Le baiser mauve de Vava

À Sophie Marie qui ne sait pas encore lire, ni même parler, mais qui comprend l’amour mieux que personne car elle est déjà folle d’une mouche, d’une grosse chienne, d’un dangereux couteau, d’une porte, d’un nuage, d’un ourson, d’un caillou jaune et de sa main gauche.

D L
Couverture du Baiser mauve de Vava, La Bagnole

Au Canada

Nous sommes à Petit-Goâve, tout près de la mer. Da boit du café sur sa galerie. Marquis fait semblant de dormir. Des soldats à lunettes noires ont envahi les rues du village. Les gens tremblent et discutent à mots couverts. Les nuits sont agitées. Et Vava, la belle Vava, est très malade. Vieux Os ne pense qu’à elle. Comment pourrait-il la guérir?

Regard sur l’œuvre 

Deux nouveaux livres jeunesse pour Dany Laferrière par Marie-France Bornais, Le Journal de Québec (Haïti)
5 avril 2014

L’écrivain Dany Laferrière, membre de l’Académie française depuis décembre 2013, a relevé le défi de parler de la politique aux enfants dans le dernier tome de la trilogie de Vava, Le baiser mauve de Vava.

Rien ne va plus dans la ville de Petit-Goâve. En plus, Vava est malade, ce qui inquiète beaucoup Vieux Os. N’écoutant que son courage, il ne veut pas quitter la ville sans lui donner un baiser si puissant qu’il viendra à bout de la fièvre, de la peur et de la violence.

Véritable explosion d’énergie et de couleur, cet album jeunesse illustré avec grand talent par Frédéric Normandin reflète totalement l’univers de Dany Laferrière. «C’était un défi de faire un livre politique pour les enfants, pour clôturer la trilogie: le premier sur l’amour, le second sur la mort, le troisième sur la politique», commente l’auteur, en entrevue depuis Stockholm, en Suède.

«Je voulais faire quelque chose sans concession — même pour la langue, restée comme je l’aurais écrite pour n’importe qui. Avec une illustration d’une telle qualité, je pouvais aller au plus fort.»

La Belle au bois dormant

Dany Laferrière souhaitait prendre une histoire tout à fait locale, dans une petite ville, et la relier à une histoire universelle: celle de la Belle au bois dormant. «On se souvient que Vieux Os avait la fièvre dans Je suis fou de Vava — la fièvre de l’amour. On dit que la ville est en fièvre, aussi. Du point de vue esthétique, je voulais raconter une histoire aussi complexe, une lecture de la Belle au bois dormant, dans une petite ville prise de fièvre politique.

«Une petite fille a la fièvre et son amoureux n’arrive pas à la voir parce que la ville est infestée, si l’on peut dire, de police et de sbires du régime, du gouvernement. De tontons macoutes, comme on disait. Ce sont des images qui remontent à mon enfance.»

Dany Laferrière n’a rien grossi pour atteindre le quotidien, assure-t-il. «Je n’ai pas besoin d’utiliser de trucs choquants pour essayer de montrer la confusion dans laquelle se trouvait l’enfant et ce sentiment d’être pris dans un cauchemar. J’ai vécu ça et beaucoup de gens en Haïti l’ont aussi vécu.»

La dictature, un sujet pour les enfants? par Sophie Cazenave, Radio-Canada
8 avril 2014

Fraîchement élu à l’Académie française, Dany Laferrière lance cette semaine, fait rare pour un immortel, deux ouvrages jeunesse : Le baiser mauve de Vava et L’odeur du café, une réédition, aux Éditions de la Bagnole. Nous l’avons joint par téléphone à Montréal à la veille du lancement des deux livres.

La réécriture de L’odeur du café, récit d’enfance composé de vignettes impressionnistes, s’est faite à travers l’écriture de ses trois albums jeunesse : Je suis fou de Vava, La fête des morts et Le baiser mauve de Vava.

