Je suis cet enfant qui change tout le temps ses histoires. Aucun respect pour les formes. Aucune loyauté envers les faits. Et la logique en prend parfois pour son grade.
D L
La panoplie de Dany Laferrière
Quelle est la particularité des cravates de Dany Laferrière ?



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Quelles sont les chaussures fétiches de Dany Laferrière ?


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Dans quelle émission de télévision Laferrière a-t-il proposé qu’on remette un jour le Prix Nobel au Québec pour l’originalité de sa littérature ?
Dans l’émission «Bouillon de culture», présentée par Bernard Pivot, intitulée « Il n’y a pas que les Français qui écrivent bien le français », diffusée sur France 2 le 19 mars 1999, en direct du Salon du livre de Paris. Pays sans chapeau
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Quand Dany Laferrière voit une fenêtre ouverte, pense-t-il à un voleur, à un amant ou à la pleine lune ?
J’ai passé mon enfance à observer le ciel avec ma grand-mère à Petit-Goâve. Le monde que nous habitions était fait de constellations et de métamorphoses. Ma grand-mère me montrait les étoiles, la Petite Ourse, le Chien… et j’étais perdu dans ce monde-là, celui de l’universel. J’étais habité par le ciel.
(dans Le Monde, 2018)
C’est qu’il est impossible d’extraire du cœur de l’homme son enfance, ses rêves, son ciel étoilé et sa ronde lune.
– L’odeur du café
La lune est à vous tant qu’elle demeure un astre et que vous restez un rêveur.
– Un certain art de vivre
J’ai toujours rêvé d’une biographie qui exclurait les dates et les lieux pour ne tenir compte que des émotions ou des sensations, mêmes fugaces. La première fois que j’ai vu une libellule. La fois que je suis entré dans la mer en ignorant qu’il fallait savoir nager. La fois que j’ai assisté à l’exécution d’un prisonnier politique près du cimetière de Port-au-Prince. Le dernier regard de ma mère me voyant partir en exil. Ma première promenade dans la cour de l’Académie. Et toutes les fois que j’ai regardé dans un ciel étoilé en espérant trouver la Niña Estrellita.
– Vers d’autres rives
La fenêtre permet de voir et d’entendre les gens qui passent dans la rue. J’accorde à cet univers imprévisible une plus grande attention que je ne le fais pour les nouvelles à la télé qui me ramènent à un monde auquel je viens de tourner le dos.
– Un certain art de vivre
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Si Dany Laferrière rencontre une fleur au bord du chemin, la respire-t-il sans l’arracher, la cueille-t-il pour l’offrir ou la garde-t-il pour lui ?
« Je me promène un instant dans le jardin, tout étonné de constater que les fleurs les plus fragiles se balancent encore au bout de leur tige. Le béton est tombé. La fleur a survécu. »
– Tout bouge autour de moi
2010, Haïti, lors du terrible tremblement de terre.
« Mon intention n’a jamais été de comprendre le monde ni de le changer. Simplement d’y vivre. »
— Un certain art de vivre
« Je note que la plupart des gens veulent savoir ce que l’autre cache alors que je me contente de ce qu’il tente de me faire voir. »
— Tout ce qu’on ne te dira pas, Mongo
« Ouvrez n’importe quel livre de votre bibliothèque, prenez une seule phrase qui vous plaît et mettez-la telle quelle dans votre livre. Cette opération s’appelle : faites payer les riches. »
– Journal d’un écrivain en pyjama
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Vers deux heures de n’importe quel après-midi d’été, sur une terrasse, que fait Dany Laferrière ? Commande-t-il une salade niçoise avec un verre de vin rouge en attendant quelqu’un, lit-il un roman où il est question d’une tempête de neige, ou dessine-t-il dans un carnet les visages et les paysages qui l’entourent ?
« Je ne connais pas de plus vif plaisir (à part un hypothétique week-end avec Rita Hayworth) que celui qu’on trouve à s’asseoir à la terrasse d’un café pour siroter un verre de vin vers deux heures de n’importe quelle après-midi d’été. »
– Eroshima
«Je n’ai aucune intention
de boire ce verre de vin rouge
que l’après-midi réclame.»
– Un certain art de vivre
« Je dois dire honnêtement que ma situation a un peu changé. À l’époque, après avoir termine un chapitre, j’allais arpenter la rue Saint-Denis. La rue la plus cruelle de Montréal. Je regardais les gens engloutir des tonnes de nourriture derrière les vitres des restaurants. Les jeunes gens insouciants ont cette détestable manie d’éteindre leur cigarette dans les assiettes encore pleines. Le couteau dans la plaie. Je les regardais en me disant qu’un jour, comme la petite Alice, je passerais de l’autre côté avec les riches. Comment se sent-on, vieux? Je te répondrai plus tard. C’est ça, repasse, parce que maintenant, j’attends une magnifique comédienne (jeune et blonde, il va sans dire) pour partager avec elle cette salade niçoise. »
– Cette grenade dans la main du jeune nègre est-elle une arme ou un fruit?
« Je ne connais pas de plus vif plaisir que celui
qu’on trouve à s’asseoir à la terrasse d’un bar
de Bornéo pour siroter une boisson locale vers
deux heures de n’importe quel après-midi d’été. »
– Un certain art de vivre
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Après l’amour, Dany Laferrière regarde-t-il le plafond en pensant que ce moment est unique, écoute-t-il Nina Simone ou a-t-il envie de retourner à ce petit restaurant manger une montagne de spaghetti ?
« Mon rêve, c’est de faire la vie comme d’autres font l’amour. »
– D L, Le Devoir
25 mars 2000
« Écrire nu, le matin, pendant que l’amante est encore endormie. »
– L’exil vaut le voyage
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Durant ses nuits d’insomnie, Dany Laferrière repense-t-il à son enfance pour se calmer, repasse-t-il la journée entière dans sa tête en analysant chaque détail ou se lève-t-il pour nettoyer la maison de fond en comble ?
« On n’est pas insomniaque si on aime lire. »
– L’art presque perdu de ne rien faire
«Je me souviens de ces terribles faims qui me réveillaient la nuit. Je me levais alors pour aller chercher un livre, comme d’autres vont se faire un sandwich. Je retournais ensuite au lit, me glissais sous les draps en laissant filtrer un rai de lumière pour pouvoir lire.»
– D L, «Éloge de la lecture», La Presse
21 novembre 2004
« Je dors plutôt afin de quitter mon corps et calmer ma soif des visages d’autrefois. »
– L’énigme du retour
« Balayer est un acte subversif car il permet de rêver »
– Autoportrait de Paris avec Chat
« On a tous nos angoisses. Il faut savoir avec lesquelles on accepte de passer la nuit. »
– Un certain art de vivre
« Je somnole entre aube et crépuscule. Et dors le reste du temps. »
– L’énigme du retour
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Dany Laferrière est-il un romancier qui voudrait être musicienne, un danseur qui rêve d’être cinéaste ou un peintre qui souhaiterait de toutes ses forces monter sur les planches ?
Si j’avais le choix je serais un poème plutôt qu’un poète mais n’étant ni l’un ni l’autre je sors dans la nuit avec la détermination d’un parieur fou qui vient de tout miser sur un cheval boiteux.
– Un certain art de vivre
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Quand Dany Laferrière entend parler d’un artiste, cherche-t-il à le connaître par sa production artistique sans nécessairement penser à ses origines, par des détails de sa vie qui pourraient le rapprocher de lui, ou attend-il patiemment le bon moment pour le découvrir ?
Pour bien comprendre quelqu’un, c’est mieux de lire, par-dessus son épaule, les livres qu’il lit.
– L’art presque perdu de ne rien faire
Pour imposer un art, il faut deux choses : l’argent et les canons.
