L’odeur du café

Prix Carbet de la Caraïbe

J’ai passé mon enfance à Petit-Goâve, à quelques kilomètres de Port-au-Prince.

D L
Couverture de l'édition française, Zulma poche
France
Couverture de l'édition canadienne, Typo
Canada

En France

Au Canada

Première édition : VLB éditeur, 1991

Au cœur de ce récit, il y a l’enfance. Celle d’un petit garçon passant ses vacances à Petit-Goâve, dans le giron de Da, sa grand-mère. Un accès de fièvre, et le voici privé de jeux avec ses camarades. Alors il reste sur la galerie, assis aux pieds de Da qui se balance sur sa dodine, une tasse de café toujours à portée de main, pour les passants et les voisins. Le long des lattes de bois, l’enfant observe, rêve, se régale : la lutte inégale des fourmis et des araignées, les gouttes de pluie picorant le sol, les adultes comme ils s’occupent et bavardent, son chien Marquis « à la démarche de vieille dame »… Il respire les odeurs de la vie.

Chronique des sensations évanouies et retrouvées, L’odeur du café est une magnifique échappée – au temps magique d’une enfance singulière.

L’odeur du café — Vingt ans après

Je fuyais l’hiver montréalais en remontant le cours de ma mémoire jusqu’à la source chaude de mon enfance. Je quittais aussi le bruit et la fureur que génèrent les métropoles nord-américaines pour me réfugier, au pied de ma grand-mère, sur cette petite galerie de Petit-Goâve.

Comme il m’était difficile, à l’époque, de songer à vivre en Haïti avec ma famille, je me suis arrêté à Miami. On a trouvé une maison, dans un quartier tranquille de la ville, devant laquelle j’ai tout de suite planté un bougainvillier. Puis j’ai posé ma machine à écrire en face de la fenêtre qui donne sur la cour.

Je n’avais qu’à allonger le bras pour caresser les feuilles de l’arbre qui se trouvait dans l’embrasure de ma fenêtre et dont le vent dans les feuilles faisait une musique qui me berçait à l’heure de la sieste. C’est dans un pareil moment que surgit le visage à la fois doux et ridé de ma grand-mère qui me souriait et, tout à coup, un grand soleil illumina la pièce. C’est pour la garder plus longtemps avec moi que je me mis à écrire L’odeur du café.

Cette odeur s’était infiltrée dans tous les recoins de mon enfance. Chaque matin, à Miami, je partais faire le tour du petit lac, pas loin de chez moi, en tentant de ramener au retour quelques images lumineuses d’une époque magique. Je revenais parfois bredouille, d’autres fois avec une pêche miraculeuse. J’avançais par petites touches.

Un matin, j’essayais de faire remonter à la surface tout le bruit de la rue Lamarre un samedi matin. Quelques jours plus tard, je décrivais la maison, le 88, où je vivais avec ma grand-mère, quelques tantes et mon chien. Puis ce fut la galerie où nous passions le plus clair de notre temps.

Cette galerie, je la connaissais bien. Je pouvais me rappeler tout ce monde si grouillant mais invisible aux yeux des adultes qui s’y agitaient. Ma grand-mère qui savait parler aux canards y avait accès. Je me suis longtemps demandé si une des vertus du café n’était pas d’effacer les frontières entre l’univers de l’enfant et celui de l’adulte. Ma grand-mère buvait constamment du café.

Comment restituer de tels moments en apparence si naïfs, mais plutôt complexes quand on y plonge ? J’ai décidé de ne plus chercher une forme particulière, mais de permettre à cette montagne de détails et d’émotions de trouver sa forme définitive. La réalité impose son style.

Je me mets dans l’ambiance de mon enfance et j’essaie d’écrire sans faire attention aux mots. En fait, je n’écris pas, je peins. Tout en rêvant de l’art de ces peintres naïfs dont les tableaux aux traits parfois grossiers et aux couleurs chatoyantes dégagent une énergie si primitive qu’on oublie tout esprit critique pour vivre le moment.

Pour ma part, je souhaite que le lecteur cesse de lire pour traverser la page et venir flâner dans les rues de Petit-Goâve. Je suis sûr que si ce pas l’amène à la rue Lamarre, Da lui offrira une tasse de café pour fêter les vingt ans de L’odeur du café, le roman de son petit-fils. Il me trouvera sur la galerie, toujours fasciné par l’agitation des fourmis. Le temps n’existe pas. Et l’éternité guette Da.

Dany Laferrière
Paris, 29 septembre 2010


Quelques extraits

Dédicace

À Da, ma grand-mère, à Marie, ma mère, à Ketty, ma soeur, à mes tantes, Renée, Gilberte, Raymonde, Ninine, à Maggie, ma femme, et à Melissa, Sarah, et Alexandra, mes filles, cette lignée interminable de femmes qui, de nuit en nuit, m’ont conçu et engendré.

Quatrième de couverture

J’ai écrit ce livre pour toutes sortes de raisons. Pour faire l’éloge de ce café (le café des Palmes) que Da aime tant et pour parler de Da que j’aime tant. Pour ne jamais oublier cette libellule couverte de fourmis. Ni l’odeur de la terre. Ni les pluies de Jacmel. Ni la mer derrière les cocotiers. Ni le vent du soir. Ni Vava, ce brûlant premier amour. Ni le terrible soleil de midi. Ni Auguste, Frantz, Rico, mes amis d’enfance. Ni Didi, ma cousine, ni Zina, ni Sylphise, la jeune morte, ni même ce bon vieux Marquis. Mais j’ai écrit ce livre surtout pour cette seule scène qui m’a poursuivi si longtemps : un petit garçon assis aux pieds de sa grand-mère sur la galerie ensoleillée d’une petite ville de province. Bonne nuit, Da !

Mon nom

Personne ne connaît mon nom, à part Da. Je veux dire mon vrai nom. Parce que j’ai un autre nom. Da m’appelle quelquefois Vieux Os. J’aime vraiment me coucher le plus tard possible. Quand Da m’appelle ainsi, j’ai véritablement l’impression d’avoir cent ans. C’est moi qui ai demandé à Da de garder secret mon nom. Je veux dire mon vrai nom.

Le paradis

Un jour, j’ai demandé à Da de m’expliquer le paradis. Elle m’a montré sa cafetière. C’est le café des Palmes que Da préfère, surtout à cause de son odeur. L’odeur du café des Palmes. Da ferme les yeux. Moi, l’odeur me donne des vertiges.

Les fourmis

La galerie est pavée de briques jaunes. Dans les interstices vivent des colonies de fourmis. Il y a les petites fourmis noires, gaies et un peu folles. Les fourmis rouges, cruelles et carnivores. Et les pires, les fourmis ailées.
Sur ma gauche : une libellule couverte de fourmis.

La nuit

Da aime veiller tard. Une fois, elle a vu Gédéon, suivi de son chien blanc, qui se dirigeait du côté de la rivière. Et cela, un mois après la mort de Gédéon. Da n’a peur de rien. Elle a même appelé Gédéon qui se cachait derrière un grand chapeau de paille. Il a murmuré quelque chose que Da n’a pas compris.
C’était bien Gédéon puisque son chien le suivait.

Le notaire

Un homme marche sous la pluie. C’est le notaire. Il est habillé de blanc, avec canne et chapeau. Autour de lui, les gens courent dans toutes les directions. On dirait des fourmis ailées.
Le notaire Loné, de la rue Desvignes, croit qu’un homme digne de ce nom ne court jamais sous la pluie.

