L’Ă©pĂ©e de Dany LaferriĂšre

ÉpĂ©e d'acadĂ©micien de Dany LaferriĂšre
En cours

L’Ă©pĂ©e d’acadĂ©micien de Dany LaferriĂšre

Musée de la civilisation
du Québec

PrĂ©sentĂ©e dans le cadre de l’exposition
« Honneur au peuple du Québec »

Jusqu’au 10 septembre 2026
entrée gratuite
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Conférence de clÎture

« L’immortel et ses 50 ans de vie au QuĂ©bec »

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Discours de remerciements de M. Dany LaferriĂšre lors de la remise de son Ă©pĂ©e d’acadĂ©micien par M. Jean d’Ormesson dans les salons de la Mairie de Paris le 26 mai 2015.

Il y a une personne qui n’est pas prĂ©sente ici, et c’est ma mĂšre. Je l’imagine assise prĂšs du massif de lauriers roses, le regard tournĂ© vers les montagnes chauves qui entourent Port-au-Prince. À quoi pense-t-elle? Je ne saurais le dire. Ces derniĂšres annĂ©es furent terribles : elle a perdu trois de ses sƓurs et son jeune frĂšre. Son mari est mort en exil et son fils vit Ă  l’étranger depuis prĂšs de quarante ans. Pourtant, c’est une femme trĂšs courageuse et incroyablement drĂŽle, mais dans la plus stricte intimitĂ©. En public, elle ne dit pas un mot. Son oreille capte tout. Son Ɠil voit tout. Je n’ai qu’à lui parler au tĂ©lĂ©phone pour me retrouver au cƓur de la vie quotidienne du pays. Elle me raconte alors qu’elle n’a rien trouvĂ© au marchĂ© le matin mĂȘme, que la marmite de riz est Ă  un prix exorbitant et que les produits de base – l’huile, le sel et le sucre – ont Ă©tĂ© raflĂ©s par des gens qui achetaient en gros, pour que je sente qu’on est Ă  la veille d’une explosion sociale. D’autres fois, elle me dĂ©crit, avec des rires Ă©touffĂ©s, la vie des gens du voisinage, ce qui me fait croire que le pays connaĂźt un rĂ©pit. Elle ressent, comme un sismographe, ces vibrations qui annoncent parfois une accĂ©lĂ©ration de la vie politique. Comme une carte de mĂ©moire, sa peau conserve les traces des dĂ©cennies noires de la dictature. Des sensations et des Ă©motions sont stockĂ©es sous forme de cristaux de douleur dans les replis de son corps. Sachant que mon pĂšre Ă©tait un militant politique et qu’il pourrait facilement ĂȘtre emprisonnĂ© ou exilĂ©, elle pensait dĂ©jĂ  Ă  la pĂ©riode de disette Ă©motionnelle possible, ignorant tout de mĂȘme que cette famine sentimentale allait durer en fait jusqu’à la mort de mon pĂšre. En la voyant assise dans la pĂ©nombre, les yeux brillants d’une sauvage intensitĂ©, je me suis demandĂ© si elle n’avait pas vĂ©cu le drame de l’exil sans l’avoir connu. Quand on arrive en exil, on doit surmonter chaque jour de nouveaux obstacles et apprendre rapidement de nouveaux codes. Tout est diffĂ©rent : les saisons, les habitudes alimentaires, le rythme de travail, les rapports amoureux. On a vite l’impression de se retrouver au milieu d’un film dont on ne connaĂźt ni le sujet ni le rĂ©alisateur, ni les personnages qui s’agitent autour de nous. On va de surprise en surprise, comme dans un rĂȘve, et c’est ce que devrait ĂȘtre la vie. Alors que celui qui reste au pays ne peut que tourner en rond dans un espace clos oĂč chaque objet, chaque odeur, chaque saveur lui rappelle l’absent. Ce qui m’a amenĂ© Ă  penser que l’exilĂ© est beaucoup plus celui qui reste que celui qui part. Ma mĂšre, du temps si bref que mon pĂšre Ă©tait maire de Port-au-Prince, travaillait comme archiviste. C’était une femme qui lisait beaucoup, surtout le magazine Historia, qu’elle trouvait chez les vendeurs de la place de la CathĂ©drale. Elle privilĂ©giait les articles signĂ©s par des membres de l’AcadĂ©mie française. Elle Ă©tait toujours impressionnĂ©e par leur style fluide, qui contrastait avec les phrases alambiquĂ©es qu’elle lisait dans nos journaux locaux. Elle s’étonnait de comprendre si aisĂ©ment quelqu’un qu’elle