– D L, L’alphabet des couleurs
18 août 2021
Depuis quelque temps je vais à l’opéra car, là encore, je suis membre d’un prix de musique. Comment se fait-il que je sois membre d’un jury d’opéra alors que je n’ai aucune connaissance particulière dans cet art? J’avais bien expliqué dans le catalogue du prix mon ignorance de l’opéra mais cela n’a suscité aucun remous. C’est qu’à Paris on prête tous les pouvoirs (on parle ici de sorcellerie) à un écrivain. C’est l’art royal depuis Voltaire, Hugo ou Stendhal. Peut-être aussi qu’on croie que ce n’est que coquetterie de ma part de faire semblant d’ignorer ce que beaucoup font semblant de savoir. Paris a toujours besoin d’un œil neuf et d’une oreille vierge pour se renouveler. Moi qui pensais détester cet art qui me semblait de loin poussiéreux et raide aux entournures, je développe un goût certain pour lui d’autant qu’il est total. Je me souviens de Frankétienne me disant en train d’écrire un roman-opéra. L’auteur de «Ultravocal» a raison: tout se jette dans le fleuve roman. Il est vrai qu’on ne peut éviter les galeries et les musées dans cette ville où l’on vous conseille toujours d’aller voir la rétrospective d’un artiste rare. Je partage ma vie entre le dixième et le sixième arrondissement où se concentre mon univers intellectuel. Je publie chez Zulma, rue Dragon, que fréquentent beaucoup d’écrivains haïtiens, des classiques comme Roumain, Alexis, Depestre ou Vieux-Chauvet, et les nouveaux comme James Noël et Makenzy Orcel. Sinon je retrouve Edwige Danticat deux minutes plus loin chez Grasset où je publie la majeure partie de mon œuvre. Là, je discute un moment avec mon éditeur Charles Dantzig à propos de mon prochain livre avant d’aller déjeuner chez Lipp, en face du Flore. Tout ça peut paraître luxueux, mais en fait je signale des cafés, des restaurants ou des musées, et il y a des choses bien plus chères dans cette ville, croyez-moi. Si c’est jeudi, je me rends à pied à l’Académie où m’attendent mes camarades de l’Académie pour une séance du dictionnaire. C’est la raison de ma présence dans cette ville. Et toute cette vie est possible parce que j’ai appris à lire à Petit-Goâve il y a plus de soixante ans. C’est de là qu’est venue la goutte d’encre qui s’est déversée dans tant de capitales par le biais de tant de langues. Je remercie ici chacune de mes lectrices car elles sont plus nombreuses que les lecteurs. Tout ça forme l’écume des jours.
J’ai toujours détesté conseiller des livres, parce que je crois que précisément la littérature est faite pour nous libérer, pour empêcher qu’on suive les autres. Moi, ce que j’aime c’est relire. J’ai ce que j’appelle des “livres amis”, tout le monde en a, des livres qui nous ont fait du bien, qui nous consolent du monde. Ça peut être des livres très noirs ou très joyeux !
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Quand Dany Laferrière pense au cinéma, se voit-il derrière la caméra, devant la caméra ou dans la production, à ramasser l’argent et à réunir les gens qui font le film ?
«Je passe mon temps à observer. J’observe les gens, les animaux et les objets. Je suis une caméra qui enregistre tout ce qu’elle capte.»
– Les années 80 dans ma vieille Ford
La poésie me console de la bêtise humaine. Je lis un poème. Pas plus. Des fois, un vers me suffit. Je le laisse rouler dans ma tête jusqu’à ce qu’il colonise mon cerveau. Je sors mon carnet noir. Prolongement de ma main et de mon regard. Ma main transcrit ce que mes yeux voient. Il m’arrive d’écrire sans penser à ce que j’écris. Je suis une caméra. Je balaie l’espace. Cela m’a pris beaucoup de temps avant d’arriver à cette simplicité. Avant, je croyais que les choses, comme les êtres, ne se révélaient que dans leur profondeur. En fait, tout se passe à la surface.
– Tout ce qu’on ne te dira pas, Mongo
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Êtes-vous une obsessionnelle qui va jusqu’à la perfection de ce qu’elle entreprend, quelqu’un qui veut à chaque fois changer de forme et prendre des risques jusqu’à pénétrer dans des territoires inédits ou préférez-vous contempler plutôt que de produire ?
«On dépense autant d’énergie pour faire un bon livre que pour en faire un mauvais livre.»
– Journal d’un écrivain en pyjama
«Tout mon mérite vient du fait que peu de gens qui dessinent aussi mal que moi ont osé faire un livre de ce genre. De quel genre est celui-ci ? Je ne saurais le dire, mais je ne me suis jamais senti aussi libre de ma vie d’écrivain.»
– «Comment faire ce qu’on ne sait pas faire ?» dans Autoportait de Paris avec Chat
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Les arts, est-ce pour mieux vivre, pour nous amener à réfléchir plus sur notre mode de vie, ou une façon de répondre à la violence du monde ?
L’art est là pour dire que nous ressentons les choses
de la même manière quels que soient les climats
les paysages, les classes, les races, les sexes et les religions.
L’émotion pure est aveugle, et unique malgré tout.
L’art est bien la seule tentative
de réponse sérieuse à notre angoisse
face à ce monstre insatiable
qu’est le temps.
– Un certain art de vivre
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Lisez-vous jusqu’au bout un livre que vous n’aimez pas ?
Prenez un livre qui compte pour vous.
Lisez-le jusqu’au bout.
Car vous jouez à ce moment-là
votre tête de lecteur.
Afin de donner bonne conscience au lecteur paresseux, Pennac lui dit de laisser tomber un livre qui ne l’intéresse plus. L’argument, c’est qu’avec tant de livres qui vous attendent, pourquoi perdre votre temps avec celui-là? Un écrivain pourrait dire la même chose : tant de livres sont déjà écrits, pourquoi perdre mon temps à écrire celui-là? Si c’est Kafka qui le dit (et il l’a dit), on est cuit; si c’est Shakespeare qui le dit (il se cache encore), on est fait; si c’est Platon qui le dit (les idées ne sont pas de lui, mais de Socrate), on est mort. Pennac parle comme si le lecteur avait besoin de sa bénédiction pour jeter un livre. Il y a bien sûr les confessions que l’on chuchote à un écrivain connu, après lui avoir fait tant de compliments, durant une séance de signature: «Monsieur, j’ai honte de n’avoir pas terminé tel livre». C’est souvent Joyce ou Proust. On est si fier à ce moment-là d’avoir supplanté Joyce, dans l’esprit de cette lectrice, qu’on sourit: «Madame, laissez tomber Joyce s’il vous emmerde». Et l’autre insiste, car elle a l’attention de la star: «Mais je me sens coupable… C’est un si grand écrivain.» Et la vedette du jour de caresser un moment la main de la lectrice en ajoutant: «On ne devrait jamais se sentir coupable.» Faux. Faux. Faux. On se sent constamment coupable, et ce n’est pas parce qu’on est judéo-chrétien. Je ne parle pas de ces choix cruciaux à faire entre tuer et ne pas tuer, trahir et ne pas trahir, avoir un enfant ou pas; je parle de toutes ces petites tracasseries qui parsèment notre vie quotidienne. Du genre: je termine ce livre ou pas? Bon, on le laisse tomber. On en prend un autre qui se révèle bien pire, et on le lance par la fenêtre. Si ça continue, ce ne sera plus un livre qu’on jettera, mais la lecture elle-même. C’est à cause de ce genre de conseil qui n’a pour but que de faciliter la vie des autres (Pennac en a dix sur la lecture) qu’un écrivain doit constamment se justifier dans les cocktails littéraires: «Monsieur, j’ai aimé votre livre, mais c’était difficile au début, ce n’est qu’à la page 50 que j’ai pu entrer dedans.» Et on attend une réponse. «Si vous avez aimé, il faudrait relire les cinquante premières pages. C’est la partie bis.» «C’est quoi la partie bis?» «C’est fait pour être lu deux fois.» Un silence. «Je ne savais pas. Je vais essayer.» Sourire. «Et vous m’en donnerez des nouvelles.» Un mois plus tard, vous attrapez une conversation au vol dans un salon: «C’est la partie bis, Suzanne, tu n’es pas censée comprendre Joyce du premier coup .» On a envie de dire que, dans le cas de Joyce, ce n’est pas seulement la partie bis, c’est le livre bis, mieux encore, c’est l’auteur bis. Pour le comprendre, il vous faudra une vie bis. Ce que je veux dire, c’est que même Tolstoï, dans ses moments de doute, a été tenté plusieurs fois de jeter le manuscrit de Guerre et Paix par la fenêtre. S’il l’avait fait, nous ne l’aurions même pas su (peut-être qu’il a jeté au feu d’autres manuscrits durant ces longues soirées d’hiver russe), alors soyons plus discrets avec nos petites misères de lecteur. On n’a pas besoin de vous suivre à chaque étape de votre lecture. Ces difficultés que vous rencontrez en lisant un livre, eh bien, c’est cela la lecture. Écrire se révèle difficile, parfois lire aussi. Je ne défends pas l’écrivain ici, mais la dignité du lecteur. Quand Pennac lui dit de laisser tomber un livre pour en prendre un autre, il crée la notion de lecture jetable. On peut être sûr qu’il n’agit pas lui-même ainsi, sinon il ne serait pas Pennac. Il ne me donne pas l’impression d’être du genre à jeter un manuscrit au premier doute. Pennac, l’entêté. L’abondance? Whitman, lui, croit que celui qui touche un livre touche un homme. Dans un autre registre, disons que dans un pays où il manque de livres, on n’a pas le même rapport avec la lecture.