Robe jaune

Je ne l’ai pas vue venir. Elle est arrivée dans mon dos, comme toujours. Elle revenait de la messe de l’après-midi avec sa mère. Vava habite en haut de la pente. Elle porte une robe jaune. Comme la fièvre du même nom.

Cerf-volant

Je la regarde longuement. Sa mère lui tient fermement la main. Je compte le nombre de pas qu’il lui faut pour arriver chez elle. Des fois, elle me donne l’impression d’être un cerf-volant au-dessus des arbres. Le fil est invisible.

Paupières

Les paupières de Vava. Des papillons noirs. Deux larges ailes. Un battement doux, ample. J’ai mal au cœur. Noir. Rouge. Je choisis le jaune.

La mer

Je n’ai qu’à me tourner pour voir un soleil rouge plonger doucement dans la mer turquoise. La mer des Caraïbes se trouve au bout de ma rue. Je la vois scintiller entre les cocotiers, derrière les casernes.

La bicyclette rouge

Cet été encore, je n’aurai pas la bicyclette tant rêvée. La bicyclette rouge promise. Bien sûr, je n’aurais pas pu la monter à cause de mes vertiges, mais il n’y a rien de plus vivant qu’une bicyclette contre un mur. Une bicyclette rouge.

Regard sur l’œuvre 

Un livre remarquable. Un extraordinaire retour à l’enfance, une plongée dans le souvenir, un récit parfaitement réussi. D’une finesse d’observation, et d’une tendresse retenue qui n’éclate qu’en une dernière ligne, en même temps que d’un classicisme de forme exceptionnel. C’est à la fois japonais et antillais.

— Robert Lévesque, Le Devoir, 1991

“The magic of An Aroma of Coffee lies in Laferriere’s ability to weave the myriad of bittersweet and paradoxical vignettes […] into a cohesive and believable read.”

— Sigcino Moyo, NOW Magazine, 1993

C’est aussi cela la littérature, une façon de vivre plusieurs fois, dans plusieurs mondes, dans plusieurs temps et de prolonger le passé, mais aussi le présent et sans doute l’avenir, jusqu’à ce qu’ils dépassent le temps.

— Marc Ossorguine, La Cause littéraire

Vieux os
par Robert Lévesque, Le Devoir
28 septembre 1991

CE N’EST PAS parce que vous l’avez vu parmi la «bande des six» qu’il est n’importe qui!

Dany Laferrière est un écrivain. Et un homme de culture, la nuance étant parfois utile, au Québec. Dans la bande il ne détonnait pas tant par sa couleur de peau que sa couleur d’esprit. Dans l’hystérie superficielle, on constatait parfois qu’il tentait d’élargir le vocabulaire, d’atteindre le contenu, de faire de la perspective.

Comme un personnage de William Inge, il est arrivé un jour à Montréal et un bon matin il en est reparti…. Il avait eu le temps de faire de la météo comme un martien, d’écrire deux romans, l’un assez éclatant, l’autre assez raté, et de perdre un peu de sa crédibilité dans une émission débilitante.

Dany Laferrière a lu beaucoup, avant d’écrire. Il lira encore beaucoup, puisque la lecture, quand on l’attrape un bon soir à l’adolescence, et puis toute une nuit, est un vice solitaire qui augmente en vitalité avec l’âge…

Il rit beaucoup, Laferrière. Son rire est bon. On ne peut le connaître vraiment sans avoir une fois entendu ce rire, dans une salle de théâtre, dans un café, au lavoir. C’est une éruption. Toute une enfance en remonte. Une enfance de soleil, de bananes, de fourmis, de poules, une enfance de bonheur du côté de Petit Goâve.

Et la voilà enfin cette enfance, en 200 pages. Il en parlait depuis le succès de Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer. Il m’avait dit un jour, parlant de ce

livre à venir: c’est une grand-mère et un petit garçon sur une galerie, et la grand-mère lui dit – je crois bien qu’on fera de vieux os, ce soir.

L’odeur du café est un livre remarquable, l’un des plus beaux issus de la diaspora haïtienne. En six grandes parties et 38 courts chapitres comprenant chacun plusieurs petits blocs, tous titrés comme, on étiquète des pièces d’archive, ce jeu de blocs est un extraordinaire retour à l’enfance, une plongée dans le souvenir, un récit parfaitement réussi. D’une finesse d’observation, et d’une tendresse retenue qui n’éclate qu’en une dernière ligne, en même temps que d’un classicisme de forme exceptionnel. C’est à la fois japonais et antillais. Et Dany Laferrière est un écrivain…

Comme dans son premier roman, dans le meublé du carré Saint-Louis où Bouba restait au lit, attendant que le bonheur passe, l’immobilisme est au coeur du récit. C’est l’été 1963 àPetit-Goâve. Le narrateur a 10 ans, il a eu des fièvres et le docteur Cayemitte a conseillé à Da, sa grand-mère où il vit, de le garder au lit durant les grandes vacances. En fait, il restera sur la galerie, aux pieds de Da qui se berce et qui boit du café.

De cet observatoire, en haut de la rue Lamarre, pas loin du parc à bestiaux où ses copains jouent au football, avec la mer des Caraïbes au bout de la rue, les casernes, les cocotiers et les montagnes chauves, et la jolie Vava qui passe, et les fourmis qui bossent, le narrateur (à la recherche du temps perdu) va nommer les choses; c’est quelqu’un qui a réussi à revenir en arrière, à réinvestir la peau du gamin qu’il fut, et qui, au temps présent, dans le saisi du souvenir, dit, raconte. Tout ça vient d’arriver. Comme dans un rêve où l’on témoigne hypnotisé, le narrateur dit : nous avons un chien, mais il est si maigre et si laid que je fais semblant de ne pas le connaître.

Le monde tourne autour de Da. Et le paradis c’est la cafetière de Da, c’est l’odeur du café des Palmes. Y ont droit c eux qui s’approchent, la vieille marchande de poules, le cireur de chaussures qui fait le diable au carnaval, le notaire Loné de la rue Desvignes, et même Gédéon un mois après sa mort.

Il y a un travail fou dans ce genre de mosaïque littéraire. Le découpage contient en centaines de blocs autant d’impressions revécues, d’émotions contenues, c’est un parcours en délicatesse, en finesse. Toute l’intelligence du monde passe dans la façon qu’a Laferrière de simplifier une allusion, de cerner un souvenir, de retenir une émotion, de taire un commentaire.

L’odeur de café, Dany Laferrière, VLB éditeur, 1991.

Dany Laferrière: une parenthèse de bonheur!
propos recueillis par Bruno Dostie, La Presse
29 septembre 1991

« Je la regarde longuement. Sa mère lui tient fermement la main. Je compte le nombre de pas qu’il lui faut pour arriver chez elle. Des fois, elle me donne l’impression d’être un cerf-volant au-dessus des arbres. Le fil est invisible. »

Tout le livre, fait de ces courts paragraphes portant chacun son titre, est écrit dans ce style très dépouillé, et sensuel. L’ odeur du café. Le bruit de la rue. La couleur du ciel. « C’est japonais », commente l’auteur Dany Laferrière.

Son troisième livre L’Odeur du café raconte ses grandes vacances de l’été 1963, à Petit-Goâve, alors que la maladie le retenait à la maison. Il est toujours publié à Montréal, chez VLB, comme ses deux premiers romans, même s’il vit pour l’instant à Miami, et même si le succès international de Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer en 1985, et du film qui en a été tiré, lui ouvrirait des portes à Paris comme à New York.

