Regard sur la vie et l’œuvre

Livres

Dérive américaine
L'Univers romanesque de Dany Laferrière
La vie à l'œuvre
2003
La dérive américaine lire

Biographie de Ursula Mathis-Moser

Prix Jean Éthier Blais 2003
2009
L’univers romanesque de Dany Laferrière lire

sous la direction de Frantz-Antoine Leconte

Dany Laferrière: L’autodidacte et le processus de création
de Beniamin Vasile
2008

L’Harmattan, coll. « Critiques littéraires », 288 p.

Je découvre Dany Laferrière
de Mirline Pierre
2014

Legs édition « Collection pour enfant », 48 p.

Colloques

Colloque «Poétiques de Dany Laferrière»
Université Paris-Sorbonne
16 et 17 octobre 2015

Sous le Haut patronage de l’Académie française, un colloque international est consacré à Dany Laferrière. Pour la première fois, venus d’Italie, du Québec, des USA et d’Europe, de nombreux spécialistes se penchent ensemble sur les poétiques de ce nouvel académicien venu des îles dont l’œuvre littéraire est l’une des plus importantes au début de notre XXIe siècle.

Une maison n’est pas un abri.
Et une ville doit avoir une âme pour être habitable.

D L

Colloque organisé par Romuald Fonkoua et Florian Alix

Vendredi 16 octobre

09h30 – Accueil des participants

10h00 – Ouverture du colloque

10h30 – Introduction par Romuald Fonkoua et Mot de Dany Laferrière

10h45 – Dany Laferrière dans un territoire littéraire complexe

            Présidence de session : Christiane Ndiaye

  • Jean Jonassaint, Syracuse University – « Laferrière à l’Académie : une (double) leçon d’histoire (littéraire) »
  • Lise Gauvin, Université de Montréal – « De l’écrivain japonais à l’écrivain en pyjama : écrire pour qui ? pourquoi ? »

12h15 – Déjeuner

14h00 – Le jeu avec la doxa : Dany Laferrière à rebours des idées reçues

            Présidence de session : Virginie Brinker

  • Olga Hel-Bongo, Université Laval (Québec) – « La conquête selon Dany Laferrière. De Comment faire l’amour à un nègre sans se fatiguer à Je suis un écrivain japonais »
  • Paola Ghinelli, Université de Modena e Reggio Emilia – « Clichés et originalité dans l’œuvre de Dany Laferrière »
  • Guedeyi Yaeneta Hayatou, Université d’Ottawa – « Jeux et enjeux du préconstruit dans Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer de Dany Laferrière »

15h30 – Pause

15h45 – L’espace-temps du roman : les chronotopes de Dany Laferrière

            Présidence de session : Lise Gauvin

  • Stefania Cubeddu-Proux, Université Paris-Sorbonne / Université Paris Ouest-Nanterre-La Défense – « Montréal / Port-au-Prince : deux villes en dialogue dans l’espace d’une œuvre, ou comment faire l’amour avec deux villes sans se fatiguer »
  • Yves Chemla, Université Paris-Descartes – « Représentation de l’espace dans Le Charme des après-midis sans fin de Dany Laferrière »
  • François-Jean Authier, Professeur de chaire supérieure en khâgne, Poitiers – « Dany Laferrière et l’écriture des commencements »

17h30 – Lectures d’extraits de textes de Dany Laferrière

19h30 – Dîner

Samedi 17 octobre

09h00 – Les horizons littéraires de Dany Laferrière

            Présidence de session : Olga Hel-Bongo

  • Julie Delorme, Université de Montréal / Université d’Ottawa – « “Erracinerrance” et identité “rapaillée” chez Dany Laferrière »
  • Victoria Famin, Université Paris-Sorbonne – « Dany Laferrière et Gabriel Garcia Marquez : le réalisme magique dans la construction littéraire de l’espace haïtien »
  • Nataša Raschi, Université de Pérouse (Italie) – « Présence de Dany Laferrière en Italie »

10h30 – Pause

10h45 – Dany Laferrière et la fiction

            Présidence de session : Nataša Raschi

  • Christiane Ndiaye, Université de Montréal – « L’autre monde : inventer le vécu avec les choses lues »
  • Yolaine Parisot, Université Rennes 2 – « Conversations de Dany Laferrière avec Héraclite et Borgès : phénoménologie de l’événement pour une théorie de la fiction »
  • Florian Alix, Université Paris-Sorbonne – « Le plaisir du texte comme politique paradoxale dans Le Cri des oiseaux fous »

12h30 – Déjeuner

14h00 – Dany Laferrière : une certaine idée de la littérature

            Présidence de session : Jean Jonassaint

  • Françoise Simasotchi-Bronès, Université Paris 8 – « Dany Laferrière : écrire tout qui bouge autour de soi »
  • Aurélie Dinh Van, Université Toulouse – Jean Jaurès – « Déconditionnements paratopiques chez Laferrière : vers une écologie relationnelle »
  • Romuald Fonkoua, Université Paris-Sorbonne – « Dany Laferrière : comment faire la littérature sans se fatiguer ou l’art presque perdu de l’écrivain »

15h30 – Pause

15h45 – Dany Laferrière : le romancier et les arts

            Présidence de session : Yolaine Parisot

  • Jean Herald Legagneur, Université d’Etat d’Haïti / Université Sorbonne-Nouvelle – « Imaginaire pictural et fiction romanesque dans l’œuvre de Laferrière : contours esthétiques d’un “écrivain primitif” »
  • Marie Joqueviel-Bourjea, Université Paul Valéry Montpellier 3 – « “Art happens”. Dany Laferrière : poésie, peinture »
  • Virginie Brinker, Université de Bourgogne – « Vers le Sud et ses réécritures, dire et montrer le désir de pouvoir et le pouvoir du désir »

17h30 – Conclusions du colloque

Centre International d’Études Francophones – Centre d’Etudes de la langue et des littératures françaises

📚 Dany Laferrière et la peinture
Revue de littérature comparée

Avec ses mots, avec la seule arme de ses mots, Dany Laferrière peut changer notre manière de voir le monde.

— Franck Nouchi, Le Monde, 2010

Regards universitaires

Le parcours identitaire de Dany Laferrière ou «Mon cœur est à Port-au-Prince, mon esprit à Montréal et mon corps à Miami»
Anne Brown, professeure de littérature
Université du Nouveau-Brunswick
2003
De Hiroshima à Éroshima: une érotique de la bombe atomique en forme de haïku selon Dany Laferrière
Cécile Hanania, professeure
Western Washington University
2005
La traversée du Pays sans chapeau : (Con)fusion des mondes, vérités multiples et identités plurielles
Nathalie Courcy, professeure de langues modernes
University d’Alberta
7 novembre 2007
La richesse des sens dans « Comment faire l’amour
avec un nègre sans se fatiguer » de Dany Laferrière
dans la perspective traductologique

Joanna Warmuzińska-Rogóż, professeure d’études littéraires Université de Silésie, Pologne
2009
Sexe, race et rêves souverains
Sean Mills, professeur d’histoire
Université de Toronto
2010

Chapitre sur Dany Laferrière dans A Place in the Sun
McGill-Queen’s University Press

Sean Mills est aussi titulaire de la Chaire de recherche du Canada en histoire canadienne et transnationale.

  • Prix du livre politique de l’Assemblée nationale
  • Prix Clio de lAssociation historique canadienne
Dany Laferrière : la traversée du continent intérieur
Jean Morency, professeur d’études françaises
Université de Moncton
& Jimmy Thibeault, titulaire d’un doctorat en lettres françaises
Université d’Ottawa
28 avril 2011
Le retour à la terre et l’absence du père dans Pays sans chapeau et L’énigme du retour de Dany Laferrière
Anne Marie Miraglia, professeur d’études françaises
Université de Waterloo
2011
Les Japonais à la conquête d’une littérature-monde
Ursula Mathis-Moser, professeure de littératures romanes
Université d’Innsbruck (Autriche)
2011
Un Japon de papier
Alain Farah, professeur de littérature
Université McGill
2011
“Je suis un individu” : le projet d’individualité dans l’œuvre romanesque de Dany Laferrière
Jimmy Thibeault, titulaire d’un doctorat en lettres françaises
Université d’Ottawa
28 avril 2011
Sous le regard de Da : enfance et destin dans L’odeur du café et Le charme des après-midi sans fin de Dany Laferrière
Monique Boucher, professeur au Collège Ahuntsic
chercheure associée à l’Université de Moncton
2013
L’énigme du retour de Dany Laferrière ou quand imaginaire et urgence du social se transforment en Cahier du retour au pays natal
Jean Hérald Legagneur, professeur
Université d’État d’Haïti
2013
Dany Laferrière : Le monde tourne autour de moi : Mémoires du tremblement de terre d’Haïti.
J. Michael Dash, professeur de littérature
New York University
22 juin 2015

New West Indian Guide

« “Pas de poésie dans les cendres au sud de Canal Street”, avait écrit le poète Suheir Hammad. Y aurait-il de la poésie au milieu des ruines haïtiennes ? » (Danticat 2010 : 159). Ces lignes évoquent inévitablement la célèbre maxime de Theodor Adorno : « Écrire un poème après Auschwitz est barbare. » Pour Adorno, il était obscène de tenter d’esthétiser l’horreur du camp de concentration, et toute tentative d’imposer une cohérence artistique à une telle monstruosité était aussi barbare que le crime lui-même. Cette idée qu’il n’y a pas de poésie après Auschwitz hante Edwidge Danticat lorsqu’elle s’interroge sur la valeur de la littérature face à l’adversité. Lors du séisme catastrophique qui a dévasté Haïti, comme elle le confie dans l’essai introductif de son ouvrage Create Dangerously, elle était occupée à écrire chez elle, à Miami : « Alors que j’étais “au travail” à 16 h 53, le 12 janvier 2010, la terre tremblait et tuait plus de deux cent mille personnes lors d’un séisme de magnitude 7,0 en Haïti » (2010 : 18). Elle est confrontée au dilemme de ce qu’elle appelle « le témoin distant ». Ce n’est pas le cas pour Dany Laferrière , qui se trouvait effectivement en Haïti le 12 janvier à 16 h 53.

Il est néanmoins tout aussi préoccupé que Danticat par le rôle de l’écrivain face à la catastrophe humaine. Ses superbes mémoires, Le monde tourne autour de moi, interrogent également la possibilité d’une poésie au milieu des ruines haïtiennes. Laferrière soulève lui aussi la question de la légitimité artistique : « Les artistes qui n’étaient pas présents lors du tremblement de terre ont-ils la légitimité requise pour le transformer en œuvre d’art ? » (p. 136). Cette « légitimité requise » est une question récurrente dans le témoignage de Laferrière . Peut-on légiférer sur la légitimité artistique quand l’arbitre ultime du succès littéraire est si ironiquement pervers ? Il se demande : « Les écrivains sont-ils déjà à l’œuvre ? S’agit-il d’une course pour savoir qui écrira le grand roman de la déconstruction ?… Puisque le tremblement de terre haïtien a fait le tour du monde, il appartient à tous. Que penserions-nous si le grand roman tragique haïtien était écrit par un jeune bourgeois inspiré et sensible ? Accepterions-nous ce livre pour ce qu’il est (un chef-d’œuvre) ou le verrions-nous comme l’ultime affront d’un dieu moqueur ? » (p. 135-136). Aussi, il ne se lance pas dans l’écriture du « grand roman haïtien » du tremblement de terre. Il dit à son neveu : « Ce genre de roman n’est pas pour moi. Il faudrait une force que je ne possède pas » (p. 47). Il opte pour un style narratif simple et sobre, qui rappelle ses débuts de journaliste. Laferrière ne s’intéresse cependant pas au simple reportage, mais plutôt à la manière dont le banal et l’ordinaire risquent toujours de basculer dans la poésie. Comme dans nombre de ses autres œuvres, la poésie est toujours aussi improbable que surprenante. Il affirme dans son Journal d’un écrivain en pyjama : « la poésie est partout et pas toujours dans un poème » (2013 : 54).

Il souligne que l’une des représentations les plus poétiques et émouvantes de la tragédie humaine du tremblement de terre est la photographie prise par le photographe canadien Ivanoh Demers, montrant un jeune homme dans les décombres. Le hasard, le quotidien et la poésie forgent une image qui « restera gravée dans nos mémoires. La douce lumière sur son visage évoque les maîtres flamands » (p. 55). Son récit atteint lui aussi une force poétique inattendue en se concentrant sur le mystère qui se cache dans l’ordinaire. Son moment Demers se trouve incarné par la figure d’une vendeuse de mangues qui, le lendemain du séisme, a « une douzaine de mangues étalées devant elle » (p. 28). Solitaire, dos au mur, elle incarne une résistance stoïque. Par conséquent, l’histoire de Laferrière n’est pas celle d’une tragédie absolue. Comme il le dit à la fin du livre : « Quand les gens me parlent, je vois dans leurs yeux qu’ils s’adressent aux morts, tandis que je m’accroche à la moindre miette de vie » (p. 169). Trop de personnes à l’extérieur voient Haïti comme désespérément perdue et oublient que le vendeur de mangues se multiplie à l’infini dans « ces gens qui supportent leur douleur avec une grâce extraordinaire » (p. 159).

Paradoxalement, le symbole poétique ultime est peut-être le tremblement de terre lui-même. L’idée d’un Haïti déraciné et sans frontières est primordiale dans le récit de Laferrière . Une question récurrente dans le texte est celle de la trahison de la terre. Pour illustrer l’obsession haïtienne de l’enracinement, Laferrière raconte l’histoire d’un « New-Yorkais qui désirait tellement être en Haïti au moment du tremblement de terre qu’il se mit à dire à tout le monde qu’il y était… Il s’imaginait même enseveli sous les décombres » (p. 147). Laferrière balaie cette angoisse de l’enracinement par cette phrase : « On ne devient pas Haïtien en mourant » (p. 147). Malheureusement, une erreur de traduction dans le texte anglais suggère le contraire de ce que défend Laferrière . David Homel a traduit « Haiti est la ou on se senthaitien » par « Haiti is a place where you feel Haitian » (p. 142). En fait, Laferrière affirme que l’identité n’est pas déterminée par le lieu et qu’Haïti est partout où l’on se sent Haïtien.

