À Sophie Marie qui ne sait pas encore lire, ni même parler, mais qui comprend l’amour mieux que personne car elle est déjà folle d’une mouche, d’une grosse chienne. d’un dangereux couteau, d’une porte, d’un nuage, d’un ourson, d’un caillou jaune et de sa main gauche.
D L


CANADA
Le baiser mauve de Vava
Tome 3
Dany Laferrière
Illustrations de Frédéric Normandin
9782923342863
48 pages
Les éditions de La Bagnole
HAÏTI
Le baiser mauve de Vava
Tome 3
Dany Laferrière
Illustrations de Frédéric Normandin
9782923342863
48 pages
Les éditions Mémoire d’encrier
Nous sommes à Petit-Goâve, tout près de la mer. Da boit du café sur sa galerie. Marquis fait semblant de dormir. Des soldats à lunettes noires ont envahi les rues du village. Les gens tremblent et discutent à mots couverts. Les nuits sont agitées. Et Vava, la belle Vava, est très malade. Vieux Os ne pense qu’à elle. Comment pourrait-il la guérir?

La dictature,
C’est le Monstre qui empêche
un garçon de dix ans de visiter
son amoureuse qui a la fièvre.
D L
Cher ami,
Me voici de nouveau avec un bouquet d’histoires fraîches que je te rapporte de Petit-Goâve.
Tu te souviens de Vieux Os, de Vava, du chien Marquis et de Da ? Je t’en ai déjà parlé. Vieux Os, c’est le petit garçon qu’on voit toujours au pied de sa grand-mère Da. Vava, c’est cette fille qui porte toujours une robe jaune. Tous les garçons de la ville sont fous d’elle. Vieux Os aussi. Chaque fois qu’il la voit, il devient liquide. On ne peut pas faire autrement quand une fille est si jolie que même les papillons la suivent où elle va. Je t’avais invité à Petit-Goâve et tu n’es jamais venu. Veux-tu de nouveau l’adresse? Juste après la descente du morne Tapion, tu vas jusqu’aux casernes jaune feu, puis tu tournes à gauche pour remonter jusqu’au 88 de la rue Lamarre. C’est là que tu trouveras Vieux Os avec Da, en train de siroter un bon café fumant. Il est triste car Vava est malade. Il ne peut pas la voir parce que des hommes méchants, à lunettes noires, occupent la ville et terrorisent les gens. Rien ne peut empêcher un amoureux de voir sa belle endormie. Les deux histoires se confondent dans la tête de Vieux Os: le danger et la fièvre de Vava. Les gens se cachent dans leur maison. La nuit tombe. Je ne peux rien te dire de plus. Il faut venir à Petit-Goâve.
Tu as toute mon affection
Dany LaferrièreP.S. : juste une dernière chose : ce petit garçon de dix ans est devenu un écrivain. C’est lui qui raconte cette histoire d’amour et d’aventures. J’espère que tu en feras de même un jour avec tout ce qui t’arrive. Tu dois être sûrement amoureux d’une fille magique qui traîne dans son sillage une nuée de papillons.

Regard sur l’œuvre
Il y a des endroits où on aime se retrouver, où on se sent protégé à l’intérieur même de l’enfance. Tous les enfants peuvent aller se réfugier au 88 de la rue Lamarre quand ils ont de la peine.
– Dany Laferrière, en entrevue avec Josée Lapointe, La Presse
11 avril 2014
L’adresse du bonheur
Dany Laferrière est arrivé à l’heure à notre rendez-vous chez Monet, la librairie de Cartierville où il aime flâner, discuter, bouquiner et donner des entrevues. Entre une tournée en Chine, un passage au Salon du livre de Paris et un départ pour la Suède, le nouveau membre de l’Académie française était à Montréal il y a une dizaine de jours, en cette fin d’hiver qui n’en finissait plus.
En quelques jours, il avait vu le spectacle de Louise Lecavalier, assisté au lancement du roman de son amie Perrine Leblanc et s’était présenté à la remise du Grand Prix du Conseil des arts de Montréal – où, assis à la table d’honneur, il a reçu des applaudissements nourris de la part du milieu des arts réuni au grand complet.
Dany Laferrière a senti cet accueil plus que chaleureux. « C’est comme si les gens avaient dit : il est des nôtres et il est toujours là. Il y a eu un flottement après ma nomination en décembre, peut-être qu’ils ont pensé que j’allais partir. Mais c’est eux qui avaient cette inquiétude, pas moi ! »
Car il l’a dit et le répète : c’est à Montréal qu’il est né écrivain, et tout ce qui compte est d’« avoir écrit ces livres et vécu avec ces gens » qui ont été les premiers à le lire et qui l’ont vu grandir.