Danser le tango avec son illustrateur

C’est Frédéric Normandin qui a illustré les trois albums. Chaque collaboration implique beaucoup de rencontres et de discussions pour « trouver la couleur de l’île », car l’illustrateur sherbrookois ne connaît pas Haïti.

Laferrière utilise l’image d’un couple dansant le tango pour décrire cette relation particulière entre l’auteur et l’illustrateur dans l’écriture pour enfants, avec son rythme et sa musique. Dans Le baiser mauve de Vava, Laferrière traite d’un sujet grave, rarement abordé en littérature jeunesse : la dictature. Mais l’auteur se défend de verser dans le drame ou de recourir à la violence gratuite. Au contraire, tout est suggéré. Et puis, c’est sa propre histoire qu’il raconte, et il s’agit de la vie.

Il faut que les enfants du nord sachent ce qui se passe dans le sud avec la dictature. On n’a pas la même enfance quand on naît à Bagdad ou à Outremont.
Une citation de Dany Laferrière

La mort, d’ailleurs, est présentée de manière un peu carnavalesque, et les illustrations colorées et pleines de vie de Frédéric Normandin viennent contrebalancer le sérieux du propos.

Et Laferrière rappelle qu’à l’origine, les contes pour enfants, notamment ceux de Charles Perrault, n’étaient pas aussi édulcorés et pasteurisés que certaines versions ultérieures.

La dictature, c’est le Monstre qui empêche un garçon de 10 ans de visiter son amoureuse qui a la fièvre.
Une citation en exergue du « Baiser mauve de Vava » (Éditions de la Bagnole)

Quand on fait remarquer à Dany Laferrière qu’encore une fois, il fait un peu figure d’exception, car peu d’académiciens écrivent pour les jeunes, l’auteur précise qu’on est académicien avant tout parce qu’on est écrivain. Et ce n’est pas parce qu’on écrit pour les enfants que le sujet est moins noble!

Il lance même sous forme de boutade un défi à ses collègues immortels : écrire au moins un livre pour enfant…

Dany Laferrière sera présent en fin de semaine au Salon du livre de Québec, et, le 26 avril, il donnera à Montréal une lecture de ses livres pour enfants à la Maison de la culture du Plateau Mont-Royal, à l’occasion du Festival littéraire Metropolis bleu.

Deux nouveaux livres jeunesse pour Dany Laferrière par Daniel Daignault, TVA
9 avril 2014

Ce n’est pas parce qu’il est devenu «immortel» depuis qu’il a été admis à l’Académie française que Dany Laferrière a rangé sa plume.

Il a lancé mercredi soir deux nouveaux livres jeunesse : le troisième tome de la série Vava, Le baiser mauve de Vava, en plus d’une édition illustrée de son roman L’odeur du café.

«Il s’agit du troisième et dernier album de cette série, dit-il. Le premier portait sur l’amour (Je suis fou de Vava), le second sur la mort (La fête des morts) et ce troisième traite de politique. Ce sont les trois thèmes qui, à mes yeux, pouvaient intéresser les enfants. J’ai essayé, dans ce dernier livre écrit l’an dernier, de raconter la dictature vue par un enfant de dix ans. La dictature, c’est le monstre qui empêche un enfant de dix ans, Vieux Os, de voir son amoureuse qui a la fièvre. C’est très simple, il n’y a pas de détails sordides», a confié Dany Laferrière.

Le baiser mauve de Vava, comme les deux livres précédents publiés aux Éditions de la Bagnole, a été superbement illustré, tout en couleur, par Frédéric Normandin. Des livres qui, selon Dany Laferrière, sont presque considérés en Haïti comme des classiques.

Quant à L’odeur du café, il s’inscrit dans une collection luxueuse d’oeuvres illustrées qui compte déjà des titres tels Maria Chapdelaine et Les aventures de don Quichotte.

«C’est une grande fierté pour moi parce que c’est une collection de livres dits classiques. C’est le même texte que mon roman publié en 1991, sauf quelques chapitres qui ont été enlevés pour faire place aux illustrations de Francesc Rovira, mais le texte n’a pas changé», ajoute Dany Laferrière.