En définitive, il s’adresse autant à ceux qui sont venus « filmer la souffrance » qu’à « l’insularité » qui règne chez les Haïtiens. Le tourisme de catastrophe est aussi répréhensible que « l’autosatisfaction chaleureuse et stérile » qu’il observe en Haïti. La reconstruction exige « de l’énergie, non des larmes » et « un esprit ouvert sur le monde » (p. 154). Le propriétaire de l’hôtel Karibe, où Laferrière a vécu le tremblement de terre, l’a exprimé avec justesse : « La tragédie m’a donné l’énergie nécessaire pour faire mieux » (p. 168).

Compte rendu
par Isao Hiromatsu, professeur
Université Hōsei
2015

Revue japonaise d’études québécoises

日本では約 2 年ぶりに、ダニー・ラフェリエール(1953 年)の邦訳『吾輩は日本作家である』と『甘い漂流』が刊行された。これまでに邦訳としては、2011 年に『ハイチ地震日記 私のまわりですべてが揺れる』とメディシス賞受賞作の『帰還の謎』、さらに 2012 年にデビュー作の『ニグロと疲れないでセックスする方法』が刊行されている(上記新刊を含め、いずれも藤原書店刊)。冊数から見ると、現在のところ、ラフェリエールは最も多くの著作が邦訳されているケベック文学の作家といえる。

なぜこれだけの期間に、日本において 5 冊もの小説作品が出版されることになったのだろうか。もちろん、いずれの訳者あとがきでも言及されるように、出版社との良好な関係がその大きな要因の 1 つとして考えられるだろう。ただ、もちろんこのような出版経緯だけではなく、ラフェリエールが「旅」や「根付き」を物語上の主たるテーマとしながら、ハイチ・ケベック(モントリオール)・フロリダ・フランス・日本といった複数の時空間・文化圏を横断する登場人物たちを物語の中心に据えているという点も挙げらえる。昨今、グローバル化やグローバル人材といった言葉が巷に溢れかえる日本において、そのような作品は、ローカルとグローバルを同時に生きる術を模索するために貴重な資料であると考えられるのである。

ここで、時空間や文化圏を横断しながら織り上げられるラフェリエールの物語世界をよりよく理解するためにも、作者自身の経歴をごく簡単にでも素描しておく必要があるだろう。それというのも、彼の作品群は、ほぼすべて自伝的要素を組み込んだ小説に属するといえるからである。

ダニー・ラフェリエール(本名: Windsor Klébert Laferrière)は、1953 年にハイチの首都ポルトー・プランスに生まれた後、祖母とともに南西部プティ・ゴアーヴで幼年期を過ごした。その後、デュバリエ独裁政権による恐怖政治が敷かれる中、成人を迎えた彼は「Le petit samedi soir」誌と「Radio Haïti-Inter」の文化記者として活躍したが、友人のジャーナリストが秘密警察トントン・マクートに殺害されたことをきっかけに国外へ移住することを決意する。そして、1976 年、モントリオール・オリンピック開催の年に、ケベック州の最大の都市モントリオールに移り住んだ。とはいえ、彼は移住後すぐに作家活動を始めたわけではなく、1985 年にケベック州において作家デビューするまで、工場勤務やテレビの天気予報士など、様々な職業に就きながら糊塗を凌いできた。また 1990 年代には、アメリカ・フロリダ州のマイアミに家族で移住はしたが、2000 年代からは再びケベックの地にて作家活動を続けている。最近では、2013 年 12 月にカナダ、ケベック、ハイチ出身者としては初めてフランスのアカデミー・フランセーズの会員として選出された。この選出については毀誉褒貶相半ばする意見はあったものの、そのような反響が生まれた点も含めて、名実ともに現代フランス語圏文学における代表的作家となったといえよう。

このような経歴を見ると、ラフェリエールの華々しい作家活動は、10 年程度の長い作家修行を経て 1980 年代半ばに開始されたことが分かる。また、独裁政権や移民生活、そして近年のハイチ地震といった主要な出来事だけでなく、彼がこれまでに就いた多様な職業も、物語内にそれぞれの社会の仕組みを描き出すために、また彼の物語世界を創造するために必要不可欠な材料であるといえる。これらの素材を元にして書き継がれてきた彼の自伝的小説群は、作者自身によって「アメリカ的自伝」という呼称で纏められてきたが、しかし近年出版された作品群は必ずしもその分類には含まれていないようである。とはいえ、これまでに邦訳が刊行された作品群の位置付けを理解するためにも、物語内容に注目しつつ、以下のように彼の作品群を 5 つに分類しておこう。

1.モントリオールへの到着とハイチへの帰還を扱った物語
『甘い漂流』、『帰還の謎』など

2.モントリオールを中心舞台にした移民たちの物語
『ニグロと疲れないでセックスする方法』、『吾輩は日本作家である』など

3.ハイチを舞台にした幼年期の物語
『コーヒーの香り』(未訳)、『僕はヴァヴァが大好き』(未訳)など

4.歴史的出来事に基づいたルポルタージュ形式の物語
『ハイチ地震日記 私のまわりですべてが揺れる』など

5.自作を論じたエッセイ・インタビューを含んだ作品
『私は疲れた』(未訳)、『私は生きるように書く』(未訳)など

以上のような経歴と分類を念頭に置くと、これまでに邦訳された作品のほとんどは、彼の移民経験を主な素材とした作品群であったといえる。ハイチを中心舞台とした作品やエッセイ・インタビュー形式を取り入れた作品については、未だ邦訳は刊行されていない。

この分類によるならば、今回邦訳の刊行された『甘い漂流』は、作家ラフェリエールの誕生前夜について語られた作品であるといえるだろう。それというのも、主人公「ぼく」による故郷ハイチへの帰還を扱った『帰還の謎』とは対照的に、本作は主人公「ぼく」がハイチを離れてモントリオールに到着した直後の状況を題材にした物語だからである。「ぼく」は様々な地域から来た移民たちも勤務する工場で働く一方で、私生活では性格の異なった複数のケベック女性たちと関係を持つことで、徐々にケベック社会での生活になじんでいく。他の作品と同様に、どの文化圏に属する人々も「ステレオタイプ」を通じて描かれるものの、或る意味では過度に誇張されたその人物造形は私たち読者に「ステレオタイプ」に則った認識様式への反省的視線を示唆してくれる。

もう一作の新たな邦訳である『吾輩は日本作家である』は、モントリオールで作家活動を行う主人公「私」が編集者からの新刊出版の催促に対して思い付いた「吾輩は日本作家である」というタイトルを巡る物語である。彼は未だ書かれていない作品に対する国外での大きな反響に戸惑いながら、しかしだからといって作品制作に勤しむわけでもなく、日本人の女性アーティストたちとの関係を深めていく。結局、主人公はこの作品を完成せずに本作は終わってしまうが、私たち読者は本作品が書かれつつあるそのプロセス自体を「吾輩は日本作家である」という作品として読むことになる。本作品も移民の登場人物それぞれに対する「ステレオタイプ」に満ちた物語ではあるが、『甘い漂流』と比べると、さらに数歩踏み込んで「ステレオタイプ」に則った認識様式を物語を介して考察しつつ、かつそれを脱構築するような内容となっている。

ここで物語形式に注目すならば、特に『甘い漂流』を見てみると、ラフェリエールの作品に特徴的な詩的文章と散文を交えた断章形式を取っている。訳者解説においても詳しく言及されている通り、本書の初版では、全編が必ずしも韻律はもたない詩的な改行によって構成されていた。今回の邦訳の原典とされる新版では、初版から大幅に改稿され、途中途中に散文的文章が挿入されることになった。ラフェリエールが『帰還の謎』においてその形式上の 1 つの到達点に至ったと考えるならば、本作と対となる『甘い漂流』についても同様の形式に書き換える必要があると判断したのだと推測できるかもしれない。また、当然ながら、彼の愛好する物書きの 1 人である松尾芭蕉の『奥の細道』から、その形式面での影響を読み取ることも可能であるだろう。

最後に、翻訳文について付言するならば、既にラフェリエール作品の翻訳者である 2 人による翻訳によって、作者の軽妙洒脱な言葉は、その特質を減ずることなく、非常に読み易い日本語へと生まれ変わっている。とりわけ、翻訳が困難だったと思われる『吾輩は日本作家である』における俳句の引用に関しても、日本語原典ではなく、フランス語引用を翻訳する形式を取ったことで、物語の流れを分断することなく理解し易いものとなった。ただ、これまでの翻訳も合わせて 1 つ贅沢な希望を述べるならば、主人公の 1 人称はいずれかに統一した方が良かったかもしれない。それというのも、ラフェリエールの作品群には物語内容の間テクスト性が散見されるため、ほとんどの作品がより大きな物語の一断面であるとも考えられるからである。ハイチ・ケベック版「人間喜劇」というのは言い過ぎかもしれないが、少なくともこれまでの作品全体の 1 つの連続性を付けるために、1 人称の統一は必要であったようにも思われる。

さて、今回翻訳された作品は、現代フランス語圏文学において内容的にも形式的にも最も優れた成果の一部であると考えられるだけに、今後日本における当該分野における研究の可能性を開拓・拡大したという意義も大きいだろう。1990 年代の日本における「クレオール文学」ブームのように大きな反響はないかもしれないが、今後も少しずつ、各地域のフランス語圏文学の多様性・異質性(または普遍性と同質性)を理解するための資料が増えていくことを望んでやまない。

(ひろまついさお 法政大学)

参考文献

廣松勲(2012)「書評:『帰還の謎』『ハイチ震災日記 私のまわりのすべてが揺れる』」『ケベック研究』第 4 号、126 ~ 131 頁。

ダニー・ラフェリエール(2011)『帰還の謎』(小倉和子訳)藤原書店。

―――(2011)『ハイチ震災日記 私のまわりですべてが揺れる』(立花英裕訳)藤原書店。

―――(2012)『ニグロと疲れないでセックスする方法』(立花英裕訳)藤原書店。

小倉和子(2014)「ダニー・ラフェリエールのアカデミー・フランセーズ入り」『ケベック研究』特別号・小畑精和先生追悼論集「異文化を紡ぐ文学:間文化主義の可能性」、149 ~ 157 頁。

立花英裕(2014)「ダニー・ラフェリエールと世界文学」『ケベック研究』特別号・小畑精和先生追悼論集「異文化を紡ぐ文学:間文化主義の可能性」、88 ~ 98 頁。

Images et narration dans l’œuvre de Dany Laferrière
Paola Ghinelli, titulaire d’un doctorat en littératures francophones Université de Bologne
2015
Dany Laferrière et la peinture
Romuald Fonkoua, professeur de littérature
Université de Sorbonne
2016
Sous les yeux du père, lire le Cahier comme une proposition de retour sur l’énigme “Laferrière”
Yolaine Parisot, professeure de littératures
Université Paris-Est Créteil
2016
L’énigme des pères
Ching Selao, professeure de langues romanes
Université du Vermont (États-Unis)
2016
Translation bibliomigrancy: the case of contemporary French
Caribbean literature in Sweden

Yvonne Lindqvist
Université de Stockholm
2019
La représentation du livre dans Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer de Dany Laferrière
Philippe Basabose, professeur
Memorial University of Newfoundland
2020
L’universalisation de la catastrophe haïtienne dans Tout bouge autour de moi de Dany Laferrière
Alessia Vignoli, Université de Varsovie
2020
Figures d’exilés et paratopie dans des romans haïtiens publiés au Canada : Émile Ollivier, Dany Laferrière, Marie-Célie Agnant et Gérard Étienne
Joubert Satyre, professeur et chercheur en littérature
Université de Guelph
2020
Production de l’espace et intermédialité dans les « romans dessinés et écrits à la main » de Dany Laferrière
Anne Brüske, professeure
Université de Ratisbonne (Allemagne)
2023
Dany Laferrière et Bashô :
réflexions sur les images du Japon dans le roman
Je suis un écrivain japonais

Hasumi Nishikawa, professeure
Université Keio (Japon)
2025

Laferrière voit dans l’écriture une « fête intime » à laquelle tous sont conviés.

— Maria Tortora, Lankenauta (Italie), 2017

Doctorants

Dany Laferrière exilé au « Pays sans chapeau »
Katell Colin-Thébaudeau, Université Laval
2004

🎓 doctorat en littératures
Université Laval

Fils de l’Amérique et du jazz de La légende Duluoz de Jack Kerouac à l’autobiographie américaine de Dany Laferrière
Jean-Sébastien Ménard, Université McGill
2007

🎓 Thèse en langue et littérature françaises
Une certaine Amérique à lire : la beat generation et la littérature québécoise
Sous la direction d’Annick Chapdelaine.

J’ai l’impression des fois de faire du jazz, d’être comme un vieux saxophoniste jouant tout seul sous un lampadaire.
D L

Chapitre 5 – L’américanité québécoise, Kerouac et la Beat Generation
Pages 285 à 299.

⭐

Nota bene, 2014
Traverser les frontières, voyager immobile dans L’énigme du retour de Dany Laferrière
Thuy Aurélie Nguyen, Université du Québec à Rimouski
2020

🎓 Doctorat en lettres
Université du Québec à Rimouski
sous la direction de Katerine Gosselin

publié dans Frontières. Actes du colloque québéco-norvégien
sous la dir. de Daniel Chartier

Poétiques de l’Exil et de l’Altérité chez Dany Laferrière et Louis-Philippe Dalembert
Lyna Boukhari, Université de Tunis
2024

🎓 Thèse de doctorat en langue et littérature françaises.
Mention Très honorable avec félicitations du jury.
Sous la direction de Samia Kassab-charfi.

Nous ne sommes pas du tout face à un écrivain en quête de racines mais en quête de branchages nouveaux.
Lyna Boukhari, à propos de Dany Laferrière

Mort et maturation dans Le cri des oiseaux fous de Dany Laferrière
Paola Ghinelli
Université Sorbonne Nouvelle

Titulaire d’un doctorat en littératures francophones
Université de Bologne

🎓 Doctorat en études italiennes et romanes
Sorbonne Nouvelle
sous la direction de Mme De Paulis

Mémoires

Dany Laferrière : parcours d’une écriture
Sophie Brisebois, Université du Québec à Montréal
1997

🎓 Maîtrise en études littéraires.
Sous la direction de Simon Harel.