ne connaissait pas, qui parlait de choses qu’elle ignorait, alors qu’elle n’arrivait pas Ă  comprendre des gens de son pays qui pourtant s’exprimaient sur des sujets qu’elle connaissait parfaitement, puisqu’il s’agissait de sa vie. Heureusement que nos grands Ă©crivains, comme Jacques Roumain, Jacques Stephen Alexis ou Marie Chauvet, la bouleversaient et lĂ , son sentiment nationaliste la reprenait et elle affirmait, de maniĂšre pĂ©remptoire, ce qui n’est pas du tout son genre, qu’il n’y a qu’en HaĂŻti qu’on Ă©crive un français aussi riche et nuancĂ©. Elle m’a tellement bassinĂ© les oreilles avec cette question d’écrire avec simplicitĂ© que je suis allĂ© proposer au journal Le Nouvelliste de brefs portraits de peintres primitifs, comme Hector Hyppolite et Jasmin Joseph, ou modernes, comme Jean-RenĂ© JĂ©rĂŽme et Bernard SĂ©journĂ©. Lucien Montas, qui dirigeait le prestigieux quotidien, a tout de suite acceptĂ© mes « papiers ». Leur premiĂšre qualitĂ©, c’est d’ĂȘtre brefs, m’a-t-il dit, tout en se dĂ©solant d’avoir Ă  caser dans son journal des articles interminables sur le vaudou, la paysannerie ou les violentes polĂ©miques qui opposent les partisans du crĂ©ole Ă  ceux du français, et vice versa. Ces gens, a-t-il conclu, dĂ©sabusĂ©, continuent Ă  Ă©crire alors que le lecteur a dĂ©jĂ  fui le journal. Aujourd’hui, c’est Frantz Duval qui occupe le fauteuil Ă  la place de Lucien Montas, que j’imagine quelque part dans un univers parallĂšle en train de fumer un gros cigare avec son air de sphinx. C’est Ă  Duval de couper les longs articles sur des sujets intemporels comme le vaudou, la paysannerie et les polĂ©miques sur la langue. Ces textes dorment longtemps dans les tiroirs avant d’ĂȘtre casĂ©s un jour tranquille. Mais la libertĂ© d’expression est si diffĂ©rente aujourd’hui par rapport Ă  l’époque de la dictature qu’il y a de moins en moins d’espaces vides pour ces longs articles si prisĂ©s en province, oĂč les aprĂšs-midi sont sans fin.

avec Jean d’Ormesson

Est-ce pourquoi je suis allĂ© voir ma mĂšre dĂšs que j’ai su que j’étais Ă©lu Ă  l’AcadĂ©mie française ? Elle avait su imposer chez moi son rĂȘve d’un « style fluide ». Une maniĂšre qui a certaines difficultĂ©s Ă  pĂ©nĂ©trer la sensibilitĂ© haĂŻtienne, car je me souviens de ce jeune homme qui m’a dit, Ă  Port-au-Prince, que je ne saurais ĂȘtre un Ă©crivain Ă  ses yeux pour la simple raison qu’il comprenait trop bien ce que je voulais dire. J’ai trouvĂ© ma sƓur en train de converser dans la salle Ă  manger avec ma mĂšre. Elle n’arrivait pas Ă  faire comprendre Ă  celle-ci ce que la radio annonçait toutes les cinq minutes depuis une heure : son fils Ă©tait devenu un immortel. J’ai tout racontĂ© Ă  ma mĂšre assise les mains entre les jambes dans la pĂ©nombre, tandis que ma sƓur continuait Ă  prĂ©parer le repas. Je lui ai parlĂ© de la trĂšs brĂšve lettre Ă©crite au SecrĂ©taire perpĂ©tuel de l’AcadĂ©mie française, madame HĂ©lĂšne CarrĂšre d’Encausse pour lui dire que j’espĂ©rais remplacer Hector Bianciotti au fauteuil numĂ©ro 2, des nombreuses lettres envoyĂ©es aux membres de l’AcadĂ©mie pour leur proposer de passer le reste de mes jours en leur compagnie, et du goĂ»t que j’aurais Ă  faire mieux connaĂźtre le QuĂ©bec et HaĂŻti au sein de l’institution. Finalement, ma mĂšre a compris que j’étais devenu un collĂšgue d’Hugo, de Voltaire, de Montesquieu ou de Dumas, elle m’a alors regardĂ© droit dans les yeux avant de s’exclamer : « Grosse affaire ! » Elle l’a rĂ©pĂ©tĂ© Ă  plusieurs reprises durant l’heure que nous avons passĂ©e ensemble. C’était la premiĂšre fois qu’elle me faisait un compliment de maniĂšre si directe. Quand j’avais reçu le prix MĂ©dicis, elle avait prĂ©fĂ©rĂ© Ă©voquer Catherine de MĂ©dicis, un personnage qu’elle avait dĂ©couvert dans Historia et qui l’avait fascinĂ©e.