Lancement couru

Il y avait foule pour saluer Dany Laferrière à l’occasion de ce lancement de livres et ce dernier, toujours affable, avoue candidement que le regard que les gens portent sur lui a changé depuis qu’il a fait son entrée à l’Académie française en décembre dernier.

«Moi je n’ai pas changé, je continue à faire ce que je faisais, mais l’idée de l’immortalité, qui est en fait l’immortalité de la langue française et non de l’écrivain, ça a un impact sur les gens; il y a quelque chose de magique qui remonte à la fable enfantine. Imagine: il y a des gens qui veulent me toucher: ils croient prendre ainsi dix ans pour ajouter sur leur temps!», dit-il en riant.

Lorsqu’on lui demande s’il a commencé l’écriture d’un nouveau roman, Dany Laferrière lance à la blague: «Ah, mais pourquoi écrire quand on peut lire des meilleurs livres que ce qu’on pourrait écrire ! Plus sérieusement, il pourrait y avoir un roman publié chez Boréal l’année prochaine, qui serait dans la continuité de «L’art presque perdu de ne rien faire» et «Le journal d’un écrivain en pyjama». Ce sera sans doute quelque chose qui portera sur le voyage et l’exil.»

L’adresse du bonheur par Josée Lapointe, La Presse
11 avril 2014

Dany Laferrière est arrivé à l’heure à notre rendez-vous chez Monet, la librairie de Cartierville où il aime flâner, discuter, bouquiner et donner des entrevues. Entre une tournée en Chine, un passage au Salon du livre de Paris et un départ pour la Suède, le nouveau membre de l’Académie française était à Montréal il y a une dizaine de jours, en cette fin d’hiver qui n’en finissait plus.

En quelques jours, il avait vu le spectacle de Louise Lecavalier, assisté au lancement du roman de son amie Perrine Leblanc et s’était présenté à la remise du Grand Prix du Conseil des arts de Montréal – où, assis à la table d’honneur, il a reçu des applaudissements nourris de la part du milieu des arts réuni au grand complet.

Dany Laferrière a senti cet accueil plus que chaleureux. « C’est comme si les gens avaient dit : il est des nôtres et il est toujours là. Il y a eu un flottement après ma nomination en décembre, peut-être qu’ils ont pensé que j’allais partir. Mais c’est eux qui avaient cette inquiétude, pas moi ! »

Car il l’a dit et le répète : c’est à Montréal qu’il est né écrivain, et tout ce qui compte est d’« avoir écrit ces livres et vécu avec ces gens » qui ont été les premiers à le lire et qui l’ont vu grandir.

Douce enfance

Mercredi, deux livres jeunesse de Dany Laferrière seront lancés : l’album Le baiser mauve de Vava, fin de la trilogie qui comprend Je suis fou de Vava (Prix du Gouverneur général en 2006) et La fête des morts, et une version illustrée de L’odeur du café, qui fait partie d’une série de classiques adaptés pour les jeunes lecteurs comprenant entre autres L’odyssée, Don Quichotte et Maria Chapdelaine .

Il était tout à fait logique que ce livre dans lequel un jeune garçon, Vieux Os, raconte l’été de ses 10 ans à petits coups de pinceau soit un jour offert aux enfants. « Mine de rien, c’est rare qu’on puisse voir une enfance aussi douce, nimbée de grâce, d’affection et de tendresse », dit Dany Laferrière, qui affirme avoir voulu faire du 88 de la rue Lamarre, à Petit-Goâve, « une adresse du bonheur de l’enfance ».