Mais même s’il se « sent de plus en plus Haïtien, Québécois et Américain à la fois », il reste fidèle à Montréal, où il s’est découvert après y avoir trouvé un refuge définitif en 1978. C’est que l’anglais, il « ne le parle toujours pas »; que Paris, « a une odeur de cliché »; et que « Montréal, est un lieu nouveau, qu’il est intéressant de faire découvrir. On l’a un peu méprisé, mais un jour ça va être son tour, comme Vienne a eu le sien. »

Pour l’instant, c’est au tour de Petit-Goâve, la petite ville d’Haïti où il a vécu les premières années de sa vie, et que « même les gens de Port-au-Prince vont découvrir à travers mon récit. Je n’ai jamais lu un bon reportage sur Haïti. Depuis 30 ans, les écrivains ne parlent que de la dictature. Moi, mon obsession a toujours été de ne pas être avalé par mon contraire: le

Duvaliérisme en Haïti, le racisme ici. J’ai voulu décrire une petite ville où, en apparence, il ne se passait rien. Rentrer dans la tête des gens. Chaque petit détail est d’une précision maniaque. »

Et même si le texte garde cette désinvolture apparente qui est la quintessence du style pour Dany Laferrière qui croit que l’ »élégance, c’est d’effacer ses traces », il reste très « écrit ». Il a repassé par-dessus l’enfant qui le raconte.

Au 88 de la rue Lamarre

Le « je » du livre, c’est lui à dix ans. Et son personnage central est sa grand-mère maternelle Da dont il observe le manège. Sans jamais quitter sa galerie du 88 de la rue Lamarre, elle semble régner sur la vie de tout le quartier. Chacun passe à tour de rôle. L’informe des dernières rumeurs. Demande conseil. Aux uns, elle accorde audience, et sert un café qui est sa seule nourriture. Aux autres, qui n’ont qu’à passer leur chemin, elle le refuse. En disant aussi long à l’enfant qui boit ses mots par ces silences calculés que par ses réflexions imagées.

Car l’enfant que personne ne semble remarquer, et auquel on ne s’adresse jamais que comme s’il n’était pas là, par l’entremise de sa grand-mère, est toujours là. Il observe tout. Retient tout. Apprend de l’ancêtre, la vie, et la sagesse immémoriale. « C’est un livre d’initiation. J’étais celui qui n’était pas beau, qui n’était pas aimé des filles. Alors je me souviens. Frantz lui – le camarade d’enfance du récit dont toutes les filles sont amoureuses – ne se souvient probablement de rien. »

Mais c’était encore au beau temps de l’enfance, des amours enfantines, de « la parenthèse de bonheur », comme il dit, « avant que le sexe et le désir ne viennent tout gâcher. Quand je rêve, c’est à ça: à Petit-Goâve, entre 1953 et 1963.

Loin de Vieux et de Bouba…

Dany Laferrière est né le 13 avril 1953 à Port-au-Prince. « À minuit »! L’heure du crime, ou l’heure du rêve. Son nom est encore Windsor Klébert. Le nom secret que sa grand-mère lui donnera, et qu’il faut protéger comme son âme sous peine d’être envoûté, ne sortira au grand jour que beaucoup plus tard, sur la couverture de ses livres. Pour l’instant, son père qui conteste le régime – c’est un ex-compagnon de Duvalier, un ex-maire de la capitale devenu « révolutionnaire » comme on dit en Haïti – le confie pour sa sécurité à la tranquillité de Petit-Goâve, et aux bons soins de sa grand-mère.

Il ne reverra plus son père qu’à sa mort, en exil à New York, et grandira dans un monde de femmes. On remarquera en lisant son récit, que lui autant que pour les enfants qui l’entourent, c’est une femme, mère ou grand-mère, qui voit à leur éducation. « Ça, répond-il, c’est Haïti pur, ça n’est pas une intention. » Comme sans doute beaucoup de choses de ce récit né de « notations spontanées », ramassées au fil des ans, « pour un truc plus rond ».

On comprend une oeuvre plus ambitieuse, un truc moins « japonais » que ce récit classique, ramassé, avec son unité de temps – un été – et de lieu: une galerie. Un récit centré « non pas sur les anecdotes, mais sur les émotions: la vie et la mort, le ciel, la pluie, un regard », comme celui qu’il jette sur Vava, la petite fille cerf-volant qu’il admire.

À certains égards, son récit est si peu haïtien, qu’on n’aurait qu’à remplacer le sable par la neige pour le trouver québécois. La dictature et la misère absolue n’y sont pas non plus. Elles viendront bien assez vite. Et pour les yeux émerveillés de l’enfant qui découvre le monde, il y a bien déjà assez de mystères à comprendre. Même les rumeurs de sorcellerie qui le traversent, si elles renvoient au vaudou, ne sont pas celles du folklore haïtien: elles renvoient au Grand Meaulne comme aux « contes pour tous » de Rock Demers: tous les enfants du monde ont un jour fait un « sorcier » d’un voisin un peu étrange, une « princesse » d’une petite roturière, un « château » d’une arrière-boutique, et cru sincèrement qu’un monstre marin hantait une plage familière…

Le parfum du scandale

On semble bien loin de Vieux et de Bouba, ses personnages dérangeants et plus cyniques du Carré Saint-Louis de Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer. Mais pas tant que ça. Eux aussi, si l’on oublie la problématique de l’Occidentale blanche assoiffée de chair tribale, et du noir qui joue la carte de la jungle pour pogner même s’il ne rêve que d’intégration à l’Occident et à la modernité, ils mènent une vie de bohème, et tiennent des propos qui ne renvoient guère au ghetto.

On semble bien loin aussi de l’image de clown gentiment provocateur que s’est donnée l’auteur lui-même, et qui s’acquitte avec toute la fougue et la drôlerie qu’on lui connaît, de la promotion de son nouveau livre. Le tourbillon de l’actualité l’emporte. On parle Meech, Mordecai Richler, Céline Dion, nationalisme frileux et guerre des fumeurs et des anti-fumeurs.

On parlera peu de son livre, de sa parenthèse de tendresse. S’il est déçu, il le gardera pour lui, content au moins d’avoir prouvé avec L’odeur du café, qu’il n’a jamais menti, que derrière les jeunes hommes en colère de Comment faire l’amour, se cachait un garçon tendre qui était déjà parfaitement justifié de glisser un peu de tendresse dans ce premier cri.

– Mais sans la provocation, est-ce qu’il s’en vendra autant?
– On n’a pas lu tant que ça Comment faire l’amour, alors qu’il y a des livres comme L’odeur du café qui sont lus partout sans qu’il y ait scandale. »

Da, la grand-mère maternelle de Dany Laferrière, est le personnage central du livre.

Livre
par Gilles Marcotte, L’actualité
1 février 1992

Oubliez le Nègre que vous savez. Laissez-vous transporter dans une Haïti d’avant Aristide, une Haïti qui d’ailleurs n’a rien de folklorique, à mille lieues des débordements émotionnels et stylistique dont le roman haïtien est coutumier. Dans de brefs morceaux de texte qui, chacun, ont leur titre, Laferrière raconte avec une sobriété, une pudeur, une justesse extrêmes, les menus incidents de son enfance, dans l’ombre tutélaire de la grand-mère Da, grande buveuse de café. C’est, j’ose le dire, écrit de main de maître. A ranger dans l’espèce peu nombreuse des livres de vérités.

