À Franco Nuovo, en souvenir de ces matins d’été
D L
France
Le Livre de Poche
480 pages
ISBN : 9782253194491
Grasset
432 pages
ISBN : 9782246799597
Canada
Boréal compact
392 pages
ISBN : 9782764622469
Boréal
ISBN : 9782764621356
La nonchalance est une affaire de connaisseur. « J’étais devenu un spécialiste mondial de la sieste », révèle Dany Laferrière dès le début de son livre. Cela n’interdit pas de lire et de réfléchir – la sieste y est, au contraire, propice. Elle permet aux pensées de jaillir, s’attachant aux petites et aux grandes choses, aux rêves et aux lectures. Dany Laferrière nous parle d’Obama et de l’Histoire, de ses premières amours nimbées d’un parfum d’ilang-ilang, de Salinger et de Borges, de la guitare hawaïenne, du nomadisme et de la vie, car cet Art presque perdu de ne rien faire est, ni plus ni moins, un art de vivre.

Regard sur l’œuvre
Journal d’un libre flâneur
par Josée Lapointe, La Presse
4 novembre 2011
Dans L’art presque perdu de ne rien faire, Dany Laferrière nous entraîne dans les dédales de sa pensée et de ses rêveries. Il qualifie ce nouveau livre de « roman de ses idées », qui donne à voir son cerveau.
Dany Laferrière n’aime pas parler cuisine. L’idée d’écrire L’art presque perdu de ne rien faire est née d’une série de chroniques qu’il a faites à la radio. Mais quelle proportion du livre représentent-elles? Quels textes sont nouveaux? Aucun intérêt, répond-il.
« J’ai écrit un livre qui tient tout seul, organisé de la seule manière dont il pouvait l’être. Ce n’est pas une collection de chroniques, parce que c’est rare que ça marche. De bonnes chroniques, mises ensemble, ne font pas nécessairement un bon livre », dit-il. L’auteur a voulu un roman avec sa dynamique propre, sans passé. « Je voulais rassembler mes réflexions de manière organique, qu’elles suivent un seul courant, celui du narrateur. »
Les textes sont ainsi regroupés par thème, par exemple L’aventure du voyage, L’univers des sens, Un lecteur dans sa baignoire ou De la nature du pouvoir. Le tout est intercalé de poèmes en prose, en quelque sorte la respiration
« C’est le livre de quelqu’un qui aime rêvasser », dit Dany Laferrière. Manifeste pour la pensée libre, mais jamais sentencieux – « Mon opinion n’est pas très importante » -,L’art presque perdu de ne rien faire est un hommage à la digression en tant qu’ »ultime subversion ». « De nos jours, dès que quelque chose dépasse, on le coupe, on l’enlève. »
Dany Laferrière, lui, aime bien quand ce n’est pas carré et ce livre en est l’exemple parfait: plusieurs textes nous amènent ailleurs que ce qu’ils annoncent et font des liens qu’on ne voit pas venir. L’auteur sourit et affirme que c’est ainsi que le cerveau travaille: il n’a fait que donner le sien en exemple. « C’est le mouvement du hamac. Ça va, ça vient, et à la fin on a une vision complète. Mais le droit de rêver est un droit inaltérable », ajoute-t-il, citant Héraclite: « L’homme qui dort construit l’univers ».
Vie quotidienne
Les rêveries de Dany Laferrière voguent de l’été montréalais à un bébé qui porte les objets dans sa bouche, de ses auteurs fétiches au théâtre, de la guerre, d’une panne d’électricité aux scénarios des téléséries américaines. « J’ai voulu m’éloigner des grands sujets de l’actualité en étant plus intemporel et montrer que la vie humaine, le quotidien ont leur place dans l’actualité. Une belle journée d’automne, par exemple, en fait partie », dit l’auteur qui cultive « l’art d’être présent au monde » en observant chaque détail et en le magnifiant.