AprĂšs la visite Ă  ma mĂšre, j’ai voulu dĂšs le lendemain me rendre Ă  Petit-GoĂąve. C’est une route d’une heure et demie aujourd’hui, mais dans mon enfance il fallait six Ă  huit heures pour la parcourir. On passe par Gressier, LĂ©ogĂąne, Grand-GoĂąve, le terrible Morne Tapion, puis voilĂ  Petit-GoĂąve, tout indolent le long d’une mer turquoise et chaude. C’est lĂ  que j’ai passĂ© mon enfance, dans la maison de la rue Lamarre, entourĂ© de ma grand-mĂšre et de quelques-unes de mes tantes. Ma mĂšre et mes autres tantes Ă©taient restĂ©es Ă  Port-au-Prince. Je revois ma grand-mĂšre assise sur la galerie avec une cafetiĂšre Ă  ses pieds. Elle offre du cafĂ© aux passants tandis que j’observe les fourmis qui circulent entre les briques jaunes. Je n’arrivais pas Ă  faire la diffĂ©rence entre les gens dans la rue et les fourmis sous mes yeux, chacun vaquant Ă  ses occupations. Quand il pleut, les gens se rĂ©fugient sous le porche de la maison d’en face, et se dĂ©placent au fur et Ă  mesure que la pluie prend de la vigueur. Je sais d’expĂ©rience qu’on ne risque pas d’ĂȘtre mouillĂ© au-delĂ  de la trente-sixiĂšme rangĂ©e de briques. Je le sais parce que les enfants comme moi, toujours fiĂ©vreux, finissent par se perdre dans le paysage Ă  vouloir tout ressentir – « Tout m’avale », dira RĂ©jean Ducharme. Ma grand-mĂšre offre du cafĂ© aux gens qui passent, et en Ă©change ils lui confient leurs petites tracasseries. C’est lĂ  que j’ai appris ce mĂ©tier dont le pivot est l’observation. AprĂšs avoir bu le cafĂ©, les gens parlaient de moi en Ă©vitant de me regarder. Ce sont les mĂȘmes qui se sont retrouvĂ©s trente ans plus tard dans mes romans. L’impression que la galerie Ă©tait suspendue dans l’espace, comme un tapis volant, et que la cafetiĂšre Ă©tait devenue une lampe magique d’oĂč sortait le gĂ©nie de l’écriture. C’est dans ce cafĂ©, couleur d’encre, que je continue Ă  tremper ma plume. Le cafĂ© des Palmes, le meilleur du monde selon ma grand-mĂšre. C’est durant la saison ensoleillĂ©e de l’enfance que j’ai voulu raconter des histoires en faisant de ma grand-mĂšre, de ma mĂšre et de mes tantes des personnages de fiction. Pour moi, la vie de ces femmes mĂ©ritait d’ĂȘtre contĂ©e, et je voulais ĂȘtre ce poĂšte qui rĂ©vĂšle leur intimitĂ©. J’espĂ©rais aussi faire du 88 de la rue Lamarre, Ă  Petit-GoĂąve, une adresse universelle de l’amour et du bonheur insouciant. Pourtant on Ă©tait sous la terrible dictature de Papa Doc. J’ai compris des annĂ©es plus tard que si mon enfance fut si heureuse, malgrĂ© cette terreur, c’est simplement parce que ces femmes m’ont placĂ© au centre d’un cercle protecteur d’oĂč je ne suis jamais sorti, et cela mĂȘme aprĂšs la mort de certaines d’entre elles. À ceux qui m’ont souvent entendu raconter ces histoires, je dirai pour ma dĂ©fense qu’on ne peut parler du ventre que de deux ou trois histoires dans sa vie. Pour moi, c’est l’enfance Ă  Petit-GoĂąve, l’adolescence Ă  Port-au-Prince et les annĂ©es d’usine et d’écriture Ă  MontrĂ©al. J’ai l’impression d’ĂȘtre un imposteur chaque fois que je tente de raconter autre chose. Me revoilĂ  Ă  Petit-GoĂąve visitant la vieille maison familiale lorsque brusquement a surgi une petite foule dĂ©jĂ  au courant de mon Ă©lection Ă  l’AcadĂ©mie française. De vieux amis me congratulaient quand un garçon de douze ans a commencĂ© Ă  dĂ©cliner les noms de tous ceux qui m’ont prĂ©cĂ©dĂ© au fauteuil numĂ©ro 2. Au dĂ©but, je pensais qu’il rĂ©citait un poĂšme, ne connaissant pas encore tous mes collĂšgues du 2. Valentin Conrart, Toussaint Rose, Louis de Sacy, Montesquieu, Jean-Baptiste Vivien de ChĂąteaubrun… C’est Ă  Montesquieu que j’ai compris ce qui se passait. J’ai Ă©coutĂ© toute la liste jusqu’à la fin : « Et Dany LaferriĂšre de