Book of the week
By Sigcino Moyo, Now Magazine
1993

Leaving behind the sexually charged cruising scene of late-70s Montreal – portrayed in his French and English bestseller, How To Make Love To A Negro – Writer Dany Laferriere has taken a spiritual turn on the road to his riveting third novel, An Aroma Of Coffee.
This time out Laferriere probes deeper into the myster-les of life, love, greed and death with a narrative driven by the coy recollections of one Old Bones – a sharp-eyed, girl-watching 10 year old with a wry, quizzical wit that belles his tender age.
Old Bones, as nicknamed by his coffee-fiend, high-priest-ess grandmother Da, must sit idly on her veranda while convalescing from an unidentifiable malady. Rest is all that is prescribed by the absent-mind-ed and whimsical Dr. Cayemitte, so there’s plenty of time to observe and question the actions of the steady procession of freaks, ghouls and other neighbours that passes Da pounds back coffee to as suage the ravages of time, and Old Bones’ presence gives her cause to celebrate an elusive moment of respite.
Bones, in turn, must search for meaning in the cryptic, weighted words of wisdom Da Imparts to him like.a sooth-sayer.
The magic of An Aroma Of Coffee lies in Laferriere’s abill-ty to weave the myriad of bittersweet and paradoxical vignettes that are Old Bones’ reveries into a cohesive and believable read. The alternate ly soothing and eerie imagery recreates the bustle of a one car Haitian town, in Itself enough to make readers wake up and smell the coffee.
Aroma’s perfect setting and appealing, if obtuse, cast of characters make for a fine rural tale that springs directly from the revered oral traditions of Africa and the Caribbean. Those with addictive natures will yearn for it to linger a few moments longer.
Harbourfront Centre presents a reading by Laferriere on Tuesday at 8 p.m. in the Brigantine Room, York Quay Centre, 235 Queen’s Quay West. 57.973-4000.

L’odeur du café
propos recueillis par Ghila Sroka
2 mars 1997

« En ce dimanche montréalais sans soleil (2 mars 1997), je suis dans une petite chambre au dixième étage du Travel Lodge Hotel, boulevard René-Lévesque. Je suis ici parce que je suis invité par les Rendez-vous du cinéma québécois pour voir la production québécoise de l’année et donner mes impressions. Je rencontre Ghila Sroka pour une entrevue.»

Ghila Sroka : – Dany, raconte-moi Petit-Goâve.

Dany Laferrière : – Petit-Goâve, c’est presque ma ville natale. Ça se trouve à la frontière du département de l’Ouest, dont la capitale est Port-au-Prince, et du département du Sud, dont la capitale est Les Cayes. C’est une des villes sur la frontière, extrêmement intéressante. C’est aussi un port, un des grands ports ouverts sur le monde – Goâve est un mot indien qui veut dire « baie ». Quand j’étais enfant, Petit-Goâve exportait du café en Italie et ailleurs en Europe.
Petit-Goâve, c’est une ambiance de ville de province, très active mais en même temps quelquefois assoupie, quand le soleil tape très fort. Bien que je sois né à Port-au-Prince, c’est à Petit-Goâve que j’ai vécu les onze premières années de ma vie. J’ai passé mon enfance avec ma grand-mère, tandis que ma sœur cadette, qui avait un an de moins que moi, est restée avec ma mère à Port-au-Prince.

Ghila Sroka : – Donc, tu as été élevé par ta grand-mère et pas par ta mère.

Dany Laferrière : – Jai passé mon enfance avec ma grand-mère et mon adolescence avec ma mere. C’était une pratique courante, pour les très jeunes mamans, d’envoyer leurs entants à leur mère, quand elles avaient de la difficulté à les élever dans une grande Ville, plus dure, où elles n’avaient pas de domestiques pour s’en occuper. Heureusement pour moi, ma mère a choisi de m’envoyer à Petit-Goâve passer mon enfance.

Ghila Sroka : – Tu as dédié L’odeur du café à toutes les femmes de ta vie, qui sont nombreuses : Renée, Maggie, Melissa, Sarah, ainsi qu’Alexandra, ta dernière-née. Tu voulais leur rendre hommage?

Dany Laferrière : – J’ai été élevé par des femmes, par ma grand-mère, par ma mère, par mes nombreuses tantes – Renée, Raymonde, Gilberte… Elles ont chacune une place dans mes livres. Cette « chambre des dames », c’était mon univers. Nous étions au 88 de la rue Lamarre, la rue qui descend tout droit vers les casernes et vers la mer.
Il y avait des cocotiers devant les casernes et, même tout petit, j’avais cette sensation extraordinaire : je savais que c’était tres beau de pouvoir regarder de ma galerie la mer derrière les cocotiers. Trente ans plus tard, quand j’ai fait ce livre, j’ai retrouvé la même émotion et surtout le même luxe de pouvoir dire : « La mer se trouve au bout de ma rue. »
Nous sommes donc en 1963, au 88 de la rue Lamarre, et sur la galerie il y a une vieille dame assise, qui s’appelle Da. C’est ma grand-mère et je suis assis à ses pieds, je suis son petit-fils chéri. Dans la première pièce de la maison, une pièce énorme, sont entreposés les sacs de café, et c’est là aussi que mon grand-père vit. Il était officier d’état civil, c’est-à-dire qu’il rédigeait les actes de naissance, de décès – les papiers timbrés, comme on dit. Il avait un clerc qui travaillait avec lui, qui s’appelait Le Jeune, je pense. C’est aussi dans cette salle qu’on étudiait le soir, parce qu’il y avait la grande table pour les trieuses de café.

Ghila Sroka : – Donc c’était une immense maison ?

Dany Laferrière : – Disons que c’était une grande maison pour les standards de Petit-Goâve, une maison où l’on faisait du commerce. Après, il y avait le salon. C’était un joli salon très simple avec un divan, un grand miroir, et toujours frais parce qu’il était toujours fermé. On pouvait passer par le salon pour aller dans les chambres ou dans la salle à manger, mais généralement on interdisait aux enfants de prendre ce chemin ; il fallait passer par dehors. Ce n’était pas une maison avec une configuration comme à Montréal. Plusieurs portes donnaient sur l’extérieur. Il y avait la porte d’entrée, la porte du fond qui donnait sur la cour, trois portes tout le long du côté gauche… Ça donnait l’impression d’avoir beaucoup plus d’espace. J’avais toujours le ciel devant moi partout dans la maison Donc il y avait ce salon toujours frais, mais où je me suis rarement couche parce que j’avais peur d’un cauchemar que j’y faisais chaque fois… Je me réveillais toujours en hurlant parce qu’une petite femme en talons aiguilles, qui devait faire une quinzaine de centimètres, s’approchait de moi avec une tête très rébarbative, très autoritaire. Elle s’appelait Joséphine, et c’était ce qu’on appelle le « diable de la famille ». Toute famille a quelqu’un qui vient la hanter ; on ne sait pas d’où ça vient et on n’en parle pas. Tout le monde avait déjà vu Joséphine au moins une fois dans la maison. C’est ce fantôme qui a hanté mon enfance et qui a fait que je me suis rarement endormi au salon. Mais cette pièce servait aussi parfois le jour de mon anniversaire. Mes tantes organisaient une petite fête et on invitait les filles du docteur, des gens bien. Les adultes avaient leur cola, ils dansaient entre eux ; moi, j’avais toujours un petit cadeau, et des bonbons et du cola…
Après le salon, il y avait les chambres, la petite chambre de mon grand-père et la grande chambre de mes tantes, où je dormais aussi. Je pouvais voir comment les femmes s’habillaient, entendre ce qu’elles racontaient quand elles revenaient du bal, comment elles voyaient le monde. C’est là, je crois, que s’est formée ma sensibilité. Et ensuite il y avait la salle à manger – la cuisine, elle, était dans la cour. C’était une maison complètement ouverte, avec un toit de chaume et des poteaux, et derrière, les jardins qui donnaient sur l’autre rue. C’était un univers assez magique.

