À tous ceux que je croise, ici et là, qui s’étonnent gracieusement de ne m’avoir jamais lu et me promettent de le faire dans une autre vie.
En France
Au Canada
« J’ai voulu savoir comment les choses s’étaient passées dans cette vie où je n’ai pas cessé de bouger, souvent malgré moi. Toutes ces villes où j’ai vécu (Port-au-Prince, Petit-Goâve, Montréal, New York, Miami, Paris, et j’ose imaginer Tokyo aussi), assez pour les intégrer en moi sans me réduire à une seule. Je suis passé, à peine étonné, du sud au nord, du rhum au vin, de l’été à l’hiver, jusqu’à me changer en cerisier en fleur. J’ai franchi clandestinement les frontières de classes, de races ou encore celles qui séparent un pays d’un autre. J’ai accumulé diverses expériences au fil des jours ensoleillés ou pluvieux, mais je n’avais pas encore évalué ce parcours. L’été dernier, dans un hôtel de Bornéo, j’ai découvert sous forme de réflexions fulgurantes, de haïkus langoureux, de descriptions hâtives d’un lieu, d’une situation ou d’un état d’esprit, ce qui s’était passé dans ma vie durant ce dernier demi-siècle. Pour finalement découvrir que ces petites notes, comme des touches de couleur, dessinent un autoportrait naïf comme ces dessins d’enfant qui m’émeuvent tant. Ce livre m’aura pris plus de temps qu’aucun autre car il les contient tous. »
– Dany Laferrière, extrait du prologue
Un portrait surprenant, amusant, rock.
— Ali Baddou, France Inter

Un concentré de vie, un art littéraire de l’émotion. Il faut vivement conseiller cet opus qui, loin d’avoir le poids de la somme, a tout du concentré d’une œuvre, avec une écriture qui trouve ici un point d’acmé.
— Valérie Marin La Meslée, Le Point

Une carte du tendre où se réfugier par temps de haine.
— Patrick Simonin, L’invité de TV5Monde

Un peu comme le lecteur plongé dans ces petits poèmes en prose, comme autant de pastilles de réglisse.
— Le Canard enchaîné

Un texte d’une profonde sagesse, où se mêlent subtilement tous les temps de l’existence.
— L’Humanité

Laferrière est un artiste du bref qui en dit long.
— Le Figaro
Faire bref n’est pas faire simple. Souvent le fragment finit par se faire totalité, en dire plus que l’ensemble dont il ne semble qu’un éclat.
— Le Monde

Regard sur l’œuvre
«Ce n’est pas parce qu’on est en mouvement qu’on fait quelque chose de constructif»
[Vidéo de 23 minutes]
au micro d’Ali Baddou, La matinale de 8h20 sur France Inter
23 octobre 2023
Un entretien précieux autour d’un livre formidable avec un formidable écrivain, que je recommande chaleureusement ! – Ali Baddou

Dany Laferrière ou l’art de mêler la poésie au récit
propos recueillis par Mohammed Aïssaoui, Le Figaro
18 octobre 2023
ENTRETIEN – L’écrivain publie Un certain art de vivre , savoureux ouvrage écrit en vers libres, mi-poèmes, mi-aphorismes.
Dany Laferrière a touché à tous les genres, du récit au conte en passant par le roman dessiné. La forme poétique était présente dans Chroniques de la dérive douce et L’Énigme du retour(prix Médicis). Il publie un savoureux ouvrage écrit en vers libres, mi-poèmes, mi-aphorismes. Il s’inspire de Bashō, poète japonais, et convoque Valery Larbaud. On boit ses maximes comme on entre dans ses rêveries. Sont-ce des leçons de vie? On peut les prendre comme telles. Laferrière est un artiste du bref qui en dit long.
LE FIGARO. – Vous avez touché à toutes sortes de registres. Comment est née la forme d’Un certain art de vivre qui ressemble à un recueil de poésie?
Dany LAFERRIÈRE.- J’ai toujours cherché à mêler la fiction à la réflexion. Il m’a semblé qu’on peut penser et rêver à la fois, deux excitants qui me poussent à écrire. J’ai un goût pour ces brefs textes espacés, qui se suivent comme ces pas qu’on trouve dans les jardins japonais, invitant à danser plutôt qu’à marcher. La dénomination de roman, récit, poésie, conte, ne me dit pas grand-chose. Cet extrait explique pourquoi j’ai adopté cette forme fragmentaire:
Il faut tenir compte en écrivant du fait que le lecteur arrête parfois de lire sans toutefois fermer le livre.On doit éviter de parler alors par-dessus son silence.
Comment expliquez-vous «l’intrusion» de la poésie dans toutes les formes littéraires?
On ne pourrait pas lire ces récits s’il n’y avait pas ce feu intérieur. Il ne faut pas y voir une forme mais une nécessité. Je me souviens d’un léger ennui à lire Guerre et Paix jusqu’à l’apparition de Natacha. L’impression de voir un sous-marin faire surface. Jusqu’à ce moment tout était comme lointain, assourdi. Ce n’était plus le roman d’un vieux barbu, mais celui d’un gamin facétieux. C’est la vie au présent.
La poésie m’aide à faire le lien
entre cette douleur qui me déchire
et le subtil sourire de mon père.
Dans votre livre, le narrateur lit Les Poésies de A.O. Barnabooth, de Larbaud, recueil dans lequel l’écrivain ne cesse de se masquer et de se démasquer: c’est votre entreprise, aussi?
Le lecteur ne vit pas dans le même espace, ni le même temps, que l’écrivain. L’écrivain navigue souvent à vue. Il a peut-être un récit en tête, mais les mots sont têtus, et les personnages refusent de lui obéir. Cette harmonie qui plaît parfois au lecteur est obtenue en matant des révolutions de palais, en traversant des champs de dépressions, de frustrations, des zones de fièvres, en négociant, en trichant, en trahissant, pour sortir, hagard, de ce combat. Si c’était une simple affaire de masques…
Je note que la plupart des gens veulent savoir
ce que l’autre cache alors que je me contente
de ce qu’il tente de me faire voir.
La poésie est-elle seulement l’art du bref, ou quelque chose qui colle à notre époque?
J’ai toujours l’impression que c’est trop long, qu’on pourrait dire nos émotions de manière plus rapide. Résumer en trois mots trois pages ne change pas forcément le temps de lecture. Ce mince livre m’aura pris plus de temps que tout autre, car il les contient tous. J’ai toujours peur de coller à une époque, car toutes les émotions se retrouvent dans une vie, comme dans un temps. Si ceux qui partagent les mêmes idées restent groupés, cela ne fait pas forcément une époque. Le mot savon s’est glissé ici pour tout bousculer. J’en ai été le premier étonné. « Bashō envisage la marche comme une façon/de se laver de toute la crasse de la réalité./Le haïku étant un petit savon bon marché.»
Vous parlez de la découverte de «haïkus langoureux», comme d’une révélation de ce qui s’était passé dans votre vie?
Je sais qu’il y a des liens entre le Japon et Haïti. Ce sont deux îles qui ont connu des tremblements de terre, et où la culture populaire est très puissante. Pour Bashō, on aurait intérêt à suivre le rythme des chants des paysans, et les chants du vaudou m’intéressent par cette rapidité qui n’exclut pas la fluidité. J’ajoute «langoureux», cette particularité tropicale. Je rejoins Bashō mais en suivant le balancement du hamac.
Le hamac, cette invention précolombienne qui en dit long sur le degré de raffinement d’une société qui préconise de passer sa vie à faire la sieste.

«La musique classique crée chez moi un sentiment d’insécurité»
[Audio de 30 minutes ]
au micro de Jean-Baptiste Urbain, Musique matin sur Radio France
23 octobre 2023
« La musique classique crée chez moi un sentiment d’insécurité »
Sous forme de Haïkus, de petites notes autobiographiques, intimes, érotiques, politiques et humoristiques.
Il dit de lui que c’est un lecteur qui écrit, l’académicien haïtien et canadien Dany Laferrière publie un nouveau livre « Un certain art de vivre », aux éditions Grasset, sous forme d’Haïkus, de petites notes autobiographiques, intimes, érotiques, politique et humoristique.
Des rêveries ? Des poèmes ? Des haïkus ou des réflexions commentées ? Dans son nouveau livre paru aux éditions Grasset, Dany Laferrière écrit court, “Un certain art de vivre” nous emmène à Bornéo. On y voit passer une vieille Buick, on prend un bain chaud, on regrette l’amour d’Hoki, et on écoute Charlie Parker en rêvant de Japon. A la fois récit et poésie, fiction et autofiction : « J’aime le court, j’aime l’idée qu’on fasse un récit même à l’intérieur de trois lignes. Faire court qui en dit long. J’aime le court, j’aime l’idée qu’on fasse un récit même à l’intérieur de trois lignes. Faire court qui en dit long. L’un des récits les plus entêtants dans notre relation avec les autres, ce n’est pas l’amour, c’est la rupture et la rupture fait fuir. Le narrateur voulait vivre sa douleur seul. Il chérit autant sa douleur. Il croit que cette absence est peut-être aussi troublante que la présence. »
Né à Port-au-Prince en 1953, Dany Laferrière est un membre « immortel » de l’Académie française depuis son élection en 2013. Il a reçu le Prix Médicis en 2009 pour son roman L’énigme du retour. Avant d’entrer officiellement en littérature en 1985 avec son roman Comment faire l’amour avec un nègre sans fatiguer, qui sera un succès mondial, Dany Laferrière a connu la radio, et le micro à Haïti, avant son exil au Canada en 1976. Enfant, avec la radio, il a découvert la musique classique, diffusée par le dictateur François Duvalier pendant les purges qui s’abattaient sur le pays : « Les radios se taisaient, et passaient de la musique classique. On savait. Et plus ça continuait, et plus la situation était dramatique. Ma mère s’agitait dans la maison. Mon père était déjà en exil. Cet affolement était causé par Mozart. Cette musique créé immédiatement ce sentiment d’insécurité. Mais si je l’écoute de mon plein gré, ça passe. »
Durant cette enfance, Dany Laferrière a fait la découverte du jazz, et plus particulièrement de Charlie Parker au moment de son exil au Canada en 1976, une passion qui le suit jusqu’à aujourd’hui, et qui traverse toute son œuvre : « J’ai découvert ces voix, et cette chose qui est derrière ces voix où l’on sentait une douleur profonde qui était convertie en joie pour survivre. C’était la musique de la nuit à Port-au-Prince car les émissions de jazz étaient reléguées la nuit. » Une autre voix qu’il a beaucoup écouté, c’est celle de son ancien professeur, le poète haïtien Gérard Campfort à qui il a dédié un livre en 2022, L’enfant qui regarde, publié aux éditions Grasset.
Né à Haïti, naturalisé Canadien, passionné par le Japon, Dany Laferrière termine son livre avec une phrase : « Au début je croyais que mes livres venaient de moi, pour découvrir enfin que je viens de mes livres. ».

