Juillet 2026
Aux ateliers Jérome, 46, rue Rebecca, Pétion-Ville, Haïti.
Commissariat d’exposition: Péguie Jérome

Les Ateliers Jérôme ont accueilli, le samedi 18 juillet à Pétion-Ville, l’exposition itinérante « Éclair – Haïku en Haïti », réunissant une sélection de dessins de Dany Laferrière. Commissariée par Péguie Jérôme, la manifestation a également donné lieu à une causerie de l’écrivain, animée par le professeur Sterlin Ulysse.
📷 Kenel Pierre
















Regard sur l’œuvre
« Dany Laferrière expose aux Ateliers Jérôme»
par Voltaire Jean, Le National
21 juillet 2026. Média.
Du 18 au 24 juillet 2026, les Ateliers Jérôme, à Pétion-Ville, accueille Éclair Haïku. Une exposition itinérante de l’écrivain haïtiano-québécois Dany Laferrière, en visite dans le pays à l’invitation de l’Université d’ État d’ Haïti (UEH). Connue pour son œuvre romanesque et autobiographique, cette figure majeure des lettres francophones modernes révèle ici une autre facette de son imaginaire : celle du dessinateur. L’exposition rassemble une série de portraits et de compositions graphiques où le trait, réduit à l’essentiel, dialogue avec le silence autant qu’avec la mémoire.
Le visiteur pénètre dans un univers où chaque dessin semble intemporel ( un clin d’oeil à André Malraux). Il ne s’agit pas d’illustrations au sens traditionnel, mais de fragments de pensée, d’éclats de présence. Les lignes, parfois à peine esquissées, suggèrent davantage qu’elles ne décrivent. Elles invitent le regard à compléter ce que le crayon choisit volontairement de taire. Une économie de moyens qui confère à chaque œuvre une intensité singulière : un visage, un geste, un regard suffisent à évoquer une histoire entière.
Le titre Éclair Haïku renvoie à la démarche artistique de Dany Laferrière. Comme le poème japonais dont il emprunte le nom, chaque œuvre saisit un instant de révélation, affirme Péguie Jérôme, commissaire de l’exposition . Le haïku ne cherche ni à raconter ni à expliquer ; il capte en effet un moment de grâce, une vibration fugitive du monde. Les dessins de Laferrière procèdent du même mouvement : ils condensent une émotion dans un minimum de traits, laissant au spectateur le soin d’habiter les espaces vides. L’œuvre étant ouverte, selon l’historien de l’art Sterlin Ulysse reprenant la proposition d’Umberto Eco, elle naît autant de ce qui est montré que de ce qui demeure invisible.
Cette proximité avec le haïku ne relève pas seulement de la brièveté formelle. Depuis ses premiers livres, Dany Laferrière cultive une écriture de la légèreté, de la fulgurance et de l’observation. Ses romans sont composés de scènes courtes, de notations sensibles, de souvenirs qui apparaissent comme autant d’éclairs de mémoire. Il préfère souvent la suggestion à la démonstration, le détail révélateur au discours explicatif. À l’instar des maîtres japonais du haïku, il laisse au lecteur un espace de respiration où le silence devient une part essentielle du sens. Cette esthétique de la contemplation donne à son œuvre une musicalité discrète et une profondeur découlant précisément de sa simplicité apparente.
À travers cette galerie de portraits minimalistes, de Borgès à Hemingway, en passant par Bacho, Saint- Aude et Roumer, Laferrière poursuit les grandes interrogations qui traversent toute son œuvre. L’exil, le déracinement, la nostalgie d’Haïti, la mémoire des lieux et des êtres se dessinant avec une délicatesse qui refuse tout pathos. L’artiste ne cherche pas à figer les souvenirs ; il les laisse flotter comme des images fugitives, toujours menacées de disparition, mais toujours capables de renaître sous le regard.
