En 1985, Dany Laferrière faisait son entrée en littérature avec un roman subversif et enfiévré, d’un humour irrésistible. Quatre décennies plus tard, le livre n’a rien perdu de sa force. Dans la présente édition, Laferrière a revisité son texte en réalisant, pour chacun des vingt-huit chapitres, autant d’illustrations légendées qui continuent de faire, de ce premier roman, une fête.
première édition: VLB, 1985 autres éditions épuisées:
Belfond, 1989
Motifs (poche), 1999 [Serpent à plumes]
J’ai lu (poche), 2001
Deux jeunes hommes dans la moiteur d’une chambre poisseuse de Montréal. Torse nu sur son divan, l’un écoute du jazz en philosophant. L’autre rêve de devenir écrivain. Il lit Baldwin, Hemingway, Miller ou Bukowski, et s’extasie devant l’appétit sexuel des jeunes filles sérieuses. Ensemble ils dissertent sur la beauté et l’origine du désir, sur la Blanche et le Nègre. Et ça fait des étincelles. Machine à écrire, ruban neuf, papier immaculé : la vieille Remington 22 dégotée chez le brocanteur est riche de promesses… L’écrivain est en route !
Hautement incisif, terriblement insolent, irrésistiblement drôle, le premier roman de Dany Laferrière n’a pas pris une ride. Un hymne à la littérature en mouvement.
Chapitres
Le Nègre narcisse
La roue du temps occidental
Belzébuth, le dieu des Mouches, habite l’étage au-dessus
Le Nègre est du règne végétalæ
Le cannibalisme à visage humain
Quand la planète sautera, l’explosion nous surprendra dans une discussion métaphysique sur l’origine du désir
Faut-il lui dire qu’une bauge n’est pas un boudoir?
Et voilà Miz Littérature qui me fait une de ces pipes
Miz Après-Midi sur une radieuse bicyclette
Une Remington 22 qui a appartenu à Chester Himes
La drague immobile
Miz Suicide sur le divan
Un bouquet de lilas ruisselant de pluie
Comme une fleur au bout de ma pine nègre
Nous voici Nègres métropolitains
Une jeune écrivain noir de Montréal vient d’envoyer James Baldwin se rhabiller
Rythme électronique pour Miz Orange mécanique sur fond de conga nègre
Une chronique de ma chambre au 3670 rue Saint-Denis
Miz Snob sur un air d’India Song
Miz Mystic revient du Tibet
Le poète nègre rêve d’enculer un bon vieux stal sur la perspective Nevsky
Le pénis nègre et la démoralisation de l’Occident
Le chat nègre à neuf queues
L’Occident ne s’intéresse plus au sexe, c’est pourquoi il essaie de l’avilir
Le premier Nègre végétarien
Ma vieille Remington s’envoie en l’air en sifflotant « y’a bon banania »
Les Nègres ont soif
On ne naît pas Nègre, on le devient
Regard sur l’œuvre
Une histoire loufoque, abracadabrante. C’est tellement fait avec humour! — Denise Bombardier, Radio-Canada, Le lait chaud 1985
Dany Laferrière, première apparition à la télévision, 1985.
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Moi, je voudrais être Blanc. Bon, disons que je ne suis pas totalement désintéressé. Je voudrais être un Blanc amélioré. Un Blanc sans le complexe d’Oedipe. – Dany Laferrière, propos recueillis par Ivanhoé Beaulieu, Le Devoir 23 novembre 1985
Comment lire un roman sans se fatiguer
Dany Laferrière, Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, Montréal, VIB éditeur, 1985, 151 pages.
DANY LAFERRIÈE aurait pu tout aussi bien intituler son roman Manuel de savoir-draguer à l’usage des nègres et des blanches qui fréquentent les bars de Montréal. A la place, il a choisi Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer. Mais, dans les deux cas, l’intention codifiante est la même. Le piège aussi.
Car ce que nous propose Laferrière ici pourrait se confondre en apparence à un code de savoir-vivre; l’humour en plus. Cet humour — qui va du rose au noir et du noir au rose — empêche d’ailleurs Comment faire l’amour… de sombrer dans une banale histoire mélodramatique de Noirs victimes et de Blancs racistes. Attention: Laferrière est bien assez futé pour s’apercevoir que, dans la vie, il y a des victimes et des bourreaux. Qu’elles sont souvent nègres et qu’ils sont souvent blancs.
