Insolite

Dany Laferrière faisait la météo, à sa façon, en se promenant en ville, avec sa caméra sur le dos, et en posant toutes sortes de questions à monsieur et madame tout le monde. Les auditeurs ont protesté, en faisant valoir qu’ils ne pouvaient s’habituer à voir un Noir du sud se promener dans la neige. La direction de TQS a lors muté notre brave reporter au Petit journal, un vrai téléjournal diffusé en fin d’avant-midi pour les jeunes. Laferrière nous a raconté cette histoire abracadabrante lors d’un congrès du Centre de journaliste d’enquête. Sans amertume, il s’est contenté de conclure: «Le Noir dans la neige a frappé en plein coeur de l’inconscient collectif des Québécois.» Tout le monde a ri , mais le message était limpide.
– Gerald LeBlanc, La Presse

Il faut être un peu fou pour écrire un livre intitulé Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer. Dany Laferrière est en effet un plaisant farfelu. Plus je le vois, plus je le trouve drôle.
Même devant les pires injustices et les plus navrantes absurdités, ce fils d’Haïti garde un fond de confiance dans la vie qui désarme les cœurs les plus endurcis. Dany fait partie de la poignée de journalistes « ethniques » embauchés par le réseau de télévision Quatre-Saisons. Cette innovation — une des rares dignes de mention à QS — continue de faire honte à la vénérable société Radio-Canada.
Dany faisait la météo à sa façon, en se promenant en ville, caméra sur l’épaule, posant toutes sortes de questions à monsieur et madame Tout-le-Monde. Les auditeurs ont protesté, affirmant qu’ils ne pouvaient s’habituer à voir un Noir du Sud se promener dans la neige. La direction de QS a alors muté notre brave reporter au Petit Journal, un véritable téléjournal diffusé en fin d’avant-midi pour les jeunes. Dany nous a raconté cette histoire abracadabrante lors d’un congrès du Centre des journalistes d’enquête. Sans amertume, il s’est contenté de conclure : « Le Noir dans la neige a frappé en plein cœur de l’inconscient collectif des Québécois. » Tout le monde a ri, mais le message était limpide.
C’est à une autre rencontre de journalistes que j’ai revu Dany Laferrière. Le dernier congrès de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), tenu en décembre, portait justement sur l’ouverture des médias d’information à la réalité multiethnique de Montréal. Prêchant par l’exemple, la FPJQ en avait profité pour se doter d’un conseil d’administration reflétant la diversité de la société montréalaise. Avant chaque élection, on faisait valoir qu’une telle était Noire, qu’un autre était Montagnais, etc.
On comptait les derniers votes lorsque Dany s’est avancé solennellement au micro pour dire : « Monsieur le président, je tiens à protester avec toute l’énergie dont je suis capable. Je n’ai en effet été proposé à aucun poste. Et pourtant, je suis Noir, j’ai eu une enfance malheureuse — très malheureuse même — car mes parents se sont séparés quand j’étais tout jeune. Il est vrai que je ne suis pas une femme, mais ma femme est une femme…»
Après un moment de gêne, tout le monde a éclaté de rire. En nous rappelant de ne pas dramatiser, de ne pas trop nous prendre au sérieux même en discutant des problèmes les plus graves, Dany venait de libérer chacun de cette culpabilité et de cette prétention à l’angélisme qui ne mènent nulle part.
J’ai revu Dany Laferrière dimanche soir à Quatre-Saisons, lors d’un quiz visant à mesurer notre degré de racisme. Sa seule présence m’a convaincu de regarder cette émission spéciale de Caméra 88, qui verse hélas trop souvent dans le voyeurisme du genre « freak show ».
L’épais CF, personnifié par le grossier Gérard Laflaque, et l’innocente victime haïtienne, incarnée par le gentil Laferrière, formaient le couple idéal du bon et du méchant, de l’oppresseur et de l’opprimé. Ce fut une bonne émission — pas très subtile sans doute — mais assez directe pour ne pas noyer le message dans des nuances ondulantes.
Comme toujours, Dany Laferrière y a projeté non pas la haine ni le désespoir, mais la force de celui qui nous pousse à rire de nos travers en riant des siens. Certains diront peut-être que Dany est en train de devenir un « Uncle Tom », un gentil Noir qui fait rire les Blancs. Je crois plutôt qu’il contribue, avec talent et passion, à un changement de mentalité dont nous avons un urgent besoin à Montréal.
Castigat ridendo mores ! ou « Elle corrige les mœurs en riant ! » — c’est la devise de la comédie, mais aussi celle de Dany Laferrière, qui pourrait bien devenir un de nos grands comiques.
La Presse, 9 mars 1988

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Pourquoi écrivez-vous? 

