L’enfant qui regarde

À cet ami d’adolescence que je n’ai pas revu depuis avec qui je discutais de tout des journées entières.

D L

Couverture France — Grasset

France

Grasset, 2022
64 pages
ISBN : 9782246829065

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Un portrait finalement tragique d’un homme séduisant, cultivé et rejeté par la société.

M. Gérard séduit les femmes. Pourtant, il ne sort déjà presque plus de chez lui quand le narrateur, son voisin, un enfant d’un quartier pauvre de Port-au-Prince, se découvre une fascination pour cette figure mystérieuse, au savoir-vivre exquis et au rare bon goût. Cet ancien professeur congédié d’une école pour jeunes filles l’initie à Baudelaire, Keats et Wagner.
 
Les ragots fusent. Pour le Pr. Désir, il aurait aimé une belle jeune femme, ou il aurait été épris de la mère d’une élève, à moins qu’il ne soit impuissant. Selon le Dr Hyppolite, un homme l’aurait giflé dans un bar, sans que lui, digne, ne réplique. Tout est énigmatique chez cet homme qui semble vivre dans le malheur. Qu’en est-il réellement de son mystère et de son charme  ?
 
Nous l’apprendrons en suivant le regard du narrateur, cet enfant sensible et intelligent, dans cette nouvelle écrite de main de maître.  

Regard sur l’Å“uvre

Une nouvelle de toute beauté, hypnotique et pleine de charme. Elle possède l’éclat et l’ombre d’un Maupassant. Un bijou de littérature.
– Mohammed Aïssaoui, Le Figaro
6 avril 2022

L’enfant qui regarde, de Dany Laferrière: la gifle

«On trouve toujours quelqu’un de plus pauvre que soi dans ce pays.» C’est bien sûr d’Haïti que parle Dany Laferrière. Le petit Manuel, 10 ans, vit avec sa mère. Le père est parti. L’enfant rencontre Monsieur Gérard, professeur de littérature, et même de vie, qui a été renvoyé de l’école religieuse pour jeunes filles de familles aisées. «C’est un homme déroutant qui cherche à enchanter les moindres actes de la vie quotidienne.»

Cet amoureux de Baudelaire et de Wagner apprend au garçon la poésie et la trigonométrie. Mais Monsieur Gérard ne sort jamais de chez lui, et personne n’a vraiment compris pourquoi cet être aussi raffiné est venu se nicher dans une chambre de ce sordide quartier. Manuel mène son enquête. Tout le mystère – et le dénouement – tourne autour d’une gifle reçue quinze ans auparavant. Une histoire d’amour? Dany Laferrière signe une nouvelle de toute beauté, hypnotique et pleine de charme. Elle possède l’éclat et l’ombre d’un Maupassant. Un bijou de littérature.

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Voici donc un solo, a capella, impertubable malgré le fracas alentour. Ce roman n’est court qu’en apparence. Écrire bref est un leurre. Des mondes s’ouvrent à chaque page au point que le petit livre se déploie, et se déploie encore.
– Lisbeth Koutchoumoff Arman, Le Temps
5 mars 2022

Dany Laferrière et le petit garçon sur un mur

Le texte est si court, si fluet, à peine 60 pages. Par son format même, L’enfant qui regarde est un chuchotement. Dany Laferrière, son auteur, aime varier le volume de ses interventions. Après l’exubérance et le chatoiement de ses romans dessinés, épais et grands albums où les couleurs se déploient comme montent les notes bien rondes, chaudes, d’un jazzband, voici donc un solo, a capella, impertubable malgré le fracas alentour. Les deux formules sortent des sentiers battus du marché du livre. Les éditeurs de littérature générale ne publient ni si grand ni si petit, d’habitude. Dany Laferrière chérit avant toute chose cette liberté-là, celle qui refuse les formatages, quels qu’ils soient. Saluons son éditeur, Grasset, qui l’a bien compris et qui le suit dans tous ses chemins de traverse.