On peut également lire cette exposition comme une méditation sur la « légèreté de l’être », expression qui évoque inévitablement le roman de Milan Kundera, L’Insoutenable Légèreté de l’être ().Toutefois, chez Dany Laferrière, cette légèreté ne traduit pas l’insignifiance. Elle constitue une manière de résister à la gravité de l’histoire, de transformer les blessures de l’exil en instants de beauté. Le dessin devient alors un acte de liberté : quelques traits suffisent à faire surgir un monde.
Cette quête de l’essentiel rejoint aussi la vision profondément humaniste de l’écrivain. Depuis toujours, son œuvre refuse les catégories identitaires figées et les assignations raciales. Sans nier l’histoire ni les blessures qu’elle porte, Dany privilégie ce qui rassemble plutôt que ce qui sépare. Cette posture, souvent qualifiée de post-raciale, ne consiste pas à effacer les différences, mais à rappeler que l’expérience humaine transcende toujours les étiquettes ou les convenances que les sociétés lui imposent. Les visages de Éclair Haïku semblent ainsi appartenir à tous et à personne : ils sont des présences universelles.
L’auteur de Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer dévoile un autre territoire de sa création. Si l’écriture a longtemps été son instrument privilégié, le dessin apparaît ici comme son prolongement naturel. Même économie de moyens, même goût de l’instant, même confiance dans l’intelligence du sujet regardant ou du lecteur, comme il l’a confié, lui-même, lors de sa causerie avec le public présent au vernissage de l’exposition.
Éclair Haïku aux Ateliers Jérôme est ouverte jusqu’ au 24 juillet
Voltaire Jean
Critique d’art
Membre de l’AICA international
L’exposition « Haïku en Haïti » rend hommage à Dany Laferrière aux Ateliers Jérôme
– Le Temoin Haiti, 25 juillet 2026
Les Ateliers Jérôme ont accueilli ces derniers jours l’exposition « Haïku en Haïti », une sélection d’œuvres inspirées de l’univers de Dany Laferrière, où les mots se transforment en images et chaque tableau évoque l’esprit du Haïku. Organisée du 18 au 24 juillet 2026 dans les locaux des Ateliers Jérôme, à la rue Rébecca, Pétion-Ville, cette exposition a attiré de nombreux visiteurs venus découvrir ou redécouvrir le parcours de l’écrivain haïtien, à l’occasion de son retour au pays.
L’exposition proposait un parcours visuel à travers plusieurs œuvres de Dany Laferrière. Les visiteurs ont pu admirer de grands panneaux illustrés, des extraits de textes calligraphiés, des dessins réalisés par l’auteur ainsi que des reproductions des couvertures de plusieurs de ses ouvrages, dont L’Exil vaut le voyage, Sur la route avec Basho, Vers d’autres rives, L’Obsession du rouge et Dans la splendeur de la nuit. Chaque espace invitait le public à entrer dans l’univers de l’académicien, où littérature, peinture et poésie dialoguent avec simplicité.
Cette exposition revêtait une dimension particulière, puisqu’elle coïncide avec le retour de Dany Laferrière en Haïti. L’écrivain est revenu au pays le 11 juillet 2026, après plusieurs années passées à l’étranger. Parti d’Haïti en 2019, il a construit une carrière littéraire internationale qui l’a conduit jusqu’à son élection à l’Académie française en 2013. Sa présence en Haïti a suscité un vif intérêt auprès des lecteurs et des passionnés de littérature, heureux de retrouver l’un des plus grands écrivains haïtiens contemporains.
À travers « Haïku en Haïti », les Ateliers Jérôme ont offert bien plus qu’une simple exposition artistique. L’événement a permis au public de célébrer le parcours exceptionnel de Dany Laferrière, de revisiter son œuvre sous un angle visuel et de réaffirmer la place qu’il occupe dans le patrimoine littéraire haïtien. Pendant plusieurs jours, l’espace s’est transformé en un lieu de rencontre entre l’art, la mémoire et la littérature, témoignant de l’attachement du public à une figure majeure de la culture haïtienne.
