Vers le sud

Le pouvoir, l’argent et le sexe, disait mon prof d’histoire, voilà le trio infernal qui mène les hommes. Quand vous aurez compris cela, messieurs, vous aurez tout compris. Et l’amour? Écoutez, on parle de choses sérieuses ici, lançait-il alors de sa voix tonitruante…
D L

Couverture France — Le Livre de Poche

France

Le Livre de Poche
240 pages
ISBN : 9782253156666

[Grasset]

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Couverture Canada — Boréal

Canada

Boréal
256 pages
ISBN : 9782764604588

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Le Sud. Haïti. Lumineux. Sensuel. Séduisant. Tous les personnages de ce roman en subissent l’attrait. Ils en rêvent, ils s’y rendent. Les voici, Occidentaux prisonniers de valeurs utilitaires, charmés par la chaleur, la lumière, les couleurs, les corps. Propriétaires de bar ou femmes d’affaires de Montréal ou de New York, ils quittent les illusions de la réussite pour dériver doucement vers une nouvelle vie. Ils y feront de troublantes découvertes. Un roman sensuel, troublant, sur l’attirance des chairs.

Regard sur l’œuvre 

Si on n’avait pas l’art, on n’aurait aucune dignité humaine. On ne pourrait survivre comme individu, et personne ne s’intéresserait à nous.
– D. L., en entrevue avec Marie-Claude Fortin, La Presse
26 février 2006

Dany Laferrière, écrivain du monde

Articles dans Le MondeL’ExpressLe PointLe Figaro, apparitions à la télé et entrevues dans les radios, voilà qu’en France, on réalise l’importance d’un auteur qu’ici, on apprécie depuis 20 ans.

Lisez un extrait de Vers le Sud (document PDF)

Alors que prend l’affiche Vers le Sud, le film de Laurent Cantet mettant en vedette Charlotte Rampling et Louise Portal, et que la nouvelle mouture du livre qui l’a inspiré paraît chez Grasset en France (et chez Boréal au Québec), Dany Laferrière fait les manchettes des journaux parisiens. Pourtant, il y a longtemps que ses romans sont publiés outre Atlantique. Mais c’était chez Le Serpent à plumes, une maison de qualité, mais petite. En passant chez Grasset la vénérable, Dany Laferrière est passé du statut d’inclassable (ni vraiment de la créolité ou de la négritude, à la fois Haïtien, Québécois, Américain), à celui d’incontournable.

Ce n’est pas seulement d’Haïti, dont nous parle Laferrière, d’un livre à l’autre. Ce n’est pas seulement d’exil, même si «tout individu, tout écrivain est en exil de son enfance et de son adolescence». «Ce que j’essaie de faire avec tous mes livres, dira-t-il, c’est de montrer qu’il y a autre chose, à Haïti, que ce que l’on veut bien nous montrer. Qu’il y a une sensibilité haïtienne.»

«La dictature est l’arbre qui cache la forêt, disait-il en entrevue au Monde. Moi, j’ai voulu dépeindre la forêt.» «Je suis submergé par ces journalistes qui veulent que j’explique les choses uniquement par le biais de l’actualité politique et des grands contrastes sociaux, nous confie-t-il. Mais j’ai démissionné; je n’explique plus l’actualité politique haïtienne, moi je veux plonger plus dans l’émotion.»

Et dans Vers le Sud, «un recueil d’histoires entrelacées qui forment un roman», ainsi que le décrit joliment l’éditeur français, l’émotion se décline sous toutes ses formes: jalousie, peur, haine, joie, passion, désir et séduction. Et l’art – la musique, la poésie, la peinture – traverse ces histoires. Cette Américaine, qui se découvre une passion pour Haïti en contemplant une peinture naïve que son père lui a donnée, c’est un peu nous, lecteurs, qui découvrons le pays de Laferrière à travers ses artistes. «La peinture, la poésie, la musique, ce sont des choses qui expliquent le pays beaucoup mieux que des mots, qui donnent la possibilité de voir une autre facette de Haïti, croit Laferrière. C’est très important de déplacer le focus, de temps en temps.»

L’envers de la médaille

Son Haïti natale, qu’il a dû fuir il y a trente ans, Dany Laferrière en parle encore et toujours avec fierté. «Dans ce pays où la situation économique est plus que désastreuse, la culture demeure très puissante. On nous avait pourtant dit que l’art était quelque chose qui arriverait en plus, comme le glaçage sur le gâteau, une fois que les besoins fondamentaux – se nourrir, se vêtir, travailler – seraient remplis. Mais ce n’est pas vrai. Haïti survit par l’art. Si on n’avait pas l’art, on n’aurait aucune dignité humaine. On ne pourrait survivre comme individu, et personne ne s’intéresserait à nous.La culture en Haïti est populaire, poursuit-il. Alors que presque partout dans le monde, la peinture, par exemple, est un art bourgeois, en Haïti ce sont les paysans qui la font. Et c’est la même chose pour la musique. L’art pleut partout, autant chez les pauvres que chez les riches.»