– Journal d’un écrivain en pyjama
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Êtes-vous du genre à faire lire à vos enfants les livres que vous avez aimé dans votre enfance même si ça vous paraît moins intéressant aujourd’hui ?
Êtes-vous du genre à faire lire à vos enfants les livres que vous avez aimé dans votre enfance même si ça vous paraît moins intéressant aujourd’hui ?
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- Est-ce que vous écrivez quelque chose que vous n’avouerez même pas sous la torture ?
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Êtes-vous prêt à rompre avec quelqu’un qui détesterait un livre que vous avez adoré ?
On voudrait savoir quel chemin un tel livre a pris pour se retrouver un jour sur notre table de chevet, quand ni l’auteur ni le sujet ne nous est familier. Était-ce dû à l’insistance d’un ami ? Le livre étant un des rares cadeaux que l’on peut faire à quelqu’un en pensant à soi. On peut offrir à un ami un briquet sans être fumeur, ou une cravate sans en porter soi-même, mais il est assez difficile de donner un livre qu’on n’aime pas (je connais quelqu’un qui n’arrête pas de distribuer depuis des années le même livre). On cherche à savoir plus tard, un peu par la bande, si l’autre a aimé son cadeau. Et s’il n’a pas aimé, on se sent comme rejeté. Quant à moi, je pourrais difficilement m’entendre avec un type qui trouverait ennuyeux L’Attrape-coeurs de Salinger. Mais qui donc m’a refilé ce bouquin ? Je l’ai lu vers 23 ans. C’est un livre à découvrir à 16 ans, à la suite de ces livres à grand déploiement qui nourrissent l’adolescence (Dickens, Dumas, Twain). Je ne connaissais pas Salinger, et je n’ai jamais été un lecteur bien curieux. Ce n’est pas moi qu’on prendra à essayer un de ces écrivains dans le vent. Alors Salinger ? Qui me l’a refilé (on dirait une de ces maladies vénériennes dont on arrive mal à se débarrasser ) ? L’Écume des jours de Boris Vian aussi (j’ai été heureux de le voir cité dans le livre de Manguel). Je crois que tout écrivain devrait au moins se faire le champion d’un autre écrivain. Cela nous donnerait la possibilité de parler de littérature, sans que ce soit de nos livres. Ce que fait volontiers Robert Lalonde. Mais tout cela ne nous explique pas encore comment tel livre s’est retrouvé, un jour, dans notre bibliothèque.
La route du livre
Il y a différentes possibilités pour qu’un livre arrive jusqu’à nous en empruntant d’autres chemins que les médias et la rumeur. Dans beaucoup de cas, c’est le livre qui nous choisit et non le contraire.
L’héritage — Une vieille tante meurt, et sachant que nous aimons les livres, elle nous a légué sa bibliothèque. Il faut aller la chercher, ce qui gâche une fin de semaine. On met tout cela dans des boîtes, sans trop regarder, qu’on dépose dans la cave. Puis un jour, on ouvre les boîtes pour découvrir non pas simplement des livres, mais une certaine sensibilité au monde. On apporte quelques bouquins à l’étage. Des visiteurs s’étonnent que nous connaissions de tels auteurs. Des livres qu’on ne trouve plus dans les librairies. Les journaux n’en parlent plus depuis un moment, et pourtant, ils gardent encore quelques lecteurs. Je connais quelques écrivains qu’on croit définitivement finis, et qui ont plus de lecteurs que certains dont on parle chaque jour dans les journaux. Il y en a d’autres qui continuent leur voyage dans d’autres langues, alors que leurs premiers lecteurs les ont déjà oubliés. Frantz Fanon, le grand écrivain de la décolonisation est, aujourd’hui, oublié en France, mais formidablement lu aux États-Unis. Si la France n’a presque plus de colonies, les États-Unis ont encore les Noirs américains.
La trace d’un livre — Il faudrait raconter l’histoire d’un livre en retraçant tous ceux qui l’ont lu. On laisse sûrement ses empreintes sur un livre qu’on a feuilleté. Et peut- être aussi un peu de notre vie quotidienne : une tache de café par-ci, de la sauce spaghetti par-là. Pour bien connaître une époque, il faudrait choisir un livre de poche, de préférence un roman policier. Car Proust dans la collection La Pléiade quitte rarement sa cage dorée. C’est que dans l’univers du livre aussi, il existe des classes sociales. Le livre volé – Ai-je déjà volé un livre ? Ne pas rendre un livre emprunté peut-il être considéré comme un vol ? Et si c’était le livre qui voulait changer de maître ? Un livre est fait pour être lu, alors si on ne le caresse pas des yeux, il s’étiole. Moi, j’ai toujours fait attention à rendre un livre emprunté. Il y a une différence à faire entre un livre que son propriétaire aime tellement qu’il ne peut résister à l’envie de le faire découvrir à quelqu’un d’autre, et un autre, qui n’a jamais été ouvert et qui attend impatiemment son lecteur. Dans le premier cas, il y a abus de confiance (le seul péché avec la délation que même le libéral saint Paul condamne), mais il y a matière à discussion pour le second cas. Ma bibliothèque regorge de livres que je ne me souviens pas avoir achetés.
– D L, « Comment le livre circule-t-il dans la vie ?, La Presse
9 janvier 2005
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Entre ces trois choses, mettez dans l’ordre de grandeur : un bon repas, un bon livre, une bonne nuit d’amour.
Je veux tout. Les livres, le vin, les femmes, la musique, et tout de suite.
– Chronique de la dérive douce, 1985
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Si vous étiez la petite Alice, choisiriez-vous de rester dans le monde magique de l’autre côté du miroir, ou de revenir dans la réalité pour raconter votre histoire ?
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Vous aimez faire entrer dans vos livres les écrivains qui vous ont touché et nourri. Vous accordez la même attention aux peintres. Pourquoi ?