« J’écris sur l’art de ne rien faire, mais ça ne veut pas dire que je ne fais rien! »
Dany Laferrière estime que L’art presque perdu de ne rien faire montre simplement une autre facette de lui, un autoportrait de ses idées après ceux de son enfance, sa jeunesse, Montréal, l’exil… « Je dis: voilà un homme, ce qui l’accompagne, tout ça en fait partie. Pour moi, il n’y a pas de différence entre L’énigme du retour et ce roman. »
Maintenant que Dany Laferrière nous a démontré comment fonctionne son cerveau, à notre tour de donner davantage d’espace au nôtre, et de l’exercer comme un muscle. « Tout le monde pense, c’est la chose la mieux partagée sur terre. » Surtout, ajoute-t-il, que c’est « l’fun » de prendre le temps de réfléchir. « C’est la deuxième chose la plus agréable, tout de suite après le sexe. »
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Dany Laferrière et L’art presque perdu de ne rien faire
Radio-Canada
4 novembre 2011
Un nouveau Dany Laferrière fait son entrée en librairie vendredi : L’art presque perdu de ne rien faire. Publié chez Boréal, le livre contient des réflexions de l’auteur sur divers sujets, des petites choses qui peuplent le quotidien aux grands enjeux sociétaux.
Le livre est composé de plusieurs chroniques, dont le point de départ sont les collaborations estivales de l’auteur à l’émission C’est bien meilleur le matin. L’auteur les a retravaillées, assorties et imbriquées, pour que L’art presque perdu de ne rien faire prenne corps.
« Pour moi il ne s’agit pas de prendre une collection de chroniques, il faut faire un livre avec [elles] », estime l’auteur. Selon lui, il doit y avoir à la fois de la diversité et une unité de ton, puis un enjeu clair pour que l’ensemble se tienne.
« L’enjeu de ce livre pour moi, c’est de dire vraiment aux gens que de penser, c’est excitant, c’est amusant. Réfléchir, c’est vraiment un sport, c’est quelque chose d’extrêmement agréable et en même temps, ça nous libère de la bêtise quotidienne. » — Dany Laferrière Ainsi, l’auteur propose ses réflexions sur le monde qui l’entoure; sur le temps, la mort, le corps, l’amour, le voyage, la guerre, le pouvoir, les écrivains, l’enfance, tout en s’arrêtant sur des sujets marquants de l’actualité.
Parmi eux il aborde, entre autres, l’élection de Barack Obama, l’intervention américaine en Irak ou encore le tremblement de terre au Japon. « C’est un mélange d’éclats biographiques et de réflexions », explique Dany Laferrière.
« Il faudrait remettre en activité cette chose magnifique qui est de réfléchir sans opiner. Juste le matin, on se lève dans son lit, et on rêvasse. On essaie de prendre un sujet qui nous a amenés quelque part hier, qu’on a entendu à la radio dans les journaux à la télé et de voir qu’est-ce que nous pensons donc de cela. Gratuitement, pas pour se précipiter sur le blogue ou appeler à la radio, dans les émissions. Juste pour soi. Je crois que ce serait une jolie prière du matin. » — Dany Laferrière Dany Laferrière en entrevue à Radio-Canada.ca S’il donne son point de vue sur plusieurs enjeux, l’écrivain affirme que sa pensée ne vaut pas plus que celle d’un autre. « J’ai des idées, mais je ne suis pas un penseur pour autant. Seulement, je mets des mois là-dessus, seulement, je réfléchis plus longuement que certains », expose-t-il. « Ne prenez pas trop au sérieux ce que je dis, parce que ce qui m’intéresse, c’est de mettre des éléments disparates ensemble pour voir ce que ça donne », ajoute l’écrivain.
Dany Laferrière affirme qu’il est difficile pour lui de qualifier ce livre, disant hésiter entre un roman des idées et un essai lyrique.