L’écriture devient un instrument de vengeance contre tous les regards qui ont confisqué au sujet sa dignité humaine.
– Sophie Brisebois

L’oeuvre de Dany Laferrière. Autofiction, miroir d’une identité protéiforme
par Leïla Cuvellier, Paris Sorbonne
2000

🎓 Mémoire en lettres modernes
Sous la direction de Jacques Chevrier

Peindre pour parler, écrire pour voir : un parcours de l’image visuelle et stylistique dans les trois premières œuvres de Dany Laferrière
Louis Bisson, Université de Montréal
2001

🎓 Maîtrise en études françaises.
Sous la direction de Christiane Ndiaye.

Il faut amener autrui à partager l’extase que provoque l’inépuisable visibilité du monde.
— Henri Matisse (exergue du mémoire)

Trois figures du déracinement: Baldwin, Depestre et Laferrière
par Leïla Cuvellier, Paris Sorbonne
2001

🎓 Mémoire en lettres modernes
Sous la direction de Jacques Chevrier

Eros et Thanatos en terre d’Haïti dans La chair du Maître
par Leïla Cuvellier, Paris Sorbonne
2002

🎓 Mémoire en lettres modernes
Sous la direction de Jacques Chevrier

Le récit de l’enfance et l’occulte dans L’odeur du café
par Heredia Christel, Université Jean Moulin de Lyon
2002

🎓 Maitrise de Lettres Modernes

La culture haïtienne au Québec : interaction ou confrontation ? Étude de la réception critique de l’oeuvre de Dany Laferrière
par Nathalie Courcy, Les cultures du monde au miroir de l’Amérique française
2002

🎓 Maîtrise en études littéraires.
Département des littératures
Université Laval

Le romancier autofictif : analyse de la représentation du personnage de l’écrivain dans trois romans de Dany Laferrière
Josée Grimard-Dubuc, Université Laval
2006

🎓 Maîtrise en études littéraires
Sous la direction de Marie-Andrée Beaudet.

Même si Laferrière récuse l’idée d’une littérature engagée, on ne peut nier le fait qu’il est un franc-tireur pour qui la littérature est un terrain fertile pour la réflexion sociale.
– Josée Grimard-Dubuc

Figures d’altérité transformatrice : l’autre chez Victor-Lévy Beaulieu, Larry Tremblay, Dany Laferrière et Patrice Desbiens
Valérie Bazinet, Université de Concordia
9 décembre 2014

🎓 Mémoire de Maîtrise en Études française
Sous la direction de Louis Patrick Leroux

Genre autofictionnel et engagement littéraire chez Dany Laferrière; suivi de Figurations
Samuel Sénéchal, Université du Québec à Trois-Rivières
2015

🎓 Maîtrise en Lettres.
Sous la direction de Manon Brunet.

Ce genre résolument postmoderne a su faire naître en moi une passion bien réelle pour la littérature.

Tentation et tentative du retour au pays natal dans Pays sans chapeau et L’énigme du retour de Dany Laferrière
Cloé Rouville, Université de Concordia
9 mai 2018

🎓 Mémoire de Maîtrise
Sous la direction de Louis Patrick Leroux

Le récit d’apprentissage dans Tout ce qu’on ne te dira pas, Mongo de Dany Laferrière
Lyna Boukhari, Université de Tunis
2018

🎓 Master en Langue, Littérature et Civilisation françaises.
Sous la direction de Samia Kassab-Charfi.

Un pays est un roman écrit par ceux qui l’habitent.
Chaque interprétation nouvelle l’enrichit.
D L

Médias

Horizons
par Jean-Luc Douin, Le monde
22 mars 2002

HAUTE figure native de Port-au-Prince, auteur de Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer (Le Serpent à plumes), l’épatant et bouillant Dany Laferrière ne manque pas une occasion d’éclabousser la salle d’une giclée de bon sens et d’empêcher ses potes de couper les cheveux en quatre. Ainsi explique-t-il que certains de ses livres sont new- yorkais, d’autres créoles, d’autres québécois, selon… ; qu’il ne se sent ni immigré ni exilé en terres exotiques couvertes de neige et peuplées de Blancs ; qu’il est des colloques où il faut bavasser, d’autres où il doit procéder à une lecture publique, que certains rédacteurs en chef exigent des photos où il sourit, d’autres où il fait la gueule ; bref que, comme disait Vialatte, « l’éléphant est irréfutable ».

Laferrière, romans fauves
par Jean-Luc Drouin, Le Monde
17 mai 2002

Iconoclaste, ce natif d´Haïti promet de casser la gueule à ceux qui lui parlent créolité, métissage, francophonie style tropical, écrivain caribéen…

Une petite table bancale sous un manguier. Torse nu, au milieu de la foule en sueur de Port-au-Prince, dans cette cacophonie incessante de chiens enragés, de cris et de pleurs, Dany Laferrière tape sa rage comme un forcené sur sa vieille Remington. « Des fois, je l’entends gémir quand elle sent que je suis triste, ou grincer des dents quand elle entend gronder ma colère. » Il écrit tout ce qu’il voit, tout ce qu’il entend, tout ce qu’il sent. « Un vrai sismographe. Je veux perdre la tête. Redevenir un gosse de quatre ans. Tiens, un oiseau traverse mon champ de vision. J’écris : oiseau. Une mangue tombe. J’écris : mangue. On dirait un peintre primitif. Voilà, c’est ça, j’ai trouvé. Je suis un écrivain primitif. » Primitif comme ces toiles naïves dont Haïti est fertile, tintamarres de paysages grandioses, fruits énormes, animaux équatoriaux, qui vous frappent le plexus. Ou comme ce tableau de Matisse dont Dany est dingue, Grand intérieur rouge : « Bouquets de fleurs, peaux de bêtes sauvages. Sexualité, vitalité, couleurs vives, absence de point de fuite. L’impression de regarder à l’intérieur de moi- même. Plongée dans le ventre du fauve. »

Dany Laferrière écrit pour rêver, délirer, « voler au-dessus des maisons ». Le coeur à Port-au-Prince (où il est né, en 1953), l’esprit à Montréal (où il s’exila, et publie ses livres), le corps à Miami, où il réside. Marié, père de trois enfants. Mais « quand je suis assis devant ma machine, je suis célibataire. Je n’ai qu’un lit de camp, une bouteille de rhum et une ville imaginaire. Personne ne me dira quoi écrire. Pour moi, c’est un exercice de liberté absolue. Je suis fou des mots. Le mot étincelle, par exemple : avec lui, tout de suite mon enfance m’éclate à la tête ». Cette enfance qu’il évoque dans L’Odeur du café : les années passées chez Da, sa grand-mère, qui se balançait sur son rocking-chair en lui racontant des histoires de loups-garous et de diablesses, les heures à observer les fourmis sournoises et féroces, le surnom qu’elle lui avait donné, Vieux Os, une expression haïtienne signifiant qu’on ne compte pas se coucher avec les poules. Dany et Da veillaient tard la nuit à admirer les étoiles.

Dany aussi est un surnom, de protection. Laferrière s’appelle Windsor Klebert, comme son père, homme politique impétueux, qui dû fuir la dictature de François Duvalier. Dany, lui, quittera sa terre natale vingt ans plus tard pour échapper aux tontons macoutes assassins de Jean-Claude Duvalier. « Père et fils présidents. Père et fils exilés. » Il raconte sa dernière nuit à Port-au-Prince dans Le Cri des oiseaux fous, récit de ses ultimes instants passés dans la ville tentaculaire, sous la terreur instaurée par Baby Doc. Flash-back : ce petit bordel près de la mer turquoise où les filles dansent le mérengué et où les étudiants s’étripent à propos de La République de Platon ; la recette de Fifine la prostituée (poisson épicé en sauce, banane verte bouillie, tomate, laitue, tranche d’avocat) ; les charmes de Lisa qu’il aime et de Sandra qu’il désire ; cet hôtel délabré où viennent se débaucher les hommes de main du gouvernement (« Les crocodiles se croisent silencieusement. Des requins entrent. Des léopards sortent. Des tigresses bâillent ») ; la crainte de comparaître devant Mme Max, « maîtresse des douleurs, Notre-Dame-de-la- Torture », qui « fait claquer ses talons aiguilles dans les mares de sang des prisonniers durant les interrogatoires nocturnes ».

Ce jour-là, 1er juin 1976, quand il quitta Haïti, Dany Laferrière, 23 ans, dit être parvenu à sortir du grouillement humain pour oser penser à lui-même, ne plus avoir à faire face à la mort à chaque coin de rue. « Un individu est né. J’en suis tout étourdi. Depuis, je maintiens la politique à distance. Ce n’est pas ma tasse de thé. Pour moi, la politique commence dans la vie privée. Combattons la dictature, mais aussi tous ceux qui tentent de détruire la vie, qui nous font périr d’ennui, qui nous emmerdent. » Tout jeune, il lisait Shakespeare, « mais il me fallait une bonne mangue bien juteuse sous la main ». Ce grand escogriffe iconoclaste, ce déraciné malicieux, ce chien perdu sans collier, ressemble à un Othello joué par Elliott Gould. Bouffon et insolent dans les colloques, il a signé un roman culte, Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, qui a horrifié sa mère (« livre de jeune barbare, sexe au vent, ratissant la ville, baisant les filles… ») et trompé son monde. Car digne de Spike Lee et objet de multiples thèses au Québec, cette époustouflante épopée de deux nègres au chômage, dont l’un écoute du jazz en lisant le Coran et l’autre ramène des jeunes blondes ramassées sur le campus, est un gag, un pied de nez, un tonique traité de littérature dans lequel il conseille de lire Hemingway debout, Proust dans son bain, Cervantès à l’hôpital, Simenon dans le train, Dante au paradis, Dostoïevski en enfer, Henry Miller dans un bar enfumé avec hot-dogs, frites et Coke…

Ses livres subversifs seraient plutôt La Chair du maître (confessions érotiques féminines porteuses de violence sexuelle et politique) où Le Goût des jeunes filles (rien à voir avec les fantasmes d’un vieux libidineux, il s’agit du goût que les donzelles « belles comme un cyclone et assoiffées de sang » ont du plaisir, sous toutes ses formes). Que Miles Davis et « saint Parker des Enfers » lui pardonnent, Dany Laferrière n’entend rien au jazz (il préfère Brassens, Brel et Ferré) et, lorsqu’il a titré l’un de ses romans Cette grenade dans la main du jeune nègre est-elle une arme ou un fruit ?, c’était en pensant à Magritte.

Ceci, pourrait-il graver en exergue à ses livres, n’est pas une autobiographie : « Quand les gens essaient de retrouver ma vie à chaque coin de page, ça me fait rigoler. » Comme le font rigoler (hurler plutôt) tous ceux qui lui parlent créolité, métissage, francophonie, colonisation ou identité : « Le premier qui écrit que j’ai un style tropical, ou que je suis un écrivain caribéen, je lui casse la gueule », lance-t-il avec un sourire généreux, pacifique. Il se veut écrivain du monde entier, sans frontière. Ce lecteur fou admire Borges et Baldwin « parce qu’ils ont refusé de rester à la place que l’histoire ou la géographie leur avaient assignée ». Je suis, dit-il pour en rajouter dans la provoc’, « un écrivain japonais ». Il aime d’ailleurs Mishima pour sa mélancolie, et attend du lecteur qu’il ait l’audace d’acheter un Laferrière dans une librairie de Tokyo. Il est traduit en anglais, espagnol, italien, néerlandais, grec, suédois, coréen. La musique des mots le transporte. Le rythme, la vitesse, l’obsèdent : « Je voudrais être le Carl Lewis de la dactylo. »

Il aurait aussi voulu être cinéaste, tout n’est pas perdu, des projets se précisent. Fellini le fascine, Almodovar a inspiré Le Goût des jeunes filles, ses petits paragraphes peuvent être lus comme un défilé de séquences magiques, sensuelles. Pays sans chapeau, par exemple, où il oscille de son pays réel au pays rêvé, met en scène les bizangos qui courent la nuit, la bouche crachant le feu et gueulant des chants obscènes, ou les zombis surgis des cimetières, qui errent, ratissés par les prêtres vaudous, lancés par le président contre les Américains. La ville qui pue, les égouts à ciel ouvert, les charniers, les superstitions. Le sexe, ce « fruit tropical qui pousse à l’arbre humain ». Son choix, parfois, de lire dans l’âme des femmes, les yeux, « au lieu de regarder leur corps ». Et le fameux café des palmes, dont l’usage veut que l’on en serve d’abord aux défunts. « Je jette la moitié de ma tasse de café par terre en nommant à haute voix mes morts. Et à chaque nom prononcé, je sens vibrer la table. »

Le nègre de personne
Alain Dreyfus, Libération
31 décembre 2002

Dany Laferrière, 49 ans, écrivain haïtien, fils d’un héros local, a quitté il y a vingt ans l’île de Duvalier pour s’installer à Montréal.

