Je suis le fils aîné de la fille aînée. Le premier enfant de la maison. La mer des Caraïbes se trouve au bout de ma rue. Nous avons un chien. Mais il est si maigre et si laid que je fais semblant de ne pas le connaître. Vava habite en haut de la pente. Elle porte une robe jaune. Des fois, elle me donne l’impression d’être un cerf-volant. Je la sens si proche. Mon ventre se met à bouillir. Je vais mourir. Un jour, j’ai demandé à ma grand-mère de m’expliquer le paradis. Elle m’a montré sa cafetière. C’est le café des Palmes que Da préfère, surtout à cause de son odeur. Da boit son café. J’observe les fourmis. Le temps n’existe pas. D L
Cette nouvelle version de L’odeur du café (1991) est un hommage à l’univers de l’enfance de Dany Laferrière, grouillant de vie, d’humanité et de chaleur. Le quotidien des habitants du village de Petit-Goâve est observé de près par Vieux Os, un jeune garçon au regard perçant, à qui rien n’échappe. Sa grand-mère, Da, règne sur la galerie, un café à la main. Ici, tout peut arriver.
Regard sur l’œuvre
Le romancier Dany Laferrière réécrit à l’intention des plus jeunes le livre tiré de son enfance à Port-au-Prince. – Le Figaro 8 mai 2014
Laferrière pour les jeunes. Dans L’odeur du café, Vieux-Os, le héros, observe la vie autour de lui dans le quartier de Petit-Goâve. Cet ouvrage, destiné aux plus de 10 ans, est publié aux Éditions de la Bagnole.
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L’enfance EST la poésie. Les sentiments sont aigus, les vibrations fortes, l’instinct juste, présent et pur. Les enfants sentent tout, sans pouvoir le formuler. Alors l’adulte en moi essaie de retrouver l’époque où la poésie n’avait pas besoin d’être formulée, de la revivre et de la redonner. – Dany Laferrière, en entrevue avec Josée Lapointe, La Presse 11 avril 2014
L’adresse du bonheur Dany Laferrière est arrivé à l’heure à notre rendez-vous chez Monet, la librairie de Cartierville où il aime flâner, discuter, bouquiner et donner des entrevues. Entre une tournée en Chine, un passage au Salon du livre de Paris et un départ pour la Suède, le nouveau membre de l’Académie française était à Montréal il y a une dizaine de jours, en cette fin d’hiver qui n’en finissait plus.
En quelques jours, il avait vu le spectacle de Louise Lecavalier, assisté au lancement du roman de son amie Perrine Leblanc et s’était présenté à la remise du Grand Prix du Conseil des arts de Montréal – où, assis à la table d’honneur, il a reçu des applaudissements nourris de la part du milieu des arts réuni au grand complet.
Dany Laferrière a senti cet accueil plus que chaleureux. « C’est comme si les gens avaient dit : il est des nôtres et il est toujours là. Il y a eu un flottement après ma nomination en décembre, peut-être qu’ils ont pensé que j’allais partir. Mais c’est eux qui avaient cette inquiétude, pas moi ! »
Car il l’a dit et le répète : c’est à Montréal qu’il est né écrivain, et tout ce qui compte est d’« avoir écrit ces livres et vécu avec ces gens » qui ont été les premiers à le lire et qui l’ont vu grandir.
Douce enfance
Mercredi, deux livres jeunesse de Dany Laferrière seront lancés : l’album Le baiser mauve de Vava, fin de la trilogie qui comprend Je suis fou de Vava (Prix du Gouverneur général en 2006) et La fête des morts, et une version illustrée de L’odeur du café, qui fait partie d’une série de classiques adaptés pour les jeunes lecteurs comprenant entre autres L’odyssée, Don Quichotte et Maria Chapdelaine .