Petit-GoĂąve. » Il m’a expliquĂ© plus tard que, sans savoir que j’allais venir, son pĂšre lui avait fait apprendre cette liste dĂšs que la nouvelle Ă©tait tombĂ©e. C’est Ă  ce moment-lĂ  que j’ai compris que j’étais acadĂ©micien. De retour Ă  Port-au-Prince, oĂč j’ai rendez-vous avec de vieux amis (MichĂšle Pierre-Louis, Lorraine MangonĂšs et Rodney Saint-Éloi), nous Ă©voquons la force symbolique de l’épĂ©e quand l’un d’entre nous fait remarquer, avec un peu d’ironie, que c’est HaĂŻti qui doit m’armer et non la France. Pour rĂ©flĂ©chir Ă  cette proposition, je suis allĂ© Ă  la fenĂȘtre. En bas, des jeunes gens, qui frĂ©quentent le centre culturel oĂč nous Ă©tions, commentent avec fiĂšvre la situation explosive du jour, bien trop rĂ©pĂ©titive pour permettre une vie rĂ©guliĂšre. La libertĂ© de ton de ces Ă©tudiants me fascine toujours, mais je suis encore plus sensible Ă  cette langueur corporelle qui semble s’opposer Ă  la fiĂšvre verbale qui les anime. C’est pour rester solidaire de ces jeunes gens que j’ai pris la dĂ©cision de faire fabriquer l’épĂ©e en HaĂŻti. Et mon choix s’est portĂ© sur Patrick Vilaire, un sculpteur mais aussi un homme passionnĂ© par les idĂ©es sociales. ObsĂ©dĂ© par le problĂšme de l’eau dans les bidonvilles, Vilaire ajoute le projet d’y construire un village de pĂȘcheurs.

C’est un homme aux humeurs changeantes, qui passe sans transition de l’ombre Ă  la lumiĂšre, ce qui est un reflet de son Ɠuvre. Bon signe : il porte le nom d’un des rares poĂštes Ă  avoir reçu une palme de l’AcadĂ©mie française : Etzer Vilaire, en 1912, pour Les Nouveaux PoĂšmes. Deux mois aprĂšs notre premiĂšre rencontre, Patrick Vilaire me fait part d’un problĂšme : on n’a pas de forge en HaĂŻti capable d’effectuer un tel travail. Il pensait faire incruster des pierres prĂ©cieuses dans le pommeau de l’épĂ©e, mais il doit admettre que de tels moyens techniques nous manquent. Je ne veux pas de pierres prĂ©cieuses, Patrick, tout ce que je dĂ©sire c’est une belle Ă©pĂ©e faite en HaĂŻti, et pour ça on utilisera les moyens du bord. AprĂšs un moment, Vilaire me lance, en souriant cette fois, qu’à part le talent nous n’avons pas grand-chose en HaĂŻti. Alors on fera avec le talent, je rĂ©ponds. Dans ce cas ton Ă©pĂ©e est prĂȘte, fait-il en sortant d’un carton ses dessins. Pour lui, l’épĂ©e d’acadĂ©micien n’est pas une arme mais une plume. En effet, il a dessinĂ© une Ă©pĂ©e qui se termine comme une de ces plumes qu’on utilisait dans mon enfance. Il a pris la peine de placer Ă  la pointe de l’épĂ©e une minuscule bulle d’encre. L’image est si simple et Ă©vidente que les larmes me sont montĂ©es aux yeux. Il faudra d’une maniĂšre ou d’une autre rappeler Legba, ce dieu du panthĂ©on vaudou qu’on invoque au dĂ©but des cĂ©rĂ©monies afin qu’il permette aux « esprit » de pĂ©nĂ©trer dans l’enceinte sacrĂ©e. Son poste Ă  la frontiĂšre des deux mondes, le visible et l’invisible, en fait le dieu des Ă©crivains. Visiblement, Vilaire ignorait mon intĂ©rĂȘt pour cet univers auquel on tient encore, cachĂ© derriĂšre un voile pudique, dans certains quartiers huppĂ©s. Cet univers de signes, de chants et de danses demeure le chemin secret qui mĂšne aux plus profondes racines du pays. C’est un langage. Pour y avoir accĂšs, il faut savoir rester trois jours sous les eaux et pouvoir tenir le feu dans ses mains. Les grands peintres primitifs comme Hector Hyppolite et Robert Saint-Brice vivaient et crĂ©aient dans un tel climat. C’est ce qui a tant impressionnĂ© Breton en 1946 et Malraux, plus tard, en 1975, lors de leurs visites respectives en HaĂŻti. Malraux avait dĂ©couvert, par des photos que le peintre Tiga lui avait envoyĂ©es, un petit cimetiĂšre peint par des paysans de Soisson-la-Montagne. Il dĂ©sirait faire le voyage, Ă©puisant