Pour faire un portrait sans se fatiguer, prenez Dany Laferrière, il vous mâche la besogne. Fraîchement arrivé du Canada, le Haïtien, auteur de Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer, best-seller mondial, se rend volontiers chez vous. Sous son bras, Cette grenade dans la main du jeune Nègre est-elle une arme ou un fruit ?, un carnet de voyage, mosaïque vrillante de petites et plus grandes séquences, mi-fausses fictions mi-vrais reportages dans tous les Etats de l’Amérique. Il sonne. Silhouette de boxeur, il débarque en pull d’hiver qu’il ne quitte pas, même si l’entretien en appartement sans soleil tourne vite à la fluide palabre.Fluidité au coupe-coupe : Dany Laferrière est né à Port-au-Prince et a grandi non loin, dans le village de Petit-Goâve. Le soir, autour d’une marmite d’ignames, de bananes vertes et de morceaux de porc, l’enfant se joignait aux femmes et hommes fumant la pipe en se racontant les singulières rencontres, «avec des êtres étranges, qu’ils avaient faites en voyageant pendant la nuit». Au pays des zombies, les tontons-macoutes sont rois, on a vite fait de disparaître. Lorsque son meilleur ami, journaliste comme lui, est froidement abattu par les miliciens de Jean-Claude Duvalier, il met vingt-quatre heures pour quitter l’île. Pour rejoindre Montréal, où il vit depuis vingt ans. Né en 1953, Dany Laferrière, chez lui aussi à New York et à Miami, est le fils d’un père dont le nom reste mythique en métropole et dans la diaspora haïtienne. Homme politique au fabuleux charisme, Windsor Klebert Laferrière fut maire de Port-au-Prince à 23 ans, une ville d’alors un million d’habitants. Il y arriva à la tête du «Peuple souverain», groupuscule dynamique et franchement radical. Windsor Klebert, oubliant ses fonctions officielles, s’attaqua de front à la puissante bourgeoisie locale, qui faisait et défaisait à sa main les marionnettes au pouvoir (à l’époque, le peu glorieux président Magloire). Avec sa fougue coutumière, il avait déclaré que, si les commerçants refusaient de vendre les produits de première nécessité, le peuple avait le droit de piller les magasins. A l’arrivée de Papa Doc, il doit quitter immédiatement le pays pour ne jamais y revenir. Dany avait 4 ans, il ne l’a plus revu. Il a grandi entre deux femmes, sa mère, discrète et cultivée (elle est bibliothécaire), et sa grand-mère, Da, puissance occulte et bénéfique. Sur son père, Dany a peu à dire : «L’exil l’a rendu fou. Quelques années avant sa mort, je suis allé chez lui à Brooklyn, où il vivait seul dans une minuscule chambre. Il a refusé de m’ouvrir. Au début, il ne disait rien. Puis, il s’est mis à hurler qu’il n’avait plus d’enfants, parce que Duvalier avait transformé en zombies tous les Haïtiens.»Ses débuts d’écrivain ? Facile : il s’explique dès la première phrase de son premier livre, le best-seller dont on vous fait confiance pour vous souvenir du titre : «Une nuit plus morne que les autres, j’ai glissé une feuille blanche dans le tambour d’une vieille Remington et j’ai tapé la première phrase : « Pas croyable, ça fait la cinquième fois que Bouba met ce disque de Charlie Parker. »» Découpé en courts chapitres, rythmé be-bop, cet opuscule traître comme un alcool sucré narre la vie de deux jeunes Haïtiens fauchés et sympathiques à Montréal-City. Un calme : le sage Bouba en djellaba récite ses sourates en bâillant, vit couché mais reste lucide : «Sortant d’une cure de sommeil de 72 heures, il s’informe de l’état de la planète.» L’autre est un peu moins flemmard, ressemble trait pour trait à l’auteur et fait preuve de goûts arrêtés en littérature : «Il faut lire Hemingway debout, Proust dans un bain, Cervantès à l’hôpital, Simenon dans le train, Dante au paradis, Dosto’en enfer.» Il n’y a pas que la lecture dans la vie, et tous deux s’activent joyeusement tout contre les jolies blondes qui défilent à la maison. Pourquoi les blondes ? demande-t-on à Dany, pourtant marié à une Haïtienne et père de trois filles ? «Par goût de l’exotisme, répond-il. Inutile, si j’ose dire, de s’étendre, tant ce fantasme est réversible et occupe aussi bien vos pensées que les nôtres.» Soit. S’il était besoin d’en savoir plus, les amateurs se reporteront avec fruit à Eroshima (1987) ou encore au Goût des jeunes filles (1992). Dany est né dans les livres, disponibles en quantité à Haïti, «première république nègre du monde», indépendante depuis le 1er janvier 1804 après avoir jeté à la mer les Français mais pas leur patrimoine culturel. «Quand nous étudions Molière, Racine ou Voltaire, nous étudions simplement des grands écrivains, et non des Français. Corneille, avec ses élans de courage, ses éclats de jeunesse, sa fièvre, est fondamentalement haïtien, aucun doute là-dessus.» Dany a aussi profité du don d’un autre petit-goâvien qui avait passé sa vie en France et avait, avant de mourir, légué au village sa bibliothèque. Si bien que Dany, à 16 ans, et «parce qu’il n’avait rien d’autre à se mettre sous la dent» s’est plongé dans l’oeuvre de Maurice Blanchot : «Je me sentais comme quelqu’un qui marche tranquillement et qui soudain tombe dans un trou noir pour se retrouver dans un autre univers.» Cette formation atypique lui ouvre des portes dans la presse locale, où il faisait, entre autres, des portraits de peintres pour le Petit Samedi soir. Un journal d’opposition, impertinent, que Jean-Claude Duvalier devait tolérer avec quelques autres pour recevoir l’aide américaine sous le président Carter. La tolérance a des limites, comme on l’a vu plus haut, et les premières années d’exil ressemblent à celles de tous les immigrants illégaux : travail au noir dans les tanneries du Canada, avec en prime une odeur méphitique et persistante qui réduit aux seules très enrhumées les possibilités de séduction. Un peu plus tard, en bleu de travail dans les backstages de l’aéroport de Montréal, il regarde goguenard ses compatriotes quitter leurs combinaisons pour se saper grand prince à chaque arrivée d’un avion en provenance d’Haïti, histoire d’étaler devant cousins ou connaissances les signes, rien que les signes, d’une réussite à l’américaine. Après huit ans de vaches maigres, soudain changement de statut avec le succès inespéré de son premier livre. Depuis, il en a sorti une dizaine d’autres, dont beaucoup reviennent sur son enfance à Haïti et sur les exactions du régime. Dany Laferrière a le don, comme son poète préféré, l’Américain Walt Whitman (ils sont cul et chemise dans presque tous ses livres), de faire passer en peu de mots le souffle de la nature et le grouillement des villes. Un don qui ne doit rien à la «négritude». «Pour tout vous dire, je n’en ai rien à foutre de la créolité, du métissage et de la francophonie. Je n’ai pas envie de perdre mon temps à discuter tout le reste de ma vie de questions relatives à la colonisation ou à l’identité.» Les poncifs identitaires le mettent en boule. Il n’y a qu’a se référer, dans Cette grenade, à une conversation authentique avec le cinéaste black radical Spike Lee pour s’en convaincre. Idem pour la floraison de nouvelles collections «noires», en France notamment, qui ghettoïsent en toute bonne conscience une littérature sous couvert de la faire connaître. Blanc ou noir, l’enfer est pavé de bonnes intentions. Dany Laferrière a cessé d’écrire. Non par dégoût ou parce qu’il n’a plus rien à dire, mais parce que la douzaine d’ouvrages parus lui suffit à remplir son existence. Tel un paysan, il laisse un roman en jachère, revient sur un autre, le défait et l’enrichit, à la Pénélope. Il cultive ainsi son jardin, en modeste ambitieux qui ne veut pas «changer le monde, mais changer de monde».

Comment Dany devint Laferrière
Ghila Sroka, La tribune juive
2010

Écrivain, scénariste et cinéaste, voyageur cosmopolite et dandy, chroniqueur du monde américain, Dany Laferrière affirme : «Je ne suis venu à la littérature que parce qu’on m’a fait croire que c’était un territoire sans agent d’immigration ni douanier, ni aucune sorte de police. […] L’espace policier permet de t’identifier (Tu viens d’où, toi?) [Mais] né dans la Caraïbe, je deviens automatiquement un écrivain caribéen. La librairie, la bibliothèque et l’université se sont dépêchées de m’épingler ainsi. Être un écrivain et un Caribéen ne fait pas de moi un écrivain caribéen. Pourquoi veut-on toujours mélanger les choses? En fait, je ne me sens pas plus caribéen qu’un Proust qui a passé sa vie couché.»

Se faisant ainsi l’écho de Pascal Bruckner, qui se demande si nous sommes « vraiment condamnés à rester emmurés dans notre lieu de naissance », Dany récuse donc les étiquettes d’auteur créole, d’écrivain de l’exil ou encore d’écrivain migrant qui, pour lui, sont trop réductrices : « Je ne suis immigrant que devant un agent d’immigration. Autrement, je suis un écrivain. […] J’aime lire, écrire et observer. Tout le reste n’est qu’anecdotique.»

Car il faut en finir avec le soi-disant respect des cultures encouragé en marge de nos cités, version gentille et paternaliste du néocolonialisme, qui ne fait que poursuivre une relation d’exclusion et de domination avec en prime la mauvaise conscience. Il faut en finir avec l’usage immodéré de l’expression « communautés culturelles ». Ces communautés, que recouvrent-elles au juste? Les membres des institutions ethniques? La grande majorité des Québécois d’origines diverses, autrement dit les immigrants, ne s’y retrouvent pas. Ils ne délèguent à personne le soin de les représenter et n’apprécient guère qu’on les ghettoïse.

«J’ai cru au début que les livres venaient de moi, maintenant, je commence à croire que je viens de mes livres.»

Les romans de Dany Laferrière se confondent avec l’autobiographie. L’auteur prend plaisir à embrouiller les pistes. « Le livre n’est pas fait uniquement pour être lu par les autres. Forcément, il est fait aussi pour être lu plus tard, bien plus tard, très tard, par l’auteur. » Il a ainsi réécrit certains de ses livres, jugeant qu’ils avaient besoin d’être revisités. Dany Laferrière n’écrit que s’il a envie d’apprendre quelque chose sur lui-même…

Aucun Homme n’est une île

Pour Jorge Luis Borges, l’essentiel du dialogue est de lire des livres, écrire des livres, parler de livres : « Que d’autres se flattent des livres qu’ils ont écrits, moi, je suis fier de ceux que j’ai lus. » Fils spirituel du grand écrivain argentin, Dany Laterrière souligne lui aussi que « si on veut connaître un écrivain, on devrait visiter sa bibliothèque

Généreux, il nous fait d’ailleurs découvrir d’autres livres à travers les siens.

Dany est un passeur littéraire. Celui qui, dans ma bibliothèque, figure entre Borges et Mordecai Richler m’a aussi initiée, il y a une vingtaine d’années, aux auteurs japonais. Plus tard, fidèle à son exemple, j’aurai moi-même l’occasion de laisser à Cuba, où j’avais passé des vacances, tous les romans japonais apportés pour lire sur la plage. Entretenir cette boucle continue d’un lecteur à l’autre, c’est enrichir sa bibliothèque, c’est enrichir sa vie.

Le silence de Dany Laferrière
par Franco Nuovo, Radio-Canada
21 novembre 2016

Il débarque toujours dans mon studio tout naturellement, quelquefois encore un peu endormi, comme s’il était tombé du lit. Il ouvre la porte et se dirige simplement vers son fauteuil et son micro.

Il arrive comme s’il était passé la veille. Ce qui est presque vrai. Puisqu’il est chez lui dans ce studio 17 qui abrite Dessine-moi un dimanche.

Après tout, il était des nôtres il y a six ans quand on a créé l’émission en essayant d’arrimer nos idées les unes aux autres. Il disait déjà à l’époque que c’était son bistrot du dimanche matin, le café où il venait discuter de tout et de rien, mais avec Dany, c’était surtout de tout. Dany ne dit jamais rien.

Et puis, entre vous et moi, on est de vieux camarades de route. On se connaît depuis une bonne trentaine d’années, depuis Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, mais nous avons aussi beaucoup partagé le micro au fil des ans : à Je l’ai vu à la radio, où il évaluait, avec toute son intelligence et son humour, la création plus qu’il ne la critiquait, et à l’émission du matin, où il chroniquait en toute liberté, nous parlant aussi bien de sa lecture de la Bible que du coup de boule de Zidane. On découvrait alors en même temps que l’auditeur ce qu’il avait en tête.

Or, le temps s’est mis à manquer à l’écrivain qui avait d’autres missions que celle de parler. Il devait écrire, voyager et parvenir à l’immortalité. Ce qui n’est pas chose aisée. Il est arrivé à l’Académie française en s’assoyant dans le fauteuil 2, celui d’Alexandre Dumas.

Il est donc beaucoup ailleurs, Dany. Beaucoup à Paris, où tous les jeudis après-midi, il assiste aux discussions des membres de la prestigieuse institution. Il lui arrive cependant de faire un saut à Montréal pour des raisons familiales, amicales. Et à l’occasion de ses rares passages, toujours, presque toujours, il s’arrête au « bistrot 17 » de la grande tour, histoire de discuter le coup, comme il l’a si souvent fait au Café Cherrier.

Une cause
La semaine dernière, par exemple, il a quitté son studio parisien pour faire un saut de puce à Montréal; quatre petites journées. C’était surtout pour l’inauguration de la nouvelle Maison d’Haïti, dont il est le parrain. Il choisit ses causes, Dany. Celle-là entre autres à laquelle il croit profondément, parce qu’elle a un lien avec l’identitaire qui est au centre de son œuvre.

En 1972, pour accueillir des gens un peu égarés qui arrivaient sur une terre nouvelle, sans forcément parler la langue, sans comprendre toujours les codes de leur société d’accueil, un groupe de jeunes s’est investi pour les aider à s’intégrer, mais aussi pour leur faire savoir d’où ils venaient, en racontant Haïti à leurs enfants.

C’est important l’identité. Parce que la violence vient de cette impression de flotter dans le vide.
D L

Il nous a parlé de cette maison et aussi de cette première année à l’Académie, où les nouveaux élus ne prennent pas la parole. A-t-il réussi?

« Bien sûr, dit-il, de toute façon je passe le temps à me taire puisque j’écris depuis 30 ans et que je lis beaucoup. Or, quand vous écrivez ou que vous lisez, vous vous taisez. »

Bref, il est venu discuter de ce qu’est un bon livre, « celui qui se retrouve souvent dans les mains d’un lecteur libre ». Parce que les lecteurs l’intéressent plus que l’écrivain. Normal. « Ils sont plus nombreux. »

Son silence
Il parle de tout et de rien, mais il y a un sujet que Dany n’aborde jamais. Et Dieu sait que les médias lui courent après. Jamais il ne commente les malheurs et les douleurs d’Haïti, ni les tremblements de terre ni les ouragans qui dévastent, saccagent et détruisent l’île de sa naissance, son île, la perle de ses romans. Il ne parle pas non plus de politique, remarquez. Ce sont des non-sujets.