Il était tout à fait logique que ce livre dans lequel un jeune garçon, Vieux Os, raconte l’été de ses 10 ans à petits coups de pinceau soit un jour offert aux enfants. « Mine de rien, c’est rare qu’on puisse voir une enfance aussi douce, nimbée de grâce, d’affection et de tendresse », dit Dany Laferrière, qui affirme avoir voulu faire du 88 de la rue Lamarre, à Petit-Goâve, « une adresse du bonheur de l’enfance ».
« Il y a des endroits où on aime se retrouver, où on se sent protégé à l’intérieur même de l’enfance. Tous les enfants peuvent aller se réfugier au 88 de la rue Lamarre quand ils ont de la peine. » — Dany Laferrière
En feuilletant le livre, Dany Laferrière a ainsi l’impression de redécouvrir un univers, lié à la mythologie même de l’enfance. Il a lui-même coupé dans son roman, « sans états d’âme ». « C’est pour ça que j’ai refait plusieurs de mes livres. Il faut couper pour que des enfants puissent le lire ? Alors je coupe. J’ai gardé des chapitres entiers, et j’en ai enlevé d’autres qui servaient davantage à développer. »
Un travail plutôt facile puisque L’odeur du café est divisé en une série de très courts tableaux – une forme qui permet au lecteur de « s’arrêter, de rêver un peu et de regarder les mouches voler ». Son essence reste donc intacte dans cette version réduite mais tout aussi charmante que le livre publié en 1991 chez VLB.
Mouvement continu
Étrange tout de même de discuter avec Dany Laferrière d’un roman sorti il y a près de 25 ans. Mais pas pour lui : tous ses livres font partie d’un même mouvement et l’habitent complètement. Puis c’est là qu’il a appris à raconter des histoires, assis sur cette galerie à côté de sa grand-mère Da – qui est maintenant un peu notre grand-mère à tous et qu’on retrouvait encore récemment dans le Journal d’un écrivain en pyjama.
« Je suis toujours au présent de l’indicatif. C’est le même monde qui se déroule et L’odeur du café, c’est la fondation de cette cafetière pleine de café ou d’encre, d’où sont sortis un peu tous mes livres. »
Il écrit toujours un peu la même chose depuis ses débuts, ajoute-t-il. Par exemple, sur la dictature, qui est au coeur du Baiser mauve de Vava, son discours n’a jamais changé : « La dictature, c’est le Monstre qui empêche un garçon de dix ans de visiter son amoureuse qui a la fièvre », écrit-il au début de l’album.
« C’est juste qu’au lieu de faire de la théorie, je vais à l’essentiel », dit l’auteur, qui a voulu parler de « choses importantes » aux tout-petits dans cette série : l’amour dans Je suis fou de Vava, la mort dans La fête des morts, la politique dans Le baiser de vava. On peut dire tout aux enfants – « Ils ont le droit ! » –, tant qu’on le fait avec poésie.
« L’enfance EST la poésie. Les sentiments sont aigus, les vibrations fortes, l’instinct juste, présent et pur. Les enfants sentent tout, sans pouvoir le formuler. Alors l’adulte en moi essaie de retrouver l’époque où la poésie n’avait pas besoin d’être formulée, de la revivre et de la redonner. » — Dany Laferrière
C’est parce que son enfance ne l’a jamais quitté qu’il réussit à avoir cette justesse de ton et d’émotion d’une simplicité si bouleversante. « C’est une erreur d’essayer d’écrire comme les enfants, c’est du faux réalisme. Mais la poésie, qui consiste à regarder la réalité avec un dixième de seconde de distance, les aide à trouver leur lien avec le monde. »
Elle nous aide tous, en fait, avec une précision qui fait mouche et qui peut même susciter une certaine mélancolie. Parce qu’en parlant de son enfance, c’est de toutes les enfances qu’il parle. « Je ne sais pas comment le dire, mais s’il n’y a pas cette mélancolie chez le lecteur, alors c’est qu’il n’y a pas de poésie et que le sentiment exprimé n’est pas juste. C’est ça qui fait battre le coeur. »
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Mon affection pour Vieux Os et Da, sa grand-mère, est réelle parce que j’y trouve les signes de fratrie universelle, loin des guerres fratricides, si près de l’utopique harmonie. – Jean-François Crépeau, Le Canada Français 29 mai 2014
Lettre à un Académicien
Cher Dany Laferrière,
Vous savez à quel point j’aime votre propos autant que votre art d’écrire. Cela depuis ce premier roman où vous racontiez comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, métaphore filée que ceux qui ne connaissent pas l’ironie dont vous êtes passé maître ont cru être une mauvaise blague. D’ailleurs, comment vous prendre au sérieux quand vous annonciez que des centimètres de neige allaient s’accumuler sous nos pas, terrorisés que tant de blanc tombe de la bouche d’un noir? Puis, vos récits se sont multipliés comme une douce tempête, chacun appelant le suivant.