pour un homme Ă  bout de force, afin de rencontrer ces gens capables de montrer la mort sous des couleurs si sereines. L’auteur du Miroir des limbes avait dĂ©jĂ  Ă  ce moment-lĂ  un pied au Pays sans chapeau, c’est-Ă -dire dans l’au-delĂ , ce pays oĂč l’on ne porte pas de chapeau. Malraux, vite acceptĂ© par ces peintres dont certains ne connaissaient que l’alphabet des couleurs, leur parlait par signes et mimiques. C’est un chaman, me souffla Tiga. Il me semble qu’un Ă©crivain peut reconnaĂźtre la force symbolique d’un univers Ă©sotĂ©rique sans pourtant ĂȘtre nationaliste ou mystique – c’est mon cas. RepĂ©rer la prĂ©sence des dieux dans la vie quotidienne des hommes, les Grecs comme les Romains l’ont fait. Pourquoi pas HaĂŻti, ce pays oĂč l’on croise les dieux au coin de la rue ? J’ai dĂ©jĂ  vu Ogoun, le dieu du feu, au volant d’un taxi cabossĂ©, et Erzulie aux yeux rouges Ă©changeant un baiser mortel avec un jeune homme. Vilaire a souri, il m’avait compris. Mon Ă©pĂ©e ne sera pas habitĂ©e par la fureur d’Ogoun ni la passion d’Erzulie ou le sens trop pratique de Zaka, le dieu des paysans, mais par l’esprit vif de Legba, ce dieu capable d’ouvrir toutes les barriĂšres, mĂȘme celles de l’AcadĂ©mie française. Ayant virtuellement mon Ă©pĂ©e, j’arrive Ă  MontrĂ©al et entre tout de suite en contact avec Jean-Claude Poitras pour l’habit vert. Pourquoi sa confection Ă  MontrĂ©al ? La premiĂšre chose que j’ai apprise en arrivant dans cette ville, c’est l’importance de la peau et son rapport immĂ©diat avec la mĂ©tĂ©o. Bon, la tempĂ©rature ne fut pas mon premier choc. Je me souviens de mon Ă©tonnement en voyant ce couple en train de s’embrasser dans la rue. Un baiser interminable, et j’ai failli appeler les pompiers. Du jamais-vu en HaĂŻti, ce pays oĂč, sous Papa Doc, frĂŽler des lĂšvres de ses lĂšvres Ă©tait plus scandaleux qu’abattre quelqu’un en pleine rue. Aujourd’hui, voir un couple s’embrasser en public ne me fait plus ni chaud ni froid. C’est qu’entre-temps je suis devenu un parfait QuĂ©bĂ©cois. Je l’ai su Ă  Miami un jour de grande canicule oĂč je me suis mis Ă  rĂȘver d’une tempĂ©rature d’au moins –30 degrĂ©s pour rĂ©tablir l’équilibre intime de mon corps. L’impression qu’un glaçon s’était infiltrĂ©, Ă  mon insu, dans mon ADN. Je suis arrivĂ© Ă  MontrĂ©al durant l’étĂ© chaud des Jeux olympiques de 1976. L’étĂ©, on se dĂ©shabille presque complĂštement; l’automne, on s’habille ; le printemps, on s’habille, se dĂ©shabille et se rhabille parfois dans la mĂȘme heure ; et l’hiver, on s’emmitoufle. L’obsession du vĂȘtement. Cette ville possĂšde une longue expĂ©rience en matiĂšre de protection de la peau. L’équation Ă©tait simple : si Port-au-Prince doit m’armer, c’est Ă  MontrĂ©al de m’habiller. Et Jean-Claude Poitras n’est pas seulement le plus connu des couturiers quĂ©bĂ©cois, il est aussi le plus courtois. L’AcadĂ©mie privilĂ©gie en toutes circonstances la courtoisie. J’espĂ©rais un couturier en qui les QuĂ©bĂ©cois se reconnaissent, car je voulais associer Ă  cette cĂ©rĂ©monie si importante Ă  mes yeux ces deux sociĂ©tĂ©s qui m’ont structurĂ© Ă  la mĂȘme Ă©chelle. Pour qu’on sache Ă  Paris que je suis un ĂȘtre en trois morceaux. Vingt-trois annĂ©es en HaĂŻti, des annĂ©es qui ont fondĂ© ma sensibilitĂ©, prĂšs de vingt-sept annĂ©es qui ont activĂ© ma capacitĂ© crĂ©ative Ă  MontrĂ©al, et douze ans Ă  Miami Ă  Ă©crire L’Autobiographie amĂ©ricaine. Mais les douze annĂ©es passĂ©es Ă  Miami, oĂč je n’ai fait qu’écrire, sont encore des annĂ©es montrĂ©alaises puisque je prenais l’avion dĂšs que je terminais un roman, pour le prĂ©senter Ă  mes premiers lecteurs au QuĂ©bec. Comme je ne cesse de le dire : si je suis nĂ© en HaĂŻti, je suis nĂ© Ă©crivain au QuĂ©bec. J’ai appris durant un an et