时代。但是,需要去阅读他们。我记得有一天,我想弄明白他们作品的主题。那是一个初夏。我去买了二十多本古代作家的书——这些书比其他书要便宜(烂书总是很贵),我把书都带回家,就像收容一群流浪狗一样。我当时紧缺精神食粮。我走进卫生间,整个夏天都没再出去。贺拉斯曾经是我最喜欢的作家。然后,我找到了精美绝伦的维吉尔——这也是博尔赫斯的意见。关于阅读本身,我建议读一读普鲁斯特的小文章《关于阅读》,它是约翰·拉斯金的一本书的序言。他说,因阅读而流逝的时间属于生命的一部分。那是童年时期最值得记忆的时刻。永远别忘记,最重要的事情是快乐。
我们知道,如果写完某章,我们想去厕所,说明这章写得非常棒。
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杜鲁门·卡波特的鞭笞
杜鲁门·卡波特给人的印象经常是频繁出入社交界的人,从一个聚会赶赴另一个聚会。总是在曼哈顿那个纸醉金迷的地区。他的女性朋友个个又漂亮又有钱:杰奎琳·肯尼迪和她的妹妹李·洛兹维尔,贝比·佩利、马雷拉·阿涅利、歌莉亚·温德比,和《华盛顿邮报》的主人凯瑟琳·格雷厄姆,他为她组织著名的“黑白舞会”……戴安娜·弗里兰曾评价说,他可以不停地聊任何事情,而最终“什么都说了,却什么都没有说”。因此,这是一个奥斯卡·王尔德似的才华横溢的社交达人。接下来的这些思考,摘自《给变色龙听的音乐》的序言,显示了他把自己的热情投入这场作为作家的探险。
“一天,我开始了写作,并不知道我的人生将受一个高贵却无情的主人所奴役。当上帝赐予您馈赠的时候,他也会赐予您鞭笞;所有鞭笞中,最严苛的是自笞。”
“当我明白了写得好和写得不好的区别时,这种状态终于停止了,然后更让我惊慌的是,我发现:写得非常好和真实艺术之间的区别:精细却严苛的细微差别。这种发现之后,鞭笞如狂风暴雨般袭来。”
“我的文学事业占据了我所有的时间:在技术的神坛、才能的神坛前的虔诚学习;起草段落标点和安排对话的魔鬼般的复杂。这还不算小说整体的情节,苛刻的起承转合的脉络。太多需要学习的内容和太多的源泉:不只在书籍中,还在音乐、绘画,甚至简单的日常发现中。”
“在此期间,在我暗无天日的癖好中,我又重新恢复孤独状态,和我的纸牌游戏面面相觑。当然,这是上帝赐予我的鞭笞。”
——《给变色龙听的音乐》,伽利玛出版社
如果您可以选择,您希望成为写出《在路上》的杰克·凯鲁亚克,还是被凯鲁亚克作为自己小说主人公迪安·莫里亚蒂的原型的尼尔·卡萨迪?今天,我们希望同时成为作者和主人公,就像一个小气的商人,在店里既当老板又当员工,只为了不花钱雇别人。
博尔赫斯的高雅
这是博尔赫斯在广播里的对话,在布宜诺斯艾利斯,和他的忘年交(相差五十年)奥斯瓦尔多·法拉利。
法拉利:我想,今天我们与一位现象级的人物交谈,很多人都想认识他。我想谈谈您写作进程发生的方式。也就是说,您如何开始一首诗歌或者一则短篇小说的创作。从一切开始的那个时刻起,写作进程如何发生,我们说,这首诗或者这则短篇的创作。
博尔赫斯:这一切开始于一种天启。但我是谦虚地使用这个词的,没有野心。也就是说,突然,我知道要发生一些事情,对于一篇短篇来说,这通常会是开头或者结尾。诗歌方面的话,就会是一个整体的想法,有时候,是第一行诗。因此,有些事情免费赠送给我了,然后,我介入创作,或许,我会把一切都弄糟(笑)。对于一篇短篇,比如,我知道开头、起点,我知道结尾,我知道写作目的。但是,接下来,我必须用我有限的才能发掘开头和结尾之间发生的种种。然后,其他问题就来了。比如:适合用第一人称还是第三人称来叙述?然后,需要定位故事发生的时代。(摘自《对话I,豪尔赫·路易斯·博尔赫斯和奥斯瓦尔多·法拉利》,口袋书出版社)
从这场写作冒险开始之初,许多极具吸引力的想法向我招手,所有这些想法中,我只保留了两个或者三个,它们从不间断地出现在我之后创作的所有作品中,它们就是童年、欲望和阅读。
电影小说