Je l’ai déjà écrit, à vous et aux lecteurs des chroniques que je vous ai consacrées: je reviens constamment à votre troisième livre, L’odeur du café. Mon affection pour Vieux Os et Da, sa grand-mère, est réelle parce que j’y trouve les signes de fratrie universelle, loin des guerres fratricides, si près de l’utopique harmonie.
Les Éditions de la Bagnole et Soulières éditeur ont récemment fait paraître une nouvelle édition de ce livre en y ajoutant une troisième dimension, celle des illustrations de Francesc Rovira. Or, si par votre élection à la confrérie que Richelieu créa en 1635 vous êtes devenu Immortel, L’odeur du café ici publié vous fait entrer dans une congrégation non moins remarquable aux côtés d’Homère, de Cervantès, de Corneille et de Louis Hémon, le père de cette Maria C. qui ne vit jamais arriver, malgré le fracas, le train qui l’emporta dans l’éternité.
Ce n’est pas un train qui vous mène dans les rues de Petit-Goâve, là où vous avez passé votre enfance, mais une bicyclette imaginée par l’illustrateur F. Rovira dont le talent intelligent ne cesse d’émouvoir d’un dessin à l’autre. Il faut aussi dire que ce que raconte L’odeur du café, à l’image du style que vous n’avez cessé de peaufiner depuis, est fait d’illustrations de ce qu’était la vie quotidienne d’un jeune garçon et de son univers. Mieux, non seulement votre grand-maman adorée vit-elle dans les pages de ce livre, mais sa présence réelle est confirmée par celle des gens venus la saluer. D’autres sont aussi témoins de cette époque, vos tantes, le docteur Cayemite ou le notaire Loné par exemple.
Bien sûr, il y a Frantz et Rico, amis et complices d’apprentissage et de jeux, et le chien Marquis. Puis, il y a Vava, la mythique jeune fille, ce premier amour plus grand que nature et qui vous a inspiré trois albums jeunesse – Je suis fou de Vava (2006), La fête des morts (2009) et Le baiser mauve de Vava (2014) – illustrés par Frédéric Normandin et publiés aux Éditions de la Bagnole. C’est dans cette dernière histoire qui vient de paraître que surgissent les Tontons macoutes, annonçant votre départ de Petit-Goâve, comme dans L’odeur du café alors que vous partez rejoindre votre mère à Port-au-Prince.
Le baiser mauve, c’est une potion magique qui vous donne le courage de laisser derrière vous une époque heureuse pour aller vers l’inconnu. Le baiser mauve, c’est une potion magique qui vous immunisera contre l’ennui en nourrissant votre mémoire et son inséparable complice, l’imagination. Ensemble, elles vous aideront à raconter cette gamine dont l’amour aura allumé en vous une petite flamme qu’on peut voir dans vos yeux.
J’ai devant moi l’album, Le baiser mauve de Vava, et le roman, L’odeur du café. Le premier est une oeuvre originale dont la trame appartient à une autre époque, mais dont l’écriture appartient au terreau que vous avez créé d’un livre à l’autre. Le second est une relecture de cette histoire fondamentale dont vous n’avez rien sacrifié par respect pour Da autant que pour les jeunes lecteurs à qui vous l’adressez. Si tant est que l’enfant de tout âge se lovera plaisamment de l’un et de l’autre, y prenant le plaisir de vous lire.