Douce enfance
Mercredi, deux livres jeunesse de Dany Laferrière seront lancés : l’album Le baiser mauve de Vava, fin de la trilogie qui comprend Je suis fou de Vava (Prix du Gouverneur général en 2006) et La fête des morts, et une version illustrée de L’odeur du café, qui fait partie d’une série de classiques adaptés pour les jeunes lecteurs comprenant entre autres L’odyssée, Don Quichotte et Maria Chapdelaine .
Il était tout à fait logique que ce livre dans lequel un jeune garçon, Vieux Os, raconte l’été de ses 10 ans à petits coups de pinceau soit un jour offert aux enfants. « Mine de rien, c’est rare qu’on puisse voir une enfance aussi douce, nimbée de grâce, d’affection et de tendresse », dit Dany Laferrière, qui affirme avoir voulu faire du 88 de la rue Lamarre, à Petit-Goâve, « une adresse du bonheur de l’enfance ».
« Il y a des endroits où on aime se retrouver, où on se sent protégé à l’intérieur même de l’enfance. Tous les enfants peuvent aller se réfugier au 88 de la rue Lamarre quand ils ont de la peine. » — Dany Laferrière
En feuilletant le livre, Dany Laferrière a ainsi l’impression de redécouvrir un univers, lié à la mythologie même de l’enfance. Il a lui-même coupé dans son roman, « sans états d’âme ». « C’est pour ça que j’ai refait plusieurs de mes livres. Il faut couper pour que des enfants puissent le lire ? Alors je coupe. J’ai gardé des chapitres entiers, et j’en ai enlevé d’autres qui servaient davantage à développer. »
Un travail plutôt facile puisque L’odeur du café est divisé en une série de très courts tableaux – une forme qui permet au lecteur de « s’arrêter, de rêver un peu et de regarder les mouches voler ». Son essence reste donc intacte dans cette version réduite mais tout aussi charmante que le livre publié en 1991 chez VLB.
Mouvement continu
Étrange tout de même de discuter avec Dany Laferrière d’un roman sorti il y a près de 25 ans. Mais pas pour lui : tous ses livres font partie d’un même mouvement et l’habitent complètement. Puis c’est là qu’il a appris à raconter des histoires, assis sur cette galerie à côté de sa grand-mère Da – qui est maintenant un peu notre grand-mère à tous et qu’on retrouvait encore récemment dans le Journal d’un écrivain en pyjama.
« Je suis toujours au présent de l’indicatif. C’est le même monde qui se déroule et L’odeur du café, c’est la fondation de cette cafetière pleine de café ou d’encre, d’où sont sortis un peu tous mes livres. »
Il écrit toujours un peu la même chose depuis ses débuts, ajoute-t-il. Par exemple, sur la dictature, qui est au coeur du Baiser mauve de Vava, son discours n’a jamais changé : « La dictature, c’est le Monstre qui empêche un garçon de dix ans de visiter son amoureuse qui a la fièvre », écrit-il au début de l’album.
« C’est juste qu’au lieu de faire de la théorie, je vais à l’essentiel », dit l’auteur, qui a voulu parler de « choses importantes » aux tout-petits dans cette série : l’amour dans Je suis fou de Vava, la mort dans La fête des morts, la politique dans Le baiser de vava. On peut dire tout aux enfants – « Ils ont le droit ! » –, tant qu’on le fait avec poésie.
« L’enfance EST la poésie. Les sentiments sont aigus, les vibrations fortes, l’instinct juste, présent et pur. Les enfants sentent tout, sans pouvoir le formuler. Alors l’adulte en moi essaie de retrouver l’époque où la poésie n’avait pas besoin d’être formulée, de la revivre et de la redonner. » — Dany Laferrière
C’est parce que son enfance ne l’a jamais quitté qu’il réussit à avoir cette justesse de ton et d’émotion d’une simplicité si bouleversante. « C’est une erreur d’essayer d’écrire comme les enfants, c’est du faux réalisme. Mais la poésie, qui consiste à regarder la réalité avec un dixième de seconde de distance, les aide à trouver leur lien avec le monde. »
Elle nous aide tous, en fait, avec une précision qui fait mouche et qui peut même susciter une certaine mélancolie. Parce qu’en parlant de son enfance, c’est de toutes les enfances qu’il parle. « Je ne sais pas comment le dire, mais s’il n’y a pas cette mélancolie chez le lecteur, alors c’est qu’il n’y a pas de poésie et que le sentiment exprimé n’est pas juste. C’est ça qui fait battre le coeur. »
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Cet univers grouillant d’humanisme suffit à redonner le goût d’Haïti. Selon Laferrière, il s’agissait de «voir si la dictature pouvait tenir face à l’amour qui unit deux enfants». Grâce à l’amour et au pouvoir de la beauté, la ville est sauvée. Tout change de couleurs. Le rêve jaune, c’est la révolution des papillons. Un texte poétique avec des illustrations lumineuses de Frédéric Normandin qui font du Baiser mauve de Vava un classique de la littérature-jeunesse.