比起这个被叫做书的极小的小方盒,人们不会在其他任何地方投入如此多的热忱去安放自己的秘密和自己的知识。只需要打开书,就有大批极其兴奋的元音和辅音扑面而来。有时候会看到,满头大汗的细木工在书页间认真地找寻他当前遇到的问题的答案。想跟您说的是,书籍可以触摸所有领域。人也可以触摸书籍,这让处在变得越来越虚拟的世界上的人们放心。实体书是实在的,书页里包裹着人类所有可能的狂热。我不谈论那些可以习得一种职业的工具书,也不谈论那些被归置在厨房里的美食书,也不谈论那些为生活在远离伟大博物馆的人而准备的艺术书,这里,我只对文学书籍感兴趣。仅仅只是这个部分,就有许许多多的类型,其中有诗歌、戏剧、随笔。把谈论的话题留在小说这里,我不想为小说可能的所有衍生物命名(侦探、科幻、言情或者心理)。每个作家都必须用某种方式创新他本来选择的类型。在我的厨房里,我混合了真实事件和幻想事件,以便读者无法分开真实和虚构。但是重要的是书籍留下的痕迹。
我是在电影欲望的引导下走向小说的。在电影里,时间就是金钱。当我写作的时候,我拥有全部的时间。我曾经想在我的小说里制作电影——电影小说。因为打算之后以我的小说为基础编写剧本。两种创作经历不尽相同。剧本只是一个框架,它需要灯光、面孔、导演的灵感才能运行;而一部小说已经是一个完整的躯体,有血肉,有骨骼,有跳动的心脏。我看见自己走进小游戏房间,那里一切都是免费的。我首先打开窗帘。许多阳光洒进房间。如果我是在一个摄影棚,那肯定是一段忙乱的时间。在电影中,最贵的就是时间。我坐到打字机前开始架设场景。我写下“蒙特利尔”,那个城市就出现了。市中心的高楼大厦像大树脚下的蘑菇一样冒出来了。人们在大街上活跃起来。汽车也是。一派欣欣向荣的景象。我已经写好了第一段。飞快去上个厕所。回来,扯掉打印机滚轴上的纸,重新开始。应该是一个更安静的街区。十分钟内,我已经在另一个空间了,没花一分钱。更棒的是,我开始着手转换季节了。一场小暴风雪。如果这是一部电影,制片人应该正在绝望地撕扯头发吧。在小说里,为了让一场雪出现,只要两个辅音和三个元音。一对情侣在旁边的公园里散步。音乐。我写:音乐。我毫不强迫。读者将自己决定他想听的音乐。还是这里,我没有花一分钱。我的人物坐在长凳上。孩子们欢笑着跑来跑去。人们感觉到大树背后的车水马龙。接下来的场景:我们在东京。城市的中心。高楼,汽车。午餐后人们走进办公室。制片人这次心肌梗塞了。然而,对于我,东京只是一个词。作家的工作,就是写出来,让读者感觉自己在东京。我必须找到颜色、气味、光线,这些让人们想起这个城市的东西。时间呢?哦,时间只是两个句子之间的情绪转换。只有在人群中,作家才能尝试捕捉城市的所有乐音与节奏,以及生活。
一个好读者,不会以书的主题不是他的菜为借口马上合上一本书。
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经常出现的问题(和答案)
这些问题:来自孩子、知识分子、家庭主妇、管道工、空姐、残疾人、严肃的人物、笑意盈盈的年轻秘书、衣冠楚楚的黑人、犹太人、乌克兰人、共产主义战士、法西斯主义者、修女、穷人社区里想尽办法做事的医生、在电信行业大发横财的有钱生意人(可以做一个普雷韦尔式的列举),还有很多其他的,这些问题,人们不会忘记向您提问的。开始的时候,人们觉得别出心裁。好吧,您会越来越没有耐心,当人们向您第五千次提出这个问题时。我,我的问题是,为什么会有这些问题?人们是真的想向您提出这些问题,并且想知道真正的答案吗?他们真的想知道这些吗(我为什么写作?)?或者,只是因为他们手边正好有个作家,他们不想被视为一个没有任何问题的人?这有可能发生在当主持人第五次问到是不是没人有问题了。一阵沉默。某人举起手。正是:“您为什么写作?”
问:您为什么写作?
答:您呢,为什么您不写作?当然是因为您在做别的事情。好的,这正是我在做的事情。
问:您是什么时候开始写作的?
答:在学会阅读以前。人们在阅读和写作之间建立了过度的关联。并不是因为我尚不会阅读,我就不能炮制一些故事,我就得晚点才写作。
问:为什么您不用自己的母语写作?
答:这不会有任何改变,因为写作是使自己置身于一个新国度,在那里人们不说您的语言。
问:您的文学受谁的影响?
答:我读得最多的作家是博尔赫斯,但是他是对我影响最小的。
问:您的书中,您最喜欢的是哪本?
答:我没办法回答您,因为应该是他人来评价。
问:半夜醒来去写作的事情有没有发生在您身上?
答:很不幸,当人们读我的作品的时候看不到,其实我更多时候是穿着睡衣写作的。
让读者感觉和您有一种私密的关系,抱着这种目的去写作,但是同时,请保持一张纸厚度的距离。

