Éroshima / Fête chez Hoki

À Rita Hayworth, la star des pin-up, une rousse si explosive que la première bombe atomique fut baptisé.

D L

Couverture France — Zulma Poche

France

Zulma Poche
128 pages
ISBN : 979-10-387-0261-5

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Couverture Canada — Typo

Canada

Typo
160 pages
ISBN : 9782892951455

[VLB, 1987]

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Hoki, photographe de mode, est japonaise, implosive, radioactive. Elle fait l’amour 72 heures d’affilée, avant de s’éclipser en laissant son loft à l’écrivain. Bien décidé à ne pas quitter le futon, le voilà plongé dans Mishima, Tanizaki, Bashō… et le Kama-sutra.

Mais quand il apprend la mort de Rita Hayworth – effigie bien malgré elle d’une des premières bombes H –, c’est la déflagration. Alors l’écrivain dresse l’inventaire des corps, des visages, des êtres et des choses. Il faut tout noter. Car tout est précieux. Et tout disparaîtra.
Irrévérencieux, foisonnant et drôle.

Je ne m’intéresse qu’aux clichés et le premier cliché sur le Japon, c’est l’érotisme. Le deuxième : la Bombe atomique.

Regard sur l’œuvre :

Sexe, jazz et bombe
Jean Guay, Québec Français
1 septembre 1990

Dans le Village Voice de New York, on compare Dany Laferrière à James Baldwin, le plus grand écrivain noir américain. Au Canada anglais, la critique a été unanime et on le classe avantageusement parmi les meilleurs auteurs canadiens actuels. On voit en lui un Miller ou un Bukovski.

Dany Laferrière est un écrivain choc car il bouscule les idées reçues et dit les choses telles qu’elles sont réellement, sans détour. Il cherche constamment àdéstabiliser les fausses émotions. Comme Baldwin, qui a essayé de comprendre les Blancs avec comme conséquence que les Blancs ont ensuite essayé de comprendre les Noirs, il s’attaque aux mythes qui entourent les relations entre ces deux races.

Rétablir les faits

Le personnage de son premier roman, Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, est un jeune écrivain, surnommé Vieux, dont l’écriture d’une première oeuvre sert de toile de fond à ses réflexions, fantasmes et chroniques. En fait, « c’est un type, un Nègre, qui vit avec un copain qui passe son temps couché sur un divan à ne rien faire sinon à méditer, à lire le Coran, à écouter du jazz et àbaiser quand ça vient » (p. 55). Le copain en question se nomme Bouba et se délecte de Freud en attendant que saute la bombe… Très occidentaux ces Nègres! Avec Laferrière, finis l’exotisme afroprimitif, le vaudou et la chasse au lion! Il prend un malin plaisir à abattre les mythes un à un « Et moi, je voyais la fille hocher la tête, en extase devant un vrai de vrai, l’homme primitif, le Nègre selon National Geographic, Rousseau et Cie. Je connais très bien ce type etje sais qu’il vient, non pas de la brousse mais d’Abidjan, l’une des grandes villes d’Afrique, qu’il a longtemps vécu au Danemark et en Hollande avant de s’établir à Montréal. C’est un urbain et un occidental. Mais cela, il ne l’admettra devant aucune Blanche pour tout l’ivoire du monde. Devant le Blanc, il veut passer pour un Occidental, mais devant la Blanche, l’Afrique doit lui servir, en quelque sorte, de SEXE SURNUMÉRAIRE. » (p. 147). Cet extrait traduit bien le ton mordant et ironique du livre qui se présente comme un mode d’emploi pour éviter que l’on tombe dans le panneau; Laferrière a vendu la mèche et certains le lui ont reproché…

Cependant, outre, parfois, l’audace du propos très direct, ce qu’on retient de ces personnages, dont le passé importe peu est qu’ils se sentent tout à fait à l’aise dans notre culture que l’on croit exclusive aux Blancs occidentaux. Laferrière a voulu que Vieux et Bouba aient l’air de n’importe quel Noir qui déambule sur la rue et que les gens qui le croisent se disent qu’il peut penser aux mêmes choses, lire les mêmes livres: « En plus, un Nègre qui lit, c’est le triomphe de la civilisation judéo-chrétienne! La preuve que les sanglantes croisades ont eu, finalement, un sens. C’est vrai, l’Occident a pillé l’Afrique mais ce NEGRE EST EN TRAIN DE LIRE. » (p. 38).

Éroshima

Selon les dires mêmes de l’auteur, ce deuxième roman se veut encore plus révolutionnaire et stylisé; un livre pour lecteurs très tranquilles! Et c’est peut-être la raison pour laquelle on en parle moins. Laferrière, en effet, va plus loin; le Nègre a non seulement donné une claque aux Blancs dans leur propre culture, maintenant il élargit la sienne à l’Asie. L’axe Noir-Blanc devient l’axe Noir-Jaune: « Hoki a pour elle l’Orient sensuel et raffiné ». J’apporte l’endurance et la force. Tout l’Occident judéo-chrétien assista, IMPUISSANT, à ce qui se passa cette nuit-là au 4538, avenue du Parc. » (p. 18, Éroshima)

Qui est Dany Laferrière

Dany Laferrière est né à Port-au-Prince en Haïti. Très jeune, il prend conscience que les choses ne tournent pas rond dans ce pays; il était à peine âgé de cinq ans, lorsque son père, qui était ambassadeur en Italie, fut obligé de s’exiler à New York après avoir dénoncé le régime dictatorial de Duvalier, le père. Il ne le revoit qu’à sa mort.