J’ai découvert par hasard la peinture. Je voyais des toiles chez les gens. L’Angélus de Millet, La Cène, les marines de Viard. J’avais dix ans. Les gens que je fréquentais n’avaient pas d’argent. Un jour que je me promenais avec un ami, Ermane Robin, on est entré au musée du Collège Saint-Pierre, et là, j’ai rencontré Pierre Monosiet qui en était le conservateur. Il m’a fait comprendre ce qu’était la peinture. Je n’ai jamais oublié ce cours magistral. J’ai fréquenté pendant des années le musée et, plus tard, le Centre d’art que dirigeait Francine Murat. Surtout les peintres : Saint-Brice, Rigaud Benoît et son ami Jasmin Joseph, Salnave Philippe-Auguste, Séjourné, Jérôme, Antonio Joseph, Gesner Armand, Philiomé Obin que je suis allé voir au Cap, Wilson Bigaud que j’ai croisé à Vialet, Séjourné et Jérôme, ces enfants terribles des années 70, etc. Et quand, des années plus tard, Le Clézio, qui était l’invité du Louvre, m’a demandé de faire une conférence au Louvre sur la peinture, j’ai choisi de parler de ces gens qui me sont si proches. C’est ainsi que, brièvement, la peinture haïtienne était entrée au Louvre pour la première fois. Ce soir-là, j’ai pensé à Pierre Monosiet, ce guide des portes étroites. Jean-Marie Drot, l’ami de Malraux, encore malade, a fait le déplacement pour m’écouter.
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Ceux qui aiment ont toujours raison.
D L
À propos d’exil, mémoire, identité
Combien de livres de Dany Laferrière faut-il avoir lus avant de cesser de résumer son œuvre à la sempiternelle triade : “exil, mémoire, identité” ?
Alors, la conversation tourne invariablement autour des mêmes thèmes. Il ne se passe pas un mois sans qu’un étudiant vienne me consulter pour sa thèse sur la littérature de l’exil. Je n’ai aucune envie de passer ma vie à discuter de colonisation, de mémoire ou d’identité. Pour tout dire, je n’en ai rien à foutre de la créolité, du métissage ou de la francophonie. […] Je suis dans un autre territoire qui s’appelle le style. […] Ce que je déteste, c’est quand on masque la vérité ou qu’on tente de me réduire à une définition.
L’exil
Le Monde, 2016 : « L’exil vous va bien », a lancé Amin Maalouf dans son discours d’accueil à l’Académie française. Êtes-vous donc un écrivain de l’exil ?
Mais pas du tout ! Je n’ai jamais été en exil ! Le dictateur a cru m’y envoyer, mais moi j’étais en voyage. Quand on vient d’une île au milieu de la mer, on rêve toujours de partir. Et cette petite chambre où je me suis retrouvé seul était en fin de compte le rêve de ma vie. Enfin, je ne dépendais que de moi !
L’exil le plus dur, celui qui est irrévocable, est celui du temps, qui ne nous permet pas de retrouver notre enfance et notre adolescence. Certains font de cet exil un désastre, d’autres s’en nourrissent pour créer. L’exil du temps est plus terrifiant que celui de l’espace ; ce qui m’a toujours amené à discuter de cette notion. Moi, à 23 ans, on a apposé ce mot à côté de mon nom. Mais on ne peut pas être exilé à 23 ans. À cet âge-là, on est en voyage, on arrive dans un pays seul. Mon père fut exilé, moi-même, plus tard, j’ai fui la dictature Duvalier. En réalité, c’est ma mère qui était en exil de nous. Elle est restée dans le même territoire, mais avec une absence. Moi, je bougeais sans cesse, cela distrayait ma douleur. Un exilé, c’est quelqu’un qui arrive avec femmes et enfants, à 50-60 ans, et qui doit immédiatement trouver du travail, et qui est happé par l’urgence de se sacrifier pour ses enfants. C’est ça le véritable exil : être exilé de la vie.
(Le monde, 21 mars 2018)
Je suis fatigué de me faire traiter de tous les noms : écrivain caribéen, écrivain ethnique, écrivain de l’exil, jamais écrivain tout court.
La mémoire
Ensuite, les analystes, les critiques, les gens qui étudient les livres sont bien sûr libres de tout, même de contester ce que je dis. Je ne suis pas du tout la référence pour mes livres. Je donne des précisions techniques, ce qui n’invalide pas les autres analyses. Je tiens cependant à dire de faire attention quand on emploie des mots comme « mémoire », de ne pas en faire une histoire personnelle. Il n’y a pas d’écrivain qui ne soit un écrivain de la mémoire. Ça n’existe pas. On ne peut pas écrire autre chose que ce qui nous habite, et ce qui nous habite, c’est d’abord le temps qui passe. J’ai l’impression qu’on réserve « la mémoire » aux gens qui sont en exil, comme si la mémoire était seulement liée à l’espace, au déplacement. Comme si le temps n’existait pas, que l’espace était la seule chose à définir, à déterminer la mémoire, alors qu’on peut rester dans la même ville, le même quartier, la même maison et avoir une mémoire du temps qui passe, et la nostalgie du temps qu’on ne pourra pas rattraper. On écrit avec tant de choses.
– D L, propos recueillis par Pénélope Cormier, The Postcolonialist
19 novembre 2013
Je pratique une esthétique que je qualifierais d’esthétique de la roue, de la roue qui tourne sur elle-même pour avancer. Je ne laisse derrière moi, à l’abandon, aucun souvenir, aucune sensation. Ce qui fait que je conjugue mes émotions toujours au présent de l’indicatif. Un présent de l’indicatif si brûlant que ma vie ne me semble aujourd’hui qu’une longue enfance.
– D L, Discours de l’épée
28 mai 2015
L’identité
Quand on gratte la petite couche folklorique des individus, on s’aperçoit que les sentiments humains sont pareils.
– DL, Je suis fatigué
2000
C’est comme faire du vélo : il ne faut pas regarder la roue, il faut n’avoir plus aucune conscience du vélo pour avancer.
– DL, Télérama
2011
Je n’ai pas plus d’opinions sur l’identité que je n’en ai sur la météo.
– DL, Journal de Montréal
2013
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Mais d’où vient Dany Laferrière, exactement ?
À la question qui revient souvent : d’où venez-vous, j’ai toujours pris soin de mentionner la bibliothèque. C’est vrai qu’on vient d’un lieu précis, et que ce lieu forme notre sensibilité. […] Mais pour un écrivain, il y a un autre lieu tout aussi important et c’est la bibliothèque. La bibliothèque est le pays d’un écrivain.
Au « d’où viens-tu? » qui pose la question de l’origine, je réponds plutôt par « où veux-tu aller? », je pose la question du destin. Mais je crois quand même que la réponse est quelque part entre les deux, dans ce que Montaigne appelle le passage. C’est le mouvement qui compte. D’ailleurs, ce livre est un éloge du mouvement; le narrateur n’arrête pas. Il est à la fois immobile et n’arrête pas de suivre le trajet d’un poète japonais d’il y a deux siècles qui est lui-même en constant déplacement.
– D L, propos recueillis par Christian Desmeules, Je suis un écrivain japonais
12 avril 2008
J’étais dans un avion, en direction de Miami. Assoupi. Je faisais des rêves étranges, sans queue ni tête. Dans le dernier de ces rêves, j’étais en train de faire l’amour avec une jeune femme que j’avais aperçue à l’aéroport de Los Angeles, mais je n’arrivais pas à jouir. Mon bas-ventre me faisait si mal que je me suis réveillé. Une terrible envie de pisser. Je dérange le type à côté qui dormait aussi. Il me fait un sourire crispé. Je remonte la rangée vers les toilettes. Longue file d’attente. Un type arrive et se place à côté de moi. On se regarde un moment. Puis, brusquement, sans ambages :
— D’où venez-vous ? me demande-t-il en anglais avec un fort accent français.