« On est toujours un. On ressent les choses, et on les pense. Dans notre société moderne, on a tendance à séparer le corps de l’esprit. Même dans l’édition, les livres qui parlent de la réflexion, ce sont des essais, les romans et la poésie sont des livres qui parlent plus du corps. Moi je ne pense pas. Je ne vois pas qu’il y a de frontière à cela. Ce n’est pas parce que je réfléchis que je ne vis pas. Et ce n’est pas parce que je bouge que je ne pense pas. » — Dany Laferrière L’art presque perdu de ne rien faire est le premier livre publié par l’auteur chez Boréal depuis L’énigme du retour, pour lequel il a remporté le prix Médicis. Il a entre-temps publié Tout bouge autour de moi, le récit de son expérience lors du tremblement de terre en Haïti, chez Mémoire d’encrier.
Ressent-il une quelconque pression à la sortie d’un nouveau livre en tant que gagnant du prestigieux prix littéraire? « Je n’ai pas gagné le Médecis, ce sont les lecteurs qui ont gagné le Médicis. Je crois que ce sont les lecteurs qui gagnent les prix », explique Dany Laferrière, précisant que pour les lecteurs, il est plus facile de recommander un auteur qu’ils aiment lorsqu’il est reconnu de la sorte.
« Si le Médicis a un impact quelconque sur un écrivain, il ne peut être que négatif. Puisque si j’ai gagné le Médicis avec un livre qui a été écrit avant de l’avoir gagné, je ne vois pas pourquoi je changerais la manière », conclut l’écrivain.
« On m’apprend que la vie trépidante d’aujourd’hui ne peut tolérer cette perte sèche de temps qu’est la sieste, ce qui est une erreur, car cette pause dans le cours du jour nous rend plus sensibles aux autres – et moins obsédés par nous -mêmes. La sieste est une courtoisie que nous faisons à notre corps exténué par le rythme brutal de la ville. »
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Dany Laferrière ou l’art presque perdu de réfléchir
Célébrité, Agence QMI
4 novembre 2011
L’écrivain Dany Laferrière a procédé hier au lancement de son dernier roman, un livre intitulé L’art presque perdu de ne rien faire qui a été publié aux Éditions boréales. Véritable spécialiste des siestes, l’écrivain d’origine haïtienne avoue être capable de piquer un roupillon caché derrière journal dans un endroit public, il était donc l’homme tout désigné pour signer cet ouvrage où il est question du plaisir bien légitime de ne rien faire.
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«Le confort n’est pas la seule mesure des choses humaines»
Michelle Coudé-Lord, Le Journal de Montréal
5 novembre 2011
La terre de son pays natal a tremblé sous ses pieds. Il a alors pris la plume, et a écrit Tout bouge autour de moi. Puis, un jour, Dany Laferrière a choisi d’arrêter le temps et de réfléchir. Il nous offre aujourd’hui 383 pages d’une vraie conversation, dans un livre intitulé L’art presque perdu de ne rien faire. Une véritable ode à la vie à l’état pur.
Parce que l’auteur Dany Laferrière constate que cette course folle adaptée par les humains d’aujourd’hui est un « véritable danger public. »
Il s’explique.
« Je ne sais pas pourquoi nous sommes rentrés dans cette course folle, et qu’on refuse d’y réfléchir. Si au moins tout cela débouchait sur une récompense, une vie plus longue, plus heureuse. Or ça débouche sur une galopante de maladies dues au stress, et cette angoisse de ne pas avoir vu passer la vie. Il n’y a même pas de récompenses, et on va vers le mur. Ça fait peur, car je me dis que quelqu’un qui est capable de faire cela avec sa propre vie est un danger public. »
Voilà, la conversation est lancée dans ce petit café de la rue Saint-Denis en ce beau matin d’automne. L’homme de 58 ans que j’ai devant moi a le goût de vraies conversations. Et de crainte, il n’en a pas.
Dans ce livre si important, qui nous invite à nous questionner sur la notion du temps qui passe, Dany Laferrière a su « donner une vie commune à toutes ces chroniques singulières » qu’il a faites d’abord pour la radio, alors qu’il participait à l’émission de Franco Nuovo, à qui d’ailleurs il dédie son livre. Il a su les re-visiter, les relier entre elles, leur donner un goût unique… « Un peu comme si je construisais une maison ». Et le résultat est étonnant. L’art presque perdu de ne rien faire est un livre qui sonne l’alarme sur la course folle de la vie actuelle.