Sous Duvalier fils, Dany Laferrière exerce le métier de journaliste et développe, dans ses reportages et critiques, un style très personnel qui peut s’apparenter à celui d’un Foglia. A son tour, il s’exile car il s’est attiré les foudres des autorités et sa vie est menacée. Déjà, il dérange et ne se gêne pas pour le faire. En 1978, à l’âge de vingt-cinq ans, il immigre au Québec et s’installe à Montréal. Commencent alors des années très difficiles où emplois de toutes sortes et déménagements se succèdent. Puis le vent tourne et il fait son entrée au petit écran à Télévision Quatre-Saisons où il « anime » la météo. En effet, si son style peu orthodoxe déplaît à l’establishment Haïtien qui le voit comme un bouffon, il attire tout de même l’attention. Premier noir francophone dans une salle de nouvelles comme journaliste permanent, il participera ensuite à « 100 limite », au « Petit journal », à « la course Amérique-Afrique » et, plus récemment, à « La bande des six ».

Il a publié deux romans, Éroshima (1987) et Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer (1985) qui a été porté au grand écran et qui soulève présentement la controverse aux États-Unis. Donc, cinq ans après la parution de ce premier roman, on en parle encore et l’on a pas fini d’en entendre parler. Comme il le dit lui-même: « C’est l’expression qui m’intéresse, être un homme libre qui s’exprime, que ce soit à la télévision, dans les romans ou au cinéma. J’aime bien être connu dans des milieux différents. Ce qui m’intéresse, c’est l’individu en mouvement qui marche et parle, en quête de vérité et de lucidité ».

Éroshima

Ce deuxième roman, qui est pratiquement passé inaperçu, va cependant encore plus loin; les idées révolutionnaires du premier se transforment en actes. Le Nègre a non seulement donné une claque aux Blancs dans leur propre culture, maintenant il élargit la sienne à l’Asie, un peu comme s’il se disait que l’Occident c est bien beau mais qu’il y a aussi autre chose, en l’occurrence l’Orient et tout le mystère qu’il évoque. L’axe Noir-Blanc peut devenir l’axe Noir-Jaune: « Hoki a pour elle l’Orient sensuel et raffiné. J’apporte l’endurance et la force. Tout l’Occident judéo-chrétien assista, IMPUISSANT, à ce qui se passa cette nuit-là au 4538, avenue du Parc » (p. 18, Éroshima). Et on s’en doute car chez Laferrière, l’érotisme est roi! D’où le titre plus qu’évocateur.

L’action se résume en bien peu de mots parce qu’encore une fois elle sert de prétexte à l’imaginaire fantasmatique de l’auteur savoureusement alimenté par Rita Hayworth, le saké et la bombe atomique, l’orgasme ultime ! Et tout cela se passe dans un appartement de Montréal, celui de Hoki où séjourne son premier amant Nègre, très heureux de sa situation. Frère jumeau du personnage principal de Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer, il jouit de la vie dans tous les sens du mot, de son lit, au centre du monde. En attendant la bombe, sexuelle ou à retardement, peu importe. Selon les dires mêmes de l’auteur, ce deuxième roman se veut plus recherché et les petits détails qui retiennent l’attention ne sont pas fortuits; c’est un livre pour lecteurs très tranquilles qui aiment prendre tout leur temps ! Cette minutie contribue à rendre plus tangible et réaliste l’atmosphère toute orientale du récit. Si, dans le premier roman, l’impression d’une certaine trame linéaire pouvait se dégager, Éroshima éclate dans tous les sens, tout en les mettant à contribution, littéralement comme une bombe. Mais elle est sans danger, elle fait du bien.

Avec ces deux oeuvres, Dany Laferrière pose les premiers jalons qui l’amèneront sûrement à être reconnu comme écrivain de premier ordre de la modernité québécoise et, sans doute, hors-frontière. Il prépare actuellement un. nouveau roman qui touchera, cette fois-ci, aux relations entre Noirs. Surveillez bien la controverse que ce thème va soulever!

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Un croqueur de vie et de vies au style unique. »
– Valérie Marin La Meslée, Le Point

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Une pure fantaisie de l’académicien, à lire dans un bain chaud.
– Gladys Marivat, Le Monde des Livres

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C’est Dany Laferrière qui s’y colle, avec son humour, son sens de la dérision et de l’ironie. (…) Ça croque sous la dent, ça fond dans la bouche.
– Lire Magazine

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Il y a dans celui-là une véritable sensualité qui nous fait vibrer, et nous avons qu’une hâte à la fin du récit : rencontrer Hoki ! C’est un petit texte (trop court snif) qu’on déguste un peu comme un fruit exotique, entre le besoin de tout manger et l’envie de déguster chaque saveur. En bref, très chouette !
– Coup de cœur de Fanny de la librairie Murmure des mots à Brignais

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Une ode à la sensualité
– Le Parisien week-end

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Livre à offrir en cadeau? Eroshima! pour son cabotinage et son humour. — Françoise Careil, Nuit Blanche

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Avec sa mise en scène généralisée et ostentatoire d’éléments ethniques, culturels et érotiques éculés, le récit, loin d’être simplement cocasse ou provocateur, s’avère une herméneutique du stéréotype.  
Voix et Images

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Cet humour irrévérencieux et provocant n’est pas gratuit. Au contraire, il vient remettre en cause avec une évidente efficacité la légitimité du monde actuel.
 — Guy Cloutier, Le Soleil

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TV5Monde, L’invité, au micro de Patrick Simonin (2 mai 2024)