demi, du 12 dĂ©cembre 2013 au 28 mai 2015, qu’un habit d’acadĂ©micien ne se fait pas en criant ciseaux. Si Jean-Claude Poitras Ă©tait le couturier rĂȘvĂ©, il nous fallait un tailleur et une brodeuse. Pas simple. Poitras a parfois Ă©tĂ© au dĂ©sespoir de ne pas trouver un tailleur qui connaisse assez le mĂ©tier pour rĂ©aliser un tel habit et une brodeuse qui soit capable de travailler prĂšs de cinq cents heures sur le mĂȘme costume. Le tailleur, c’est Marc Patrick Chevalier, un jeune homme discret et efficace qui a commencĂ© l’affaire avec une lĂ©gĂšre suspicion pour s’y plonger ensuite avec passion. La brodeuse, Jeanne Bellavance, a des yeux ronds et vifs et des mains sĂ»res. Je l’ai observĂ©e dans son atelier. Et tout le monde s’est mis au travail sous le regard prĂ©venant mais ferme de Jean-Mathieu Pasqualini, dont le poste de chef de cabinet du SecrĂ©taire perpĂ©tuel de l’AcadĂ©mie française l’oblige Ă  couvrir un espace vaste et indĂ©terminĂ©. La lecture du Dit du Genji de Murasaki Shikibu que je faisais Ă  ce moment-lĂ  m’a permis de comprendre cette Ă©trange fonction qui s’enracine autant dans le rĂȘve que dans la rĂ©alitĂ©, tout en exigeant de son occupant un doigtĂ© d’artificier et une grande capacitĂ© Ă  rassurer des esprits inquiets, pour la simple raison qu’on s’avance sur le terrain minĂ© de l’étiquette, oĂč Ă  chaque pas on craint de poser le pied sur une petite bombe sociale. Mais Jean-Claude Poitras, soutenu par l’inlassable Danielle Sauvage, s’était jurĂ© que ce costume d’acadĂ©micien se ferait Ă  MontrĂ©al. Pour complĂ©ter ce parcours, il me reste Ă  dĂ©terminer la place de Paris dans mon travail d’écrivain. Belfond est le premier Ă©diteur français que j’ai rencontrĂ©. Un jour de l’annĂ©e 1988, de passage Ă  Paris, j’ai appelĂ© Pierre Belfond, sur un coup de tĂȘte. « Pourrais-je parler Ă  Pierre ? » « Qui ?» me demande la secrĂ©taire. « Pierre Belfond. » « Vous le connaissez ? » « Non. » « Donc vous voulez dire monsieur Belfond ? » « Je suis communiste, madame, et comme je ne peux pas l’appeler camarade, ne sachant pas s’il a sa carte au parti… » « Attendez un moment. » Belfond, que mon audace a fait rire, est venu au tĂ©lĂ©phone, m’a invitĂ© Ă  le voir et a publiĂ© mon premier roman. Puis, j’ai abordĂ© Pierre Astier, mais d’une maniĂšre diffĂ©rente. Son humour est si discret que je ne l’ai pas encore dĂ©couvert aprĂšs quinze ans et sept livres ensemble. Mais son lĂ©ger sourire me dit qu’il doit bien s’amuser tout seul chez lui. Ce n’est que bien tard que j’ai entendu ce rire sonore et Ă©clatant qui le caractĂ©rise aujourd’hui Ă  mes yeux. Enfin, j’ai rencontrĂ© Charles Dantzig Ă  Dublin, oĂč je devais parler de Joyce mĂȘme si je n’avais jamais pu dĂ©passer la page 30 d’Ulysse. J’ai Ă©voquĂ© Ă  ce colloque mon incapacitĂ© Ă  lire Joyce, ce qui a amusĂ© Dantzig. Quelques semaines plus tard, il m’a appelĂ© Ă  MontrĂ©al. Je l’ai tout de suite averti que j’avais arrĂȘtĂ© d’écrire. On n’a qu’à lire les titres de mes livres pour connaĂźtre mon Ă©tat d’esprit. Je venais de publier Je suis fatiguĂ©. Il a ressorti deux titres anciens, puis a patientĂ© comme un vieux pĂȘcheur qui jette le filet et attend. Et le chant est revenu. Mais tous mes livres publiĂ©s en France l’ont Ă©tĂ© d’abord ou en mĂȘme temps au QuĂ©bec. MontrĂ©al n’est pas Ă  mes yeux une succursale intellectuelle de Paris, mais un lieu d’incubation. Mon aventure Ă©ditoriale quĂ©bĂ©coise dĂ©bute avec le fougueux Jacques LanctĂŽt, qui, enragĂ© de voir les critiques tarder Ă  me considĂ©rer comme le Henry Miller quĂ©bĂ©cois, envisageait de leur passer dessus avec sa voiture, et se poursuit avec Pascal Assathiany, qui me demande, quand je lui remets un manuscrit, des nouvelles du prochain livre. Et cela malgrĂ© le fait