depuis février 2026
Présentée au Centre des Récollets.
Commissariat d’exposition: Rosalind Fielding
🌸
Mon verdict : Haïku est une immersion dans la tête d’un créateur habité par des images qui l’assaillent, qu’il dessine, peigne ou écrive.
– Eleonore Bassop
L’Instant Haïku de Dany Laferrière
(Chronique Les mots de Léo, 29 janvier 2026)
Ce jeudi 29 janvier, l’effervescence des grands soirs régnait aux Récollets. Sous la houlette de Chrystel Dozias, directrice du centre, ce refuge d’artistes et de chercheurs du monde entier, situé au coeur de Paris, s’est transformé en un écrin dédié à l’univers de Dany Laferrière.
Un voyage cinématographique
La soirée a débuté dans l’intimité de la projection d’un court-métrage aux allures des films de Hong Sang-soo, marqué par le noir et blanc, l’économie de moyens et un monologue introspectif. On y suit l’académicien dans ses déambulations parisiennes, ses rituels aux Récollets et ses réflexions sur les images qui l’habitent.
La « Galerie Bonzai » : Le génie de la miniature
Puis vint Haïku. Le titre dit tout. Et très vite, on comprend : une multitude de petits tableaux, courts, percutants, qui s’assemblent, se répondent, se complètent. Des fragments qui, mis bout à bout, racontent tout un monde. La commissaire de l’exposition, Rosalind Fielding, explique sa démarche avec clarté :
Une fois reçu près de 200 toiles de Dany Laferrière, il me fallait les montrer dans un ensemble cohérent.
C’est ainsi qu’est née la Galerie Bonzai, une maquette de la chambre de l’écrivain aux Récollets, dans laquelle sont rassemblées toutes les œuvres miniaturisées. Une idée simple et brillante, qui donne à voir la profusion.
Des couleurs et des lettres
On connaissait l’écrivain de Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer ou L’autoportrait de Paris avec chat . On découvre ici un peintre. Les petits tableaux, fleuris, abstraits, figuratifs, graphiques, parfois soulignés d’un texte, côtoient des peintures sur toile plus monumentales : grands carrés, longs lés décoratifs aux motifs floraux ou géométriques, ponctués de couleurs. Grâce au travail d’assemblage de Rosalind, ces œuvres prennent une autre dimension et donnent naissance à de nouvelles formes.
Un parterre d’immortels et d’esprits libres
Le public, fidèle et curieux, était au rendez-vous. Dans cette soirée haute en couleurs, j’ai pu y croiser les collègues « Immortels » de Dany Laferrière, Dominique Bona, Frédéric Vitoux et Erik Orsenna se sont mêlés aux artistes, journalistes et simples amoureux de culture. Un mélange rare, joyeux, vivant, pétillant. L’œuvre picturale de Dany Laferrière s’inscrit naturellement dans la lignée de ces écrivains-peintres-dessinateurs. On peut ainsi se souvenir des paysages à l’encre de Victor Hugo, des lignes fluides de Jean Cocteau, ou des collages de Jacques Prévert. Cette touche de surréalisme m’a d’ailleurs rappelé que nous attendons avec impatience la rétrospective Leonora Carrington au Musée du Luxembourg ce printemps ! Enfin, comme un dernier clin d’œil, la soirée s’est achevée en musique live, avec entre autres Keziah Jones et David Walters, dans une ambiance chaleureuse.
L’Invité de Patrick Simonin · 2 juillet 2026




















16 février 2026. Accueil du ministre de la Culture et des Communications du Québec, Mathieu Lacombe, et du délégué général du Québec à Paris, Henri‑Paul Rousseau.
© Mimosa Art House






Expo Bonsaï – Bois-des-Filion
Été 2025















Expo Haïku – Mont Fuji, Montréal
Été 2025