L’astuce de Laferrière — car il y a une astuce ici — se trouve dans ces descriptions en apparence sommaires et lapidaires de rencontres de drague et de baise entre des nègres et des blanches. Le tort serait de s’en tenir au seul plan de l’humour. Sans bien voir ce qu’il recèle.
Deux jeunes Noirs partagent un minable studio de la rue Saint-Denis, près du square Saiint-Louis. Bouba, affalé sur son » divan « , partage lascivement son temps entre le sommeil, le jazz et la lecture de l’oeuvre complète de Freud. Il ne drague pas. C’est plutôt l’autre, le narrateur, grand liseur devant Allah et les hommes.
Voilà que ce narrateur — qui tient une sorte de journal épisodique –rêve d’un grand roman qui lui apporterait gloire et fortune. Entre eux, les palabres s’éternisent. De quoi parle-t-on ? De la littérature (décidément, ce narrateur a tout lu), de la musique (Bouba, lui connaît tout du jazz), du Prophète et des sourates de son Coran, de Freud et… des filles. Mais aussi du sort de la culture judéo-chrétienne, des rapports entre Blancs et Noirs. Une sorte de » condition humaine. » qui se déroulerait sur arrière-plan de bars et de discothèques.
Nos deux complices sont les seuls à savoir qu’ils sont à la fois musulmans et occidentaux. Pour les autres — les filles surtout, les Blanches –ils sont le » primitif « , 1′ » Africain « , le « naïf « , le bon nègre de Jean-Jacques Rousseau. Comme l’écrit habilement le narrateur-écrivain à l’occasion d’une entrevue avec Denise Bombardier: » Leur foi appartient à l’islam, mais leur culture est totalement occidentale. […] Allah est grand, mais Freud est leur prophète. «
Pour le reste, le roman tourne donc invariablement autour de la drague et de la baise. À vrai dire, c’est ce qui préoccupe le plus nos deux comparses dès qu’il est question des » autres ·: baiser nègre, c’est baiser autrement ! L’Amérique amie foutre autrement. La vengeance nègre et la mauvaise conscience blanche au lit, ça fait une de ces nuits. Et ceci:, Le nègre était la dernière bombe sexuelle capable de faire sauter la planète. » Et puis ceci encore: » Connaissez-vous un Blanc qui désire, ainsi, de but en blanc, devenir nègre ? Peut-être y en a-t-il mais c’est à cause du rythme, du jazz, de la blancheur des dents, du bronzage éternel, du fun noir, du rire aigu. Je parle d’un Blanc qui voudrait être Noir, juste comme ça. » Et le clin d’oeil de l’auteur qui, prestement, suit aussitôt: » Moi, je voudrais être Blanc. Bon, disons que je ne suis pas totalement désintéressé. Je voudrais être un Blanc amélioré. Un Blanc sans le complexe d’Oedipe. «
Autant rêver à la quadrature du cercle ! Laferrière le sait aussi. Il a pris le parti de se moquer doucement de tout cela. Le résultat, ma foi ! étonne. Du moins, rien jusqu’ici de semblable dans une littérature où tout est invariablement blanc.
Je ne sais pas si le roman de Laferrière aura auprès des Noirs de Montréal le succès qu’il devrait mériter. Les » autres « , nous, vont lui réserver sans doute un bon accueil. Attention, sachons tout de même lire à la fois sur les lignes et entre les lignes. Et le portrait qu’on trace de nous n’est pas aussi blanc qu’on le croit. On ne s’aimera pas toujours dans ce miroir qu’on nous tend.
Avec une économie de mots très efficace, Laferrière a le don de nous faire saisir les sentiments et les situations qu’il décrit. Sa façon de manier les dialogues et les descriptions révèle une très grande assurance d’écriture. Quelques répliques suffisent généralement. Des exemples ?