Ce n’est pas la première question qu’un Américain vous poserait. Il voudrait plutôt savoir ce que vous pensez de la déclaration de Magic Johnson. L’Américain blanc croit qu’un Noir a toujours de bons tuyaux sur n’importe quel autre Noir. Le Français veut plutôt savoir d’où vous venez.
— De mon siège, 17 B.
— Je ne parle pas de votre siège…
— De Los Angeles. J’ai pris l’avion à l’aéroport comme tout le monde.
Autour de nous, on commence à s’intéresser à notre conversation et le type à se demander si je ne me paie pas sa tête. J’étais plutôt embêté par la brutalité de la question.
— Je veux savoir de quel pays vous venez, reprend-il sur un ton impérieux.
Moment de gêne dans la file.
— Avez-vous perdu un esclave ? je finis par lui répondre.
Une jeune femme, pas trop loin de moi, éclate de rire. Il n’y a rien de mal à vouloir connaître le pays d’origine de quelqu’un. Cela permet à certains de rêver et d’avoir une histoire à raconter à leur femme en rentrant. Ils peuvent toujours lui dire qu’ils ont passé un bon moment dans l’avion avec un Sénégalais, un Polonais, un Tchadien ou un Malgache. Je comprends tout cela, sinon pourquoi voyagerait-on si l’ailleurs ne nous fascinait pas ? Mais il y a une manière d’aborder la question, je crois. On peut toujours commencer par lier un peu connaissance avec celui ou celle dont les origines nous intéressent, en tenant compte du fait que certaines personnes peuvent être plutôt réticentes à se livrer ainsi au premier venu. Ou, pire, peut-être qu’elles en ont marre de répondre à cette question à laquelle elles croyaient avoir fini de répondre. D’autres réservent leur réponse à la police, aux agents de la douane et aux fonctionnaires du ministère de l’Immigration et du Travail. Si vous n’appartenez pas à ces grandes institutions d’État, alors il faut des gants. Genre : Bonjour monsieur, comment ça va, et la santé ? La famille se porte-t-elle bien ? Les enfants sont-ils premiers à l’école ? Je suis ravi, vous savez, de cette rencontre, mais par ailleurs d’où venez-vous ? Du Bénin, du Sénégal, d’Haïti, du Zaïre, du Mali ou de la Guinée ? À un moment donné, la personne trouvera que vous en avez assez fait et répondra gentiment à votre question.
— Du Mali… Et vous ?
Surtout, n’ayez pas l’air surpris. Acceptez le fait que, vous aussi, vous avez des origines et que, vous aussi, vous êtes exotique et vous exhalez pour l’autre le parfum de l’aventure. Il n’y a rien de plus offensant que de demander à quelqu’un, en retour, ses origines et de le voir vous regarder comme si ce n’était pas inscrit sur son front qu’il est français, américain, anglais ou allemand. En définitive, qu’il est un Blanc. Le Nègre vient d’un lieu; le Blanc, d’une race.
– Cette grenade dans la main du jeune nègre est-elle une arme ou un fruit?
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C’est quoi un écrivain japonais ?
J’ai une façon particulière de préparer le saumon. Cela n’a rien à voir avec le saumon lui-même. C’est plutôt moi le problème. Je mets très peu d’eau dans une casserole avec du jus de citron, des tranches fines d’oignon, de l’ail frais, du sel, du poivre, du piment, et une grosse tomate rouge que j’écraserai plus tard pour ne garder que le jus. Je fais bouillir le tout pas plus de trois minutes. Ensuite, je baisse presque complètement le feu avant de déposer délicatement le saumon, de tout son long, dans la sauce. Je devrais normalement quitter la cuisine pour ne revenir qu’une vingtaine de minutes plus tard, et commencer à faire le riz et les légumes. Mais je reste planté là à regarder le saumon frémir. Et, sans raison, je commence à m’inquiéter. De quoi ? De tout. Pourquoi ? Je ne peux pas le dire. Faut pas faire attention à mes questions. Je fais continuellement les questions et les réponses pour oublier que je suis seul. Sinon, je me tais. C’est effrayant tout ce qu’il faut faire pour simplement se garder en vie. Là maintenant, des vagues successives d’inquiétude m’assaillent au risque de me noyer. On sue d’angoisse. Je commence à m’inquiéter pour ma mère, là-bas. Je n’ai pas beaucoup aimé sa voix la dernière fois qu’on s’est parlé au téléphone. Une petite voix grêle. Je sais que la voix de ma mère n’est pas forte, mais là c’était assez alarmant. Cela date bien d’un mois, mais c’est maintenant que je réagis. J’étais occupé, il est vrai. Occupé à quoi ? Je ne me souviens plus. Je n’ai rien d’autre à faire, en ce moment, qu’à regarder mon saumon mijoter. Ce qui m’attriste surtout c’est qu’elle aurait tellement aimé que je fasse un métier plus sûr. Et là, à plus de cinquante ans, je ne sais même pas quel type d’écrivain je suis. Ah oui, je n’y avais pas pensé, comment vont-ils prendre là-bas le fait que je sois devenu un écrivain japonais ? Je regarde le saumon se durcir tranquillement.Je finis toujours par lui refiler mon angoisse. Et je devrais encore manger du saumon angoissé. Je ne sais même plus si l’angoisse vient du fait que j’envisage d’écrire un nouveau livre ou de devenir un écrivain japonais. D’où l’interrogation fondamentale : C’est quoi un écrivain japonais ? Est-ce quelqu’un qui vit et écrit au Japon ? Ou quelqu’un né au Japon qui écrit malgré tout (il y a des peuples qui sont heureux sans connaître l’écriture) ? Ou quelqu’un qui n’est pas né au Japon, ni ne connaît la langue, mais décide de but en blanc de devenir un écrivain japonais ? C’est mon cas. Je dois me le rentrer dans la tête : je suis un écrivain japonais.
Du moment que je ne sois pas cet écrivain nu qui pénètre dans la forêt des phrases avec un simple couteau de cuisine.
Laferrière répond au Questionnaire de Proust
Quel est le principal trait de votre caractère ?
La curiosité
Votre qualité préférée chez une femme ?
L’esprit
Qu’appréciez-vous le plus chez vos amis ?
Une certaine distance
Votre principal défaut ?
Je laisse le choix à ceux qui me connaissent.
Votre occupation préférée ?
Rêver dans une baignoire
Votre rêve de bonheur ?
Une vie où l’on n’exige rien de vous.
Quel serait votre plus grand malheur ?
La vie éternelle.
Ce que vous voudriez être ?
Un écrivain.
Le pays où vous désireriez vivre ?
Nulle part… Joli coin où le nationalisme n’existe pas.
Votre couleur préférée ?
Le jaune.
La fleur que vous aimez ?
Le lilas.
L’oiseau que vous préférez ?
L’oiseau-mouche.
Vos auteurs favoris en prose ?
Borges, Boulgakov, Jacques-Stephen Alexis, Baldwin, Tanizaki et Diderot.
Vos poètes préférés ?
Davertige, Villon, Whitman, Derek Walcott et Bashô.
Votre héros dans la fiction ?
Holden Caulfield (Attrape-cœurs de Salinger) et Borges vu par Borges.
Votre héroïne dans la fiction ?
Virginia Woolf (celle qui tient le journal littéraire de Virginia Woolf).
Vos compositeurs préférés ?
J’aime les chants populaires où les compositeurs sont anonymes.
Vos héros dans la vie réelle ?
Celui qui fait face à la tempête de la vie sans chercher à accuser personne.
Vos prénoms favoris ?
Melissa, Sarah et Alexandra.