« Je veux rappeler aux gens que ce n’est pas ne rien faire que de prendre le temps de réfléchir. Car réfléchir est une activité gratuite qui ne peut être achetée. Une vraie résistance face à cette marchandisation de la vie. »
ET SI ON RÉFLÉCHISSAIT…
L’auteur vedette, gagnant du Prix Medicis en 2009 pour son roman L’énigme du retour ne se donne pas le rôle du penseur. « Je veux juste rappeler aux gens que c’est amusant de réfléchir. Mais il faut prendre le temps. »
Mais comment ?
« Nous avons de plus en plus besoin de choses intemporelles, de toutes ces émotions rassemblées, car nous sommes tellement plongés dans l’actualité qu’on a fini par croire qu’il n’y a que ce qui se passe qui compte. »
Et il me raconte à quel point il savoure ce ciel bleu d’automne.
« Toutes ces choses qui ne se passent pas dans nos émotions enfouies, elles ont une vie ces choses-là. Elles sont plus vivantes que tout, cette petite émotion que nous procure ce beau matin d’automne, l’énergie immédiate qu’on retrouve à être dans la rue avec ce soleil, ça doit compter aussi. »
C’est ainsi que la vie est là dans toute sa simplicité.
« Je suis un journaliste des émotions quotidiennes. La conversation n’existe plus, car les gens n’ont plus le temps d’écouter. Je voulais avec ce livre créer un univers de réflexion. Réfléchir, c’est si important. Au début, cela peut paraître ennuyeux puis après on tombe dans un univers excessivement agréable, car on touche le plaisir de jouir de son propre esprit. Et c’est là que ça devient excitant. Il faut arrêter cette course folle. Le rythme de la vie s’est accéléré d’un coup, et l’époque vieillit mal. »
LE MONDE ACTUEL
Bien sûr que le monde actuel le questionne.
« Si nous sommes capables collectivement de saccager notre vie personnelle à ce point-là, même quand on vit dans un monde de confort comme ici, si ce confort-là ne nous a pas donné la possibilité de mesurer la qualité, la leçon n’a pas été apprise du tout. Ici, je crois que nous avons l’obligation de donner l’exemple d’une meilleure vie. »
Que pense-t-il de ce mouvement de protestation senti sur toute la planète ?
« Les gens fortunés, et ils sont de plus en plus nombreux, et je leur reproche de ne pas utiliser leur fortune même pour se changer eux-mêmes. Ils ne provoquent même pas l’envie, mais la jalousie. Et quand une classe riche ne provoque pas cette envie, l’échelle casse. On n’a pas le goût d’être comme eux. C’est pourquoi je dis qu’on a vraiment besoin de faire renaître la conversation, la vraie, et de se réfléchir, ce qui nous donnera d’autres possibilités », confie un Dany Laferrière plus vrai que nature.
Et avec son livre L’art presque perdu de ne rien faire, il nous ramène à la source.
En librairie, depuis vendredi.
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Extraits de son nouveau livre L’art presque perdu de ne rien faire
Comme une conversation…
Il est impossible du coeur de d’extraire son l’homme ses rêves, enfance, son ciel étoilé et sa ronde lune.
La littérature est une fenêtre par où s’envole l’esprit que la nation tente justement de garder enfermé.
L’affaire , c’est que, malgré tous nos efforts, nous ne pouvons pas connaître la douleur de l’autre. Nous n’avons que nos propres sens pour appréhender le monde.
Si lire c’est faire la connaissance de quelqu’un, relire c’est revoir un ami.
La vraie révolution montre rarement son vrai visage. Cela prend parfois des siècles pour que les historiens la découvrent sous un fausses de fatras révolutions.
C’est quoi la différence entre art et culture? L’art n’arrive que si on met sa culture en danger.
J’ai l’impre ssion que plus les moyens de communication se multiplient, plus notre monde se rétrécit.
Un homme occupé n’éprouve que des sensations ; les sentiments, c’est l’affaire des mondains.
Le rire gras étant la formeabsolue de brutalité.
