2010

Quand tout tombe, il reste la culture

— Dany Laferrière

12 janvier 2010

Quelques repères : Lauréat du prix Médicis 2009 pour L’énigme du retour, Dany Laferrière voit sa vie prendre un autre tournant le 12 janvier 2010 lorsqu’il survit au séisme dévastateur qui frappe Port-au-Prince, sa ville natale. Dans les semaines qui suivent, il multiplie les entrevues et les chroniques dans les médias, témoignant de ce qu’il a vu et vécu, des vies bouleversées et de la dignité des survivants, et participant à de nombreux événements organisés en solidarité avec Haïti. Il publie ensuite Tout bouge autour de moi, récit inspiré de son expérience du tremblement de terre.

  • 1 janvier 2010. Média. «La caraïbe» Article par François Bénichou dans Le Magazine Littéraire

    Ce petit roman autobiographique de Dany Laferrière nous raconte son adolescence à Petit-Goâve (une localité haïtienne pour ceux qui ne connaissent pas bien la région), entre sa grand-mère et des tentations plus charnelles. Journaliste et écrivain, Dany Laferrière a longtemps vécu à Montréal, où il a publié une grande partie de son oeuvre. Il vit depuis six ans à Miami et ne manque pas d’humour… On lui doit notamment un premier roman très instructif : « Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer ? », qui a connu un succès international et a été adapté au cinéma.

  • 1 janvier 2010. Média. «Retour en force des jeunes en librairie», mention par Marie-Pier Tremblay de L’énigme du retour dans La Presse

    On constate l’engouement pour «L’énigme du retour» de Dany Laferrière. La vente de ce volume a même dépassé celle de nombreux romans américains à grands succès. M. Laferrière a d’ailleurs reçu le prix français Médicis, le 4 novembre dernier, décerné à un auteur n’étant pas encore reconnu à la hauteur de son talent.

  • 2 janvier 2010. Média. «Les activités aéroportuaires sont perturbées aux États-Unis et dans le monde.» Entrevue avec Louis-Philippe Ouimet du Téléjournal de Radio-Canada

    Mince soulagement pour les Canadiens qui reviennent au pays; pour eux, la sécurité est moindre. Le Médicis 2009 est revenu d’Atlanta sans embûche. «J’ai pas senti cet énervement. Peut-être que si j’étais arrivé plus tard, il fallait arriver très tôt à l’aéroport. Vers 7 h du matin, les gens n’ont pas eu le temps de se mettre au garde à vous.» – Dany Laferrière

    Contexte: Le 25 décembre 2009, une tentative d’attentat à bord d’un vol reliant Amsterdam à Detroit entraîne un renforcement des mesures de sécurité aérienne, particulièrement aux États-Unis et sur les vols à destination du pays. Dans les jours qui suivent, les contrôles supplémentaires et les délais d’attente perturbent les déplacements de nombreux voyageurs. Le Téléjournal recueille les témoignages sur la manière dont les voyageurs vivent ces nouvelles contraintes.

  • 3 janvier 2010. Média. «Le livre à la croisée des chemins» Mention dans Le Soleil

    Q: Y a-t-il des modes en littérature?

    AL Oui.

    Q: Un exemple?

    AL Cet été, dans les librairies, les romans de Dany Laferrière et Marie NDiaye étaient réservés avant même qu’ils ne paraissent!

  • 5 janvier 2010. Média. «Le Goncourt au-delà des 400 000». Mention. par Renaud Saint-Cricq dans Aujourd’hui en France

    LE PRIX GONCOURT est aussi lauréat des ventes. Au 27 décembre, en quatre mois, « Trois Femmes puissantes », de Marie Ndiaye (Gallimard), avait convaincu 433 982 acheteurs, selon les chiffres d’Edistat*. Un carton, puisque les ventes moyennes d’un Goncourt flirtent avec les 230 000 exemplaires. Il file sur les traces du Goncourt 2006, Jonathan Littell, dont « les Bienveillantes » ont terminé 2007 à près de 700 000 copies écoulées. Beau parcours aussi pour « Un roman français », de Frédéric Beigbeder (Grasset). Le prix Renaudot s’est arraché à 196 966 exemplaires. Le Femina, « Personne », de Gwenaëlle Aubry (Mercure de France), a déjà 31 991 adeptes, contre 23 553 pour « L’énigme du retour », de Dany Laferrière (Grasset), prix Médicis. Le prix Interallié, « Jean Karski », signé Yannick Haenel (Gallimard), s’est vendu à 65 815 exemplaires. Autre succès, celui de Jean-Michel Guenassia, prix Goncourt des lycéens avec « le Club des incorrigibles optimistes » (95 686). Soit l’équivalent de l’acteur-écrivain Bernard Giraudeau : 95 646 lecteurs se sont offert « Cher amour » (Métailié), prix Pierre-Marc-Orlan.

    À partir des relevés de caisses issus d’un panel de près de 1 200 magasins en France métropolitaine.

  • 6 janvier 2010. Média. «Que restera-t-il des décennies Bouchard?» Citation par Antoine Robitaille dans Le Devoir

    S’il y a une preuve de cela, une preuve que notre identité passe par la francophonie et le détour européen, c’est bien le récent prix Médicis remporté par Dany Laferrière. Celui-ci a été un grand auteur de l’américanité. (Dany Laferrière, «Comment je suis devenu un écrivain américain», Le Devoir, 31 mars et 2 avril 2001). Son identité, disait-il, était continentale; entre Petit-Goâve, Montréal, Miami. Il s’établit à Miami, écrit pour un public anglais. Mais l’Amérique états-unienne n’a pas voulu de lui. L’Empire l’a boudé, comme il boude régulièrement notre différence. N’est pas Américain qui veut. C’est finalement l’Europe, la France, la francophonie, qui a reconnu l’âme haïtienne et le génie québécois dans cet errant qui aimait tant se dire américain.

  • 6 janvier 2010. Écho. Cafés littéraires à la médiathèque d’Évreux. Annonce dans Paris-Normandie.

    Cafés littéraires

    Cette année, la médiathèque d’Evreux proposera une nouvelle série de cafés littéraires. Un jeudi par mois, un cercle de lecteurs-amateurs se réunit pour échanger autour d’un livre choisi en fonction de son thème, de sa qualité d’écriture ou de l’actualité littéraire. Le premier rendez-vous aura lieu demain jeudi avec l’ouvrage de Dany Laferrière L’Enigme du retour (Grasset 2009). Prix Médicis 2009, cet ouvrage est un très beau roman sur la famille, l’exil, l’identité et le temps qui passe.

    Jeudi 7 janvier à 19 h 30 à la médiathèque, square Georges-Brassens à Evreux (hall d’actualité).

  • 8 janvier 2010. Média. «Disques, livres et DVD sous le sapin…» Mention dans Le Soleil

    Quand il est question de livres, deux titres se distinguent. D’abord, Le symbole perdu de Dan Brown, « un succès anticipé, puisque le public attendait avec impatience la sortie en français le mois dernier », souligne M. Breton. Puis L’énigme du retour de Dany Laferrière a été sans contredit le plus fort roman québécois de la saison.

  • 8 janvier 2010. Média. «Le retour de Dany Laferrière» par Valérie Marin La Meslée dans Le Point.

    Prix Médicis pour L’Énigme du retour (Grasset), « notre » plus célèbre haïtien de Montréal fait étape à Paris, invité au salon de lecture que Claude Arnaud tient désormais à la bibliothèque de l’Arsenal, département des « arts et spectacles » de la Bibliothèque nationale de France. Mieux vaut réserver sa place, car Dany Laferrière a le sens du show et le don d’émouvoir, comme le prouve encore son dernier opus. Loin du ton et du titre du premier (Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer ?),il a la gravité du moment, celui où un fils part sur les traces de son père disparu et redécouvre, à cette occasion, lui, l’exilé, son pays natal. Or Laferrière reviendra tout juste d’Haïti où se tient la seconde édition du festival Étonnants Voyageurs (14-17 janvier), ce qui est encore une raison pour ne pas manquer ce rendez-vous.

  • 8 janvier 2010. Média. «Les mots au secours du réel en Haïti» Mention de Dany Laferrière, coprésident du Festival Étonnants voyageur en Haïti dans Libération

  • 11 janvier 2010. Média. «Haïti: un festival littéraire pour projeter une autre image du pays» Mention par Calrens Renois pour Agence France Presse Infos Mondiales

    Haïti s’apprête à accueillir pendant quatre jours, le festival international du livre « Etonnants voyageurs », espérant profiter de cette occasion pour montrer une image plus valorisante de la république caribéenne connue pour son instabilité politique chronique.

    Environ 50 écrivains haïtiens et étrangers, dont le prix Médicis 2009 le Canadien d’origine haïtienne Dany Laferrière, prendront part aux activités qui se dérouleront dans onze villes du pays du 14 au 17 janvier.

    « Les écrivains partageront avec Haïti quelques pages du poème et du roman du monde, et pas moins de 3.000 écoliers auront l’occasion d’écouter leurs voix, de les interroger sur le sens de leur travail, leur rapport à la vie, au rêve et au réel », indique Lyonel Trouillot, prix 2009 Wepler-Fondation la Poste et vice-président d’Etonnants voyageurs-Haïti.

    Pour la responsable de la Direction nationale du livre Emely Prophète, la deuxième édition en Haïti de cet événement littéraire « prolonge l’enthousiasme des prix littéraires décrochés par près de dix écrivains haïtiens en 2009 ».

    Le président du festival, l’écrivain français Michel Lebris, voit ces distinctions comme « les signes d’une reconnaissance par le reste du monde de la formidable créativité littéraire d’Haïti, de sa diversité, de sa capacité à parler au monde entier ».

    « Le festival littéraire permet d’imposer Haïti dans les salles de rédaction de la Francophonie », croit encore Emely Prophète poétesse pour qui le fait de recevoir et de faire circuler 50 écrivains à travers le pays montre qu’il existe une bonne sécurité à Haïti.

    « C’est une occasion pour les auteurs consacrés et les écrivains d’avenir de faire rayonner Haïti, mal connu à l’étranger », estime pour sa part le journaliste-poète Dominique Batraville.

    « La deuxième édition du festival titré +Le monde au miroir d’Haïti, Haïti au miroir du monde+, se tient à un moment où se pose à Haïti la question de la modernité républicaine et de la construction d’une société plus juste », soutient Lyonel Trouillot dans le journal du festival.

    Le gouvernement haïtien ne sera pas en reste: le ministère de la culture s’est associé à l’ambassade de France et à l’institut français d’Haïti, partenaires de l’événement pour accueillir les illustres invités.

    Des écrivains venus d’Afrique, d’Europe, d’Asie, des Etats-Unis, de France et de pays francophones seront aux côtés d’auteurs haïtiens de renom, les vedettes de cette semaine littéraire.

    Ils interviendront dans les médias, dans des lieux publics, dans des établissements scolaires pour « partager avec le public haïtien l’inépuisable questionnement des enjeux sociaux et esthétiques de la création », soulignent les organisateurs.

    « Le festival a mobilisé pour sa réussite tous les acteurs culturels d’Haïti », se réjouit à l’avance Michel Lebris.

  • 12 janvier 2010. Média. «Haïti, reflet du monde» Mention à Radio-Canada Nouvelles

    Les prix littéraires, qu’est-ce que ça vaut? Peut-être moins que ce qu’ils représentent… c’est un peu le message envoyé par le festival international littéraire Étonnants voyageurs, qui se tient ce mois-ci, et pour la deuxième fois, en Haïti.

    « On peut gloser à l’infini sur le caractère très relatif, discutable, subjectif des prix littéraires », peut-on lire sur le site Internet du festival.

    « Il n’empêche: quand ceux-ci, en quelques mois, se multiplient, décernés depuis des aires culturelles différentes, par les jurys les plus divers, sans s’être donné le mot, cela prend une dimension symbolique forte ».

    Il est vrai que depuis quelques années, les écrivains haïtiens cumulent les honneurs, attestant « une reconnaissance, par le reste du monde, de la formidable créativité littéraire d’Haïti, de sa diversité, de sa capacité à parler au monde entier ».

    Le prix Médicis obtenu par Dany Laferrière en 2009 (également pressenti pour le Femina) pour L’énigme du retour et le Prix Wepler remporté par Lyonel Trouillot pour Yanvalou pour Charlie en sont des exemples récents, mais pas isolés.

    En 2007, Jean Métellus a obtenu le Grand Prix de Poésie de La Société des Gens de Lettres (SGDL) pour l’ensemble de son oeuvre, après la parution de La peau et autres poèmes.

    L’année précédente, Jean Métellus avait déjà raflé le Grand Prix international de poésie de Langue française Léopold Sédar Senghor, toujours pour l’ensemble de son oeuvre.

    2006 avait aussi été une bonne année pour le poète et dramaturge Franketienne puisqu’il avait remporté le Prix Union Latin de Littératures romanes tout en devenant lauréat de la Fondation du Prince Claus de la Hollande.

    En 2005, Franketienne avait aussi gagné le Grand Prix du livre insulaire d’Ouessant.

    On comprend donc bien pourquoi les organisateurs de l’édition 2010 de ce festival ont choisi de le sous-titrer: Le monde au miroir d’Haïti, Haïti au miroir du monde. Le pays est effectivement devenu un lieu incontournable de la création littéraire mondiale.

    Le programme du festival, qui se déroulera du 14 au 17 janvier dans une douzaine de villes, permettra d’en prendre toute la mesure avec de nombreuses rencontres de lettres et de culture: débats, films, petits déjeuners et cafés littéraires, lectures.

    Dany Laferrière, Lyonel Trouillot, Franketienne ou encore Stanley Péan figurent parmi la liste des 50 écrivains, haïtiens et étrangers, qui partageront leur expérience et leur amour de la littérature avec les festivaliers et les autres participants.

    Parmi ces derniers, signalons la présence des auteures haïtiennes Janine Tavernier et Emmelie Prophète, de l’auteur québécois Michel Vézina ou encore, de l’écrivain et journaliste français Serge Quadruppani.

    Michel Le Bris, romancier et directeur de la version malouine du festival Étonnants voyageurs, sera aussi de la partie.

  • 12 janvier 2010. Média. «Le festival Étonnants voyageurs du 14 au 17 janvier en Haïti» mention dans La Croix,

  • 12 janvier 2010. Média. «Haïti s’apprête à accueillir pendant quatre jours, le festival Etonnants voyageurs.» Mention dans Le Soir

    Littérature

    Haïti s’apprête à accueillir pendant quatre jours, le festival Etonnants voyageurs. Environ 50 écrivains haïtiens et étrangers, dont le prix Médicis 2009, Dany Laferrière, prendront part au festival, dans onze villes du pays, du 14 au 17 janvier. La 2e édition en Haïti de cet événement prolonge l’enthousiasme des prix littéraires décrochés par près de dix écrivains haïtiens en 2009. (afp)

Un séisme d’une magnitude de 7,3 est survenu à Port-au-Prince, le 12 janvier 2010 à 16 heures 53 minutes et 10 secondes, heure locale, faisant :

300 000 morts ◆ 300 000 blessés ◆ 1,43 million de sans-abris
  • 12 janvier 2010. Média. «J’ai vu la mort! J’ai vu la mort!» Mention par André Duchesne dans La Presse

    «J’ai vu la mort! J’ai vu la mort! Le mur est tombé à côté de moi. La ville est détruite. Les routes sont fermées. Il y a des gens partout dans les rues. C’est vraiment difficile ici, c’est le chaos total.» Photographe à La Presse, Ivanoh Demers a eu juste le temps de sortir de son hôtel de Port-au-Prince avant de voir un mur s’effondrer tout juste à côté de lui. Lui et la journaliste Chantal Guy sont en Haïti depuis dimanche pour réaliser un reportage sur l’univers décrit dans le dernier roman de Dany Laferrière, L’Énigme du retour.

    Mardi en soirée, durant quelques minutes, Ivanoh Demers a réussi à entrer en communication avec La Presse par téléphone satellite. En état de choc, secoué, la voix tremblante, il a décrit la scène de désolation qui frappe la capitale et plus particulièrement le quartier «Le Carrefour» où lui et Chantal Guy séjournaient.

    «Il y a des grandes fissures dans les murs, dit-il. Tous les édifices qui sont le moindrement élevés sont détruits. Il y a des hélicoptères partout.

    C’est la nuit présentement. Nous, on est à l’extérieur de l’hôtel. Il y a des gens partout parce qu’ils ne peuvent pas entrer dans les hôtels. Tout le monde crie.» Ivanoh Demers se trouvait dans sa chambre d’hôtel et travaillait au montage de son reportage sur Dany Laferrière lorsque la terre s’est mise à trembler.

    «Les murs ont commencé à brasser, à tomber à terre, raconte M. Demers. Je suis parti en courant. J’ai couru pour ma vie. Les gens criaient Jésus! Jésus! Jésus! C’était absolument irréel. Ça n’avait aucun bon sens! Je suis sorti de ma chambre et le mur de l’hôtel où j’étais s’est effondré à côté de moi. Tout tombait partout. C’est un cauchemar. Nous sommes contents d’être vivants et nous allons prier pour que demain, ce ne soit pas la catastrophe.»

    Dany Laferrière irait bien

    Une partie du reportage de nos collègues s’est faite en compagnie de Dany Laferrière qui se trouve lui aussi en Haïti. M. Laferrière n’était pas dans le même hôtel au moment du tremblement de terre. Tard mardi soir, personne n’avait réussi à lui parler. Mais son épouse Maggie, qui est à Montréal, à reçu des nouvelles encourageantes par personne interposée.

    «Je n’ai pas de nouvelles directes mais quelqu’un vient de m’appeler et m’a dit qu’elle a reçu un SMS de quelqu’un d’autre (venant de) Dany qui fait dire à sa femme de ne pas s’inquiéter. Donc, c’est une nouvelle de quatrième main mais c’est tout ce que j’ai, a-t-elle dit avec calme. Ça rassure un petit peu.» Elle tentait sans cesse de communiquer avec Haïti mais n’y parvenait pas.

    «Je ne vais même pas dormir, vous pouvez vous imaginer», a-t-elle ajouté.

    Mardi soir, Dany Laferrière devait donner une entrevue de 19h à 20h à Radio Kiskeya avec d’autres écrivains. Il devait participer avec deux autres écrivains québécois, Nicolas Dickner et Michel Vézina, au festival littéraire Étonnants voyageurs. Nos reporters devaient aussi s’y rendre.

    Responsable de nos pages Lectures, Chantal Guy a alimenté sa page Facebook jusqu’à 15 heures mardi, écrivant d’abord : «À Port-au-Prince, les coqs sont fous, ils hurlent à n’importe quelle heure toute la journée». Puis : «Sans oublier les chiens qui gémissent à s’en fendre l’âme ».

    Dans un courriel envoyé tard lundi soir, Chantal se réjouissait de sa première expérience en Haïti, nous écrivant : «Magnifique journée aujourd’hui avec Dany. Il a été particulièrement généreux de son temps, compte tenu qu’il est un homme extrêmement sollicité. Nous l’avons usé à la corde. Nous sommes nous-mêmes brûlés, mais contents.»

    Les gens crient et hurlent

    Nos collègues séjournaient dans un secteur de Port-au-Prince qui s’appelle Le Carrefour.

    Tout près de là, une partie d’une montagne se serait effondrée. L’hôtel situé à côté du leur s’est complètement effondré. Le leur, Villa Créole, est aussi dans un piteux état.

    «Ça va être le chaos demain matin lorsque le soleil va se lever. Je ne sais pas ce qui va arriver avec ça, a dit Ivanoh Demers. Je pense que la nuit va être longue. On espère juste qu’il n’y aura pas une deuxième secousse parce que ça a branlé deux ou trois fois après la secousse principale. Ici, les murs sont tous à terre. On entend les gens crier et hurler. On les entend de partout. Je pense que ce qu’il y a de plus difficile, c’est cela. C’est très désolant.

    Et puis, il ajoute : «On a eu la peur de notre vie. On est chanceux d’être vivants.»

  • 13 janvier 2010. Média. «Dany Laferrière manque à l’appel» par Marc Allard dans Le Soleil

    L’écrivain Dany Laferrière se trouvait en Haïti où il participait à un festival littéraire lorsqu’un puissant séisme a secoué son pays d’origine, hier en fin d’après-midi. En fin de soirée, sa femme n’avait toujours pas reçu son appel.

    Dès qu’elle a appris qu’un séisme avait secoué Port-au-Prince, Maggie Berrouët n’a pas cessé de rappeler à l’hôtel où son mari logeait. Comme partout dans la capitale haïtienne, la ligne était coupée.

    Mme Berrouët fondait toutefois un peu d’espoir sur un texto qu’une amie à elle a reçu durant la soirée. « Il y a une amie qui m’a appelée qui a reçu un SMS apparemment de quelqu’un en Haïti à qui Dany a dit de dire à sa femme qu’il allait bien, nous a-t-elle dit de Montréal. Mais c’est une nouvelle qui est passée par trois personnes. »

    L’épouse de Dany Laferrière préférait entendre son mari de vive voix avant d’être rassurée. « C’est sûr que je ne dormirai pas cette nuit », a-t-elle dit. Récipiendaire du prix Médicis 2009 pour son roman L’énigme du retour, Dany Laferrière s’était rendu en Haïti pour participer au festival international du livre Étonnants voyageurs, qui avait comme objectif de montrer une image plus valorisante de la république caribéenne connue pour sa pauvreté et son instabilité politique.

  • 13 janvier 2010. Média. «On s’inquiète pour Dany Laferrière» par Dany Bouchard, Le journal de Montréal

    L’écrivain Dany Laferrière est à Haïti depuis quelques jours en vue de participer à un festival international du livre. Restée à Montréal, sa conjointe n’avait pas encore pu lui parler hier soir.

    « Je n’ai pas de nouvelle. (…) Je suis très inquiète », a confié Maggie, entre deux appels à Haïti, pour essayer d’entrer en contact avec le célèbre auteur, gagnant l’an dernier du prix Médicis.

    En soirée hier, Maggie, la voix étranglée par l’émotion, a expliqué avoir reçu un appel de quelqu’un disant avoir reçu un message texte de Dany Leferrière désirant lui faire savoir qu’il était sain et sauf.

    « Il est parti depuis la semaine dernière. (…) Quand il est en voyage, on se contacte par Internet », a-t-el-le laissé savoir, sans vouloir en ajouter davantage.

    Installé à l’Hôtel Caribe de Port-au-Prince, l’auteur doit participer à la deuxième édition du Festival international du livre « Étonnants voyageurs », prévu du 14 au 17 janvier dans onze villes différentes du pays.

    Une cinquantaine d’écrivains, haïtiens ou étrangers, sont attendus pour l’occasion.

    Dany Laferrière est né à Port-au-Prince le 13 avril 1953, et il a passé une partie de son enfance à Petit- Goâve, à quelque 70 kilomètres au sud de la capita-le.

    Son père, Windsor Klébert Laferrière, fut maire de Port-au-Prince, puis sous-secrétaire d’État au Commerce et à l’Industrie.

  • 13 janvier 2010. Média. «Soudain le chaos» par Chantal Guy dans La Presse à Port-au-Prince.

    Pétionville – Journaliste et photographe à La Presse, Chantal Guy et Ivanoh Demers sont en Haïti depuis dimanche pour un reportage sur l’univers de Dany Laferrière. Hier, ils ont vécu la peur de leur vie.

    Villa Créole, 16h50. Je suis dans ma chambre d’hôtel en train d’écrire mon reportage sur Dany Laferrière, qui nous a fait découvrir la veille « son » Port-au-Prince. Journée magnifique: le soleil brille, les lézards sont paresseux, on entend les bruits de la ville grouillante et soudain… immense secousse. Comme si l’hôtel avait le hoquet. Puis, tout de suite, un tremblement extrêmement puissant et bruyant. Dans ma chambre, plus rien ne tient en place. Le plancher bouge, les miroirs tombent et se brisent, la télé tombe sur mon ordinateur, j’arrive avec peine à faire deux pas pour me rendre à la porte et sortir.

    Dehors, les gens sortent de leur chambre en panique aussi. On entend partout « Jésus! Jésus! Jésus! »

    Ivanoh Demers, le photographe qui m’accompagne, a failli être écrasé par un mur qui s’effondrait à l’entrée. On ne prend que nos passeports: il faut sortir.

    Les tremblements ont duré une bonne minute. Une éternité dans les circonstances, vu la violence de cette secousse sismique. Les miroirs, les poteries, tout est brisé dans l’hôtel, et des pans de murs sont tombés.

    Employés et clients sont dehors, personne ne semble avoir été blessé, mais tout le monde est sous le choc.

    Soudain, une terrible clameur monte vers Pétionville. Un immense concert de cris et de plaintes nous entoure, une épaisse poussière blanche surplombe les montagnes. On n’a aucune idée de ce qui a pu s’effondrer, mais la violence du séisme laisse deviner le pire.

    Impossible de joindre qui que ce soit par téléphone, les circuits sont surchargés. Personne ne sait où aller ni même s’il est possible de prendre la route. Dans une heure, il fera nuit, on ne verra plus rien.

    Jean-Marie Duval, spécialiste des urgences – il travaille à l’ONU et était sur le terrain lors des inondations et des cyclones – n’en revient pas. La veille, il était allé à Jalousie pour vérifier les structures des immeubles construits comme des termitières sur la montagne. « Ça va être difficile, on ne connaît pas l’ampleur des dégâts. Nous avons entendu parler d’une secousse il y a deux mois près de Saint-Domingue; nous savions qu’un tremblement de terre finirait par arriver à Haïti mais, de mémoire, d’une telle ampleur, cela n’est pas arrivé depuis un siècle. » Il n’arrive même pas à joindre ses collègues.

    Nous sentons régulièrement la terre trembler très doucement sous nos pieds, ce qui nous arrête le coeur pendant quelques secondes. Il n’est pas recommandé de retourner à l’hôtel – les risques sont trop grands -, alors tout le monde se prépare à dormir dehors. Coussins, chaises, oreillers, couvertures sont distribués de-ci, de-là, pendant que la nuit tombe. La solidarité se manifeste rapidement.

    Les nouvelles arrivent très lentement. Certaines radios sont sûrement touchées puisqu’elles diffusent de la musique que les gens écoutent dans les voitures.

    Puis, peu à peu, vers 19h30 environ, les blessés commencent à arriver. Ils sont parfois couverts de poussière de plâtre. Ils arrivent à pied ou en voiture, mais ils cherchent de l’aide. Un enfant hurle; il a probablement la jambe cassée. Un médecin se met au travail et demande de la lumière. Les gens entourent l’enfant avec leurs lampes de poche, une voiture éclaire la scène avec ses phares. Une femme explique que son mari, en bas de la côte, a les deux pieds cassés, qu’il y a plusieurs blessés. Une autre femme arrive ensanglantée, elle a plusieurs plaies ouvertes. On commence à déchirer des draps pour éponger le sang, faire des garrots, et on brise des pattes de chaise pour stabiliser les os cassés.

    Des hommes arrivent avec leurs bagages. Le tremblement de terre a commencé cinq minutes après l’atterrissage de leur avion. Ils ont réussi à parvenir à l’hôtel moitié en voiture, moitié à pied.

    On entend que c’est le quartier de Delmas qui est le plus touché. À la radio (on a trouvé un poste), on dit aux gens de ne pas rester dans les maisons, de faire preuve de solidarité… et de prier.

    « On peut s’attendre à tout lorsqu’on vient en Haïti, mais certainement pas à cela » lance Ann, dont c’est la première visite au pays.

    Moi aussi, c’est ma première visite. J’étais heureuse d’y être pour la littérature, pour Dany Laferrière, pour le festival Étonnants Voyageurs, qui rassemble des écrivains de partout dans le monde. Pour aborder autrement ce pays qui ne fait souvent les manchettes qu’à cause de ses problèmes. Me voilà ce soir chez des amis d’un collègue journaliste qui sont venus à notre rescousse, en train d’écrire ce que je n’aurais jamais voulu écrire. Pas pour moi. Pour Haïti.

  • 13 janvier 2010. Média. «Haïti plongé dans le chaos» Mention par Ariane Lacoursière, Ariane et Martin Croteau, La Presse

    Le bilan s’alourdit d’heure en heure après un violent séisme

    Montréal – Les témoignages d’horreur arrivaient au compte-gouttes, en soirée, alors que les communications avec Haïti étaient extrêmement ardues.

    Encore sous le choc, le photographe de La Presse Ivanoh Demers, qui se trouvait à Pétionville au moment du séisme, a eu la peur de sa vie, hier soir. Lui et la journaliste Chantal Guy sont en Haïti depuis dimanche pour réaliser un reportage sur l’univers décrit dans le dernier roman de Dany Laferrière, L’Énigme du retour.

    M.Demers était à l’hôtel Villa Créole, dans cette banlieue proche de Port-au-Prince, lors des premières secousses. En état de choc, secoué, la voix tremblante, il a décrit la scène de désolation qui frappe la capitale et plus particulièrement le quartier Le Carrefour où il séjournait. « Ici, les murs sont tous à terre. Je suis sorti de ma chambre et le mur de l’hôtel où j’étais s’est effondré à côté de moi. Les murs ont commencé à brasser, à tomber », raconte M.Demers.