Je sais. Je sais surtout que son silence n’est pas une fuite. Il serait trop facile de devenir l’intervenant de la fatalité, celui qui suppute sur l’insupportable, celui qui épilogue sur le drame humain, celui qui explique l’inexplicable. De toute façon, il n’y a rien à dire. Que pourrait-il ajouter pour apaiser la souffrance? Compter les morts? Il préfère rester muet. Respect.

Dany pèse les mots, même inutiles.

Qui d’autre que Dany pourrait d’ailleurs avoir cette phrase savoureuse : « Ce sont les lettres de l’alphabet qui m’ont fait taire pendant plus de 30 ans. »

Dany Laferrière, le président, est académicien
par Catherine Chaillet, L’Est Républicain
15 juin 2023

Par quel bout faut-il prendre Dany Laferrière, nommé président de la prochaine édition de Livres dans la Boucle ? Diantre ! Peut-être convient-il, quand on parle d’un académicien, de choisir mieux les mots ? Quoique… Quand le titre qui, en 1985, fait connaître un auteur est Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, voilà qui donne quelques libertés. Que ce titre soit réédité en 2020 chez Zulma est gage de qualité. Qualité applicable à l’œuvre entière, puisqu’elle le fait académicien en 2013. Œuvre prolixe et protéiforme : essais, romans, littérature jeunesse ou bande dessinée. Par quel bout faut-il la prendre ?

Remington 22

Faut-il aller la chercher dans l’enfance, à Port-au-Prince, sa ville de naissance (le 13 avril 1953), ou chez sa grand-mère, Da, personnage essentiel de son œuvre à Petit-Goâve ? Cette dernière l’élève car son père, Windsor Klébert Laferrière, ancien maire de Port-au-Prince à 23 ans, ministre à 26 ans, opposant à la dictature des Duvalier, s’exile. « Da avait le don de rendre la vie paisible et sereine », écrit-il. « J’ai compris plus tard que c’était factice. » Et d’ajouter : « Tout ce qui reste, c’est un amour fou pour ma grand-mère qui est le personnage principal de ma littérature. »

Faut-il le chercher sur la plage de Léogane où, le 1er juin 1976, son ami et collègue le journaliste Gasner Raymond, alors âgé de 23 ans comme lui, est assassiné ? Dany Laferrière quitte en secret Haïti pour Montréal. Le cri des oiseaux fous relate cette histoire.

Là, il achète une carabine Remington 22, pareille à celle du personnage de Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer. Ainsi commence une carrière d’écrivain et de journaliste. Radio, TV, presse écrite, Dany Laferrière touche à tout avec le même succès : prix Renaudot en 2006 pour Vers le Sud, prix Médicis en 2009 pour L’énigme du retour.

L’homme est multiple : il est scénariste avec Frédéric Normandin, il crée une trilogie d’albums illustrés pour enfants, elle parle d’amour (Je suis fou de Vava), de la mort (La fête des morts) et de politique (Le baiser mauve de Vava). Il signe des romans graphiques, Dans la splendeur de la nuit, paru en 2022, est le dernier en date. Il expose aussi, l’exposition Un cœur nomade voyage est accrochée à Tunis, Francfort, Dubaï, avant d’être présentée dans l’entrée des délégués du siège de l’ONU à New York.

Pour les plus jeunes

À Besançon, Dany Laferrière est en terrain connu. En 2018, il présidait aux 60 ans du CLA (Centre de linguistique appliquée) avant de participer une première fois au festival littéraire Livres dans la Boucle. En 2014, l’académicien présidait le Livre sur la Place à Nancy , rencontrait les détenus à Maxéville et devenait le rédacteur en chef d’un jour de L’Est Républicain.

Dany Laferrière est dans ses livres. Là, il explore l’identité culturelle, la mémoire et l’exil, autant que les réalités sociales et politiques d’Haïti. Dany Laferrière est partout, ses livres traduits dans le monde entier. Dany Laferrière s’adresse à tous, son Petit traité du racisme aux États-Unis (Grasset 2020) est destiné aux plus jeunes.

Il convoque des personnalités parfois oubliées. C’est le cas de la chanteuse de blues Betty Smith, artiste, entrepreneuse, bisexuelle, d’Eleanor Roosevelt, première femme de président à prendre part à la vie politique de son mari, ou de Frederick Douglass, ancien esclave devenu diplomate en Haïti. Ou encore Charles Lynch, l’inventeur du lynchage, et Harriet Beecher Stowe, l’auteur de La case de l’oncle Tom. Dany Laferrière donne soudain une furieuse envie de le relire.

«De l’exil à la scène : Dany Laferrière et la traversée des institutions»
par Frantz Bernier, Le Nouvelliste
7 avril 2026

À travers une lecture à la fois critique et littéraire, Frantz Bernier revient sur l’entrée de l’académicien Dany Laferrière au Comité de lecture de la Comédie-Française et sur la réédition de Chronique de la dérive douce.

À travers une lecture à la fois critique et littéraire, Frantz Bernier revient sur l’entrée de l’académicien Dany Laferrière au Comité de lecture de la Comédie-Française et sur la réédition de Chronique de la dérive douce. Cette analyse met en perspective le parcours d’un écrivain majeur, dont l’œuvre transforme l’exil en espace de création et la traversée en pensée du monde contemporain.

Une trajectoire littéraire entre roman et théâtre

L’entrée de Dany Laferrière au Comité de lecture de la Comédie-Française n’est pas un simple événement mondain : elle marque un passage symbolique entre deux territoires de la création, celui du roman et celui de la scène. Lorsque cet écrivain est, de surcroît, un amoureux déclaré du théâtre, cette intronisation prend une dimension presque naturelle, comme si une trajectoire trouvait enfin son point d’équilibre.

Au moment où Port-au-Prince s’apprêtait à célébrer la Journée mondiale du théâtre en 1975, Laferrière avait publié dans Le Petit Samedi Soir un texte remarquable sur une pièce de Françoise Dorin, Un sale égoïste, mise en scène par François Latour avec des acteurs et actrices tels que Micheline Soukar et Fritz Valesco, dans un décor de Freddie Wiener au Théâtre national haïtien (TNH). Cette pièce avait connu sa première représentation le 3 février 1970 à Paris, au Théâtre Antoine, sous la direction de Michel Roux (1929-2007), avec une scénographie d’André Levasseur (1927-2006).

Depuis ses débuts, Laferrière n’a cessé de faire dialoguer ses romans avec une sensibilité dramatique. Ses personnages parlent, s’affrontent, se taisent avec une intensité qui évoque moins la narration traditionnelle que la tension du plateau. On y retrouve le goût des silences signifiants, des entrées et des sorties presque chorégraphiques, une écriture marquée par une forte théâtralité. Longtemps perceptible en filigrane, ce tropisme trouve aujourd’hui une reconnaissance institutionnelle avec son entrée au Comité de lecture de la Maison de Molière, lieu discret mais essentiel où se décide une part du répertoire à venir.

Cette nomination intervient à un moment particulièrement chargé de sens : l’année où l’académicien célèbre ses cinquante ans d’immigration (1976-2026). Ce demi-siècle de présence dans une langue et une culture adoptées, et désormais façonnées par lui, confère à cette actualité une portée qui dépasse la simple consécration professionnelle. Il s’agit d’une reconnaissance d’appartenance, d’un geste d’inclusion dans une tradition littéraire et théâtrale longtemps perçue comme héritée, et qu’il contribue désormais à prolonger.

Parallèlement, la réédition en format de poche par les Éditions Boréal de l’un de ses romans majeurs offre l’occasion d’un retour critique sur son œuvre.

Chronique de la dérive douce : un roman en relecture

Chronique de la dérive douce, sixième livre de Dany Laferrière, publié en 1994 chez VLB, apparaît aujourd’hui sous un jour nouveau. À l’époque, la voix de l’écrivain cherchait encore sa pleine amplitude ; la distance du temps permet désormais d’en mesurer la cohérence interne ainsi que les audaces formelles qui annonçaient déjà l’écrivain accompli.

Dans ce contexte, l’entrée au Comité de lecture de la Comédie-Française agit comme une clé de lecture supplémentaire. Elle invite à relire le roman non seulement comme une œuvre narrative, mais aussi comme un espace latent de théâtralité, où chaque scène pourrait, en puissance, devenir représentation. Ce déplacement du regard permet d’interroger la porosité entre les genres, d’analyser les structures dialogiques et de comprendre comment l’expérience de l’exil se traduit dans une écriture traversée par le désir de scène.

Ainsi, entre célébration et relecture, entre reconnaissance institutionnelle et retour au texte, se dessine le portrait d’un écrivain dont le parcours illustre la fécondité des passages : de Petit-Goâve à Port-au-Prince, de Port-au-Prince à Montréal, de cette île à la Floride, de la Floride à Paris et enfin de Paris aux quatre continents. Tout devient pour lui horizon partagé.

L’expérience migratoire : entre géographie et recomposition de soi

L’expérience migratoire s’inscrit rarement dans une simple géographie du déplacement. Elle relève plutôt d’un bouleversement intime, d’une recomposition de soi à travers des espaces à la fois concrets et symboliques. Le roman de Dany Laferrière, qui raconte son arrivée à Montréal, s’inscrit pleinement dans cette tradition littéraire où la ville devient à la fois refuge, épreuve et miroir identitaire.

Dès les premières pages, la métropole québécoise apparaît comme un territoire d’ambivalence, à la fois promesse d’ascension et lieu d’étrangeté :

La ville coupée en deux langues
si proches qu’elles s’opposent
comme un baiser interrompu.
Pire que le mur, c’est son absence.

Le froid, la langue et les silences urbains contrastent avec la chaleur sensorielle de la Caraïbe, produisant une tension constante entre mémoire et présent. L’auteur met en scène une subjectivité fragmentée, oscillant entre nostalgie et nécessité d’adaptation, entre perte et invention.

Montréal et New York : la ville comme texte

Cette lecture résonne profondément avec certaines expériences vécues dans une autre grande ville nord-américaine : New York. Là aussi, l’immigrant est confronté à une densité humaine et culturelle qui peut paradoxalement accentuer le sentiment de solitude. Pourtant, c’est dans cette solitude même que naissent parfois les premières formes d’appropriation du monde nouveau.

Je me souviens, pour ma part, d’une errance fondatrice dans Greenwich Village, quartier mythique où les voix artistiques semblent encore vibrer dans les rues. C’est dans une petite librairie souterraine de la 14e Rue, presque dissimulée entre deux façades anonymes, que j’ai découvert les poèmes de Lou Reed. Ce moment, en apparence anodin, fut en réalité une révélation : la ville, aussi étrangère soit-elle, peut devenir lisible à travers ses artistes.

Comme Manhattan, Montréal fonctionne à l’instar d’un « texte urbain », au sens de Michel de Certeau, un espace que les individus réécrivent à travers leurs pratiques quotidiennes. Marcher dans la ville, c’est déjà produire du sens, inscrire son propre récit dans une trame collective.

La littérature agit ici comme un médium de traduction du réel. Elle permet de décoder les signes urbains, de donner une forme à l’expérience du déracinement. Chez Laferrière, Montréal n’est pas seulement un décor : elle devient un texte à interpréter, un espace narratif où se croisent langues, histoires et identités multiples.

Poétique de l’exil et théorie postcoloniale

Le roman ne se limite pas à une autobiographie migratoire ; il s’inscrit dans une poétique de l’exil où la ville devient un laboratoire identitaire. L’immigration n’y apparaît pas seulement comme un déplacement physique, mais comme une expérience esthétique et existentielle qui transforme le regard et pousse l’individu à réécrire sa propre histoire.

Dans cette perspective, le texte peut être lu à la lumière des travaux de Homi K. Bhabha, notamment sa conceptualisation du third space. Montréal devient un espace tiers : ni totalement étranger, ni véritablement familier. L’écrivain y met en scène une subjectivité en suspens, prise dans un processus de traduction culturelle permanent.

Cette dynamique trouve un écho dans la pensée d’Édouard Glissant et sa notion de « poétique de la Relation ». L’identité n’y est jamais fixe ; elle est relationnelle, ouverte, en devenir. Le protagoniste, en arpentant les rues de Montréal, ne perd pas son origine caribéenne :

Assis à la table.
Les paupières closes.
Je tente de me projeter
à Port-au-Prince.
La frustration
de plus en plus forte
de ne pouvoir être
à deux endroits
à la fois.

Le roman traduit ainsi une dynamique de créolisation où l’identité se construit dans la rencontre et l’opacité, refusant toute transparence totalisante. Montréal devient un archipel symbolique où les fragments culturels coexistent sans se dissoudre.

Identité diasporique et double conscience

Ce processus de créolisation de l’expérience urbaine peut également être rapproché des analyses de Stuart Hall sur l’identité diasporique. Hall insiste sur le caractère toujours en construction de l’identité culturelle. Le roman illustre parfaitement cette idée : l’immigrant n’est pas un sujet déplacé au sens statique, mais un sujet en constante redéfinition, pris dans une dialectique entre mémoire et devenir.

La tension entre mémoire caribéenne et présent nord-américain peut aussi être analysée à partir du concept de « double conscience » formulé par W. E. B. Du Bois. Le sujet migrant se perçoit simultanément à travers le prisme de son origine et celui du regard de la société d’accueil. Cette dualité engendre une lucidité critique, mais aussi une fracture intérieure que le roman met en scène avec une remarquable acuité.

Ainsi, l’œuvre participe d’une esthétique de l’entre-deux qui rejoint les grandes interrogations contemporaines sur la mondialisation et les identités hybrides. L’immigration devient un lieu de production de sens et un espace de créativité où se redéfinit la notion même d’appartenance.