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En puisant à même ses souvenirs d’enfance, source inépuisable d’histoires fabuleuses et amoureuses sises dans le Petit-Goâve d’un temps révolu. – Amélie Gaudreau, Le Devoir 12 avril 2014
Dany l’immortel au pays de son enfance
L’odeur du Café Dany Laferrière Illustrations de Francesc Rovira Le baiser mauve de Vava Soulières éditeur et La BagnoleIl compte parmi les rares immortels vivants à avoir écrit pour la jeunesse. Erik Orsenna et Michel Déon s’y sont déjà frottés. Mais le premier académicien québécois sait y faire, en puisant à même ses souvenirs d’enfance, source inépuisable d’histoires fabuleuses et amoureuses sises dans le Petit-Goâve d’un temps révolu.
L’oeuvre maîtresse de cet univers, L’odeur du café,un récit » pour adultes » de ses années passées auprès de sa grand-mère Da, a été d’abord publiée en 1991 puis rééditée chez Grasset il y a deux ans. Cet assemblage réussi d’anecdotes et de moments marquants du jeune Vieux Os, de sa famille, de son chien et de ses amis revit aujourd’hui dans une version légèrement raccourcie et abondamment illustrée par le Catalan Francesc Rovira, une version jeunesse, donc, dans une collection d’albums qui revisitent des classiques tels Don Quichotte et Maria Chapdelaine.
Les jeunes lecteurs qui ont découvert Laferrière à travers la série d’albums mettant en vedette ce garçon et son amoureuse Vava ont ainsi l’occasion de saisir maintenant avec leurs yeux de » plus grands » toute la richesse et la complexité de cet univers narratif, et dans une moindre mesure de comprendre à leur façon le concept d’intertextualité…
Duvalier et l’amoureuse
Leur » grand âge » ne devrait pas les empêcher de se lancer dans le nouvel épisode des aventures de Vava, certes destiné à ceux qui arrivent à peine à l’école. Ils y découvriront une dimension » politique » absente des autres titres de la collection, et même de L’odeur du café : la dictature des Duvalier et ses conséquences au quotidien. Laferrière réussit à évoquer subtilement ce régime de terreur qui a caractérisé l’Haïti de son enfance à travers le récit d’une interminable attente. Vieux Os angoisse, car sa Vava chérie est prise d’une dangereuse fièvre et les soldats aux lunettes noires qui rôdent au village le gardent prisonnier à la maison de Da. C’est sans compter qu’il doit partir rejoindre sa mère dans la grande ville. Vieux Os bravera le couvre-feu et ses peurs pour sauver sa dulcinée grâce à un miraculeux baiser mauve.
La recette qui a fait le succès des deux premiers volets de cette série fonctionne toujours à merveille, grâce aux textes portés par la poésie simple de l’auteur et au coup de crayon coloré et désormais familier de Frédéric Normandin. Difficile de ne pas aimer.
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L’immortalité, ce sont les enfants de nos enfants. Et la langue qui se passe, comme un témoin, d’une génération à l’autre. – Valérie Lessard, Le Droit 23 janvier 2014
L’immortel bien terre à terre
Ottawa – «L’immortalité, ce sont les enfants de nos enfants. Et la langue qui se passe, comme un témoin, d’une génération à l’autre», soutient Dany Laferrière, aussi fier grand-père que nouveau membre de l’Académie française.
L’«immortel» de 60 ans est de passage à Gatineau, aujourd’hui, pour y donner trois conférences à des étudiants des niveaux secondaire, collégial et universitaire. L’écrivain québécois d’origine haïtienne parlera alors d’écriture et de lecture. «De la vie, quoi!» clame-t-il, tout sourire.
Car pour Dany Laferrière, le livre n’a rien d’un objet mort. Il incarne plutôt un lieu d’échanges entre deux personnes qui ne se connaissent qu’à travers lui.