    « Je suis parti en courant. J’ai couru pour ma vie. Les gens criaient Jésus! Jésus! Jésus! C’était absolument irréel. Ça n’avait aucun bon sens! Je suis sorti de ma chambre et le mur de l’hôtel où j’étais s’est effondré à côté de moi. Tout tombait partout. C’est un cauchemar. »

    L’épicentre du séisme est à 15 kilomètres à l’ouest de Port-au-Prince. La première secousse a duré plus d’une minute, faisant tressauter des véhicules en pleine rue. Elle a été ressentie par plus de deux millions de personnes. Après la première secousse, des centaines de personnes sont descendues dans les rues en criant.

    Au moins treize autres secousses se sont ensuite succédé, dont une de magnitude de 5,9 et une autre de 5,5. Une alerte au tsunami a été donnée, mais annulée par la suite.

    Des scènes d’horreur

    Craignant l’effondrement de leurs maisons, les citoyens les ont abandonnées et se sont massés dans les rues. « On entend les gens crier et hurler. On les entend de partout. Je pense que ce qu’il y a de plus difficile, c’est cela », a raconté M.Demers.

    De nombreux bâtiments de la capitale haïtienne se sont effondrés, notamment le Palais national, le ministère des Finances, le palais de justice, ainsi que la cathédrale de Port-au-Prince. Le siège de la Mission de stabilisation de l’ONU en Haïti a aussi été détruit en grande partie, a dit un employé local selon qui plusieurs personnes se trouvaient sous les décombres. Partout dans la région de la capitale haïtienne, les dommages étaient majeurs. On rapportait plus de maisons effondrées que debout. Un nuage de poussière s’est élevé au-dessus de la ville.

    « C’est la nuit présentement. Nous, on est à l’extérieur de l’hôtel. Il y a des gens partout parce qu’ils ne peuvent pas entrer dans les hôtels. Tout le monde crie », rapporte M.Demers.

    « Ça va être le chaos demain matin lorsque le soleil va se lever. Je ne sais pas ce qui va arriver avec ça, dit-il. Je pense que la nuit va être longue. On espère juste qu’il n’y aura pas une deuxième secousse parce que ç’a branlé deux ou trois fois après la secousse principale. »

    Travaillant à la Maison d’Haïti à Montréal, Marjorie Villebranche a joint ses proches à Port-au-Prince. « Ils disent que partout, c’est le chaos. Les maisons se sont effondrées. Les routes aussi. Il y a des amoncellements de maisons, d’autos et de gens. On ne distingue pas les corps dans les débris », a déclaré MmeVillebranche.

    Producteur de spectacles évangéliques à Montréal, Jean Wesley Charles a réussi à parler à sa famille, qui habite Port-au-Prince. Son frère Jean-Marie rentrait chez lui quand la route s’est mise à trembler. « Il dit qu’il a failli tomber dans une crevasse, a raconté M.Charles. Quand il est arrivé chez lui, tout l’intérieur de sa maison était détruit. »

    Convoi d’aide

    Quarante-deux agents du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) se trouvent en Haïti et certains manquent à l’appel, a déclaré hier soir le chef du corps policier, Yvan Delorme. Le SPVM et la Gendarmerie royale du Canada participent depuis 20 ans à un programme visant à épauler la Police nationale d’Haïti. Un premier convoi d’aide est déjà parti des États-Unis en direction d’Haïti, le pays le plus pauvre des Amériques. Un peu plus de deux des neuf millions d’habitants du pays habitent Port-au-Prince. Quelque 70% des Haïtiens vivent avec moins de 2$ par jour.

    Selon l’ambassade d’Haïti aux États-Unis, le tremblement de terre d’hier est une « catastrophe majeure » pour le pays, déjà frappé ces dernières années par une série de catastrophes naturelles meurtrières.

    Dany Laferrière

    Une partie du reportage de nos collègues se faisait en compagnie de Dany Laferrière qui se trouve lui aussi en Haïti. M.Laferrière n’était pas dans le même hôtel au moment du tremblement de terre. Tard hier soir, personne n’avait réussi à lui parler. Mais son épouse Maggie, qui est à Montréal, à reçu des nouvelles encourageantes par personne interposée. « Je n’ai pas de nouvelles directes mais quelqu’un vient de m’appeler et m’a dit qu’elle a reçu un SMS de quelqu’un d’autre (venant de) Dany qui fait dire à sa femme de ne pas s’inquiéter. Ça rassure un petit peu. »

  • 13 janvier 2010. Média. «Des nouvelles de Dany Laferrière» par André Duchesne dans La Presse

    Nos collègues s’étaient rendus en Haïti en compagnie de Dany Laferrière pour un reportage sur l’univers qu’il décrit dans son dernier roman, L’Énigme du retour. Tard hier soir, personne n’avait réussi à parler à l’auteur, qui logeait dans un autre hôtel. Mais sa femme, Maggie, qui est à Montréal, a reçu des nouvelles encourageantes par personne interposée. « Je n’ai pas de nouvelles directes, mais quelqu’un vient de m’appeler et m’a dit qu’elle avait reçu de quelqu’un d’autre un SMS de Dany, qui fait dire à sa femme de ne pas s’inquiéter. Donc, c’est une nouvelle de quatrième main, mais c’est tout ce que j’ai, a-t-elle dit avec calme. Ça rassure un petit peu. » Elle tentait sans cesse de communiquer avec Haïti, en vain. « Je ne vais pas dormir, vous pouvez vous imaginer », a-t-elle ajouté. Hier soir, Dany Laferrière devait donner une entrevue de 19h à 20h à Radio Kiskeya avec d’autres écrivains. Il devait aussi participer avec deux autres écrivains québécois, Nicolas Dickner et Michel Vézina, au festival littéraire Étonnants Voyageurs, où nos reporters devaient également se rendre.

  • 13 janvier 2010. Citation. «L’acharnement» par Marie-Claude Lortie dans La Presse

    « J’ai demandé à ce peintre aux pieds nus
    pourquoi il peint toujours ces arbres croulant
    sous les fruits lourds et juteux
    alors que tout est désolation autour de lui.
    Justement, me fait-il avec un triste sourire,
    Qui veut accrocher dans son salon
    Ce qu’il peut voir par la fenêtre? »

    Dany Laferrière
    L’énigme du retour

    J’ai couvert mon premier et seul tremblement de terre, en 1989, dans la région de San Francisco. Plusieurs autoroutes suspendues et un pont avaient été endommagés par le séisme. Nul besoin de vous dire que ce ne sont pas les quartiers les plus riches qui se trouvent sous ces voies rapides. Si bien qu’en me baladant autour des décombres, un jour, quand j’ai demandé à une dame du quartier assise sur son perron si la maison voisine était tombée en même temps que l’autoroute, elle m’a répondu en riant: « Oh non, ici, on n’a pas attendu le tremblement de terre pour être dans cet état. Cette maison s’était écroulée bien avant. »

    C’est à cette scène que j’ai tout de suite pensé en apprenant hier qu’une autre tragédie venait de s’abattre sur Haïti.

    Une horreur empilée sur une autre.

    Après les ouragans, le chaos politique, voilà que les plaques tectoniques ont décidé de s’en mêler. Un coup de poignard venu de la Terre.

    À la misère déjà omniprésente dans ce pauvrissime pays d’Amérique, vont maintenant s’ajouter les mille et une cicatrices d’une catastrophe naturelle d’une cruauté infinie.

    Le Palais national? Un hôpital de Pétionville? Tous atteints? Pourtant, ce sont des constructions « solides », du roc comparé aux bidonvilles, comparé à ces maisons empilées à flanc de coteau qui ont glissé dans les ravins comme du beurre dans la poêle, comparé aux demeures réduites en miettes le long de venelles de terre, bric-à-brac anéanti par un croche-pied monstrueux.

    Un tremblement de terre en Haïti?

    Même pas deux ans après les ouragans de 2008? Et Jeanne en 2004?

    Haïti?

    Le pays qui souffre plus que tous les autres dans cet hémisphère; celui où le revenu moyen est de moins de 2$ par jour; le pays sans forêt; où flirtent sans cesse le chaos politique, la faim, ce bout des Antilles qu’Al Gore montre en contre-exemple environnemental, nation meurtrie par les dictatures.

    Haïti? Les racines de nos amis, de nos frères, de nos collègues, de nos proches…

    Plutôt que d’aller dans un café haïtien ou au bas de ma rue, au stand de taxi, parler à des Montréalais d’origine haïtienne, je suis restée scotchée, hypnotisée par mon ordinateur hier, figée, pris de frissons devant les images et les bouts de textes arrivant de partout, inondant les différents sites de réseaux sociaux qui nous branchent en direct sur les témoins des catastrophes. « Tel hôtel vient de tomber. » « Les gens prient. » « Les gens prient vraiment très fort. »

    Sur certains sites de nouvelles, on pouvait aussi voir la télé haïtienne hurlant en créole et en français des bribes d’informations. J’ai entendu un animateur essayant d’interviewer une femme. « Inconsolable », disait le journaliste. « Inconsolable. » J’ai compris que l’entrevue n’aurait jamais lieu. En arrière-plan, pendant ce temps, défilaient des images infernales de ruines.

    Haïti n’avait pas besoin d’une autre catastrophe. L’acharnement de la nature y pousse l’humanité dans des recoins dont il est difficile d’imaginer qu’il fallait vraiment, absolument, les explorer.

    En attendant, reste à offrir toutes nos condoléances à ceux qui ont perdu les leurs.

    Et reste à aider, en envoyant notamment de l’argent aux organismes humanitaires qui, une fois de plus, iront sur place tenter de faire l’infaisable: réparer cette victime parmi les victimes de la nature et de son insondable barbarie.

  • 13 janvier 2010. Média. «Des fans inquiets» par Marc Allard, Le Soleil

    L’écrivain Dany Laferrière se trouvait en Haïti où il participait à un festival littéraire lorsqu’un puissant séisme a secoué son pays d’origine, mardi en fin d’après-midi. En fin de soirée, sa femme n’avait toujours pas reçu son appel.

    Québec – Dès qu’elle a appris qu’un séisme avait secoué Port-au-Prince, Maggie Berrouët n’a pas cessé de rappeler à l’hôtel où son mari logeait. Comme partout dans la capitale haïtienne, la ligne était coupée.

    Mme Berrouët fondait toutefois un peu d’espoir sur un texto qu’une amie à elle a reçu durant la soirée. «Il y a une amie qui m’a appelée qui a reçu un SMS apparemment de quelqu’un en Haïti à qui Dany a dit de dire à sa femme qu’il allait bien, nous a-t-elle dit de Montréal. Mais c’est une nouvelle qui est passée par trois personnes.»

    L’épouse de Dany Laferrière préférait entendre son mari de vive voix avant d’être rassurée. «C’est sûr que je ne dormirai pas cette nuit», a-t-elle dit. Récipiendaire du prix Médicis 2009 pour son roman L’énigme du retour, Dany Laferrière s’était rendu en Haïti pour participer au festival international du livre Étonnants voyageurs, qui avait comme objectif de montrer une image plus valorisante de la république caribéenne connue pour sa pauvreté et son instabilité politique.

    Toute la soirée, des internautes se sont interrogés sur le sort de Dany Laferrière. Sur Twitter, personne ne disait avoir eu de ses nouvelles, alors que d’autres Québécois qui participaient au même festival littéraire avaient réussi à informer leurs amis qu’ils étaient sains et saufs. Certains craignaient qu’il ait péri dans le tremblement de terre, comme plusieurs victimes locales qui ont été tuées dans l’écroulement de bâtiments. En milieu de soirée, une nouvelle entrée sur Wikipédia indiquait même que l’écrivain était décédé hier. Mais elle a été retirée peu de temps après

  • 13 janvier 2010. Média. «Haïti sous les décombre» Mention dans La Presse

    Selon l’ambassade d’Haïti aux États-Unis, le tremblement de terre d’hier est une « catastrophe majeure » pour le pays, déjà frappé par une série de catastrophes naturelles meurtrières dans les dernières années.

    Notre journaliste Chantal Guy était à Port-au-Prince en compagnie de l’auteur Dany Laferrière à l’occasion du festival littéraire Étonnants Voyageurs. Lundi soir, dans un courriel, elle a écrit qu’elle avait parlé deux fois à la radio en compagnie de l’écrivain. « Les voix de Chantal Guy et d’Ivanoh Demers ont résonné à 8h et à 5h aux heures de grande écoute à Port-au-Prince. La magie que je ressens, c’est que tout le monde est étonné que nous soyons ici pour la littérature. Nous avons une autre approche que ce à quoi ils sont habitués, et ça nous ouvre des portes », a écrit Mme Guy, qui se porte bien, tout comme M. Laferrière.

    Les Haïtiens se réjouissaient donc en début de semaine de savoir nos journalistes là pour quelque chose de positif plutôt que pour une catastrophe. Et la catastrophe les a rattrapés.

  • 13 janvier 2010. Média. «Le festival Étonnants voyageurs annulé» par Radio-Canada Nouvelles

    La catastrophe qui s’est abattue mardi sur Haïti a entraîné l’annulation du festival Étonnants voyageurs qui devait se tenir dans l’île du 14 au 17 janvier.

    « Michel Le Bris [directeur du festival Saint-Malo Étonnants Voyageurs] et l’équipe du festival, présents à Port-au-Prince, ont pu nous contacter juste après le séisme mardi 12 janvier, puis à nouveau aujourd’hui. Ils vont bien », peut-on lire sur le site de l’association.

    Les organisateurs précisent que les auteurs et les journalistes qui devaient se rendre en Haïti mercredi ne sont pas partis.

    « Nous sommes sans nouvelles de la plupart des auteurs haïtiens », explique l’association, qui indique toutefois que Dany Laferrière, Louis-Philippe Dalembert, Rodney Saint-Éloi, Lyonel Trouillot et James Noël auraient communiqué des nouvelles « rassurantes ».

  • 13 janvier 2010. Média «Annulation du festival de littérature Etonnants Voyageurs en Haïti» par Agence France Presse

    ATTENTION – Actualise avec nombre exact de membres de l’équipe Etonnants voyageurs et point sur les écrivains.

    La deuxième édition du festival Etonnants Voyageurs en Haïti, qui devait se dérouler du 14 au 17 janvier, a été annulée en raison du puissant séisme qui a frappé le pays mardi, selon un communiqué de l’association organisatrice.

    L’écrivain Michel Le Bris, organisateur de ce festival, qui se trouvait à Port au Prince lors du séisme, a donné des « nouvelles rassurantes » dans la nuit de mardi à mercredi sur l’état de santé de l’équipe bretonne présente sur place, et composée de cinq (BIEN: cinq) personnes, selon le service de presse du festival.

    La délégation bretonne était hébergée à l’hôtel Karibé qui s’est à moitié effondré, a-t-on également précisé. Ensuite, « nous avons eu un mail à 15H00 de l’équipe qui nous a dit: +on va bien+ », a-t-on précisé mercredi soir au siège de l’association à Rennes.

    Une cinquantaine d’écrivains de renom venus d’Afrique, d’Europe, d’Asie, des Etats-Unis, de France et de pays francophones devaient participer au festival dont la première édition s’est tenue en décembre 2007.

    Les auteurs qui étaient déjà arrivés sur place, la plupart devant arriver mercredi, sont sains et saufs, a indiqué l’association. Lyonel Trouillot et Dany Laferrière, deux des écrivains les plus connus d’Haiti, sont en sains et saufs, a-t-on poursuivi de même source.

    Le festival Etonnants Voyageurs a été initialement créé en 1990 à Saint-Malo où il se tient depuis lors chaque printemps. Il a parallèlement essaimé dans plusieurs pays, dont le Mali et Haïti, sous la houlette d’associations locales.

  • 13 janvier 2010. Média. «Haïti: les écrivains québécois hors de danger» par Nathaëlle Morissette dans La Presse

    Les cinq écrivains québécois qui devaient participer en Haïti au festival littéraire Étonnants voyageurs sont hors de danger.

    Les cinq écrivains québécois qui devaient participer en Haïti au festival littéraire Étonnants voyageurs sont hors de danger.Sur place, Dany Laferrière et Rodney St-Éloi ont échappé au désastre.

    Contrairement à ce qui circulait hier, Stanley Péan était toujours à Montréal lorsque la terre a tremblé en Haïti. Il devait quitter la métropole ce matin à 6h, tout comme son collègue Nicolas Dickner.

    L’autre participant, Michel Vézina, se trouve pour sa part en République dominicaine. En raison des circonstances, le rendez-vous littéraire a été annulé.

  • 13 janvier 2010. Média. «Séisme en Haïti : Les écrivains avaient rendez-vous à Port-au-Prince» mention par Valérie Marin La Meslée dans Le Point

  • 14 janvier 2010. Média. «L’île aux blessures» par Valérie Lessard, Le Droit

    Dany Laferrière était retourné en Haïti, plus tôt cette semaine, pour prendre part au festival de littérature Étonnants Voyageurs. Il était donc rentré au pays de son enfance pour faire la fête aux mots, aux livres et aux auteurs, aux nombreux souvenirs de ce Pays sans chapeau qui continue de l’habiter et de l’inspirer, et qu’il porte toujours en lui.

    Et ce sont justement ses mots qui remontaient en moi, hier soir, alors que les images de l’impact du séisme ayant durement secoué Haïti défilaient au petit écran. Des mots de L’Énigme du retour, que je me suis souvenu avoir soulignés, après les avoir lus à moult reprises, tant ils m’avaient soufflée par leur portée, et qui ont pris des accents encore plus poignants, hier, à la lueur des événements:

    « J’ai demandé à ce peintre aux pieds nus pourquoi il peint toujours ces arbres croulant sous les fruits lourds et juteux alors que tout est désolation autour de lui.

    Justement, me fait-il avec un triste sourire,

    Qui veut accrocher dans son salon ce qu’il peut voir par la fenêtre? »

    S’il n’a jamais fait abstraction de la dure réalité sociale et politique d’Haïti dans son oeuvre, Dany Laferrière n’a pas non plus cherché à en gratter à l’excès les blessures. Il n’a rien caché, mais, comme tout bon auteur le fait, il a délicatement choisi les diverses facettes de son pays natal qu’il a dévoilées au fil de ses romans et albums jeunesse. Ainsi, il nous a fait rêver nous aussi à la robe jaune de Vava et au vélo rouge qu’il n’a pas hésité à enfourcher pour aller lui clamer son amour. Il a aussi permis aux lecteurs de découvrir Da, sa grand-mère, et, surtout, la civilisation qu’elle avait construite autour de sa tasse de café. Pas étonnant, dès lors, qu’il m’ait déjà confié que sa vie se résumait à L’Odeur du café de sa grand-mère…

    L’île où Dany Laferrière se faisait appeler Vieux Os, enfant, est donc peuplée d’une foisonnante galerie de gens et de véritables personnages, d’odeurs et de couleurs, d’abord et avant tout. Dans son oeuvre, il dépeint son pays avec lyrisme, voire onirisme, et volupté, dans une exubérance de mots et de sensations, non pas pour en camoufler la pauvreté, mais pour en révéler une essence qui, trop souvent, nous échappe. Ou qu’on préfère occulter, parce qu’elle ne correspond pas à l’idée que nous nous faisons du tiers-monde.

    Il raconte avec réalisme, mais sans tomber dans le misérabilisme. En témoignent ces quelques vers, tirés de L’Énigme du retour: « Une petite fille en train/de grimper la montagne/avec un seau d’eau sur la tête./Ici on vit d’injustice et d’eau fraîche. » Il réfléchit au sort des siens, bien sûr, mais jette aussi un regard sur les relations entre le Nord et le Sud, sur la perception que nous avons les uns des autres. « Les gens du Nord semblent/si fortement attirés par la mer/alors que la glace effraie ceux du Sud./La séduction de la chaleur suffit-elle/à expliquer que les premiers/deviennent plus facilement colonisateurs/que les seconds? »

    D’un livre à l’autre, l’écrivain reconstruit son monde, pour mieux le réinventer sous sa plume. Pour mieux s’approprier cette part intrinsèque de l’homme qu’il est.

    Un visage différent

    Dany Laferrière est à Port-au-Prince en ce moment aux dernières nouvelles, il se porte bien. Il y était retourné pour partager avec les siens, et avec tout un peuple, son Prix Médicis, remporté l’automne dernier pour L’Énigme du retour. Ce devait être, en quelque sorte, le retour de l’enfant prodigue.

    Il était là pour célébrer la littérature, accompagné de la journaliste Chantal Guy et du photographe Ivanoh Demers, de La Presse, et pour montrer du même coup un visage différent d’Haïti, dont le nom rime plus souvent qu’autrement avec tragédie. Du moins, quand on en parle, ici.

    Mais le malheur a une fois de plus frappé ce petit pays, le laissant dévasté par une onde de choc dont le monde tente encore de saisir l’ampleur. Tant et si bien qu’une fois de plus, au lieu de parler d’Haïti de façon positive et sous un angle plus réjouissant, on ne retiendra que la catastrophe et le désarroi d’une population entière, dont l’incroyable résilience a été durement mise à l’épreuve au cours des dernières années.

    Cette résilience nous permet de croire que l’odeur du café se fera de nouveau sentir un jour à Port-au-Prince, et que des peintres recommenceront à étaler leurs couleurs vives sur leurs toiles.

    Dany Laferrière doit surtout espérer qu’on parle de ça aussi, un jour, ici.

  • 14 janvier 2010. Média. «L’écrivain Dany Laferrière est sain et sauf» par Dany Bouchard dans Le journal de Montréal

    Dany Laferrière se porte bien. Sa compagne, qui a finalement reçu un courriel de sa part, est extrêmement soulagée.

    Vers 10 h hier matin, le célèbre écrivain, gagnant l’an dernier du prix Médicis, a donné signe de vie.

    «Je viens de recevoir un courriel il y a vingt minutes. Il a dit qu’il était à l’hôtel (l’Hôtel Caribe, de Port-au-Prince), avec d’autres écrivains», confie Maggie, d’une voix calme et posée.

    «Il m’a envoyé deux lignes. Il s’est servi du courriel de quelqu’un d’autre. Le pauvre. Il a dû chercher par tous les moyens à me rassurer. […] Je suis très soulagée», dit-elle.

    Étonnants voyageurs annulé

    Originaire d’Haïti, Dany Laferrière est là-bas depuis déjà quelques jours. Il devait participer, à compter de demain, à la deuxième édition du Festival international du livreÉtonnants voyageurs,avec une cinquantaine d’autres écrivains.

    L’événement a évidemment été annulé, comme l’ont indiqué hier les organisateurs sur leur site Web.

    «Nous sommes sans nouvelles de la plupart des auteurs haïtiens. Seuls Dany Laferrière, Louis-Philippe Dalembert, Rodney Saint-Eloi déjà sur place, ainsi que Lyonel Trouillot et James Noël ont pu également donner quelques nouvelles rassurantes», peut-on y lire.

    En principe, Dany Laferrière doit rentrer au pays dimanche matin, conformément à ce qui était prévu avant les tragiques événements.

    L’auteur Stanley Péan devait lui aussi participer au Festival international du livre à Haïti, mais son départ, prévu hier, a été annulé.

  • 14 janvier 2010. Média. «Dany Laferrière, sain, sauf mais éprouvé» par Nathalie Petrowski, La Presse

    Loin de la tragédie qui afflige leur Haïti chéri, jonglant avec les pires rumeurs, les artistes montréalais d’origine haïtienne se sentent impuissants. Sachant que plusieurs collègues ont péri lors du tremblement de terre de mardi, ils se mobilisent déjà pour déjouer le mauvais sort, réel et imaginaire.

    Sentir le sol se dérober sous ses pieds, voir sa ville disparaître dans un nuage de poussière grise, dormir sur un terrain de tennis de peur que l’hôtel où l’on loge s’écroule et nous engloutisse, apprendre que des amis sont ensevelis sous les décombres et n’en sortiront pas vivants, partir à la recherche de sa mère et de sa soeur dans des rues défoncées, jonchées de débris et de cadavres, voilà à quoi a ressemblé la journée de Dany Laferrière hier au lendemain de la pire catastrophe naturelle et humanitaire à frapper Haïti.

    Dire que pour Dany Laferrière, ce séjour de deux semaines dans son Port-au-Prince natal s’annonçait comme une fête. Déjà, avant Noël, au début de décembre, Dany se faisait une joie de commencer l’année avec ce retour à Port-au-Prince: un retour non pas énigmatique comme le titre de son dernier roman, mais un retour joyeux, amical et festif où il revenait chez lui à titre de coprésident du festival littéraire Étonnants Voyageurs.

    En attendant l’arrivée d’une cinquantaine d’écrivains venus d’Afrique, d’Europe, d’Asie, d’Amérique et même du Québec, Dany et l’écrivain et ami montréalais Rodney Saint-Éloi étaient allés préparer le terrain.

    Ils avaient fait le tour des radios puis des cafés et des écoles où devait se dérouler le festival avec d’autant plus de fébrilité que c’était la deuxième fois que les Étonnants Voyageurs, créé à Saint-Malo en 1990, tenait une présentation spéciale chez eux à Port-au-Prince.

    Depuis une semaine, en raison de problèmes récurrents avec les lignes téléphoniques, Dany communiquait tous les jours par courriel avec sa femme Maggie, restée à Montréal. Les nouvelles étaient bonnes, le ciel était bleu, l’hiver québécois loin, tout baignait. Dany se faisait une joie d’accueillir ses amis écrivains au théâtre Rex, à l’hôtel Karibe, à l’Institut français et dans les jardins verdoyants du ministère de la Culture et des Communications. Pas une fois pendant cette semaine de préparation, ne s’est-il douté de la terrible catastrophe qui devait s’abattre sur son pays et le dévaster.

    Maintenant, dans les jardins verdoyants où Dany devait aujourd’hui même prononcer un discours et boire un verre à la santé de la littérature, tout n’est plus que silence, ruines et dévastation. Le festival a été annulé. Les fondations de l’hôtel Karibe où demeurait Dany menacent en tout temps de s’écrouler. Des matelas ont été sortis en catastrophe et lancés comme des balles sur les terrains de tennis dans la première nuit de noirceur et de terreur qui a suivi le séisme. Maggie croit que cette nuit-là, son mari a tenté à au moins cinq reprises de l’appeler. Le téléphone sonnait, Maggie décrochait et presque aussitôt la communication coupait. Ce n’est qu’hier en fin de matinée, après une nuit d’angoisse et d’insomnie, qu’elle a reçu un courriel de Dany lui annonçant tout simplement et sans effusion ni détails que tout allait bien. Pour l’épargner, Dany n’a pas dit à sa femme qu’une partie de l’hôtel où il logeait s’était effondré. En revanche, il lui a fait part de son inquiétude au sujet de sa mère et de sa soeur dont il était sans nouvelles depuis le séisme.

    Et puis hier matin, après avoir survécu à cette terrible première nuit et à avoir fait le deuil des cafés littéraires, des échanges et des discussions sur la littérature qu’il aurait dû être en train d’avoir, Dany est parti à Delma à la recherche de sa soeur et de sa mère.

    L’écrivain Alain Mabanckou, un copain de Dany qui enseigne la littérature en Californie, devait être de la fête. Il est resté bloqué à l’aéroport de Miami et en a profité pour inaugurer un nouveau blogue où il a écrit: « Au fond, c’est à présent que le sublime roman de Dany, L’énigme du retour, prend un sens prophétique. Je le relis et les mots ne sont plus les mêmes. Quelque chose se tramait dans ce livre. Nous ne l’avions pas vu. Nous ne l’avions pas décrypté. Et la nature vient de nous le rappeler… »

    Je ne sais pas si Dany serait d’accord avec cette interprétation. Son pays dévasté a connu tellement d’épreuves qu’il ne pouvait pas imaginer ni même pressentir qu’après les quatre ouragans de l’année dernière, il pouvait y avoir pire. Mais Dany serait sans doute d’accord avec ces deux questions que se posent bien des gens. Si Dieu existe, quel est son problème avec Haïti? Et si Dieu éprouve ceux qu’il aime, pourquoi aime-t-il tant Haïti?

  • 14 janvier 2010. Média. «Pays sans chapeau» par Pierre Foglia dans La Presse

    Je ne suis jamais allé à Port-au-Prince. Sauf en lisant Dany Laferrière. Je ne suis jamais allé à Port-au-Prince, mais je suis allé plusieurs fois au Pays sans chapeau.

    L’autre jour, quand Laferrière a gagné le prix Médicis avec L’énigme du retour, j’ai dit que c’était un très beau livre mais que son plus beau était ce Pays sans chapeau. « C’est ainsi qu’on appelle l’au-delà en Haïti parce que personne n’a jamais été enterré avec son chapeau. »

    On se demande parfois à quoi sert la littérature. Moi, elle me sert à affronter la réalité. Quand Katrina a fait flotter tous ces cadavres dans les rues de La Nouvelle-Orléans, je suis retourné à Capote et à Tennessee Williams, les enfants du pays.

    Au moment où Port-au-Prince commence à compter ses morts et à déblayer ses ruines, je me tourne vers Laferrière, vers la littérature, vers la fiction. Pas pour qu’elle me cache la réalité, au contraire. Pour qu’elle me la rende dans son essence. Vous allez me trouver obscène: pour qu’elle me la rende dans sa poésie. Cinquante mille morts? Cent mille morts? La poésie ne s’enfuit pas, elle est là, intimement mêlée à l’horreur, elle est là avec l’aube qui se lève…

    La couleur un peu violette de l’aube donne une teinte assez étrange aux choses, mais c’est tout. Les mêmes crevasses vous obligent à faire attention en marchant pour ne pas tomber dans un trou d’eau verte. Le même chien jaune doit s’appuyer contre un mur pour japper à cause de son extrême maigreur. La même petite fille est en train de balayer la galerie de l’épicerie du coin.