« Il y a des endroits où on aime se retrouver, où on se sent protégé à l’intérieur même de l’enfance. Tous les enfants peuvent aller se réfugier au 88 de la rue Lamarre quand ils ont de la peine. » — Dany Laferrière

En feuilletant le livre, Dany Laferrière a ainsi l’impression de redécouvrir un univers, lié à la mythologie même de l’enfance. Il a lui-même coupé dans son roman, « sans états d’âme ». « C’est pour ça que j’ai refait plusieurs de mes livres. Il faut couper pour que des enfants puissent le lire ? Alors je coupe. J’ai gardé des chapitres entiers, et j’en ai enlevé d’autres qui servaient davantage à développer. »

Un travail plutôt facile puisque L’odeur du café est divisé en une série de très courts tableaux – une forme qui permet au lecteur de « s’arrêter, de rêver un peu et de regarder les mouches voler ». Son essence reste donc intacte dans cette version réduite mais tout aussi charmante que le livre publié en 1991 chez VLB.

Mouvement continu

Étrange tout de même de discuter avec Dany Laferrière d’un roman sorti il y a près de 25 ans. Mais pas pour lui : tous ses livres font partie d’un même mouvement et l’habitent complètement. Puis c’est là qu’il a appris à raconter des histoires, assis sur cette galerie à côté de sa grand-mère Da – qui est maintenant un peu notre grand-mère à tous et qu’on retrouvait encore récemment dans le Journal d’un écrivain en pyjama.

« Je suis toujours au présent de l’indicatif. C’est le même monde qui se déroule et L’odeur du café, c’est la fondation de cette cafetière pleine de café ou d’encre, d’où sont sortis un peu tous mes livres. »

Il écrit toujours un peu la même chose depuis ses débuts, ajoute-t-il. Par exemple, sur la dictature, qui est au coeur du Baiser mauve de Vava, son discours n’a jamais changé : « La dictature, c’est le Monstre qui empêche un garçon de dix ans de visiter son amoureuse qui a la fièvre », écrit-il au début de l’album.

« C’est juste qu’au lieu de faire de la théorie, je vais à l’essentiel », dit l’auteur, qui a voulu parler de « choses importantes » aux tout-petits dans cette série : l’amour dans Je suis fou de Vava, la mort dans La fête des morts, la politique dans Le baiser de vava. On peut dire tout aux enfants – « Ils ont le droit ! » –, tant qu’on le fait avec poésie.

« L’enfance EST la poésie. Les sentiments sont aigus, les vibrations fortes, l’instinct juste, présent et pur. Les enfants sentent tout, sans pouvoir le formuler. Alors l’adulte en moi essaie de retrouver l’époque où la poésie n’avait pas besoin d’être formulée, de la revivre et de la redonner. » — Dany Laferrière

C’est parce que son enfance ne l’a jamais quitté qu’il réussit à avoir cette justesse de ton et d’émotion d’une simplicité si bouleversante. « C’est une erreur d’essayer d’écrire comme les enfants, c’est du faux réalisme. Mais la poésie, qui consiste à regarder la réalité avec un dixième de seconde de distance, les aide à trouver leur lien avec le monde. »

Elle nous aide tous, en fait, avec une précision qui fait mouche et qui peut même susciter une certaine mélancolie. Parce qu’en parlant de son enfance, c’est de toutes les enfances qu’il parle. « Je ne sais pas comment le dire, mais s’il n’y a pas cette mélancolie chez le lecteur, alors c’est qu’il n’y a pas de poésie et que le sentiment exprimé n’est pas juste. C’est ça qui fait battre le coeur. »

La poésie d’une terre ayant abrité l’enfance Bible urbaine
20 avril 2014

Le baiser mauve de Vava vient compléter la trilogie de Vava, dont la parution du premier des trois livres remonte à 2008. Tous sont construits autour de l’enfance de l’écrivain passée dans le village de Petit-Goâve, période marquante qui inspira plusieurs de ses œuvres.

Le baiser mauve de Vava À Petit-Goâve, Haïti, le jeune Vieux Os est inquiet. Des soldats occupent les rues. Les villageois vivent reclus dans leurs maisons la nuit. Mais plus que tout, Vava souffre d’une grave fièvre qui la retient au lit. Seul un baiser mauve, lui confie sa grand-mère Da, pourrait la guérir et ramener au village espoir et papillons jaunes. Vieux Os en fera un devoir et traversera courageusement le village pour aller donner à Vava ce baiser salvateur.