Ghila Sroka : – Cette maison existe-t-elle toujours?

Dany Laferrière : – Oui, elle existe toujours, mais elle ne nous appartient plus.

Ghila Sroka : – Nous sommes donc sur la galerie, à l’été 1963, et tu es allongé pour regarder les colonnes de fourmis dans les fentes des briques. Da, ta grand-mère, boit son café. C’est quoi, au juste, cette odeur de café ?

Dany Laferrière : – L’odorat, pour moi, est le sens qui a la plus longue mémoire. Dès que je sens un bon café – pas n’importe lequel, le café des Palmes, le meilleur au monde -, je remonte à mon enfance qui s’est passée tout entière dans l’odeur du café, du café séché, torréfié, dans l’odeur des grands sacs de café. J’accompagnais mon grand-père sur le wharf, quand les bateaux venaient d’Europe pour prendre livraison du café de Petit-Goâve. Nous suivions nos sacs avec leur ruban jaune ou rouge jusqu’à leur départ.

Ghila Sroka : – Est-ce qu’il existe à Montréal un endroit où on peut acheter ce café des Palmes ?

Dany Laferrière : – Non, je ne pense pas. J’ai rencontré une fois dans un avion un representant de Van Houtte qui voyageait dans le monde entier à la recherche de bons cales et qui a été très impressionné en apprenant l’existence du café des Palmes. Tu sais, les plants de ce café datent de 1508 environ – les plants de café durent tres longtemps, des siècles. Ce sont les mêmes plants depuis l’époque de la fli-buste, avant la traite des Noirs.

Ghila Sroka : – Ta grand-mère t’appelait Vieux Os… D’où cela vient-il ?

Dany Laferrière : – C’est une habitude d’appeler « vieux » un tout jeune enfant. Mais on dit aussi «taire vieux os », ce qui signifiait pour elle veiller très longtemps sur la galerie.
Elle disait souvent : « Je ne ferai pas vieux os ce soir », c’est-à-dire qu’elle ne resterait pas sur la galerie jusqu’à une heure du matin. Parfois, on rentrait les bancs et les chaises vers onze heures, d’autres fois vers minuit, une heure du matin, quand elle avait des soucis et qu’elle restait pour regarder les étoiles.
Vieux Os, c’était une marque de tendresse de sa part.

Ghila Sroka : – Et à l’âge de onze ans, tu avais déjà ce souci de savoir si les fourmis avaient un nom!

Dany Laferrière : – Encore aujourd’hui, je suis impressionné par les fourmis. Mais il faut dire que L’odeur du café se passe à un moment où j’avais la fièvre – une fièvre qui enflammait mon corps, m’empêchait d’aller jouer au football avec mes copains dans le parc à bestiaux, et me donnait une sensibilité encore plus exacerbée.
Je pense que tous les enfants ont un jour été impressionnés par cette société des fourmis. Une fourmilière est quelque chose de passionnant à étudier. Quand on observe un peu comment elles vivent, comment elles bougent, ce n’est plus l’oiseau qu’on adore, parce qu’il va si vite, mais la fourmi, parce que c’est une société qu’on voit. Elles sont tout le temps en train de travailler, de s’activer, et puis il y en a des rouges, des noires, il y en a qui piquent…

Ghila Sroka : – Oui, tu as même remarqué qu’elles ont de grosses fesses !

Dany Laferrière : – Mais elles ont de grosses fesses ! Et à l’époque, je pensais qu’elles devaient toutes s’appeler Fifi.

Ghila Sroka : – Est-ce que tu écoutais de la musique quand tu écrivais ce livre ? Parce que ce matin, en te relisant, je pensais à cette chanson d’Emeline Michel, où elle parle elle aussi de l’odeur du café.

Dany Laferrière : – Oui, mais ce n’est pas du tout le même angle. Sa chanson est plus folklorique, légère, et c’est ce que je ne voulais pas faire, sans vouloir la critiquer. Je ne voulais pas faire quelque chose de superficiel. Quand on lit L’odeur du café, on voit une enfance mais, en même temps, on voit quelque chose qui appartient à l’enfance de tous les humains : les premières découvertes, le sentiment de T’amour qui n’est pas payé de retour… Ce n’est pas une vision folklorique. L’enfance que je décris s’est passée dans un endroit déterminé qui s’appelle Petit-Goâve, donc avec une flore et une faune particulières, mais elle aurait pu se passer en Gaspésie, en Ardèche, en Israël, n’importe où.

Ghila Sroka : – Quand on lit L’odeur du café, on se rend compte que tu as quand même eu une enfance très choyée, très protégée. Et d’ailleurs quand je te regarde aujourd’hui, j’ai l’impression que tu as toujours été entouré de gens qui t’aimaient, qui voulaient te protéger. Est-ce que ce sentiment d’amour n’est pas un peu étouffant ?

Dany Laferrière : – Non, pas du tout.

Ghila Sroka : – Tu aimais que toutes ces femmes t’entourent ?

Dany Laferrière : – Oui, mais je ne donnais pas cette image-là, ni ma grand-mère, d’ailleurs, avec qui je partageais une complicité totale. Et puis il y avait une grande liberté, aussi. Beaucoup de lecteurs ont été impressionnés par l’ampleur du territoire dont nous disposions, mes copains et moi. Dans le monde moderne, dans les grandes villes comme Montréal, Paris ou New York, l’espace de l’enfant est très petit, de plus en plus restreint, même. Auparavant, il se résumait au salon avec la télévision ; maintenant, c’est Internet, qu’on peut mettre dans un mouchoir, et l’enfant part dans ce paysage électronique. Mais là on avait un vrai territoire.
Je pouvais aller à la mer, à la montagne, et ce, après l’école, pas seulement pendant les vacances comme le jeune Parisien le fait. J’étudiais, je faisais mes devoirs et puis mes copains venaient me chercher. On allait marcher…

Ghila Sroka : – Tu faisais tes devoirs comme ce petit garçon du film Rue Cases-Nègres ?

Dany Laferrière : – Oui, d’ailleurs sa grand-mère ressemblait beaucoup à la mienne, même physiquement. Je faisais mes devoirs et après, je pouvais aller marcher librement dans notre petite ville. Si, dans ce livre, je parais être un peu dans les jupes de ma grand-mère, c’est parce que j’avais la fièvre et que le médecin avait recommandé que je ne fasse pas trop d’exercices violents.

Ghila Sroka : – Au fond, ma question, c’était plutôt : quel est ton secret pour être gâté à ce point par les femmes, comme tu l’as toujours été ?