    Le soleil va taper dur, tout à l’heure, vous verrez.

    A-t-on idée d’une pareille concentration de malheur? Act of God? Si j’étais chrétien, je m’emploierais à faire mettre cette expression à l’index. Aucun dieu n’oserait s’acharner ainsi…

    A-t-on idée d’un pays toujours entre espoir et damnation, a-t-on idée d’un pays si assoiffé de bonheur?

    Bon Dieu tellement connin ça li connin, li bail chien malingue deyè tête li pou li pas capab niché’l. (Dieu est tellement fin qu’il peut placer une blessure derrière la tête du chien s’il ne veut pas qu’il la lèche).

    Ce n’est qu’un proverbe, Dany, tu sais bien. Dieu pas si fin, finalement. En tout cas bien impuissant, comme nous, à empêcher les séismes, ce qui nous le rend presque sympathique.

    Bien sûr, Pétionville a ses pauvres, ses bidonvilles rugissants, ses marchés en plein air, mais c’est quand même là que se sont réfugiés tous les riches de ce pays. Dans certains quartiers on se dirait dans n’importe quelle banlieue cossue nord-américaine.

    (…) La pluie s’est arrêtée juste à l’entrée de Pétionville, devant le magasin de meubles en acajou. La pluie reconnaît les frontières.

    La pluie, peut-être. Apparemment pas les tremblements de terre. Pétionville a été durement touchée.

    L’armée des zombis, finit par murmurer ma mère. Ils sont des dizaines de milliers. Les prêtres vaudou ont réveillé tous les morts qui dormaient du sommeil du juste. Partout… Au Borgne, à Port-Margot, Dondon, Jérémie, Cayes, Limonade, Petit-Trou, Baradères, Jean Rabel, Petit-Goâve, oui, Petit-Goâve aussi…

    Une mangue tombe, presque aux pieds de ma mère. Elle ne cille même pas. Complètement ailleurs. Les gens sont morts, conclut-elle et on refuse de les laisser reposer en paix.

    Comme si les tremblements de terre venaient seuls. Comme s’ils ne faisaient pas se fissurer aussi, en même temps que les murs de la ville, le mince vernis de civilisation qui recouvre le désespoir des laissés-pour-compte. Comme si la violence des secousses n’allait pas engendrer la violence de ceux-là qui avaient déjà tout perdu depuis longtemps, nus… Qu’est-ce que le ciel pouvait bien leur prendre de plus? Il leur a pris leurs enfants, leurs parents, leurs amis, leur bout de toit de tôle.

    J’étais allé le voir dans ce petit appartement de Brooklyn. J’ai frappé à la porte.

    – Qui est là?
    – Ton fils, dis-je.
    – Je n’ai pas d’enfants, tous mes enfants sont morts.
    – C’est moi, papa, je suis venu te voir.
    – Retourne d’où tu viens, tous mes enfants sont morts en Haïti.
    – Mais je suis vivant papa.
    – Non, il n’y a que des morts en Haïti, des morts ou des zombis.

    Et maintenant quoi? La compassion. La bonté des gens. La solidarité. Aussi merveilleuse et noble soit-elle, la charité suffit-elle? Mettra-t-on autant de diligence, d’enthousiasme et de centaines de milliards à reconstruire Port-au-Prince qu’on en a mis à sauver les banques, l’industrie automobile?

    Elle a toujours considéré son fils comme un prince. C’est ce qui m’a permis de survivre au début de mon séjour à Montréal, quand les autres ne voyaient en moi qu’un Nègre de plus. Quelqu’un dans une petite maison à Port-au-Prince a toujours pensé que j’étais un prince.

    Combien sont-ils à Montréal en ce moment à se demander ce qu’il reste de cette petite maison où ils étaient un prince?

    Il n’y a pas d’arbre dans ce pays, et il n’y a pas d’eau non plus. C’est un caillou au soleil. Nous sommes à la merci du soleil.

    Regarde le ciel, dit-il. Des fois je passe la nuit à le regarder. On dirait un grand vide qui veut m’aspirer…

    Les textes en italique sont tirés de Pays sans chapeau

  • 14 janvier 2010. Média. «Le message de Dany Laferrière» par Chantal Guy dans La Presse

    Port-Au-Prince – « Ah, tu vois que je ne t’ai pas fait venir pour rien! » C’est la première chose que Dany m’a dite lorsque nous nous sommes tombés dans les bras à l’hôtel Karibé. Toujours sa façon à lui de tourner les choses… Nous avions passé la journée de lundi en sa compagnie, à faire le tour de ses endroits préférés à Port-au-Prince. Devant le Palais présidentiel, il nous avait dit à la blague: « C’est la plus belle maison de la ville, c’est pourquoi tous les Haïtiens veulent être président! »

    Et le palais présidentiel est aujourd’hui détruit.

    En nous rendant vers le Karibé, Ivanoh (photographe à La Presse) et moi avions failli faire demi-tour. Pas trop endommagé, l’hôtel semblait cependant abandonné. Il n’y avait personne. Jusqu’à ce qu’on nous dise que les clients étaient sur le terrain de tennis, à l’arrière. Ils avaient dormi là c’était plus sûr en cas de réplique.

    Lorsque nous sommes arrivés, nous l’avons vu en compagnie de Rodney St-Éloi, directeur des éditions Mémoires d’encrier, de Montréal, et de Michel Le Bris, fondateur du festival Étonnants Voyageurs, qui devait commencer aujourd’hui. Ils étaient en train de décompresser en prenant un bon Barbancourt, le rhum haïtien. Des organisateurs et des invités du festival étaient un peu partout sur le terrain. Dans l’attente de la suite.

    Toute la famille de Dany est sauve. Sa mère, sa tante, son neveu. « Ma mère a même fait des blagues, et ma tante, à son âge, a beaucoup de recul sur les choses. »

    Il est allé voir les dégâts de plus près dans la journée. « J’ai fait le tour de la ville aujourd’hui. J’ai vu une population disciplinée, pas impatiente, et qui s’entraide dans la catastrophe générale. Si les Haïtiens ont de la difficulté à organiser le quotidien de la vie, dans la catastrophe, ils sont extraordinaires. »

    Sa présence n’est pas passée inaperçue. « Les gens étaient très heureux de me rencontrer. Ils me disaient: tu es en vie! Ils avaient un repère alors que, tout autour, ça s’écroulait. »

    Le festival Étonnants Voyageurs, qui avait lieu pour la deuxième fois en Haïti, est évidemment en suspens. Ce qui désole tout le monde. Car les écrivains d’origine haïtienne ont remporté cette année une douzaine de prix internationaux, ce qui est impressionnant pour un pays qui a la même densité de population que le Québec. C’était leur année. Mais pour Dany, ce n’est pas perdu.

    « Quand tout tombe, il reste la culture. Et la culture, c’est la seule chose qu’Haïti a produite. Ça va rester. Ce n’est pas une catastrophe qui va empêcher Haïti d’avancer sur le chemin de la culture. Et ce qui sauve cette ville, c’est le peuple. C’est lui qui fait la vie dans la rue, qui crée cette vie. Il ne faut pas se laisser submerger par l’événement. »

  • 14 janvier 2010. Média. «Pourquoi tant de malheurs?» par Lysiane Gagnon dans La Presse

    Extrait:
    «Les ondes de l’horrible séisme ont ébranlé le Québec, car Haïti et le Québec sont liés par l’histoire et la langue. Si le créole est la langue populaire, c’est le français qui est la langue d’instruction d’Haïti, lequel fut dans le passé l’une des plus importantes terres de mission de nos anciens missionnaires, avant de constituer l’une des premières destinations des organisations humanitaires du Québec. C’est donc tout naturellement que Montréal allait devenir la patrie d’adoption d’une grande partie des élites haïtiennes qui fuyaient le régime Duvalier. D’autres vagues d’immigrants suivirent, tant et si bien que le Québec est devenu un haut lieu de la diaspora haïtienne… dont le fleuron est Dany Laferrière, l’enfant adoptif chéri du Québec. Par un incroyable coup du sort, le lauréat du Médicis était là, dans le pays d’où il a pris toute son inspiration, au moment où la terre a tremblé. Un retour marqué par une autre énigme sans réponse…»

  • 14 janvier 2010. Média. «Le devoir d’assistance» par Vincent Marissal dans La Presse

    Je ne suis allé en Haïti que quelques heures dans ma vie, en transit, de mémoire, lors d’un voyage officiel de Jean Chrétien dans les Antilles.

    Les seuls voyages que j’ai faits dans ce pays, c’est dans les livres de mon ami Dany Laferrière, le plus beau de ces voyages dans L’énigme du retour.

    J’ai vu Dany tout juste avant Noël. Il revenait d’Haïti et s’apprêtait à y retourner. On s’est retrouvé dans un café sur Saint-Denis, question de lui faire dédicacer ses livres que j’allais offrir à mes parents et à ma blonde.

    Je lui ai demandé comment allait Haïti, m’attendant à une réponse morose, comme lorsque l’on demande à un ami comment va sa vieille mère malade.

    À mon agréable surprise, il m’a répondu: « Haïti va bien. Enfin, mieux. On peut maintenant marcher dans les rues de Port-au-Prince le soir en sécurité, ce qui n’est pas rien dans n’importe quelle grande ville et encore plus dans celle-là. »

    Ce qui frappait le plus dans sa réponse, c’était l’espoir. Enfin! De l’espoir. Ça non plus, ce n’est pas rien pour un pays qui en a été cruellement privé depuis si longtemps.

    Tout le malheur d’Haïti est là: chaque fois que l’espoir réussit à sortir ne serait-ce que le petit doigt du trou de la misère, le gourdin de son impitoyable destinée le renvoie dans le fond d’un coup brutal.

    Cette fois, c’est encore plus funeste parce qu’Haïti, justement, montrait enfin des signes de stabilité et, qui sait, de relance.

    Que faire, maintenant, devant un tel drame? Qu’est-ce qu’un pays riche comme le Canada peut faire pour Haïti?

    On refera sans doute, avant longtemps, tous les débats d’usage sur les mérites et l’efficacité de l’aide canadienne dans ce pays, mais pour le moment, la réponse s’impose: nous devons porter secours.

  • 14 janvier 2010. Citation. «Qui donc a mangé Haïti?» par Rima Elkouri dans La Presse

    Des nouvelles de Zette? Non. Quand je lui ai parlé, Tetchena Bellange n’avait pas de nouvelles de sa tante Zette. Comme des milliers d’Haïtiens de la diaspora, la comédienne montréalaise attendait. Accrochée à son téléphone, accrochée à l’espoir.

    Tôt hier matin, elle a envoyé un courriel, comme on envoie une bouteille à la mer. « Ma tante est allée voir son fils malade à Port-au-Prince il y a deux semaines, et nous sommes sans nouvelles d’elle jusqu’à présent. »

    Et puis? Et puis, rien. Quand elle appelle chez Zette, à Delma, elle tombe sur une boîte vocale. « Le silence est cauchemardesque », me dit-elle.

    Quand Port-au-Prince tremble, Montréal tremble aussi. Hier, la radio communautaire montréalo-haïtienne CPAM bourdonnait d’appels de gens inquiets, qui espéraient retrouver la trace de leurs proches. Les appels se suivaient et se ressemblaient. Un homme est sans nouvelles de son frère. Une jeune femme est inquiète pour sa mère… Mille inquiétudes qui tentaient, la voix enrouée, de défier la solitude et le silence. Mille inquiétudes et toujours ce même sentiment d’impuissance.

    On rapporte des dizaines de milliers de morts. Le malheur s’est jeté sur Haïti avec une telle force qu’on ne peut même pas les compter. Sous les décombres, les cris des survivants. Et le silence des morts, plus assourdissant encore.

    À la radio, ceux qui appelaient pour colporter des rumeurs funestes se faisaient rappeler à l’ordre, avec raison. « Quand vous parlez de la mort, ce n’est pas une fantaisie! C’est une nouvelle tragique! Vous ne pouvez pas annoncer la mort de n’importe qui en ondes. »

    En écoutant tous ces gens évoquer la mort sur la pointe des pieds, j’ai pensé au Pays sans chapeau de Dany Laferrière. Le « pays sans chapeau », selon la métaphore haïtienne, c’est la mort. On n’y envoie pas les gens sans avertissement. Laferrière, qui a grandi avec sa grand-mère, a déjà raconté que, pour elle, personne n’est jamais mort, même les gens morts depuis très longtemps. Quelle que soit la cause de la mort, c’est toujours une histoire de diable. On dit que la personne a été « mangée ». « Si vous visitez une famille en deuil, il arrive toujours un moment où quelqu’un vous prend à l’écart pour vous expliquer qu’il savait que cette personne allait mourir, qu’on le lui avait dit en rêve, et surtout qu’il sait qui l’a « mangée » », raconte l’auteur dans J’écris comme je vis (Lanctôt, 2000). Une façon comme une autre d’expliquer l’inexplicable.

    Qui donc a mangé Haïti? Qui est cet ogre qui a avalé des milliers de vies d’un coup? Et pourquoi?

    Même sans tremblement de terre, le sort de ce pays affamé était déjà tragique. Quatre-vingt pour cent de la population haïtienne vit sous le seuil de pauvreté de 2$ par jour. Quatre-vingt pour cent! Et plus de la moitié de la population vit dans un état de pauvreté extrême, c’est-à-dire avec moins de 1$ par jour. Moins de 1$! Malgré des progrès importants, le pays a encore les taux de mortalité infantile et maternelle les plus élevés de l’hémisphère nord.

    Le tremblement de terre était prévisible, selon certains experts. Port-au-Prince est construit sur une grande faille, dit-on. Mais à voir l’ampleur de la catastrophe, à voir la tragédie de ce peuple au pays effondré, on réalise encore davantage qu’il n’y a pas que Port-au-Prince qui soit construit sur une faille. Notre planète tout entière est construite sur une faille. Une faille qui nous permet de tolérer que 20% de la population possède 80% des richesses du monde et que des milliers de personnes meurent ensevelies, faute de ressources adéquatement distribuées pour les sauver. Au-delà d’une certaine limite, la catastrophe n’est pas que naturelle.

    « Tant qu’on n’a pas encore la tête tranchée, on peut garder espoir de porter un jour un chapeau », dit le proverbe haïtien. L’espoir, c’est tout ce qui reste. Espoir de solidarité. Espoir de justice. Espoir d’une accalmie au rayon des malheurs. C’est ce que je souhaite au peuple haïtien en deuil. L’espoir d’aspirer, malgré tout, à autre chose qu’au pays sans chapeau.

  • 14 janvier 2010. Média. «Haïti sombre dans le chaos» entrevue au téléjournal de Radio-Canada

    Céline Galipeau (animatrice): L’aide internationale tarde à arriver sur le terrain. L’aéroport de Port-au-Prince est saturé et les premiers Canadiens commencent à quitter Haïti.

    Dany Laferrière (écrivain): Ils sont obligés de vivre puisqu’ils n’ont pas beaucoup d’argent, ils n’ont même pas une journée de nourriture chez eux, rien du tout. Ils n’en avaient même pas quand ça allait bien, enfin quand ça allait mieux, et donc ce n’est pas maintenant! –

    Emmanuelle Latraverse – envoyée spéciale à Port-au-Prince: Écoutez, je vous dirais qu’il y a des familles ce soir qui sont tellement soulagées, parce qu’il y a quelques minutes à peine, on a appris un autre groupe de Canadiens qui étaient réfugiés ici, qu’ils vont pouvoir s’envoler et revenir au Canada dès ce soir à bord du dernier avion canadien qui a pu atterrir à Port-au-Prince avant la tombée de la nuit. Donc c’est des flots assez constants de citoyens canadiens qui viennent se réfugier ici d’une part parce qu’il y a de l’eau, il y a de la nourriture, mais surtout parce qu’ici, ils savent qu’ils sont en sécurité. Le personnel ici n’a pas dormi depuis 48 heures pour organiser toute cette logistique. Et un peu plus tôt ce matin, il y a un autre groupe de Canadiens qui est parti, et parmi eux, il y avait l’auteur Dany Laferrière à qui j’ai eu la chance de parler. Et Dany Laferrière qui lui n’est pas très content d’entendre les gens parler de malédiction s’abattre sur Haïti, je peux peut-être vous laisser l’écouter.

    Dany Laferrière (écrivain): Ah je déteste ce mot de malédiction, il n’y a rien de malédiction, c’est des choses de catastrophes naturelles qui peuvent arriver à n’importe quel pays et à n’importe quel peuple. Il n’y a rien de malédiction, et rien non plus de désespéré dans la situation haïtienne. Quand je sors dehors et que je vois les gens déjà commencent à tenter de rebâtir le peu, hein, le peu d’abris qu’ils ont, des populations entières marchant dans les rues de Port-au-Prince presque disciplinées, on dirait, calmes, sereins, tristes, graves, il n’y a pas de moment d’impatience jusqu’à présent, à ce que je vois. Et je trouve que les gens ne sont pas du tout désespérés, ils sont dans la vie, ils sont obligés de vivre puisqu’ils n’ont pas beaucoup d’argent, ils n’ont même pas une journée de nourriture chez eux, rien du tout, ils n’en avaient même pas quand ça allait bien, enfin quand ça allait mieux. Et donc ce n’est pas maintenant! Il n’y a rien de désespéré de ce que je vois en Haïti ni rien non plus qui demande à employer des mots de malédiction. Il n’y a pas de malédiction haïtienne, il n’y a qu’un peuple qui tente de vivre comme d’autres.

  • 14 janvier 2010. Média. «Laferrière revient» Radio-Canada Nouvelles

    L’écrivain Dany Laferrière rentre au Canada jeudi soir. Le prix Médicis 2009 était en Haïti pour participer au festival Étonnants voyageurs. On ignore à quelle l’heure l’écrivain, qui a échappé au tremblement de terre de mardi, mettra le pied en sol canadien.

    La catastrophe a évidemment entraîné l’annulation du festival qui devait se tenir dans l’île du 14 au 17 janvier.

    « Michel Le Bris [directeur du festival Saint-Malo Étonnants Voyageurs] et l’équipe du festival, présents à Port-au-Prince, ont pu nous contacter juste après le séisme mardi 12 janvier, puis à nouveau aujourd’hui. Ils vont bien », peut-on lire sur le site de l’association.

    Les organisateurs précisent que les auteurs et les journalistes qui devaient se rendre en Haïti mercredi ne sont pas partis.

    « Nous sommes sans nouvelles de la plupart des auteurs haïtiens », explique l’équipe du festival, qui indique toutefois que Louis-Philippe Dalembert, Rodney Saint-Éloi, Lyonel Trouillot et James Noël auraient communiqué des nouvelles « rassurantes ».

  • 14 janvier 2010. Média. «Les écrivains d’Étonnants voyageurs sous le choc» par Mohamed Aïssaoui dans Le Figaro

    ILS SONT restés à l’aéroport d’Orly : les 50 écrivains qui devaient se rendre à Port-au-Prince pour participer à la deuxième édition du festival Étonnants Voyageurs n’ont pas pris l’avion. Ils ont échappé de peu à la catastrophe qui a meurtri Haïti.

    La manifestation littéraire devait commencer ce matin et se poursuivre jusqu’au 17 janvier. Bien sûr, elle n’aura pas lieu. L’équipe d’organisateurs, qui se trouvait déjà sur place pour préparer les débats et les conférences, a également été épargnée. Les dernières nouvelles – obtenues par SMS et par e-mail quand les communications étaient encore possibles – sont plutôt rassurantes : Michel Le Bris, le directeur du festival, Dany Laferrière, romancier d’origine haïtienne, Prix Médicis en 2009, et Lyonel Trouillot, écrivain vivant à Haïti, sont saufs. Un miracle, quand on sait que l’hôtel Karibé dans lequel ils logeaient s’est effondré…

    Un peu avant minuit – heure française – et vingt minutes après le tremblement de terre, Michel Le Bris a tenté de joindre Paris via son téléphone portable, il a réussi à avoir le service de presse dirigé par l’agence Faits & Gestes. «L’équipe est sauve, nous avons trouvé refuge sur le terrain de tennis de l’hôtel. Ce qui se passe a l’air très grave», raconte-t-il. D’après ce qu’il dit, ils essaient aussi d’économiser les batteries du téléphone pour pouvoir en user quand les lignes fonctionneront à nouveau.

    Quand Michel Le Bris communique par messagerie électronique, il est environ 15 heures, à Paris : l’écrivain explique que lui et son équipe ont passé la nuit sur le terrain de tennis, et qu’ils tentent d’entrer en contact avec l’ambassade de France, distante de cinq kilomètres seulement de l’hôtel, mais ils ne peuvent s’y rendre ni à pied, ni en voiture. C’est de Paris que Faits & Gestes se démène, via la cellule de crise, pour que l’ambassade de France à Haïti joigne l’équipe d’Étonnants Voyageurs. En revanche, on reste sans nouvelles des autres auteurs haïtiens.

    Parmi les cinquante écrivains qui devaient se retrouver à Haïti, on note les noms de Muriel Barbery, Alain Mabanckou, Louis-Philippe Dalembert, Kossi Efoui… De manière désorganisée, mais avec conviction, le monde des lettres organise un réseau où s’échangent les informations via les messageries électroniques, les blogs d’écrivains ou sur Facebook. Ainsi, Alain Mabanckou, Prix Renaudot, qui vit à Los Angeles, a-t-il mis très vite sur son blog les informations dont il disposait afin de renseigner les autres écrivains. « Je devais retrouver, ce matin, mes amis du festival Étonnants Voyageurs. Je suis coincé en transit, je devais prendre l’avion à Miami pour arriver une heure plus tard à Port-au-Prince, la capitale rasée par le malheur. Et je regarde les images sur CNN. Je cherche à joindre Dany [Laferrière]. En vain », indique-t-il.

    Des nouvelles sur Facebook

    Alain Mabanckou a reçu un e-mail du romancier Louis-Philippe Dalembert, qui s’est blessé en tentant de sauver une proche : « Les secousses continuent 7.3, 5.9, 5.5. C’est impressionnant, mais tout va bien. Sur le plan personnel, les dégâts matériels sont importants chez mon frère, et je me suis fait une légère blessure en sautant par-dessus une barrière pour aller récupérer la belle-mère impotente de mon frère. Mais ce n’est pas très grave. Les dangers sont de loin plus importants ailleurs. J’ai envoyé un message aux gens d’Étonnants Voyageurs. Je n’ai pas de nouvelles », écrit-t-il.

    De son côté, Abdourahman Waberi, auteur du Passage des larmes, a fait de son profil sur Facebook une plate-forme d’informations : chacun donne de ses nouvelles, ou en demande, le plus souvent.

    Aux éditions Actes Sud, qui publient Lyonel Trouillot, l’inquiétude était palpable : « On sait que Lyonel [Trouillot] est vivant, mais on n’en sait pas plus, notamment en ce qui concerne sa famille », affirme-t-on.

    Les éditions Grasset, qui publient Le Bris et Laferrière, sont rassurées d’avoir eu de bonnes nouvelles. Mais le téléphone avec l’île ne fonctionne toujours pas.

    Sous la houlette de Michel Le Bris, le festival Étonnants Voyageurs est devenu l’une des plus importantes manifestations littéraires. Chaque année, depuis vingt ans, il prend ses quartiers à Saint-Malo. Depuis peu, l’événement a essaimé à Bamako, et à Haïti dont ce devait être la deuxième édition.

  • 14 janvier 2010. Média. «Le festival Etonnants Voyageurs annulé» Le Soir, Le Monde,

    Ce devait être la fête. Haïti s’apprêtait à recevoir, de ce jeudi 14 au dimanche 17 janvier, une cinquantaine d’écrivains haïtiens et étrangers, dont le Prix Médicis 2009 le Haïtien de Montréal Dany Laferrière, pour un festival Etonnants Voyageurs excentré qui devait montrer l’importance accrue prise par les lettres haïtiennes dans les littératures du monde.

    Le festival a évidemment été annulé dans les circonstances dramatiques que Port-au-Prince et le pays connaissent aujourd’hui. D’après les responsables du festival de Saint-Malo, les écrivains qui s’y trouvaient déjà sont en bonne santé. Michel Le Bris, le créateur et le directeur des Etonnants Voyageurs, quatre de ses collaborateurs, et les écrivains haïtiens qui étaient dans la capitale, Dany Laferrière, Louis-Philippe Dalambert, Rodney Saint-Eloi, Evelyne et Lionel Trouillot, sont sains et saufs. Les Affaires étrangères belges ont ajouté que l’écrivaine belge de langue néerlandaise Lieve Joris, spécialiste des récits de voyage, particulièrement congolais, invitée du festival elle aussi, était également en bonne santé. A défaut de se raconter au public haïtien, ils auront sans aucun doute des témoignages à nous délivrer.

    Les auteurs et journalistes qui devaient rejoindre Haïti mercredi ne sont bien entendu pas partis. Parmi eux, Serge Quadruppani, Alain Mabanckou, Muriel Barbery, Serge Bramly…

    Le festival Etonnants Voyageurs a été créé en 1990 par l’écrivain Michel Le Bris. Une espèce de rassemblement des petits-enfants de Robert Louis Stevenson et de Joseph Conrad. Il a, depuis, accueilli dans les vieux murs de Saint-Malo plus de 3.000 auteurs, dont Le Clézio, Jim Harrison, Connie Willis, James Crumley, Gilles Lapouge, James Welsh. Depuis 2000 aussi, le festival avait parcouru mers et terres pour installer des extensions à Missoula, aux Etats-Unis, la patrie de Harrison et de bien d’autres, à Dublin, à Sarajevo, à Bamala, à Haïfa. En 2007, Port-au-Prince l’avait déjà accueilli. Ce devait être la deuxième fois en Haïti. La terre ne l’a pas permis.

  • 15 janvier 2010. Citation. «Dany Laferrière raconte sa terre» Le Soir

    Dany Laferrière, écrivain vivant à Montréal, a reçu le Prix Médicis 2009 pour « L’Énigme du retour » (Grasset). Il y raconte son pays, sa terre : Haïti. Extraits.

    C’est par le bruit que la Caraïbe
    est entrée en moi.
    J’avais oublié ce vacarme.
    Cette foule hurlante.
    Ce trop-plein d’énergie.
    Ville de gueux et de riches
    debout avant l’aube.

    On trouve pareille énergie
    dans la peinture primitive
    où le point de fuite
    se situe, non au fond
    du tableau,
    mais dans le plexus
    de celui qui regarde la toile.

    Quand on observe une scène de marché
    chez n’importe quel peintre de rue
    on n’a pas l’impression de pénétrer
    dans le marché mais que c’est plutôt le marché
    qui vous pénètre en vous intoxiquant
    avec ces odeurs et ces saveurs.
    D’où ce mouvement de recul
    devant ces fortes couleurs primaires.

    Si on meurt plus vite qu’ailleurs,
    la vie est ici plus intense.
    Chacun porte en soi la même somme
    d’énergie à dépenser
    sauf que la flamme est plus vive
    quand son temps pour brûler
    est plus bref.

    La mort, cet archer aveugle.
    Actif à minuit comme à midi.
    Trop de gens dans cette ville
    pour qu’elle puisse, au moins
    une fois, rater sa cible.

  • 15 janvier 2010. Citation. «Haïti nous oblige» par Franck Nouchi dans Le Monde

    Une catastrophe naturelle, dit-on. Habituellement, là-bas, ce sont plutôt des ouragans ou des tempêtes tropicales affublés de leurs drôles de noms (Fay, Gustav, Hanna, Ike, rien qu’en 2008). La fatalité ? Il y a quelques mois, Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau avaient publié L’Intraitable Beauté du monde (Galaade Editions), une courte adresse à M. Obama dans laquelle ces deux écrivains formulaient ce souhait, cette exigence : « Haïti inscrite dans l’urgence totale, contre l’insupportable odieux, tout de suite ! » C’était avant le 13 janvier, et déjà Haïti ne pouvait plus attendre. Mais, au fond, tout le monde s’en fichait. Ce pays, on ne s’aperçoit qu’il est un des plus pauvres du monde que lorsqu’il est frappé par un désastre naturel. « La moitié de la population vit avec moins de 1 dollar par jour », précisait-on sur TF1. On compatit le temps de quelques émissions spéciales, et on oublie. Une actualité chasse l’autre.

    Sauf que, cette fois-ci, il ne faudra pas que ça se passe ainsi. Une capitale a été en grande partie détruite; une ville de plus de deux millions d’habitants créée par des Français en 1749; une ville francophone. Les liens évoqués par le chef de l’Etat nous obligent, comme ils obligent les Etats-Unis. Dans Vers le sud, l’un de ses romans édité chez Grasset, l’écrivain haïtien Dany Laferrière dresse le portrait d’un certain Albert dont toute la famille avait combattu les Américains durant l’occupation de 1915. Son père était mort sans avoir serré la main d’un Blanc. « Le Blanc, écrit Laferrière, était pour lui moins qu’un singe. Il disait toujours : «Quand je rencontre un Blanc, j’essaie toujours de le contourner pour voir s’il n’a pas une queue». » A nous, durablement, de savoir tendre la main aux Haïtiens.