Le narrateur se retrouve chez une fille, Miz Snob: » On a parlé de Hölderlin, le vieux toqué, sur fond Rampal. Très snob. Vieux. — As-tu lu Burroughs ? — Oui. Dans le genre, je préfère Corso. Et celui-ci: » Un clochard s’approche de moi […]. Il sort de sa poche un minuscule morceau de papier. — R’garde. Qu’est-ce que tu vois là ? – Une carte de l’Afrique découpée d’un Time magazine. Il me regarde droit dans les yeux. — C’est ça. Comment le sais-tu ? C’est écrit en bas de la carte. — Oh ! t’es un intellectuel, toi. «
Ne vous y trompez pas ! Le roman de Laferrière est amusant, il n’est pas superficiel. Tout est, au bout du compte, une question de registre. Celui de Laferrière me semble d’une justesse remarquable. Il y avait longtemps qu’un même livre ne m’avait autant diverti et… laissé songeur. À lire avant de s’endormir, Pour rêver aux nègres ou aux filles.
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Chacun lit avec un certain plaisir ce livre dans lequel il ne se passe pourtant pratiquement rien. Petit à petit, au sein même du discours, s’organise une étrange progression qui reflète, tant bien que mal, la montée du Noir vers une certaine émancipation. Le je-m’en-foutisme apparent du narrateur recouvre le plaidoyer doux-amer d’une sorte de glaçage destiné à rendre le roman plus séduisant et plus digestible. » – Gabrielle Poulin, Le Devoir 1 février 1986
« Comment faire l’amour à un Nègre sans se fatiguer » de Dany Laferrière Le roman d’un dandy noir
Attention! Le roman de Dany risque de décevoir quiconque cherchera dans ce livre la marche à suivre annoncée par le titre: Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer (1). Il y a bien un Nègre dans ce roman. Deux Nègres même. Bouba et le narrateur vivent dans une chambre miteuse, à deux pas du carré Saint-Louis. Le premier, couché sur un vieux divan, passe son temps à dormir, à lire le Coran et l’oeuvre de Freud; tout en écoutant les lectures et la musique de Bouba, le second essaie d’écrire un roman. Les deux amis ont en commun leur condition de chômeurs et un appétit sexuel d’ogre que seule peut calmer sinon assouvir.., la Chair blanche. Nécessaire à leur subsistance, plus que toute autre, cette denrée leur tombe littéralement du ciel chaque jour, avec la bénédiction d’Allah et de Freud, son prophète ».
S’il y a bien une recette dans le roman de Dany Laferrière, celle-ci consiste, comme dans un trop grand nombre de premiers romans, à décrire la marche qui a été suivie par le romancier de la fabrication de son ouvrage. Autrement dit — qu’on me pardonne la trivialité de cette comparaison –, à ses hôtes, sûrs d’avance de leur plaisir, le chef offre, à titre gracieux, le secret de sa précieuse recette. Il énumère les ingrédients. Il suggère les mesures requises. Il insiste sur la nécessité du parfait brassage. Une fois le gâteau levé — car il lève –, il importe de le bien glacer, de le décorer, de le mettre en vente et d’en faire la publicité.
Le romancier s’arrange pour leur faciliter le devoir de la dégustation en leur faisant venir l’eau à la bouche. Il importe peu, à vrai dire, au narrateur de Comment faire l’amour avec un Nègre… d’être invité par soeur Angèle, mais que ne donnerait-il pas pour être distingué, appelé, reçu par la grande, l’inimitable, la célèbre Denise Bombardier? Le roman se termine donc sur cette apothéose: le romancier noir rêve qu’il est assis en face de la toute blanche Miz Bombardier, qui, elle, fait face à la caméra, dans le studio d’enregistrement de… « Noir sur blanc ». Pour l’occasion, le romancier, qui est un homme-orchestre, s’est faire recherchiste: les questions de Miz Bombardier collent au livre. L’invité a raison de jubiler, il vient d’écrire sa dernière recette infaillible: comment réussir une entrevue avec madame Bombardier sans se fatiguer.
Il arrive que le rêve devienne réalité. L’auteur de Comment faire l’amour avec un Nègre.., a été effectivement invité par Denise Bombardier. Grâce à la magie du petit écran, le premier roman de Dany Laferrière a pu entreprendre une carrière prometteuse.