Dany Laferrière : – En fait, je crois que je parlerais plutôt de complicité totale et de liberté. J’en ai toujours bénéficié parce que je suis en même temps très proche des gens et très distant. C’était déjà comme ça dans mon enfance. Je n’étais pas du tout le fils à sa grand-mère ou à sa maman. Et c’est la même chose maintenant avec les autres.
Je rencontre beaucoup de gens à Montréal qui ont une grande sympathie pour moi – je crois que la ville même a une grande sympathie pour moi – mais, en même temps, les gens disent : « On ne sait pas beaucoup de choses sur lui. » Il y a entre eux et moi des sentiments, de la sympathie, de la tendresse, mais pas de familiarité. Ça vient de mon enfance. C’était une des valeurs de ma grand-mère. Et puis il y a aussi l’angle sous lequel on regarde le monde. Il s’est sûrement passé des choses horribles dans mon enfance, seulement je les ai oubliées. Je ne les ai pas cachées : je les ai oubliées. C’est cette force d’amour qui fait que je peux regarder quelqu’un qui me fait du tort et continuer à l’aimer pour les choses que j’apprécie chez lui, tout en ne le fréquentant plus puisqu’il m’a fait du tort. Disons que je n’ai jamais eu une propension à devenir amer.
En ce qui concerne mes livres, c’est la même chose. Jusqu’à présent, les gens n’ont pas été choqués par les regards que je porte sur le monde, même les regards les plus durs, comme dans Comment faire l’amour. Les lecteurs n’ont pas été choqués parce qu’ils ont senti qu’il y avait derrière cela un regard humain. D’ailleurs, le livre que je vais publier cette année, La chair du maître, est impossible à lire d’un point de vue politically correct, mais je suis à peu près sûr que le débat ne se fera pas avec violence ni contre moi.

Ghila Sroka : – Oui, mais Montréal est tout de même une ville de plus en plus puritaine.

Dany Laferrière : – Oui, mais ça ne m’intéresse pas, ça ne me regarde pas. En Haïti, on dit : « Si tu crois au loup-garou, au diable, tu te feras manger par le diable. » Que Montréal soit devenu plus politically correct, je m’en fous complètement.

Ghila Sroka : – Quand tu étais enfant, les femmes autour de toi te confectionnaient des petits costumes de couleur ; j’ai trouvé ça adorable.

Dany Laferrière : – Oui, c’est vrai, elles me faisaient des costumes à leurs couleurs – pas forcément les couleurs qu’elles aimaient, mais la couleur du saint qu’elles avaient choisi comme patron. Par exemple, tout le monde sait que la couleur de saint Antoine est le marron, celle de Marie, le bleu, etc.

Ghila Sroka : – Est-ce que tu as des photos de cette période ?

Dany Laferrière : – Non, toutes les photos de mon enfance sont dans L’odeur du café

Ghila Sroka : – Parle-moi de la rose rouge et de la mort de ton grand-père.

Dany Laferrière : – Mon grand-père adorait les roses. Il avait fait planter des rosiers tout le long du parc à bestiaux, qui était sur notre petit terrain. La porte de sa chambre ouvrait sur ses rosiers, ce qui fait qu’il pouvait les voir alors qu’il agonisait. Je me souviens qu’il nous demandait de les arroser. Il aimait les roses et aussi les tracteurs, car c’était un grand propriétaire terrien. Il avait commandé un tracteur à Chicago, qui n’est jamais arrivé. Nous avions déjà prévu un garage ; c’est une famille qui a habité dedans plus tard, les Légitime. Mais c’est vrai qu’il adorait les roses… Quand il est mort, nous les avons toutes coupées pour fleurir sa chambre et Antoinette lui en a mis une dans la main.

Ghila Sroka : – Il était franc-maçon. En Haïti, à cette époque, ça voulait dire quoi, au juste, être franc-maçon ?

Dany Laferrière : – La franc-maçonnerie, c’est une association d’individus qui veulent avoir une vision plus intellectuelle des choses de la foi. Ce n’est pas une religion. En Haiti, c’est une vieille tradition qui date de la Révolution française. À l’époque de la colonie, la loge de Petit-Goâve était considérée comme une des plus florissantes d’Haïti. Pour moi, ça veut donc dire être un intellectuel dans une petite ville d’Haïti.

Ghila Sroka : – Un libre penseur.

Dany Laferrière : – C’est ça, un libre penseur, un intellectuel, c’est-à-dire un homme qui vient du siècle des Lumières, qui n’avale pas les superstitions du catholicisme ou du vaudou, qui a une réflexion sur la foi.

Ghila Sroka : – Il y a encore des francs-maçons en Haïti ?

Dany Laferrière : – Il n’y a que ça. La plupart des Haitiens sont francs-maçons. Je suis en train de lire un très bon livre qui s’intitule Fort-Dimanche, Fort-la-Mort, de Patrick Lemoine ; c’est un témoignage sur la vie carcérale. Or le type là-dedans est aidé par un officier parce qu’il est franc-maçon. Il se place debout près de sa cellule et l’officier lui serre la main et lui fait le contact franc-maçon. Grace à cela, il a une meilleure ration de nourriture et il ne meurt pas de diarrhée.
Étre franc-maçon, c’est être solidaire, c’est être aidé mème par ses ennemis. Dans le sens négatif, ça rappelle la mafia en Italie, c’est-à-dire la possibilité pour des gens d’obtenir une justice beaucoup plus rapide contre le pouvoir. La franc-maçonnerie, c’est une organisation au-dessus de la politique où on peut retrouver des communistes, des duvaliéristes, qui tous disent : « Nous sommes les hommes de ce pays, les hommes-clés. »

Ghila Sroka : – Parmi les images de ton enfance que l’on retrouve dans L’odeur du café, il y a pas mal d’animaux. Il est question de fourmis, d’anguilles, de chiens… Si tu croyais en la réincarnation, est-ce que c’est en anguille que tu aimerais revenir ?

Dany Laferrière : – Non, je ne crois pas à la réincarnation, je n’y ai jamais pensé.

Ghila Sroka : – Mais pourquoi cet intérêt pour les anguilles ?

Dany Laferrière : – Ça fait partie de mon enfance, tout simplement ; je n’ai pas d’intérêt particulier pour cet animal. J’avais des amis qui m’emmenaient pêcher l’anguille dans la petite rivière qui passait juste devant la maison.

Ghila Sroka : – Tout de même : « J’aimerais être une anguille pour pouvoir filer dans la rivière, pas de jambes, pas de bras, pas de fesses »…

Dany Laferrière : – Oui, mais c’est une image de petit garçon qui veut être libre parce qu’il n’a pas envie d’aller à l’école. Quand on est petit, on veut être tout ce qui ne va pas à l’école.

Ghila Sroka : – Ce livre, c’est aussi le goût de la terre. Il est question des odeurs, de toutes les odeurs. Est-ce que tu as encore aujourd’hui en mémoire toutes ces odeurs ?

Dany Laferrière : – Oui, en écrivant ce livre, je me suis mis en situation presque de transe pour laisser remonter non pas l’explication de l’enfance, non pas une singerie de l’en-fance, mais l’enfance elle-même avec toutes ses odeurs, toutes les plus petites choses, comme regarder la pluie tomber, sentir l’odeur de la terre après la pluie, regarder les amis, découvrir un cimetière, la mort. C’est ce qu’on a qui peut sortir ; les choses qu’on n’a pas sont mortes. Il y a sûrement plein de choses de mon enfance qui ne sont pas dans ce livre parce qu’elles se sont évanouies avec le temps.

Ghila Sroka : – Tu écris que la mort, c’est le sommeil éternel, mais en Haïti, la mort a un autre sens !