que je lui envoie, par mes titres, des messages subliminaux de plus en plus Ă©vidents : L’Art presque perdu de ne rien faire, Journal d’un Ă©crivain en pyjama… Il fait la sourde oreille et m’emmĂšne, chaque fois, dans un restaurant de poissons (encore cette mĂ©taphore de la pĂȘche) oĂč, sur un coin de table, on a Ă©chafaudĂ© un midi le fameux plan qui me fera passer d’écrivain connu Ă  Ă©crivain lu. Voici Rodney Saint-Éloi. Nous venons tous deux de la province d’HaĂŻti, lui de Cavaillon, moi de Petit-GoĂąve, et nous avons commencĂ© notre carriĂšre, Ă  dix ans d’intervalle, dans le journalisme Ă  Port-au-Prince. Quand il a Ă©migrĂ© Ă  MontrĂ©al, il m’a tĂ©lĂ©phonĂ© pour savoir comment s’y prendre, et je lui ai conseillĂ© de continuer Ă  faire ce qu’il faisait en HaĂŻti : Ă©crire et Ă©diter. Nous nous sommes retrouvĂ©s Ă  Port-au-Prince au moment du tremblement de terre, cĂŽte Ă  cĂŽte, sur le sol qui bougeait. Et trois ans plus tard, il a Ă©tĂ© le premier Ă  pĂ©nĂ©trer dans ma chambre d’hĂŽtel, Ă  Port-au-Prince, quand j’ai appris mon Ă©lection Ă  l’AcadĂ©mie française. Je pratique une esthĂ©tique que je qualifierais d’esthĂ©tique de la roue, de la roue qui tourne sur elle-mĂȘme pour avancer. Je ne laisse derriĂšre moi, Ă  l’abandon, aucun souvenir, aucune sensation. Ce qui fait que je conjugue mes Ă©motions toujours au prĂ©sent de l’indicatif. Un prĂ©sent de l’indicatif si brĂ»lant que ma vie ne me semble aujourd’hui qu’une longue enfance. Je veux garder l’appĂ©tit et l’émerveillement de l’enfant qui porte tout Ă  sa bouche : une fleur, une fourmi, un couteau – oh, le hurlement de ma mĂšre. Je me revois courant nu sous la pluie, le visage mitraillĂ© par des myriades d’aiguilles liquides. La sensation de faire partie du paysage autant qu’un arbre ou un oiseau. Puis, la fin officielle de l’enfance quand les miliciens sont entrĂ©s dans Petit-GoĂąve, bousculant les habitudes d’une petite ville assoupie, et le voyage Ă  Port-au-Prince pour retrouver ma mĂšre et me fondre dans la grande ville. Port-au-Prince, qui sent la gazoline, est traversĂ©e par une urgence de vivre inconnue du jeune provincial. Port-au-Prince que j’ai mis du temps Ă  aimer. Jusqu’à l’arrivĂ©e de ces jeunes filles en face de chez moi, dans cette maison entourĂ©e d’hibiscus, surtout frĂ©quentĂ©e par des hommes armĂ©s le jour et des musiciens le soir. De ma fenĂȘtre, j’observais ces jeunes filles en bikini toujours gorgĂ©es de rires. L’impression qu’une nouvelle vie Ă©tait de l’autre cĂŽtĂ© de la rue. Elles s’appelaient Marie-Erna, Choupette, Pasqualine, Marie-Flore et Marie-MichĂšle. Un collier de noms que je rĂȘvais de passer autour de mon cou. Des hirondelles qui annonçaient un printemps que Papa Doc retardait Ă  dessein. Le dĂ©sir est toujours subversif, et je n’ai pas tardĂ© Ă  dĂ©sobĂ©ir Ă  ma mĂšre, qui m’interdisait d’inclure ces filles mĂȘme dans mes rĂȘves, et Ă  affronter, toujours dans mes rĂȘves, les hommes du pouvoir qui les invitaient Ă  la plage dans de longues voitures chromĂ©es. Puis Papa Doc meurt et son fils Baby Doc le remplace mollement. Les annĂ©es 1970 dĂ©marrent pourtant sur les chapeaux de roue. Je me suis engagĂ© dans la presse indĂ©pendante, dirigĂ©e par Fardin, de l’hebdomadaire Le Petit Samedi Soir, Jean Dominique, de Radio HaĂŻti-Inter, et l’éditorialiste Marc Garcia, dit Marcus. Des intellectuels aux mains nues pour s’opposer Ă  ce rĂ©gime de fer. Nous Ă©tions un petit groupe de journalistes qui s’étaient rencontrĂ©s au conservatoire d’art dramatique ou simplement dans les bordels de Martissant. Mes camarades avaient, comme moi, moins de vingt ans et se nommaient Jean-Robert HĂ©rard, Carl-Henri Guiteau, Pierre Citandre et Gasner Raymond, dont la mort dans des conditions effroyables allait