  • 15 janvier 2010. Écho. «Une terre d’artiste qui se mobilisent» dans Ouest France

    Première nation noire à gagner son indépendance, le 1er janvier 1804, et à développer sa propre culture, Haïti a nourri de nombreux artistes et intellectuels.

    Elle est l’île des peintres, célébrée par Malraux, qui s’émerveillait des toiles naïves et colorées d’Hyppolite, Saint-Brice ou Philomé. Aujourd’hui, Benjamin Mario, exposé lors de Kréyol Factory , à Paris, en 2009, s’affirme en chef de file de l’art contemporain.

    Haïti a aussi engendré un nombre incroyable d’écrivains. À ceux qui s’en étonnaient, René Depestre, 83 ans, livrait cette réponse exquise : « Je viens d’un pays où le Merveilleux n’est pas un élément savant, mais bien une des composantes historiques de la sensibilité et de l’ensemble même du peuple haïtien. » Son compatriote Jean Métellus, né dix ans après lui dans la ville de Jacmel, a reçu le Grand prix de poésie en 2007. Ces deux patriarches exilés en France ont de talentueux héritiers (ères) : les Dany Laferrière, Lyonel Trouillot, Gary Victor… Un livre illustre à merveille cette richesse littéraire : Une journée haïtienne (Présence africaine, 264 pages, 20 ), qui rassemble des textes poignants de quarante écrivains sur leur pays.

    Des rappeurs et des peintres

    Les derniers nés des artistes donnent de la voix, font vivre le Konpa, cette danse née du vaudou. Il s’agit de Wyclef Jean, ancien membre des Fugees ; de Lil Wayne, « rappeur américain de l’année 2007 » ; de Kerry James, incontournable de la scène hip-hop française… Car, les dictatures et la pauvreté ayant poussé à l’exil, beaucoup d’artistes se sont épanouis aux États-Unis, au Canada, en France. Parmi cette diaspora, citons le peintre Jean-Michel Basquiat, les acteurs Sydney Poitier et Eddie Murphy, le rappeur Snoop Dogg, tous fils d’Haïtiens.

    Cette diaspora se mobilise pour venir en aide aux victimes du tremblement de terre. Le site de la fondation de Wyclef Jean a recueilli 276 000 en une journée et reçu le soutien d’Angelina Jolie et de Brad Pitt. Également très active, l’Haïtienne Régine Chassagne, chanteuse du groupe de rock canadien Arcade Fire encourage les dons auprès de l’organisation médicale Partners in Health, qui travaille sur place avec l’Onu.

  • 16 janvier 2010. Média. «Je suis vraiment fier des Haïtiens», propos recueillis par Cédric Bélanger, Journal de Montréal, Journal de Québec

    « Dans la situation la plus difficile, j’ai vu des gens penser à d’autres, aider quelqu’un à marcher dans la rue. J’ai été vivement impressionné par l’absence de cris, le calme qui régnait durant les deux jours qui ont suivi le séisme. Je suis vraiment fier des Haïtiens. »

    Loin d’être démoralisé, c’est un Dany Laferrière optimiste, rempli d’espoir et visiblement ému par la réaction de ses compatriotes, qui a pris quelques instants pour s’entretenir avec le Journal, quelques heures à peine après son retour à Montréal.

    Coprésident d’un festival littéraire, l’écrivain était à Port-au-Prince quand le drame s’est joué. Il est rentré au pays, hier, à bord d’un avion de l’armée canadienne.

    « L’image que je garde de ces deux jours sur place, c’est celle d’une population si prompte à la générosité. C’est dans les situations extrêmement difficiles qu’on voit la dignité d’un peuple », a dit M. Laferrière, qui s’est fait un devoir de répondre à toutes les demandes d’entrevues, hier, parce qu’il estime primordial de témoigner de ce qu’il a vu.

    « Un bruit formidable »

    Dany Laferrière était attablé sur la terrasse extérieure du restaurant de son hôtel quand la terre s’est mise à gronder sauvagement. Il n’a mis que quelques secondes à comprendre qu’un tremblement de terre était en train de secouer son pays natal.

    « J’ai entendu un bruit formidable. J’ai cru que c’était des chaudrons dans la cuisine, mais ça n’a pris que cinq ou six secondes à comprendre ce qui se passait. Je me suis étendu par terre dans la cour. Il y a avait des arbres tout près, mais presque aucun n’a été déraciné. Nous avons été très chanceux. Tout à côté, il y avait de petites maisons de quelques étages appartenant au propriétaire de l’hôtel. L’une est tombée, provoquant la mort de neuf personnes. »

    Reconstruire sur de nouvelles bases

    Résolument positif malgré tout, l’écrivain souhaite que les autorités haïtiennes profitent de l’occasion pour reconstruire le pays sur des bases plus solides. Il prône notamment la décentralisation de Port-au- Prince.

    « On ne peut plus faire du colmatage comme avant. Il faut accompagner la reconstruction d’un plan d’urbanisation et bâtir des usines pour faire travailler la population. Nous avons la chance de prendre un nouveau départ », confie celui qui se dit très touché par les gestes spontanés des Québécois pour venir en aide à Haïti.

    « Il y a longtemps que je voulais voir cette réponse des Québécois. Le Québec doit sortir de cette idée qu’il est le seul peuple francophone d’Amérique. C’est dans les intérêts de chacun d’établir un vrai dialogue. Si ce drame fait changer les choses, les gens n’auront pas souffert pour rien. »

  • 16 janvier 2010. Média. «N’y allez pas, qu’ils disaient…» Chantal Guy, La Presse

    Port-au-Prince – Arrivée à Haïti pour un reportage littéraire, notre journaliste Chantal Guy a été, au même titre que des millions d’Haïtiens, victime du séisme qui a dévasté Port-au-Prince. Une expérience choquante, mais une véritable révélation: Haïti est un pays à aimer.

    Avant de partir pour Haïti, je me suis beaucoup renseignée. Plus je lisais sur ce pays, moins j’avais envie d’y aller. Pauvreté, enlèvements, maladies, cyclones… Et vous savez quoi? J’avais plus peur d’Haïti avant qu’après le tremblement de terre de mardi.

    C’est que de vivre un tel événement sur les lieux, en même temps que ses habitants, nous rapproche d’eux. C’est bête à dire, mais on a tout à coup quelque chose en commun de très fort.

    On traverse le miroir. C’est sûr, quand on ne peut plus se planquer dans sa chambre parce que l’hôtel a été détruit… Je rencontrais des gens familiers, des écrivains, et je me suis retrouvée véritablement avec le peuple, dans la même angoisse. Ici, le fameux « espace vital » qu’on a chez nous n’existe pas, les gens se touchent. Ce que j’ai ressenti en regardant les ruines du marché Caribbean, au milieu de la foule, quand tous les passants vous frôlent avec cette indescriptible politesse malgré le nombre. Comme si on faisait exprès de vous toucher, mais sans jamais vous rentrer dedans.

    N’ayant voyagé qu’aux États-Unis et en Europe, mon seul voyage « exotique » se résumait à un tout-inclus à Cuba. Je m’attendais à une expérience forte en arrivant ici. You bet! Parce que j’ai eu le coup de foudre rapidement – et le coup de boule deux jours après, mais ça…

    Ce pays qui m’était entré dans la tête par ses écrivains m’est entré dans la chair quand j’y ai mis le pied, et je l’ai maintenant dans le coeur depuis mardi. « Rien ne pourra t’enlever cette parcelle d’Haïti que tu as en toi », m’a écrit Dany Laferrière au lendemain de notre virée dans Port-au-Prince. Je n’en doute plus.

    Ce peuple m’a donné la plus grande leçon de ma vie, et si je n’ai pas cédé à la panique, moi la grande moumoune devant l’Éternel, c’est que j’ai choisi d’imiter les Haïtiens pour passer au travers. Je me souviens de cet étrange calme qui m’a envahie, assise par terre devant la Villa Créole écroulée, où les blessés commençaient à arriver. Je venais de parler à un homme qui souriait en savourant une cigarette, parce qu’il avait appris que ses enfants étaient en vie.

    J’étais en vie.

    Il n’y a pas de touristes, ici. Il n’y en aura pas beaucoup plus après ce qui vient de se passer. À part ceux qui ont de la famille, ou ceux qui y travaillent, ou les médias en temps de crise, pratiquement personne ne vient sans raison dans ce pays. Et je me demandais pourquoi, quelques heures avant le tremblement de terre. Dany nous avait dit: « Si ma mère vit à Port-au-Prince, pourquoi vous n’y êtes pas? »

    Cela me fait penser au superbe texte de Kettly Mars dans le recueil Une journée haïtienne, dirigé par Thomas C. Spear (chez Mémoire d’encrier). Je vous le recommande, les meilleurs écrivains haïtiens d’aujourd’hui y signent leurs nouvelles. Il s’intitule Le dernier des touristes. « Ce matin en traversant Pacot j’ai vu un touriste. Un vrai. Un touriste comme mon enfance en a connu. (…) Véritable spécimen en voie de disparition dans mon pays, pour ne pas dire une espèce tout à fait disparue. Comme on dit en anglais he made my day. (…) Ton département d’État déconseille vivement les petites virées de ce côté de l’île. Il paraît qu’il n’y fait pas bon vivre. C’est vrai que la vie est plus… relative par ici. J’aime Pacot comme toi. »

    Au coeur du drame, comme nous l’avons vécu mon collègue Ivanoh Demers et moi, nous étions aussi désemparés que tout le monde. J’ai appris seulement hier par internet, comme vous, que l’écrivain Georges Anglade et sa femme sont morts. J’ai été heureuse d’apprendre que Gary Victor, Frankétienne et Emmelie Prophète étaient sains et saufs.

    Emmelie Prophète, écrivaine, une femme formidable que j’ai rencontrée lundi à ses bureaux de la Direction nationale du livre, où elle travaille fort pour faire diffuser les livres un peu partout dans le pays. Dany Laferrière lui disait à quel point il est important de tisser des liens avec les écrivains du Québec et que leurs oeuvres doivent se rendre jusqu’ici. Mais Emmelie a expliqué qu’on ne lui envoyait que les restants de nos bibliothèques, des livres sur la tranche desquels on a tamponné le mot « rejet ». Ça vous tenterait, vous, de lire un livre étiqueté « rejet »?

    Les livres ne seront pas une priorité dans les prochains mois, c’est sûr. Le festival Étonnants Voyageurs, qui promettait tant, est annulé. Son thème? Le monde au miroir d’Haïti. C’est presque prophétique.

    Son fondateur, le si sympathique Michel Le Bris, est celui qui a lancé le terme « littérature-monde » qui a fait pas mal de bruit en France, quand le manifeste a été publié à la une du Monde. Toujours épris des idéaux de Mai 68, méprisés dans l’ère de Nicolas « Napoléon » Sarkozy (la boutade est de lui), il se désole depuis longtemps de voir la littérature française se refermer sur elle-même, avec pour seules frontières celles de Saint-Germain-des-Prés. Les récents prix littéraires remis aux écrivains haïtiens – Médicis à Dany Laferrière, Genius Award à Edwige Danticat, Wepler à Lyonel Trouillot, RFO à Yanick Lahens, Grand Prix littéraire des Caraïbes à Emmelie Prophète, etc. – viennent confirmer ses intuitions. Je vous conseille vivement de les suivre, d’ailleurs.

    J’ai en tête la chanson Je reviendrai à Montréal, envie de dire à mon chum « fais du feu dans la cheminée, je reviens chez nous », mais j’ai totalement oublié l’hiver. J’ai presque peur de revenir, en fait. Peur du décalage, peur d’avoir fait peur à mes proches, de mesurer un peu trop la chance que j’ai eue de m’en tirer.

    Ce qui est certain, par contre, c’est que je reviendrai un jour en Haïti. Et j’espère que ce sera en touriste.

  • 16 janvier 2010. Média. «L’enfer» Mention dans La Tribune

    Quelle désolation! Quel mauvais coup du sort pour l’écrivain Dany Laferrière, qui s’en allait justement fêter la littérature et l’écriture à Portau- Prince, où devait se tenir le festival Étonnants voyageurs. Lui qui venait de connaître les honneurs du prix Médicis. Et voilà qu’il retrouve son pays en plein coeur d’un désastre innommable. La fête prévue s’est transformée en deuil immense. Heureux sommes nous de ne pas avoir perdu ce témoin du peuple haïtien

  • 16 janvier 2010. Citation. 15e cérémonie des Lumière à Paris.

    «La soirée – méchant contraste – s’est placée sous le signe des malheurs d’Haïti, et Christian Rioux a lu des réflexions de Dany Laferrière sur la catastrophe de Port-au-Prince. Ici comme ailleurs, l’impuissance et la consternation règnent, mais pour les Lumière, en tenue de soirée.» Le Devoir

  • 16 janvier 2010. Média. «Lettre à Dany Laferrière» de l’écrivain Gil Courtemanche dans Le Devoir

    Salut Dany, content de savoir que tu écriras encore. Nous avons des souvenirs communs que nous n’avons jamais partagés. La grande rue qui descend de Pétionville vers Port-au-Prince, le bruissement populeux de Carrefour, la misère de Cité Soleil, le Palais présidentiel d’une impeccable blancheur, planté au milieu des rues sales et désertées la nuit. Et sûrement l’hôtel Oloffson, parce que Graham Greene y écrivit Les Comédiens.

    Tu étais chez toi, et moi chez CNN mardi soir. Je peux imaginer ton bonheur et ta satisfaction pendant que tu attendais à l’hôtel Karibe l’arrivée de nos amis corsaires de Saint-Malo. Michel Lebris et sa bande d’écrivains voyageurs qui allaient faire escale en Haïti après plusieurs tentatives ratées. La terre a tremblé. Tu n’as pas pu voir la compacte nuée de poussière, de cendre et de fumée qui couvrit l’ensemble de la ville en quelques secondes. Je l’ai vue et, dès lors, j’ai deviné la catastrophe. Le maire de Port-au-Prince avait déclaré il y a deux ans que plus de 60 % des édifices de la ville ne respectaient pas au minimum les règles de construction.

    Tu as quitté les hauteurs à la recherche de ta mère et de ta soeur. Es-tu allé vers Delmas ou Carrefour? Peu importe la direction que tu as prise, je sais que tu n’as pas vu de policiers, ni d’ambulances, seulement des bâtiments aplatis comme des omelettes trop cuites, des gens hagards arpentant le milieu des rues pour fuir les édifices. Nous avons des souvenirs communs, mais n’avons pas fréquenté le même pays. Toi, tu connais les gens et sais leur résilience. Moi, je connais les gouvernements, leurs faiblesses et leur désorganisation éternelle.

    En descendant vers le centre-ville, tu as certainement admiré le courage des petits et des faibles, des démunis et des oubliés de toujours; je ne sais pas si l’absence des policiers t’a marqué, l’absence finalement de tout ce qui n’était pas initiative personnelle. Tu n’as certainement pas vu René Préval, le président, dire qu’il n’avait plus de maison ni de palais et qu’il ne savait où il allait dormir. Depuis ce moment, pas un seul membre du gouvernement haïtien ne s’est exprimé. Il n’y avait pas beaucoup de gouvernement dans ton pays, mais maintenant, il n’en existe plus.


    Le lendemain et le surlendemain, as-tu vu? pas un camion, pas une grue, pas une équipe de sauvetage, pas un policier pour calmer les impatients, pas un rien, juste des gens sans rien qui erraient sans but et d’autres plantés devant les gravats qui recouvraient leurs proches. Je ne sais pas où tu étais mercredi; moi, j’étais toujours à CNN, et enfin je vis une opération de sauvetage organisée, presque professionnelle. C’était au siège de la Mission de l’ONU, lourdement et tragiquement touché, mais quand même pas autant que le pays entier, que les millions de personnes que tu connais par leurs mots et leurs espoirs toujours déçus.

    Et puis, jeudi, de partout, ils sont venus, mais ne sachant où aller. Islandais, Américains, Français, avec leurs chiens renifleurs et leurs outils sophistiqués. Jeudi, toujours pas de policiers ni de gouvernement haïtiens. Les équipes de sauvetage font la course au trésor, la chasse aux oeufs de Pâques dans le labyrinthe que tu connais si bien. CNN se concentre sur des Islandais qui tentent de dégager une jeune fille d’un supermarché de Delmas. Ils sont optimistes. La jeune fille parcourait l’allée des confiseries quand le tremblement de terre est survenu et elle s’est nourrie de bonbons. Elle est en pleine forme et on va la délivrer. En conclusion, le reporter de CNN ajoute que des dizaines de personnes faisaient leurs courses au même moment.

    J’imagine qu’à ce moment tu avais retrouvé ta mère et ta soeur et qu’avec raison tu avais choisi de rentrer chez toi, ici, où tu serais plus utile que là-bas. Mais j’en savais plus que toi, ce qui ne signifie pas que ma tristesse était plus grande. J’avais vu les images du port complètement détruit, la seule grue plantée dans l’eau comme une sculpture inutile, une jetée totalement ensevelie par l’eau. Tout se conjuguait pour empêcher une aide prompte et efficace. Pas de gouvernement, pas de port, un aéroport débordé.


    Je sais ton amour et ta confiance pour ton île. Je suis de ceux qui ont eu beaucoup d’amour et peu de confiance, et de moins en moins de confiance. Ton peuple est brave et capable de vivre les pires tragédies. Il l’a fait depuis l’indépendance, à travers l’occupation américaine, sous les dictatures subséquentes. Mais tes gouvernements n’ont jamais eu de vrais rapports avec le peuple. Ils ne savent pas où les gens habitent, ne connaissent pas les quartiers, ne se soucient pas des conditions sanitaires. Et c’est ce bordel – car, que tu le veuilles ou pas, ce pays est un immense bordel – que nous devons sauver de l’extinction.

    Tu as raison. Il n’y a pas de malédiction qui afflige Haïti. Que des catastrophes naturelles. Il faudrait peut-être que ceux qui aiment ce peuple disent que les élites haïtiennes font partie des catastrophes naturelles. Je sais, ce n’est pas le moment. C’est le moment d’admirer le travail courageux de ceux qui, avec seulement leurs mains et parfois des pioches, fouillent les décombres, extirpent un cadavre et le posent dans la rue en le recouvrant dignement d’une toile bleue ou rose. Il y a ma douleur théorique et la tienne incarnée. Que pouvons-nous?

  • 16 janvier 2010. Média. «Haïti va continuer de vivre et de créer tout en enterrant ses morts» propos recueillis par Mohamed Aïssaoui pour Le Figaro

    L’écrivain d’origine haïtienne, Prix Médicis 2009, témoigne de ce qu’il a vécu à Port-au-Prince pendant le tremblement de terre.

    Dany Laferrière, écrivain canadien né à Port-au-Prince, se trouvait dans son pays natal au moment du séisme pour participer au festival littéraire Étonnants Voyageurs. Son hôtel s’est effondré. Dans les heures qui ont suivi, il a trouvé refuge sur le terrain de tennis proche de l’hôtel. L’auteur de L’Énigme du retour a pu être rapatrié dans la nuit de jeudi à vendredi à bord d’un avion militaire canadien. Il se confie au Figaro.

    LE FIGARO. – Où étiez-vous quand le séisme s’est déclenché ? DANY LAFERRIÈRE. – J’étais avec Michel Le Bris, le directeur du festival Étonnants Voyageurs quand le séisme a commencé. Pouvez-vous décrire la tragédie ? En quelques instants, j’ai vu des maisons s’effondrer, des immeubles tomber. J’ai vu des gens sauver des vies, j’ai vu une femme sauver un bébé en sautant du cinquième étage. Un gardien de sécurité s’est démené pour tenter de secourir des personnes alors qu’il savait qu’une partie de sa famille avait été touchée. J’ai assisté à des scènes indescriptibles. Ce qui m’a le plus impressionné, c’est la force des hommes, dans un moment aussi difficile. Ensuite, un silence s’est installé durant les deux jours qui ont suivi le séisme… Les rues étaient sûres, alors même que les rescapés dormaient à même le sol. Peut-être que maintenant des bandits sont entrés en scène, mais pendant les deux premiers jours, l’atmosphère fut relativement calme. Avez-vous des nouvelles de vos amis haïtiens ? Lyonel Trouillot (romancier vivant à Haïti, coprésident du festival Étonnants Voyageurs, NDLR) a été admirable. Il a marché durant trois heures avec une canne pour venir prendre de nos nouvelles. Ensuite, il m’a emmené en voiture voir ma mère, alors qu’il n’avait pas d’informations concernant sa propre famille. Je suis allé voir Frankétienne (grande figure littéraire, poétique et artistique haïtienne, NDLR). Il était en pleurs devant sa maison effondrée, qu’il avait bâtie comme une oeuvre d’art – sa maison, c’est une autofiction. Quand des hommes et des femmes passaient près de lui, ils disaient : « Le poète est vivant, le poète est vivant. » Je lui ai affirmé que les Haïtiens avaient besoin de le voir, qu’il fallait qu’il continue. Ironie de l’histoire : ces derniers jours, Frankétienne répétait une pièce de théâtre de sa création, dont le titre est « Tremblements de terre ». On peut y lire cette phrase terrible : « La terre se fissure, la terre tremble, la terre bouge… »Que pensez-vous de la mobilisation internationale qui s’est mise en place immédiatement ? J e ne l’aurais pas imaginée. Comment l’expliquer ? Je crois qu’Haïti est un pays très aimé, mais je ne sais pas pourquoi. Il y a, peut-être, des choses qui s’expliquent par le passé et qui restent dans la mémoire collective. C’est une île où les esclaves sont devenus citoyens par leurs propres moyens. Peut-être aussi le monde se souvient-il que notre pays a connu des catastrophes naturelles à répétition et une histoire douloureuse. Notre peuple ne mérite pas ça. D’ailleurs, dans ce nouveau malheur, la population a fait face avec dignité, sans en vouloir à quiconque. Cette gravité et cette élégance d’âme m’impressionnent. Comment voyez-vous l’avenir ? Quand tout tombe, il reste la culture. La culture, c’est l’âme du peuple haïtien, la culture n’est pas un luxe. On peint pour vendre ses tableaux, on compose de la musique pour se faire entendre et pour dire des choses. La littérature existe malgré le peu de soutiens dont elle bénéficie. En 2009, trois prix littéraires français sont allés à des écrivains haïtiens. La culture est le fondement d’Haïti. Tout cela demeurera et, j’en suis sûr, sauvera l’île. Le pays a placé très haut la culture… Il ne doit pas perdre cette ressource, c’est son acquis. Avez-vous peur qu’Haïti soit réduit à cet événement ? Oui, de grâce, ne limitons pas Haïti à un séisme, ne nous contentons pas de la simple charité chrétienne, sans lendemain. Haïti n’est pas une personne en train de mendier. Ce pays va continuer de vivre et de créer tout en enterrant ses morts. Le calme, la dignité dont les gens ont fait preuve ne tombent pas du ciel, parce que notre île s’est toujours relevée, c’est sa force, son courage, son moteur. Il faudra continuer à dialoguer. Faisons les choses de manière fraternelle et humaine. Cette tragédie a paradoxalement créé un espace qui doit déboucher sur des actions positives. Je voudrais insister sur ce message. PROPOS RECUEILLIS PAR MOHAMMED AÏSSAOUI

    «Ces derniers jours, le poète Frankétienne répétait une pièce de théâtre de sa création, dont le titre est »Tremblements de terre*. On peut y lire cette phrase terrible : »La terre se fissure, la terre tremble, la terre bouge*…»

  • 16 janvier 2010. Média. Mention par Harry Roselmack, Télérama

    « J’aime beaucoup le regard aiguisé et acide que Dany Laferrière porte sur le monde et les rapports Nord-Sud. J’aurais bien aimé entendre ses réactions sur le sommet de Copenhague. Cela n’a pas été possible pour l’instant, car il est rarement en France. »

  • 16 avril 2010. Média. «Personnalité de l’année : Dany Laferrière» propos recueillis par Jean-François Lépine, Radio-Canada, Une heure sur Terre

    JEAN-FRANÇOIS LÉPINE (ANIMATEUR)

    – Après la pause,

    Dany Laferrière.

    – Il fallait un chantre pour en parler.

    – Le prix de la Personnalité internationale de l’année créé par le CÉRIUM et Une heure sur Terre a été attribué à un écrivain que vous connaissez bien : Dany Laferrière.

    Le jury a estimé que le rôle joué par Dany après le séisme en Haïti, ajouté au prix Médicis qu’il a reçu pour son dernier roman, lui ont permis d’émerger comme figure culturelle d’envergure internationale.

    Nous avons reçu Dany Laferrière il y a quelques jours ici alors qu’il s’apprêtait justement à partir pour Haïti.

    Dany Laferrière, bienvenue à Une heure sur Terre.

    – Merci.

    – Et bravo pour ce prix.

    C’est un honneur qui fait partie d’une année pour vous qui est presque sans fin. Bravo pour tout ça. Mais aussi une année qui a été marquée au milieu d’une catastrophe que vous avez vécue dans votre chair, parce que vous étiez là. Comment on se sent après tout ça?

    DANY LAFERRIÈRE, écrivain

    – Je ne sais pas.

    J’ai l’impression que c’est une bonne chose que j’aie pu recevoir ces honneurs à ce moment-là pour permettre de faire entendre d’une certaine manière une voix haïtienne dans ce tohu-bohu général, puisque tout le monde a été touché, toute la presse mondiale a été en Haïti durant les deux dernières semaines de janvier. Il fallait quand même qu’il y ait quelqu’un qui connaisse intimement ce pays, qui ait vécu ça dans sa chair et qui soit au-delà de la consolation ou de la compassion, mais qui soit acteur même, partie prenante de cette histoire.

    – C’est un peu pour ça que vous avez écrit ce livre qui vient de sortir, qui s’appelle Tout bouge autour de moi? Parce que vous vouliez témoigner de quelque chose de particulier?

    (Personnalité internationale de l’année – CÉRIUM et Une heure sur Terre)

    – Oui, tout à fait. Et je crois que je n’avais pas du tout l’intention d’écrire ce livre. On ne peut pas écrire un livre sur un théâtre de 230 000 morts, sans compter les estropiés, c’est impossible. Mais j’ai senti quand même qu’il y avait des petites choses minuscules qui étaient très importantes.

    Comme cette petite fille qui se demandait la nuit du séisme s’il y aura classe demain.

    Comme cette vieille femme qui, le lendemain même du séisme, avait étalé ses mangues auprès d’un mur pour les vendre parce qu’elle ne pouvait pas faire autrement. Il n’y a aucune possibilité de nourrir ses enfants si elle ne se met pas au travail, si elle n’ouvre pas son commerce. Mais j’avais senti que tous ces gens-là qui, dans le bousculement, allaient créer la vie. Parce que, après un séisme pareil, où le destin d’un pays bascule en une minute, on peut s’asseoir. Le pays peut rentrer dans une léthargie qui aurait été plus terrifiante.

    Et là, ces gens se sont mis debout pour toutes sortes de raisons vitales. Et j’ai cru comprendre qu’il fallait un chantre pour en parler.

    – Vous n’aimez pas le terme « malédiction ». Mais il y a une sorte de malédiction d’une certaine façon que vous décrivez dans ce livre. Vous l’avez évoquée ailleurs aussi.

    C’est ce que vous appelez les institutions gangrenées de ce pays-là. Aujourd’hui, au moment où les milliards arrivent à Haïti, les Haïtiens sont inquiets de ça eux-mêmes.

    Par quoi on commence, Dany? Comment on fait en sorte qu’on mette fin à ce cycle de malédiction des institutions gangrenées d’Haïti?

    – Je crois que tout cela est lié à la situation générale.

    Si les gens mangent mal, s’ils sont mal éduqués, mal soignés, ils n’ont pas le courage de créer même des institutions plus viables. Et les élites qui sont plus solidement établies continuent à avoir ce pouvoir-là. Et donc, je ne pense pas que l’idée serait de s’attaquer littéralement à ces élites qui dirigent. C’est plutôt aussi de fournir des armes – une santé et une éducation – au plus grand nombre. Et le destin d’un pays se trouve toujours entre les mains du plus grand nombre. C’est là absolument que cela se passe. Mais dans le cas d’aujourd’hui aussi, il faut faire attention aux O.N.G., aux gouvernements, aux représentants des pays extérieurs qui ont cette fois-ci une grande partie de l’aide en main. Et on sait très bien aussi qu’il ne s’agit pas d’être Occidental pour être honnête.

    – Tout à fait.

    – On a vu le commanditaire, les commandites. On a vu en France tous ces hommes politiques qui ont été mis en garde à vue ou en examen, comme on dit.

    – Mais revenons à Haïti…

    – La corruption n’est pas du tout une spécialité haïtienne. Et ce serait dommage de trop mettre l’éclairage sur le gouvernement, car cette fois-ci beaucoup d’argent se retrouve entre les mains des O.N.G.

    On a pris précaution de leur donner cet argent-là.

    C’est peut-être à eux aussi de rendre des comptes et de fournir les factures.

    – Mais par quoi on commence? C’était ma question, concrètement. Vous avez de l’espoir qu’on peut tourner la situation, changer Haïti une fois pour toutes dans la bonne direction?

    – Ah oui, bien sûr. On est dans les médias en ce moment.

    Je crois que les médias devraient continuer à mettre le projecteur sur les gens.