达尼·拉费里埃:我是一个书写幸福的作家
propos recueillis par Zhu Rongting, Southern Metropolis Daily (Chine)
20 mars 2019
《还乡之谜》作者、法兰西学院院士达尼·拉费里埃到访广州
日前,海地裔加拿大移民作家、法兰西学院院士达尼·拉费里埃(Dany Laferrière)现身方所广州店,吸引众多读者到场。拉费里埃当过记者,做过编剧,更是一位获奖无数的小说家,法语全球化的代表人物。
如今,他的近30部作品被广泛译介,有三部作品被翻译成中文出版,包括《还乡之谜》《穿睡衣的作家》《几乎消失的偷闲艺术》。其中,诗体小说《还乡之谜》获法国美第奇奖,该书中文版曾在国内引起巨大反响。
生于欠发达且灾害频仍的海地,23岁“流亡”至加拿大,拉费里埃拥有令人意外的轻松与快乐。在回答《巴黎评论》采访时,他直言不讳:我不是那种被痛苦、尖锐所引导的写作者……安德烈·纪德说快乐这种情感是不文学的,我觉得这不对。快乐为什么不能和坏心情一样正当?
2013年,拉费里埃入选法兰西学院,是历史上第一位入选法兰西学院的北美作家,也是继列奥波尔德·塞达·桑戈尔(1983年)之后第二位黑人作家获此殊荣。
当天,拉费里埃接受了南都记者的专访。在2013年成为法兰西学院院士后,他的主要工作是编撰法语大辞典,作为法语语言专家忙忙碌碌,和记者谈起法语的现状,话匣子一打开便停不下来。
南都:是什么让你开始动笔写作?
拉费里埃:“写下来的冲动”就跟想挠痒痒的感觉一样,有时我在回家的路上,突然想到一张脸,会立刻回家把他写出来,给他取个名字。写作的思绪像河流,脑海里有很多画面:屋子、老妇人、猫、窗户……不知道它们最后能组成一个什么故事,需要长时间慢慢积累。阅读和写作给我带来的快感,是真正让心灵愉悦的事情。走在路上,有人会在我背后说,“诶,这是个作家”,这样的评价也让我内心非常有满足感。
南都:你还在书中提道:“一定是阅读在先,写作在后”,最好的写作训练就是阅读。
拉费里埃:刚到加拿大时,生活非常窘迫,是书给我慰藉和温暖。阅读是世上最有魔力的事,只有在这个时刻,人类闭上嘴巴,安静下来,听那些已经过世的人说的话,倾向听而非制造声音,把我们从世俗的噪声里拯救出来。
后来我发现藏书还可以追女孩子。女孩会根据你的藏书来判断你,比如你的书架上有塞林格,她就把你等同于塞林格。当然,我也会摆一些写得不那么好的书,有时看一看给自己安慰,“我还是写得比他们好。”
南都:你是否会更倾向于去写沉重题材?
拉费里埃:我觉得自己是一个书写幸福的作家。我出生在海地,这个国家经历独裁统治,经济落后,遭受地震、台风等自然灾害,人们生活境况很不好,但是海地画家画出来的画,却是一副非常幸福的样子,色调鲜艳,画上的人都很快乐,人们生活特别热闹,有滋有味。我很好奇,就去问一个海地画家,为什么会画这些快乐的画,跟实际生活完全是两回事,这个画家回答我说,“如果我们想知道什么是不幸,只需要看窗外就够了。”也许作为作家也是这样,我不需要再在作品中去复制生活中的不幸了。
南都:《还乡之谜》这本书,短诗与散文交织的结构令人十分着迷,采用这种写法是否你对小说结构的一次探索?
拉费里埃:我在写这本书的时候并没有关于结构的特殊性,有一个刻意去寻找的动机,反而是这本书本身成就了这样的结构,它本身需要这样的结构来完成。在写作的时候我更多的是一个狩猎的人、钓鱼的人,一直在等待当中。最开始这个文本是以短诗的形式构成的,后来为了读者更好理解,我需要给出一些解释,就加入了散文诗。在表达感情的部分,通常使用诗体,在描写景致的时候,通常使用散文的形式。
南都:你更喜欢诗人身份的你,还是小说家身份的你?
拉费里埃:我更多的是一个写书的人,创造书的人,最重要的是对书的兴趣。
南都:2013年12月12日你当选为法兰西学院院士,作为非法国人当选是什么感受?
拉费里埃:我在法兰西学院的主要工作是编撰词典。外国人当选法兰西学院院士,当时有过比较多的争议,甚至还触动到规则的修改,但其实法兰西学院不是一个“法国的”学院,而是法语的学院,我是用法语写作的作家。
南都:近年来,法语语言丰富委员会一直试图将一些以英语形式流行的新词汇改回法语词,身为法国词典委员会成员,你对此有何评论?
拉费里埃:法语丰富委员会每年都会向词典委员会提很多建议,最后由词典委员会来决定要不要采用这些新词。在我看来,法语语言丰富委员会反对的并不是英语,而是反对现在英语的全球化,特别是英语词汇用滥的情况下,今天人们讲的英语不再是莎士比亚那种有质量的、优雅的英语了。
南都:“维护法语的纯洁性”是一个伪命题吗?
拉费里埃:外界可能会认为,法国人编词典是不是对英语词有什么敌意,其实不是这样的,不是反对英语本身,而是反对没有好好使用它,反对乱用语言的现象,比如把短句很生硬地组合在一起,不讲规则。今天很多人在说法语里本来就有的词的时候,偏偏要用英语代替,比如不用défi,偏偏要用challenge(挑战)。但是人类生活就是这样的,我们使用的就是一种混合的语言。
南都:在法兰西学院编撰词典的工作是怎样进行的?
拉费里埃:外界觉得好像法兰西学院的院士什么事情都不干,这恰恰是我最喜欢它的一点。法兰西学院词典的出版周期是四十年,长到好像人们都忘记了法兰西学院的院士到底在做什么。法兰西学院的慢,恰恰给其他词典出版机构提供基础支持,它提供的是法语正确的使用方法。
院士里很多文豪作家,他们就像抄书的人,把搜集来的用法一条条整理起来,每一代院士都贡献出自己搜集到的词汇用法,包括在各个层次各个阶级的不同用法,法兰西学院词典里收录了作家使用的书面语言、属于精英阶层的语言,同时也会记录大众用语,富有阶层、贫苦阶层说的法语都会如实记录。