Un certain art de vivre
[Vidéo de 17 minutes]
au micro d’Alban Barthélemy, Points de vue sur Figaro TV
31 octobre 2023
C’est un livre, mais c’est aussi une attitude à avoir dans la vie.
— Alban Barthélemy, Points de Vue, Le Figaro TV

Son nouveau livre est un concentré de vie, un art littéraire de l’émotion.
par Valérie Marin La Meslée, Le Point
9 novembre 2023
Avec un certain art de la provocation souriante, Dany Laferrière, présent à Brive, dédie son nouveau livre, Un certain art de vivre, à ceux qui ne l’ont pas lu mais lui promettent de » le faire dans une autre vie « .À ces derniers, il faut vivement conseiller cet opus qui, loin d’avoir le poids de la somme, a tout du concentré d’une oeuvre, avec une écriture qui trouve ici un point d’acmé. » Je n’écris que sur moi. N’étant pas toujours le même. «
Tout y est art, le mot ouvrant chaque chapitre : art des choses décousues, de la répétition, de la chronique et, pour conclure, art de vivre bien sûr. Celui de l’académicien n’est pas exempt de mélancolie, mais sa soeur-vie, survie, l’écriture, veille. Ainsi, les réflexions inspirées dans leur forme par le maître de Laferrière, Basho, sont reliées par un personnage (son absence plutôt) et un lieu : Bornéo, où séjourne le narrateur, pour vivre » sa douleur en solo » après sa récente rupture avec Hoki. Pour seul compagnon, il a choisi le Barnabooth de Valery Larbaud.
Autoportrait.Le poète-penseur, qui partage là son » art de pisser parmi les fleurs « , de » partir en sifflotant » ou encore de » quitter la fête « , s’incarne en celui qui, guettant la joie après la peine, prend appui sur les mots pour se relever. Par petites touches, cette tentative avouée d’autoportrait naïf le ramène à sa mère, à son enfance, à ses livres (en quatre lignes nous voici enveloppés dans L’Odeur du café), à son exil, à la migration, doux souvenirs et réflexions graves. Drôles, aussi. Ce quatrain dit mieux que tous les autres ce livre : » Descendre au plus profond de soi/ pour rapporter cette parole méditée/ qui nous permettra de circuler partout/ dans un grand goût des autres, tout/ en nous évitant de devenir un vieux sage. «
Donner un sens à sa vie selon l’auteur ? » Trouver son bonheur sans ajouter à la douleur du monde. » Et la clé pour le lire ? » L’émotion annule le temps. «
Un certain art de durer est aussi à l’oeuvre. » En faisant de quelqu’un un immortel, on le rend plus mort que jamais. « Allusion aux dix années (déjà !) passées sous la Coupole ? On en doute fort, tant sous la main de l’académicien la page vive respire

Il y a de la fulgurance et de la lumière. Sa sincérité se partage et se savoure.
par La dépêche du midi
12 novembre 2023
Le plus dur, c’est de faire court ! Pour ne pas lasser ni perdre son lecteur. À ce jeu, Dany Laferrière prend ici une longueur d’avance, et comme un peintre impressionniste, il se découvre, se confie, se livre. On partage ainsi ses pensées intimes et ses joies. Il y a de la fulgurance et de la lumière. Sa sincérité se partage et se savoure par le biais de ces haïkus écrits en l’honneur et en révérence-référence d’un de ses maîtres, Basho. Haïkus que chacun peut faire siens, pour à son tour élaborer son petit précis d’art de vivre !

«Rêver est plus révolutionnaire que penser»
[Audio de 49 minutes]
au micro d’Eva Bester, Le Grand Canal de France Inter
13 novembre 2023
On y trouve une allusion à un chagrin d’amour, un éloge du balayage, des angoisses nocturnes, Dostoïevski, Borges, des pierres et un saumon. La mélancolie y est élégante et retenue, ça frôle la drôlerie.. Le lecteur peut baisser les armes et savourer le verbe, il est en territoire ami.
L’académicien Dany Laferrière publie « Un certain art de vivre » (édition Grasset), qu’il a écrit depuis l’île de Bornéo. Des petites notes et des haïkus parfois langoureux naviguants entre un chagrin d’amour, un hôtel intégralement bleu et le fantôme de l’écrivain Valery Larbaud.
La découverte de l’invité :
La rencontre d’André Malraux avec les peintres de Saint-Soleil en Haïti, que Dany Laferrière a dessinée dans son Autoportrait de Paris avec chat (2018).
Le choix musical de l’invité :
Manno Charlemagne – Vese san
« Manno Charlemagne, sa force, c’est cette diction incroyable, précise… Et cette faculté qu’il a de prendre les mots du quotidien, de les chanter et de donner l’impression qu’il s’agit d’une poésie romantique. Il pourrait chanter les textes de la Constitution ! »

«Ce monde devrait réapprendre à vivre»
[Vidéo de 19 minutes]
au micro de Patrick Simonin, L’invité de TV5Monde
15 novembre 2023

Une rêverie rétrospective que commente Dany Laferrière
[Audio de 37 minutes]
au micro de Marie Cathelin, Podcast de Canal Académie
22 novembre 2023
Dany Laferrière aime se présenter comme un écrivain japonais. Un pied de nez à toutes les personnes qui voudraient l’enfermer dans une seule et unique identité. Ce grand admirateur de Bashô et de Mishima s’est inspiré de l’art du haïku pour son dernier livre, Un certain art de vivre, qui rassemble réflexions poétiques et maximes éclairées. Dans ce récit, le narrateur nous entraîne dans toutes les villes qu’il chérit, de Petit-Goâve à Port-au-Prince en passant par Montréal et Miami. Une rêverie rétrospective que commente Dany Laferrière, de l’Académie française, au micro de Canal Académies.

L’art de vivre selon Dany Laferrière
[Vidéo externe]
au micro d’Augustin Trapenard, La Grande Librairie
29 novembre 2023
Le narrateur plongé dans une mélancolie amoureuse s’attarde sur ces petits plaisirs simples qui font la beauté de la vie et le rapport au temps. — Augustin Trapenard
La Grande Librairie · 29 novembre 2023

Avec Dany Laferrière, sur la pointe des pieds
par Muriel Steinmetz, l’Humanité
7 décembre 2023
L’auteur, en une suite de courts et vifs chapitres, nous livre un texte d’une profonde sagesse, où se mêlent subtilement tous les temps de l’existence.
Dany Laferrière, né en Haïti, vit au Québec. Il cultive la formule ramassée, en digne héritier du Japonais du XVIIe siècle Bashô, maître du haïku, qu’il cite volontiers. Celui qui dit « je » s’est réfugié dans un hôtel de Bornéo. Il y rumine sa rupture avec Hoki, femme aimée aux « yeux en lame de rasoir », « plus vive que l’esturgeon hors de l’eau ». Les chapitres se succèdent à toute vitesse. L’auteur évoque le 88 de la rue Lamarre, à Petit-Goâve (Haïti). Il donne des conseils de lecture. Exemple : remâcher chaque jour un ou deux vers jusqu’à ce qu’ils vous entrent dans les chairs.
Dany Laferrière rassemble ici ses goûts : celui du café hérité de sa grand-mère, celui de la couleur jaune, des terrasses et des fenêtres où regarder passer le monde, celui des autres et celui des mots. L’écriture bruisse des douleurs tues qui se retirent « sur la pointe des pieds » car il faut bien faire une pause, sinon on devient fou.
On revoit la « vieille Remington 22 » (première machine à écrire du futur écrivain) et une Buick noire qui stationne au coin d’une rue… Les temps se mélangent en une même phrase et toujours l’emporte l’envie de jouir de la vie, en gros et en détail, jusqu’aux pattes d’une araignée bleue ou un gros flocon qui fond dans l’oeil, tandis qu’ « à force de vivre sans reflet », celui qui dit « je » ne se reconnaît plus.

Leçons de vie d’un sage couché dans sa baignoire
par Guy Duplat, La libre
20 décembre 2023
Pour son 37e livre, l’écrivain et académicien d’origine haïtienne Dany Laferrière s’est fait poète et philosophe. Un livre court, composé de pensées sous forme de haïkus, ces poèmes de quelques lignes seulement que les Japonais vénèrent, “des réflexions fulgurantes, des haïkus langoureux”, promet l’écrivain.
Il nous amène à Bornéo, où il se remet avec peine d’une rupture avec Hoki en buvant du rhum les rideaux tirés. Par petites touches elliptiques, il revient sur sa vie. “J’ai voulu savoir, dit-il, comment les choses s’étaient passées dans cette vie où je n’ai pas cessé de bouger, souvent malgré moi. Toutes ces villes où j’ai vécu (Port-au-Prince, Petit-Goâve, Montréal, New York, Miami, Paris, Tokyo) assez pour les intégrer en moi sans me réduire à une seule. ”
De cet exercice, il réussit à faire surgir un bel “autoportrait naïf comme ces dessins d’enfant qui ¨[l’]émeuvent tant.”
Il a divisé son livre en chapitres intitulés pour chacun “ L’art de…” : L’art de vivre à l’horizontale, L’art du déclin, L’art des couleurs, etc. Formant, au total, Un certain art de vivre , comme l’annonce le titre du livre.
Il explique avoir choisi de lire dans sa baignoire. L’eau chaude lui permet de “fuguer” par l’imagination et la rêverie : “Sa main douce sur mon front apaise la fièvre. Je somnole entre aube et crépuscule. Et dors le reste du temps.”
L’art du bref
Dans cet art du bref qu’il pratique avec humour, Dany Laferrière papillonne d’un sujet à l’autre. Il parle ainsi littérature pour souligner à juste titre que “le mauvais lecteur cherche à se débarrasser de tout ce qui ne ressemble pas à ce qu’il a déjà lu”.Il prône la surprise, l’inconnu, ce que sa mère, écrit-il, avait bien compris quand elle lui avait expliqué la sensation étrange qu’elle avait à la lecture des livres de son fils : “On rencontre un inconnu et on croit le connaître, on croise quelqu’un qu’on connaît très bien et qui nous jette un regard étranger”.
Il compare toutes les nuits de sa vie qu’il a passées “à frotter les phrases les unes contre les autres” à faire un feu en forêt en frottant des pierres.
À Bornéo, il écrit que “le ciel est devenu si bas que n’importe qui est capable de décrocher une étoile pour la piétiner à sa guise”.
À la manière des Maximes de La Rochefoucauld, il se fait moraliste de ses contemporains, soulignant par exemple qu’on “ n’écoute plus depuis un moment les gens qui nous parlent, mais on observe attentivement ceux qui ne s’adressent pas à nous”.
Dany Laferrière, né en 1953 à Port-au-Prince, a beau être devenu “immortel” depuis son élection à l’Académie française en 2013, il entame la dernière ligne droite de sa vie, ses haïkus sont empreints de mélancolie mais aussi de foi en l’art qui “est bien la seule tentative de réponse sérieuse à notre angoisse face à ce monstre insatiable qu’est le temps”. “Comprenant que la vie est une autoroute, je tente vainement d’en sortir en prenant le mauvais chemin au bon moment.”
Seul dans sa chambre d’hôtel, il dit à son image dans le miroir : “De grâce, laissez-moi pleurer dans la nuit sans savoir pourquoi”.
Il rappelle le vers de Neruda “Entre vivre et mourir, je préfère la guitare”. Laferrière est un sage qui “se passionne pour l’inutile”. Et cet inutile est l’essentiel.

Ce recueil est une fête, élégant, sans chichi, subversif.
par Karin Cherloneix, Ouest France
21 décembre 2023
Un homme prend plaisir à évoquer la femme adorée, l’odeur du café de son enfance dans un village haïtien, la couleur du ciel. Loin du tumulte du monde, l’écrivain parle de sentiments universels, de sensations que chacun connaît. Des textes très courts, qu’on relit en savourant chaque mot. À l’image de l’Académicien en costume et baskets plongé dans sa baignoire qui pose sur la couverture, ce recueil est une fête, élégant, sans chichi, subversif.