    Pas uniquement en termes d’analyse politique, le contraste entre riches et pauvres comme on a l’habitude de le faire, avec une interview avec les hommes politiques en place. Non. Montrer ce que les gens sont en train de faire. Leur donner de l’espoir.

    Et plus ils ont de l’espoir, plus ils se tiennent debout et plus ils questionneront le pouvoir.

    – Au moment où on se parle, vous partez. Vous retournez pour la première fois depuis ces deux jours et quelques que vous avez vécus au moment du tremblement de terre comme tel.

    Vous avez une appréhension, vous êtes inquiet de ce que vous allez voir?

    – Non.

    – Quel est votre sentiment?

    – Non, non. Je vais en Haïti pour essayer de regarder, après trois mois, comment cela se passe. Pour essayer d’écrire encore là-dessus. Et cela me donne une petite distance.

    Vous savez, écrire, c’est tenter de maîtriser les choses.

    Cela va prendre longtemps avant que je puisse penser vraiment Haïti. Pour le moment, ce qui m’intéresse, c’est d’en parler.

    – Et c’est ce que vous pouvez faire, de toute façon.

    – C’est ce que je sais faire.

    – Dany Laferrière, bonne chance. Bonne chance dans tous vos projets et puis encore une fois, bravo.

    – Merci.

  • 17 janvier 2010. Distinction. Dany Laferrière a été couronné personnalité de l’année La Presse-Radio-Canada pour son exploit littéraire et l’ensemble de son oeuvre.

    L’écrivain qui était dans son pays natal au moment du séisme, était visiblement épuisé et ému, mais il a gardé intact son sens de l’humour. Il a lancé à la boutade qu’il a failli obtenir ce pris à titre posthume.

    « C’est une semaine assez spéciale. Mardi dernier, j’étais couché par terre avec ce tremblement de terre à Port-au-Prince, et là, on est dimanche, je suis debout pour recevoir un prix dans une soirée de gala. Je trouve que les deux postures se valent, c’est-à-dire la vie et la mort », a-t-il déclaré, visiblement éprouvé par ce qu’il a vécu et vu en Haïti.

    Dany Laferrière a remporté récemment le prix Médicis 2009 pour son roman L’énigme du retour.

  • 17 janvier 2010. Média. Entrevue au Téléjournal / Le point de Radio-Canada

    SRC Télévision – Le Téléjournal / Le Point
    dimanche 17 janvier 2010 – 22:00 HNE 548 mots
    Dany Laferrière, personnalité de l’année La Presse-Radio-Canada.

    PASCALE NADEAU (ANIMATRICE) :

    • Une douceur pour Haïti : Dany Laferrière, sacré personnalité de l’année.

    FRANCE BEAUDOIN (ANIMATRICE, RADIO-CANADA) :

    …a choisi comme personnalité de l’année 2009, l’auteur Dany Laferrière!

    DANY LAFERRIÈRE (ÉCRIVAIN) :

    Bien, je suis touché. (Applaudissements) –

    PASCALE NADEAU (ANIMATRICE) :

    La personnalité de l’année La Presse-Radio-Canada est dévoilée. Après la pause au Téléjournal, le grand lauréat : Dany Laferrière. (Pause commerciale) C’est pour son exploit littéraire et l’ensemble de son oeuvre que Dany Laferrière a été couronné sur nos ondes personnalité de l’année La Presse-Radio-Canada ce soir. Mais en ces temps difficiles, la gloire ne rejaillit pas seulement sur l’auteur de L’énigme du retour. C’est comme si on avait en fait aussi donné ce prix à tout le peuple haïtien, accablé par le tremblement de terre, et à tout un pays sinistré.

    FRANCE BEAUDOIN (ANIMATRICE, RADIO-CANADA) :

    Aux yeux de plusieurs immigrants, il fait figure d’inspiration. Pour l’ensemble de son parcours et sa reconnaissance avec le prix Médicis, le jury des recteurs a choisi comme personnalité de l’année 2009, l’auteur Dany Laferrière! (Applaudissements) Félicitations. Alors, tu reçois ça comment, toi?

    DANY LAFERRIERE (PERSONNALITÉ DE L’ANNÉE LA PRESSE/RADIO-CANADA) :

    Comment je reçois ça? C’est une semaine assez spéciale. Mardi dernier j’étais couché par terre, avec ce tremblement de terre à Port-au-Prince, et là on est dimanche, je suis debout pour recevoir un prix dans une soirée de gala. Je trouve que les deux postures se valent, c’est-à-dire la vie et la mort. Et je suis… C’était très triste d’être là, très triste et fabuleusement triste pour Haïti et je suis très content pour Haïti d’être ici aussi, et pour tous ceux qui ont quitté leur pays un jour aussi. Et pour tous ceux qui les ont reçus un jour aussi.

    FRANCE BEAUDOIN (ANIMATRICE, RADIO-CANADA) :

    Oui, il y a une coïncidence quand même, je le disais, nous on le sait depuis le mois de décembre que tu gagnes ce prix-là, et c’est cette semaine, après les événements en Haïti, que tu le reçois. Donc la personnalité de l’année, toutes catégories confondues cette année au Québec, ce qu’on reconnaît, c’est la culture haïtienne.

    DANY LAFERRIERE (PERSONNALITÉ DE L’ANNÉE LA PRESSE/RADIO-CANADA) :

    Ça a failli être une personnalité posthume. Eh bien, non. On n’arrête pas la mort. On est vivant ou pas. Je suis tout à fait content. Si j’ai l’air un peu lent, c’est que je suis très épuisé. Depuis mardi, je n’ai pas bien dormi. Vous savez, il y a deux malheurs, c’est l’échec fondamental, qui serait la mort, et le succès fondamental. Alors je prie les gens de garder l’affection qu’ils ont pour moi, parce que j’ai passé la semaine à répondre au courriel pour dire que j’étais vivant. Je n’ai pas envie de passer une autre semaine encore devant Internet pour les compliments. Mais je suis touché. (Rires) (Applaudissements) Je suis très touché. Et j’ai des scènes qui se déroulent dans ma tête de mon arrivée au Québec, en 1976. Ce sont des scènes toutes simples. Je suis arrivé à 23 ans, je ne savais rien faire. Ce qu’on appelle un fils à sa maman. Je salue ma mère, j’en profite pour la saluer. J’étais comme ces jeux ces jeunes gens qu’on voit dans les rues de Port-au-Prince et que le Québec va choisir comme au hasard. J’étais l’un d’eux, tout simplement.

    FRANCE BEAUDOIN (ANIMATRICE, RADIO-CANADA) :

    Evidemment que lorsqu’on a su que tu gagnais, notre premier réflexe, ça a été d’aller chercher la réaction de celui à qui tu as dédié le livre, qui est ton neveu, Dany Charles. Ça, c’était, je le répète, avant le tremblement de terre. Il était évidemment très heureux pour toi et il l’est toujours. Regarde sa réaction, tournée avant.

    DANY CHARLES (NEVEU DE L’ÉCRIVAIN) :

    Dany, tu m’as surpris en me dédiant ton livre, maintenant c’est à mon tour. Je te félicite pour le grand prix que tu viens de recevoir. 2009 a été pour toi une année fructueuse. Tu sais que tu es mon modèle, et j’essaierai au mieux de remplir tes pas. Ils ne le savent peut-être pas, mais dans la famille, c’est moi le grand Dany, et toi le petit. Ceci étant dit, le grand Dany te félicite. Je suis très fier de toi. Tu as travaillé très fort. Tu le mérites. Fête bien ta victoire ce soir, mais sans trop de boisson. Maggie ne veut pas. Nous t’attendons à la maison, la famille et moi. Nous t’embrassons, nous t’aimons, nous te chérissons. Je t’aime, mon oncle.

    PASCALE NADEAU (ANIMATRICE) :

    C’est quand même touchant!

  • 18 janvier 2010. Média. «Deux cultures, un seul pays»
    propos recueillis par Nathalie Petrowski, La Presse

    À Port-au-Prince, en novembre, bien avant la terrible catastrophe qui devait dévaster son pays, son portrait peint à la main était placardé un peu partout sur les murs de la ville. À Petit-Goâve, une fanfare accompagnait le maire venu lui remettre les clés de sa ville natale. Et hier soir à Montréal, après sans doute la pire semaine de sa vie passée dans la dévastation et les décombres de sa ville natale, Dany Laferrière s’est vu décerner le grand prix de la Personnalité de l’année 2009 La Presse/Radio-Canada, lors de la 26e soirée Excellence.

    Lauréat du prix Médicis en France et du Grand Prix du livre de Montréal pour son roman L’énigme du retour, Dany Laferrière a été choisi Personnalité de l’année, en novembre, par le jury des recteurs des universités québécoises, pour son rayonnement d’écrivain dans le monde entier, pour la force d’évocation de son oeuvre littéraire, constituée de 19 ouvrages, et parce qu’il est un modèle pour sa communauté.

    Deuxième écrivain québécois à remporter le Médicis après Marie-Claire Blais, Dany Laferrière est aussi le premier écrivain africain ou caribéen à gagner ce prestigieux prix, créé en 1958, qui a longtemps été la chasse gardée des auteurs français. Dany Laferrière a donc une fois de plus cassé le moule, lui qui dit avoir deux cultures mais un seul pays: la littérature.

    Cette année, au Salon du livre de Montréal, les files pendant ses séances de dédicace étaient parfois plus longues que celles des centres de vaccination. En voyant tous ces lecteurs qui piaffaient d’impatience à la perspective d’échanger avec lui, Dany s’est d’ailleurs écrié: « Ça fait 25 ans que je vous attends. Dommage que vous soyez tous arrivés en même temps! »

    Le « 25 ans » n’était pas une boutade. Né en Haïti en 1953, arrivé à Montréal en 1976 pour fuir le régime Duvalier, Dany Laferrière a publié son premier roman, Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer, il y a 25 ans. Mais si cette chronique d’un été chaud au square Saint-Louis, qui met en scène une machine à écrire Remington et deux jeunes Noirs, l’un philosophe et l’autre écrivain, a fait de lui une vedette médiatique instantanée, Dany a longtemps été plus connu que ses livres. Ses apparitions, d’abord comme monsieur Météo pendant un mois à TQS, puis comme chroniqueur à l’émission 100 Limites avec les Bleu poudre, et enfin comme commentateur à l’émission culturelle La bande des six, ont fait de lui un visage familier du petit écran québécois, mais pas nécessairement un grand vendeur de livres.

    « Je crois que la vaste majorité des gens d’ici s’estimaient suffisamment nourris par mes chroniques ou mes interventions à la télé et n’avaient pas envie de faire l’effort de me lire. Me connaître leur suffisait », m’a t-il confié sans amertume en décembre dernier quand la vie était encore belle et sans nuage. Le Médicis a bousculé cet ordre des choses et précipité au stand de Boréal, au dernier Salon du livre de Montréal, des hordes de nouveaux lecteurs prêts à faire le pied de grue pendant des heures pour avoir une dédicace de l’auteur le plus primé de l’automne.

    « C’était très étrange de voir tous ces gens qui voulaient absolument lire non pas tant mon livre que le Médicis de cette année. Moi, ça faisait mon affaire. Mon rêve, après tout, c’est d’être lu. »

    Pour que ce rêve devienne réalité, Dany Laferrière a travaillé fort, sué sang et encre et imposé à sa femme et à leurs trois filles un exil à Miami qui a duré 12 ans. C’est pendant ces années de thé et de soleil, loin de la fébrilité culturelle montréalaise, que l’écrivain a produit le gros de son oeuvre, qu’il appelle son autobiographie américaine. De L’odeur du café au Cri des oiseaux fous en passant par La chaire du maître et Le charme des après-midi sans fin, Dany a mis au monde huit romans majeurs sur son enfance et les premières années de sa vie adulte dans ce « pays sans chapeau » où il est né. Son style, simple et minimaliste mais toujours d’une redoutable efficacité, a évolué au fil des ans en prenant toujours le parti pris d’une modernité éclatante et jamais folklorique.

    Si le succès critique fut au rendez-vous, il ne s’est pas toujours traduit en succès de librairie. Est-ce pour cela que Dany Laferrière a cessé d’écrire pendant huit ans?

    « Je n’ai pas abandonné l’écriture pour des raisons de ventes. L’argent, ce n’est pas ma culture. Je m’en fous, de l’argent. À mes yeux, un intellectuel doit s’occuper à autre chose qu’à la recherche de son confort. Si j’ai cessé d’écrire, c’est parce que j’avais l’impression de tourner en rond et de devoir encore et toujours faire mes preuves auprès d’un « establishment » littéraire qui s’entêtait à me caser dans la littérature migrante, qui me voyait comme un clown ou un provocateur, mais jamais comme un écrivain à part entière. »

    Après avoir accroché sa vieille Remington et demandé à ses derniers lecteurs dans Je suis fatigué de cesser de le considérer comme un écrivain en activité, Dany est allé voir ailleurs s’il y était. Il a fait du cinéma, récrit quelques-uns de ses livres et, avec le recul, il a fini par comprendre qu’il avait besoin d’écrire pour vivre. Il a donc repris du service et prévoit continuer encore pendant de longues années. Pour son plus grand bonheur et le nôtre.

  • 18 janvier 2010. Média. «Dany Laferrière honoré» par Ariane Lacoursière, La Presse

    L’écrivain a été choisi hier Personnalité de l’année 2009 La Presse/Radio-Canada

    La catastrophe qui touche présentement Haïti s’est propulsée au coeur du Gala Excellence La Presse/Radio-Canada, hier soir, alors qu’un fier représentant de ce pays, Dany Laferrière, s’est vu remettre le titre de Personnalité de l’année.

    Lauréat du dernier prix Médicis en France et du Grand prix du livre de Montréal pour son roman L’Énigme du retour, M. Laferrière a connu une année exceptionnelle.

    Mais tout aurait pu prendre une tournure dramatique mardi. M. Laferrière était à Port-au-Prince quand le séisme a frappé. Il s’était rendu dans la capitale pour participer au festival littéraire Étonnants voyageurs.

    Épargné par la tragédie, il n’en demeure pas moins marqué. « C’est une semaine assez spéciale, a-t-il déclaré sur le plateau de l’émission Bons baisers de France. Mardi, j’étais couché par terre. Là, on est dimanche, et je suis ici, debout pour recevoir un prix dans un gala. (…) Je suis très content pour Haïti de gagner ce prix. »

    M. Laferrière, qui reconnaît être fatigué, dit « ne pas avoir eu le temps de penser » depuis son retour au Canada. « Si j’avais du temps, je penserais à mes amis de qui je suis sans nouvelles. Je verrais de images de morts dans ma tête. (…) Je fais des témoignages. C’est un marathon de presse, qui justifiait mon retour. Je ne suis pas ici pour me reposer. Je suis ici pour dire ce que les gens en Haïti vivent », a affirmé M. Laferrière.

    Selon l’écrivain, la tragédie qui touche son pays devrait fouetter le monde entier et forcer la reconstruction. « Il faut que les gens se disent: c’est assez », martèle-t-il.

    M. Laferrière est particulièrement heureux qu’un écrivain ait été nommé Personnalité de l’année, alors qu’il était en compétition contre des sportifs et des « vraies vedettes ». « Ce prix est à moi, a-t-il dit. Je l’ai fait dans la solitude et l’angoisse. Ce prix est pour un écrivain. J’ai dû traverser un tumulte de 30 ans pour y arriver. Je l’ai fait seul, mais je peux l’offrir à Haïti et au Québec. »

    Parmi les autres lauréats de la 26e soirée Excellence La Presse/Radio-Canada, la patineuse artistique Joannie Rochette, la présidente et chef de direction de Rio Tinto Alcan, Jacynthe Côté, l’instigatrice du projet Les filles et les sciences, un duo électrisant!, Nathalie Beaudry, et l’enseignant de chimie au collège Saint-Jean-Vianney, Yannick Bergeron, ont été nommés champions de leur catégorie.

    Le triathlète Pierre Lavoie, qui a réussi à faire bouger les jeunes de 950 écoles primaires cette année avec son Grand défi, a été nommé personnalité de l’année de la catégorie Courage, humanisme et accomplissement personnel. Éliane Gosselin et Lysanne Vermette, deux fillettes de l’école Chante-Bois de Blainville, ont aussi remporté le prix en l’honneur des milliers d’élèves ayant participé au projet.

    Le pianiste Alain Lefèvre a pour sa part remporté le titre dans la catégorie Art, lettres et spectacle. Le jury, composé des recteurs des principales universités québécoises, a voulu souligner la persévérance de M. Lefèvre, qui travaille depuis 25 ans à rétablir la réputation du compositeur québécois André Mathieu.

    M. Lefèvre était visiblement ému de remporter cet honneur. « Vingt ans de lutte… Au début, les gens riaient. Et aujourd’hui, je suis ému. C’est à lui que revient le prix », a déclaré M. Lefèvre.

  • 18 janvier 2010. Média. «La futilité» avec Alain Gravel pour l’émission Enquête de Radio-Canada

    Je ne sais pas si vous êtes comme moi. Depuis le tremblement de terre en Haïti, tout, autour de moi, semble futile. Tout ce qu’on raconte à la radio, à la télévision ou sur Internet. Tout ce que je fais dans mon travail. Toutes les enquêtes sur lesquelles on planche.

    Depuis la grande catastrophe haïtienne, la vie en général devient tout à coup futile. Tous les grands débats publics qui normalement nous animent comme société. Et aussi toutes nos activités quotidiennes.

    On finit par se demander à quoi sert tout ce que l’on fait ici. On a l’impression qu’on devrait tous partir là-bas pour aider. Et qu’en dehors de cela, il n’y a plus rien qui vaut la peine.

    Dany Laferrière et l’urgence de vivre

    Heureusement, il y a Dany Laferrière, qui sait si bien avec sa verve habituelle et son humour déstabilisant, nous ramener à l’essence des choses.

    Dimanche, j’ai assisté à la soirée Excellence de La Presse/Radio-Canada. J’ai été témoin de son couronnement comme personnalité de l’année. Quand j’ai entendu son nom, j’étais, comme tout le monde, extrêmement ému.

    Je me demandais comment il allait réussir à parler sans s’effondrer. Bien sûr, il était ému. Bien sûr, on sentait que la semaine qu’il venait de vivre avait été « fabuleusement » pénible, comme il l’a si bien dit.

    Mais ce qu’on retient de sa présence sur le plateau de France Beaudoin, c’est son urgence de vivre. C’est son rayonnement, son sourire. Que la célébration de la vie était tout aussi importante que la sensibilisation aux drames les plus tragiques.

    Il a déclaré: « Mardi, j’étais couché par terre. Là, on est dimanche et je suis ici, debout pour recevoir un prix dans un gala. […] Je ne suis pas ici pour me reposer. Je suis ici pour dire ce que les gens en Haïti vivent. »

    La semaine dernière, Dany Laferrière avait le mot juste aussi pour remettre les choses en place. Qu’il n’y avait pas de malédictions affligeant Haïti. Que le pays avait été la cible d’une immense catastrophe naturelle. Un point c’est tout.

    Comme bien des journalistes, je me suis rendu à quelques reprises en Haïti. J’en suis parfois revenu découragé, en voyant les gouvernements là-bas se succéder au gré des coups d’État ou des magouilles.

    Parfois aussi, je constatais à quel point les dirigeants de ce pays manquaient de leadership.

    En regardant Dany Laferrière, dimanche soir, j’ai eu l’impression qu’il incarnait ce dont Haïti a besoin. Un homme qui était par terre mardi dernier et qui, quelques jours plus tard, s’est remis debout, prêt à tout recommencer.

    En l’écoutant, plusieurs d’entre nous se sont rendu compte que les écrivains et les artistes sont aussi importants à la vie d’un pays qu’un président ou un premier ministre.

  • 18 janvier 2010. Média. «Maka Kotto félicite Dany Laferrière» dans un Communiqué du Parti Québécois

    Le député de Bourget et porte-parole de l’opposition officielle en matière de culture et de communications, Maka Kotto, félicite l’écrivain Dany Laferrière pour le titre de Personnalité de l’année 2009 La Presse/Radio-Canada qu’il a reçu hier soir à Montréal.

    « Depuis son arrivée chez nous au Québec, il y a plus de trente ans maintenant, Dany Laferrière a lentement mais sûrement imprégné sa marque dans le monde littéraire québécois. Depuis qu’il a reçu le Prix Médicis pour son roman L’Énigme du retour, c’est aujourd’hui toute la francophonie qui connaît beaucoup mieux l’homme et son oeuvre », a souligné Maka Kotto.

    Pour le député de Bourget, l’honneur reçu hier soir récompense le talent d’un grand humaniste et d’un grand écrivain, éminemment inspiré de son Haïti natal, par le Québec bien sûr, mais aussi par sa proximité avec la culture américaine. « Ce prix célèbre un des grands ambassadeurs du Québec culturel et un des grands écrivains francophones », a jouté le député.

  • 18 janvier 2010. Média. «Haïti : le témoignage bouleversant de l’écrivain Dany Laferrière» propos recueillis par Christine Rousseau pour la « Une », Le Monde

    Course contre la mort dans le chaos de Port-au-Prince -Le déploiement de l aide tarde et l insécurité monte dans la capitale haïtienne. Les autorités restent impuissantes

    Prix Médicis 2009, le romancier haïtien était à Port-au-Prince pendant le tremblement de terre – « Nous sommes à un de ces moments où doit s’exercer le leadership américain », déclare le président Obama

    Romancier récompensé à l’automne 2009 par le prix Médicis pour L’Enigme du retour (Grasset), Dany Laferrière faisait partie des écrivains invités au festival Etonnants Voyageurs en Haïti, qui devait avoir lieu à Port-au-Prince du 14 au 21 janvier. Après plusieurs jours passés dans la capitale haïtienne, de retour à Montréal, où il réside depuis de longues années, il nous a accordé, vendredi 15 janvier, un entretien.

    Où étiez-vous lorsque le séisme s’est produit ?

    J’étais à l’Hôtel Karibé, qui se situe à Pétionville, en compagnie de l’éditeur Rodney Saint-Eloi. Il venait juste d’arriver et voulait aller dans sa chambre. Comme j’avais faim, je l’ai entraîné au restaurant et cela l’a peut-être sauvé… Nous étions donc en train de dîner lorsque nous avons entendu un bruit très fort. Dans un premier temps, j’ai pensé que c’était une explosion qui venait des cuisines, puis ensuite j’ai compris qu’il s’agissait d’un tremblement de terre. Je suis aussitôt sorti dans la cour et me suis couché par terre. Il y a eu soixante secondes interminables où j’ai eu l’impression que ça allait non seulement jamais finir, mais que le sol pouvait s’ouvrir. C’est énorme. On a le sentiment que la terre devient une feuille de papier. Il n’y plus de densité, vous ne sentez plus rien, le sol est totalement mou.

    Et après ces soixante secondes ?

    Nous nous sommes relevés et nous nous sommes dit qu’il fallait s’éloigner de l’hôtel, qui est un bâtiment assez haut, donc peu sûr. Nous sommes alors descendus vers le terrain de tennis, où tout le monde s’est regroupé. Deux ou trois minutes plus tard, nous avons commencé à entendre des cris… Près de l’hôtel, où il n’y avait que peu de dégâts, il y a, dans la cour, de petits immeubles où les gens vivent à l’année. Tous étaient effondrés. On a dénombré neuf morts. Alors qu’on redoutait d’autres secousses, des personnes se sont levées pour commencer à porter secours.

    Un énorme silence est tombé sur la ville. Personne ne bougeait ou presque. Chacun essayait d’imaginer où pouvaient se trouver ses proches. Car lorsque le séisme s’est produit, mardi 12 janvier, Port-au-Prince était en plein mouvement. A 16 heures, les élèves traînent encore après les cours. C’est le moment où les gens font leurs dernières courses avant de rentrer et où il y a des embouteillages. Une heure d’éclatement total de la société, d’éparpillement. Entre 15 et 16 heures, vous savez où se trouvent vos proches mais pas à 16 h 50. L’angoisse était totale. Elle a créé un silence étourdissant qui a duré des heures. Ensuite, on a commencé à rechercher les gens. Nous sommes retournés à l’hôtel et, grâce à la radio américaine et au bouche-à-oreille, on a appris que le palais présidentiel s’était effondré mais que le président Préval était sauf. Mais personne autour de nous n’avait de nouvelles de sa famille.

    Comment en avez-vous eu ?

    Grâce à mon ami, le romancier Lyonel Trouillot, admirable. Bien qu’il ait des difficultés pour marcher, il est venu à pied jusqu’à l’hôtel. Nous étions sur le terrain de tennis, il ne nous a pas vus. Il est revenu le lendemain en voiture pour m’emmener chez ma mère. Après quoi, nous sommes passés voir le grand Frankétienne [dramaturge et écrivain], qui avait sa maison fissurée et qui était en larmes. Juste avant le séisme, il répétait le solo d’une de ses pièces de théâtre qui évoque un tremblement de terre à Port-au-Prince. Il m’a dit : « On ne peut plus jouer cette pièce. » Je lui ai répondu : « Ne laisse pas tomber, c’est la culture qui nous sauvera. Fais ce que tu sais faire. » Ce tremblement de terre est un événement tragique, mais la culture, c’est ce qui structure ce pays. Je l’ai incité à sortir en lui disant que les gens avaient besoin de le voir. Lorsque les repères physiques tombent, il reste les repères humains. Frankétienne, cet immense artiste, est une métaphore de Port-au-Prince. Il fallait qu’il sorte de chez lui.

    En me rendant chez ma mère, j’étais angoissé car j’ai vu des immeubles en apparence solides totalement détruits, et aussi d’innombrables victimes.

    Même à Pétionville, moins touchée ?

    Oui, beaucoup. J’ai commencé à les compter, puis j’ai cessé… C’étaient des piles de corps que les gens disposaient avec soin, le long des routes, en les couvrant d’un drap ou d’un tissu. Après le temps de silence et d’angoisse, les gens ont commencé à sortir et à s’organiser, à colmater leurs maisons. Car ce qui a sauvé cette ville c’est l’énergie des plus pauvres. Pour aider, pour aller chercher à manger, tous ces gens ont créé une grande énergie dans toute la ville. Ils ont donné l’impression que la ville était vivante. Sans eux, Port-au-Prince serait restée une ville morte, car les gens qui ont de quoi vivre sont restés chez eux pour la plupart.

    C’est pour témoigner de cette énergie que vous êtes rentré ?

    En effet, mais pas seulement. Lorsque l’ambassade du Canada m’a proposé d’embarquer vendredi, j’ai accepté car je craignais que cette catastrophe ne provoque un discours très stéréotypé. Il faut cesser d’employer ce terme de malédiction. C’est un mot insultant qui sous-entend qu’Haïti a fait quelque chose de mal et qu’il le paye.

    C’est un mot qui ne veut rien dire scientifiquement. On a subi des cyclones, pour des raisons précises, il n’y a pas eu de tremblement de terre d’une telle magnitude depuis deux cents ans. Si c’était une malédiction, alors il faudrait dire aussi que la Californie ou le Japon sont maudits. Passe encore que des télévangélistes américains prétendent que les Haïtiens ont passé un pacte avec le diable, mais pas les médias… Ils feraient mieux de parler de cette énergie incroyable que j’ai vue, de ces hommes et de ces femmes qui, avec courage et dignité, s’entraident. Bien que la ville soit en partie détruite et que l’Etat soit décapité, les gens restent, travaillent et vivent. Alors de grâce, cessez d’employer le terme de malédiction, Haïti n’a rien fait, ne paye rien, c’est une catastrophe qui pourrait arriver n’importe où.

    Il y a une autre expression qu’il faudrait cesser d’employer à tort et à travers, c’est celle de pillage. Quand les gens, au péril de leur vie, vont dans les décombres chercher de quoi boire et se nourrir avant que des grues ne viennent tout raser, cela ne s’apparente pas à du pillage mais à de la survie. Il y aura sans doute du pillage plus tard, car toute ville de deux millions d’habitants possède son quota de bandits, mais jusqu’ici ce que j’ai vu ce ne sont que des gens qui font ce qu’ils peuvent pour survivre.

    Comment est perçue la mobilisation internationale ?

    Les gens sentent que cette fois, cette aide est sérieuse, que ce n’est pas un geste théâtral comme cela a pu se produire par le passé. On perçoit que les gouvernements étrangers veulent vraiment faire quelque pour chose pour Haïti, et aussi que dans le pays personne ne veut détourner cette aide. Car ce qui vient de se produire est bien trop grave. Il y a tant à faire, à commencer par ramasser les morts. Cela prendra sans doute plusieurs semaines. Ensuite, il faudra déblayer toute la ville pour éviter les épidémies. Mais le problème numéro un, c’est l’eau, car à Port-au-Prince, elle est polluée. Habituellement, on la fait bouillir pour la boire, mais il n’y a plus de gaz.

    Les Haïtiens espèrent beaucoup de la communauté internationale. Si des choses sont décidées à un très haut niveau, dans le cadre d’un vaste plan de reconstruction, alors les Haïtiens sont prêts à accepter cette dernière souffrance. La représentation de l’Etat, à travers le gouvernement décimé, étant touchée, c’est le moment d’aller droit vers le peuple et de faire enfin quelque chose d’audacieux pour ce pays.