Blessé
: Vous me demandez ça comme si je n’avais aucun talent pour écrire ! 
Intéressé : Parce que je ne danse pas, je ne chante pas, je ne joue ni au saxe ni au basket et que les filles me sont interdites. 
Torturé : Parce que je suis masochiste et que la phrase est un terrible fouet. Aïe ! 
Psychanalysé : Parce qu’un jour ma mère m’a laissé dans le noir. 
Sauvé : Parce que sinon je serais encore à l’usine. 
Surpris : Parce qu’une telle question est franchement indiscrète.

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Martin Matte répond au Questionnaire de la règle de trois de Dany Laferrière

Le développement doit obéir au principe d’unité défini par Boileau. La règle de trois visant à renforcer l’illusion théâtrale en réduisant l’écart entre action et représentation.

Qu’en un lieu, en un jour, un seul fait accompli tienne jusqu’à la fin le théâtre rempli.


  1. Quand vous voyez une fenêtre ouverte, pensez-vous à un voleur, à un amant ou à la pleine lune. 
  1. Si vous rencontrez une fleur au bord du chemin, vous la respirez sans l’arracher, vous la prenez pour l’offrir ou vous la gardez pour vous.
  1. Vers deux heures de n’importe quel après-midi d’été, sur une terrasse, que faîtes-vous? vous commandez une salade niçoise avec un verre de vin rouge en attendant quelqu’un, vous lisez un roman où il est question d’une tempête de neige ou vous dessinez dans un carnet les visages et les paysages qui vous entourent. 
  1. Après l’amour, vous regardez le plafond en pensant que ce moment est unique, vous écoutez Nina Simone ou vous avez envie de retourner à ce petit restaurant manger une montagne de spaghetti. 
  1. Durant vos nuits d’insomnie, repensez-vous à votre enfance pour vous calmer, repassez-vous la journée entière dans votre tête en analysant chaque détail ou vous levez-vous pour nettoyer la maison de fond en comble. 
  1. Êtes-vous un romancier qui voudrait être une musicienne, un danseur qui rêve d’être cinéaste ou un peintre qui souhaiterait de toutes ses forces monter sur les planches.
  1. Quand vous entendez parler d’un artiste, vous cherchez à le connaître par sa production artistique sans nécessairement penser à ses origines, par des détails de sa vie qui pourraient le rapprocher de vous, ou attendez-vous patiemment le bon moment pour le découvrir. 
  1. Quand vous pensez au cinéma, vous voyez-vous derrière la caméra, devant la caméra ou dans la production à ramasser l’argent et à réunir les gens qui font le film.
  1. Êtes-vous une obsessionnelle qui va jusqu’à la perfection de ce qu’elle entreprend, quelqu’un qui veut à chaque fois changer de forme et prendre des risques jusqu’à pénétrer dans des territoires inédits ou préférez-vous contempler plutôt que de produire. 
  1. Les arts, est-ce pour mieux vivre, pour nous amener à réfléchir plus sur notre mode de vie, ou une façon de répondre à la violence du monde?
  2. Lisez-vous jusqu’au bout un livre que vous n’aimez pas? 
  3. Êtes-vous du genre à faire lire à vos enfants les livres que vous avez aimé dans votre enfance même si ça vous paraît moins intéressant aujourd’hui?
     
  4. Est-ce que vous écrivez quelque chose que vous n’avouerez même pas sous la torture? 
  5. Êtes-vous prêt à rompre avec quelqu’un qui détesterait un livre que vous avez adoré? 
  6. Entre ces trois choses, mettez dans l’ordre de grandeur : un bon repas, un bon livre, une bonne nuit d’amour.
  7. Si vous étiez la petite Alice, choisiriez-vous de rester dans le monde magique de l’autre côté du miroir, ou de revenir dans la réalité pour raconter votre histoire?
  8. S’il y avait le feu chez vous, quel objet précieux emporteriez-vous?
  9. De quoi avez-vous encore peur?
  10. Souhaiteriez-vous avoir eu une enfance malheureuse si c’était la seule condition pour écrire une œuvre?
  11. Vous réveillez-vous la nuit pour lire ou pour écrire?
  12. Ressentez-vous de l’angoisse ou de l’excitation quand vous commencez à écrire?
  13. L’obscurité vous apaise-t-elle, ou vous fait-elle peur?
  14. Avez-vous de la réticence à jeter le moindre papier imprimé, ou faites-vous le ménage constamment dans vos tiroirs?
  15. Vous voyez-vous en chat, ou en chien?
  16. L’amour éteint-il la flamme créatrice chez vous, ou l’allume-t-il?
  17. Vous rappelez-vous vos rêves, ou sont-ils trop flous?
  18. Votre couleur préférée?
  19. Votre saison préférée?
  20. Aimez-vous la contrainte?
  21. Votre but est-il de vivre pour écrire, ou d’écrire pour vivre?
  22. Le livre que vous aimeriez avoir écrit?
  23. Êtes-vous paranoïaque, ou complètement zen?
  24. Comment se déroulerait un après-midi rêvé pour vous?
  25. Êtes-vous soleil ou lune?
  26. Entendez-vous des voix?


6 janvier 2023

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