La Vie aime : beaucoup
par La Vie
21 décembre 2023
La douleur le dispute à l’élégance. L’écrivain académicien Dany Laferrière est parti au bout du monde, à Bornéo, cuver un chagrin d’amour. Ses haïkus déchirants sont les chants les plus beaux, qui agrègent la brûlure de l’éternel exil au temps toujours vivant et heureux de l’enfance haïtienne. Avec cette forme de naïveté tendre et ronde, qui est le graal du poète.

La dernière émission de l’année avec Dany Laferrière
[Audio de 53 minutes – écouter à 19 minutes]
au micro d’Emmanuel Kherad, Librairie francophone sur France Inter
30 décembre 2023
Dany Laferrière est un formidable électron libre qui nous fait voyager avec ce livre idéal quand on court dans tous les sens ou quand on manque d’énergie. On picore ici et là. On déguste. Le livre parfait à offrir en cadeau.
— Emmanuel Khérad, La librairie francophone de France Inter

Un livre bouleversant d’élégance.
par Grégoire Leménager, L’obs
18 janvier 2024
Un seul être lui manque, et il faut continuer. Dans les haïkus qui composent ce petit traité de survie en phase mélancolique, Dany Laferrière dit tout : l’exil loin d’Haïti et de l’enfance, le génie de Borges, l’art qui « n’arrive que si on met sa culture en danger », et même « le seul sens/ à donner à sa vie/ trouver son bonheur sans ajouter/ à la douleur du monde ». Mais ce tout n’est pas tout : une nommée Hoki l’a quitté, son fantôme hante chaque page. « Je sais où cacher ma douleur/ mais j’ignore ce qu’elle fera/ de moi », note Laferrière. A la lecture, c’est évident : elle a fait de lui un livre bouleversant d’élégance

Lus pour vous : Les conseils des libraires
par Jean-Louis Rossini, Le Progrès Lyon
22 janvier 2024
Maximes, réflexions, pensées ou aphorismes constituent la trame de ce recueil de poésie contemporaine où chacun peut plonger à sa guise et trouver ce qui lui convient. Les rubriques, qui vont de l’art de se vendre en détail à celui des choses décousues, sont plutôt percutantes. Confinant parfois à l’absurde, elles sont empreintes de subtilité et d’une grande finesse.

La Voix aux Chapitres
par Frédéric Pagès, Canard enchaîné
2024
Un certain art de vivre de Dany Laferrière
POUR SOIGNER un chagrin d’amour, s’isoler dans une chambre d’hôtel, est-ce une bonne solution ? Hoki a quitté l’auteur, mais sa bi-bliothèque (Borges, Larbaud, Basho) le suit partout. Le voici en «lecteur horizontal» («J’ai choisi de lire dans ma baignoire ou dans mon lit». Pas vraiment seul : ses souvenirs d’Haïti lui tiennent compagnie (« J’ai fait du 88 rue Lamarre à Petit-Goâve une adresse universelle du bonheur »). Ils ne sont pas tous peints en rose («L’exil, ce n’est pas que tu quittes ton pays mais plutôt que tu ne peux pas y retourner», «ces gens sont tellement habitués à chercher la vie dans des conditions difficiles qu’ils porteront l’espérance jusqu’en enfer»). Toujours à portée de main, plus fidèle qu’un chien, sa machine à écrire, jamais en surchauffe, car Dany Laferrière préfère ici la forme courte et la rêverie organisée en chapitres («L’art de nager dans l’encrier, l’art de quitter la fête, l’art de vivre à Bornéo, l’art de partir en sifflotant»). Entre hamac et baignoire, il affine son art poétique (« Ecrire un jour un livre qui mérite l’arbre qu’on a dû abattre pour le fabriquer », « Chaque mauvais livre qu’on n’a pas écrit en-richit notre oeuvre », « L’art n’arrive que si on met sa culture en danger »). Est-ce l’absence de Hoki — dont on ne saura que le prénom ? Il trouve «érotique» le théorème d’Archimède («Tout corps plongé dans l’eau reçoit une poussée verticale de bas en haut »). Un peu comme le lecteur plongé dans ces pe tits poèmes en prose, comme autant de pastilles de réglisse. F. P.

Un agréable compagnon de voyage
par Corse matin
1 mars 2024
Si vous voulez apprendre à devenir un cerisier en fleurs, achetez donc le dernier livre de Dany Laferrière, ci-devant haïtien, romancier, immortel. Lisez ses réflexions, le fruit de ses méditations, de ses souvenirs décantés, de ses lectures, qu’il a charitablement trimbalés à travers les mondes, les continents et les classes sociales. D’autres en seraient ressortis étrillés, sans repères, amers, vidés. De sa vie, il a forgé une œuvre. Il y habite, la perfectionne, y invite ses lecteurs, ses amis. Et ponctue les séjours effectués chez lui de commentaires vivants, toniques, positifs – non qu’il croie férocement au progrès ou soit béat d’admiration devant l’instant présent – ou devant lui -, mais il est ainsi, disponible, heureux de vivre et soucieux surtout de raconter. Un certain art de vivre est bien un manuel sinon pour apprendre à vivre, du moins pour apprendre à ne pas se laisser aller. Et pour apprendre sinon à écrire du moins à se comporter par rapport à l’écriture : « L’art n’arrive que si on met sa culture en danger » : voilà un très utile secret. Au total, un portait réjouissant, un agréable compagnon pour une étape du voyage, insolite et tendre, profond. Un vrai art de vivre.

Dany Laferrière fête 50 ans d’écriture
propos recueillis par Marie-France Bornais, Journal de Montréal
9 mars 2024
Écrivain extraordinaire, homme de tête et homme de coeur, Dany Laferrière fête cette année ses 50 ans d’écriture. Il s’accorde une formidable liberté créative et la partage avec ses lecteurs dans son nouvel opus, Un certain art de vivre. Le livre, composé de récits brefs, de réflexions, de haïkus, se savoure comme un cocktail ensoleillé, tonique, joyeux. On le lit et on le relit, en y découvrant toujours un petit quelque chose de plus, une subtilité, un trait d’humour, un brin de nostalgie, une vie derrière les mots. Une écriture incandescente, riche de poésie, de savoir et d’expérience, à savourer pleinement.
En entrevue par courriel peu avant de rentrer au Québec pour quelques jours, Dany Laferrière explique ce qu’il avait envie de partager avec ce nouveau projet.
«Cela fait un moment que je ne cherche plus qu’à faire converser mes livres entre eux. S’ils donnent l’impression d’être clairs, sobres, dépouillés même, en réalité grouillent sous la surface lisse des phrases des vies minuscules rythmées par une musique intime.
«Il n’y a pas de nouveau projet, c’est une succession de vagues qui viennent mourir sur la page. De plus en plus, l’écriture mange la part du récit, d’où ce goût du haïku, cette forme brève qui m’est venue par le saké.»
Cette fois, il n’y a pas d’illustrations, pas de dessins, pas d’écriture manuscrite. Pourquoi donc ?
«C’est étrange car quand j’ai commencé à faire des livres où les couleurs se mêlaient au texte, on s’étonnait de cette nouvelle manière d’écrire. Et certains me le reprochaient tout en souhaitant un retour à la première forme. Aujourd’hui on s’étonne de ne pas voir de dessins dans mes derniers livres. Cela me conforte dans l’idée que l’écrivain ne doit pas toujours écouter ce que dit la rumeur.»
LA PLUS GRANDE LIBERTÉ
Dany Laferrière confirme qu’il s’est accordé la plus grande liberté créative.
«Je nage, il est vrai, avec une plus grande liberté dans cette mer d’encre, au fur et à mesure que je m’éloigne de la plage. Je ne sens plus la page sous mon ventre », répond-il.
«Léger que je suis comme une bulle d’air. Tout cela est dû au temps qui m’enveloppe depuis que je ne compte plus les années. Il arrive toujours ce moment où le temps s’efface pour céder la place au désir. Ainsi je retrouve le jeu libre de l’enfance.»
UN HOMME SAGE
En lisant son texte, on découvre beaucoup d’authenticité, de la rêverie, de la nostalgie, de l’humour aussi. Dany Laferrière est un sage. Mais est-il sage ou moins sage avec les années ?
«Aussi sage, j’espère, qu’un enfant qui ignore toute contrainte, jusqu’à celle du sommeil. La vie devient un long ruban sans fin qui ne connaît ni jour ni nuit. Et l’endroit où l’on se trouve a de moins en moins d’importance. On habite notre sensibilité qui varie au moindre souffle du vent. Tout ce qui reste, ce sont nos émotions, nos sensations et nos sentiments. Je brise toutes les frontières, surtout celles qu’on dresse devant moi, soi-disant pour me protéger.»
50 ANNÉES D’ÉCRITURE
Cette année, l’Académicien fête ses cinquante années d’écriture, en comptant les années passées dans la presse haïtienne. La littérature lui a apporté beaucoup.
«J’ai toujours vécu avec des livres, et dès que j’ai su reconnaître les lettres magiques de l’alphabet, je les ai ouverts pour passer de l’autre côté. Et mon émerveillement était sans fin.»
Au cours de toutes ces années, il a été inspiré par «le goût de traverser le miroir comme l’enfant qui enjambe la fenêtre en emportant avec lui l’alphabet ».
«Et plus tard, la joie de quitter ce monde à tout bout de champ par la magie de l’écriture, puis de revenir, dégoulinant d’encre et de sueur, pour être accueilli par mes amis. Il y a eu cette époque lointaine où je lisais et écrivais afin de rencontrer des gens.»
Des projets pour les prochaines semaines ?
«Je n’ai pas de projet. Je ne vis que pour attraper l’instant. C’est une chasse aussi éprouvante que celle de la baleine blanche de Melville, l’ami de Victor Lévy-Beaulieu.»