Notre univers est trop pensé et pas assez rêvé.
J’ai toujours vu un lien entre la librairie et le cimetière. Les deux regorgent de morts.
Un livre est souvent un mort qui continue à philosopher.
Et si l’appareil photographique, comme le croient certains peuples, capturait notre âme ? Je remarque que plus les gens sont photographiés, moins ils ont le contrôle de leur corps.
Et c’est cela à mon avis le seul sens à donner à sa vie: trouver son bonheur sans augmenter la douleur du monde.
Tout homme cache un secret, on le sait -cela peut arriver qu’il l’ignore lui-même. Et tout paparazzi s’évertue à découvrir
elui de la star.
Celui qui apprend sera toujours plus jeune que celui qui enseigne.
Pour moi, hier comme aujourd’hui, le lecteur est l’égal de l’auteur. Lire est une autre manière d’inventer des formes.
Avant, le gros était riche, et le pauvre, maigre… Aujourd’hui, c’est le contraire.
Je connais des riches qui détestent voyager, et des pauvres qui ne rêvent que de partir.
Vous savez, une idée ne prend vie que si on est honnête avec elle.
Je passais plus de temps à lire qu’à vivre. Lire, c’était, à mes yeux, accéder à un niveau de vie supérieur.
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Le livre et son double
par Odile Tremblay, Le Devoir
12 novembre 2011
«Le lecteur d’aujourd’hui demande à voir l’auteur, à le toucher, à l’entendre dire son texte, effaçant de fait cette entente tacite entre l’auteur invisible et le lecteur solitaire. Ils se rencontrent dans les salons du livre. De plus en plus de gens ne trouvent aucun intérêt à un livre dont ils ne connaissent pas l’auteur. Ses manies. Son lieu de travail. Ses influences. Tout doit être mis à nu. Démystifié. Ce qui fait que les auteurs font la tournée des festivals pour se montrer. Un jour, au lieu de lire un livre, on se contentera de voir l’écrivain.»
L’auteur de ces lignes sera au Salon du livre de Montréal, et peut-être même Dany Laferrière prendra-t-il plaisir à l’exercice, car les gens sont pluriels et la vie, compliquée. Star du village éphémère, au milieu du bruit, des coudes à coudes, il entrera dans une autre logique que celle de l’écriture: la culture marchande, une plume à arborer. Des badauds se contenteront de toiser l’écrivain, croyant percer ses mystères. D’autres achèteront son dernier livre, L’art presque perdu de ne rien faire, pour la dédicace. Les auteurs savent bien que le jeu est faussé, que la vraie rencontre littéraire reste immatérielle, un pacte entre soi et l’autre, ce frère inconnu.
Quant au public des salons du livre, il sent qu’il poursuit une chimère au vol en capturant le regard du scribe, mais comment y renoncer dans ce monde de «pipolisation»?
On croit entendre résonner le rire de Réjean Ducharme, du fond de sa grotte d’ombre.
Toutes ces foires du livre, qui font rouler le commerce: bouquins à offrir à Noël, à placer sur la table à café, à déchiffrer plus tard quand le client aura le temps, attirent aussi des lecteurs passionnés, aimantés par l’amplitude du rendez-vous annuel. Bientôt, on les voit là-bas qui fuient, suffoquant d’agoraphobie, rapportant leur prise à la maison, la humant avant d’ouvrir sa page de garde.
Dany Laferrière leur offre, dans L’art presque perdu de ne rien faire, ses propres rêveries d’un promeneur solitaire. On flâne à travers sa prose avec des pas de côté, s’arrêtant au détour d’une pensée, d’une image (sa fille qui respire une fleur). Sur la couverture du livre, il y a la photo d’une mangue. Sur celle d’un de ses romans précédents, Cette grenade dans la main du jeune nègre est-elle une arme ou un fruit?, se reflétait encore l’état de guerre. Ici, reste le fruit à savourer lentement.
Les meilleures oeuvres sont supérieures à leurs auteurs. On vole parfois à la rencontre d’un maître dont les livres nous ont bouleversés pour trouver un homme qui vous lance un oeil torve, aligne les lieux communs, peste contre le froid et se gratte un nez tout rouge qui commence à peler. Dur réveil!