Altérité et subjectivation : une lecture philosophique

Sur le plan philosophique, le roman engage également une réflexion sur l’altérité et la constitution du sujet. Les travaux d’Emmanuel Levinas sur l’éthique de l’Autre offrent une lecture complémentaire : l’expérience migrante devient une confrontation radicale à l’altérité, non seulement culturelle mais existentielle. L’étranger n’est pas seulement celui qui arrive, mais celui qui révèle la fragilité des identités établies.

Montréal : espace de tension et de négociation linguistique

L’expérience migratoire décrite dans le roman prend une dimension particulière dans le contexte de Montréal, ville marquée par une dynamique sociolinguistique singulière en Amérique du Nord. La coexistence du français et de l’anglais crée un espace de tension et de négociation permanente, où la langue devient un enjeu identitaire majeur.

Dans ce contexte, l’écriture de Laferrière apparaît comme un lieu de médiation entre les langues, les cultures et les imaginaires. Elle témoigne d’une capacité à habiter l’entre-deux et à transformer l’expérience de l’exil en une poétique du mouvement, de la relation et de la transformation.

Entre reconnaissance institutionnelle et relecture critique, l’œuvre de Dany Laferrière révèle la puissance d’une écriture de la traversée, à la fois intime, esthétique et théorique. Chronique de la dérive douce apparaît ainsi comme un texte fondateur où se dessinent les grandes lignes d’une poétique de l’exil, de la relation et de la mobilité identitaire.

Frantz Bernier

«Dany Laferrière retourne en Haïti pour une tournée littéraire et rencontre des étudiants universitaires.»
– The Haitian Times
16 juillet 2026

L’auteur renommé et membre de l’Académie française a exhorté les jeunes écrivains à faire confiance à leur propre voix lors de son retour en Haïti pour une série de discussions publiques.

L’auteur Dany Laferrière a rencontré des étudiants et des professeurs de l’Université d’État d’Haïti lors de sa première visite officielle, organisée par l’établissement. Il a partagé avec eux des réflexions sur la littérature, la mémoire et l’écriture créative. Cette rencontre s’inscrit dans le cadre d’un séjour plus long en Haïti, qui comprend également des interventions à la Direction nationale du livre, après son premier retour dans le pays depuis 2019.

NEW YORK – L’écrivain haïtien et membre de l’Académie française Dany Laferrière est retourné cette semaine en Haïti pour une série d’apparitions publiques, notamment une discussion avec des étudiants et des professeurs de l’Université d’État d’Haïti, où il a évoqué la littérature, la mémoire et l’art d’écrire.

Cet événement, organisé à l’invitation de l’Université d’État d’Haïti, a réuni étudiants, professeurs et représentants de l’université pour une discussion sur la littérature haïtienne, l’expression créative et le rôle des écrivains dans la préservation de la mémoire culturelle du pays.

Lors de sa première visite officielle à l’Université d’État d’Haïti, la plus grande université publique du pays, Laferrière a exhorté les étudiants à écrire avec honnêteté, à faire confiance à leur propre voix et à puiser leur inspiration dans la vie quotidienne.

L’auteur poursuivra une série d’apparitions publiques lors de son premier retour en Haïti depuis 2019. Il a déclaré avoir été particulièrement touché car c’était la première fois que l’université d’État l’invitait officiellement.

Au cours de la discussion, il a réfléchi à la manière dont ses souvenirs d’enfance avaient façonné son livre. Le parfum du café, expliquant que les observations simples produisent souvent les écrits les plus percutants.

« J’ai passé mon enfance à Petit-Goâve », se souvient-il, ajoutant que cette phrase lui avait appris une leçon essentielle : commencer par la simplicité.

La discussion à l’université s’inscrivait dans le cadre d’une visite plus large en Haïti, qui comprenait également des rencontres avec des étudiants et de jeunes lecteurs. Plus tôt cette semaine, Laferrière a également rencontré des dizaines de jeunes à la Direction nationale du livre, où il est revenu sur son retour en Haïti après plusieurs années d’absence et a présenté son travail récent de peintre et d’illustrateur.

Pour les responsables de l’université, cette visite représentait bien plus qu’une simple occasion d’honorer l’un des écrivains haïtiens les plus connus.

« L’Université d’État d’Haïti ne saurait se limiter à la seule formation académique », a déclaré le recteur. Dieuseul Prédélus « Elle est aussi la gardienne de la mémoire et de l’imaginaire du peuple haïtien », a-t-il déclaré en introduction.

Cette visite marque le premier déplacement littéraire public de Laferrière en Haïti depuis 2019, permettant à l’un des écrivains contemporains les plus célèbres du pays de renouer avec une nouvelle génération de lecteurs haïtiens et d’auteurs en herbe.

«Petit-Goâve : Dany Laferrière retrouve ses racines dans une célébration populaire»
par Ici Haïti
22 juillet 2026

Le retour de l’écrivain et académicien Dany Laferrière dans sa ville natale Petit-Goâve, dimanche 19 juillet 2026, a pris des allures de célébration populaire. Organisée par l’Université d’État d’Haïti (UEH), la Mairie de Petit-Goâve, l’Association NarAction Haïti et plusieurs acteurs culturels de la cité, cette journée a réuni jeunes, artistes, notables et habitants venus rendre hommage à l’un des leurs.

À son arrivée, Dany Laferrière s’est rendu à la maison de son enfance, accompagné de Johanne Siclait la Mairesse de Petit-Goâve, avant de retrouver quelques amis de longue date. Ce retour aux sources a précédé une importante causerie organisée au Fort Royal Hôtel sur le thème « Des fleurs pour noyer l’Immortel ».

Portant les mots du Recteur de l’Université d’État d’Haïti, Dieuseul Prédélus, la professeure Darline Alexis, Présidente de la Commission de l’UEH chargée d’organiser la tournée de Dany Laferrière a souligné la portée symbolique de cette étape à Petit-Goâve. Cette visite traduit, en effet, la volonté de l’Université de rapprocher la jeunesse de la littérature et de créer des espaces de dialogue entre les grandes figures intellectuelles haïtiennes et les nouvelles générations. D’autant qu’on sait les liens profonds unissant l’œuvre de Dany Laferrière à son enfance petit-goâvienne, source importante de son imaginaire littéraire.

Moment fort de la journée : l’académicien a été littéralement porté par l’affection de la jeunesse de sa ville. Au rythme de vifs applaudissements, les jeunes l’ont mis au centre d’une immense ronde avant de lui lancer des fleurs : une scène aussi festive que symbolique qui a profondément marqué l’assistance. Sourires et témoignages d’affection traduisaient la joie de fières retrouvailles d’une communauté avec « leur Dany ».

Une exposition d’ouvrages et de tableaux des talents de la ville a été réalisée. Plaques d’honneur, bouquets de fleurs, mangues et autres fruits du terroir ont été offerts à Dany en signe de reconnaissance. L’assistance a particulièrement apprécié le défilé d’une robe confectionnée à partir de coupures de presse retraçant des décennies de sa carrière, tandis que l’écrivain se revêtait d’une veste spécialement conçue pour lui par un jeune designer de Petit-Goâve.

Les échanges avec Dany ont porté sur son parcours, son rapport à l’écriture, la mémoire et l’enfance. Avec sa simplicité et humour habituel, Dany s’est prêté au jeu des questions-réponses des jeunes et adultes, les invitant à lire davantage, à écrire, à cultiver leur curiosité intellectuelle. Au-delà de l’hommage rendu à l’académicien, cette journée scelle la rencontre exceptionnelle d’un écrivain universel et de sa ville natale. En renouant avec les lieux de son enfance et la jeunesse de Petit-Goâve, Laferrière a rappelé la puissance de la littérature comme espace de mémoire, de transmission et d’espérance. Une conviction que l’Université d’État d’Haïti continuera d’affirmer par le biais d’initiatives de ce genre.

«À Petit-Goâve, Dany Laferrière retrouve ses racines dans une fête populaire de la littérature»
– Le National
23 juillet 2026

Le retour de l’écrivain et académicien Dany Laferrière dans sa ville natale Petit-Goâve, le dimanche 19 juillet 2026
Le retour de l’écrivain et académicien Dany Laferrière dans sa ville natale Petit-Goâve, le dimanche 19 juillet 2026, a pris les allures d’une véritable célébration populaire. Organisée par l’Université d’État d’Haïti (UEH), la Mairie de Petit-Goâve, l’Association NarAction Haïti (ANAH) et plusieurs acteurs culturels de la cité, cette journée a réuni jeunes, artistes, notables et habitants venus rendre hommage à l’un des leurs.

A son arrivée, Dany Laferrière s’est rendu à la maison de son enfance, accompagné de la mairesse de Petit-Goâve, Johanne Siclait avant de retrouver quelques amis de longue date. Ce retour aux sources a précédé une importante causerie organisée au Fort Royal Hôtel sur le thème « Des fleurs pour noyer l’Immortel ».

Portant les mots du Recteur de l’Université d’État d’Haïti, Dieuseul Prédélus, la présidente de la commission de l’UEH chargée d’organiser la tournée Dany Laferrière en Haïti, la professeure Darline Alexis, a souligné la portée symbolique de cette étape à Petit-Goâve. Cette visite traduit, en effet, la volonté de l’Université de rapprocher la jeunesse de la littérature et de créer des espaces de dialogue entre les grandes figures intellectuelles haïtiennes et les nouvelles générations. D’autant qu’on sait les liens profonds unissant l’œuvre de Dany Laferrière à son enfance petit-goâvienne, source importante de son imaginaire littéraire.

Moment fort de la journée : l’académicien a été littéralement porté par l’affection de la jeunesse de sa ville. Au rythme de vifs applaudissements, les jeunes l’ont mis au centre d’une immense ronde avant de lui lancer des fleurs : une scène aussi festive que symbolique qui a profondément marqué l’assistance. Sourires et témoignages d’affection traduisaient la joie de fières retrouvailles d’une communauté avec « son Dany ».

Une exposition d’ouvrages et de tableaux des talents de la ville a été réalisée. Plaques d’honneur, bouquets de fleurs, mangues et autres fruits du terroir ont été offerts à Dany en signe de reconnaissance. L’assistance a particulièrement apprécié le défilé d’une robe confectionnée à partir de coupures de presse retraçant des décennies de sa carrière, tandis que l’écrivain se revêtait d’une veste spécialement conçue pour lui par un jeune designer de Petit-Goâve.

Les échanges avec Dany ont porté sur son parcours, son rapport à l’écriture, la mémoire et l’enfance. Avec sa simplicité et humour habituel, D. Laferrière s’est prêté au jeu des questions-réponses des jeunes et adultes, les invitant à lire davantage, à écrire, à cultiver leur curiosité intellectuelle.

Au-delà de l’hommage rendu à l’académicien, cette journée scelle la rencontre exceptionnelle d’un écrivain universel et de sa ville natale. En renouant avec les lieux de son enfance et la jeunesse de Petit-Goâve, D. Laferrière a rappelé la puissance de la littérature comme espace de mémoire, de transmission et d’espérance. Une conviction que l’Université d’État d’Haïti continuera d’affirmer par le biais d’initiatives de ce genre.

Vivacité de la littérature haïtienne, manque de critique structurée : le double constat de Dany Laferrière
par Joubert Joseph, Le Nouvelliste
23 juillet 2026

Sur Radio Magik 9 ce jeudi, l’écrivain Dany Laferrière a salué la vivacité de la littérature haïtienne, tout en pointant le manque de critique littéraire structurée.

Invité de la Matinale de Panel Magik sur Radio Magik9, ce jeudi 23 juillet, l’écrivain Dany Laferrière a consacré une partie de son intervention à la place de la littérature haïtienne dans le monde, et à ce qui, à son avis, lui fait encore défaut : une critique littéraire à la hauteur de ses auteurs.

Reprenant une formule du théoricien martiniquais Édouard Glissant « Le lieu est incontournable », Dany Laferrière a d’abord situé sa propre démarche d’écriture : né à Petit-Goâve, c’est pourtant à un lectorat universel qu’il dit s’adresser. « Je vais écrire L’odeur du café, je ne vais pas l’écrire pour Petit-Goâve, je vais écrire pour tout le monde », a-t-il affirmé.

C’est en évoquant le rayonnement international des lettres haïtiennes que l’académicien s’est montré le plus offensif, comparant la notoriété des écrivains haïtiens à celle de leurs homologues allemands en France. « Il y a plus d’écrivains haïtiens connus en France que d’écrivains allemands connus actuellement », a-t-il lancé, illustrant son propos par une anecdote : interrogé sur les écrivains haïtiens qu’il connaissait, un de ses amis français aurait cité sans hésiter plusieurs noms, dont Yanick Lahens, James Noël, Louis-Philippe Dalembert et Frankétienne, quand ce même interlocuteur, selon Dany Laferrière, ne pouvait citer aucun écrivain allemand contemporain.

Pour l’auteur de L’Odeur du café, ce déséquilibre entre la reconnaissance des œuvres haïtiennes à l’étranger et leur réception critique dans le pays même constitue le vrai problème. Il estime que ce qui manque à la littérature haïtienne, ce sont des voix critiques indépendantes, distinctes des commentateurs qui, selon lui, n’écrivent le plus souvent sur les livres que parce qu’ils connaissent personnellement leurs auteurs.

Dany Laferrière s’en est aussi pris à une confusion fréquente entretenue autour du rôle de la critique. Beaucoup, selon lui, croient à tort que critiquer une œuvre revient à la dévaloriser. « Non, au contraire, c’est le fait de l’apprécier », a-t-il tranché, avant de préciser que la critique n’exclut pas le désaccord : « Tu peux aussi donner ton opinion très sincèrement, mais avec courtoisie. »

L’écrivain a resitué cette exigence dans une conception plus large de l’acte littéraire : « Quand quelqu’un écrit un livre, c’est parce qu’il souhaite apporter quelque chose à la société », a-t-il rappelé, suggérant qu’une critique digne de ce nom devrait, en retour, prendre au sérieux cette ambition plutôt que de s’en tenir à des réseaux de connivence.

En creux, le propos de Dany Laferrière dessine un paradoxe. Celui d’une littérature haïtienne dont le lectorat et la reconnaissance dépassent largement les frontières nationales, mais qui peinerait à se doter, chez elle, d’un appareil critique à la mesure de cette reconnaissance internationale. Un chantier que l’écrivain semble appeler de ses vœux, sans toutefois en détailler les contours concrets lors de cet entretien.