Dany Laferrière : – C’est ma grand-mère qui disait toujours qu’elle était fatiguée, que la route était trop longue, qu’elle avait envie de se reposer, de coucher son dos quelque part et de ne plus se faire emmerder. Mais au fond elle se trompait parce que les gens qui sont morts en Haïti se font encore plus emmerder, c’est-à-dire qu’il faut qu’ils viennent aider, qu’ils nous fassent gagner à la loterie, qu’ils protègent les vivants. Ils sont interpellés chaque matin. Tous les jours, nous jetions de l’eau sur le pas de la porte pour demander à mon grand-père d’être présent dans la maison, d’empêcher que les mauvais esprits fassent leur apparition.
Parfois même, quand ma grand-mère était fâchée, elle lui disait : « Daniel, ne va pas croire que tu vas rester là, couché dans ta tombe, sans rien faire. »

Ghila Sroka : – Quand tu étais enfant, quel rapport avais-tu avec ton corps ?

Dany Laferrière : – Je ne me souviens pas trop de mon corps…

Ghila Sroka : – Pourtant, tu as trempé ton pénis dans un encrier. C’est une chose courante pour les enfants?

Dany Laferrière : – On fait toutes sortes de choses avec son sexe parce que c’est un truc qui pend et qu’on ne sait pas à quoi ça sert, à part faire pipi. Je ne sais pas comment font les enfants dans une maison. Nous, dans notre petite ville de province, on jouait beaucoup avec le pipi. C’est-à-dire qu’un ami est debout, tu arrives derrière lui et tu pisses sur sa jambe. Il sent quelque chose de chaud et se retourne, et toi, tu t’en vas en riant. Lui, il ne prend pas ça mal parce qu’il n’a pas de pantalon long ni de chaussures. Il ne va même pas se laver, il s’en fout. Donc, on joue beaucoup avec cette chose qui pend, et qui ne sert qu’à faire pipi et n’est pas très importante. Un cousin, Francis, avait trouvé un jeu plus dur : il fallait plonger son pénis dans une fourmilière. Je préfère l’encrier.

Ghila Sroka : – Tu as été réprimandé pour ça ?

Dany Laferrière : – Un petit peu, mais ces choses-la n’impressionnaient pas ma grand-mère ; elle n’était pas pudibonde. Il y avait cette école qui était fermée le samedi, mais ou on pouvait entrer en sautant par-dessus un mur. Toutes les salles étaient som-bres. Il n’y a rien de plus mystérieux, de plus fermé qu’une salle de classe sans personne. Alors on s’asseyait à la place du maitre, on l’imitait. Tout ça se faisait dans la pénombre et le silence. Et puis Auguste a voulu me montrer comment les gens faisaient l’amour. Et il a mis son sexe dans l’encrier, simulant un acte sexuel qu’il avait vu. J’ai simulé aussi, avec plein d’autres, et tout le monde a été puni, sans pantalon devant sa maison avec le pénis bleu.

Ghila Sroka : – Baron Samedi, le concierge du cimetière, occupe une tombe vide. Qu’est-ce que cela signifie ?

Dany Laferrière : – Oui, c’est le concierge. C’est un demi-dieu, ou un dieu domestique, un concierge, quoi. Quand on construit un cimetière, il y a toujours un moment où personne n’est encore enterré là-dedans, et la première chose que l’on con-struit, c’est une tombe vide. C’est la tombe de tous les morts, du Soldat inconnu, c’est la tombe de la mort. Et c’est la maison où habite le concierge, Baron Samedi, un nom magnifique…

Ghila Sroka : – N’est-ce pas toujours difficile de raconter son enfance ? Est-ce que tu as éprouvé des difficultés pour écrire L’odeur du café ?

Dany Laferrière : – Aucune, et je crois que c’est une des plus grandes joies de ma vie. Je pensais à écrire un livre de ce genre depuis un certain temps déjà. Un jour, à Miami – je venais de quitter Montréal à l’été 90 -, j’étais chez une sœur de ma femme avec tout le monde, dans une petite pièce puisqu’on n’avait pas encore de mai-son, et je me suis mis à écrire ce livre. Je l’ai terminé en un mois. C’est une de mes grandes joies parce que, dans la vie d’un écrivain, il y a parfois un livre qui est écrit malgré soi. L’odeur du café, je pense que c’est celui-là pour moi.

Ghila Sroka : – J’aime beaucoup cette dernière page où tu dis, trente ans plus tard, avoir écrit ce livre pour toutes sortes de raisons, pour faire l’éloge de ce café des Palmes que Da aimait tant, et pour parler de Da que tu aimais tant. Je trouve ce passage mag-nifique, tout comme ces petits détails que tu remarques, quand tu es sur la galerie, allongé aux pieds de Da.

Dany Laferrière : – Une libellule, des petites araignées naives qui vont se faire dévorer par les fourmis carnivores. Elles sont terribles, les fourmis !
Tous mes livres finissent toujours par une page, une seule, un chapitre qui fait une page. Je soigne toujours cette page-là pour qu’elle ait l’air un peu poenque.

Ghila Sroka : – Ce livre avec ces tableaux, ces photos, c’est un peu ton album de famille, finalement.

Dany Laferrière : – C’est ça, c’est un album où les photos ont l’air d’avoir été mises n’importe com-ment, quand on l’ouvre. Mais au fur et à mesure qu’on entre dans l’histoire, on entre aussi dans une ambiance. C’est comme ça avec tous les albums de famille. J’ai écrit ce livre avec tous ces petits instantanés, chacun étant un instant d’émotion. Ce n’est pas un livre de réflexion, mais d’émotion, raison pour laquelle il est écrit au présent. On est ce petit garçon, on est dans l’enfance. Ce n’est pas un livre qui parle de l’enfance, contrairement à ceux qu’on voit généralement sur le sujet. J’ai vu celui de Patrick Chamoiseau, mais c’est encore une réflexion sur l’enfance. Pour moi, il n’y a pas de réflexion aucune.
J’ai fait le choix d’un récit modeste, d’un regard dans le minuscule ; il faut se plisser les yeux pour mieux voir les petites images excessivement simples. Par exemple, je suis assis sur la galerie avec ma grand-mère qui me demande si je vois mon grand-père. Celui-ci est presque à l’autre bout de la rue. Ma grand-mère ne peut pas le voir, car elle n’a pas les yeux aussi bons que moi. Elle me demande ce qu’il fait. Je lui dis que je le vois sur la galerie de Passilus, un homme d’affaires qui vend du café lui aussi. « Et qu’est-ce qu’il fait ? » Je dis que je le vois assis, que madame Passilus lui porte le café. « Et qu’est-ce qui se passe encore ? » Je dis que je vois aussi le notaire avec sa bicyclette, qui semble prêt à partir. Et elle me répond : « Ah ! ils ne vont pas se séparer de sitôt, parce que le notaire, quand il fait semblant de partir, il reste encore plus longtemps!»
C’est un petit dialogue qui paraît très simple, mais qu’on ne peut tirer que de l’enfance. C’est tout simple, il ne se passe rien, mais il se passe la vie.

L’odeur du café de Dany Laferrière
par Christine Ferniot, Telerama
21 mai 2016

Surtout, ne rien oublier de l’enfance à Petit-Goâve, près de Port-au-Prince. Dany Laferrière s’est fait très jeune cette promesse, et il la tient fermement dans ces deux livres, qui multiplient les scènes quotidiennes comme autant de poèmes singuliers. Voici qu’apparaissent Vava et sa robe jaune. Puis l’air s’imprègne d’une odeur vertigineuse : celle du café des Palmes, la préférée de Da, la grand-mère du narrateur. « Da boit son café. J’observe les fourmis. Le temps n’existe pas… » De cet été 1963, il conserve chaque parfum, les lumières dans le soir comme la caresse du matin. Plus tard viendra l’heure de l’adolescence, avec les copains qui ricanent et les filles parfumées comme des mangues. Les vieux font la sieste, les enfants ne croient pas encore aux années qui passent mais, dehors, on entend le bruit des fusils. Ces instantanés pleins de soleil se teintent alors de sang. – C.F.