«Le plus intéressant, dans l’écriture, c’est le lecteur. Nous pouvons écrire avec ou contre ce que nous sommes, mais nous ne savons rien de celui ou celle qui nous lira. Ils sont là, les mystères et beautés du métier.»
Avide d’«aller à la rencontre des lecteurs de toutes les générations», il a notamment soumis sa candidature à l’Académie française pour ces «discussions de qualité» autour du livre, de l’art, de ce «chemin qui mène vers l’intérieur de soi» qu’il aspire maintenant à partager avec ses pairs.
S’il a été élu en décembre, M. Laferrière ne s’est toutefois pas encore officiellement assis dans son fauteuil (le numéro 2). Il lui faudra d’abord rencontrer le président de la République et livrer son discours de réception avant de faire son entrée sous la Coupole. L’écrivain doit d’ailleurs se rendre à Paris, en février, pour en savoir un peu plus sur la suite des choses. «Mais comme trois autres académiciens, élus avant moi, attendent toujours de franchir certaines de ces étapes…»
L’homme n’est donc pas pressé. Pas plus qu’il ne sent de pression accrue à produire, à la suite de sa récente élection.
«Accéder à l’Académie, c’est une consécration, pas une exhortation à écrire», fait valoir l’auteur d’une vingtaine de titres, dont L’énigme du retour (prix Médicis en 2009).
«Je n’ai jamais eu de grands plans, si ce n’est d’écrire les livres qui exigeaient de l’être, renchérit-il. On peut les aimer ou non, cela ne m’appartient pas, mais chacun a sa raison d’être. Et si d’autres réclament d’apparaître, j’obtempérerai.»
D’ici là, un troisième album mettant en scène Vieux Os (Le baiser mauve de Vava) atterrira en librairies début avril. Après l’amour et la mort, l’auteur traitera de politique. «Ce sont trois thèmes qui intéressent les gens libres que sont les enfants», soutient celui qui se considère encore un enfant lui-même.
Dany Laferrière signera aussi l’adaptation de L’odeur du café pour un lectorat jeunesse et une nouvelle mouture de L’art presque perdu de ne rien faire, qui sera publié en France plus de deux ans après sa sortie au Québec.
«Je n’ai pas beaucoup de respect pour mes textes, dans le sens où ils n’ont rien de sacré, à mes yeux. C’est pour ça que je me sens à l’aise de les retravailler. Un livre, pour moi, s’avère quelque chose de vivant, qui s’inscrit dans le mouvement et que je peux donc retoucher, revisiter, republier.»
Ainsi, cette «odeur du café» de sa grand-mère Da, sur laquelle il continue de bâtir son oeuvre, sera «toujours le fil de mon écriture, mais jamais le filon!»
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Il faut que les enfants du nord sachent ce qui se passe dans le sud avec la dictature. On n’a pas la même enfance quand on naît à Bagdad ou à Outremont. – D. L., en entrevue avec Patrick Masbourian, Radio-Canada 8 avril 2014
L’odeur de la musique selon Dany Laferrière
Dany Laferrière retombe en enfance
Fraîchement élu à l’Académie française, Dany Laferrière lance cette semaine, fait rare pour un immortel, deux ouvrages jeunesse : Le baiser mauve de Vava et L’odeur du café, une réédition, aux Éditions de la Bagnole. Nous l’avons joint par téléphone à Montréal à la veille du lancement des deux livres.
Photo : Francesc Rovira / Éditions de la Bagnole Étonnamment, même si Dany Laferrière a l’habitude de réécrire beaucoup ses livres, pour L’odeur du café, il s’agit du texte original réédité (l’édition originale était épuisée), simplement agrémenté d’illustrations et légèrement raccourci pour les besoins de la collection.
Ses albums jeunesse sont toujours, en quelque sorte, une variation sur le thème de sa propre enfance. La réécriture de L’odeur du café, récit d’enfance composé de vignettes impressionnistes, s’est donc plutôt faite à travers l’écriture de ses trois albums jeunesse : Je suis fou de Vava, La fête des morts et Le baiser mauve de Vava.