Mais L’enfant qui regarde n’est court qu’en apparence. Ecrire bref est un leurre. Des mondes s’ouvrent à chaque page au point que le petit livre se déploie, et se déploie encore. Manuel, le narrateur, un lycéen d’un « quartier sordide » de Port-au-Prince, tente de percer le mystère qui entoure son percepteur, Monsieur Gérard. Comment un homme aussi raffiné, épris de poésie, a-t-il pu échouer dans cette partie de la ville? Pourquoi a-t-il été exclu du lycée de jeunes filles des beaux quartiers où il enseignait? Pourquoi s’attache-t-il à ce point à lui transmettre son goût des livres mais aussi un savoir-vivre à toute épreuve: « Comment se comporter si l’on est invité à un grand dîner avec des fourchettes de toutes dimensions, comment s’adresser à un public hostile ou faire la cour à une femme mariée assise à sa table, et comment défier un ennemi plus fort que soi » ?

Le titre, L’enfant qui regarde, renvoie à une scène. Manuel est assis sur un muret, face à la fenêtre close de Monsieur Gérard. Le percepteur refuse depuis peu de le voir et ne sort plus de chez lui, las de la curiosité déplacée de son jeune élève, accablé par la médiocrité ambiante. Mais une femme élégante vient de monter chez lui. Manuel ne bouge pas de son muret et attend. On est samedi, le marché bat son plein. Les vendeuses dansent autour du chauffeur de taxi qui a mis la sono à fond. Dany Laferrière crée un silence au milieu du brouhaha. Ce silence, c’est l’enfant qui regarde depuis son mur. Qui regarde le monde. « Un enfant qui regarde mûrit plus vite que celui qui n’arrête pas de courir. » Il n’y a pas de description des yeux de l’enfant, mais il nous semble les voir. Il nous semble les reconnaître, nous avons tous eu ces yeux-là. Ces yeux des enfants qui regardent le fracas du monde et qui tentent de comprendre.

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C’est à travers les yeux de ce garçon d’une dizaine d’années, drôle et intelligent, que le lecteur entrevoit des morceaux de la vie de M. Gérard.
– Sandrine Ordan, Corse Matin
18 mars 2022

Commérages haïtiens

Haïti. M. Gérard vit à Port-au-Prince, dans un quartier pauvre, en décalage avec sa vie, lui qui écoute Wagner et cite Keats et Baudelaire comme d’autres les héros de téléréalité. Que fait M. Gérard dans ce quartier mal famé ? à part d’énigmatiques sorties quand d’autres vont à la messe, il ne sort quasiment plus de chez lui, mais reçoit. Le narrateur, notamment.

C’est à travers les yeux de ce garçon d’une dizaine d’années, drôle et intelligent, que le lecteur entrevoit des morceaux de la vie de M. Gérard. Ce dernier l’initie à la grande littérature, à la musique européenne, parle de lieux qui sont inconnus au jeune garçon. Et surtout, il lui parle de filles.

Ces mêmes filles – ou plutôt ces femmes – que M. Gérard continue de fréquenter malgré ses drôles d’habitudes de vie, malgré le mystère qui entoure son passé. Ce qui alimente évidemment les ragots et commérages de toute sorte dans le quartier. Car quoi de plus simple et de plus intéressant que de parler à tort et à travers quand on vit dans un microcosme ?

Vif, au rythme enlevé, L’enfant qui regarde se lit d’une traite, aidé il est vrai par sa forme puisqu’il s’agit d’une nouvelle. Ce que l’on pourrait presque regretter tant on aurait envie de fouiller dans la vie et les secrets de M. Gérard. Dany Laferrière, auteur qui a son siège à l’Académie française, lui-même Haïtien, en dit tout autant, sans presque rien dévoiler pourtant, de l’enfance dans un quartier pauvre, sans père, avec pour seul ancrage familial une figure maternelle forte et sensible.

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Un récit de la taille d’une nouvelle peut contenir un univers entier et offrir des pages inoubliables. Dany Laferrière le démontre avec cette histoire d’une brillance mate, aveu de gratitude à un homme qui sut éveiller l’enfant pauvre de Port-au-Prince à la beauté.
– F. B., Le Maine
8 avril 2022

L’éloge de Monsieur Gérard

Un récit de la taille d’une nouvelle peut contenir un univers entier et offrir des pages inoubliables. Dany Laferrière le démontre avec cette histoire d’une brillance mate, aveu de gratitude à un homme qui sut éveiller l’enfant pauvre de Port-au-Prince à la beauté. Monsieur Gérard, ancien professeur d’une exquise distinction sur lequel plane la rumeur floue d’une histoire d’amour avec une femme mariée, vit en misanthrope dans une chambre minuscule au-dessus du marché. Il accepte en un gamin rêveur dont le père a disparu, son unique élève. L’enfant est éperdu d’admiration devant l’érudit singulier qui écoute Wagner à plein volume et l’initie à Baudelaire ou Villon, tout en lui apprenant l’art impalpable de ne pas commettre d’impair en société.