Dany Laferrière partage les sources de son imaginaire littéraire avec la communauté universitaire du Nord au Campus Henry Christophe de Limonade de l’UEH
par Université d’État d’Haïti
25 juillet 2026

Dany Laferrière partage les sources de son imaginaire littéraire avec la communauté universitaire du Nord au Campus Henry Christophe de

Limonade de l’UEH

Après Port-au-Prince, Petit-Goâve, sa ville natale, l’écrivain et académicien Dany Laferrière a poursuivi le mercredi 22 juillet 2026 sa tournée nationale au Campus Henry Christophe de Limonade (CHCL) de l’Université d’État d’Haïti (UEH), où il a échangé avec une communauté universitaire fortement mobilisée autour du thème « Naissance d’un écrivain ». Devant une salle comble, réunissant étudiants, enseignants et passionnés de littérature, l’auteur de L’Odeur du café a livré une réflexion sur son parcours littéraire et sur les éléments qui ont façonné son univers créatif.

Accueilli par le Président du Conseil de gestion du Campus Henry Christophe de Limonade, Professeur Hérissé Guirand, Dany Laferrière a été chaleureusement reçu par une communauté universitaire du Nord heureuse d’avoir avec elle l’une des grandes voix de la littérature francophone contemporaine. Cette rencontre, placée sous le signe de la mémoire et de la création, a débuté par la projection d’un extrait du film « La Dérive douce d’un enfant de Petit-Goâve » réalisé en 2009 pour retracer le parcours de Laferrière à l’occasion des 25 ans de sa première œuvre romanesque, Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer. La projection a été suivie d’une présentation de l’académicien des cinq éléments symboliques de son parcours : la tasse de café, la baignoire, la machine à écrire, la librairie et Jorge Luis Borges, chacun devenant un point d’entrée pour évoquer les influences, les souvenirs et les moments déterminants qui ont façonné son œuvre.

Parlant de la tasse de café, il a rendu hommage à sa grand-mère Da, dont l’habitude d’offrir du café aux visiteurs représentait, selon lui, bien plus qu’un simple geste d’hospitalité. Le café incarnait un espace de rencontre, d’écoute et de transmission. « Le café est un lien », a-t-il expliqué, soulignant que ces échanges quotidiens ont nourri son regard d’écrivain sur les relations humaines. Évoquant la machine à écrire, l’écrivain a insisté sur la dimension physique et émotionnelle de l’acte d’écrire. Pour lui, l’écriture ne dépend pas d’un lieu prestigieux, mais d’un certain regard sur le monde. L’écrivain peut créer partout, pourvu qu’il sache observer la vie. La lecture a également occupé une place centrale de son intervention. Se présentant comme «un lecteur qui écrit», il a signalé l’importance de sa découverte de Jorge Luis Borges, auteur argentin, modèle d’érudition, d’humilité et de conscience de soi, qui l’accompagne dans sa traversée littéraire depuis plusieurs décennies.

Dans la deuxième partie de la rencontre, animée par la professeure Darline Alexis, coordonnatrice de la tournée en Haïti, l’académicien est revenu sur deux œuvres majeures de sa carrière : Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer et Journal d’un écrivain en pyjama. Le premier roman, à travers l’humour et l’ironie, s’est complu à déconstruire les stéréotypes raciaux qui, avec l’immigration, lui sont apparus avec plus d’acuité qu’avant. Quant au second roman, il est né d’une réflexion sur les livres, les auteurs et le processus de création.

Au cours des échanges, Laferrière a mis l’accent sur l’importance de la réécriture et de la patience dans le travail littéraire. Un écrivain revient souvent sur des thèmes qui l’habitent en tant qu’individu. Il les creuse avec persistance, afin d’y découvrir ou d’en révéler éventuellement de nouvelles dimensions. S’adressant à l’auditoire, il a rappelé que la littérature dépasse les frontières géographiques. « Il n’y a pas de privilège devant le savoir, devant l’expérience », a-t-il affirmé, invitant les jeunes à considérer leur ville et leur culture comme pleinement inscrites dans l’espace universel.

Cette étape de la tournée au Campus Henry Christophe de Limonade aura constitué un moment fort de partage intellectuel et culturel. On y redécouvre l’idée que la littérature naît souvent des expériences les plus simples : une conversation autour d’un café, un livre découvert, un souvenir d’enfance ou une fenêtre ouverte sur le monde.

«Grande conférence de l’écrivain, peintre et cinéaste Dany Laferrière à l’UPNCH»
24 juillet 2026

Ce vendredi 24 juillet 2026, le Recteur de l’Université Publique du Nord au Cap-Haïtien (UPNCH), le Dr Joram Vixamar, en concertation avec le Recteur de l’Université d’État d’Haïti (UEH), le Dr Dieuseul Prédélus, a eu l’immense privilège d’accueillir l’écrivain, peintre et cinéaste, M. Dany Laferrière, sur son campus, à l’occasion d’une grande conférence consacrée à ses œuvres littéraires.

Devant une foule impressionnante d’étudiants et de professeurs, l’académicien Dany Laferrière a offert une conférence autour de ses principaux ouvrages, des œuvres qui ont traversé les frontières grâce à leur traduction dans plusieurs langues et qui continuent d’inspirer des lecteurs à travers le monde.

Au fil des échanges, l’auteur a invité la jeunesse à développer un regard critique sur l’utilisation des réseaux sociaux. Il a particulièrement insisté sur l’importance de préserver une part de son intimité, rappelant que l’exposition excessive de la vie privée peut avoir des conséquences durables. Dans sa sagesse, il a encouragé les jeunes à cultiver la réflexion, la lecture et l’écriture comme des instruments de liberté et d’épanouissement.

Cette tournée universitaire s’inscrit dans une démarche visant à se rapprocher de la jeunesse haïtienne et à susciter chez celle-ci un intérêt renouvelé pour les arts, notamment la littérature, le théâtre, la peinture et les autres formes d’expression culturelle.

L’écrivain de renommée internationale n’a pas caché son admiration pour le Recteur de l’Université Publique du Nord au Cap-Haïtien, en saluant son engagement et les efforts consentis afin de rendre cette rencontre possible au bénéfice de toute la communauté universitaire.

Tout au long de la conférence, une émotion palpable a envahi l’audience. Les regards admiratifs, les questions pertinentes des étudiants et professeurs, les interventions enrichissantes ainsi que les applaudissements nourris ont témoigné de la profondeur de cette rencontre entre une jeunesse avide de savoir et l’un des plus grands ambassadeurs de la culture haïtienne dans le monde. Ce moment restera gravé dans la mémoire de tous ceux qui ont eu le privilège de dialoguer avec cet Immortel de l’Académie française.

Pour clore cette journée exceptionnelle, le Vice-Recteur aux affaires académiques, le Dr Kervens Valcin, a remis une plaque d’honneur à Dany Laferrière en signe de reconnaissance pour son apport inestimable à la littérature, à la culture et au rayonnement d’Haïti. Ce geste symbolique a été chaleureusement salué par une longue ovation de l’assistance.

Au-delà d’une simple conférence, cette rencontre aura constitué une véritable leçon d’humanisme, de créativité et d’espérance. En partageant son parcours, sa vision du monde et son amour des lettres, Dany Laferrière a rappelé à la jeunesse haïtienne que la connaissance, l’art et la culture demeurent des chemins privilégiés vers la liberté, la dignité et le développement d’une nation. Une journée mémorable qui marque une nouvelle page dans l’histoire de l’Université Publique du Nord au Cap-Haïtien et qui continuera d’inspirer les générations futures.

Cap-Haïtien, le 24 juillet 2026.
Lekendy Marcellus
Professeur, Coordonnateur du service de Communication de l’UPNCH

Un prix très élevé ?
par Jean-Rony Lafalaise
31 juillet 2026

Je ne m’attendais pas à grand-chose de la part d’un auteur que je lis depuis des années, mais il m’a surpris. J’aurais pu traduire littéralement ce que j’ai entendu, mais conserver le texte original lui confère une élégance qui permet à la version anglaise de s’intégrer avec plus de fluidité.

«L’individu haïtien est à la bourse du monde et à un prix très fort.»

L’individu haïtien est coté en bourse sur le marché mondial, et à un prix très élevé.

Dany Laferrière a fait cette remarque sur la bourse lors d’une émission de radio-télévision en Haïti. Il l’a prononcée entre une publicité pour des batteries de voiture et une autre pour une compagnie maritime.

L’animateur a relayé la comparaison de quelqu’un d’autre : a) la République dominicaine était instable il y a trente ans ; b) elle s’est développée depuis ; c) Haïti, sans élection depuis plus d’une décennie, a reculé.

La comparaison est inévitable concernant un président haïtien ou issu de la diaspora : deux pays à la population presque identique, l’une à l’économie environ quatre fois supérieure à l’autre. C’est seulement alors que l’animateur a posé la question qu’il supposait que Laferrière pensait déjà : le chaos.

Laferrière n’a pas esquivé la question. Il a déclaré que les deux peuples se connaissaient à peine, malgré le fait qu’ils partagent une île. Il a reconnu la plus grande stabilité économique de la République dominicaine, mais s’est opposé à ce que l’économie et la stabilité soient les seuls indicateurs du dynamisme d’un peuple. Au passage, il a évoqué une époque où la gourde valait plus que le peso dominicain – une valeur telle, a-t-il dit, que ce sont les Dominicains eux-mêmes qui l’achetaient.

Un marché boursier ? Un taux de change ? N’étais-je pas en train d’écouter un romancier ?

Au moment où j’écris ces lignes, un dollar américain permet d’acheter environ 130 gourdes haïtiennes et 58 pesos dominicains. Un peso dominicain vaut donc environ 2,2 gourdes. Si Haïti remplaçait demain dix vieilles gourdes usées par une gourde neuve, aucun Haïtien ne pourrait s’offrir une minute de communication téléphonique supplémentaire. La question est : à quoi sert cette monnaie, et si quelqu’un souhaite la détenir ? Monseigneur, je suis constamment en déficit commercial avec mon supermarché local, qui ignore tout de mon métier. Merci de faire vos courses ici, monsieur. Alors, de quoi parle-t-on exactement ? De stabilité monétaire, de commerce, d’habitudes, ou d’autre chose ?

Laferrière n’a pas apporté de précisions ; il a laissé la tâche aux économistes. Il a ensuite changé d’unité d’analyse, passant du taux de change au coût de la vie du citoyen haïtien. Haïti était peut-être pauvre ; le Haïtien, affirmait-il, ne l’était pas.

Dany Laferrière est un intellectuel public, mais un intellectuel public n’est pas un ministre sans portefeuille. Il a quitté Haïti en 1976 et a passé la majeure partie du demi-siècle qui a suivi au Canada. Quelqu’un en Haïti lui a-t-il jamais demandé des explications sur le problème de productivité du Canada ?

C’eût été une interprétation raisonnable. Il semble tout à fait disposé à expliquer la situation en Haïti. Mais cette affirmation concernant le prix a-t-elle posé problème ? Une interview radio n’est pas un article de politique étrangère. Pourtant, si l’actif pertinent était l’individu haïtien, pourquoi la carrière de Laferrière elle-même servait-elle de preuve pour en déterminer le prix ? Tout dépend de ce qu’il entendait par « l’individu haïtien ».

Il pouvait vouloir dire l’une de ces trois choses : que les Haïtiens sont généralement appréciés à l’étranger ; qu’Haïti produit quelques personnes remarquables ; ou que de nombreux Haïtiens possèdent des aptitudes que leur propre pays ne leur donne pas l’occasion d’utiliser.

La première affirmation concerne la plupart des Haïtiens. La deuxième, les Haïtiens exceptionnels. La troisième, le talent inestimable. La carrière de Laferrière illustre la deuxième affirmation et constitue un argument convaincant pour la troisième. Quant à la première ? Cela supposerait un monde bien plus accueillant envers les Haïtiens que celui dans lequel je me suis réveillé ce matin.

Il existe une vieille anecdote concernant Abraham Wald et les bombardiers revenus de la Seconde Guerre mondiale. L’équipe de recherche avait repéré les impacts de balles et proposé d’ajouter du blindage aux endroits les plus endommagés. Wald leur conseilla alors d’étudier les zones intactes, là où un impact avait empêché un avion de rentrer.

Laferrière décrivait-il le sort habituel des Haïtiens à l’étranger, ou le cas rare de ceux qui parviennent à rentrer et à raconter leur histoire ? Je n’en étais pas certain. Son principal argument était son propre témoignage.

L’animateur n’a jamais posé la question qui allait de soi : un homme, quelques personnes remarquables, ou la plupart des gens ?

Je ne cache pas mon parti pris. La vie de Dany Laferrière ressemble à une réévaluation sur cinquante ans d’un actif que le marché ne pouvait initialement catégoriser : son prix exorbitant, finalement reconnu. Le marché a-t-il fini par découvrir sa valeur, ou est-ce l’exil qui a contribué à la faire reconnaître par la suite ?

Bien sûr, le talent était là ; il ne fixe pas son propre prix.

Dans une entrevue accordée à Christian Rioux pour Le Devoir en 2000 , Laferrière a déclaré qu’à son arrivée à Montréal, il avait refusé de « monnayer ma misère ». Autrement dit, le futur grammairien refusait de tirer profit de sa misère. Mais « monnayer » ( du latin « moneta ») signifie plus que « vendre ». Cela signifie transformer quelque chose en argent, le monétiser .

Le marché littéraire savait quoi faire de l’écrivain immigré. Raconter la nuit du départ. Raconter la prison. Raconter la douleur. Expliquer ce dont le nouveau pays vous avait sauvé. Être reconnaissant, si possible. Mieux encore : être reconnaissant sur le ton mineur convenu. Les marchés sont des êtres humains, mon ami. Laferrière possédait la matière première nécessaire. Sa douleur, disait-il, était trop profonde, alors il la dissimulait. Ce qu’il offrait en échange, c’était le rire, l’appétit, la provocation et la liberté de se définir autrement.