  • 18 janvier 2010. Média. «Je suis encore là-bas» par Gérard Pernon pour Ouest France

    Codirectrice du festival, Maett faisait partie de l’équipe d’Étonnants Voyageurs qui séjournait en Haïti. Elle est rentrée samedi à Rennes, comme Michel Le Bris (lire aussi page 6).

    Épuisée, enrhumée, fiévreuse, Maett Chantrel ne s’en soucie pas. « En rentrant, la question se posait : Qu’est-ce qu’on fait, nous qui sommes vivants ? J’ai reçu un mail de l’écrivain haïtien Dany Laferrière, qui était avec nous là-bas. Il écrivait : Je suis assailli de demandes, je réponds à tout ! » Pour faire taire ceux qui parlent de malédiction et de pillages alors qu’il n’est question que de survie.

    Maett a une pile de journaux devant elle. « Je suis encore là-bas. Je me sens coupable d’être ici. C’est terrible de partir, de laisser ces gens… Et pourtant, rester reviendrait à être à leur charge. »

    « Comme une ville bombardée »

    Maett se souvient de tout. « Nous étions à l’hôtel Karibé, un de rares qui ont tenu le choc. » Elle montre une carte. « L’hôtel Montana, la Villa Créole, l’hôtel où nous étions logés il y a deux ans, le lieu où nous devions nous retrouver le lendemain soir, tout s’est effondré… Pour nous, ce n’était pas l’heure. Je lisais sur mon lit, au troisième étage, mais je devais descendre par l’ascenseur, rejoindre les autres, j’ai traîné… »

    Il y a un silence. « Tout à coup, mon lit a été secoué, la télé est tombée. On ne pense pas qu’on va mourir, ça dure une minute. Je suis descendue. Après, on entend hurler… Près de l’hôtel, une femme criait, sa famille était ensevelie. Le lendemain, elle a retrouvé sa fille, c’est tout. »

    L’équipe d’Étonnants voyageurs a campé sur un court de tennis, en attendant que l’ambassade s’occupe de son rapatriement. « C’est sur la route entre l’ambassade et l’aéroport qu’on a compris. C’était comme une ville bombardée. »

    Et pourtant, ajoute-t-elle, « ces gens sont incroyables ! À l’hôtel, les employés sont revenus le lendemain proposer leur aide, leurs services. Les nounous sont réapparues dans les familles pour s’occuper des enfants. Comment pourrions-nous nous plaindre ? »

  • 19 janvier 2010. Média. «Cessez de parler d’une malédiction sur Haïti!», propos recueillis par Le Temps

    Dany Laferrière, écrivain canadien d’origine haïtienne, se trouvait à Port-au-Prince au moment du séisme. De retour au Canada, il raconte l’énergie extraordinaire des habitants pour se porter secours. Il refuse de parler de malédiction, comme l’ont fait certains médias.

    Romancier récompensé à l’automne 2009 par le Prix Médicis pour L’Enigme du retour (Grasset), Dany Laferrière faisait partie des écrivains invités au festival Etonnants Voyageurs en Haïti, qui devait avoir lieu à Port-au-Prince du 14 au 21 janvier. Après plusieurs jours passés dans la capitale haïtienne, de retour à Montréal, où il réside depuis de longues années, il livre un témoignage poignant.

    Le Temps: Où étiez-vous lorsque le séisme s’est produit?

    Dany Laferrière: J’étais à l’Hôtel Karibé, qui se situe à Pétionville, en compagnie de l’éditeur Rodney Saint-Eloi. Il venait juste d’arriver et voulait aller dans sa chambre. Comme j’avais faim, je l’ai entraîné au restaurant et cela l’a peut-être sauvé… Nous étions donc en train de dîner lorsque nous avons entendu un bruit très fort. Dans un premier temps, j’ai pensé que c’était une explosion qui venait des cuisines, puis ensuite j’ai compris qu’il s’agissait d’un tremblement de terre. Je suis aussitôt sorti dans la cour et me suis couché par terre. Il y a eu soixante secondes interminables où j’ai eu l’impression que ça allait non seulement ne jamais finir, mais que le sol pouvait s’ouvrir. C’est énorme. On a le sentiment que la terre devient une feuille de papier. Il n’y a plus de densité, vous ne sentez plus rien, le sol est totalement mou.

    – Et après ces soixante secondes?

    – Nous nous sommes relevés et nous nous sommes dit qu’il fallait s’éloigner de l’hôtel, qui est un bâtiment assez haut, donc peu sûr. Nous sommes alors descendus vers le terrain de tennis, où tout le monde s’est regroupé. Deux ou trois minutes plus tard, nous avons commencé à entendre des cris… Près de l’hôtel, où il n’y avait que peu de dégâts, il y a, dans la cour, de petits immeubles où les gens vivent à l’année. Tous étaient effondrés. On a dénombré neuf morts. Alors qu’on redoutait d’autres secousses, des personnes se sont levées pour commencer à porter secours.Un énorme silence est tombé sur la ville. Personne ne bougeait ou presque. Chacun essayait d’imaginer où pouvaient se trouver ses proches. Car lorsque le séisme s’est produit, le mardi 12 janvier, Port-au-Prince était en plein mouvement. A 16?heures, les élèves traînent encore après les cours. C’est le moment où les gens font leurs dernières courses avant de rentrer et où il y a des embouteillages. Une heure d’éclatement total de la société, d’éparpillement. Entre 15 et 16?heures, vous savez où se trouvent vos proches mais pas à 16?h?50. L’angoisse était totale. Elle a créé un silence étourdissant qui a duré des heures. Ensuite, on a commencé à rechercher les gens. Nous sommes retournés à l’hôtel et, grâce à la radio américaine et au bouche-à-oreille, on a appris que le palais présidentiel s’était effondré mais que le président Préval était sauf. Mais personne autour de nous n’avait de nouvelles de sa famille.

    – Comment en avez-vous eu?

    – Grâce à mon ami, le romancier Lyonel Trouillot, admirable. Bien qu’il ait des difficultés pour marcher, il est venu à pied jusqu’à l’hôtel. Nous étions sur le terrain de tennis, il ne nous a pas vus. Il est revenu le lendemain en voiture pour m’emmener chez ma mère. Après quoi, nous sommes passés voir le grand Frankétienne [dramaturge et écrivain], qui avait sa maison fissurée et qui était en larmes. Juste avant le séisme, il répétait le solo d’une de ses pièces de théâtre qui évoque un tremblement de terre à Port-au-Prince. Il m’a dit: «On ne peut plus jouer cette pièce.»

    Je lui ai répondu: «Ne laisse pas tomber, c’est la culture qui nous sauvera. Fais ce que tu sais faire.» Ce tremblement de terre est un événement tragique, mais la culture, c’est ce qui structure ce pays. Je l’ai incité à sortir en lui disant que les gens avaient besoin de le voir. Lorsque les repères physiques tombent, il reste les repères humains. Frankétienne, cet immense artiste, est une métaphore de Port-au-Prince. Il fallait qu’il sorte de chez lui. En me rendant chez ma mère, j’étais angoissé car j’ai vu des immeubles en apparence solides totalement détruits, et aussi d’innombrables victimes.

    – Même à Pétionville, moins touchée?

    – Oui, beaucoup. J’ai commencé à les compter, puis j’ai cessé… C’étaient des piles de corps que les gens disposaient avec soin, le long des routes, en les couvrant d’un drap ou d’un tissu. Après le temps de silence et d’angoisse, les gens ont commencé à sortir et à s’organiser, à colmater leurs maisons. Car ce qui a sauvé cette ville c’est l’énergie des plus pauvres. Pour aider, pour aller chercher à manger, tous ces gens ont créé une grande énergie dans toute la ville. Ils ont donné l’impression que la ville était vivante. Sans eux, Port-au-Prince serait restée une ville morte, car les gens qui ont de quoi vivre sont restés chez eux pour la plupart.

    – C’est pour témoigner de cette énergie que vous êtes rentré?

    – En effet, mais pas seulement. Lorsque l’ambassade du Canada m’a proposé d’embarquer vendredi, j’ai accepté car je craignais que cette catastrophe ne provoque un discours très stéréotypé. Il faut cesser d’employer ce terme de malédiction. C’est un mot insultant qui sous-entend qu’Haïti a fait quelque chose de mal et qu’il le paie.

    C’est un mot qui ne veut rien dire scientifiquement. On a subi des cyclones, pour des raisons précises, il n’y a pas eu de tremblement de terre d’une telle magnitude depuis deux cents ans. Si c’était une malédiction, alors il faudrait dire aussi que la Californie ou le Japon sont maudits. Passe encore que des télévangélistes américains prétendent que les Haïtiens ont passé un pacte avec le diable, mais pas les médias… Ils feraient mieux de parler de cette énergie incroyable que j’ai vue, de ces hommes et de ces femmes qui, avec courage et dignité, s’entraident. Bien que la ville soit en partie détruite et que l’Etat soit décapité, les gens restent, travaillent et vivent. Alors, de grâce, cessez d’employer le terme de malédiction, Haïti n’a rien fait, ne paie rien, c’est une catastrophe qui pourrait arriver n’importe où.

    Il y a une autre expression qu’il faudrait cesser d’employer à tort et à travers, c’est celle de pillage. Quand les gens, au péril de leur vie, vont dans les décombres chercher de quoi boire et se nourrir avant que des grues ne viennent tout raser, cela ne s’apparente pas à du pillage mais à de la survie. Il y aura sans doute du pillage plus tard, car toute ville de deux millions d’habitants possède son quota de bandits, mais jusqu’ici ce que j’ai vu ce ne sont que des gens qui font ce qu’ils peuvent pour survivre.

    – Comment est perçue la mobilisation internationale?

    – Les gens sentent qu, cette fois, cette aide est sérieuse, que ce n’est pas un geste théâtral comme cela a pu se produire par le passé. On perçoit que les gouvernements étrangers veulent vraiment faire quelque chose pour Haïti, et aussi que dans le pays personne ne veut détourner cette aide. Car ce qui vient de se produire est bien trop grave. Il y a tant à faire, à commencer par ramasser les morts. Cela prendra sans doute plusieurs semaines. Ensuite, il faudra déblayer toute la ville pour éviter les épidémies. Mais le problème numéro un, c’est l’eau, car à Port-au-Prince elle est polluée. Habituellement, on la fait bouillir pour la boire, mais il n’y a plus de gaz.

    Les Haïtiens espèrent beaucoup de la communauté internationale. Si des choses sont décidées à un très haut niveau, dans le cadre d’un vaste plan de reconstruction, alors les Haïtiens sont prêts à accepter cette dernière souffrance. La représentation de l’Etat, à travers le gouvernement décimé, étant touchée, c’est le moment d’aller droit vers le peuple et de faire enfin quelque chose d’audacieux pour ce pays.

  • 19 janvier 2010. Citation «Des mots qui éclairent le monde» par Franck Nouchi, Le Monde

    J’y pensais ce week-end en lisant le témoignage de Dany Laferrière sur la situation en Haïti. Avec ses mots, avec la seule arme de ses mots, un écrivain peut changer notre manière de voir le monde.

    « C’est la culture qui nous sauvera », déclarait, samedi dans Le Monde, Dany Laferrière.

  • 19 janvier 2010. Citation. «Don» dans le Progrès Lyon

    Les Français sont incroyables. On les disait lassés des catastrophes lointaines. Devenus méfiants sur les aléas de l’aide, qui ne se déverse pas toujours où il faudrait. Rendus forcément un peu pingres par les ponctions de la crise dans leur portefeuille… Et puis non, les Français donnent. Ils donnent même plus que jamais pour les naufragés d’Haïti, plus qu’ils n’avaient donné pour les victimes du tsunami, il y a cinq ans. Serait-ce parce que ce peuple du bout de l’Océan parle notre langue ? Ou pour sa dignité, pour « la gravité et l’élégance d’âme » saluées par l’écrivain Dany Laferrière, et qu’il préserve quand on vient de lui arracher le très peu qu’il possédait ? Laissons aux experts leurs savantes analyses. Réjouissons-nous simplement que leurs moroses prédications aient été démenties par des Français décidément imprévisibles, heureusement imprévisibles.

  • 19 janvier 2010. Média. «Haïti, Dresde en 1945, après les bombardements» Par Michel Le Bris dans Le Point

    Michel Le Bris, écrivain et directeur du festival littéraire de Saint-Malo, « Étonnants Voyageurs », était à Haïti la semaine dernière à l’occasion de ladeuxième édition du festival éponyme sur l’île.De retour en France, il raconte au point.fr les effets dévastateurs du séisme sur l’île, et dit l’amour de tout un peuple pour les livres « qui disent qu’il est en l’homme quelque chose de plus fort que le malheur ». Récit.

    Dimanche 10 janvier

    « Nous arrivons, Melani et moi, sous une pluie battante. Le temps est fou , soupire le chauffeur – nous sommes supposés être en saison sèche. Il fait froid. Depuis le 4 janvier, Maette, Isabelle et Agathe – d’Étonnants Voyageurs France – sont à pied d’oeuvre, logées au Karibé.

    La conférence de presse s’est déroulée devant une salle comble, nous dit Maette, radieuse. Emmelie Prophète, écrivain, directrice du Livre, sourit : C’est bien parti. On sent dans la ville un engouement extraordinaire. [Les écrivains] Lyonel Trouillot et Dany Laferrière courent de radios en plateaux de télévision, ne savent plus où donner de la tête. L’année d’Haïti ! France, Canada, Allemagne, Caraïbes : dix (ou onze ? On finit par s’y perdre, tant Dany les empile au Canada) distinctions internationales en quelques mois pour les écrivains d’Haïti, la reconnaissance de la formidable créativité de cette île de musiciens, de peintres, d’écrivains. L’année d’Haïti, donc, et l’occasion d’affirmer une autre image de l’île que la litanie de clichés habituellement servis. »

    Mardi 11.

    « Demain soir, 40 écrivains et journalistes seront là, à l’hôtel Karibé, avant, pour certains, de courir dès le lendemain matin dans les Alliances françaises et les écoles de neuf villes de province. Pour les autres : écoles et débats dans les radios ou à la télévision de Port-au-Prince, avant, dès le vendredi matin, de tous se retrouver dans la capitale pour un programme qui durera jusqu’au 17.

    Pour nous, ce mardi, c’est la course folle. Dany Laferrière rentre d’une radio, Agathe, de retour de l’Imprimerie nationale avec les 8 pages du programme, et Isabelle travaillent à la terrasse, Maette et Melani travaillent dans leurs chambres; et, moi de même, je multiplie les mails, puisqu’enfin – miracle ! – nous avons une connexion Internet. »

    16 h 50. »Le poste de télé bondit vers moi à travers la pièce. Dans la seconde, une énorme explosion. Puis une autre. Et une autre encore. Le mur se fend, éclate, les cloisons, plafonds, planchers ondulent. Tout dégringole, autour de moi. J’entends la voix de Melani, dans le couloir. Ça va ?Ça va, puisqu’elle est sauve. Je plonge sur mon ordinateur pour le protéger : les corrections de mon prochain livre (1.000 pages !), un travail en cours sur un inédit de Stevenson ! Réaction étrange : j’entreprends de l’éteindre dans les règles… avec la souris, alors que tout danse encore. Voulez-vous vraiment éteindre votre ordinateur ?Oui, nom d’une pipe ! Et tout d’un coup, mais qu’est-ce que je suis en train de faire ? Pas besoin de l’éteindre ! Je saute sur mes papiers, serre l’ordi dans mes bras, cours. Le couloir est dans le noir, je trébuche sur les blocs écroulés…

    Saufs. Ils sont tous saufs, sonnés au pied de l’escalier. Mais il ne faut pas rester là, l’hôtel peut s’écrouler à tout moment. Dans la rue, ce n’est guère mieux, des câbles à haute tension se balancent au-dessus de nous.

    Des profondeurs de la vallée monte un nuage de poussière, qui envahit le ciel – et avec lui une clameur, immense, qui s’interrompt, net. Et à ce silence, terrible, nous comprenons que quelque chose d’énorme vient de se produire. J’ai juste le temps d’appeler Éliane, ma femme, avant que toutes les communications ne soient coupées.

    Nous ne pouvons pas rester là. Un Américain nous dit qu’il y a un tennis, de l’autre côté de l’hôtel. Traversée de la bâtisse branlante, dans le noir. Nous nous retrouvons une centaine sur le court. Commence une très longue nuit : pas moins de 43 secousses et, à chaque fois, l’inquiétude que ce soit « la » réplique de la première.

    La nuit est étrangement chaude, les étoiles brillent dans un ciel clair. Et, à une secousse plus forte que les autres, une clameur, de nouveau, qui paraît se rapprocher : des gens, dans le bas de la ville, en prières. »

    Mercredi et jeudi.

    « Un immeuble, derrière le tennis, s’est effondré. Les gens s’activent dans les décombres. Une famille est coincée sous les dalles. On entendra le père pendant quelque temps, puis plus rien. Après des heures de bagarre, les jeunes sauveteurs sortent une toute petite fille, puis la nounou, sonnée. Vivantes, toutes deux. Mais le père est mort, et deux de ses filles…

    La vie s’organise, malgré tout, tant bien que mal. On récupère quelques couettes, des matelas. Je remonte dans les chambres récupérer les affaires de Melani, puis les miennes. Impossible de retrouver ma clé de sauvegarde. J’ai intérêt à bien protéger mon ordinateur… Aucune liaison avec l’extérieur. Sabine, l’épouse du directeur du Service de coopération et d’action culturelle (SCAC) à l’ambassade de France, s’inquiète pour son mari. Nous réussissons à passer quelques SMS. Mais pas de nouvelles de l’ambassade. Une évidence : rester sur ce court de tennis. Quelques membres du personnel, revenus à l’hôtel – plusieurs ont perdu leur maison – ont trouvé de l’eau, quelques vivres. L’ambassade sait où nous sommes et nous pouvons tenir plusieurs jours : qu’elle s’occupe d’abord de ceux qui en ont le plus besoin !

    Lyonel Trouillot arrive en fin de matinée. Dans ses yeux, toute l’horreur traversée, qu’il énonce à voix blanche. Il est déjà venu, à pied à travers la ville, dans la nuit, mais ne nous a pas trouvés. Il a des nouvelles, bonnes, de plusieurs de ses amis – nous n’apprendrons que plus tard le décès de Georges Anglade [écrivain haïtien] et de sa femme. Puis Alain Sauval, chef du SCAC retrouve Sabine, sa femme.

    Là, en bas, la ville est quasiment détruite. Deux photographes nous montrent leurs photos : tous les bâtiments que nous connaissons sont en miettes. Dresde en 45, après les bombardements. Tous les hôtels sont en ruine, sauf le nôtre : logés ailleurs, nous serions tous morts. Alain Sauval, la voix brisée : les deux enfants de Flore, que nous adorons, de l’ambassade, seraient décédés. Le nombre de victimes ? À coup sûr, plus de 100.000. Qui le saura jamais ? Il n’y a même pas d’état civil à Port-au-Prince…

    Dany, parti avec Lyonel, revient dans l’après-midi, bouleversé : sa mère est sauve, de même que Franketienne, le grand poète, le géant des lettres haïtiennes, malgré sa maison à demi effondrée. Une immense clameur a retenti dans la rue quand il est apparu : Le poète est vivant. Ici, les poètes sont des dieux vivants. Et puis, aussi, cette scène incroyable, dans la rue : des gens reconnaissant Dany, qui viennent lui serrer la main, le remercier pour son livre, qui les honore. Lui, embarrassé : en ces circonstances, un livre… Et les autres d’insister : au contraire. Ils en ont plus que jamais besoin parce que les livres disent qu’il est en l’homme quelque chose de plus fort que le malheur.

    La suite, la deuxième nuit, glaciale, est de l’ordre de l’anecdote. Le jeudi, dans la matinée, l’ambassade américaine vient récupérer ses ressortissants, puis les Canadiens, avec lesquels Dany rentre. Les écrivains désormais vont être le plus utiles en faisant ce qu’ils savent faire : écrire. Et c’est là, à l’instant de son départ, qu’avec Lyonel, nous nous sommes juré de ne pas renoncer : ce festival Étonnants Voyageurs de Port-au-Prince, nous allions le faire, à Saint-Malo, au printemps prochain, avant de le remonter à Port-au-Prince, dès que possible. Pour dire par la littérature, au milieu des ruines, les hommes debout.

    Le jeudi, vers midi, deux voitures de l’ambassade de France. Alain Sauval nous apprend que les deux filles de Flore ont été dégagées des décombres de leur immeuble, saines et sauves, regroupées à la résidence de l’ambassadeur, que je découvre en ruine. Dans les rues, des cadavres alignés sur les trottoirs, et des visions de cauchemar, partout.

    Je serre les poings : à la radio, j’ai pu entendre des bribes de reportages : en boucle, les papiers sur les pillages, les sempiternels clichés sur la fatalité  » d’Haïti. Qui dira l’incroyable dignité des gens, leur solidarité dans le malheur, leur calme ? Qui enfin dira comment cette île fut brisée, mise à genoux parce qu’elle avait osé se révolter ? Qui dira cette incroyable puissance de création qui l’habite ? Oui, Dany a raison : il faut que les écrivains fassent ce qu’ils savent faire, écrire, pour dire Haïti, à la face du monde. »

  • 20 janvier 2010. Média. «Etonnants Voyageurs accueillera les écrivains d’Haïti en mai à Saint-Malo» dans Libération et Agence France Presse

    LITTERATURE – Lefestival international du livre et de l’image Etonnants Voyageurs, dontla prochaine édition est prévue du 22 au 24 mai à Saint-Malo,accueillera à cette occasion les écrivains d’Haïti, a-t-on apprismercredi auprès des organisateurs.La deuxième édition du festival Etonnants Voyageurs en Haïti devaitinitialement débuter le 14 janvier, soit deux jours après le terribletremblement de terre qui a dévasté l’île. Lire la suite…

    « Parce qu’il n’est pas possible de rester sur ces images dedestruction. Parce que nous sommes si tristes de ne pas savoir cequ’aurait pu donner cette deuxième édition du Festival à Port-au-Prince(…), nous avons décidé avec Lyonel Trouillot et Dany Laferrière detransporter ce que nous devions faire à Port-au Prince à Saint-Malo, du22 au 24 mai prochains », peut-on lire sur le site internet du festival. »Et que tous les auteurs haïtiens réunis y affirment haut et fort lavitalité de la création artistique de leur île », ajoute le texte.Deux grands écrivains haïtiens, Lyonel Trouillot et Dany Laferrière -ce dernier de nationalité canadienne- co-dirigent ce festival, enliaison avec l’association-mère bretonne.La 21è édition d’Etonnants Voyageurs à Saint-Malo est consacrée cetteannée à la Russie, au cinquantenaire des indépendances africaines et àl’Inde. « Haïti viendra s’insérer dans ce programme et nous reprendronsune partie des débats prévus en Haïti », a-t-on appris au siège del’association, à Rennes.Une vingtaine d’écrivains étrangers étaient attendus le mercredi 13 àPort-au-Prince où ils rejoignaient une vingtaine d’auteurs haïtiens.Dès le lendemain, nombre d’entre eux devaient repartir dans neuf villesde province pour des rencontres dans des écoles et les AllianceFrançaise dans le cadre du festival prévu jusqu’au 17 janvier.Invité du festival à Port-au-Prince, dont la première édition s’esttenue en décembre 2007, l’écrivain et géographe canadien d’originehaïtienne Georges Anglade, figure importante de la diaspora, est décédédans le séisme.Le festival Etonnants Voyageurs a été créé en 1990 à Saint-Malo et aparallèlement essaimé dans plusieurs pays, dont le Mali et Haïti, sousla houlette d’associations locales.

  • 20 janvier 2010. Citation par le Dr Barrette dans un communiqué de la Fédération des médecins spécialistes du Québec

    Terminant son message par « Aidons les rescapés à revivre! », le Dr Barrette a cité l’auteur québécois d’origine haïtienne, Dany Laferrière, qui, dans son roman L’odeur du café, a écrit : « On est vraiment mort quand il n’y a personne pour se rappeler notre nom, sur cette terre. »

  • 20 janvier 2010. Rencontre. «Spectacle bénéfice pour Haïti» au Gésù.

    Un autre spectacle bénéfice s’organise pour Haïti. Le mercredi 20 janvier, Ariane Moffatt, Bïa, Kodiak, Echo Kalypso, Doriane (ex-DobaCaracol), Claude Lamothe, Ian Kelly, Pépé et sa guitare, Papa Groove et quelques autres artistes offriront un concert au Gesù.

    Un autre spectacle bénéfice s’organise pour Haïti. Le mercredi 20 janvier, Ariane Moffatt, Bïa, Kodiak, Echo Kalypso, Doriane (ex-DobaCaracol), Claude Lamothe, Ian Kelly, Pépé et sa guitare, Papa Groove et quelques autres artistes offriront un concert au Gesù.Tous les fonds récoltés seront versés à Médecins sans frontières. François Grégoire, Québécois d’origine haïtienne et chanteur de Kodiak, sera le porte-parole de l’événement. Les billets sont maintenant en vente au coût de 30 $.

    Compil et chanson pour Haïti

    L’initiative du spectacle vient de François Grégoire, Doriane et Catherine Lavarenne. Ils préparent aussi un autre projet: une compilation dont tous les fonds récoltés seront aussi versés à Médecins sans frontières.

    Ariane Moffatt, Jérôme Minière, Fredric Gary Comeau, Florence K et Gaëlle y participeront. «Nous sommes en contact avec plusieurs autres artistes, et on devrait bientôt avoir de nouvelles confirmations», annonce Doriane Fabreg.

    La compilation proposera une chanson de ces artistes ainsi qu’une nouvelle pièce composée spécialement pour la cause. Les paroles sont écrites par Franck Deweare. «On prévoit l’enregistrer très bientôt. Dany Laferrière devrait lire un texte dans la chanson», indique-t-elle.

    La compilation devrait être mise en ligne d’ici le spectacle au Gesù le mercredi 20 janvier. On ne sait pas encore quel site l’hébergera. Une copie physique pourrait aussi être distribuée plus tard.

    SRC Télévision – Le Téléjournal / Le Point
    «De nombreux artistes s’unissent pour aider Haïti»

    GENEVIÈVE ASSELIN (ANIMATRICE) :

    L’union fait la force au Gésu à Montréal. De nombreux artistes s’unissent pour venir en aide aux sinistrés d’Haïti, après la pause. –

    La catastrophe haïtienne provoque une onde de compassion dans tous les milieux, y compris bien sûr parmi les artistes. Plusieurs spectacles bénéfices sont prévus au cours des prochaines semaines au Québec. Et celui qui ouvre le bal Tanya, a lieu ce soir au théâtre Gésu, à Montréal?

    TANYA LAPOINTE (REPORTER) :

    Oui, exactement, je me trouve en coulisses où c’est la fête et c’est vraiment une grande réunion d’artistes de tous les genres. On nous fait passer par toutes les émotions, notamment avec une chanson de Léonard Cohen chanté par Ariane Moffatt. On vit vraiment de grands moments d’émotion, notamment avec Michel Rivard, Guylaine Tremblay et des moments plus cocasses et on a assisté également avec les retrouvailles de Dobacaracol. Mais le témoignage le plus touchant de la soirée a été livré par Dany Laferrière, qui a survécu aux séismes et qui était ici pour nous livrer ce témoignage.

    DANY LAFERRIÈRE (ÉCRIVAIN) :

    On a vu une façon de porter la douleur avec une élégance qu’on peut appeler du courage. Et ce qui est intéressant c’est que ce malheur haïtien on dirait qu’il a électrifié littéralement le reste du monde, qu’il est devenu comme une énergie excessivement positive et qu’il a atteint le coeur du monde occidental.

    TANYA LAPOINTE (REPORTER) :

    Ce soir, grâce à ce spectacle, on a amassé 12 600 dollars seulement avec la vente des billets. Tous ces profits seront remis à Médecins Sans Frontières.

    GENEVIÈVE ASSELIN (ANIMATRICE) :

    Merci Tanya.

  • 21 janvier 2010. Média. «Tremblements de cœur et ovation pour Dany Laferrière» par Philippe Renaud, La Presse

    L’Union fait la force au Gesù

    Le parallèle mérite d’être souligné: en pleine « saison des galas » où s’enchaînent Golden Globes, American Music Awards, Oscars et Super Bowl en prime, le reste du monde, autrement solidaire, tient sa propre et nécessaire « saison des concerts-bénéfice » pour aider Haïti. Hier soir au Gesù, Dany Laferrière, Ariane Moffatt, Michel Rivard, Vincent Vallières et de nombreux autres ont animé une généreuse soirée, devant une salle comble et contemplative.

    Après un premier événement au Club Lambi le week-end dernier, le Gesù présentait hier soir L’Union fait la force, concert réunissant une quantité impressionnante de musiciens qui s’uniront ensuite pour une compilation d’enregistrements inédits, bientôt en vente à l’adresse haitimoncoeur.com. Ainsi, la performance de près de 2h30 s’est conclue par une nouvelle composition, N’ap chanté pou ou Haïti!, coécrite par Ariane Moffatt, Frank Deweare et Nomadic Massive et offerte sur scène pour la première fois hier.

    La chanson sera enregistrée dès aujourd’hui, et on suggère qu’au moins une radio commerciale de la métropole n’attend que les bandes pour la diffuser. Tous les profits et redevances de droit d’auteur de cette chanson seront directement versés à l’organisme Médecins sans frontières, qui récoltera aussi les bénéfices de la soirée d’hier. D’autres artistes joindront leurs talents à cette compilation.