me pousser Ă  l’exil. Me voilĂ  traversant la ville toute une nuit, la veille de mon dĂ©part prĂ©cipitĂ©, parce qu’un colonel avait averti ma mĂšre que j’étais le prochain sur la liste noire. La plus longue nuit de ma vie quand on sait que les trente-cinq secondes du tremblement de terre furent le plus terrifiant moment de la vie haĂŻtienne. J’arrive Ă  MontrĂ©al dans la chaleur de l’étĂ©, ignorant ce qui m’attendait. Je travaille dans diffĂ©rentes usines pendant huit ans avant de m’acheter une vieille machine Ă  Ă©crire, une Remington 22, qui symbolisait, Ă  mes yeux, cette AmĂ©rique de la vitesse. Mais auparavant, il a fallu trouver ma place dans cette ville. Qu’est-ce qui m’importe le plus Ă  ce moment-lĂ  : Port-au-Prince ou MontrĂ©al ? MontrĂ©al, puisque j’y ai trouvĂ© un espace qui m’appartient en propre : la petite chambre avec une cuisine, un lit, un divan et une toilette avec une baignoire rose. J’ai achetĂ© tous les classiques dont j’avais lu des extraits Ă  Port-au-Prince : HomĂšre, Virgile, Horace, Plotin, Platon, LucrĂšce, Thucydide. Tous ces amis des siĂšcles passĂ©s se sont retrouvĂ©s dans ma petite chambre surchauffĂ©e, pour une interminable fĂȘte de l’esprit : un livre usagĂ© + un repas + une bouteille de mauvais vin coĂ»taient douze dollars Ă  la fin des annĂ©es 1970. À mon arrivĂ©e, la concierge m’avait donnĂ© une clĂ© que je perdais constamment, ce qui me coĂ»tait, chaque fois, cinq dollars. J’aimais glisser ma main dans ma poche pour palper le mĂ©tal froid qui m’assurait une libertĂ© de mouvement. Il m’arrivait d’inviter une jeune fille Ă  souper, et alors je courais chercher au dĂ©panneur du coin un paquet de spaghettis. Un repas que je dĂ©gustais avec tant d’appĂ©tit que la fille se demandait souvent si ce n’était pas le but de l’opĂ©ration : manger avec quelqu’un. La solitude est parfois pire que la faim. Une machine Ă  Ă©crire, une clĂ©, du mauvais vin, pas de journal, pas de radio, pas de tĂ©lĂ©phone. J’étais heureux et je le savais, comme disait Miller. Je lisais et relisais, ce qui m’a formĂ© le goĂ»t : Candide, CompĂšre GĂ©nĂ©ral Soleil, L’Hiver de force, Cahier d’un retour au pays natal, Journal d’un vieux fou, Cent Ans de solitude, Contes de la folie ordinaire, Le Neveu de Rameau, Les Liaisons dangereuses, L’Art de la guerre, Fictions… Toute littĂ©rature engendre gĂ©nĂ©ralement deux espĂšces : les calmes, qui voudraient se perdre dans le paysage, comme Jacques Roumain et Michel Tremblay, et les fiĂ©vreux, qui entrent en rivalitĂ© avec le paysage, comme FrankĂ©tienne et Victor LĂ©vy-Beaulieu. Je passais sans cesse d’un monde Ă  un autre jusqu’à cet aprĂšs-midi oĂč j’ai Ă©cartĂ© les fruits et les lĂ©gumes pour dĂ©poser sur la table une vieille Remington 22 ruisselante de vaseline et taper cette premiĂšre phrase dont je n’ai jamais su d’oĂč elle venait : « Pas croyable, ça fait la cinquiĂšme fois que Bouba met ce disque de Charlie Parker. » Pourquoi la cinquiĂšme fois ? Je ne saurais le dire… Une derniĂšre histoire et elle vous concerne, cher Jean d’Ormesson. AprĂšs le tremblement de terre qui a ravagĂ© Port-au-Prince, je suis rentrĂ© Ă  MontrĂ©al pour trouver une lettre. Elle venait de vous et dĂ©butait ainsi : « J’espĂšre que tu vas bien lĂ  oĂč tu es en ce moment… » Et elle Ă©tait datĂ©e du 12 janvier 2010. Vous ĂȘtes un magicien, cher Jean, et votre carte maĂźtresse, c’est l’as de cƓur.

Créée par le sculpteur Patrick Vilaire, l’Ă©pĂ©e reprĂ©sente Legba. Ce dieu du panthĂ©on vaudou permet Ă  un mortel de passer du monde visible au monde invisible, puis de revenir au monde visible. C’est donc le dieu des Ă©crivains. La pointe est une plume, terminĂ©e par une goutte d’encre, rappelant qu’elle n’est pas une arme mais un symbole, celui de l’Ă©criture.