Mieux vaut, réflexion faite, tirer sans lui son suc entre deux couvertures et plusieurs pages cornées.
Dany Laferrière souligne à quel point le meilleur de chaque écrivain fait surface pour créer un moment poétique: «On trouve des gens mesquins et lâches qui écrivent des poèmes qui touchent les fibres les plus profondes de l’être humain dans sa folie de se dépasser.»
L’art presque perdu de ne rien faire entraîne le lecteur dans les méandres du cerveau de l’auteur. Tous ces textes en mosaïques, entre errances, farniente et ancrages — mélange de chroniques radiophoniques, de poè-mes, de réflexions sur la société du formatage — épousent le sinueux parcours d’une réflexion libre. Voici son regard posé sur un libraire grincheux qui protège en cerbère les livres des lecteurs du dimanche, son esprit cogitant sur l’art de mourir qui ne s’apprend pas, sur le star-system qui brûle ce qu’il a admiré. L’exercice se double d’un art poétique, mais aussi d’un traité de lecture. Car lire est un mode de vie.
Les auteurs grands lecteurs demeurent en dialogue constant avec les vivants et les morts qui peuplent leur univers. Fouillant leur mémoire, ils cherchent à comparer des événements récents à leurs souvenirs, mais c’est une phrase de Borges ou d’Homère qui surgit pour enrichir ou faire diverger le cours des réflexions.
Dans L’art presque perdu de ne rien faire sont omniprésents les livres des autres. La Bible, entre autres, découverte à quinze ans par un jour de pluie dans la maison de Petit-Goâve, avec cette phrase de la Genèse dont la force l’ébranla: «Il y eut un soir, il y eut un matin; ce fut le premier jour.» Kafka, Borges bien sûr, son auteur de prédilection, Rilke, Laclos, Hemingway, tant d’autres viennent faire leur tour de piste, en vieux compagnons cent fois consultés. Ce livre est un hommage à d’autres livres, en mise en abyme littéraire.
Laferrière y raconte que sa mère conserve comme un objet précieux une édition de L’odeur du café, sur leur passé à Petit-Goâve, en traduction coréenne. Elle ne la déchiffre qu’en rêve, mais au réveil elle se croit investie du don des langues et cherche alors le sens sous ces caractères mystérieux.
Cette semaine, dans Le Devoir, Victor-Lévy Beaulieu évoquait aussi le livre à la fois immanent et impossible à lire: celui qui trônait sur le piano de ses grands-parents: la première édition des Poèmes de Nelligan, à qui sa famille était apparentée. Qui sait? Le livre aurait pu distiller la folie, comme il le fit pour son auteur, qui sombra en l’écrivant dans l’abîme du rêve. Alors, il restait fermé, car on n’est jamais trop prudent.
Ça m’a fait penser à Borges, aux oeuvres tant compulsées par Laferrière. L’écrivain argentin, en quête du livre des livres dans les rayons infinis d’une bibliothèque, aurait goûté cette histoire de VLB sur un ouvrage dont la puissance est telle qu’en ouvrant sa boîte de Pandore, le simple mortel pourrait y laisser sa raison.
J’aime aussi quand Laferrière écrit: «Toute bibliothèque est un cimetière peuplé de morts qui pensent.»
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Pérégrinations dans l’esprit d’un libre penseur
avec Sophie Gall, Le Soleil
12 novembre 2011
Dans L’art presque perdu de ne rien faire, Dany Laferrière ouvre la porte de ses réflexions. Page après page, le lecteur se promène d’une pensée à une autre. Les idées coulent au rythme d’une écriture fluide où se rencontrent sensibilité, intelligence et humour. « C’est une sorte de balade à l’intérieur de ma tête », dit l’écrivain en entrevue au Soleil.