La musique Laferrière
propos recueillis par Chantal Guy, La Presse
12 mars 2024
L’écrivain sait-il jamais par quelle porte un lecteur entre dans son univers ? Dany Laferrière dédie Un certain art de vivre, en librairie ce mardi, à « tous ceux que je croise, ici et là, qui s’étonnent gracieusement de ne m’avoir jamais lu et me promettent de le faire dans une autre vie ».
On y retrouve la forme brève qu’il pratique depuis toujours, comme dans Chronique de la dérive douce, son sixième livre publié en 1994, qui a été personnellement ma porte d’entrée magnifique chez Laferrière. Sauf que le temps a passé sur le narrateur d’Un certain art de vivre, qui revient sur son parcours, avec en filigrane le souvenir lancinant de Hoki, la femme qu’il a aimée. Comme d’habitude, je l’ai bien sûr lu dans mon bain, puisque Dany fait l’éloge de la lecture en eau chaude.
Tout lecteur qui fréquente depuis longtemps l’écriture de Dany Laferrière reconnaîtra ici quelques phrases et formules croisées dans ses propres livres. Chez d’autres, on pourrait parler de recyclage, mais chez Laferrière, il ne faut jamais oublier combien il aime retourner sur ses pas, et qu’il a quand même retouché il y a plusieurs années les livres qui forment ce qu’il appelle son Autobiographie américaine.
Ça fait partie du jeu, de son style, et Un certain art de vivre, écrit-il, «m’aura pris plus de temps qu’aucun autre».
« Dans ma première version, je n’avais pas mis de phrases anciennes et après, j’ai pensé que ce ne serait pas bien, explique-t-il. Mon art d’écriture est fait beaucoup dans la répétition, c’est la roue qui pour avancer doit tourner sur elle-même. C’est aussi l’idée de la fugue en musique qui pour moi est extrêmement intéressante. En musique, cette idée est acceptée, même qu’on veut que les musiciens reprennent leurs chansons quand ils font un concert, c’est une bataille pour qu’ils ne fassent pas de nouveautés ! Ce qui m’intéresse est de prendre une idée et de la mettre dans des contextes extrêmement différents, ce qui prend une tout autre allure. De la même façon, quand on relit un livre, ce n’est plus le même livre. »
Pour Dany Laferrière, il n’y a rien de plus émouvant que cette phrase populaire que nous finissons inévitablement par répéter : Ma mère disait toujours… « Ça veut dire que j’ai écouté ma mère toujours dire ça, je ne m’en suis pas lassé, ou bien encore ma mère m’a cassé les oreilles, mais maintenant je commence à entendre ce qu’elle disait. »
De toute façon, « l’idée de la répétition impossible » est très bien illustrée dans la nouvelle Pierre Ménard, auteur du Quichotte de Jorge Luis Borges, l’un de ses plus grands modèles qu’il aime citer depuis longtemps. Une idée disséminée partout dans Un certain art de vivre, où l’on peut lire : « Je n’écris que sur moi. N’étant pas toujours le même », ou bien ceci :
Je suis cet enfant qui change
Tout le temps ses histoires.
Aucun respect pour les formes.
Aucune loyauté envers les faits.
Et la logique en prend parfois
Pour son grade.
Chez Dany Laferrière, la figure de l’enfant revient sans cesse, avec son talent pour l’art naïf, ce qu’il n’a pas hésité à faire dans ses romans dessinés, à la surprise de plusieurs. D’ailleurs, je n’en reviens pas qu’il ait 70 ans, car pour moi Dany aura toujours 12 ans en n’ayant jamais perdu cette capacité de tout voir sous un regard neuf.
«Je ne sais pas pourquoi tu me donnes tant, de mon côté, j’ai plutôt 8 ans», me lance-t-il, et nous éclatons de rire. Encore une fois, il est à Paris et je suis à Montréal, nous discutons virtuellement comme si nous nous étions vus la veille et je n’ai jamais vraiment l’impression de travailler quand je fais une entrevue avec Dany. Ni non plus de me répéter, puisque la répétition est impossible. Nous avançons tous les deux dans le temps, lui dans son œuvre, moi dans ma lecture de lui.
Il me présente à l’écran son prochain projet à paraître, Autobiographie américaine dans la collection Bouquins, qui réunit pour la première fois en un seul volume les dix livres du grand projet littéraire de sa vie. Il y a quelques années, Dany m’avait montré non seulement le manuscrit original de Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, mais aussi cette feuille jaunie du plan de Autobiographie américaine, et j’avais été sidérée de découvrir que tout avait été pensé chez lui avant même d’être publié.
« Je disais autrefois que j’’écrivais des livres courts parce que j’’avais peur de mourir avant d’avoir fini », confie-t-il.
Quand j’ai vu que j’avais dépassé l’espérance de vie d’un Haïtien et qu’il y avait une chance que ça dure, j’ai repris certains livres pour essayer de les faire plus calmement. Ce n’étaient pas des livres, mais des chapitres d’Autobiographie américaine.
Dany Laferrière
Pour en arriver là, il a fallu en effet qu’il cultive un certain art de vivre, qui était un spectacle en soi, dont j’ai été parfois aux premières loges. Quand il est allé se planquer à Miami pour écrire, en passant par le tremblement de terre en Haïti, jusqu’à son accession au statut d’immortel de l’Académie française, je ne me suis pas ennuyée une seule minute. J’ai toujours dit que Dany Laferrière est le seul véritable dandy que j’ai rencontré dans ma vie, qui s’est littéralement fait naître par ses livres. D’ailleurs, il l’écrit dans Un certain art de vivre : « Au début, je croyais que mes livres venaient de moi pour découvrir enfin que je viens de mes livres. » Avec son air gamin, il me dit que c’est une question d’authenticité.
« Qu’est-ce qui est authentique, qu’est-ce qui est vrai ? C’est quelqu’un qui nous raconte une histoire et qui, cinq ans plus tard, raconte la même histoire. Et quelqu’un dit : c’est la même, donc il avait dit vrai. C’est comme ça que la police et les tribunaux travaillent aussi. Il faut que votre récit reste consistant et authentique. » Ce parallèle avec la police crée un autre fou rire.
Seul un dandy peut se citer lui-même sans nullement donner l’impression d’être pédant. C’est un art que celui de la citation, et Dany Laferrière le pratique allègrement dans tous ses livres avec les autres écrivains, car il est vraiment un très grand lecteur. Je pense même que s’il devait choisir entre lire et écrire, c’est lire qui l’emporterait.
« Les gens ont peur de citer les écrivains, croit-il. Ils pensent que si c’est un écrivain que le lecteur ne connaît pas, il ne voudra plus lire, ou alors ils craignent qu’on dise qu’ils ne font que se mettre sous le parapluie de quelqu’un de plus connu. Il y a toutes les raisons pour ne pas citer les écrivains, mais en fait, c’est que les gens ne savent pas les citer. » Aussi bien faire le boulot lui-même avec ses propres écrits !
C’est avec Borges bien sûr qu’il a découvert cela. « Borges pratique l’érudition merveilleuse. Il y a des gens qui, lorsqu’ils citent des écrivains, s’arrêtent une seconde, prennent leur respiration, et ils claironnent. Vous devez vous agenouiller. Borges non, car il est dévoré par les récits des autres. Pour lui, c’est un bien qui appartient à tout le monde, il n’a aucune jalousie, il pense que c’est un cadeau des dieux et que ça ne vient même pas de l’écrivain qui l’a écrit. »
Dany Laferrière croit que tout écrivain a sa musique propre derrière ses histoires, une petite flûte de Pan ensorcelante. « J’ai tenté avec ce livre, Un certain art de vivre, de faire chanter cette petite flûte tout en dansant, pour voir si les lecteurs vont me suivre. »
À bien y penser, si vous n’avez jamais lu Laferrière, vous devriez peut-être commencer par celui-là, puisqu’il a été écrit pour vous.

C’est un enchantement.
par Nicolas Mouton, Page des Libraires
Raymond Queneau disait qu’il n’y avait en littérature que deux familles: celle de L’Iliade et celle de L’Odyssée. À n’en pas douter, c’est à cette dernière qu’Un certain art de vivre appartient. Dany Laferrière se recentre ici sur les formes brèves. Et c’est un enchantement. Par leur rigueur, leur concision extrême, l’expérience qu’ils portent, ces “fragments” touchent à la poésie (non rimée mais comptée) et dialoguent avec d’autres poètes. Ce chant d’amour est un portrait né de la gouache des mots. Tout homme perdu garde son Ithaque.

La bienveillance au travail selon Dany Laferrière
par Olivier Schmouker, Les Affaires
12 mars 2024
Q. – «J’ai fini par réaliser que mon quotidien au travail était, au fond, plus une contrainte qu’une joie. Et ça explique sûrement un grand nombre de mes désenchantements: par exemple, je ne suis pas aussi productive que je le devrais. Comment changer ça, si cela est possible?» – Lexie R. – Chère Lexie, il me semble qu’une des grandes sources de l’insatisfaction au travail est l’insuffisance, voire le manque, de bienveillance dans nos activités professionnelles. Oui, la bienveillance, cette capacité que nous avons tous à nous montrer indulgents, gentils et attentionnés envers autrui, mais aussi, et surtout, envers nous-mêmes. Et je suis prêt à parier que tel est votre cas, car vous ne me signalez aucun événement ou écueil particulier susceptible d’expliquer votre désenchantement au travail.
Comment cultiver la bienveillance dans votre quotidien au travail?
J’ai une belle suggestion pour vous, je crois. Il se trouve que sort aujourd’hui même en librairie le tout nouveau livre de Dany Laferrière, intitulé «Un certain art de vivre». Ce dernier fourmille de pensées plus sages les unes que les autres, issues du quotidien de l’écrivain québécois, en particulier lorsqu’il est au travail. En flânant au fil des pages de ce petit livre, certaines pensées m’ont fait songer à vous. Je me suis dit qu’elles pourraient vous être utiles, vous aider à embrasser la bienveillance dans votre quotidien au travail. En voici un florilège concocté spécialement pour vous, Lexie.
Ouvrez-vous aux tâches routinières
Balayer est un acte
subversif
car il permet de rêver.
Ouvrez-vous à l’autre
Il ne prenait pas mon temps
comme je le craignais
il m’offrait le sien.
Ouvrez-vous à l’amitié
Parmi ceux qui pourraient nous apprendre
des choses sur nous-même
certains sont devenus des amis.
Les autres savent comment faire de notre vie
un vrai cauchemar.
Ouvrez-vous à l’empathie
La seule intelligence qui vaille la peine
c’est celle qui nous permet de nous
mettre à la place de l’autre et de ressentir
sa douleur et son humiliation avant de
charger comme un taureau qui voit rouge.
Ouvrez-vous au changement
Si on ne change pas
les autres, eux, changent
et de cette manière
nous changent.
Ouvrez-vous à l’émotion
Cette habitude de croire que notre cerveau
contrôle tous les réseaux du système
et qu’aucune information ne saurait échapper
à ses antennes ultrasensibles pourrait
nous aveugler sur l’essentiel.
Ouvrez-vous à la consolation
Le petit canard est revenu
près du lac chercher sa mère.
Il est intrigué par son reflet
qu’il voit dans l’eau.
Son chagrin n’a duré qu’un bref instant.
Ouvrez-vous à la douceur
Ce n’est pas parce qu’on a souffert
qu’on a raison sur tout.
Ou qu’on doit faire souffrir les autres.
Nous ne devons pas placer notre douleur
au coeur de la vie.
Elle est plutôt sa rivale.
Ouvrez-vous à la sérénité
Cette sérénité nous aide à côtoyer
les autres sans crispation
et non à les éviter par crainte
de se retrouver avec une version
modifiée du monde.
Ouvrez-vous à la joie
Une journée est parfaite
quand on se met subitement
à danser avec la chaise
sur laquelle on était assis.
Voilà, Lexie. Ces dix pensées de Dany Laferrière vont peut-être vous inspirer de menues modifications à votre quotidien au travail, et ce faisant, contribuer à vous ouvrir à davantage de plaisir et de joie chaque journée que vous passerez à travailler. C’est du moins tout le mal que je vous souhaite. Bien entendu, je vous invite à partir vous-même à la pêche dans les eaux sans fond du nouvel ouvrage de Dany Laferrière. Qui sait? Peut-être y ferez-vous des prises encore plus inspirantes que les miennes.