L’odeur du café
[Vidéo de 3 minutes]
Librairie Mollat
8 juin 2016
Dany Laferrière «Il m’arrive de croire que l’homme est un arbre qui marche.»
propos recueillis par Jean-Yves Estre, Le Dauphiné Libéré
12 juin 2016

VIENNE | L’écrivain, membre de l’Académie française, sera l’invité de la librairie Lucioles mardi.

Dany Laferrière : « L’homme est un arbre qui marche »

Dany Laferrière, de l’Académie française, sera reçu mardi à la librairie Lucioles à l’occasion de la sortie en collection de poche de « L’Odeur du café » et « Le Charme des après-midi sans fin » (Éditions Zulma).

L’odeur du café, pour vous, n’est-ce pas un peu celui dans lequel Marcel Proust trempait sa madeleine ?

Je n’irai pas jusqu’à Proust, je crois plutôt que l’odeur du café me rappelle ma grand-mère. Proust fait une recherche, dans mon cas c’est une simple évocation. Je voulais simplement revoir le visage ridé, tendre et serein de cette femme, Da, qui a tant compté durant mon enfance.

Ce voyage à Petit-Goâve auquel vous conviez le lecteur est aussi un voyage dans le temps, au pays de l’enfance ?

En fait l’enfance ne m’a jamais quitté. Ma vie n’a ni passé, ni futur, c’est un présent continu. Ma vision du monde est étroitement liée à celle de ma grand-mère. J’ai l’impression d’être toujours assis à ses pieds sur cette petite galerie de Petit-Goâve à observer les fourmis pendant qu’elle offre du café aux gens qui passent dans la rue. C’est là que j’ai appris à écouter, à observer, en un mot à écrire.

N’est-ce pas un moyen pour chaque lecteur de se replonger dans sa propre enfance ?

Rien n’est plus universel que ce moment où l’on découvre l’odeur de la terre après une forte pluie, les couleurs fastueuses du papillon, l’élégance de la libellule, le goût de la mangue à midi, et mille autres petites révélations de la richesse de la vie.

Pour vous, la Terre est une personne, tout autant que les humains ?

Je pense que la Terre est un être vivant qui connaît des émotions aussi fortes que chacun de nous. Je crois aussi qu’elle a une sensibilité propre. Il m’arrive de croire que l’homme est un arbre qui marche. Les arbres sont donc le peuple de la Terre. Il n’y a aucune différence entre la terre et nous. Elle peut se mettre en colère, et c’est un tremblement qui ébranle tout ce qui se trouve à sa surface.

De même, on peut établir des parallèles entre les animaux et les humains…

Oui, ils partagent la même destinée. J’ai ressenti cette fraternité au moment du tremblement de terre de Port-au-Prince où hommes et bêtes se sont retrouvés face au même danger. Si nous pouvons mourir du même mal c’est que nous sommes pareils !

La mort rôde partout, dans ce livre comme ailleurs. Pour votre grand-mère, c’est un sommeil. Et pour vous ?

Oh la mort pour moi n’est pas une certitude… Je suis toujours un enfant qui croit qu’il arrivera toujours au dernier moment un événement qui attirera l’attention de la mort ailleurs. Il suffit de bien se cacher pour qu’elle ne vous trouve pas. Ce jeu peut durer des siècles, je crois. »

Il y a tout juste un an, vous étiez reçu sous la Coupole. Est-ce que pour vous cela a changé quelque chose ?

Oui, ma vie a changé depuis mon entrée à l’Académie française, mais pas autant lorsque j’ai quitté l’usine pour écrire et publier mon premier livre !

Mardi 14 juin, à la librairie Lucioles, place Charles-de-Gaulle à Vienne : rencontre-dédicace de 18 à 19 heures et conversation-lecture animée par Michel Bazin à partir de 19 heures.

Une mer d’encre…

«Je suis heureux de retrouver la librairie Lucioles, que je connais bien, et de revoir mon ami Michel Bazin, confie Dany Laferrière, qui ajoute : J’adore me retrouver dans une librairie, je m’y sens en sécurité. J’aime l’odeur du papier, les conversations des lecteurs avec les libraires. Cette complicité m’émeut. On a l’impression de se retrouver enfin sur une planète particulière où tous les gens qui se trouvent autour de nous sont de la même espèce. Tous des rêveurs éveillés. On dort sur la page dans une mer d’encre. »

Podcast L’odeur du café
par Dany Laferrière, Haïti en marche
juin 2025
Coup de cœur
de Chloé de la Librairie Coiffard

L’odeur du café c’est l’odeur de l’enfance à Petit-Goâve, c’est l’odeur de l’insouciance et des souvenirs, ce sont des instants de vie partagés par Dany Laferrière. C’est évidemment le parfum d’Haïti, dans les yeux d’un enfant de dix ans qui ne comprend pas encore tout à fait le monde qui l’entoure, mais qui le voit avec un regard tendre et naïf. Le petit Dany observe ce monde encore un peu abstrait avec Da, sa grand-mère adorée, qui offre bien volontiers le café aux passants. Cet été 1963 auprès de Da sera l’un des plus beaux de sa vie. C’est toute une société que l’on découvre aux côtés de cette femme très importante pour l’auteur et à laquelle il rend un très bel hommage. En lisant ces bribes de souvenirs, ces doux moments vécus, on se replonge forcément, avec un peu de candeur et ce qu’il faut d’émerveillement, dans nos propres souvenirs d’enfance.

Coup de cœur
Hélène Boyeldieu de la Librairie L’Armitière, Rouen

Délicieux nectar….
Quelle merveilleuse idée que la publication de ces récits d’enfance de Dany Laferrière par les éditions Zulma ! Comme de coutume dans ses textes, l’on retrouve avec ravissement le ton et les mots si justes et touchants de l’auteur : Il y est question de sa vie de petit garçon à Petit Goâve en Haïti, de ses journées passées dans la Galerie, blotti aux pieds de sa grand mère – Da – une femme d’une immense prestance, droiture, qui aime le café, pas n’importe lequel, le café des Palmes. Nous sommes sous la dictature Duvalier et pourtant l’on vit en leur compagnie dans une bulle de bonheur et d’innocence (sa grand mère le nomme Vieux-os ) mais aussi en celle de Vava (l’amoureuse), du chien bancal « Vieux Marquis » et de bien d’autres personnages encore ! Une lecture délectable.

Coup de cœur
de David de la Fnac Paris, Forum des Halles

Dany Laferrière fait son inventaire à la Prévert. Le fil rouge de cette mémoire sont les dialogues incessants sur la Galerie avec sa Grand-Mère « Da » et son Café. Véritables points de repère et d’appui de son enfance à Petit-Goâve, constitutifs de l’auteur qu’il est devenu. Un carnet de voyage frais, joyeux et émouvant. 

Couverture de l'album L'odeur du café, illustrée par Francesc Rovira
Album pour enfant Illustrations de Francesc Rovira
Couverture de l'édition française, Zulma poche Couverture de l'édition canadienne, Boréal compact
Le charme des après-midi sans fin
Suite de L’odeur du café