Le baiser de Vava Le Nouvelliste (Haïti)
29 avril 2014

Cet univers grouillant d’humanisme suffit à redonner le goût d’Haïti. Selon Laferrière, il s’agissait de «voir si la dictature pouvait tenir face à l’amour qui unit deux enfants». Grâce à l’amour et au pouvoir de la beauté, la ville est sauvée. Tout change de couleurs. Le rêve jaune, c’est la révolution des papillons. Un texte poétique avec des illustrations lumineuses de Frédéric Normandin qui font du Baiser mauve de Vava un classique de la littérature-jeunesse.

Mauve, la couleur du baiser de Vava par Gladimy Ibraïme, Le Nouvelliste (Haïti)
5 juin 2020

Les yeux fermés, la bouche et les bras ouverts, les cheveux attachés avec quatre barrettes, Vava est perchée sur sa fenêtre grande ouverte.

Les yeux fermés, la bouche et les bras ouverts, les cheveux attachés avec quatre barrettes, Vava est perchée sur sa fenêtre grande ouverte. L’adolescente semble profiter à fond d’un instant de bonheur après s’être libérée du joug d’une fièvre. Elle s’incruste dans le décor naturel de son quartier d’une beauté rare : un ciel luisant, une colonie de papillons parés de couleurs multiples et variées… Voici en quelques mots la première de couverture du livre : « Le baiser mauve de Vava » de Dany Laferrière.

En effet, de par la positivé, la joie et la gaieté que dégage l’emballage de cet œuvre, il incite à la lecture. Publié, en 2014, chez les éditions Mémoire d’Encrier, ce livre, destiné aux jeunes lecteurs, transpire toute l’admiration de l’auteur pour la nature et les animaux. En fait, il place Vieux Os, le fil conducteur de l’histoire, dans une relation harmonieuse avec les animaux et les éléments de son milieu naturel.

L’académicien retrace, à travers les pages colorées illustrées par Frédéric Normandin, une histoire qui se déroule dans sa cité natale, Petit-Goâve, ville côtière de la région des Palmes, dans la pointe Sud du département de l’Ouest. Dans une éclosion de couleurs, Dany dépeint l’histoire d’un poète d’à peine 10 ans, Vieux Os, qui souffre de ne pas pouvoir visiter son amour de toujours, Vava atteinte d’une fièvre.

Alors que la ville est occupée par les soldats de la dictature, le jeune poète ne peut qu’imaginer sa dulcinée dans un univers empreint de poésie. Il donne forme à sa tristesse ou plutôt sa colère contre cette maladie qui retient la fille qu’il aime en captivité.

« Vava
Tes joues sont chaudes
Ta langue est sèche
Tes yeux sont pleins de fièvre
Et mon cœur brûle pour toi ».

Quel homme peut dormir sur ses deux oreilles quand l’amour de sa vie est souffrant? Bondissant d’un cauchemar, Vieux Os, dans les bras de sa grand-mère, Da, se demande : « Quel genre de baiser peut réveiller une princesse endormie? Un baiser mauve, répond Da ».

Sans cheval blanc ni épée, Vieux Os est prêt à tout pour libérer la plus jolie fille de Petit Goâve, et même braver le couvre-feu et les soldats aux lunettes noires. Lorsqu’on est amoureux, on n’a pas peur du danger, dirait-on.

« Au milieu de la nuit, je mène ma petite troupe à l’attaque du château où la fièvre retient la princesse prisonnière », dit le jeune poète. Il désire déposer juste un petit baiser sur la joue de sa princesse, dans l’espoir de la sauver.