Chacun lit avec un certain plaisir ce livre dans lequel il ne se passe pourtant pratiquement rien. Où puise-t-on l’inspiration pour écrire cent cinquante pages sur la façon de vivre de deux Nègres chômeurs, une fois qu’on a décrit leur appartement, les bruits environnants, les maigres repas identiques; une fois qu’on a brossé le portrait caricatural des étudiantes de McGill University ou des demoiselles d’Outremont qu’on ramène à la chambre et à qui on donne des surnoms: Miz Littérature, Miz Après-Midi, Miz Suicide, Miz Snob, Miz Mystique…? Il reste le recours à ce qu’on pourrait appeler !es péril?éries de la parole: la discussion, !’énumération, !’étalage de ses connaissances dans des domaines aussi divers que la musique de jazz, la politique, l’histoire et la littérature. Voilà autant de réservoirs où puiser le renouvellement d’une inspiration improvisée qui menace a tout instant, en se tarissant, de figer dans son mouvement jazzé une écriture alerte, vive, qui utilise volontiers un vibrato rapide ainsi que !es sons bouchés et grinçants.
Petit à petit, au sein même du discours, s’organise une étrange progression qui reflète, tant bien que mal, la montée du Noir vers une certaine émancipation. Sur un ton badin et, il faut bien le dire, avec un humour racoleur un peu trop appuyé, Dany Laferrière rend compte, dans les titres même des courts chapitres (28) de son roman, de l’ascension des Noirs dans l’échelle ontologique et dans l’échelle sociale. Après avoir choisi de citer l’article premier du Code noir, (1685), en guise de texte liminaire « Le Nègre est un meuble », le romancier affirme: « Le Nègre est un règne végétal ». Pour décrire la puissance du Nègre, il n’hésite pas a écrire: « le chat nègre a neuf queues. » Le Nègre cannibale ambitionne de manger l’Amérique, mais parce qu’il est devenu Nègre métropolitain, il doit s’initier à la cuisine végétarienne. Enfin, au bout de son long périple, notre Nègre moraliste peut s’écrier: « On ne naît pas Nègre, on le devient. »
Pourquoi, se demandera-t »on, Dany Laferrière a-t-il choisi de traiter sur un ton aussi désinvolte un problème aussi grave et d’une aussi criante actualité que celui des préjugés qui, aujourd’hui comme hier, pèsent sur la négritude? Le je-m’en-foutisme apparent du narrateur recouvre le plaidoyer doux-amer d’une sorte de glaçage destiné à rendre le roman plus séduisant et plus digestible.
En réalité, le « romancier fictif » de Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer présente plusieurs caractéristiques qui l’apparentent au dandy. A la « prétention à l’élégance et au suprême bon ton », qui constitue l’aspect le plus superficiel du dandy, il allie, heureusement!, le scepticisme, une certaine dose d’impassibilité et une tendance à l’esthétisme qui donnent une certaine profondeur à son dandysme (2). En feuilletant, ces jours-ci, !’essai magistral que Michel Lemaire a écrit sur le Dandysme de Baudelaire à Malarmé, j’ai cru voir l’ombre noire de notre romancier noir se faufiler parmi les célèbres et originaux dandys de la littérature. Dans le roman de Laferrière, le personnage du romancier ne saurait, lui non plus, se définir autrement qu’en fonction d’une société à laquelle il s’oppose. Quand il se pavane, autant devant ses pairs que devant !es Blanches qu’il séduit, quand il fait la roue au milieu d’un texte dans lequel il se complaît comme devant son propre miroir, ne tente-t-il pas, à l’instar de ses ancêtres dandys, de manifester, « au sein même d’un quotidien laid et mesquin, sa beauté et son aristocratie » Au symbole du paon blanc qui exprime si brillamment la réalité du dandy, l’on aurait envie, après avoir lu le roman de Dany Laferrière, d’adjoindre l’image du paon noir qui se contemple et, imperturbable, cherche dans le regard de deux qui l’observent, le reflet de sa sombre beauté.