L’art de déborder du cadre
par Yannick Marcoux, Le Devoir
16 mars 2024
Sous la forme de maximes, de réflexions, de rêveries ou de haïkus, le romancier revisite un parcours éblouissant, au cours duquel il a franchi toutes les frontières, illuminant au passage le lecteur de perles de sagesse dont lui seul a le secret.
Observer, c’est lire. Il n’y a pas que dans les livres qu’on lit», nous prévient Dany Laferrière. À l’occasion de la parution de son plus récent titre, Un certain art de vivre, Le Devoir le retrouve justement, par la magie de la visioconférence, à son poste d’observation — ou de lecture —, dans son appartement de Paris où, haut perché, il s’abreuve de la lumière qui perce la fenêtre.
Il est bientôt attendu au Salon du livre de Trois-Rivières, qui l’accueillera comme écrivain en résidence. En attendant, ses tâches hebdomadaires à l’Académie française le retiennent dans la Ville Lumière où, s’il faut croire tout ce qu’il dit, il est en plein jeûne:«Les fauteuils sont inconfortables et la rétribution est insuffisante:c’est le principe aristocratique. Mais la nourriture est excellente. Alors chaque jeudi, je mange, et le reste de la semaine, je ne mange plus.»Sur ce coup, il est ironique, bien sûr, mais peut-on toujours en être certain ? Le regard plongé au fond des choses, les mots fouillant les vérités, même les plus simples, pour y découvrir une pépite oubliée, son imaginaire, à l’instar de ses livres, emprunte d’étonnants détours qui nous mènent bien souvent à ce sourire éclatant, toujours prêt à surgir. En vérité, Dany Laferrière joue sur tous les plans. Comment pourrait-il en être autrement, de toute façon, pour un écrivain qui avoue «ne pas toujours être le même»?
La forme en question
Dans Un certain art de vivre, l’écrivain cherche à «savoir comment les choses s’étaient passées dans «cette vie où [il] n’a pas cessé de bouger.»En vers libres, dans ce qui a l’apparence de chroniques brèves, de haïkus expansifs ou de réflexions à l’emporte-pièce, Dany Laferrière «dessine un autoportrait naïf». Livre inclassable ? Probablement. Dany Laferrière, tout en s’excusant auprès des libraires, préfère naviguer pardelà les étiquettes:«Borges disait:“Dire d’un livre que c’est un roman est l’équivalent de dire qu’il est rouge. Ça ne veut rien dire.” Un livre est un objet qui est fait pour être lu. Voilà.»En discutant, d’involontaires définitions en tracent néanmoins les contours:«Chaque petit texte est tellement complet, autonome, presque, même si relié au reste, que ce sont des microrécits. Je voulais faire un livre qui paraît mince, mais qui est très chargé.» Rêveries, sagesse et candeur se côtoient dans un style limpide, mais, pour l’écrivain, cette parade légère révèle une tension révolutionnaire:«Pour moi, il faut que ce soit totalement classique, et révolutionnaire. Je prends une langue absolument classique. Et l’idée révolutionnaire, c’est que la langue est si classique qu’elle n’est pas vue. Le chemin des mots est celui du lecteur, on lit les mots sans les reconnaître, mais à la fin, ils ouvrent une fenêtre sur un nouveau paysage.»Et en effet, lorsque se referment ces quelques vers qui forment un tout, on reste un moment devant cette fenêtre ouverte, la pensée errante. Le texte, aéré, semble d’ailleurs nous inviter à ce flottement hors du monde. «Il faut tenir compte, en écrivant, du fait que le lecteur arrête parfois de lire sans toutefois fermer le livre. On doit éviter de parler par-dessus son silence», écrit-il.
Loin de la verve enfiévrée de certains de ses romans, on pourrait croire que ce style décanté serait la somme d’une vie à écrire. Ces chroniques brèves ne sont cependant pas sans rappeler Chronique de la dérive douce (VLB éditeur, 1994), et d’ailleurs, l’académicien admet que ce souffle est, depuis toujours, en germe dans son écriture:«Bien sûr, c’est une forme singulière. Mais quand j’ai reçu le Médicis, à Port-au-Prince, on m’a offert, en guise de cadeau, l’ensemble de mes articles publiés quand j’étais en Haïti, et c’était déjà là. J’avais 1920 ans, c’était moyen, peut-être, mais c’était déjà là.»
L’amour en un nom
Cette liberté, que l’écrivain n’a jamais cessé de revendiquer et d’incarner, représente un terrain de jeu où se réinventer, une assertion aussi vraie pour lui que pour son lecteur:«Sentir qu’il y a tout un monde en dessous de ces trois lignes. Savoir qu’on peut refaire l’aménagement de ce livre complètement. On pourrait enlever les titres des chapitres, mettre toutes ces chroniques dans un chapeau, et en tirer un tout autre récit.»Si la séquence des chroniques peut sembler arbitraire, un récit traverse néanmoins le livre:celui d’un homme ayant trouvé refuge à Bornéo pour encaisser le départ de Hoki. «Je cherchais une façon de dire l’amour, et j’ai remarqué que les gens qui sont dans la réalité de l’amour ne sont pas dans le discours», nous confie-t-il, ajoutant que le surgissement de Hoki suffit à nourrir des sentiments puissants et universels. «Et ce nom peut devenir douleur. Ce nom, c’est un monde. Toute la puissance magique réside dans le nom. On n’a qu’à l’appeler et l’espace est habité immédiatement.»À travers ce personnage, il admet avoir voulu «éviter les questions de races, de classes et de frontières», ne sombrant ainsi jamais dans le folklore:«Hoki n’est pas Haïtienne ni Japonaise, elle n’est pas vieille ni jeune, c’est l’amour. C’est Hoki. Et tout le monde peut s’y reconnaître, parce qu’il n’y a pas de description. C’est une esquisse.» Et pourquoi Bornéo ? En fait, Bornéo, à l’instar de Hoki, fait surgir un rêve, des images et des émotions qui ne se matérialisent pas concrètement:«Je lisais un livre que j’aime beaucoup de Pablo Neruda, J’avoue que j’ai vécu, et dans lequel il raconte qu’il avait été conçu à Bornéo. J’avais envie de vivre dans le son de ce nom:Bornéo. Et puis, j’aime citer les endroits que je ne connais pas. Je les habite plus facilement. Je les invente. Je peux en faire ce que je veux, en somme. Je n’ai pas décrit Bornéo, parce que lorsqu’on connaît, on n’a pas besoin de décrire. Et précisément, je fais semblant de connaître en ne décrivant pas.»La lumière grisée de Paris va se perdre derrière lui, vite avalée par les couleurs de quelques grands formats, accrochés sur les murs, d’illustrations tirées de ses romans dessinés. À la tombée du jour, il nous invite à nous méfier «du côté gauche de la nuit»puis, toujours rieur, il nous propose de considérer les bienfaits que l’humain tirerait de revenir à une posture à quatre pattes. Plus sérieux, il nous explique comment «l’émotion annule le temps», puis chante les louanges de la culture:«L’individu, même nu, même en prison, même abattu, se tient debout dans son imaginaire. Et là, il est indestructible.»Il faudrait un espace vaste comme ce Bornéo imaginé pour en faire la démonstration ou, plus concrètement, la densité d’un livre comme Un certain art de vivre. En attendant, à ceux et celles qui espèrent révéler le mystère Dany Laferrière grâce à cet «autoportrait naïf», celui-ci rappelle, indirectement, qu’il n’est pas besoin de tricher pour faire sauter les règles du jeu:«Non, l’idée d’écrire sous un autre nom de plume ne m’est jamais venue. Borges dit que le plus sûr labyrinthe, c’est la ligne droite. Je pense finalement que je me cache plus facilement sous mon propre nom.» Borges disait:“Dire d’un livre que c’est un roman est l’équivalent de dire qu’il est rouge. Ça ne veut rien dire.”
Un livre est un objet qui est fait pour être lu.
Voilà.

« Tinder littéraire » avec Dany Laferrière et Philippe Falardeau : deux grands sensibles
avec Émilie Perreault, Radio-Canada
18 mars 2024
Il restera toujours la culture | Pour son Tinder littéraire , Dany Laferrière convie à ses côtés un être tout aussi sensible que lui, le réalisateur et scénariste Philippe Falardeau. L’écrivain d’Un certain art de vivre voit là l’occasion rêvée de converser avec le réalisateur de Monsieur Lazhar, un film qui l’a conquis par sa finesse et son humanité
Pour son Tinder littéraire , Dany Laferrière convie à ses côtés un être tout aussi sensible que lui, le réalisateur et scénariste Philippe Falardeau. L’écrivain d’Un certain art de vivre voit là l’occasion rêvée de converser avec le réalisateur de Monsieur Lazhar, un film qui l’a conquis par sa finesse et son humanité.
Quand on demande à Philippe Falardeau ce qui fait la marque de Dany Laferrière, il évoque le rythme bien particulier de l’auteur; une cadence dans son écriture lui rappelle celle des trains. Le réalisateur raconte également comment le roman L’énigme du retour l’a habité au point où il en tiré une citation pour la glisser dans les dialogues du film Monsieur Lazhar.
Philippe Falardeau demande à Dany Laferrière de signer une copie du roman L’énigme du retour
Les deux intellectuels, qui adorent lire dans le bain, se demandent si parfois les idées ne devraient pas rester des idées, sans aboutir nécessairement à un livre ou à un film. Ils échangent aussi sur l’importance de la paresse, une qualité inhérente à la création, et parlent de l’indignation qui les habite.

Le «parcours inattendu» de Dany Laferrière
propos recueillis par Léa Harvey, Le Soleil
21 mars 2024
Écrivain prolifique et lecteur chevronné, Dany Laferrière a osé s’arrêter un moment pour observer ce qui jalonne son parcours. Dans son nouveau livre, Un certain art de vivre, l’académicien offre poèmes et courtes réflexions sur ses cinquante années d’écriture. Comme une fenêtre ouverte sur tout le chemin parcouru depuis le début de sa carrière.
Il ne faudrait toutefois pas se méprendre… Un certain art de vivre ne recèle pas d’anecdotes croustillantes ni même de nouveaux éléments autobiographiques.
En littérature, il faut faire la nuance entre l’auteur et le narrateur. «En particulier dans mes romans», rappelle Dany Laferrière en riant.
«J’écris plutôt pour retrouver les autres en moi. Bien sûr qu’il y a une part de moi ici et là, mais elle est moins forte qu’on ne pourrait le croire.»
En entrevue au Soleil, le célèbre écrivain en convient tout de même : «ce dernier livre est en effet une fenêtre sur mon parcours inattendu, celui d’un homme du sud devenu un homme du nord, celui d’un fils du soleil devenu un enfant de la lune. Très peu de gens, j’en suis conscient, ont franchi de telles frontières.»
L’auteur de 70 ans, dont la vie aurait pu prendre «dix autres chemins différents», se dit d’ailleurs particulièrement fier d’avoir traversé ces «frontières».
«Je suis fier d’habiter Montréal depuis si longtemps et d’être devenu une référence pour l’hiver en France ! […] C’est quand même pas mal de changer de métabolisme, d’être un homme de sud et de devenir un homme du nord, de pouvoir parler de l’hiver avec compétence», soutient celui qui a lancé sa carrière d’écrivain avec Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer (1985).
Et du côté de la littérature ?
«On avance dans l’obscurité. […] De temps en temps, il y a quelque chose qui arrive et qui illumine tout le reste, mais ça s’éteint rapidement aussi», note humblement l’écrivain, reçu à l’Académie française en 2015.
Une «magnifique aventure»
D’abord journaliste, puis écrivain, Dany Laferrière qualifie somme toute ses cinquante ans d’écriture comme une «magnifique aventure». Ce dont témoigne Un certain art de vivre au fil de ses 144 pages.
Après tant de décennies et de multiples péripéties, le romancier estime «avoir accompli un des plus vieux rêves humains, celui d’être un homme complet». Non pas parce qu’il croit avoir tout vu ou tout accompli, mais bien parce qu’il a l’impression de «pouvoir tout faire».
«Les gens sont prêts à tout de notre part. Il ne suffit qu’à avoir un peu confiance en nous.»
«Vous savez, une grande partie de notre éducation nous apprend à rester à notre place, à faire ce qu’on a été appelé à faire et à ne pas aller sur d’autres terrains. Mais, de plus en plus je vais sur d’autres terrains et j’aime ça», affirme celui qui publie dorénavant des histoires qu’il illustre lui-même et qu’il écrit à la main.
«Les beautés de la vie»
Ce n’est pas un hasard si Dany Laferrière dédie Un certain art de vivre à «tous ceux que je croise, ici et là, qui s’étonnent gracieusement de ne m’avoir jamais lu et me promettent de le faire dans une autre vie». Ce nouvel ouvrage flirte avec plusieurs thèmes qui sont chers à ses autres œuvres.
Alors qu’on y retrouve entre autres son humour et son affection pour Borges, il est aussi beaucoup question de l’enfance. Une période de la vie qui l’émeut particulièrement parce qu’elle s’ancre dans le présent.
«Je ne fais qu’espérer retrouver ce temps béni. Seul l’art me permet, de temps en temps, de toucher à une pareille intensité», partage l’auteur, qui entretient sa capacité de s’émerveiller.
Au fil des ans, Dany Laferrière a d’ailleurs conservé cette sensibilité face à ce qui l’entoure. Comme, à la fenêtre, le matin, «lorsqu’il observe les premiers mouvements de la ville» et écoute «le chant pur d’un oiseau sur une branche» ou encore, en fin de journée, devant «un crépuscule sanglant qui titube derrière l’horizon».
Selon lui, cette faculté habite d’ailleurs la plupart des gens : «je crois que c’est très difficile à tuer en nous. Les gens croient que la capacité de s’émerveiller part avec le temps, mais pas du tout. Pour ne plus s’émerveiller, il faut vraiment bouder dans son coin pendant longtemps !»
C’est en partie cette aptitude qui fait dire à Dany Laferrière que vivre est un art.
«Très peu de gens parviennent à vivre sans tenter, d’une manière ou d’une autre, de l’embellir. […] Il faut en faire un art selon nos possibilités. Sinon nous abreuver de toutes les beautés de la vie», estime sagement l’écrivain.
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Nos recommandations
4 juin 2024
Nos suggestions littéraires du moment par Léa Harvey, Le Soleil
Tiraillés entre les romans, bandes dessinées, recueils de poésie ou de nouvelles qui foisonnent sur les tablettes de nos bibliothèques et librairies? Le Soleil vous propose une quinzaine de titres qui ont, chacun à leur manière, su nous faire réfléchir, rire, voyager ou rêver.
Un certain art de vivre , Dany Laferrière
Dany Laferrière n’a pas tort de dédier son nouveau livre aux gens qui n’ont jamais lu une de ses œuvres puisqu’ Un certain art de vivre capture l’essence de sa plume.
Au fil des 144 pages de ce recueil, on survole ainsi les cinquante ans d’écriture de l’académicien. En voyageant entre Petit-Goâve, Paris, Montréal et Bornéo, en redécouvrant l’attachement de l’auteur envers l’enfance ou encore en admirant la complicité qu’il entretient avec Borges et Bashō.
Même ceux qui affectionnent déjà les mots de Laferrière savoureront cet ouvrage rempli de poésie. Une suite de réflexions sur l’écriture et sur la vie qui démontrent encore une fois tout le talent de cet «homme du sud devenu homme du nord».