Dans un langage accessible aux plus jeunes, Dany rappelle subtilement une tranche d’histoire du temps de la dictature. « La dictature, c’est le monstre qui empêche un garçon de dix ans de visiter son amoureuse qui a la fièvre », écrit-il d’entrée de jeu. Et une lecture pendant ces temps difficiles peut vite nous rappeler le contexte actuel. Ces bourreaux aux lunettes noires qui assiègent Petit-Goâve sont comme le nouveaux coronavirus. Ils sont tous capable de changer le quotidien d’une ville, laisser planer leur ombre partout et inspirer la peur.

Un baiser mauve par temps de dictature par W Charles, Le Nouvelliste (Haïti)
8 mai 2014

Dany Laferrière, de l’Académie française, s’adresse dans un livre aux couleurs vives et à l’encre fine, aux jeunes lecteurs. «Le baiser mauve de Vava» est un beau livre, dans tous les sens de l’ expression. Le jeune narrateur, qui, pourtant, porte un nom de vieillard, Vieux Os, nous fait voyager au territoire inoubliable de son enfance: Petit-Goâve. La capitale du bonheur de Dany Laferrière, qu’il a rebâtie, réaménagée, en grand géographe des mots et des pages. Une ville peuplée de sons, de couleurs, mais aussi et surtout de gestes. Gestes parfois simples qui en disent plus long que les longs discours. C’est de ces gestes-là qu’il s’agit dans «Le baiser mauve de Vava». Un après-midi, aux derniers rayons de soleil, les pieds bien trempés dans l’eau calme de Petit-Goâve, Vieux Os rêve de Vava, sa bien-aimée. Bien vite, il apprend que Vava est malade. Chagrin. Rage. Et désespoir. Les os de Vieux Os sont cassés. Mais il ne se laisse pas décourager. Il cherche un antidote à la fièvre de Vava, à défaut d’un antidote de la dictature, des macoutes aux lunettes noires qui sillonnent la ville. C’est là que sa grand-mère Da lui apprend que seul un baiser mauve peut sauver Vava. La dictature vue par les enfants C’est Dany Laferrière lui-même qui a dit récemment au sujet de son dernier livre « que les enfants n’aiment pas les jouets ». Phrase paradoxale, mais qui revêt un sens profond. Pour Dany Laferrière, aucun sujet n’est hors de portée des enfants. La dictature. La mort. L’amour. Pourquoi faudrait-il que les enfants ne parlent pas ? «Le baiser mauve de Vava» est un livre sur la dictature des Duvalier à ses débuts, eut-on envie de croire. Les lunettes noires commencent à envahir tous les coins et recoins de Petit-Goâve. Couvre-feu. Silence et murmures. La dictature devient « ce Monstre qui empêche à un garçon de dix ans de visiter son amoureuse qui a la fièvre ». Mais Vieux Os ne se laisse pas faire. Il brave la nuit noire avec son chien Marquis et ses canards, jusqu’à la porte du château dans lequel Vava est prisonnière de la fièvre. Il dépose sur sa joue gauche le baiser mauve qui la délivrera de ses maux. Vava est sauvée. La princesse des papillons est revenue. La ville devient gaie et les papillons embaument la ville de la cendre fine de leurs ailes jaunes. Mais Vieux Os doit faire face à son destin qui lui réserve bien des tours. «Le baiser mauve de Vava» est un livre pour petits, certes, mais que les grandes personnes liront avec beaucoup de plaisir. N’est-ce pas ainsi qu’on évalue un livre jeunesse ?

L’enfance entre douleur et nostalgie par Jenny Williamson Casimir, Le Nouvelliste (Haïti)
28 juin 2019

L’enfance est l’un des thèmes de prédilection de l’œuvre de Dany Laferrière. Avec Grann Da, le café, Petit-Goâve de ses premières années, tout semble contribuer à conserver chez cet écrivain devenu académicien de langue française la richesse d’un passé constamment entretenu. Avec « Le baiser mauve de Vava », le même souci demeure mais avec une nuance cette fois-ci : l’enfance vécue à travers l’amitié. Ce livre écrit par Dany Laferrière et illustré par Frédéric Normandin en vente-signature à la 25e édition de Livres en folie est un hommage à l’amour pur, loin des déceptions qui l’entacheront à l’âge adulte.