Et la littérature continue de fleurir, envers et contre tout. «C’est une littérature qui existe depuis avant l’indépendance, et qui survit malgré le fait que les écrivains doivent financer eux-mêmes leurs livres – ils publient à compte d’auteur! Quand on vit à Montréal, on peut finir par croire que la littérature ne peut qu’être subventionnée. Je n’ai rien contre, mais il faut se rappeler que la littérature, c’est de l’art! Son but premier, ce n’est pas un but uniquement marchand. C’est l’expression de soi!»

Cent fois sur le métier

Aujourd’hui, l’auteur d’un premier roman mémorable, Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, paru il y a vingt-et-un ans, a décidé qu’il n’écrirait plus de nouveaux romans, mais qu’il réécrirait. «Je retourne sur mes traces pour mieux écrire, et réécrire, et peut-être même, dans vingt ans, réécrire ceux qui ont déjà été réécrits. Je rêve de ça! C’est une question de tempérament, explique Laferrière. Tout nous pousse à progresser, et moi je ne veux pas progresser (rires!). Ce qui est important pour moi, c’est la configuration d’une oeuvre. Ce que j’ai voulu dire dans un livre, je me demande si je peux mieux le dire. C’est ça qui m’importe.»

Pour l’auteur du Pays sans chapeau, écrire est moins une affaire de style qu’une question de témoignages. «Il faut d’abord fonder la littérature, insiste-t-il. Et ça, on le fait avec le contenu. Il faut dire la vie réelle des gens, et après, le style viendra comme la cerise. Ne nous laissons pas prendre par ceux qui ont des siècles d’histoire littéraire derrière eux, et qui nous disent que la littérature c’est d’abord et avant tout affaire de style. Un peuple n’a pas de littérature s’il n’y retrouve pas ses grands récits.»

Vers le Sud : invitation au voyage dans l’imaginaire haïtien

Il a dix-sept ans (il en avait quinze dans Le Goût des jeunes filles), il s’appelle Fanfan, c’est un jeune faune qui attire les femmes comme d’autres les ennuis. Et c’est à sa suite que l’on est invité à pénétrer dans l’univers de Vers le Sud, version revue et peaufinée de La Chair du maître, paru d’abord en 1997 chez Vlb, puis repris par l’auteur, suite logique de cette vaste opération de réécriture que Dany Laferrière a entreprise il y a quelques années. De La Chair du maître, ce gros roman touffu, surpeuplé, l’auteur a gardé, parmi ses personnages, ceux qui suivaient la même direction, la même flèche, Vers le Sud.

Comme cette femme blanche, d’âge mûr, Mme Saint-Pierre, enseignante dans un collège huppé de Port-au-Prince que fréquente la soeur de Fanfan. La mère de Fanfan, reconnaissante, lui confectionne gratuitement des robes. «Tu comprends, Fanfan, c’est grâce à elle si ta soeur peut fréquenter cette école». Or tout ce que Fanfan comprend, c’est que cette femme exploite sa mère.

Dans une Haïti où la nuit, les «chiens» (les Tonton Macoute) sont «lâchés», où l’on ne peut être riche que si nos parents l’ont été, et avant eux, nos grands-parents, mais où «tout semble possible», Fanfan découvre le pouvoir subversif de la séduction. Dans les bars, auprès de ses semblables, Charlie, Legba, les musiciens, les filles qui leur tournent autour, en observant les gens s’entredéchirer pour un morceau de chair fraîche, ou simplement par orgueil. Et les touristes, les femmes d’ambassadeurs, donner leur âme pour que l’on prenne leur corps. Ces femmes blanches, qu’une image d’Haïti ont un jour séduites, et qui cherchent en ce pays la chaleur ou une raison de vivre. Comme Brenda, Ellen et Sue, que l’on retrouve dans le film de Laurent Cantet, elles «vont vers la mer. La mer qui n’a pas d’âge. Et face à l’éternité turquoise, cinquante ans ne sont pas bien loin de dix-sept ans».

Campé dans l’Haïti des années 70, mais écrit dans un éternel présent, Vers le Sud est une invitation à découvrir par l’imaginaire un pays où le désespoir côtoie la joie, où la pauvreté ne vient pas à bout de l’exubérance, ni le danger, du désir. Ce désir qui, au fond, «a toujours été le moteur de l’histoire».

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VERS LE SUD, Dany Laferrière, Boréal, 250 pages

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Un peu comme le Douanier Rousseau, il offre dans ses romans un univers incroyablement riche, qui doit beaucoup à la peinture et mobilse tous nos sens. 
– François Vey, Le Parisien.

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L’auteur entrelace le désir et l’argent, la misère sexuelle des riches, et la vraie, celle des pauvres. Une fièvre à donner des sueurs froides. 
– Patrick Grainville, Le Figaro littéraire.

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Une livre qui se lit avec énormément de plaisir.
– Chantal Jolis, Radio-Canada, Indicatif présent

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Campé dans l’Haïti des années 70, mais écrit dans un éternel présent, Vers le Sud est une invitation à découvrir par l’imaginaire un pays où le désespoir côtoie la joie, où la pauvreté ne vient pas à bout de l’exubérance, ni le danger, du désir. Ce désir qui, au fond, « a toujours été le moteur de l’histoire».
– Marie-Claude Fortin, La Presse

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