    Pouvons-nous suggérer à Michel Rivard d’y participer? Le chansonnier était au Gesù, hier, venu aider à sa manière les sinistrés d’Haïti, seul, guitare au cou. A cappella, il a d’abord choisi d’interpréter Le mal du pays, composition de l’immense Manno Charlemagne, auteur, musicien, ancien maire de Port-au-Prince, pilier de la chanson créole qui nous a d’ailleurs rendu visite l’automne dernier. Frissons garantis.

    Ovation pour Laferrière

    Frissons, et tremblements de coeurs. Le mot est de Dany Laferrière, venu réciter un passage d’un roman, un des siens, sauf erreur. Les quelque 400 spectateurs lui ont réservé une ovation. « Merci, nous a-t-il répondu. Je suppose qu’on salue Haïti. Je ne suis qu’une simple métaphore… » enchaîna-t-il, avant d’évoquer, non pas la misère, la mort et la famine, mais la « conversation » qu’il y a aujourd’hui, grâce aux nouveaux médias notamment, qui ont mobilisé les jeunes de la planète au sort de son pays natal.

    La soirée avait commencé par un autre texte, touchant aussi, récité par Guylaine Tremblay, accompagnée par le violoncelliste Claude Lamothe. Pendant que l’instrumentiste détournait à son compte un thème familier de Bach, la comédienne donnait le ton, l’urgence dans la voix: « L’ultime fléau qui peut encore s’abattre sur Haïti, c’est l’indifférence. Notre indifférence. »

    Bien sûr, personne dans la salle, ni dans les coulisses, n’était insensible à la catastrophe qui frappe les cousins haïtiens. Le public écoutait religieusement les artistes venus les bercer pour 30$: Ariane Moffatt, Ian Kelly et Lamothe, d’abord, interprétant le Alleluia de Leonard Cohen. On pense l’avoir trop entendue, celle-là, mais certaines circonstances la rendent à nouveau profonde et pertinente. La version qu’on en a faite était simplement magnifique.

    Puis sont venus les musiciens de Kodiak, la bougie d’allumage de cette soirée. Le chanteur, François Grégoire, a cherché son père et son grand-père dans le pays sinistré. Un technicien du Gesù prenant des nouvelles se disait qu’il fallait bien faire quelque chose pour aider. « Ça a fait boule de neige », disait la relationniste de la salle. « On a même dû refuser des artistes… » Telle quelle, l’affiche – Bïa, Pépé et sa guitare, Jean-François Breau, Florence K, Boucar Diouf, les filles de Dobacaracol qui se retrouvaient enfin sur scène, et plus encore – aurait pu remplir le Métropolis. La compilation Haïti mon coeur sera le point d’orgue de cette belle manifestation de solidarité.

    La suite ce soir

    Ce ne sera évidemment pas la seule. Ce soir, c’est au Théâtre Telus qu’on chantera pour Haïti, avec Angelo Cadet, Les Colocs, Loco Locass, Dramatik, les stars du konpa Black Parents et d’autres. Demain, sur les réseaux de télévision, au Québec, aux États-Unis. S’ajoutent deux concerts de dernière minute: Haïti Nimbé, mardi prochain, au Studio Juste pour rire, avec Malajube, Beast, RadioRadio, Xavier Caféïne, Paul Cargnello et d’autres – les profits iront à la Croix-Rouge. Puis, le 1er février, à la Sala Rossa, Nomadic Massive, les MC Karma Atchykah et Narcicyst, et d’autres qui s’ajouteront, tout ça au profit du Lycée Jean-Baptiste Cinéas situé à Lymbé, au nord du pays.

  • 21 janvier 2010. Distinction. Prix SOBA symbolique pour Dany Laferrière

    «Entre célébrations et recueillement»
    Philippe Renaud, La Presse

    Les organisateurs du quatrième gala Sounds of Blackness Awards (SOBA) ont dévoilé hier soir la liste des personnalités du monde artistique, médiatique et sportif en lice pour l’un des 33 prix qu’on décernera le 28 février prochain au Théâtre Outremont. La soirée de remise soulignera aussi, à sa manière, la tragédie qui bouleverse le peuple haïtien. Cette cérémonie célébrant la « culture noire » dans toutes ses déclinaisons sera, pour la première fois de son histoire, retransmise à la télévision. L’Équipe Spectra assurera la captation de l’événement, et les chaînes Musique Plus/MusiMax, la diffusion en direct. « On entre dans les ligues majeures », commente fièrement Mark McKenna, directeur des communications de l’événement. Parmi les personnalités en lice au sein de catégories qui vont de l’Émission de radio communautaire de l’année à l’Artiste/groupe r&b/soul francophone de l’année, notons: le boxeur Jean Pascal, pour les prix Athlète de l’année et Personnalité masculine de l’année et l’écrivain Dany Laferrière, récipiendaire du Prix SOBA symbolique. Les artistes et formations Dubmatique, Movèzerbe, Gregory Charles, Florence K, Lynda Thalie et The Lost Fingers sont aussi dans la course. La soirée, animée par Philippe Fehmiu, sera ponctuée d’intermèdes musicaux. Les noms des artistes qui se produiront durant le gala seront dévoilés plus tard, mais comme à son habitude, le gala SOBA promet des surprises musicales, dont « une vedette de l’extérieur », indique M. McKenna. Une partie du gala sera consacrée au récipiendaire du prix Hommage ou SOBA Hall of Fame, le jazzman Oliver Jones. Aussi, des musiques d’Haïti seront mises en évidence. L’animateur Philippe Fehmiu, impliqué auprès du CECI en Haïti, a témoigné des dommages du tremblement de terre lors de la conférence de presse. La liste des personnalités en nomination ainsi que les détails sur l’événement sont disponibles sur le site web du gala.

  • 21 janvier 2010. Média. Dany Laferrière raconte ce qu’il a vécu pendant la dernière semaine à Bazzo.tv / Télé-Québec

  • 21 janvier 2010. Chronique. «Une forêt de gens remarquable» dans Le Point

    Douleur. 75 000 personnes déjà inhumées, 250 000 blessés, un million et demi de sans-abri et probablement 200 000 morts. Une tragédie mondiale. Récit. L’écrivain haïtien, Prix Médicis 2009, raconte un peuple qui fait face à son malheur.

    J’arrive à Port-au-Prince le 6 janvier pour la deuxième édition d’Etonnants Voyageurs en Haïti. Cette édition s’annonce excitante, car les écrivains haïtiens ont raflé en 2009 pas moins de 13 prix littéraires sur la scène internationale. Pour la première fois, la littérature supplante le discours politique dans la faveur populaire. Les écrivains sont invités à la télé plus souvent que les députés, ce qui est assez rare dans ce pays à forte teneur politique. Déjà, en 1929, Paul Morand note dans son vif essai « Hiver caraïbe » que tout finit en Haïti par un recueil de poèmes. Plus tard, Malraux parlera, lors de son dernier voyage à Port-au-Prince en 1975, d’un peuple qui peint. Etonnant pays d’artistes.

    La vie reprend son cours normal après des décennies de turbulences. Des jeunes filles rieuses se promènent dans les rues tard le soir. Le banditisme semble reculer d’un pas. Dans les quartiers populaires, comme le Bel-Air, le crime n’est plus toléré. Les peintres primitifs bavardent avec les marchandes de mangues et d’avocats au coin des rues poussiéreuses. C’est si calme que certains s’inquiètent déjà. On n’a pas l’habitude d’une si longue accalmie à Port-au-Prince. Pour ce jeune homme au visage à moitié caché par un chapeau de paille, un danger nouveau nous guettait. On se demandait ce que cela pouvait être puisqu’on a déjà tout connu : les dictatures héréditaires, les coups d’Etat militaires, les cyclones à répétition et les kidnappings à l’aveuglette.

    Me voilà au restaurant de l’hôtel avec mon ami Rodney Saint-Eloi, éditeur à Mémoire d’encrier, qui vient tout juste d’arriver de Montréal. Deux grosses valises remplies de ses dernières parutions (« Saison de porcs », de Gary Victor) au pied de la table. J’attendais une langouste (sur la carte, c’était écrit homard) et Saint-Eloi, un poisson gros sel, quand j’ai entendu une terrible explosion. La seconde d’après, on s’est retrouvés tous à plat ventre sous les grands arbres de la cour. Ce tremblement de terre est d’une telle puissance qu’il a secoué la terre comme s’il s’agissait d’un simple drap qu’on essayait d’étendre.

    Les gens étaient, à cette heure, éparpillés un peu partout : dans les écoles, les supermarchés, au travail, ou encore pris dans ces embouteillages monstres qui paralysent Port-au-Prince aux heures de pointe. Toute cette agitation s’est brusquement arrêtée. La minute fatale qui coupe le temps haïtien en deux. Le temps de reprendre ses esprits, une bonne partie des gens se trouvaient déjà sous les décombres. Des cris nous parvenaient du fond de la terre. Durant cette nuit tragique, couchés à même le sol, on allait ressentir, jusqu’au plus profond de nous, 43 secousses sismiques – certaines fortes, d’autres à peine perceptibles. Un événement si radical aura un impact profond sur la société haïtienne. La classe politique aura de la difficulté à continuer son petit théâtre de marionnettes.

    Un fait nouveau saute aux yeux. La ville, durant ces premières nuits, était occupée par une foule disciplinée, généreuse et discrète. Des gens déambulant sans cesse, avec une étrange détermination. Et qui semblaient indifférents à cette douleur qu’ils portaient avec cette élégance qui a suscité l’admiration universelle. La planète est encore vissée devant le petit écran. On a l’impression d’assister à une étrange cérémonie qui impliquait les vivants et les morts. Si Malraux, à la veille de mourir, s’était rendu en Haïti, c’est qu’il avait l’impression que les peintres de Saint-Soleil avaient découvert intuitivement quelque chose qui rend futile toute agitation face à la mort. Un chemin secret. On s’étonne que des gens puissent rester si longtemps, sous les décombres, sans boire ni manger. C’est qu’ils ont l’habitude de manger peu. Comment peut-on prendre la route en laissant tout derrière soi ? C’est qu’ils possèdent si peu de choses. Moins on possède d’objets inutiles, plus on est libre, et je ne fais pas là un éloge de la pauvreté. Ce n’est pas le malheur d’Haïti qui a ému le monde à ce point, mais la façon dont ce peuple fait face à son malheur. Ce désastre aura fait apparaître, sous nos yeux éblouis, une forêt de gens remarquables que les institutions (l’Etat, l’Eglise, la police et la bourgeoisie) nous cachaient. Il a fallu qu’elles disparaissent momentanément pour qu’on voie apparaître ce peuple à la fois discret et fier.

    Du côté de l’Occident, je sens monter un souffle nouveau. Comme si Haïti était en train de devenir une vraie préoccupation pour tous ces jeunes gens qui venaient de faire sortir l’environnement de la pénombre où les Etats l’avaient relégué. L’impression qu’il n’y aura bientôt plus de distance entre ces jeunes gens habités par une vision planétaire et Haïti. Plus de cet exotisme qui fait voir l’autre d’une manière à la fois désuète et fausse. J’imagine que la rencontre de ces deux groupes (la foule haïtienne et les jeunes environnementalistes) pourrait provoquer une explosion continue. Le chemin secret consisterait-il à contourner les institutions trop archaïques ? Quelque chose qui éviterait toute forme d’aide pour entrer dans un dialogue permanent où personne ne doit rien à personne

  • 21 janvier 2010. Chronique. «J’entends encore ce silence» dans Le Nouvel Obs

    Témoignage

    Le silence
    Je m’attendais à entendre des cris, des hurlements. Rien. Un silence assourdissant. On dit en Haïti que tant qu’on n’a pas hurlé, il n’y a pas de morts. Quelqu’un a crié que ce n’était pas prudent de rester sous les arbres. On s’est alors réfugiés sur le terrain de tennis de l’hôtel. En fait, c’était faux, car pas une fleur n’a bougé malgré les 43 secousses sismiques. J’entends encore ce silence.

    Les projectiles
    Même à 7,3 sur l’échelle de Richter, ce n’est pas si terrible. On peut encore courir. C’est le béton qui a tué. Les gens ont fait une orgie de béton ces cinquante dernières années. De petites forteresses. Les maisons en bois et en tôle, plus souples, ont résisté. Dans les chambres d’hôtel souvent exiguës, l’ennemi, c’était le téléviseur. On se met toujours en face de lui. Il a foncé droit sur nous. Beaucoup de gens l’ont reçu à la tête.

    La nuit
    La plupart des gens de Port-au-Prince ont dormi cette nuit-là à la belle étoile. Je crois que c’est la première fois que c’est arrivé. Le dernier tremblement de terre d’une telle ampleur remonte à près de deux cents ans. Les nuits précédentes étaient assez froides. Celle-là, chaude et étoilée. Comme on était couchés par terre, on a pu sentir chaque tressaillement du sol au plus profond de soi. On faisait corps avec la terre. Je pissais dans les bois quand mes jambes se sont mises à trembler. J’ai eu l’impression que c’était la terre qui tremblait.

    Le temps
    Je ne savais pas que soixante secondes pouvaient durer aussi longtemps. Et qu’une nuit pouvait n’avoir plus de fin. Plus de radio, les antennes étant cassées. Plus de télé. Plus d’internet. Plus de téléphone portable. Le temps n’est plus un objet qui sert à communiquer. On avait l’impression que le vrai temps s’était glissé dans les soixante secondes qu’ont duré les premières violentes secousses.

    La prière
    Subitement, un homme s’est mis debout et a voulu nous rappeler que ce tremblement de terre était la conséquence de notre conduite inqualifiable. Sa voix enflait dans la nuit. On l’a fait taire car il réveillait les enfants qui venaient juste de s’endormir. Une dame lui a demandé de prier dans son coeur. Il est parti après s’être défendu longuement. Son argument, c’est qu’on ne peut demander pardon à Dieu à voix basse. Des jeunes filles ont entamé un chant religieux si doux que certains adultes se sont endormis. Deux heures plus tard, on a entendu une clameur. Des centaines de personnes priaient et chantaient dans les rues. C’était pour eux la fin du monde que Jéhovah annonçait. Une petite fille, près de moi, a voulu savoir s’il y avait classe demain. Un vent d’enfance a soufflé sur nous tous.

    Les animaux
    Les chiens et les coqs nous ont accompagnés toute la nuit. Le coq de Port-au-Prince chante n’importe quand. Ce que je déteste généralement. Cette nuit-là, j’attendais sa gueulante.

    La révolution
    Le palais national cassé. Le bureau des taxes et contributions détruit. Le palais de justice détruit. Les magasins par terre. Le système de communication détruit. La cathédrale détruite. Les prisonniers dehors. Pendant une nuit, ce fut la révolution.

  • 21 janvier 2010. Média. «S’il ne faut en lire qu’un» par Christophe Ono-dit-Biot, Le Point

    Avez-vous déjà pensé à une ville
    de plus de deux millions d’habitants
    dont la moitié crève littéralement de faim ?
    La chair humaine
    c’est aussi de la viande.
    Pendant combien de temps un tabou
    pourra-t-il tenir face à une nécessité ?


    C’est dans « L’énigme du retour » (Grasset), prix Médicis 2009, de Dany Laferrière. Hurlante actualité. Rédigé pourtant bien avant le séisme. C’est le roman, en forme de long poème en prose, chroniqué dans nos pages par Claude Arnaud le 13 août (voir Le Point), qu’il vous faut lire si vous voulez comprendre un peu de la réalité de cette île sur laquelle pleuvent les clichés, en sus des cata­strophes. Présent à Port-au-Prince lors du tremblement de terre, l’écrivain haïtien nous a confié un texte. Précieux.

  • 22 janvier 2010. Média. «Haïti réveille l’Occident» propos recueillis par Valérie Gaudreau, Le Soleil

    Entrevue avec Dany Laferrière

    Il refuse de parler de destin, mais n’empêche. Le hasard a voulu que l’écrivain Dany Laferrière, qui s’est exilé d’Haïti il y a plus de 30 ans, se trouve dans son pays d’origine au moment du terrible tremblement de terre, le 12 janvier. Il y était pour participer au festival littéraire Étonnants Voyageurs. Un événement qui n’aura jamais eu lieu. Le hasard, aussi, a voulu qu’il soit attablé au restaurant de son hôtel lorsque la terre s’est mise à trembler. Cette terre haïtienne qui a nourri sa vie et son oeuvre, de son premier roman Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer en 1985 jusqu’au magnifique L’énigme du retour, qui a valu à Laferrière le prestigieux prix Médicis l’automne dernier. Le Soleil s’est entretenu avec celui qui, une semaine après son retour au Québec, parle avec une énergie inébranlable du peuple haïtien qui arrivera à se relever. De ce pays qui, dit-il, n’est plus un lieu, mais est devenu une préoccupation mondiale, source d’une grande solidarité.

    Q Vous êtes revenu de Port- au-Prince deux jours après le séisme. Vous sentez la nécessité de raconter votre expérience?

    R Oui, mais j’évite d’être un porte-parole. Je suis plutôt un témoin. J’ai toujours refusé de prendre la parole officiellement. Je raconte ce que j’ai vu en toute liberté et quand je penserai que le témoignage sera terminé, j’arrêterai. Je raconte ce que j’ai vécu parce que cela a été vécu par la plupart des gens qui étaient là à ce moment fatidique où la terre a tremblé de partout. Un tremblement de terre, il n’y a qu’une façon de savoir si on s’en est sorti, c’est d’être vivant après.

    Q Vous arrive-t-il de penser que vous auriez pu mourir?

    R C’est vrai que si j’étais mort, ça aurait l’air d’un destin, d’une façon de terminer cette histoire de L’énigme du retour. Mais on risque souvent de mourir. En voiture, par exemple, que ce soit au Québec ou en Haïti. Ce qui reste n’est pas le fait qu’on a failli mourir, c’est l’événement lui-même, les milliers de morts et de blessés. Le fait d’avoir partagé un événement de cette magnitude avec toute une population. C’est ça qui reste dans l’esprit.

    Q Est-ce que vous suiviez beaucoup les informations sur Haïti à la télé?

    R Non. Je ne regarde pas le déroulement des opérations. Je me tiens au courant de la situation de l’aide, si elle est arrivée ou non. On devient impatient ou frustré quand on compte le temps en « temps CNN », qui est de 24 heures en continu. Si on compte les jours au lieu des heures, on se rend compte que ça va quand même rapidement.

    Q Vous refusez les termes malédiction ou pillage en parlant de la situation en Haïti.

    R Oui, il ne faut pas que des mots comme malédiction finissent par occuper tout l’espace. Ce serait de dire, voilà, ce pays est maudit! C’est comme parler de pillage pour des gens qui essayent de survivre. J’ai lu un article où il était écrit « le pillage va commencer ». Comme si on l’attendait, comme si ça ne pouvait pas ne pas se faire. Et on se met à chercher le premier pilleur. Mais une hirondelle ne fait pas le printemps. Ce sont des images qui encombrent l’espace et nous empêchent d’aller directement aux gens.

    Q Il y a ici une grande abondance d’information, mais, paradoxalement, le peuple haïtien est peut-être le moins informé. Est-ce que ça vous préoccupe, vous qui avez été journaliste?

    R Oui, ce qu’on sait d’eux, ils ne le savent pas eux-mêmes. Mais ils savent l’essentiel. L’information ne passe pas uniquement par les médias électroniques. Il y a le bouche-à-oreille, des radios qui ont repris. Mais il y a aussi la connaissance sensible des choses. Quand vous voyez la réalité, elle ne peut que s’imposer à vous. Dans ce séisme, personne n’a été épargné, aucun groupe social.

    Q Craignez-vous le moment où l’attention des médias et de la population se détournera?

    R Ça arrivera lorsqu’il y aura un autre événement capital. Les médias sont là pour informer, ils ne peuvent pas rester bloqués. Le seul problème est le poids des événements. J’aimerais bien que ce ne soit pas une histoire à la Monica Lewinski qui détournera l’attention d’Haïti. Mais jusqu’à maintenant, je vois que les médias sont extrêmement sensibles à la situation. Très peu de journalistes ont informé avec distance, même ceux qui n’étaient pas sur place. Il n’y a plus de journalistes, il y a des êtres humains. Ils sont impliqués dans ce qu’ils rapportent.

    Q Que pensez-vous de la solidarité pour Haïti?

    R Ce qui se passe me fait penser à ce qui s’est passé avec la fin de l’apartheid et Nelson Mandela pour qui la jeunesse occidentale et rock’n’roll s’est mobilisée. Là, on voit exactement la même chose. On voit les jeunes, les artistes qui se mobilisent spontanément, sans qu’on leur demande. Et ces gens-là sont extrêmement puissants. Ce sont les mêmes qui ont fait sortir la bataille pour l’environnement de l’underground et obligé les gens à s’en occuper. Ces jeunes, avec Internet, YouTube. Maintenant, ils s’occupent du cas d’Haïti.

    Q Vous avez donc confiance en ce mouvement?

    R Oui, car ces jeunes ont l’habitude de travailler plus longtemps que la presse. Ils seront déterminants sur la question haïtienne, car ils ont une culture planétaire. Ils ne voient pas Haïti comme un lieu, mais comme une chose qui doit être réglée dans notre époque. On va entrer dans un dialogue, pas seulement dans le discours de compassion. Ces jeunes se disent : « C’est notre époque, c’est notre vie et ça nous concerne. » Haïti réveille l’Occident.

    Q Vous arrive-t-il d’imaginer un retour en Haïti?

    R Je ne sais pas. Pour l’instant, Haïti n’est plus un lieu, c’est une préoccupation. Haïti est le centre du monde. C’est énorme comme énergie. Maintenant, il faut trouver un moyen pour que cette énergie-là reste.

    Q Ce que vous venez de vivre changera-t-il votre travail d’écrivain, votre rapport à Haïti?

    R Je ne sais pas. Je suis arrivé au Québec en 1976 et j’ai raconté la nuit de mon arrivée seulement en 2000 dans Le cri des oiseaux fous. Alors, je ne sais pas.

  • 22 janvier 2010. Média. L’énigme du retour en lice pour le Prix des libraires.

  • 22 janvier 2010. Écho. L’énigme du retour coup de cœur de la Ministre Christine Saint-Pierre dans La Presse

    Un livre qui vous a particulièrement touchée: « Je ne suis pas encore revenue de Dany Laferrière… (L’énigme du retour) J’ai lu ça pendant mes vacances. Tu le lis lentement parce que tu ne veux pas que ça arrête. »

  • 22 janvier 2010. Citation. par Josée Blanchette dans Le Devoir

    Le don ne répare pas tout, loin s’en faut, ni chez le donneur, ni chez le receveur. Dans le dernier livre de Dany Laferrière, L’Énigme du retour, ce passage où il rencontre un ami au cybercafé et avec qui il discute des obsessions des autres peuples, la conquête de l’espace pour les Nord-Américains, le temps pour les Sud-Américains, la guerre pour les Européens: «Pour nous, c’est la faim. Le problème, m’a dit Victor, c’est qu’il est difficile d’en parler si on ne l’a pas connue. Et ceux qui l’ont vue de près ne sont pas forcément des écrivains. On ne parle pas d’avoir faim parce qu’on n’a pas mangé depuis un moment. On parle de quelqu’un qui de tout temps n’a jamais mangé à sa faim, ou juste assez pour survivre et en être obsédé.»

  • 22 janvier 2010. Média. «Une heure sur terre en Haïti : Le récit de 10 jours de chaos» avec Jean-François Lépine, Radio-Canada

    «On a l’impression que les Haïtiens qui sont assez maladroits dans la vie ordinaire se révèlent quand il s’agit de situations extrêmes.» Dany Laferrière

  • 22 janvier 2010. Média. «Ensemble pour Haïti». Les réseaux francophones de télévision, sans compter de nombreuses stations de radio et autres nouveaux médias ont exclu hier toute « télérivalité ».

    Pendant deux heures et demie, une cinquantaine d’artistes et de personnalités du Québec ont littéralement communié pour Haïti afin que l’audience de cette émission spéciale participe généreusement à la collecte de fonds dont elle était l’objet.

    L’animatrice France Beaudoin a cité Dany Laferrière: « Quand tout tombe, il reste la culture »,

  • 23 janvier 2010. Chronique. «Le moment Haïti» dans Le Devoir

    J’arrive à Port-au-Prince le 6 janvier pour la deuxième édition d’Étonnants Voyageurs en Haïti. Cette édition s’annonce excitante car les écrivains haïtiens ont remporté en 2009 pas moins de 13 prix littéraires sur la scène internationale. Pour la première fois la littérature supplante le discours politique dans la faveur populaire. Les écrivains sont invités à la télé plus souvent que les députés, ce qui est assez rare dans ce pays à forte teneur politique. La littérature retrouve ici de nouveau sa place.

    Déjà en 1929, Paul Morand note dans son vif essai Hiver caraïbe que tout finit en Haïti par un recueil de poèmes. Plus tard, Malraux parlera, lors de son dernier voyage à Port-au-Prince en 1975, d’un peuple qui peint. Étonnant pays d’artistes.

    La vie semble reprendre son cours normal après des décennies de turbulence. Des jeunes filles rieuses se promènent dans les rues tard le soir. Le banditisme semble reculer d’un pas. Dans les quartiers populaires, comme le Bel-Air, le crime n’est plus toléré. Les peintres primitifs bavardent avec les marchandes de mangue et d’avocat au coin des rues poussiéreuses.

    C’est si calme que certains s’inquiètent déjà. On n’a pas l’habitude d’une si longue accalmie à Port-au-Prince. Pour ce jeune homme au visage à moitié caché par un chapeau de paille un danger nouveau nous guettait. On se demandait ce que cela pouvait être puisqu’on a déjà tout connu: les dictatures héréditaires, les coups d’État militaires, les cyclones à répétition et les kidnappings à l’aveuglette.

    Me voilà au restaurant de l’hôtel avec mon ami Rodney Saint-Eloi, éditeur de Mémoire d’encrier, qui vient tout juste d’arriver de Montréal. Deux grosses valises remplies de ses dernières parutions (Saison de porcs de Gary Victor) au pied de la table. J’attendais cette langouste (sur la carte c’est écrit homard) et Saint-Eloi, un poisson gros sel, quand j’ai entendu une terrible explosion.

    La seconde d’après on s’est retrouvés tous à plat ventre sous les grands arbres de la cour. Ce tremblement de terre est d’une telle puissance qu’il a secoué la terre comme s’il s’agissait d’un simple drap qu’on essayait d’étendre.

    Les gens étaient, à cette heure, éparpillés un peu partout: dans les écoles, les supermarchés, au travail, ou encore pris dans ces embouteillages monstres qui paralysent Port-au-Prince aux heures de pointe. Toute cette agitation s’est brusquement arrêtée. La minute fatale qui coupe le temps haïtien en deux.

    Le temps de reprendre ses esprits, une bonne partie des gens se trouvaient déjà sous les décombres. Des cris nous parvenaient du fond de la terre. Durant cette nuit tragique, couchés à même le sol, on allait ressentir, jusqu’au plus profond de nous, 43 secousses sismiques – certaines fortes, d’autres à peine perceptibles. Cet événement si radical aura un impact profond sur la société haïtienne. La classe politique aura de la difficulté à continuer son petit théâtre de marionnettes.

    Un fait nouveau saute aux yeux. La ville, durant ces premières nuits, était occupée par une foule disciplinée, généreuse et discrète. Des gens déambulant sans cesse, avec une étrange détermination. Et qui semblaient indifférents à cette douleur qu’ils portaient avec cette élégance qui a suscité l’admiration universelle. La planète est encore vissée devant le petit écran. On a l’impression d’assister à une étrange cérémonie qui impliquait les vivants et les morts.

    Si Malraux, à la veille de mourir, s’était rendu en Haïti, c’est qu’il avait l’impression que les peintres de Saint-Soleil avaient découvert intuitivement quelque chose qui rend futile toute agitation face à la mort. Un chemin secret. On s’étonne que des gens puissent rester si longtemps, sous les décombres, sans boire ni manger. C’est qu’ils ont l’habitude de manger peu. Comment peut-on prendre la route en laissant tout derrière soi? C’est qu’ils possèdent si peu de choses. Moins on possède d’objets inutiles, plus on est libre, et je ne fais pas là un éloge de la pauvreté.

    Ce n’est pas le malheur d’Haïti qui a ému le monde à ce point, mais la façon dont ce peuple fait face à son malheur. Ce désastre aura fait apparaître, sous nos yeux éblouis, une forêt de gens remarquables que les institutions (l’État, l’Église, la police et la bourgeoisie) nous cachaient. Il a fallu qu’elles disparaissent momentanément pour qu’on voie apparaître ce peuple à la fois discret et fier.

    Du côté de l’Occident je sens monter un souffle nouveau. Comme si Haïti était en train de devenir une vraie préoccupation pour tous ces jeunes gens qui venaient de faire sortir l’environnement de la pénombre où les États l’avaient relégué. L’impression qu’il n’y aura bientôt plus de distance entre ces jeunes gens habités par une vision planétaire et Haïti. Plus de cet exotisme qui fait voir l’autre d’une manière à la fois désuète et fausse.