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Le seul de mes livres qui ne m’appartient pas. Il appartient même à ceux qui, sans l’avoir lu, ne se gênent pas pour le commenter. – Dany Laferrière, propos recueillis par Chantal Guy, La Presse 1 juillet 2007
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Parmi les 25 romans qui ont défini le Québec – L’actualité, 2022
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Oui, j’aime ce texte déflagrant et centrifuge qui m’explose la tête et me colle à la paroi de mon crâne. — Daniel Picouly, Lire Novembre 2020
Comment faire l’amour avec trois points de suspension? C’est la question que pose aujourd’hui la réédition chez Zulma du premier roman de Dany Laferrière Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer. Soyons clair et définitif: ce roman est un… absolu. (Le mot «chef-d’œuvre» est tellement rongé par la suspicion de connivence que je l’ai laissé en suspension.) Je cède à une tentation d’époque pour la castration lexicale. Une tartufferie en vogue du « Cachez ce mot que je ne saurais voir» qui surligne l’absence pour mieux la montrer, pour mieux faire désirer la chose. Surtout quand le Nègre est le mot et la chose. L’exergue du roman le rappelle : « Le Nègre est un bien meuble, Code noir 1685. » Trois cents ans pile avant la première parution du roman au Québec. Aujourd’hui, pour ce Code, Colbert est en instance de déboulonnage. Le dernier épisode de cette Disparition à la Pérec est le livre d’Agatha Christie, Dix petits nègres, devenu Ils étaient dix. Dix quoi? Qu’y a-t-il derrière ce mot «Nègre» qu’on s’ingénie à nous cacher? L’affaire n’est pas d’hier. Déjà, on avait éliminé le Nègre associé aux plaisirs de bouche. La tête de nègre a été décapitée en pâtisserie publique, là où on peut encore déguster laïquement religieuses et pets-de-nonne. La boule meringuée au chocolat est parfois appelée « me’veilleux » ou « inc’oyables », références à ces extravagants du Directoire qui ne prononçaient pas les « r » par imitation (dit-on) des Nègres. Autre plaisir gourmand suspect de lascivité: la danse. Le Bal nègre du 33 rue Blomet dans le 15e fut rebaptisé en 2017, après polémique, Bal Blomet. Exit le souvenir de Cocteau, Queneau, Camus, Prévert, Gréco, Vian, Beauvoir et Sartre, rare détenteur de trois points de suspension avec La P… respectueuse. Jusqu’en 1962, le mot « putain » dans une œuvre littéraire pouvait être l’objet de poursuite pénale. Pour mémoire, la pièce de Sartre (1947) se déroule dans le sud des États-Unis. L’histoire de deux Noirs accusés à tort d’un viol par un Blanc. Lap… restera respectueuse et le Noir de la distribution restera « l’homme noir » sans nom. L’acteur en avait un : Habib Benglia, premier Noir dans les années 1920 à avoir joué des rôles du répertoire classique. Hommage. Et le roman? D’abord poser que je l’aime depuis que je l’ai lu quand il a été publié pour la première fois en France au Serpent à plumes, ce cobra des lettres, ce boa constricteur disparu, capable à l’époque de digérer et féconder toute une génération de littératures venues d’ailleurs. Oui, j’aime ce texte déflagrant et centrifuge qui m’explose la tête et me colle à la paroi de mon crâne. Et le roman ! Inutile de vous agacer. Lisez le chapitre XXVI. Entre la page 167 et 179. Tout y est. En un rêve. L’ambition : un chef-d’œuvre ou rien. L’outil : le génie, pas moins, et une Remington 22 à pedigree. L’idéal : L’Iliade, dans son bain. Et un moment de grâce : l’entretien avec Denise Bombardier. La grande dame. L’unique. Un régal qui vous retire sous les pieds l’illusion d’avoir une analyse et des réflexions originales sur ce roman. J’en ai ressorti ma Remington 22 (la véritable héroïne de ce roman). C’est une Olivetti Valentine. Elle est rouge Chester Himes (le véritable inspirateur du roman). Franchement, vous en connaissez beaucoup, des livres qui vous font descendre à la cave, vous donnent envie de boire un daiquiri et vous rendent fiers de savoir que Carole Laure est née la même année que vous. Non ! Alors, lisez et vous comprendrez cette chute : Laferrière est grand et Dany est son prophète.
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Ce premier roman de Dany Laferrière conte la naissance d’un fantastique écrivain, dont la liberté et l’amour des mots sont le seul guide. — Olivia de Lamberterie, Elle 25 septembre 2020
ENTHOUSIASMANT Charlie Parker crève la nuit montréalaise. Dans une chambre minable, un jeune homme noir veut lire tous les livres et faire l’amour avec toutes les femmes. Il ne possède rien sauf une machine à écrire Remington et la foi en la vie. Ce premier roman de Dany Laferrière conte la naissance d’un fantastique écrivain, dont la liberté et l’amour des mots sont le seul guide.