A priori, c’est un livre fait pour les enfants. Déjà, la première de couverture dégage la joie rencontrée chez les enfants dès le lever du soleil. Les papillons, en grand nombre, révèlent la vitalité et surtout la candeur d’un enfant qui ne semble guère se soucier du reste de la journée. Les pages, à l’aide des illustrations, nous conduisent dans la ville de Petit-Goâve.

Vieux Os est amoureux de Vava. Il ne se sent pas bien en apprenant que celle-ci est malade. « […] Comme je ne peux voir Vava, je l’imagine dans un poème.

Vava
Tes joues sont chaudes
Tes yeux sont pleins de fièvre
Et mon cœur brûle pour toi »

Réveillé après un terrible cauchemar, Vieux Os est apaisé par l’histoire de Da, sa grand-mère, qui lui lit une histoire.

« Da me prend dans ses bras. Elle me fait la lecture comme autrefois. Je me demande quel genre de baiser peut réveiller une princesse endormie.
– Un baiser mauve, me dit-elle tout bas.
Je m’endors tout de suite après pour rejoindre Vava dans mon rêve. »

« Le baiser mauve de Vava » est aussi un regard sur la dictature. L’incipit est on peut plus éloquent : « La dictature, c’est le Monstre qui empêche un garçon de visiter son amoureuse qui a la fièvre. » On comprend donc le sens du cauchemar de Vieux Os : l’arrivée intempestive des hommes aux lunettes noires vient troubler le calme et l’élan créateur du jeune homme.

L’imaginaire enfantin du récit n’enlève nullement l’angoisse qu’apportent au village les troubles-fête que sont ces hommes aux lunettes noires. « Je marche dans la ville, et personne ne me voit. Les hommes à lunettes noires sont partout. Da m’a dit qu’ils portent des lunettes noires pour qu’on ne les reconnaisse pas. […] Les hommes à lunettes noires contrôlent toujours la ville. »

Cette histoire est enfin une invitation à l’engagement. Malgré la séparation brutale de Vieux Os d’avec sa bien-aimée, ce dernier lui demande de prendre en main le destin du village à travers son fameux poème « Le rêve jaune » :

« C’est la révolution des papillons.
Et toi, Vava, tu es leur princesse.
La princesse des papillons
Tu n’ouvres les yeux que dans mon rêve.
C’est là qu’on se reverra.
Le temps
Ne changera rien. »

Le livre de Dany Laferrière et de Frédéric Normandin : « Le baiser mauve de Vava » par Evens Dossous, Le Nouvelliste (Haïti)
19 mai 2022

Le baiser mauve de Vava est un livre de jeunesse, paru aux éditions de la Bagnole dans la Collection ModÈles Uniques. Ce petit livre contenant 48 pages est écrit par l’écrivain académicien Dany Laferrière avec la participation de Frédéric Normandin qui lui, de son côté, a travaillé plus tôt sur les images ou les illustrations. Son travail d’illustrateur a rendu la lecture plus attrayante et explicative. C’est un magnifique livre.

On reconnaît Dany Laferrière surtout pour avoir écrit des romans dont les destinataires sont pour la plupart des adultes, parce que les sujets qu’il traite retracent parfois le vécu des personnages adultes. Comme c’est le cas dans Le cris de l’oiseau fou, Vers le sud ou L’énigme du retour. On le reconnaît aussi pour sa place à l’académie française. Et ses contributions au sein de cette même académie. Mais depuis quelques années, avec surtout la publication de Je suis fou de Vava, en format livre jeunesse, qui est aussi disponible sur Play Store. Ce livre est repris et retravaillé afin de le mettre à la disposition des lecteurs juniors, et depuis on constate une sorte d’euphorie ou de passion chez Laferrière pour cette catégorie de lecteurs qui est le plus souvent oubliée, surtout, dans notre littérature. Sans, toutefois, oublier les concours des auteurs qui travaillent d’arrache-pied pour nourrir l’imaginaire des petits de très bonnes histoires fascinantes. Sur ce, on peut citer Odette Roy Fombrun, Margaret Papillon et Edwige Danticat qui a écrit un conte destiné à toutes les filles d’immigrantes, et Marc Exavier pour ne citer que ceux-là.