Danser le tango avec son illustrateur
Photo : Frédérick Normandin / Éditions de la Bagnole C’est Frédéric Normandin qui a illustré les trois albums. Chaque collaboration implique beaucoup de rencontres et de discussions pour « trouver la couleur de l’île », car l’illustrateur sherbrookois ne connaît pas Haïti.
Laferrière utilise l’image d’un couple dansant le tango pour décrire cette relation particulière entre l’auteur et l’illustrateur dans l’écriture pour enfants, avec son rythme et sa musique.
La dictature, un sujet pour enfants?
Dans Le baiser mauve de Vava, Laferrière traite d’un sujet grave, rarement abordé en littérature jeunesse : la dictature. Mais l’auteur se défend de verser dans le drame ou de recourir à la violence gratuite. Au contraire, tout est suggéré. Et puis, c’est sa propre histoire qu’il raconte, et il s’agit de la vie.
« Il faut que les enfants du nord sachent ce qui se passe dans le sud avec la dictature. On n’a pas la même enfance quand on naît à Bagdad ou à Outremont. » — Dany Laferrière La mort, d’ailleurs, est présentée de manière un peu carnavalesque, et les illustrations colorées et pleines de vie de Frédéric Normandin viennent contrebalancer le sérieux du propos.
Et Laferrière rappelle qu’à l’origine, les contes pour enfants, notamment ceux de Charles Perrault, n’étaient pas aussi édulcorés et pasteurisés que certaines versions ultérieures.
« La dictature, c’est le Monstre qui empêche un garçon de 10 ans de visiter son amoureuse qui a la fièvre. » — Exergue du « Baiser mauve de Vava » (Éditions de la Bagnole) Quand on fait remarquer à Dany Laferrière qu’encore une fois, il fait un peu figure d’exception, car peu d’académiciens écrivent pour les jeunes, l’auteur précise qu’on est académicien avant tout parce qu’on est écrivain. Et ce n’est pas parce qu’on écrit pour les enfants que le sujet est moins noble!
Il lance même sous forme de boutade un défi à ses collègues immortels : écrire au moins un livre pour enfant…
Dany Laferrière sera présent en fin de semaine au Salon du livre de Québec, et, le 26 avril, il donnera à Montréal une lecture de ses livres pour enfants à la Maison de la culture du Plateau Mont-Royal, à l’occasion du Festival littéraire Metropolis bleu.
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Il y a quelque chose de magique qui remonte à la fable enfantine. – D. L., en entrevue avec Daniel Daignault, 24 heures Montréal 10 avril 2014
Des livres jeunesse pour Dany Laferrière
Ce n’est pas parce qu’il est devenu immortel depuis qu’il a été admis à l’Académie française que Dany Laferrière a rangé sa plume.
Il a lancé hier soir deux nouveaux livres jeunesse: le troisième tome de la série Vava, Le baiser mauve de Vava, en plus d’une édition illustrée de son roman L’odeur du café.
Il s’agit du troisième et dernier album de cette série, dit-il. Le premier portait sur l’amour (Je suis fou de Vava), le second sur la mort (La fête des morts) et ce troisième traite de politique. Ce sont les trois thèmes qui, à mes yeux, pouvaient intéresser les enfants. J’ai essayé, dans ce dernier livre écrit l’an dernier, de raconter la dictature vue par un enfant de dix ans. La dictature, c’est le monstre qui empêche un enfant de dix ans, Vieux Os, de voir son amoureuse qui a la fièvre. C’est très simple, il n’y a pas de détails sordides», a confié Dany Laferrière.
Le baiser mauve de Vava, comme les deux livres précédents publiés aux Éditions de la Bagnole, a été superbement illustré, tout en couleur, par Frédéric Normandin. Des livres qui, selon Dany Laferrière, sont presque considérés en Haïti comme des classiques.