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Ce livre est génial, tout simplement. — Mohammed Aïssaoui, Le Figaro littéraire
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Un roman percutant, irrévérencieux et poétique. — Nicolas Carreau, Les Carnets du monde, Europe 1
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Quatre décennies plus tard, le premier roman de Dany Laferrière ne perd rien de sa superbe arrogance — Youness Bousenna, Télérama
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Laferrière passe brillamment — et avec une verve irrésistible — au crible les idées éculées et glaciales que la culture occidentale projette sur les hommes issus de l’Afrique (et sur tous les autres)… Les 117 pages de Comment faire l’amour composent une méditation enivrante, une lutte intérieure qui résonne avec la fureur des essais de James Baldwin, avec le sourire éclatant de la trompette de Louis Armstrong ou encore avec l’éloquence de Martin Luther King… Un texte honnête, insolent, sans mièvrerie, d’une nouveauté incisive : une fiction documentaire qui s’attaque réellement à la fatigue et à l’ambivalence d’un homme noir face à l’Amérique et à lui-même. — The Village Voice
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« Un livre drôle, réjouissant à lire, original tant dans le style que dans la conception. » — Times Literary Supplement
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On y trouve une énergie crue, débridée, une audace totale qui fait paraître bien pâle et proprette une bonne partie de la littérature canadienne… Le livre de Laferrière crépite et claque avec la puissance profane et profonde de Jack Kerouac, Henry Miller, Eldridge Cleaver, James Baldwin et Charles Bukowski. — The Edmonton Journal
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La prose de Laferrière ne transige pas. Son regard est mordant, acéré. Il n’épargne personne, surtout pas lui-même. — The Irish Press
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Ne vous fiez pas au titre volontairement provocateur, ce petit livre est une longue conversation autour de la littérature, de la musique, de la négritude. C’est beau comme un soir d’été après trois verres de rhum! — Librairie La Virevolte à Lyon
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… la contestation la plus sensuelle qui soit contre la doxa de la Critical Whiteness ; un livre absolument en phase avec notre époque. — Brigitte Werneburg, TAZ
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Le roman de Dany Laferrière, publié il y a déjà trente ans, l’a rendu célèbre et paraît aujourd’hui d’une actualité brûlante. — N° 2 de la liste des meilleurs livres du SWR
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Il ne faut pas plus à Dany Laferrière pour livrer une satire féroce, outrageusement drôle, et rendre hommage à l’art de survivre des marginalisés. Une véritable déclaration de guerre. — Liste « Weltempfänger » de litprom
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“Le succès n’a pas changé ma vie, il l’a simplement révélée”, déclare Dany Laferrière. Une belle phrase, lucide et fière, signée d’un auteur qui a publié 32 livres et siège aujourd’hui à la vénérable Académie française. — Holger Heimann, entretien pour le DLF
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Exotisme, racismes positifs et négatifs, clichés bétonnés et idéologies nauséabondes se croisent ici dans un “bonjour” et un “dégage” jubilatoires: un livre d’une insolence rare, à l’ironie acérée et au sarcasme d’une intelligence mordante. — Michael Saager, Junge Welt
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Une attaque en règle contre les stéréotypes du Noir et du Blanc : sans vergogne, sensuelle, pleine d’esprit, de jazz et de versets coraniques. Le premier roman scandaleux de l’auteur haïtien exilé à Montréal nous parvient, trente ans plus tard, avec une justesse saisissante. — Gregor Dotzauer, Tagesspiegel
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C’est un jeune Bukowski caribéen qui écrit là : un premier roman puissant, politiquement incorrect, plein d’humour, d’autodérision et de vérité. Un livre qui a de la substance. — ARD – Livre et livre audio
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Dany Laferrière est aujourd’hui reconnu comme l’une des grandes voix de la littérature mondiale francophone. — Liste ORF des meilleurs livres, octobre
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Une provocation habile et incendiaire sur les relations interraciales, devenue un véritable succès de scandale. — The Guardian
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Un livre où le racisme n’est pas légitimé, mais instrumentalisé et pris pour cible par l’ironie des personnages. — Deutschlandfunk Kultur