Son histoire : avant de quitter Haïti pour le Canada en 1976, il avait travaillé comme journaliste et animateur de radio.

Attendez… comment un adolescent devient-il journaliste ? D’après lui , il corrigeait Le Nouvelliste à dix-sept ans. L’adolescent ne supportait pas de laisser une phrase telle quelle. Un jour, trois hommes se sont présentés à sa porte. Quelqu’un avait parlé du garçon qui corrigeait le journal après les cours. «Pourquoi ne viendrais-tu pas écrire pour nous?»

L’audition s’est déroulée ainsi. Le rôle lui a été proposé par le biais d’une rumeur. Il avait dix-sept ans, et Le Nouvelliste était venu le rencontrer.

À Montréal, il a passé huit ans à occuper des emplois précaires, notamment en usine. Il s’est inscrit à l’université, mais l’a quittée au bout d’un mois. Sachant lire et écrire, il s’est tourné vers les grands maîtres. Il achetait des livres d’occasion, car les œuvres des meilleurs auteurs étaient généralement disponibles en seconde main.

Il parle de l’un d’eux comme d’un compagnon : « Rien ne m’empêcherait de parler à Montaigne un lundi matin. » L’affinité est manifeste, mais les conditions de vie étaient bien différentes. Montaigne s’était retiré dans une tour, où une traduction de Plutarque lui servait de bréviaire. Laferrière, lui, disposait d’une baignoire et lisait tout ce qui lui tombait sous la main. Les auteurs disparus ne leur demandaient aucun enseignement.

Le Français, au moins, avait la tour pour lui seul et des serviteurs pour lui apporter à manger. Pourtant, tous deux trouvèrent le moyen de se retrouver seuls avec leurs livres.

Depuis, il a écrit des dizaines de livres, mais il évoque cet accomplissement avec l’insatisfaction d’un détective dont le suspect court toujours. Écrire, dit-il, est une introspection. Après quarante ans d’écriture ininterrompue, il ignore encore qui il est.

L’enquête a débuté par un titre peu susceptible de favoriser l’admission de son auteur à l’Académie du cardinal Richelieu. Ce titre figure désormais sur la liste de lecture de la romancière Mona Awad, qui recense tout ce qui fait de Montréal une « ville d’extrêmes » : Comment faire l’amour à un Noir sans se fatiguer.

Richelieu fonda l’Académie en 1635. La même année, il réorganisa la Compagnie des Îles de l’Amérique , chargée de la conquête et du commerce des Antilles. L’histoire avait déjà écrit l’histoire. Une institution devait définir les règles de la langue française ; l’autre, attribuer des îles à la France. Les insulaires ne furent pas consultés.

L’Académie décidait qui pouvait parler au nom de la langue. L’imprimerie avait déjà affaibli ce pouvoir. Dès qu’un étudiant possédait le livre, il n’avait plus besoin du maître à ses côtés. Laferrière rencontrait ses maîtres dans une baignoire, sans demander la permission à personne pour entrer dans la tradition.

Le roman l’a rendu célèbre. Vulgaire ? Cela dépend à qui vous le demandez. Impossible à ignorer ? Assurément. Dany ne se serait pas présenté au Québec sur un ton mineur et convenu. Il serait arrivé en riant, en désirant, en choquant et en écrivant.

Puis vinrent d’autres livres. Parmi eux, * Je suis un écrivain japonais*, où un écrivain noir, Haïtien vivant à Montréal, résout le problème de l’identité nationale en se déclarant Japonais. Japonais, comme au Japon. Les autorités japonaises s’y intéressent. La solution de Laferrière face à cette catégorisation a souvent été de se reclasser lui-même. Le monde pouvait évaluer l’individu haïtien ; le romancier se réservait le droit de requalifier cette identité.

Prenez le titre du livre au pied de la lettre. Un Haïtien vivant au Canada se déclare écrivain japonais. Qui peut l’en empêcher ? Un bureau d’immigration peut lui refuser la nationalité. Mais il ne peut lui refuser l’adjectif. Laferrière a contourné les règles grammaticales. Il a d’abord écrit le livre, laissant l’identité se construire d’elle-même. Un gouvernement peut contrôler les passeports. La littérature, elle, conserve toute sa souveraineté sur les adjectifs.

Lors de cette même émission du vendredi, où il évoquait son livre « Tout bouge autour de moi » , il a raconté l’histoire d’une femme qui avait perdu trois proches lors du tremblement de terre de 2010 et qui, malgré cela, avait pris six motos pour aller acheter son livre. Laferrière avait vécu la catastrophe sur le court de tennis d’un hôtel de luxe et avait dîné de petits fours ce soir-là.

Elle n’avait pas besoin qu’il lui parle des morts, disait-elle. Elle les avait déjà chez elle. Il avait refusé, des décennies plus tôt, de vendre sa souffrance. Ce qu’elle achetait en revanche, c’était sa distance face à sa propre douleur : un répit loin de son chagrin.

Un homme arrivé à Montréal, qui a travaillé en usine, passé un mois à l’université et s’est fait connaître du monde littéraire avec son ouvrage * Comment faire l’amour à un nègre sans se fatiguer* , a été élu à l’Académie française en 2013. Il siège désormais au sein de la commission chargée de la rédaction de son dictionnaire.

Il ne s’agit pas d’une police des mots. La commission ne peut empêcher personne d’utiliser un mot, et l’Académie possède son propre dictionnaire, que les francophones sont parfaitement libres d’ignorer. Mais ses membres examinent les entrées, les définitions, les usages et les exemples. Et les exemples sont plus importants qu’il n’y paraît. Ils contribuent à façonner l’histoire des mots courants.

Mon exemple préféré est un lieu : Vertières.

La neuvième édition a nécessité près de quarante ans de travail. Les travaux ont débuté dans les années 1980. Le dictionnaire final a été présenté au président de la République française en 2024, avec environ 21 000 nouvelles entrées . Vertières n’en faisait pas partie. Laferrière a indiqué avoir collaboré avec Danièle Sallenave et Hélène Carrère d’Encausse pour intégrer Vertières à la neuvième édition, non pas comme une entrée à part entière, mais sous l’angle du mot « victoire ». Le dictionnaire y indique désormais que « des esclaves révoltés » ont vaincu les armées françaises à Vertières le 18 novembre 1803, mettant ainsi fin à la domination coloniale à Saint-Domingue.

Vertières sous victoire , dans la 9e édition du dictionnaire de l’Académie française.
Je n’avais pas l’intention d’aller à Vertières et je ne cherchais pas ce nom dans le dictionnaire. Un matin, je suis tombé dessus par hasard à l’entrée « victoire » .

La France a admis un Haïtien à l’Académie. Ce dernier a ensuite contribué à faire passer la défaite de la France pour une victoire . Vertières est entré par une porte dérobée.

Il raconte que ses collègues lui demandent parfois où il a acquis sa maîtrise de la grammaire française et sa connaissance des cultures française, américaine et japonaise. Sa réponse : Petit-Goâve, la ville où il a grandi. La grammaire, il l’a apprise à l’école qu’il y a fréquentée. Quant à la culture, il l’a découverte en lisant tous les livres qu’il pouvait trouver.

Pour un Français, dit Laferrière, une telle carrière est impensable . Même après les grandes écoles , un intellectuel français oserait difficilement imaginer atteindre le niveau de cet ouvrier sans avoir suivi le parcours traditionnel.

Le café est-il l’héritage ? Le vecteur ? Dans L’Odeur du café , publié en 1991, l’enfant est malade et incapable de rejoindre les autres enfants, alors il reste près de Da (sa grand-mère), observant les fourmis, la pluie, les chiens, les voisins et la vie du porche d’un village côtier se rassembler autour de l’odeur du café.

La maladie n’a pas fait de lui un artiste. La plupart des maladies restreignent le monde d’un enfant. Mais durant ses premières années, l’immobilité forcée lui a appris à être attentif. Petit-Goâve lui a appris à créer un monde à partir de ce que d’autres considéraient comme un simple décor. Là-bas, il ouvrait la fenêtre pour écouter les conversations sans filtre de la ville. Le Canada lui a fourni des lecteurs et un marché. Devrait-il pour autant s’attribuer le mérite de lui avoir donné l’habitude de voir et d’écouter ? C’est une question bien plus complexe. Je ne le crois pas.

En 1984, alors que je vivais en Haïti, mon ami Didi m’y a emmené. Petit-Goâve était un lieu cher à sa famille. Nous sommes arrivés à l’aube et avons rejoint la baie. Un père apprenait à son fils à pêcher depuis les rochers. Nous ne sommes pas allés nous baigner.

Didi mesurait un mètre quatre-vingt-quinze. Tout le monde le connaissait en ville. Nous sommes restés douze heures ; je ne suis pas revenu. Dix-huit mois plus tard, nous avions tous deux quitté Haïti.

Petit-Goâve accomplit un travail remarquable. Laferrière s’en sert pour expliquer une carrière. Moi, j’ai laissé douze heures expliquer mon lien avec ce lieu. Douze heures.

Laferrière nous dit qu’Haïti compte des centaines de milliers de personnes comme lui. Soit. La conversation radiophonique n’a jamais abordé leur cas. Un immortel a le droit à une petite exagération. La vie de Laferrière — ou la mienne, d’ailleurs — n’est pas un indicateur de ce qui arrive généralement aux Haïtiens. Placer l’individu haïtien en bourse était peut-être sa façon d’inciter les Haïtiens à investir en eux-mêmes. Ce qui est bien différent de leur donner une chance.

Ces centaines de milliers de personnes n’ont jamais eu cette opportunité. Elles n’ont jamais atteint le marché où la misère pouvait même être vendue.

D’autres sont partis, de leur plein gré ou contraints. Nombreux sont ceux qui se sont installés aux États-Unis et ont découvert que l’Amérique se décline en plusieurs versions. Dans l’une d’elles, l’office du dimanche peut être suivi d’une expulsion. Certains ont acheté des maisons, élevé des enfants, envoyé de l’argent à leur famille, ciré leurs chaussures, n’ont reçu aucune compensation financière, ont divorcé une ou deux fois, sont tombés malades, ont survécu à des accidents, ont perdu leur emploi, ont entretenu une relation avec leur famille ou se sont convertis à la religion, ont déneigé, ont appris à reconnaître une voiture inconnue, se sont disputés avec leurs enfants en deux ou trois langues, et ont découvert assez tard que quitter Haïti ne les avait pas exemptés de la mort. Nous appelons cela des vies ordinaires. L’histoire du rescapé de la Seconde Guerre mondiale est devenue un cliché, car l’erreur, elle, ne l’est pas. Une vie n’est pas un cliché.

Pour certains, l’émigration représentait l’espoir d’une retraite. Ces vies ne sont pas de simples consolations pour ceux qui n’ont pas intégré l’Académie. Elles constituent l’essence même de la diaspora haïtienne. En 2024, les transferts de fonds de la diaspora haïtienne ont représenté 17 % du produit intérieur brut du pays . Selon mes calculs, cela correspondait à environ 350 dollars par Haïtien, même si, bien sûr, cet argent n’a pas été distribué équitablement à tous.

Trois cent cinquante dollars, ça ne représente pas grand-chose à Brooklyn. Les économistes représentent cette différence par une courbe logarithmique. Les gens pauvres, eux, le savent sans même avoir besoin de courbe : moins on a d’argent, plus chaque dollar doit être utile.

Laferrière ne représente pas ces gens. Il est un mentor pour leurs fils et leurs filles. Un mentor n’a pas à garantir le résultat. Il élargit l’éventail des possibilités que d’autres peuvent imaginer. Quelque part, un jeune Haïtien lit un chapitre d’un livre d’occasion de plus.

Témoignages

Dany est un miracle de générosité, de talent, d’amitié. Son succès est toujours celui de nous tous…

— Emmelie Prophète, 12 décembre 2013

Assurément, c’est un grand écrivain et un homme délicieux.

— Le Figaro, 12 décembre 2013

L’irrésistible auteur de Je suis un écrivain japonais est un passe-frontière, comme le personnage de Marcel Aymé était un passe-muraille.

— Le Nouvel Observateur, 12 décembre 2013

L’itinéraire, depuis les premières tentations d’écriture au Petit Samedi Soir, d’un ton léger, d’une prose alerte, désinvolte, pleine d’humour, qui n’a cessé d’être une particulière histoire de style dans notre littérature pour dire la trame d’une vie et… enchanter une expérience d’Homme.

— Jean-Claude Fignolé, 12 décembre 2013

Il y a chez Laferrière une fascination pour autrui, pour les gens, pour les moments, pour les idées. Il vient d’un pays qui entretient un rapport particulier avec l’invisible, et il en vibre. Il possède cette forme de générosité absolue à l’égard de la créativité et de l’univers imaginaire des uns et des autres : comment les faire vivre de la manière la plus libre possible, sans contrainte sociale, de race ou de religion? Pouvoir n’être que ce que notre vision nous apporte. C’est l’être le plus généreux que je connaisse.

— Charlotte Rampling, 2018

Il y a des rencontres qui changent une vie. J’ai eu la chance d’être avec Laferrière en Haïti, alors que nous visitions des écoles. Lorsqu’il prenait la parole, on aurait dit un film : tout était si imagé qu’on pouvait voir ce qu’il racontait. J’étais subjugué. Et chaque fois que je le rencontre depuis, j’ai l’impression de devenir un peu plus intelligent.

— Lilian Thuram, 2018

Un écrivain d’exception et une œuvre marquée par la fulgurance de son écriture et la résonance du détail. De la galerie de sa grand-mère Da à l’Académie française, Dany Laferrière a déployé le français, l’alphabet torréfié, inscrivant l’Amérique contemporaine dans le sillon des littératures internationales. L’écriture en voyage et l’esprit en mouvement, ses livres traversent les frontières. Avec style et talent, le présent anobli, Dany Laferrière conte et raconte, l’émotion pour épicentre et l’éternité précipitée; transformant les lignes des pages et du temps en récit d’immortel.

— Assemblée nationale du Québec, 2025

Cette page rassemble des études universitaires et d’ordre général. Celles consacrées à un livre précis sont réunis sur leur propre page.

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