Qu’est-ce que ne rien faire? Et, surtout, comment fait-on? La grammaire ne nous aide pas. Faire est un verbe transitif et suppose donc un complément : il faut faire quelque chose. « Ne rien faire, ce n’est pas rester sans rien faire, explique Dany Laferrière. Ne rien faire, c’est faire quelque chose avec désir, ce qui nous intéresse, nous. »
Arrêter la machine
Ce n’est pas du tout un état où l’on se trouve écrasé, c’est une détermination, une volonté d’arrêter la machine qui nous contraint à faire les choses en suivant un patron quotidien ou moral. » Et quand on arrête la machine, c’est là qu’on commence à penser. « Le mouvement n’existe que dans la possibilité d’un arrêt. L’immobilité est au coeur du mouvement [p. 22]. » « Quelqu’un qui ne fait rien et qui rêve fait beaucoup », ajoute M. Laferrière.
Malgré le titre, il s’en passe, des choses dans ce recueil paru chez Boréal. L’ouvrage divisé en 23 chapitres aborde des sujets universels ou actuels, on plonge tantôt dans une réflexion profonde, tantôt dans un texte drôle. « Nous sommes cette génération végétarienne qui refuse qu’on tue un poulet dans un film, alors que nous nous assoyons tranquillement devant la télé pour regarder la guerre [p. 212]. »
Ce recueil de 400 pages est l’armature de l’oeuvre de Dany Laferrière, de son travail d’écrivain. Derrière chacune de ses fictions, il y a une multitude d’idées et de réflexions menées au gré du quotidien. « Je montre au lecteur comment je réfléchis, mais aussi comment je travaille, ce sont les entrailles de mon oeuvre, précise l’auteur. L’idée n’est pas de dire vrai, mais de dire où je me tiens pour regarder le monde. » L’adhésion du lecteur n’est pas recherchée, chacun a sa façon de penser. « Je voulais montrer que réfléchir est quelque chose d’excitant, j’espère que ça donne envie de réfléchir, contrairement à certains livres qui donnent envie d’obéir, comme les livres de régime. »
Reprendre le gouvernail de notre vie
« Il faut reprendre le gouvernail de notre vie en tentant de réfléchir personnellement sur un certain nombre de sujets et éliminer ceux sur lesquels on ne veut plus réfléchir », énonce l’auteur lauréat du prix Médicis en 2009 pour le roman L’énigme du retour. « Et il ne faut pas réfléchir sur un sujet uniquement parce que tout le monde en parle. D’ailleurs, souvent, on en parle plus qu’on y pense », laisse-t-il tomber sur un ton un peu dépité.
Dany Laferrière a aussi voulu offrir la littérature aux lecteurs. « Je suis un écrivain pour dire mes lectures », lance-t-il. Un grand nombre d’auteurs sont nommés et cités au fil des chapitres : Cioran, Malraux, Borges, Laleau (poète haïtien), Modiano, Horace, Rilke, Gombrowicz, Hemingway, Ducharme, etc. « Je crois dans la lecture », affirme-t-il. Il donne à lire ses lectures, mais il se donne à lire lui-même.
Le recueil est en fait un ensemble de chroniques que Dany Laferrière a écrites pour la radio. Mais il fallait faire un livre, pas une collection de chroniques pêle-mêle. Pour faire respirer l’ensemble, chaque chapitre est ponctué par un « petit art », un court poème en prose, « une sorte de petite chose très imagée, un peu plus travaillée que le reste », pour reprendre les mots de l’écrivain. « Ce sont des ponctuations qui rassemblent les textes précédents, ça fait l’unité du livre. Sinon, ça aurait été une sorte de buffet chinois. »
De L’art presque perdu de ne rien faire sur la couverture, on passe par l’art de capter l’instant, l’art de dormir dans un hamac, l’art du futile. Extrait : « Assise sur le canapé, avec ses grands yeux liquides, elle me raconte […] quand Bush a jeté 1500 bombes et missiles sur Bagdad, elle a pu joindre sa mère de 84 ans qui semblait si désolée de ne pouvoir retrouver son matériel de maquillage perdu dans tout ce chambardement. La futilité est peut-être la plus émouvante forme de courage [p. 218]. »
Une lecture libre
Ce livre permet de pérégriner dans les pensées de l’auteur en plus de se balader parmi les textes. Ouvrir le recueil et lire la page qui se présente, sans se préoccuper du début, du milieu, de la fin. C’est une lecture libre, ce qui n’est pas pour déplaire à Dany Laferrière. On dévie de la pensée ambiante et dominante, des opinions consensuelles. On se laisse surprendre par un cheminement réflexif imprévisible, on ne peut que se réjouir de l’étonnement et des sourires que cette lecture suscite.