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L’un des livres les plus drôles, les plus détendus et les plus empreints de jazz de l’année [2017] : une attaque frontale contre tous ceux qui aiment le confort des débats clos. Le roman de Laferrière déclare la guerre à une vision du monde qui refuse de reconnaître les individus pour ce qu’ils sont, et les réduit à leur appartenance à une “espèce”. — Insa Wilke, Süddeutsche Zeitung
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L’irrévérence de Laferrière envers les vaches sacrées ne procède pas d’un simple désir de choquer. Elle fait partie de la stratégie d’un homme nourri autant par son inquiétude que par sa vitalité, pour se dépouiller de toutes les illusions — celles qui rassurent comme celles qui troublent. — James Campbell, Times Literary Supplement
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Un roman qui n’a pas pris une ride! — Marie-France Bornais, Le Journal de Montréal
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On se rend vite compte que ce Nègre-là n’est pas le genre de farceur qui rit aux éclats… Il écrit un roman plus tendre que noir. Un roman pour sourire et pour bander. Avouez que c’est rare, et presque trop beau. — Pierre Foglia, La Presse
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Attention ! Ce n’est pas un pétard mouillé, mais une petite grenade conçue par un amateur consciencieux et rusé… et ça vient d’une intelligence qui a congédié, pour un moment, les sentiments. Vraiment un livre corrosif. — Réginald Martel, La Presse
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C’est très brillant. C’est un écrivain qui a énormément de talent. Un petit bijou littéraire. Pour tout l’esprit, pour la profondeur — si vous voulez vous amuser, lisez ce livre. » — Christiane Charette, Télé Métropole
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Le livre est fait pour choquer à la fois les Noirs et les Blancs, mais la plupart des lecteurs pardonneront à cet auteur insolent. Aussi dérangeante que soit sa satire, il demeure d’une drôlerie absolument scandaleuse. — Hamilton Spectator
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Je ne me souviens pas d’un livre qui m’ait fait rire et réfléchir en même temps comme celui-ci. — Le Devoir
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Square Saint-Louis, un été chaud, deux Nègres (pas riches, mais ô combien vigoureux !), un appartement miteux (mais quel joyeux bordel !), du jazz, des bouquins, de la drague, la vie, l’amour à cent à l’heure… Endiablé. — Pierre Quesnel, Le Jour
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Quel beau cadeau que cette réédition ! J’ai retrouvé le carré Saint-Louis…. J’ai souri… Bref, un classique à relire. — Le Devoir [Lire la suite]
Retrouver le Plateau d’il y a 40 ans. Quel beau cadeau que cette réédition « 40e anniversaire » de Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer de Dany Laferrière chez VLB ! Le plus célèbre des habitants du Plateau (avec Michel Tremblay, quand même !) nous offre cette édition magnifiée de quelques dessins. Traumavertissement : le mot en n est partout. J’ai retrouvé le carré Saint-Louis, dont j’habitais tout proche à l’époque où Dany y occupait une chambre, au 3670 rue Saint-Denis, dans les années 1980. J’ai souri en imaginant Dany assis au Faubourg Saint-Denis (aujourd’hui « 3 Brasseurs »), où j’étais serveuse, et à la mention de tous les bars de l’époque, comme les Clochards célestes (les Foufs). Bref, un classique à relire en allant au Bistro à Jojo, qui a survécu à toutes les modes du Quartier latin.
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Dany Laferrière a graffité une nouvelle couverture jubilatoire à cette réédition spéciale et signé une postface qui donne envie de (re)découvrir le livre avec une autre perspective. — La Presse
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Il y a toujours des auteurs inspirants qui nourrissent notre écriture, si mes personnages ne prennent pas la même direction, son roman lui, m’accompagne. – Éric Chacour, Ouest-France 5 janvier 2024.
Le 26 mars 2023, Dany Laferrière produit une vidéo pour raconter Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer aux 40 wikipédiens et wikidatiens qui participent à bonifier des pages Wikipédia et Wikidata portant sur des œuvres littéraires de la francophonie canadienne en direct des bureaux de Bibliothèque et Archives nationales du Québec.
Le tableau est posé, avec une table, un sofa et une machine à écrire. Même le bouquet de fleurs est sorti du roman – Mention dans Le Journal du Centre, 2015.
D’un livre à la scène. Lancée par le festival Tandem, festival littéraire de Nevers, il y a un an : Alfred Alerte et Lucie Anceau ont choisi Comment faire l’amour à un nègre sans se fatiguer, roman de Dany Laferrière, comme une évidence. Le tableau est posé, avec une table, un sofa et une machine à écrire. Même le bouquet de fleurs est sorti du roman. Pour l’auteur, c’est une réussite, il est venu spécialement de Montréal pour les accompagner dans leur démarche. »