– Le Nouvelliste
22 avril 2014
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Dans son album jeunesse Le baiser mauve de Vava, Dany Laferrière fait le pari de parler de politique aux enfants à travers les yeux d’un gamin de 10 ans, Vieux os, fou amoureux de la petite Vava, dans un pays en proie à la dictature.
– Radio-Canada
2 mai 2014
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Un beau livre, dans tous les sens de l’ expression.
– Wébert Charles, Libre de Lire
13 mai 2014
Un baiser mauve par temps de dictature
L’écrivain Dany Laferrière et le dessinateur Frédéric Normandin viennent de faire paraître un bel album jeunesse, Le baiser mauve de Vava. Ce livre jeunesse se veut la suite des albums précédemment publiés : Je suis fou de Vava et La fête des morts.
Dany Laferrière de l’Académie française, s’adresse dans un livre aux couleurs vives et à l’encre fine, aux jeunes lecteurs. Le baiser mauve de Vava est un beau livre, dans tous les sens de l’ expression. Le jeune narrateur, qui, pourtant, porte un nom de vieillard, Vieux Os, nous fait voyager au territoire inoubliable de son enfance : Petit-Goâve. La capitale du bonheur de Dany Laferrière qu’il a rebâtie, réaménagée, en grand géographe des mots et des pages. Une ville peuplée de sons, de couleurs, mais aussi et surtout de gestes. Gestes parfois simples qui en disent plus long que les longs discours. C’est de ces gestes-là qu’il s’agit dans Le baiser mauve de Vava. Un après-midi, aux derniers rayons de soleil, les pieds bien trempés dans l’eau calme de Petit-Goâve, Vieux Os rêve de Vava, sa bien-aimée. Bien vite, il apprend que Vava est malade. Chagrin. Rage. Et désespoir. Les os de Vieux Os sont cassés. Mais il ne se laisse pas décourager. Il cherche un antidote à la fièvre de Vava, à défaut d’un antidote de la dictature, des macoutes aux lunettes noires qui sillonnent la ville. C’est là que sa grand-mère Da lui apprend que seul un baiser mauve peut sauver Vava.
La dictature vue par les enfants
C’est Dany Laferrière lui-même qui a dit récemment au sujet de son dernier livre « que les enfants n’aiment pas les jouets ». Phrase paradoxale, mais qui revêt un sens profond. Pour Dany Laferrière, aucun sujet n’est hors de portée des enfants. La dictature. La mort. L’amour. Pourquoi faudrait-il que les enfants ne parlent pas ? Le baiser mauve de Vava est un livre sur la dictature des Duvalier à ses débuts, eut-on envie de croire. Les lunettes noires commencent à envahir tous les coins et recoins de Petit-Goâve. Couvre-feu. Silence et murmures. La dictature devient « ce Monstre qui empêche à un garçon de dix ans de visiter son amoureuse qui a la fièvre ». Mais Vieux Os ne se laisse pas faire. Il brave la nuit noire avec son chien Marquis et ses canards, jusqu’à la porte du château dans lequel Vava est prisonnière de la fièvre. Il dépose sur sa joue gauche le baiser mauve qui la délivrera de ses maux. Vava est sauvée. La princesse des papillons est revenue. La ville devient gaie et les papillons embaument la ville de la cendre fine de leurs ailes jaunes. Mais Vieux Os doit faire face à son destin qui lui réserve bien des tours.
Le baiser mauve de Vava est un livre pour petits, certes, mais que les grandes personnes liront avec beaucoup de plaisir. N’est-ce pas ainsi qu’on évalue un livre jeunesse ?
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LA DICTATURE RACONTÉ AUX ENFANTS
PETIT-GOÂVE
RELATION GRAND-MÈRE ET PETIT-FILS
CYCLE VAVA – TOME 3
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