« Observons un moment ce visage insolite. Quelle idée imprudente de placer tout ce qui a de la valeur [quatre des cinq sens] dans un espace aussi restreint et exposé. On a été pensé comme une voiture japonaise. » Voici trois phrases d’un raisonnement qui explique pourquoi le nez mérite amplement sa place au milieu du visage.
Et tout cela n’est écrit qu’avec les 26 lettres que contient l’alphabet. « Faire une phrase tient de l’obstination et du bricolage. Connaissez-vous quelque chose de plus émouvant qu’un enfant, le front grave, tentant de mettre en marche, avec 26 petites clés lumineuses, la plus merveilleuse mécanique que les humains ont imaginée? Le livre est plus complexe qu’un ordinateur et aussi simple à ouvrir qu’un ciel d’été [p. 171]. »
« Quelqu’un qui ne fait rien et qui rêve fait beaucoup »
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Il faut prendre le temps de lire ce livre.
– Mohammed Aïssaoui, Le Figaro littéraire.
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L’éloge de la lenteur, à rebours de la frénésie contemporaine.
– Marie Chaudey, La Vie.
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Un essai enthousiasmant contre l’agitation, l’immédiateté et les écrans, en même temps qu’un plaidoyer en faveur de la lecture.
– Olivia de Lamberterie, Elle.
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Du bon Dany Laferrière, toujours avec des mots bien enrobés, un livre qui fait du bien.
– Catherine Beauchamp, 98,5 FM, On aura tout vu
*
Extraordinaire ! Je le trouve suave, d’une grande intelligence, très juste. Un peu comme Kundera, il est empreint de gravité et de légèreté à la fois. J’estime qu’ils se ressemblent.
– Pascale Bussières, Entre les lignes
*
« C’est du grand Dany Laferrière. C’est une pensée très dense, une quarantaine d’idées exploitées. Ce qui est extraordinaire, c’est le sens véritable du livre de chevet. »
Patricia Powers – Radio-Canada / Chez nous le matin
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« Un bon livre oxygène l’esprit »; c’est un peu ce qui se passe dans ce livre-là, ça irrigue le cerveau.
– Michel Désautels, Radio-Canada, Désautels
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C’est un vrai plaisir de voguer avec Dany Laferrière au gré de ses chroniques qui expriment son rapport au monde. Nourrie de sagesse et de tendresse, d’indignation et de gratitude, sa prose élégante creuse en profondeur l’aventure humaine.
Monique Roy – Châtelaine
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« Si les livres de Dany Laferrière étaient des alcools, celui-ci serait à ranger parmi ces liqueurs fruitées, onctueuses, qui saoulent doucement et savent freiner les heures. »
Tristan Malavoy-Racine – Voir
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« Un livre qui me parle beaucoup, et que je dévore lentement, petit morceau par petit morceau. Vous allez aimer. »
Michel Barrette – Radio-Canada / Pour le plaisir
*
« Un livre qui se lit avec énormément de plaisir. Un livre copieux, rond comme on les aime. »
Thérèse Parisien, 98,5 FM / Montréal maintenant
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C’est une réflexion sur le temps, sur la guerre, sur la vie, sur ce qui mène le monde. Il y a des milliers d’idées qui sont amenées dans ce livre-là. Il y a aussi beaucoup de petits moments de poésie pure. C’est vraiment un très beau livre. Un livre indispensable. Un livre qui nous repositionne.
– Catherine Lachaussée, Radio-Canada/Ça me dit de prendre le temps
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Un magnifique livre.
– Franco Nuovo, Radio-Canada, Dessine-moi un dimanche
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