Retrouver le temps premier
par Josée Blanchette, Le Devoir
22 mars 2024
Il ne prenait pas mon temps comme je le craignais il m’offrait le sien.
– Dany Laferrière
Apprendre à ne rien faire est un art, comme l’art ménager, les arts décoratifs, tous sous-estimés. Le dernier Laferrière ne s’intitule pas Un certain art de vivre pour rien et il commence par «L’art de vivre à l’horizontale». J’ai un faible pour l’horizontalité, elle n’a pas de prix. Si vous êtes un disciple de Pierre-Yves McSween, vous allez trouver que c’est un mauvais rapport quantité-prix:le tiers du livre de 135 pages est composé de blancs, de silences. C’est beaucoup d’arbres qui se taisent.
Deux-trois phrases par page, comme de la poésie, mais en prose, de l’espace pour se reposer les yeux. J’ai lu à l’envers, puis à l’endroit, c’est pareil. Ça se lit n’importe comment. C’est un rapport au temps (et au rendement) qui tient à la fois du rebelle caribéen, de l’enfance qui jonche le sol et de la vieillesse qu’on entrevoit déjà par la fenêtre. Et on ne sait toujours pas qui est Dany Laferrière; j’ai toujours l’impression qu’il se paye un peu notre gueule.
Tout va toujours trop vite même si j’ai tout mon temps d’ailleurs je n’ai que ça et c’est quand on n’a rien à faire que le temps est précieux.
Là où Laferrière nous apprend à vivre, c’est en disant «non» à presque tout. J’épouse cette sagesse doucement. Elle me réjouit.
Aujourd’hui, à soixante-dix ans, je réponds non à tout.
Il m’a fallu près d’un demi-siècle pour retrouver cette force de caractère que j’avais au début. La force du non. Se tenir debout derrière son refus.
Presque rien qui mérite un oui. Trois ou quatre choses au cours d’une vie. Sinon il faut répondre non sans aucune hésitation.
Juste pour quelques phrases, un livre vaut la peine d’être lu. Un écrivain épure.

Salon du livre de Trois-Rivières : avec ce petit supplément de chaleur
Linda Corbo, Radio-Canada
24 mars 2024
Dany Laferrière : de littérature et de réflexions
L’autre invité qui coiffait un titre particulier tout au long du Salon du livre de Trois-Rivières est Dany Laferrière, qui était l’écrivain en résidence, celui à qui on demande d’écrire un texte par jour pour ensuite le livrer au public.
À son stand, il proposait par ailleurs son livre Un certain art de vivre, petit bouquet de réflexions à déguster lentement. Je suis comme ça, dit-il. Enfant, je voyais autre chose que ce que les autres voient. Je n’avais pas l’impression que c’était une façon particulière d’être, parce que je trouvais aussi intéressant ce qu’ils voyaient et que je ne voyais pas.
Dany Laferrière en séance de dédicace au Salon du livre de Trois-Rivières
Il attribue cette façon particulière de voir le monde au fait qu’enfant, il était souvent malade et demeurait avec sa grand-mère. J’ai peut-être eu très tôt une relation avec quelqu’un d’intelligent, de calme, de serein, qui me parlait comme à un adulte et qui me poussait à l’observation. On s’asseyait tout le temps sur la petite galerie en avant de la maison et on regardait passer les gens. Elle commentait. Je regardais la pluie tomber… dit-il.
Il s’en est fait une habitude de vie, comme en font foi les réflexions qu’il propose dans Un certain art de vivre. Ce livre est une sorte de concentré de toute mon oeuvre, dit-il.
Dany Laferrière explique qu’il lui arrive souvent de parler avec des gens qui ont aimé l’écouter à la radio, mais qui ne l’ont jamais lu. Ces gens lui demandent par quelle porte d’entrée ils devraient intégrer son oeuvre. Jusqu’à la parution de son nouveau livre, il leur répondait souvent qu’il ne peut pas leur dire quoi lire puisqu’il ne les connaît pas.
Et finalement, la personne part, parce que les gens aiment bien qu’on leur propose des choses claires, dit-il. Puis je me suis dit: je vais écrire un livre où je pourrais leur répondre: prenez ça.. Dans ce livre, je parcours l’ensemble de mes réflexions et tout ce qui m’a agité pendant ce demi-siècle, pour qu’ils puissent voir dans quelle ambiance je suis quand je réfléchis.
Un certain art de vivre est paru aux Éditions Boréal le 12 mars, juste avant son passage au Salon de Trois-Rivières.

Trois Québécois au Festival du livre
par Isabelle Potel, Madame Figaro
5 avril 2024
UN CERTAIN ART DE VIVRE, de Dany Laferrière
« Balayer est un acte subversif car il permet de rêver. » Cette sentence, toute à l’image de la sensibilité et de l’humour de l’écrivain académicien, fera peut-être du bien aux femmes qui aiment faire le ménage! Une centaine de pages de maximes ou brefs poèmes en prose qui composent un journal intime autour de Hoki, la femme aimée, la femme enfuie, alors que l’auteur traîne son chagrin à Bornéo – pourquoi pas Bornéo? – boit du rhum, aiguise sa lucidité et tente, par la grâce des mots, de saisir le moment présent : « Couché sur le dos dans l’herbe jaune midi m’aspire. » Éditions Grasset, 134 p., 15 €. Rencontre au Festival du livre de Paris, le 12 avril, à 18 heures.