Ce que vous détestez par-dessus tout ?
La délation.
Les caractères historiques que vous détestez le plus ?
Bonaparte et Hitler.
Le fait militaire que vous admirez le plus ?
L’indépendance d’Haïti.
La réforme que vous estimez le plus ?
La fin de l’apartheid en Afrique du sud.
L’état présent de votre esprit ?
Un peu inquiet.
Comment aimeriez-vous mourir ?
Comme cela viendra c’est-à-dire sans y penser à l’avance.
Le don de la nature que vous aimeriez avoir ?
Pouvoir me rendre invisible.
Les fautes qui vous inspirent le plus d’indulgence ?
Tout sauf la délation.
Votre devise ?
Une formule de Montaigne : « Je ne fais rien sans gaieté ».
10 questions qui reviennent souvent..
Pourquoi écrivez-vous ?
Et vous pourquoi vous n’écrivez pas ? Sûrement parce que vous faites autre chose. Eh bien c’est ce que je fais, moi.
Quand avez-vous commencé à écrire ?
Juste avant de savoir lire. On fait un rapport abusif entre lire et écrire. Ce n’est pas parce que je ne sais pas encore lire que je ne concocte pas des histoires – que j’écrirai plus tard.
Pourquoi n’écrivez-vous pas dans votre langue maternelle ?
Ça n’aurait rien changé puisque écrire c’est précisément s’installer dans un nouveau pays où l’on ne parle pas votre langue
Quelles sont influences littéraires ?
L’écrivain que je lis le plus, Borges, est celui qui m’influence le moins.
Lequel de vos livres préférez-vous ?
Je ne peux pas vous le dire puisque c’est un autre qui l’a signé
Vous venez d’avoir un important prix littéraire (cela vient tôt ou tard), cela va-t-il influencer votre manière d’écrire ?
J’ai eu le prix pour un livre écrit avant d’avoir le prix, alors pourquoi changer une stratégie gagnante.
Pourquoi écrivez-vous toujours au présent (ou au passé car la question doit venir quelque soit le mode de temps utilisé) ?
Est-ce illégal ? Je n’ai pas encore reçu de convocation au bureau de police.
Est-ce qu’il vous arrive de vous réveillez-vous la nuit pour écrire ?
Ça ne se voit pas malheureusement quand on me lit, mais j’écris surtout en pyjama.
Pourquoi y a-t-il toujours du sexe dans tous vos livres?
Merci de me faire remarquer qu’il n’y a pas encore de sexe dans celui-là.
L’art de la dédicace
Quels sont les trois dessins que Dany Laferrière fait le plus souvent dans ses dédicaces, et que représentent-ils ?
Quand il dédicace ses ouvrages en librairie, dont le dernier s’intitule Petit Traité du racisme en Amérique (Grasset), le romancier alterne souvent trois dessins qui n’ont rien à voir avec des barbouillages : une fleur, une maison et une tasse de café. “La fleur représente celle qui a résisté au tremblement de terre de Port-au-Prince que j’ai vécu le 12 janvier 2010, rappelle-t-il. La maison, c’est celle qui s’est effondrée lors du séisme. La tasse de café remonte à mon enfance et à ma grand-mère qui buvait du café et en offrait aux passants pour partager une conversation.”
– Julien Brodier, The Art Newspaper
28 avril 2023
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Dany Laferrière termine généralement ses dédicaces par « Tendresse, Affection et Amitié ». Des trois, quel est son mot préféré ?
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Quand Dany Laferrière dédicace dans un Salon du livre, que la file soit longue ou courte, qu’est-ce qui le distingue des autres ?
J’ai en main L’énigme du retour depuis le 21 novembre 2009 et je rends grâce à l’habitude de Dany Laferrière de dater ses dédicaces. Remarquez que je considère avoir mérité l’inscription de cette date ayant attendu deux heures dans une file qui n’en finissait plus de s’étendre, en fait, jusque devant les toilettes sous les escaliers du Salon du livre de Montréal ! Des personnes de tous les âges patientaient vaillamment.
– 24 octobre 2011
Le 14 août dernier, le Salon Publi-brairie était fier de recevoir nul autre que M. Dany Laferrière. De midi à minuit, plus de 250 personnes se sont présentées au Salon pour discuter avec l’académicien, pour se faire dédicacer des livres, pour passer un moment agréable en sa compagnie.
– Michel Vézina, Amecq
29 septembre 2016
À la suite de son allocution, l’écrivain participe à une séance de dédicaces. Elle durera près de deux heures, en raison de l’important achalandage et de la générosité de M. Laferrière, qui accompagne chacune de ses autographes d’un dessin.
– Zachariel Cossette-Leblanc, Montréal Campus
11 mai 2023
Au salon du livre 2024, Dany Laferrière était présent chaque jour, et a signé en moyenne 8 heures par jour..
La lectrice rêvée
Un salon du livre est fait principalement pour qu’une lectrice passionnée puisse rencontrer l’écrivain avec qui elle vient de passer des jours et des nuits en tête-à-tête. La lecture n’est, en fait, qu’une opération de séduction où quelqu’un, avec l’aide de 26 mystérieuses lettres de l’alphabet, tente d’hypnotiser à distance quelqu’un d’autre.
Un homme que vous ne connaissez ni d’Adam ni d’Ève, ni surtout du serpent, entre brusquement dans votre vie. Et vous lui réservez vos meilleurs moments. Il vous fait rire, il sait aussi vous faire pleurer. Mieux, vous venez de sourire. Vous avez l’impression qu’il est toujours là, à vos côtés, qu’il vous accompagne partout. Il vous arrive même de prendre votre bain avec lui. Avez-vous pensé à ce que pourrait ressentir, dans ces moments-là, l’auteur du livre que vous êtes en train de lire? Je vous demande de croire que s’il ne vous voit pas, il vous sent bigrement.
Il arrive qu’au milieu de la nuit, l’envie vous prend de lui parler, ou de l’entendre. Dans le noir, votre main trouve facilement son livre, et vous allumez votre petite lampe de chevet. Vous reprenez la lecture là où le sommeil vous a surpris tout à l’heure. Et il suffit d’une page pour que la magie opère à nouveau. Votre corps peut bien rester dans le lit, à côté de votre compagnon, alors que votre esprit vagabonde dans le temps avec un parfait étranger.
Savez-vous qu’il n’y a pas de livre sans lectrice, que le couple écrivain / lectrice (le lecteur est si souvent une lectrice) reste indissociable, qu’aucun livre ne peut survivre à un divorce de ces deux-là. Je sais que vous lisez partout. On vous a vu avec un livre dans le métro, dans l’autobus, dans les parcs, dans les avions, chez le dentiste, dans les cafés.
J’aimerais photographier votre visage, tour à tour grave et rayonnant, ce visage que l’habitude de la lecture a sculpté. Vous ne pouvez savoir combien vous êtes séduisante avec ces yeux las et langoureux à la Virginia Woolf, les yeux d’une femme qui a trop lu.
Vous vous promettez, chaque année, de passer voir votre écrivain préféré au Salon du livre. Celui avec qui vous passez vos jours et vos nuits. Vous restez, à quelques mètres de lui, à l’observer, décortiquant ses moindres gestes. Vous le dévorez si bien des yeux qu’il a fini par vous repérer. Le courant passe (quelle jolie expression!). Il doit baisser la tête pour faire une dédicace, mais quand il la relève, vous n’êtes déjà plus là. Une pointe de tristesse chic le pousse à aller chercher du vin.
Le va-et-vient reprend de plus belle. Quelques lecteurs entourent l’écrivain. On cause, on cause. Subitement, celui-ci ressent comme une piqûre à la nuque. Il se retourne et vous voit, juste avant d’aller chercher à nouveau du vin.
