
S’offrir une vieille Ford et sillonner l’Amérique, un calepin à la main. Écrire vite. Écrire à tout prix. Avec le regard impudent du jeune homme qui rêve de devenir écrivain. C’est Dany quand il avait 20 ans. C’est Dany quand il n’était pas Laferrière.
C’est Dany dans sa vieille bagnole quand il rodait ses phrases pour trouver son rythme, sa voix et la justesse de son ton. Les années 80 dans ma vieille Ford : histoires d’amour, d’amitié et d’exil d’un écrivain passionné des êtres et des choses.
Les années 80 dans ma vieille Ford rassemble une série de chroniques où Dany Laferrière revient sur les années déterminantes qui suivent son départ d’Haïti en 1976. À travers de courts récits, il revisite les paysages qu’il a traversés entre Montréal et New York, ainsi que les visages qui ont façonné son parcours d’écrivain.
Laferrière y évoque les visages qui l’ont marqué, ses amitiés intellectuelles, mais aussi ses oppositions et ses refus. Ces rencontres, réelles ou symboliques, deviennent autant de repères pour comprendre son rapport à la littérature et aux milieux artistiques de l’époque.
La vieille Ford qui donne son titre au volume sert de fil conducteur : elle représente la mobilité constante, l’observation en mouvement et une certaine manière de traverser les années 80 comme on traverse une ville par épisodes successifs.
Entre autobiographie, réflexion littéraire et chronique culturelle, le livre propose une vision lucide et parfois critique d’une décennie où Laferrière forge son style, affine sa position d’écrivain et explore la distance entre le rôle d’écrivain, la mémoire personnelle et le monde en transformation qui l’entoure.
Mon premier papier en première page, j’ai dormi avec le journal sous mon oreiller. Je me réveillais au milieu de la nuit, avec l’idée que toute la ville était peut-être en train de me lire.

Ce que la presse en dit
À l’intérieur, je reconnais le style de Laferrière, mais sa plume est plus directe, dépouillée, tout en laissant entrevoir le Laferrière d’aujourd’hui.
«M. Laferrière, on vous aime beaucoup à la maison»
– Louis-Josée Houde, La Presse
Dany Laferrière n’avait jamais fait l’objet de ma chronique. Et je ne voyais pas comment cela aurait pu arriver, croyant l’avoir déjà tout lu.
Mais voilà qu’on me demande si j’ai lu Les années 80 dans ma vieille Ford. Je réponds que non. On m’explique qu’il s’agit d’un recueil de chroniques de Laferrière publiées dans les pages de l’hebdomadaire Haïti-Observateur, journal haïtien de New York, dont la direction avait donné carte blanche à Laferrière de 1984 à 1986, avant que ne le frappe la notoriété liée à la publication de son premier roman.
On me l’offre en cadeau et m’informe qu’on a dû le commander en librairie, car introuvable sur les tablettes.
J’aime l’idée de lire un livre spécialement commandé pour moi, par la poste. Il y a là-dedans une certaine nostalgie reposante. Puis, on m’a écrit un mot doux à l’intérieur. Déjà, cela donne une préciosité à ma lecture. Elle devient non prêtable.
Pensez à vos bouquins reçus en cadeau et accompagnés d’un mot affectueux du donateur et faites-moi croire que vous les prêteriez au premier venu, au deuxième ou à Kevin Parent (celui-là en a l’air d’un qui ne retourne jamais rien).
En couverture, Laferrière, avec son bouc et son afro, me fait penser à Richard Pryor, dans Richard Pryor Live in Concert (1979). Si vous avez du temps pour un seul spectacle d’humour dans votre vie, c’est celui-là.
À l’intérieur, je reconnais le style de Laferrière, mais sa plume est plus directe, dépouillée, tout en laissant entrevoir le Laferrière d’aujourd’hui. Comme lorsqu’on écoute le premier album de U2 ou La petite vie à l’époque des sketchs aux Lundis des Ha-ha. La Presse+ est encore jeune, mais il s’agit ici de la première fois qu’on y trouve Dany Laferrière, U2 et Ti-Mé Paré dans la même phrase. Merci.
Ça fait sourire de lire le texte Queens: Lady’s Night où le jeune auteur note la différence entre Queens et Brooklyn, à l’époque où Brooklyn était encore un endroit dangereux: «Brooklyn, c’est la lutte pour la vie.» Alors qu’aujourd’hui, ses résidants sont habillés comme Sébastien Diaz qui revient de magasiner.
Les lecteurs qui connaissent bien l’oeuvre de Laferrière savent que l’auteur a fui Haïti à la suite de l’assassinat de son ami et collègue journaliste Gasner Raymond.
Mais j’ai appris, et vous apprendrez peut-être aussi, dans le texte Je n’irai pas à la Tortue, trop lâche pour ça camarade, qu’en 1976, «à une période où la dictature montrait ses dents plus férocement que d’habitude», les deux jeunes journalistes du Petit samedi soir, en visite au Ciment d’Haïti pour un reportage fait en cachette sur la grève des ouvriers, sont repérés et interrogés.
Gasner Raymond montre sa carte du Petit samedi soir. «Les visages se durcirent, les yeux devinrent carnivores. J’ai senti qu’on pouvait être lynchés entre ces quatre murs.» Puis Laferrière s’identifie comme journaliste au Nouveau monde.
Une semaine plus tard, l’un est froidement assassiné, l’autre s’enfuit pour Montréal.
Un soir où je suis chez «on», on me demande si je veux lire tranquille pendant que «on» fait la cuisine. Je regrette de ne pas avoir apporté mon livre, mais on m’annonce qu’on possède sa copie à la maison. J’ai donc lu 10 des 52 articles dans une autre copie que la mienne, ce que je vous recommande chaudement.
Évidemment, la copie de «on» est un champ de bataille (les femmes maltraitent leurs livres), mais mon séjour dans l’autre copie eut l’effet d’une récréation littéraire, d’une randonnée hors sentier, de conduire la voiture d’un ami ou d’aider un couple de banlieusards à comprendre la machine à parcomètre. (La dernière n’a aucun rapport, mais ça m’arrive chaque samedi.)
Les articles lus dans la copie de «on» me demandaient moins d’effort. On aurait dit que j’étais en congé de lire pour vrai. Et on dirait que je me souviens davantage des articles lus dans sa copie. C’est bizarre. Un peu comme lorsque j’assiste à un concert rock et que je vais à la salle de bains, je me souviens toujours quelle chanson était jouée pendant mon périple aux toilettes.
Quand «on» et moi vivrons à deux, nous aurons deux copies du recueil de Laferrière. Je vous rappelle qu’il est introuvable en librairie, et sera doublement trouvable chez nous. Et on pourra donner une copie, surtout la sienne. Peut-être même à Kevin Parent (je demeure convaincu qu’il perd tout ce qu’on lui prête, mais je n’ai aucune idée pourquoi).
Voilà, M. Laferrière, je crois maintenant vous avoir lu au complet pour de vrai. Vous êtes grand. Merci pour tout, on pourra dire qu’on vous aime beaucoup, à la maison.


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