Dany Laferrière : la littérature, cette chose qu’on fait à deux
par Élise Jetté, Radio-Canada (site web)
6 avril 2024
Entre Port-au-Prince, Petit-Goâve, Miami et Paris, où il siège à l’Académie française depuis 10 ans, Dany Laferrière se dépose aussi souvent que possible chez lui, à Montréal.
À 70 ans, après cinq décennies à maîtriser le savoir-faire des mots, l’écrivain rappelle que son héritage littéraire ne sera jamais une série d’histoires figées dans le temps.
Les pages prennent vie lorsqu’on les touche, les mots s’incarnent lorsqu’on les lit. La personne qui se laisse emporter par ses livres fera toujours la moitié du travail littéraire.
Avant de rentrer à Paris, Dany Laferrière effectue ce samedi un dernier arrêt à Montréal, à la librairie Monet, pour déposer entre les mains des lectrices et lecteurs, Un certain art de vivre, paru en mars.
Ouvrir en mode plein écranDany Laferrière a fait paraître le livre « Un certain art de vivre » le 12 mars 2024.
Le vrai lecteur est invisible, c’est ça le charme, soutient d’emblée Dany Laferrière. Il nous connaît, on ne le connaît pas. Il y a beaucoup de turbulence dans tout ça.
Dans les écoles, les librairies, les salons du livre, les bibliothèques, j’ai rencontré des gens, mais la véritable lectrice, je ne l’ai jamais rencontrée. Elle se retrouve seule avec moi. C’est une rencontre intime, profonde. La rencontre personnelle et concrète est éliminée et sublimée par la lecture.
Une citation de Dany Laferrière, en entrevueUn certain art de vivre, paru aux éditions du Boréal le 12 mars dernier, s’adresse à deux types de lecteurs et lectrices.
D’abord les personnes qui connaissent les écrits de l’auteur et qui reconnaîtront les formules, les passerelles, les personnages, même. Mon style, mon art d’écrire, c’est la roue qui, pour avancer, doit tourner sur elle-même, explique-t-il.
Le livre est dédié au second type de lecteur, celui qui ne me connaît pas du tout, qui s’adonne à une rencontre avec l’ambiance intellectuelle dans laquelle je me baigne et je l’invite à me rejoindre dans la baignoire. L’eau permet à la peau de faire apparaître les récits qui sont sur sa surface.
Notre peau est un parchemin qui porte tous les récits du monde.
Comment prendre un livre, le feuilleter, y entrer et vivre? Comment l’entendre, s’y fondre et y mourir?
Dany Laferrière refuse d’offrir l’ombre d’une réponse aux questions qui pourraient agir comme un mode d’emploi à la lecture de ses oeuvres.
Je ne peux pas être à la fois celui qui fait à manger et qui dit comment manger, lance-t-il.
La lecture est une sensibilité qui en rencontre une autre. Quand quelqu’un lit mon livre avec sa sensibilité, il l’explique à quelqu’un d’autre et lui raconte en tenant compte de la sensibilité de cette personne. Et un jour, dans les mots de l’autre, j’en viens à ne plus reconnaître mon propre livre, poursuit-il.
Je rêve du jour où j’entrerai
dans un livre
mais il faut savoir dans quel livre
on voudrait finir ses jours.
Cette idée mute chaque fois qu’elle croise
une nouvelle et ainsi de suite
jusqu’à ce que je ne la reconnaisse plus.
Elle reviendra car il n’y a pas dans le monde
tant d’idées qui me font autant vibrer.
– Dany Laferrière, Un certain art de vivre
Lire les livres pour s’y reconnaîtreLe Québec sera à l’honneur du Salon du livre de Paris, du 12 au 15 avril prochain. Dany Laferrière ne cherche pas à sous-entendre que la littérature québécoise est différente ou qu’elle se distingue d’une quelconque façon, il tient plutôt à faire valoir toutes les similarités qui émanent des plumes les plus distinctes.
Je peux écrire un livre dans lequel, au Japon, on se reconnaîtra davantage qu’ici. Il n’y a pas d’ailleurs, vraiment. On écrit de l’universel. On a trop cherché à faire des frontières. La bibliothèque est là pour nous dire qu’il n’y a pas d’ailleurs.
Une citation de Dany Laferrière, en entrevueAu cours de ses voyages, l’écrivain se place dans la quête de tout ce qui unit les humains.
Je ne cherche pas les choses différentes, je cherche pourquoi, au Japon, on étend son linge dans l’arrière-cour comme à Montréal. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas que quelqu’un fasse un plat différent et se singularise, ce qui m’intéresse, c’est que quelqu’un prenne un oeuf, l’ingrédient le plus commun, et en fasse une omelette complètement différente.
Le livre, une oeuvre qui se vit à deuxDurant toute la durée de la conversation, Dany Laferrière réitère plusieurs fois que la littérature est l’oeuvre de deux personnes.
L’autre a son mot à dire. L’autre qui lit. On se demande souvent, comment font-ils pour nous raconter encore une histoire d’amour? Dans toutes les langues! Et moi, je réponds que peut-être que ça a été écrit, mais pas par moi. Et ce que je n’ai pas encore écrit, n’a pas encore été lu par toi. Et c’est ce qui rend toutes les expériences de littérature si singulières.
En refusant que la littérature devienne un bien ou un produit de consommation, un certain détachement par rapport au succès survient : Je ne me demande jamais si ce que je fais est original, dit Dany Laferrière.
Vous décrivez l’hiver, je décris l’été. Je ne pense pas que votre singularité sera d’avoir écrit l’hiver, alors que j’écris l’été. Votre singularité sera votre façon à vous de bien écrire au sujet de l’hiver.
Une citation de Dany Laferrière, en entrevue70 ans de vie, 50 ans d’écritureFace à la pression de trouver un nouveau sujet d’écriture, de nombreux questionnements happent les personnes de lettres, mais Dany Laferrière vogue pour sa part sans inquiétude. Je ne parle que de moi, moi n’étant jamais le même, lance-t-il.
Il affirme parler de soi puisque l’être humain est animé par sa curiosité envers les autres.
Cette façon d’intéresser le lecteur, c’est de ne pas lui donner l’impression que je regarde dans le trou de la serrure de son appartement, mais il arrivera un moment où il comprendra néanmoins que même si je parle de moi, je parle de lui.
Les mots dans les doigts depuis 50 ans, l’écrivain préfère ne pas s’intéresser à ce qui rend son oeuvre importante et refuse de nommer un de ses livres qui détrônerait tous les autres.
Un véritable écrivain, n’écrit qu’un seul livre et il le réécrit. Le livre le plus important, c’est souvent celui que le lecteur n’aime pas beaucoup. Et si on demande à la lectrice, lequel de mes livres est son préféré, la réponse ne dit rien sur moi, mais beaucoup sur elle.
Une citation de Dany Laferrière, en entrevueUn mot qui désigne la victoireEn siégeant à l’Académie française depuis maintenant dix ans, Dany Laferrière a accompli plusieurs choses, dont certaines le rendent particulièrement fier. Il est notamment à l’origine de l’entrée de Germaine Guèvremont et son Survenant, dans les pages des dictionnaires.
J’ai aussi fait entrer le mot « Vertières », dit-il fièrement. C’est l’endroit où s’est déroulée la dernière bataille de la guerre coloniale entre Haïti et l’armée napoléonienne et c’était la victoire de l’armée haïtienne qui faisait en sorte que, pour la première fois dans l’histoire du monde, un peuple d’esclaves avait vaincu une armée colonisatrice. Le premier pays de l’histoire humaine à avoir été fait par d’anciens esclaves.
Vertières ne figurait dans aucun dictionnaire français. Dany Laferrière a mené le combat de le faire citer dans le grand dictionnaire de l’Académie française en s’en servant pour illustrer un des exemples du mot victoire.
Dix romans en unAu sujet d’Autobiographie américaine, compilation d’une dizaine de ses livres, parue le 5 avril dans la collection Bouquins, Dany Laferrière aborde immédiatement le temps. Celui qu’on prend pour lire et s’intéresser à une oeuvre.
Ouvrir en mode plein écranDans « Autobiographie américaine », Dany Laferrière rassemble dix de ses romans dans lesquels il relate son parcours au Canada et aux États-Unis.
Devant les 1300 pages de son ouvrage, il se souvient de Si par une nuit d’hiver un voyageur d’Italo Calvino.
On ne peut lire de longues oeuvres que si on a du temps en réserve, dit Dany Laferrière avant de citer le début de l’oeuvre de Calvino
Tu es sur le point de commencer le nouveau roman d’Italo Calvino, Si une nuit d’hiver un voyageur. Détends-toi. Recueille-toi. Chasse toute autre pensée de ton esprit. Laisse le monde qui t’entoure s’estomper dans le vague. Il vaut mieux fermer la porte; là-bas la télévision est toujours allumée. Dis-le tout de suite aux autres : « Non, non, je ne veux pas regarder la télévision ». Lève la voix, sinon ils ne t’entendront pas : « Je suis en train de lire! Je ne veux pas être dérangé ».
Une citation de extrait de Si par une nuit d’hiver un voyageur d’Italo CalvinoPour Dany Laferrière, il faut un espace mental et le temps pour s’y arrêter. Guerre et Paix, je partais pour une résidence d’écriture de trois mois à Florence et je n’ai amené que ce livre. », »text »: »Quand j’ai lu Guerre et Paix, je partais pour une résidence d’écriture de trois mois à Florence et je n’ai amené que ce livre. »}}’>Quand j’ai lu Guerre et Paix, je partais pour une résidence d’écriture de trois mois à Florence et je n’ai amené que ce livre.
Ce qu’il reste à écrireDany Laferrière est convaincu que le sujet de tous ses écrits sera toujours lui-même.
L’écrivain a une musique dans sa tête que personne ne peut entendre et il doit seulement trouver un moyen de la matérialiser, explique-t-il. Je suis le parchemin, je ne suis pas le sujet. Je n’écris pas sur moi, j’écris à partir de moi. Et je n’ai donc jamais de problème de page blanche. Si je n’arrive pas à écrire, je réécris. Je suis écrivain donc je n’ai pas de projet. Écrire est une condition.
Impossible de parler autant des mots avec Dany Laferrière sans lui demander quels sont ses préférés.
Étincelle , nomme-t-il, comme une magnifique incarnation de ce qui peut être très petit et pourtant mettre le feu à la plaine ou à l’esprit.
Le mot tristesse n’est pas pour lui une condition qui naît de la peine.
C’est l’enfilade de « s », précise-t-il. Il y a quelque chose dans les pierreries. Je vois une petite boîte à bijoux. Ça scintille, la tristesse. Vous arrivez dans une soirée avec un collier de tristesse. Les « s » sifflent et se cognent ensemble comme des perles. Très peu de mots provoquent cela.
Et pour toutes les personnes qui sortiront d’une bibliothèque ou d’une librairie avec un livre de Dany Laferrière sous le bras, l’écrivain s’incline et ne demande rien d’autre que la chance d’occuper un moment dans leur esprit.
Il voudrait qu’elles prennent le temps. Je ne veux pas qu’elles retiennent quelque chose. Je veux que le livre les retienne.
Dany Laferrière présente Un certain art de vivre aux lecteurs et aux lectrices de Montréal, ce samedi 6 avril à la Librairie Monet, jusqu’à 15h30.

«L’art c’est quand on met sa culture en danger»
[Audio de 39 minutes]
au micro de Géraldine Mosna-Savoye, Les Midis de Culture sur France culture
12 avril 2024

«L’art, c’est mettre sa culture en danger»
par Jean-François Crépeau, Le Canada Français
25 avril 2024
Après plusieurs romans, Dany Laferrière a emprunté un chemin de traverse pour réfléchir sur des sujets qui lui sont essentiels, dont le racisme. Puis, troquant sa plume pour les outils du peintre, il a su imposer un nouveau mode d’expression et de création:le dessin et les couleurs naïves d’artistes haïtiens qu’il aime tant.
Pour Un certain art de vivre (Boréal, 2024), il a remisé ses pinceaux et redonné aux mots des teintes d’aquarelle où reposent vingt façons d’appréhender l’existence:l’art de vivre à l’horizontale, du déclin, des choses décousues, de vivre à Bornéo, de la répétition, des couleurs, de la chronique, de s’angoisser, de rebrousser chemin, de se vendre en détail, de partir en sifflotant, de quitter la fête, de vivre dans un monde oublié, de nager dans l’encrier, du retour, de cuisiner pour soi, d’être nu dans une baignoire rose, de pisser parmi les fleurs, d’être Borges et de vivre.
Chaque arrêt sur image est fait de six pages comptant trois paragraphes, certains façon haïku, d’autres façon prose évoquant cet «art de», cette façon de faire ou de rêver. Le tout est un recueil d’aphorismes où le thème de chacune des sections s’approprie un certain art de vivre.
Ces façons d’appréhender l’existence sont des objets de l’esprit qu’un alchimiste au long parcours observe à l’aide d’un sextant, ce bel objet scrutant l’horizon des imaginaires, tous plus réels que fictifs. Mais, Laferrière n’est-il pas aussi un marin poussé hors de son île pour explorer l’univers du dire et du faire dire? «Enfant, lisant l’Odyssée, j’étais triste de voir Ulysse partir, mais toujours heureux de découvrir avec lui de nouvelles contrées, de nouvelles mythologies, de nouveaux visages.» Il ignorait alors ses futures «voyageries»et qu’il allait découvrir «sous forme de réflexions fulgurantes, de haïkus langoureux, de descriptions hâtives d’un lieu, d’une situation ou d’un état d’esprit ce qui s’était passé dans ma vie durant ce dernier demi-siècle. Lecteur horizontal, j’ai choisi de lire dans ma baignoire ou dans mon lit sans perdre espoir que Hoki frappe à ma porte.» Revenons aux aphorismes.
Pourquoi ne pas débuter ce florilège par ceux évoquant Da? «L’impression que la galerie /où se trouvait assise ma grand-mère /était suspendue dans l’espace. /Et que la cafetière, toujours à ses pieds /devenait cette lampe magique /d’où sortait le génie du conte tropical.» L’écrivain retrouve ici et là l’homme Laferrière. «Je suis du pays de mon lecteur. /Quand un Japonais me lit /je deviens japonais. /Et quand Hoki se maquille /je me glisse dans la baignoire /tout habillé avec un verre de vin rouge», évoque directement la couverture du livre. «Je me rends compte que je n’ai pas écrit /ces livres pour décrire ce paysage /mais pour continuer à en faire partie.»«J’ai toujours pensé que c’était le livre /qui franchissait les siècles /pour parvenir à nous /jusqu’à ce que je comprenne que /c’est le lecteur qui fait le déplacement.» Vous croyez que Dany Laferrière a oublié le Québec? Nenni, il se souvient même de Miron, lui aussi un en-allé du square Philips:«Prenez deux poèmes par jour /un le matin et un autre le soir. /Trouver un ver qui vous plaît /et ruminez-le jusqu’à ce qu’il /s’incruste dans votre chair.» Et l’écrivain Dany L.? «Je n’ai jamais dissocié la lecture de l’écriture /car, si on lit pour quitter le lieu où on se /trouve, on fait de même en écrivant. /Si on ne quittait pas sa peau de temps en temps /on deviendrait fou d’être toujours le même.»«Au début, je croyais que /mes livres venaient de moi / pour découvrir enfin /que je viens de mes livres.» Que dire de plus, sinon que ces apophtegmes sont une sorte de bilan aussi intime que modeste, car n’en faut-il pas à un écrivain pour s’afficher devant un lectorat toujours avide de plus dire que de mieux dire?