– D L, «Le village du livre» dans La Presse
25 novembre 2003
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L’art de la nuance
Quel livre révèle le mieux Dany Laferrière comme écrivain de la nuance ?
Je tiens la nuance pour la forme la plus persuasive qui soit, et parfois la plus subversive.
D L, Petit traité sur le racisme
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Combien de romans Dany Laferrière a-t-il publié ?
« Dany Laferrière, tout en s’excusant auprès des libraires, préfère naviguer par delà les étiquettes : « Borges disait : “Dire qu’un livre est un roman, c’est exactement dire qu’un livre est un livre relié en rouge, qu’il est rangé sur l’étagère la plus haute, à gauche. Ça ne veut rien dire.” Un livre est un objet qui est fait pour être lu. Voilà. »
– D L, propos recueillis par Yannick Marcoux, Le Devoir
16 mars 2024
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J’écris « C’est un roman ! », comme l’infirmière annonce à la
mère que c’est un garçon. Remarque qu’elle aurait eu la même effervescence si c’était une fille. L’important c’est que le bébé soit en bonne santé, s’exclame à tout coup la mère. Moi, j’ai besoin que ce soit un roman pour avancer dans mon travail. Je n’ai pas assez de rigueur pour écrire un essai. Bien sûr que j’ai des idées, comme tous les paresseux d’ailleurs, mais je m’ennuie rien qu’à la pensée de devoir les présenter sous leur meilleur jour. Après, il faut se battre, car il suffit d’émettre l’opinion la plus banalement logique pour qu’une nuée d’individus, qu’on ne connaissait pas il y a dix minutes, se précipitent pour la démolir. De plus le public s’attend à ce qu’on défende du bec et des ongles des réflexions jetées hâtivement sur le papier, comme si elles vous appartenaient en propre, alors que je change d’avis comme je change de chemise.
– Journal d’un écrivain en pyjama
Je ne sais pas à quel genre appartiennent mes livres. Je les crois hybrides, inclassables.
– D L, Conversations avec Ghila Sroka
2010
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Ses ouvrages prennent des chemins de traverse, font bouger les lignes, n’appartiennent pas clairement à un genre littéraire précis.
– Georgia Maalouf, L’orient le jour
2 novembre 2023
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Il est vrai que j’ai souvent à répondre à cette question. Parfois, je me la pose moi‑même. Mais j’avoue en avoir marre de toutes ces étiquettes, parce qu’elles ne servent à rien, c’est‑à‑dire qu’elles ne servent qu’à la personne qui les propose, et pour un temps seulement. Par exemple, l’université a un travail précis à faire et la catégorisation des auteurs lui permet de mieux les cerner, comme le papillon mort est plus facile à examiner. En réalité cependant, les étiquettes littéraires et politiques se contaminent facilement et brouillent les pistes ; c’est souvent le cas, en particulier, pour les littératures migrantes.
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Mon style consiste à mêler fiction et réflexion.
– D L, propos recueillis par Le Figaro
Petit traité sur le racisme, 2024
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Est-ce vrai toute cette histoire ?
Je n’essaie pas de dire la vérité, j’essaie de retrouver l’émotion première.
– Dany Laferrière
Cette question qui agace
les écrivains est aussi une des raisons
qui poussent les gens à lire.
Si c’est vrai, leur vie se retrouve anoblie par l’art.
– Un certain art de vivre
La jeune fille m’aborde en pleine rue.
— Êtes‑vous l’écrivain ?
— Parfois.
— Puis‑je vous poser une question ?
— Bien sûr.
— Est‑ce que c’est votre histoire ?— De quoi parlez‑vous ?
— Je vous ai vu à la télé, l’autre jour, et je me demande si tout ça vous est vraiment arrivé.
— Oui et non.
Elle n’a l’air ni étonnée ni perplexe. Elle attend tout simplement une explication.
— C’est tout ?
— Je ne sais pas quoi vous dire… Personne n’est capable de raconter une histoire exactement comme ça s’est passé. On arrange. On essaie de retrouver l’émotion première. Finalement, on tombe dans la nostalgie. Et s’il y a une chose qui est loin de la vérité, c’est la nostalgie.
— Donc, ce n’est pas votre histoire.
— J’aimerais vous poser une question, moi aussi.
— Oh ! moi, dit‑elle en rougissant, je n’ai pas écrit de livre.
— Oui, mais vous lisez.
— C’est vrai que j’aime lire.
— Pourquoi est‑ce si important de savoir que l’histoire s’est réellement passée ? Un temps bref.
— On veut savoir si tout ça est vraiment arrivé à l’auteur.— Oui… Pourquoi ?
– Cette grenade dans la main du jeune nègre est-elle une arme ou un fruit?
Un roman n’est pas un article de journal, vous savez, ni une interview à la télé non plus.
Dany Laferrière, L’écrivain face au journalisteUne poignée de main entre deux hommes politiques fait facilement la manchette des journaux. Mieux encore : un baiser impliquant deux stars de cinéma qui ont préalablement repéré les paparazzis cachés dans les fourrés. Un journaliste ne peut interviewer un écrivain à une émission de grande écoute à la télé que si ce dernier est devenu une célébrité, souvent pour une raison qui n’a rien à voir avec la littérature. Regardons-les faire.
Le journaliste confond dès le départ le narrateur du roman avec son auteur. Le fait-il sciemment ou non ? On ne sait pas encore. L’écrivain est obligé de répondre à chaque citation tirée du roman comme s’il s’agissait d’une opinion personnelle. Pour mettre les choses au point, il tente d’expliquer la différence entre le narrateur et l’auteur. Le journaliste l’accuse d’éviter la question. L’écrivain commence par mettre en contexte la citation, mais il est vite coupé par le journaliste qui lui demande de ne pas se cacher derrière son narrateur. Ce dialogue de sourds est-il dû à une déformation professionnelle ? Le journaliste est trop habitué à interviewer des politiciens qu’il faut, paraît-il, traquer si on veut une réponse claire à une question précise. Désemparé, le romancier fait remarquer qu’il s’agit d’un roman. Le journaliste ne lâche pas pour autant le morceau : « Je vois pourtant beaucoup de points communs entre vous et le narrateur. » L’écrivain se tait, car comment expliquer quelque chose d’aussi complexe, mais qui est au cœur même de la littérature, face à quelqu’un qui vous regarde comme si vous étiez un vulgaire menteur. Cocteau (Aragon aussi) dit que le roman est « un mentir-vrai ». On n’a pas le temps à la télé pour un cours de littérature. Le journaliste profite de ce temps mort pour glisser avec un sourire : « Vous cachez-vous derrière vos personnages pour exprimer des opinions dont vous avez honte ? » L’écrivain parvient à balbutier qu’il y a dans le même roman (il s’agit d’un roman et non d’un essai) « des opinions qui contredisent celles que vous venez de citer ». On comprend alors, par son quart de sourire, que le journaliste sait bien ce qu’est un roman, mais qu’il fait l’imbécile pour mettre dans son camp le public venu assister en direct à l’émission. Il se penche vers l’écrivain comme pour lui asséner un direct : « Si je comprends bien, vous écrivez des choses avec lesquelles vous n’êtes pas d’accord. » Applaudissements de la foule (une cinquantaine de personnes). L’écrivain trouve enfin une faille : « Il faudrait mettre Simenon en prison pour tous les crimes qu’il y a dans ses romans. » Rires. Le journaliste réplique : « On ne parle pas de Simenon, ici, mais de vous. » Comme si Simenon était un criminel en cavale. « Dans mon cas il faudrait parler aussi de style. » Silence. « Donc vous n’êtes responsable que du style, et pas des idées qui circulent dans votre livre ? » L’écrivain prend ce ton professoral pour s’expliquer : « Si c’est un roman, je ne suis pas responsable, du moins pas comme vous l’insinuez depuis un moment, mais dans le cas d’un essai, je suis responsable des idées, pas toutes d’ailleurs, disons de celles que je revendique. » Le journaliste fronce les sourcils : « Permettez-moi de trouver ça trop facile. » Réponse de l’écrivain : « Un roman n’est pas un article de journal, vous savez, ni une interview à la télé non plus. » La salle est partagée sur cette réplique. On entend la musique qui annonce la fin de l’entrevue. Le journaliste fait un geste pour minimiser l’impact de la dernière riposte, mais l’écrivain semble plutôt content de sa performance. On les voit se donner la main, sans sourire. Un petit sondage maison affiché durant le générique révèle que plus de soixante-dix pour cent des téléspectateurs partagent l’opinion du journaliste.