Avant sa disgrâce soudaine, le garçon a eu le temps de comprendre la splendeur contenue dans un poème et d’entrevoir des mystères rétifs à la raison. Cousin haïtien du Monsieur Germain d’Albert Camus, Monsieur Gérard fut, à l’échelle « d’une vie comme un petit théâtre de poche avec un seul spectateur », le démiurge d’un écolier habitué à se tenir en retrait du tumulte. À l’enfant qui préférait regarder que participer, l’élégant professeur sut depuis son humble promontoire révéler les horizons infinis de la beauté. Dans la pauvre chambre d’un receleur de poèmes, trésor universel, est peut-être né l’écrivain aujourd’hui membre de l’Académie française. Cela méritait bien un retour au pays natal vers ces heures de grâce.

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Avec les années qui passent, l’écrivain excelle à créer des formes sans cesse plus épurées, fragmentées et bouleversantes.
– Marie Chaudey, La Vie
25 avril 2022

L’esprit d’enfance en bandoulière, et le quartier pauvre de Port-au-Prince dont il est issu toujours à la source. En témoigne ce petit livre limpide de 50 pages, l’Enfant qui regarde, une nouvelle aux accents de conte, où Dany Laferrière parvient à rassembler de manière magistrale les motifs qui lui sont chers et qui ont nourri toute son œuvre : la figure énigmatique du père, la présence forte de la mère, les livres et l’art pour se construire, dans une île caraïbe plombée par la violence et la misère, où l’imagination est le trésor à chérir, la foi en la beauté, le seul remède.

A lire aussi : L’exil vaut le voyage par Dany Laferrière
Le jeune narrateur se lie avec un drôle de paroissien, Monsieur Gérard, homme raffiné surgi de nulle part et qui trouve refuge dans une petite piaule miteuse du quartier. Ancien professeur, mis au ban à la suite de mystérieuses histoires, Monsieur Gérard est recruté par la mère pour un simple soutien aux devoirs. Mais l’apprentissage va s’étendre à la poésie et à la musique classique : le garçon ne jure plus que par Villon et Rimbaud, tandis qu’il découvre Mozart ou Satie. Il trouve ainsi en Monsieur Gérard la personne digne d’occuper la place paternelle vacante.

On sait combien l’absence criante de son père – opposant en exil au dictateur Duvalier – a forgé les jeunes années de Dany Laferrière. Et cette quête de l’enfant qui regarde n’en est que plus poignante, menacée par tous les dangers que la société haïtienne porte en son sein comme la nuée l’orage. De quoi filer vers une issue tragique.

Le lecteur retrouvera cette innocence mâtinée de noirceur au cœur d’un ouvrage de poésie intitulé Dans la splendeur de la nuit. Chapelet de pensées condensées à la manière des haïkus, tant admirés par un Laferrière féru des écrivains japonais, le livre est colorié tel un cahier d’écolier, rehaussé d’une graphie à la main : une forme faussement naïve désormais prisée par l’auteur, qui clame ainsi sa folle liberté.

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Il imagine ce qu’a pu être la vie de cet ancien séducteur qui semble noyer sa tristesse en lisant Baudelaire et écoutant Wagner, un verre de rhum à la main. L’histoire est courte. Tout est dit par l’enfant et tout est vu à travers son tendre regard.
– Marie-Aimée Bonnefoy, Charente Libre
9 avril 2022

La poésie de Dany Laferrière

On pourrait parler de nombreux autres ouvrages de ce conteur prolifique qu’est Dany Laferrière: «Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer» par exemple. Ou «L’odeur du café» voire «L’énigme du retour» (Prix Médicis 2009). Et plus récemment, «L’exil vaut le voyage», une Å“uvre qu’il a entièrement écrite et dessinée à la main. Ce sont des récits souvent intimes et toujours flamboyants. De véritables chants de louanges à son pays d’origine, aux voyages et à la littérature. Or, on a choisi pour cette chronique un bref récit. Non pas un roman. À peine une nouvelle (57 pages). Plutôt, à la manière de Baudelaire, cher au cÅ“ur de l’académicien, une sorte de long poème en prose dont le titre – «L’enfant qui regarde» -annonce d’emblée la tonalité. On ne sait pas précisément quel âge à ce jeune narrateur. Il vit avec sa mère dans un quartier pauvre dePort-au-Prince. Le départ d’un père à peine connu a provoqué une fracture dans son existence.