Pour l’amateur des mots
par Marie-France-Lou Lemay, La Presse
9 juin 2024
Votre père aime flâner à la librairie et passer ses temps libres le nez dans les livres ? Voici pour celui qui apprécie le plaisir des mots.
Un nouveau Laferrière
Dany Laferrière a fait paraître Un certain art de vivre plus tôt ce printemps, un autoportrait composé de courts textes, de réflexions et de brèves chroniques. À 70 ans, l’académicien revient sur son parcours et cherche des réponses à la question : « comment les choses s’étaient passées dans cette vie où je n’ai pas cessé de bouger, souvent malgré moi ». Pour les fans de l’auteur, comme pour ceux qui souhaitent s’aventurer dans son œuvre pour la première fois.

Un livre qui respire le printemps.
Radio-Canada

Livre
par Yasmina Jaafar, Franc-Tireur
15 novembre 2023
Un certain art de vivre de Dany Laferrière
Avec ce nouvel ouvrage, l’académicien, écrivain et essayiste explore la forme brève. Ses haïkus, maximes, notes et autres textes courts reviennent sur l’essentiel: l’altérité humaine, la solidarité, l’exil, l’immigration et la capacité d’adaptation du genre humain. L’auteur de Petit traité du racisme en Amérique et prix Médicis 2009 pour L’Énigme du retour est passé maître dans l’art de la description des atermoiements de l’être. Celui pour qui quitter son pays sans espoir de retour est «la dernière grande aventure humaine» le démontre une fois encore ici et poursuit son analyse en s’appuyant sur ses multiples voyages. L’admirateur de Jorge Luis Borges insiste sur l’importance du savoir, seul véritable outil du développement de l’esprit critique, et écrit: «Césaire sait-il que ce petit cahier d’écolier qu’il tient en main est en fait une torche qui sert à éclairer notre chemin ?»
À lire pour grandir et débattre dans le calme.

Humour et poésie
par La Montagne
10 décembre 2023
Chaque année, c’estla même chose. Quand on se penche sur la question des cadeaux, le choix est tellement vaste qu’il est difficile de s’y retrouver. Les journalistes de nos rédactions vous proposent quelques idées pour vous guider dans vos recherches.
Un certain art de vivre, de Dany Laferière. Une série de réflexions, chroniques, haïkus au parfum nostalgique, à l’accent drôle, enveloppés de tendresse ou frappés de sagesse. Un parcours de vie et une «simplicité proche de l’enfance»

Éloge de la naïveté, de la paresse, de la sieste, du café, du rhum, de la lecture, d’une pensée vagabonde, de l’éloignement amoureux et de l’exil pour célébrer une vie à l’écart, à écrire.
— Marc Verlynde, La Viduité

Aussi drôle que provocateur.
propos recueillis par Simon Brunfaut, L’Écho (Belgique)
17 novembre 2023
INTERVIEW
Dany Laferrière (auteur): « L’homme allongé fait définitivement moins de dégâts »
« J’aime écrire dans mon lit ou lire dans ma baignoire », nous dit l’Académicien français. Dont acte! comme on le voit sur la couverture osée de la maison d’édition d’«Un certain art de vivre», son nouveau livre. Interview à l’horizontale…
Dans son dernier ouvrage à la couverture aussi drôle que provocatrice, Dany Laferrière nous invite à un « certain art de vivre » qui nous éloignerait de la frénésie du monde, à « pisser parmi les fleurs », « partir en
sifflotant » ou encore à « quitter la fête ». Autant de maximes, de réflexions commentées, de rêveries graves et drôles qui nous emportent sur les traces de son enfance, de ses livres, de son exil haïtien. Et d’une pensée
toujours en mouvement. «J’ai voulu savoir comment les choses s’étaient passées dans cette vie où je n’ai pas cessé de bouger, souvent malgré moi», écrivez-vous au début de ce livre. C’est une forme de bilan de votre vie et de votre travail d’écrivain?
C’est vrai que c’est un livre où j’évoque ma vie d’écrivain à travers des courts textes, des haïkus peut-être. Mais faire le bilan, ce n’est pas mon genre. Vous vous définissez comme un «lecteur horizontal»? Que voulez-vous dire par là?
J’aime écrire dans mon lit ou lire dans ma baignoire. Je lis parfois assis, très peu debout, mais toujours en pyjama. Quelles sont les vertus de l’horizontalité? Si on était resté plus longtemps à l’horizontale, il y aurait moins d’agitation dans le monde. L’homme allongé fait définitivement moins de dégâts, ce qui ne l’empêche pas d’avoir une présence. Rester allongé, c’est aussi tenter de ralentir face à un monde qui ne cesse d’accélérer, qui nous fait courir? Être allongé n’empêche pas l’esprit de rester actif. Allongé, on réfléchit et on rêve. Nous avons besoin de cette distance pour ne pas se retrouver dans la confrontation. C’est une posture qui évite le chaos avec une certaine nonchalance. On y
développe malgré tout une plus grande activité intellectuelle.
C’est donc aussi une manière de penser une nouvelle relation au
monde? Ce livre n’est pas une proposition, c’est un regard. Ce n’est pas une philosophie ou une leçon, mais un constat. Et peut-être que je me suis trompé en restant couché! Je n’essaye pas de dire aux gens comment faire. Je ne propose pas ici un art de vivre, seulement un «certain art de vivre».
Tout ça ne concerne que moi. Ce livre ne représente que le mouvement de la pensée, des sensations et des émotions qui contrôlent l’activité d’un
individu qui se trouve être moi. J’ai voulu rester dans un présent qui garde un parfum du passé.
Vous faites notamment ce constat: «Quand tout tombe, il reste la culture». Que voulez-vous dire par là? J’ai employé cette phrase dans le contexte du tremblement de terre du 12 janvier 2010, à Port-au-Prince. Une expression qui a tout de suite fait le tour du monde, à mon étonnement. La culture, c’est ce qui reste quand on a tout perdu. C’est ce qui fait que nous sommes vivants, même nus. Ce sont toutes nos pensées, nos sensations et nos impressions, et même nos sentiments, enfin tout ce qui fait de nous un vivant. La culture, c’est ce qui nous permet de reconnaître l’autre, même s’il semble à l’autre bout de notre sensibilité.
«Une culture qui ne tient pas compte des vivants est une culture morte», écrivez-vous encore. Qu’est-ce qu’une culture morte?
La culture, ce n’est pas uniquement l’étude des classiques. Ce n’est pas
toujours Homère ou Léonard de Vinci, bien que ces derniers
n’apparaissent que si on les convoque. Il n’y a pas que la culture écrite,
il y a aussi cette culture orale qui a beaucoup marqué mon enfance: les
contes, les proverbes, les chants populaires. Tout ce qui vient de cette
paysannerie dont je me sens de plus en proche, comme Bashō (maître
japonais du haïku, NDLR). Vous trouvez qu’on ne prend pas suffisamment en compte certaines formes de culture, qu’il existe un élitisme culturel? Je trouve par exemple qu’on parle trop de la langue et pas assez de la parole. On parle trop de la manière de dire et pas assez de ce qu’on a à dire. Ce faisant, on crée un lourd silence, gorgé de frustrations, qui souligne la distance entre les classes sociales. Résultat: les gens qui n’arrivent pas à s’exprimer correctement, se taisent. Je suis toujours impressionné par les gens qui ne lisent pas, comme s’ils détenaient un savoir que je cherche encore dans les livres. C’est une manière pour vous de «rester dans cette simplicité proche de l’enfance», comme vous l’écrivez? Et c’est ce qui guide ce choix de la forme courte? Oui, je trouve qu’on est très souvent trop long dans ce qu’on écrit, trop lent dans ce qu’on fait. On radote beaucoup dans les romans et les essais. Ce qui exaspère les enfants qui sont la vivacité même. Et il faut donc retrouver cette simplicité et cette vivacité dans l’écriture. D’où votre adage: «J’écris comme je vis». Dire les choses les plus complexes dans un langage très simple, c’est le fondement de l’écriture. Dès que vous me lisez, si j’ai réussi à faire cela, j’apparais.
RÉCIT
« Un certain art de vivre »
Par Dany Laferrière
Édité par Grasset
140 p. – 15€
Note de L’Echo: ★ ★ ★ ★

Il y a quelque chose d’apaisant dans le livre. D’abord dans la façon dont c’est écrit. C’est aéré, c’est espacé. C’est aussi l’occasion pour le lecteur de prendre son temps.
— Paul Arcand, Puisqu’il faut se lever (98,5 FM)

C’est un vrai délice! […] On peut y plonger et y replonger comme dans une baignoire.
— Patrick Masbourian, Tout un matin (ICI Première)

Une lecture vivement conseillée à tous ceux qui souhaitent trouver une manière d’habiter pleinement le monde, et surtout d’apprécier la vie et ses petites beautés quotidiennes.
— Osman Jérôme, AyiboPost (Haïti), 28 décembre 2025

Parmi les livres les plus empruntés de la Bibliothèque nationale
2024

Les yeux dans les poches
par François Angelier, Le Monde
29 août 2025
Faire bref n’est pas faire simple. Souvent le fragment finit par se faire totalité, en dire plus que l’ensemble dont il ne semble qu’un éclat. C’est ce qu’expérimente Dany Laferrière avec cette tentative de penser l’éventail de tous ses arts de vivre, les « vitesses » vitales, qui l’ont requis depuis cinquante ans. Tous les arts sont là, de celui de s’ « angoisser » à celui de « siffloter », et même celui de « chroniquer » : « C’est donc une java qui se danse à trois, le sexe facile, le rire gras et la mort. »

Sur la table de chevet de Fabienne Colas
par Laila Maalouf, La Presse
7 février 2026
Fabienne Colas est présidente et fondatrice du Festival Fondu au Noir, qui souligne ses 15 ans cette fin de semaine au Théâtre Colas, dans Saint-Henri, avec l’exposition AfroArts et plusieurs rencontres avec des personnalités – dont Patrice Bernier et Bruny Surin. Elle nous confie ses plus récents coups de cœur et ses lectures du moment.
Un certain art de vivre, Dany Laferrière
« C’est un délice de lire Dany Laferrière en tout temps. J’avais beaucoup aimé L’odeur du café et L’art presque perdu de ne rien faire, qui est un livre délectable. Un certain art de vivre, c’est des pensées, des réflexions… Je paraphrase, mais par exemple, il nous fait comprendre que la littérature, les livres et la lecture ne sont pas essentiels à la vie – seul l’oxygène l’est –, puis il passe à une autre réflexion. C’est une introduction facile pour quelqu’un qui n’a pas beaucoup lu ou pas du tout lu Dany Laferrière. »