Si vous écrivez (on parle de littérature et non d’analyse sociale) en rêvant de faire de la politique (on parle de pouvoir et non d’engagement), vous pouvez être sûr de ne réussir dans aucun des deux.
Univers littéraire de Dany Laferrière
Dans Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer….
Comment est né le titre du premier roman de Dany Laferrière ?
Je voulais faire un titre genre Woody Allen, comme « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe. » J’aimais bien sa manière de faire les choses, de faire des réflexions profondes sans prendre une pose. Je voulais savoir s’il était possible d’écrire un livre amusant mais qui soit profond quelque part. Sans désespoir. Sur quelqu’un qui dit je suis un homme-objet et j’en ris. Je ne voulais vraiment pas faire de titre littéraire. Ça me donnait une distance avec Haïti et l’Europe.
– D L , propos recueillis par Taina Tervonen
Paris, octobre 1999
« C’était un jour de pluie, je marchais, j’étais sous la pluie, j’adore la pluie. Et j’ai trouvé le titre, c’était “Comment faire l’amour avec un nègre quand il pleut et que vous n’avez rien d’autre à faire”, mais il était un peu trop long. Mais à l’époque c’était à la mode chez les sud-américains avec Gabriel Garcia Marquez… »
– DL, Vacances magazine, 21 août 1989
Quel disque de Charlie Parker le narrateur écoute-t-il dans l’incipit ?
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Le jazz sert-il à effacer nos angoisses ?
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Dans Je suis fou de Vava
- Dessine la galerie de Da telle que tu l’imagines
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- Pourquoi le notaire Loné peut-il se promener sous la pluie sans jamais mouiller son complet ?
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- Cherche tous les endroits où Vava apparaît. Que remarques-tu ?

Souvenir d’enfance
Je suis fou de Vava permet de découvrir les souvenirs d’enfance de l’écrivain Dany Laferrière. À ton tour, cherche dans ta mémoire un souvenir lié à des vacances d’été et raconte-le dans un court texte que tu pourras partager avec nous. Tu peux accompagner ton récit d’un dessin, d’une photo ou d’un objet qui évoque ce souvenir

L’amour
- Quels signes, dans le livre, nous montrent que Vieux Os est amoureux de Vava ?
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- Vieux Os écrit un poème à Vava pour lui dire ce qu’il ressent. À ton tour, pense à une personne que tu aimes – un ami, un membre de ta famille ou quelqu’un qui compte pour toi – et écris-lui un poème pour lui dire ce que tu ressens.

La grand-mère
- Est-ce qu’il y a une personne que tu connais, qui ressemble à Da ?
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- Que fait-elle quand vous êtes ensemble ?
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- Quelle est la chose que tu aimes le plus faire avec elle ?

Bestiaire
- Nomme tous les animaux qu’on croise dans le livre
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- Quel est ton animal préféré, et pourquoi ?
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- Quelle est ta plante préférée ? Explique pourquoi tu l’aimes.
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Dans Un certain art de vivre
- On lit : « Je note que la plupart des gens veulent savoir ce que l’autre cache alors que je me contente de ce qu’il tente de me faire voir ». En observant ce qu’il choisit de nous montrer, que nous offre ou révèle Dany Laferrière ?
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- Que savent les enfants que beaucoup d’adultes ont oublié ?
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- Choisissez six extraits du livre qui vous plaisent particulièrement. Ces choix permettent-ils de lire votre autoportrait ?
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Dans Autoportrait de Paris avec Chat…

Combien de verres de vin ont-ils bu ensemble ?
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Quelle boisson Balzac boit-il ?
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Dans Chronique de la dérive douce…

Quels problèmes pourraient avoir la petite souris ?
J’ouvre la porte.
La petite souris
file derrière l’évier.
Je reste sans bouger
quelques secondes,
pour voir cet éclair
traverser la chambre
en diagonale.
Nathalie dort encore.
J’observe son corps ferme
de nageuse du samedi matin
à la piscine municipale.
Elle marmonne
dans son sommeil.
La souris sous la table
me fait presque un clin d’œil.
Cette faible pluie annule
tous les autres bruits.
La petite souris s’est approchée
de mon lit.
Je laisse glisser
ma main par terre.
Elle semble fascinée par mes doigts,
surtout mon pouce
qu’elle essaie de ronger
de ses petites dents pointues.
Un léger bruit.
La petite souris se fige.
Un second bruit
la fait fuir.
Elle se retourne
juste avant de rentrer
dans une cavité
et me regarde.
Ses yeux vifs
sont d’une insoutenable
douceur.
Quand le temps est si gris
je suis d’une humeur
massacrante
et la petite souris sait
qu’elle ne doit m’adresser
la parole
sous aucun prétexte.
La petite souris
montre le bout
de son nez
à l’instant.
Je lui coupe
de petits morceaux
de fromage
qu’elle grignote sur la table.
Nathalie pousse un cri.
Elle vient de voir une souris
sur mon dos.
Je reprends mon calme
pour lui expliquer
que la petite souris
a l’habitude
de se promener sur moi
quand je fais la sieste.
J’ai passé l’après-midi
à rassurer Nathalie,
à boire
de la vodka,
et à essayer
de faire comprendre
à la souris,
bien sûr après le départ
de Nathalie,
qu’elle est ici chez elle
et qu’elle n’a pas à avoir peur comme ça.
Quand les nuits d’hiver
sont longues,
c’est à la souris
que je raconte
mes angoisses.
Elle aussi a
ses propres problèmes.
Cela fait trois jours
que je mets sous le lit
une soucoupe de lait
pour la souris
et qu’elle la dédaigne.
Ce soir, j’essaierai
du fromage.
La petite souris,
cette vieille complice
des mauvais jours.
Elle est morte hier soir.
Je l’ai découverte
au pied de la table.
Rien
de plus doux
dans ce monde
qu’un corps de souris
morte.
La mouche, partie.
La souris, morte.
Je suis donc le dernier représentant
du règne animal
dans cette petite chambre
crasseuse mais lumineuse.
🌸
Quelle est la recette des spaghettis à l’ail ?
Je monte l’escalier raide
au-dessus de la librairie
qui mène chez mon amie.
Nous passons la soirée
à manger du spaghetti à l’ail
et à bavarder.
Je vous donne tout de suite
la recette du spaghetti à l’ail :
prenez une amie,
placez-la au sommet d’un escalier,
ajoutez-y un zeste
de jeune poète affamé.
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Sur la piste des petits canards jaunes…
Combien de canards jaunes se cachent sur le site de Dany Laferrière ?
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Dans quel livre trouve-t-on l’origine de son amour des canards ?
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Aidez Dany Laferrière à retrouver un livre…
C’est une histoire pleine de fantaisie, avec une histoire d’amour; la jeune fille y meurt à la fin, atteinte d’une maladie grave. Lorsqu’il l’a lue pour la première fois, il était tout joyeux, malgré la tristesse du récit. De quel livre s’agit-il ?
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