Un roman à la frontière de l’essai où l’auteur prodigue des conseils à ceux qui aimeraient écrire. […] Un livre que vous allez aimer.
— Catherine Lachaussée, Radio-Canada cet après-midi

C’est le récit d’une grande aventure avec l’écriture et la littérature.
— Guy A. Lepage, Tout le monde en parle

Un livre composé d’une multitude de petites chroniques d’humeur et de réflexions qui donnent envie d’écrire. Des conseils, des réflexions, des pointes d’humour…
— Claude Bernatchez, Première heure

Des conseils qui, au final, se lisent comme autant de nouvelles. Frais et original.
— Le Matin, 2 septembre 2013

J’ai vraiment adoré. Ouvrir ce livre-là, c’est comme rendre visite à un ami chez lui, dans son intimité. Dany Laferrière nous parle avec poésie, avec esprit, avec générosité.
— Manon Trépanier, La librairie francophone

Une incursion sans prétention dans son processus créatif, avec humour et lucidité. Prodiguant des conseils aux aspirants-écrivains, Dany Laferrière rappelle qu’il n’existe pas de règle et que, si l’appétit vient en mangeant, l’écriture vient en lisant.
— Marie-Louise Arsenault, Plus on est de fous, plus on lit

À lire avec un crayon surligneur. Un livre qu’on fait vivre. Ce n’est pas juste un livre sur l’écriture et la lecture, mais aussi sur la vie.
— Claudia Larochelle, On aura tout vu

L’auteur y distribue sans prétention ses conseils pour écrire, en puisant dans sa propre expérience. À cela se mêlent des anecdotes et des coups de cœur littéraires : de bon Dany Laferrière dans son élément qui nous sert des propos souvent désarmants, toujours intelligents. Des mots d’esprit émaillent ces brefs textes à lire peu à peu, sans se presser, pour bien les goûter.
— Lisanne Rheault-Leblanc, 7 jours

Lisez ce livre : il fera de vous – du moins le temps de votre lecture – une personne un peu meilleure.
— Marko Martin, Deutschlandradio Kultur (Allemagne), 12 décembre 2015

Un véritable plaisir de lecture, aussi réjouissant que divertissant, que l’on ne peut que vivement recommander.
— Ekz (Allemagne)

Ce livre est un monde à part, conçu comme un lieu de rencontre intime entre l’auteur et le lecteur. Un pur plaisir.
— RNZ (Allemagne)