Tous les après-midi, il se rend chez un mystérieux Monsieur Gerard pour combler ses lacunes scolaires. Le reste du temps, le garçon s’assoit sur un muret face aux volets clos de ce professeur particulier.

Il imagine ce qu’a pu être la vie de cet ancien séducteur qui semble noyer sa tristesse en lisant Baudelaire et écoutant Wagner, un verre de rhum à la main. L’histoire est courte. Tout est dit par l’enfant et tout est vu à travers son tendre regard. En questionnant autour de lui, en observant la mélancolie des uns et des autres dans un pays régi par Duvalier (pas de date précise mais Papa Doc est implicitement évoqué), l’enfant suggère avec sensibilité combien la sienne de mélancolie ainsi que son sentiment de solitude sont déjà profonds.

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Un émouvant micro-roman d’éducation.
– Grégoire Leménager, L’obs
14 avril 2022

L’enfance d’un art
Il a beau siéger à l’Académie française avec des gens très sérieux, et avoir depuis peu sa statue au Musée Grévin, l’auteur de « Tout bouge autour de moi » reste un gamin immortel. Il l’est même de plus en plus, à mesure que le temps passe. Lire, pour s’en convaincre, « l’enfant qui regarde », émouvant micro-roman d’éducation où sa sensibilité guide son art de conteur, à hauteur de jeune garçon, pour parler d’un amour impossible et montrer au passage comme les mauvaises langues qui aiment juger leur prochain ont tout faux.

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Avec L’enfant qui regarde, Dany Laferrière dit, en 64 pages, la médiocrité, l’absence, Haïti, l’amour, la relation à la mère… Chapeau !
– Gladys Marivat, Le Monde
9 juin 2022

M. Gérard « n’est pas d’ici », lit-on dans L’enfant qui regarde , court texte de Dany Laferrière. Pourtant, l’ancien enseignant vit au cÅ“ur d’un marché de Port-au-Prince, capitale de son pays d’origine, qu’il n’a jamais quitté. Le splendide isolement de cet admirateur de Wagner et de Baudelaire irrite ou fascine les femmes comme les hommes, et surtout le jeune narrateur de l’histoire. Ce dernier a le privilège de venir chez M. Gérard pour des cours particuliers jusqu’à ce que ses questions intrusives lui vaillent d’être congédié.

Sommes-nous en Haïti ? Pas autant que dans L’Odeur du café ou Pays sans chapeau (Zulma, 2016 et 2018). Ce récit parle de la naissance du désir de lire et d’écrire ; de ne vivre que pour ça et de ça. Une manière d’être chère à l’académicien, sur laquelle il est revenu dans de nombreux livres comme Journal d’un écrivain en pyjama (Grasset, 2013) ou J’écris comme je vis (La Passe du vent, 2000).

Mais M. Gérard n’est pas seulement le modèle d’homme que l’enfant rêve de devenir plus tard : il lui apprend à voir le monde comme un roman dense peuplé de personnages à décrypter. Observant ses gestes, s’imprégnant de son univers, le héros imagine les causes des silences de sa mère et de l’absence de son père, qui s’est évaporé pour échapper à la milice du dictateur. Tenter de percer l’énigme M. Gérard montre au narrateur le pouvoir de la fiction. Port-au-Prince devient le décor d’une fin tragique… qu’il a peut-être inventée, comme tout le reste. 

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L’écriture joue de simplicité, composante essentielle du charme puissant de cette lecture.
Le choix des journalistes du groupe Centre France
5 juin 2023

Dany laferrière. L’enfant qui regarde. L’auteur et Académicien cultive l’art du concis avec brio. Un enfant pose son regard sur le monde. La vie des grands l’intrigue. Il en perçoit aussi les troublants secrets. Ses observations brossent un tableau subtile de la société haïtienne. De nombreux thèmes s’entrelacent avec délicatesse, absence de père, rencontre d’un père de substitution, transmission du savoir, de la poésie, de l’élégance. Vécu et fiction se croisent aussi avec finesse. La chute est remarquable. L’écriture joue de simplicité, composante essentielle du charme puissant de cette lecture.