Quant à L’odeur du café, il s’inscrit dans une collection luxueuse d’oeuvres illustrées qui compte déjà des titres tels Maria Chapdelaine et Les aventures de don Quichotte.
C’est une grande fierté pour moi parce que c’est une collection de livres dits classiques. C’est le même texte que mon roman publié en 1991, sauf quelques chapitres qui ont été enlevés pour faire place aux illustrations de Francesc Rovira, mais le texte n’a pas changé», ajoute Dany Laferrière.
Il y avait foule pour saluer Dany Laferrière à l’occasion de ce lancement de livres et ce dernier, toujours affable, avoue candidement que le regard que les gens portent sur lui a changé depuis qu’il a fait son entrée à l’Académie française en décembre dernier.
Moi je n’ai pas changé, je continue à faire ce que je faisais, mais l’idée de l’immortalité, qui est en fait l’immortalité de la langue française et non de l’écrivain, ça a un impact sur les gens; il y a quelque chose de magique qui remonte à la fable enfantine. Imagine: il y a des gens qui veulent me toucher: ils croient prendre ainsi dix ans pour ajouter sur leur temps!», dit-il en riant.
Lorsqu’on lui demande s’il a commencé l’écriture d’un nouveau roman, Dany Laferrière lance à la blague: Ah, mais pourquoi écrire quand on peut lire des meilleurs livres que ce qu’on pourrait écrire! Plus sérieusement, il pourrait y avoir un roman publié chez Boréal l’année prochaine, qui serait dans la continuité de L’art presque perdu de ne rien faire etLe journal d’un écrivain en pyjama. Ce sera sans doute quelque chose qui portera sur le voyage et l’exil.
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Il y a quelque chose de magique qui remonte à la fable enfantine.
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L’essentiel demeure : le foisonnement de la vie haïtienne et le regard perspicace d’un garçon de dix ans sur les journées sans fin de l’enfance. Stéphanie Morin, La Presse 15 mai 2015
Le marché de Petit-Goâve, l’odeur du café, les après-midi sur la galerie, les copains, le ballet des fourmis, Da. Et la robe jaune de Vava. Pour cette version destinée aux jeunes lecteurs, le roman ensoleillé de Dany Laferrière a été amputé de quelques chapitres. Des illustrations colorées se sont ajoutées. Mais l’essentiel demeure: le foisonnement de la vie haïtienne et le regard perspicace d’un garçon de 10 ans sur les journées sans fin de l’enfance.
Voyage à la page Les guides de voyage n’ont pas leur pareil pour donner des informations techniques précieuses sur une destination. Mais pour susciter le désir d’y aller, mieux connaître sa population ou son histoire, la littérature est généralement imbattable. Nous avons débusqué des romans qui donnent envie de parcourir le monde. Des livres pour voyager. Pas besoin de partir pour voyager, il suffit parfois d’ouvrir un livre. En voici qui vous donneront des ailes.
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La plume colorée de Laferrière traduit si bien les odeurs, les sons, les sensations, qu’on a véritablement l’impression d’y être. – Jessica Émond-Ferrat, Métro Montréal 11 avril 2014
L’odeur du café
Dans la même collection qui a fait redécouvrir aux jeunes des classiques de la littérature comme Maria Chapdelaine de Louis Hémon ou La fabuleuse odyssée d’Ulysse, d’après l’oeuvre d’Homère, c’est maintenant d’un roman du nouvel «immortel» de l’Académie française Dany Laferrière que Soulières éditeur et les éditions de la Bagnole proposent une nouvelle version. Petits et grands pourront apprécier ces souvenirs d’enfance en Haïti de l’auteur avec sa grand-mère, Da, présentés sous forme de petits tableaux, et où la plume colorée de Laferrière traduit si bien les odeurs, les sons, les sensations, qu’on a véritablement l’impression d’y être. Cela est aussi dû aux très belles illustrations à l’ancienne de Francesc Rovira, qui capturent à merveille l’ambiance du récit. dans la Rubrique «Cette semaine, on craque pour…»
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La simplicité, la beauté et la sobriété des illustrations de Francesc Rovira ont ravi Dany Laferrière, qui estime que, grâce à cela, son roman a gagné en force. La Presse 6 avril 2014
Monde illustré Deux illustrateurs aux styles très différents illuminent ces deux livres de Dany Laferrière. Il nous a parlé de leur travail.