C’est l’histoire d’un jeune homme (enfant) qui n’a pas encore atteint sa maturité, il a entre 10 à 12 ans, mais son cœur fonctionne très bien en ce qui a trait au sentiment amoureux. Car le bonhomme est passionné et amoureux de la fille de sa voisine: Vava. Un jour, il apprend que la fille est atteinte d’une fièvre qui l’oblige à rester toujours à la maison. De rester alitée. Cela ne lui portait pas bien. Il est bouleversé. Perturbé. Et cherche par tous les moyens de lui guérir, chose qui lui est apparu très difficile car il ne pouvait pas rentrer à la maison de la fille comme il le fait chez ses amis avec qui il a l’habitude de jouer au foot.

Après qu’il a fait un cauchemar, Da lui faire un peu de lecture comme afin de le jeter à nouveau dans les bras de Morphée. Ainsi, il se demande «quel genre de baiser peut réveiller une princesse endormie.» Da lui a répondu que seul un baiser mauve pouvait réveiller la princesse. Un soir, il y avait le couvre feu, personne n’avait pas le droit de rester dans la rue, sauf les hommes qui portaient des lunettes noires. Le bonhomme, intrépide, se fait accompagner par sa troupe: le canard et son chien Marquis, son bon ami. Il se rendait chez Vava. Rentré par la fenêtre, il a donné à Vava son baiser mauve pour qu’elle puisse se réveiller. «Je pénètre dans la chambre tapissée de papillon jaunes. Je sens bouger les murs autour de moi. Je n’arrive pas à respirer. C’est plus fort que dans un rêve. Je donne un baiser à la princesse endormie.»

Vieux os est un poète. C’est sa grand-mère qui le déclare. Avant que celui-ci puisse monter à bord du bus qui irait à Port-au-Prince, Da l’a lui rappelée pour qu’il ne soit plus triste et apprendre à changer sa tristesse en joie, parce que, selon elle, «les poètes peuvent changer la couleur du jour.» Mais sans le mot de Da le lecteur pouvait facilement le découvrir car l’histoire commence par un poème que le garçon à confier à son ami oiseau noir. Il écrit toujours un poème pour Vava. Un poème comme pour la rencontrer ou l’imaginer quand il ne la voit pas. «Comme je ne peux pas voir Vava, je l’imagine dans un poème.» A-t-il écrit.

Ce petit livre est une fenêtre qui s’ouvre sur une ville où l’inquiétude est au rendez-vous. L’inquiétude est tellement pesante que Da a souhaité à ce que Vava soit guérie car il n’est pas le temps selon elle d’être malade. Tous les riverains sont inquiets, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle Vieux os est envoyé chez sa mère qui vivait à Port-au-Prince contre sa volonté car il ne voulait pas aller très loin de sa Vava. Autrement dit, Vieux os ne voulait ni se séparer de sa ville ni aller trop loin de sa princesse qui n’était pas encore remise de sa fièvre. Mais un miracle se produit: à peine qu’il monte dans le bus, regardé par la fenêtre, il voit et entend la mère de Vava toute heureuse crier très fort, avec la joie sur son visage, «La fièvre est tombée. Ma petite fille est guérie ! Dieu soit loué ! » La nouvelle a soulagé Vieux os, il part joyeux.

Couverture de Je suis fou de Vava Couverture d'un livre jeunesse de Dany Laferrière Couverture d'un livre jeunesse de Dany Laferrière Couverture d'Étrange petit canard

Livres pour enfants

Découvrir