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Que de profondeur entre ces lignes, tant sur la position de l’intellectuel que sur la médiocrité ambiante, les figures absentes, le panier de crabes haïtien, l’amour, la relation à la mère ! Et tout cela en 64 pages… Il faut avoir beaucoup regardé, beaucoup pensé. Mais, surtout, il faut savoir écrire comme M. Dany.
– Valérie Marin La Meslée, Le Point
14 juillet 2022

M. Gérard et M. Dany

Avec L’Enfant qui regarde, Laferrière nouvelliste éblouit.

D’où vient donc que sa peau d’enfant ait absorbé tant d’encre imprimée, et de poèmes, ait été caressée par tant d’histoires littéraires ? Et si la clé ne nous parvenait qu’aujourd’hui, dans un opus ourlé au point d’enfance et qui va droit au coeur ? Dans L’Enfant qui regarde , aux allures de nouvelle et à la chute parfaite, Dany Laferrière raconte M. Gérard sous le regard d’un gamin de Port-au-Prince. Professeur de littérature renvoyé  » parce qu’une de ses élèves l’a accusé de lui avoir fait des avances « , cet homme qui plaît aux femmes a  » trop de charme pour enseigner dans une école de jeunes filles « , lui explique la directrice, se reprochant de l’avoir engagé ! Depuis, il vit seul dans une chambre étroite au coeur d’un marché de la capitale haïtienne, où la mère du narrateur lui porte à manger, parfois. Elle le prend bientôt comme répétiteur pour son fils, qui en a bien besoin. M. Gérard devient son maître en art de vivre.  » Je n’avais qu’une ambition dans la vie : devenir M. Gérard […], le seul être abstrait de ma connaissance  » , écrit Manuel. Mais qui est cet homme reclus lisant Baudelaire et écoutant Wagner, et qui est gaucher, comme le père du héros ? L’enquête de Manuel avance. Y a-t-il anguille sous roche ?

Même si, depuis tant de livres – jusqu’à l’avant-dernier, promenade intime et poétique  » dans la splendeur de la nuit  » de Port-au-Prince -, Laferrière parle de son enfance, l’écrivain se poste légèrement ailleurs pour composer cette succession de tableaux éclairant des zones d’ombre. Que de profondeur entre ces lignes, tant sur la position de l’intellectuel que sur la médiocrité ambiante, les figures absentes, le panier de crabes haïtien, l’amour, la relation à la mère ! Et tout cela en 64 pages… Il faut avoir beaucoup regardé, beaucoup pensé. Mais, surtout, il faut savoir écrire comme M. Dany.

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Procédant à pas de loup, l’académicien signe une nouvelle faussement indolente, délicatement tragique. Ou comment s’extirper du collectif panier de crabes de la rumeur et des ragots pour tracer un chemin singulier, devenir un individu, sans esbroufe et avec conviction.
– F.DE., Le Vif/L’express
26 mai 2022

Haïti, Port-au-Prince. Niché dans une petite chambre en plein coeur d’un quartier populaire, Monsieur Gérard, ancien professeur d’une école pour jeunes filles, vit en quasi-reclus. À la demande de la seule femme à qui il adresse la parole, l’enseignant accepte d’aider un jeune garçon à rattraper son retard scolaire. Subjugué par son mystérieux maître, Manuel est initié à la poésie et à la musique classique. Le père de l’enfant, opposant politique, est absent. Contraint de disparaître, dissimulé ou grimé au coeur du pays, personne, pas même ses plus vieux amis, ne doit le reconnaître. « Ma mère sait quelque chose qu’elle ne veut pas dire, et je sens bourdonner un secret au plus profond de moi. Si on ne peut croire en personne dans cette vie, alors tout est vrai. »

Entre Baudelaire et Wagner, Dany Laferrière (L’Énigme du retour) tisse une leçon d’art de vivre où la transmission de la culture est peut-être la seule à même de panser « l’exil de classe (…) aussi terrible que l’exil politique ». Procédant à pas de loup, l’académicien signe une nouvelle faussement indolente, délicatement tragique. Ou comment s’extirper du collectif panier de crabes de la rumeur et des ragots pour tracer un chemin singulier, devenir un individu, sans esbroufe et avec conviction.
L’express

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Le Monde, 10 juin 2022

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