Le baiser mauve de Vava illustré par Frédéric Normandin
C’est la troisième collaboration entre Dany Laferrière et Frédéric Normandin, qui a fait de l’univers de l’écrivain haïtien un monde tourbillonnant et coloré, plein de détails et de fantaisie. Dany Laferrière ne se lasse pas d’observer ses illustrations. « Il est très occupé maintenant. Mais dès qu’on lui demande de dessiner une petite fille, il fait Vava ! »
L’odeur du café illustré par Francesc Rovira
La simplicité, la beauté et la sobriété des illustrations de Francesc Rovira ont ravi Dany Laferrière, qui estime que, grâce à cela, son roman a gagné en force. « C’est comme s’il devait être fait de cette manière-là. Ça aurait pu être juste bien, banal, mais, au contraire, je sens que ça apporte quelque chose au texte. Pour moi, c’est une vraie renaissance. »
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Le quotidien, les détails du jour sous l’angle tropical d’un exotisme qui fascine. Un jour, peut-être que mon B ira en Haïti grâce à ce livre. – Jo Blog, Le Devoir 25 avril 2014
Lu. L’odeur du café de Dany Laferrière (illustré par Francesc Rovira) avec mon B. J’ai aimé plus que lui, à qui ce livre est pourtant destiné. Mais je ne désespère pas, à petites doses, je le lui servirai. J’y ai retrouvé Da et son café, Dany et son Petit-Goâve. Haïti et ses odeurs, fumier, lait caillé, sang de cochon, moiteur de l’air et pluie abondante, tout ça qui remonte. Dany y décrit le quotidien, les détails du jour sous l’angle tropical d’un exotisme qui fascine. Un jour, peut-être que mon B ira en Haïti grâce à ce livre.
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La mer des Caraïbes est au bout de la rue. Un pauvre diable, qui ne l’avait jamais vue, en était ressorti surpris de n’en garder aucune trace. Il pensait que c’était de l’encre. – Jean-Claude Raspiengeas, La Croix (France) 5 juillet 2014
Petit livre pour l’été
Été 1963, à Petit-Goâve, Haïti. Vieux Os, 10 ans, vit dans l’ombre bienveillante de Da, sa grand-mère. OEil d’aigle, il voit tout, retient tout. Sur la véranda, Da et Vieux Os regardent passer le peuple de Port-au-Prince qui afflue les jours de marché. Pieds nus et large chapeau de paille sur la tête, les paysannes fument des pipes en terre cuite rouge. Le chien de la maison est si maigre et si laid que Vieux Os fait semblant de ne pas le connaître.
Allongé sur le sol, Vieux Os suit, pendant des heures, le ballet des fourmis, leur agitation et leur panique après la pluie. La mer des Caraïbes est au bout de la rue. Un pauvre diable, qui ne l’avait jamais vue, en était ressorti surpris de n’en garder aucune trace. Il pensait que c’était de l’encre.
Aujourd’hui, Dany Laferrière, Vieux Os, est l’un des Immortels de l’Académie française. Dans un petit récit amusant et pittoresque, publié aux Éditions de La Bagnole (!), joliment illustré par Francesc Rovira, il revient sur son enfance, à l’ombre des flamboyants, baignée par « l’odeur du café ». La jolie, l’inaccessible Vava est toujours là, avec sa robe jaune et ses yeux qui empêchent Vieux Os de dormir. En très courts chapitres imagés, Dany Laferrière compose un chant d’amour à cette grand-mère qui l’initia, par sa bonté, sa présence, son sens du merveilleux, à la beauté du monde