    J’imagine que la rencontre de ces deux groupes (la foule haïtienne et les jeunes environnementalistes) pourrait provoquer une explosion continue. Le chemin secret consisterait-il à contourner les institutions trop archaïques? Quelque chose qui éviterait toute forme d’aide pour entrer dans un dialogue permanent où personne ne doit rien à personne.

  • 23 janvier 2010. Média. «L’entrée au monde», propos recueillis par Chantal Guy, La Presse

    L’âge d’or de la littérature haïtienne? C’est maintenant, me disait Rodney Saint-Éloi, une semaine avant la tenue du festival Étonnants Voyageurs en Haïti, annulé par le drame que l’on sait. Cette affirmation tient toujours, malgré la destruction du pays. « Quand tout s’écroule, il reste la culture », soutenait Dany Laferrière, au lendemain du séisme. Et si Haïti, à ses heures les plus sombres, nous prouvait que la littérature est indestructible?

    Quelques jours avant mon départ pour Port-au-Prince, nous étions dans un café du Vieux-Montréal, Rodney Saint-Éloi et moi, à parler de littérature haïtienne, à l’abri du froid. Je ramassais le maximum d’informations. Rodney était d’une générosité inépuisable. Nous devions nous retrouver quelques jours plus tard pour célébrer l’événement sous le soleil de Port-au-Prince. Le séisme a annulé ce rendez-vous tant espéré.

    Rodney Saint-Éloi, homme lettré de l’élite haïtienne, qui a choisi en venant au Québec en 2001 « l’inconfort » du Nord pour devenir un homme meilleur, suivant le chemin inverse de la plupart des immigrés, alors qu’il avait tout en Haïti, un peu comme ces jeunes nantis du Nord se poussent vers le tiers-monde pour donner un sens à leur vie.

    « C’est un refus de l’élite, avouait-il. Je voulais être un voyageur sans valise. Mes préoccupations n’étaient pas imposées. Je n’avais pas à éviter la faim des autres. Parce qu’en Haïti, soit on mange, soit on est mangé. Il fallait être soit bourreau, soit victime, et je ne voulais être ni l’un ni l’autre. Il y une histoire que j’ai refusée, celle de la complicité, de la ségrégation. »

    Rodney Saint-Éloi a publié tous les écrivains qui comptent en Haïti dans sa maison d’édition Mémoire, relancée et rebaptisée Mémoire d’encrier au Québec, en 2003. « Nous voulons provoquer l’étonnement. Je ne publie pas les auteurs parce qu’ils sont haïtiens ou africains. Je publie des sensibilités qui sont considérées comme périphériques. Quand je prends la responsabilité de publier Joséphine Bacon, je considère seulement que je publie le meilleur recueil de l’année. Je vais là où est la richesse. »

    Ainsi donc, Rodney Saint-Éloi ne nous fait pas seulement découvrir la littérature de son pays d’origine, mais aussi la littérature des Premières Nations en notre propre territoire. Quant à la littérature haïtienne, il explique son rayonnement actuel, souligné par les prix littéraires, en ces termes: « C’est maintenant que la « littérature haïtienne » sort de sa pesanteur historique et idéologique pour parler directement au monde. Les Haïtiens ont passé 200 ans à se parler, à faire de la littérature haïtienne, et là, ils commencent à faire de la littérature tout court. »

    « Il fallait lutter contre la dictature, mais ce n’est plus un prétexte désormais. Il faut plutôt lutter pour se libérer soi-même; le problème, c’est sa propre aliénation. »

    « Tout est catastrophique dans ce pays, et paradoxalement, il y a une musique, une peinture, une littérature très fortes. Vous ouvrez le journal, et vous lisez Haïti, le pays le plus pauvre et pourtant, il produit ces écrivains, qui sont traduits partout, ce qui assure une présence au monde. Le soleil rencontre l’hiver, on découvre une autre humanité, une autre manière de vivre. Cette littérature permet de revisiter bon nombre de questions. Combien de Dany Laferrière se promènent dans Port-au-Prince aujourd’hui?

    La diaspora littéraire

    La littérature haïtienne s’est enrichie de la diaspora, et depuis quelques années, explique Rodney, on oppose de moins en moins les écrivains de « l’intérieur » à ceux de « l’extérieur ». Si au Québec les regards ont été élargis par le voyage, une ouverture au monde salutaire, en Haïti, ils ont été alimentés de l’exil, qui n’est pas une vocation en soit, encore moins un désir, mais une fatalité que la littérature peut conjurer, comme l’a prouvé L’énigme du retour de Dany Laferrière.

    « Ce qui est étonnant, souligne Rodney Saint-Éloi, c’est qu’il n’y a rien, aucune subvention, aucune aide à la création en Haïti. Les jeunes auteurs, là-bas, tu leurs parles de Pablo Neruda, et ils te le citent dans le texte. Quand on oublie cette misère profonde du pays, on voit la richesse de l’individu, parce que cet individu est face à l’extrême, et face à l’extrême, on bouge, donc on devient inventif. »

    « En Haïti, l’art est une nécessité. On en fait un absolu. Il n’y a pas d’alternative. Celui qui écrit n’a même pas d’électricité. Celui qui lit ne lit que les grands auteurs, il n’a pas de temps pour autre chose (rires)! Et puis, il y a ce désir de sortir de l’île, de sortir de cette prison. »

  • 23 janvier 2010. Écho. «Dix livres pour découvrir la littérature Haïtienne» par Rodney Saint-Éloi, La Presse

    L’odeur du café de Dany Laferrière
    «Simplicité. calme. Volupté. À lire absolument en pleine tempête de neige!»

  • 23 janvier 2010. Média. «L’énigme du retour» par Jean-Claude Raspiengeas, La Croix, 23 janvier 2010

  • 23 janvier 2010. Média. «On s’est juré de relancer le festival Etonnants voyageurs» par Michel Le Bris, La Croix

    Messages d’amitié et d’espoir

    «Mon message pour Haïti est celui de l’appel à la mémoire. Car il ne faut jamais l’oublier, Haïti est étroitement lié à l’histoire de France depuis longtemps, pour le meilleur et pour le pire. Et quand j’entends parler de fatalité aujourd’hui – le tremblement de terre en est une, évidemment – j’ai du mal, en revanche, à supporter qu’on l’appelle l’« île du malheur ». Car la France est largement responsable des difficultés qu’a pu connaître ce pays. Souvenons-nous que c’est avec la France qu’a commencé le long « nuit et brouillard » de l’esclavage. On parlait de « la perle des Antilles », l’île la plus riche de toute la Caraïbe, soit un tiers du commerce extérieur de la France avant 1789 : c’est une fortune qui s’est construite sur l’esclavage. Haïti fut la première République noire indépendante, et le théâtre de la première révolte d’esclaves victorieuse de l’histoire humaine. Malgré ce douloureux passé, il y a eu là-bas un immense élan pour les valeurs de la République française. Les Haïtiens sont profondément liés à l’histoire même de la Révolution, ils y ont cru avec une intensité étonnante. Il y a une attente de leur part qui n’est pas seulement d’ordre matériel. Ils aimeraient que nous reprenions cette mémoire que nous avons en commun.

    Ce que je veux aussi souligner, ce sont les qualités des Haïtiens aux rapports si spontanés, qui sont tellement attachants, accueillants, souriants, pleins d’humour. Plutôt que de mettre en exergue cette litanie sur les pillages plus ou moins supposés, regardons comment ils tiennent debout, grâce à leur puissance de création artistique, leur capacité à « fictionner » le monde, grâce à la foule de leurs musiciens et de leurs peintres, de leurs écrivains, et à leur incroyable inventivité. Si l’on veut croire que la littérature nous reconduit à la perception de notre part de grandeur, de ce qui nous fait tenir debout dans le malheur car une oeuvre d’art est quelque chose qui transcende l’époque où elle a été énoncée – là-bas, ils le savent tous parce que c’est cela qui les a fait tenir debout. Même analphabètes, ils sont fous de fierté devant leurs artistes. Quand je vois des gens dans la rue, après le tremblement de terre, venir serrer la main de Dany Laferrière pour le remercier d’avoir écrit son livre (1), lui dire qu’il leur a fait honneur, il y a de quoi pleurer d’émotion. On s’est juré de relancer, avec lui et Lyonel Trouillot (2), le festival de littérature Étonnants voyageurs qui n’a pu se dérouler à cause du séisme. On essaiera le plus vite possible de le faire cet automne, et à Port-au-Prince. Ce sera un symbole très fort, car nous serons peut-être encore environnés de ruines, mais cela montrera que par cette puissance de création dont ils sont capables, les Haïtiens sont des gens debout. »

  • 25 janvier 2010. Rencontre. «Claude Arnaud reçoit Dany Laferrière» à la Bibliothèque nationale de France

    Invité au salon de lecture que Claude Arnaud tient désormais à la bibliothèque de l’Arsenal, département des « arts et spectacles » de la Bibliothèque nationale de France. 

  • 25 janvier 2010. Média. Le goût des jeunes filles dans la sélection « Poche » de la semaine, Le Point

  • 25 janvier 2010. Média. Mention par Marine de Tilly dans Le Point

    « Quand tout tombe, il reste la culture. C’est la seule chose qu’Haïti a produite, ça va rester. Il ne faut pas se laisser submerger par l’événement. » Même du fond de l’enfer, Dany Laferrière reste un réaliste heureux. Pour lui, la littérature sait et saura faire passer l’horreur, sans pour autant la nier. L’écriture, la voix, et même chacun des battements de nos coeurs sont des réserves d’art, d’espoir et donc de vie. Et s’il n’y avait qu’une chose à retenir du Goût des jeunes filles, ce roman joyeusement hédoniste, c’est encore cette incroyable fureur de vivre et de jouir, de tout et de toutes les manières possibles.

  • 26 janvier 2010. Média. «Double réimpression pour Dany Laferrière» par Denise Martel, Le Journal de Québec

    Difficile pour le moment de mesurer l’impact du séisme en Haïti sur les ventes du dernier roman de Dany Laferrière, mais une chose apparaît évidente aux yeux du diffuseur Dimedia : déjà en réimpression,L’énigme du retournécessitera assurément une autre réimpression.

    «C’est un phénomène très particulier qui se produit avecL’énigme du retourdepuis sa sortie en septembre. Le livre marchait déjà très bien, mais le fait de recevoir le prix Médicis, puis que Dany Laferrière soit nommé Personnalité deLa Presse-Radio-Canada à son retour d’Haïti font que le roman est remonté en première place dans letop5 des meilleurs vendeurs.

    En fait, il est resté dans le top 5 depuis le début, ce qui est extrêmement rare», révèle Serge Théroux, directeur de la maison Dimedia, distributeur des livres édités par Boréal, maison d’édition de L’énigme du retour. «La demande était déjà très forte, et je ne peux vous dire si la réimpression a été commandée avant ou après le séisme, mais ce qui se passe en ce moment en Haïti va sûrement provoquer une autre réimpression», ajoute-t-il au bout du fil.

    S’il est impossible actuellement d’avoir des chiffres de vente pour l’ensemble des librairies du Québec, Pierre Renaud, président de Renaud-Bray, précise que plus de 14 000 bouquins ont trouvé preneurs depuis septembre. À la Librairie Pantoute, on est actuellement en rupture de stock. Malheureusement, on n’a pu obtenir de commentaires officiels du côté d’Archambault. Du côté de la bibliothèque de Québec, la liste d’attente compte plus de 600 personnes…

    Tous s’entendent pour dire que le fait que Dany Laferrière passe bien à la télé a un impact indéniable. D’ailleurs, un autre de ses romans, Le pays du chapeau, qui en est à sa troisième édition en format poche, connaît un redémarrage très fort.

  • 26 janvier 2010. Média. L’énigme du retour est # 1 du palmarès Renaud Bray, tandis que Pays sans chapeau, paru en 1996, est aussi le livre qui s’est le plus vendu le plus cette semaine.

  • 27 janvier 2010. Discours. «Ne pas se laisser intimider». Transcription à partir de notes prises lors de la conférence de Dany Laferrière par Arnaud Robert pour Le Temps

    Prix Médicis 2009, l’écrivain Dany Laferrière était lundi à Paris pour une discussion. Après le séisme auquel il a survécu à Port-au-Prince, il en appelle au retour à un dialogue avec Haïti. Document.

    Lundi à Paris, lors de ses salons de lecture à la Bibliothèque de l’Arsenal, l’écrivain Claude Arnaud accueillait Dany Laferrière pour une rencontre prévue de longue date. Le romancier canadien d’origine haïtienne, qui a survécu au séisme du 12 janvier, a décidé de maintenir cette discussion. Après plusieurs entretiens et textes parus ces derniers jours dans les journaux du monde entier, Laferrière revient sur son expérience et précise, souvent avec humour, devant une foule silencieuse, ses ambitions pour Haïti.

    «Je suis ici ce soir parce que je ne vais pas me laisser intimider par un tremblement de terre. Le plus frappant, dans un séisme de 7,3, c’est qu’on peut presque courir sans tomber. Mais les lourdes maisons de béton, elles, ont cédé. Il y a, depuis 30 ans en Haïti, une orgie de béton dont on croyait qu’il protégerait des cyclones. Ce sont aussi les objets qui ont tué beaucoup de personnes dans les chambres; les télévisions notamment qui volaient dans les appartements.

    C’est la force qui a tué. Et pourtant, j’ai regardé soigneusement le lendemain: pas une fleur du jardin de l’hôtel où je me trouvais n’a été brisée. Pas une seule. Nous avons passé la première nuit sur le terrain de tennis de l’Hôtel Karibe, à Pétionville. Il y avait là des gens de partout, riches ou pauvres. On a eu l’impression d’être uniquement des humains, ce soir-là. J’ai compté 43 secousses sismiques dans la nuit. J’étais certain que je ne pourrais plus jamais faire confiance à la terre.

    Dans cette première nuit, il y avait un type du quartier de Jalousie, un quartier pauvre, qui prêchait fort dans la rue. Une mère est sortie pour lui demander de prier plus doucement. Il a répondu qu’il ne priait pas mais qu’il demandait pardon. La mère a rétorqué que ses enfants dormaient et qu’il serait bienvenu qu’il demande pardon en silence. Et la discussion a continué. Le seul acte de courage que j’ai réalisé, cette nuit, c’est d’avoir éteint la radio. C’était RFI, je crois, qui couvrait le séisme. Et ensuite une émission sur les meubles. C’était trop fort. Jusqu’à ce que le coin où je me trouve s’emplisse d’une clameur. Des milliers de voix euphoriques, des Témoins de Jéhovah qui chantaient leur victoire, la réalisation de leur prophétie apocalyptique. L’énergie des Témoins a réveillé tout le monde. On a attendu longuement l’aube, c’était une nuit qui ne finissait pas.

    Personne n’imaginait l’ampleur de la catastrophe. Quand l’électricité s’interrompt à Port-au-Prince, on regarde la maison d’en face pour savoir si c’est la rue qui est concernée. Puis on regarde plus loin pour savoir si c’est le quartier ou la ville entière. Je connais le sens de la fable et la mégalomanie haïtienne. Alors, je divisais par dix toutes les horreurs qu’on me rapportait. Quand on me disait «le palais est tombé», j’en concluais que la maison voisine était tombée. Mais c’était vrai.

    Le lendemain, je suis descendu sur la route de Delmas. C’était très beau. Et les maisons ont commencé à tomber, une à une. Je suis arrivé chez l’artiste et poète Frankétienne. Il pleurait devant sa maison qui est une forteresse. C’est une maison qui est une autofiction et qui sert à ranger ses tableaux. Il m’a lu un texte, une pièce, qu’il finissait le soir précédent. Elle parlait de Port-au-Prince où tout se fissure, tout se déchire. On aurait dit une prophétie. Il m’a demandé: «Peut-on jouer ça?» Je lui ai répondu qu’on n’allait pas se laisser intimider. Qu’il fallait la jouer. Maintenant que les repères physiques sont tombés en Haïti, il faut que les repères humains sortent au grand jour. Et Frankétienne fait partie de ces repères humains.

    Étrangement, sur la route, de nombreuses personnes m’ont félicité pour mon prix Médicis. Je m’étonnais qu’on s’intéresse à ce moment à un livre. Ils disaient: «Ce sont deux choses différentes. Il y a le tremblement de terre et il y a ton prix.» Je suis arrivé vers la maison de ma mère. Tout le monde a survécu là-bas. Ma mère était en verve. Elle n’arrêtait pas de parler. «J’ai 89 ans. J’ai tout vu. Huit coups d’Etat, des cyclones, la ville des Gonaïves inondée, Duvalier père, fils et Artistide, leur petit-fils. Et j’ai encore survécu à cela.» Elle a pointé du doigt une marque minuscule sur le mur de sa maison. Elle était là depuis longtemps et n’avait rien à voir avec le séisme. Elle m’a dit que je devais payer pour repeindre le mur. Comme je vis à l’étranger, je dois m’occuper de ce genre de choses. J’avais envoyé de la nourriture pour Noël à ma mère. Grâce aux postes haïtiennes, le paquet venait d’arriver, avec presque un mois de retard. Finalement, c’est très utile.

    Le compte des pertes n’est pas fait encore. Il faut estimer aussi les répercussions mentales pour ces Haïtiens qui ne peuvent pas sortir de cette terre. Pour tous ceux qui ne croient plus que la terre est ferme. Et puis, il y a toutes ces maisons fissurées qu’il faudra abattre. Il y aura une mentalité du «tout tombe» en Haïti. C’est un problème d’équilibre qui va dominer dans les prochaines années.

    Je pense que ce séisme est l’événement le plus important survenu en Haïti depuis la prise d’Indépendance en 1804. Pour une fois, le monde est concerné par quelque chose qui se passe en Haïti et n’est pas d’origine humaine. En regardant la télévision, face aux coups d’Etat, le gens pouvaient penser que c’était normal, ces Noirs qui s’entre-tuaient. Mais le séisme change la donne. Un événement simple que même le pire des racistes peut comprendre et auquel il peut s’identifier. Casser un pays qui, déjà, était à genoux. C’est une phrase claire, nette, que toutes les rédactions du monde ont pu utiliser et qui est en train de changer la vision sur Haïti.

    Le malheur haïtien a pénétré dans des sphères où le tiers-monde n’était pas entré depuis longtemps. Depuis la chanson «We are the world» ou le concert pour la libération de Mandela, des événements qui ont permis à des jeunes Occidentaux de coller des affiches dans leur chambre et sur les murs. Même le Rwanda n’y avait pas réussi; il n’intéressait que les humanitaires et les personnes plus âgées. Depuis l’affaire Obama, les jeunes Occidentaux ont avec eux une grande victoire. Ils ont fait sortir l’écologie des limbes. Ils sont confiants en une vision planétaire des questions. Ils ne perçoivent donc plus Haïti comme un endroit folklorique, très éloigné. D’ailleurs, pour eux, ce ne sont plus les lieux qui comptent, mais le temps. Ils ne veulent pas manquer leur époque. Et le séisme d’Haïti est un moment de leur époque. Quand tout le monde se sera lassé, ce sont eux qui vont continuer. Haïti, aujourd’hui, se trouve déjà au bas des pages du journal «Le Monde». Partout où je me rends, je rencontre des gens qui aiment profondément Haïti. Il y a un moment à attraper. Entre les larmes et l’excitation.

    Le pays est écrasé. Mais c’est comme si, depuis longtemps en Haïti, on cherchait ce moment. Il coûte cher. C’est lourd payé. Port-au-Prince, pendant des décennies, s’est développé anarchiquement. En 1956, déjà, l’architecte Albert Mangonès avertissait Duvalier qu’on allait à la catastrophe. Pour toute réponse, Duvalier a lâché ses Macoutes, avec des armes déchargées, pour se goinfrer dans les quartiers. Ce sont eux qui ont finalement peuplé les quartiers les plus pauvres. Et cette misère rugissante n’a cessé, depuis, de devenir le grenier des tueurs dont les politiciens se sont servis.

    Il y avait à Port-au-Prince une vitalité qui tournait en rond. Les marchands qui occupaient le tiers de la route, les embouteillages énormes, les heures d’attente pour rien. Cette ville est un échec. Les riches se sont installés sur des montagnes, les pauvres ont fini par les encercler pour récolter les miettes. Alors, les riches sont allés plus en haut encore et les pauvres les ont suivis. Cela continue, jusqu’à ce que les riches arrivent à la frontière dominicaine et qu’ils soient bloqués. Port-au-Prince est une guerre effroyable d’immeubles.

    Il faut penser à cet exode vers les provinces qui a lieu en ce moment. Il faudra soutenir, même artificiellement, les campagnes pour que la plupart des gens ne retournent pas en ville poussés par la faim. C’est un moment à saisir, même pour la politique. Depuis dix ans, il y a un vacuum politique en Haïti. Si le séisme avait eu lieu sous Duvalier ou Aristide, leurs discours auraient été trop forts. Aujourd’hui, on entend la clameur. C’est la forêt qui cache, pour un moment, les arbres isolés. Trois jours durant, j’ai vu la capacité du peuple haïtien à résister et à durer. Comme ils ne mangent rien, ils résistent plus longtemps. Ce sont ceux qui mangent trop qui meurent en premier.

    On attend les propositions. C’est un moment neuf, inédit. Homère le disait: les dieux envoient des malheurs aux hommes pour qu’ils en fassent des chants. On ne va pas chômer, donc.

    En dehors des gouvernements, il faut que les gens qui s’intéressent à Haïti aillent sur place. Il ne faut pas de mouvement précipité. Haïti n’est pas une cause. Cela doit se jouer sur le temps. Trouver un quotidien où placer Haïti. En général, on rend visite deux ou trois fois à un malade et on oublie. Il faut renouer un dialogue avec Haïti. Quelques instants, c’est l’électricité d’Haïti qui a illuminé partout les écrans cathodiques. Ces jours, Haïti a été la chose qui a fait marcher le monde médiatique. CNN a probablement réquisitionné des employés qui ne travaillaient plus depuis longtemps pour la chaîne. Cela s’est joué sur les premières images, malgré le discours de charité chrétienne. On voyait les Haïtiens marcher dans la ville. Ils réagissaient. Cela a rendu les Haïtiens proches. Le lendemain, on a vu le calme de la marchande. La placidité du peuple et même les rires. Haïti doit garder ce qu’il peut donner. Il faut établir un échange de biens et d’émotions. Des biens contre des émotions. Il faut entamer une relation d’épiciers avec Haïti. Cela ne sert à rien d’envoyer aujourd’hui tout son argent au premier voleur venu de Port-au-Prince. Il faut que le dialogue dure. Il ne faut pas avoir peur de la question subversive: Qu’est qu’Haïti m’apporte? On doit y retrouver son compte pour que cette nouvelle relation dure.

    Le patrimoine culturel est tombé. Il y a un côté «table rase», qui succède à toute révolution. Malraux a dit que les Haïtiens étaient un peuple qui peint. Il faut donc recommencer.

    On a dit que mon dernier livre, «L’Enigme du retour» avait quelque chose de prophétique. J’ai rencontré des gens, dans les rues de Port-au-Prince qui m’interpellaient: «Tu le savais, hein?» Avec le sens de la moquerie, et en même temps le sérieux des Haïtiens face aux choses mystiques. «Tu me traites d’imbécile, je répondais. Si je le savais et que j’étais là, c’est que je suis un imbécile.»

    Avant cela, Haïti se trouvait entre sommeil et mort. La culture se trouvait dans une situation de suspend. Les villes étaient nourries d’une campagne qui n’existait presque plus. Depuis le livre de Jean-Price Mars en 1928, «Ainsi parla l’oncle», les missions ethnographiques du monde sont parties dans les provinces haïtiennes pour chercher la bonne parole, se renseigner sur les dieux, regarder la vie quotidienne. On a essayé d’intimider les gens, en Haïti, avec la question de l’authenticité. Cela fait 80 ans que les plats se repassent. Tout jeune poète haïtien se doit d’écrire un vers mystérieux. Seuls les touristes s’en étonnent encore. On est tellement contents de nous-mêmes en Haïti. Nous avons le meilleur rhum, le meilleur riz. Mon ami Laënnec Hurbon affirme qu’il existe encore des colonnes de dieux vaudou qui n’ont pas été recensés. Mais on continue de chanter les mêmes. Il faut le dire maintenant: la culture haïtienne était resté bloquée. Il nous manquait un réveil.

    Je crois que le tremblement de terre annonce enfin la mort du duvaliérisme. Pour la première fois, nous sommes face à un événement dont on parlera plus que de la chute de Duvalier. Le séisme va nous sortir de notre névrose. Il va rentrer avec fracas dans les tableaux. J’aimerais que ça ne soit pas seulement d’une manière réaliste. Cela va donner un coup à la culture. Aux grands mots, les grands remèdes. Duvalier a mis tellement du sien dans l’horreur qu’il nous semblait insurpassable. Il a réussi à nous faire sortir de la névrose coloniale, de l’insularité et même de la question raciale: il n’était même pas mulâtre. Mais maintenant, enfin, il est dépassé.

    On a publié mon texte dans le Monde avec la mention «le témoignage bouleversant de Laferrière.» C’est déjà bien d’être en première page du Monde. Le Figaro a même dit que je me lamentais. Je ne serais pas le fils de ma mère si je me lamentais. Un jour, ma mère avait une rage de dents. Je lui ai demandé pourquoi elle ne prenait rien pour la faire passer. Elle m’a dit que ce mal-là l’empêchait de penser à des maux plus grands encore.

    Je comprends que la presse gonfle l’affaire. Quand on est à l’extérieur, pour que les gens saisissent, il faut utiliser de grands moyens. Mais il faut aujourd’hui que les écrivains et les journalistes se faufilent dans les interstices de cette affaire. Quand je suis passé la première fois dans rues de Port-au-Prince après le séisme, je n’ai remarqué que les maisons qui étaient tombées. Mais au troisième jour, je ne voyais que celles qui étaient encore debout. Les gens qui regardaient, comme s’il ne s’était rien passé. Je me souviens, la première fois que j’ai embrassé une fille, j’ai vu ma tante accoudée à la barrière qui m’observait sans méchanceté. C’est pour ça que j’ai quitté Haïti. A Port-au-Prince, tout est spectacle. J’ai vu le père d’un ami qui discutait au téléphone avec son fils à l’étranger. De loin, on aurait pu croire qu’il lui racontait des banalités. On ne pouvait imaginer l’horreur de ce qui se disait. Il faut dire cela aussi, les hommes debout, la dignité.

    Est-ce qu’il n’y a pas davantage de gens qui ont intérêt à une escalade de l’horreur que de gens qui la refusent? Les journaux Le Monde et Libération ont si peu de lecteurs ces temps-ci. Cela fait partie de l’apport d’Haïti au monde, si on arrive à leur faire vendre, un moment, plus d’exemplaires. Haïti était confiné dans des expressions particulièrement raides. Pas un article n’oublier de mentionner «le pays le plus pauvre de l’hémisphère», «le pays aux 32 coups d’Etats», etc. Il y avait une paresse formidable dans la manière de décrire Haïti. Même si un Haïtien de New York gagnait 45 millions de dollars à la loterie américaine, l’article commençait par «Monsieur X, venu du pays le plus pauvre de l’univers, a gagné 45 millions…» Aujourd’hui, je vois réapparaître dans les journaux des expressions oubliées comme «La Perle des Antilles». C’est bien, parce que les façon de parler d’Haïti finissait par suggérer, de manière très fine et presque perverse, que les Haïtiens avaient été stupides de se libérer de l’esclavage.

    On me demande si je vais retourner vivre en Haïti. J’étais là-bas en décembre déjà. Un journaliste haïtien m’a demandé si j’allais distribuer aux Haïtiens l’argent reçu grâce à mon prix Médicis. Vous voulez que ma mère me tue? Il ne faut pas individualiser le problème. Il faut faire ce qu’on sait faire. La reconstruction qui nous attend n’est pas uniquement physique. Il y a des gens qui doivent être là aussi pour stimuler le feu. J’ai pris la parole quand j’ai trop entendu le mot «malédiction» quant à Haïti. Il a fallu que quelqu’un de relativement connu s’exprime pour qu’on l’écoute.

    Je pense que les frontières d’Haïti sont devenues extrêmement mobiles. Il ne s’agit pas seulement d’aider Haïti depuis Haïti. Il faut redessiner la notion d’Haïti. Ce pays vient d’entrer sur la scène internationale de manière claire et lisible, pour la première fois. Il ne faut pas en faire une affaire nationale. Quand des mots finissent par nous coller à la peau, il faut que des hommes fassent rempart contre ces mots. Comment bâtir le discours de l’engagement. Il ne s’agit pas seulement de mettre la main à la pâte. Il ne s’agit pas seulement de main et de pâte. Mais aussi de tête, de coeur, de distance et de liberté.

    Il faut éliminer la dimension de charité chrétienne. Il faut relancer le dialogue avec Haïti. Sinon on va retomber vite dans les discours fermés. Personne n’est obligé d’aider Haïti. Il faut maintenir ce ton-là, celui des flâneurs dans Port-au-Prince qui attendent calmement l’eau. Au nom de cette dignité, il ne faut pas forcer les gens. Il faut se forcer soi-même.»

  • 28 janvier 2010. Média. «spécial pour Haïti» à La Grande Librairie avec de François Busnel sur France 5

    A l’invitation de France 5, l’écrivain et fondateur du festival Etonnants Voyageurs sera présent, comme Dany Laferrière, Alain Mabanckou et Régis Debray, dans l’émission « La grande librairie ». Pour concrétiser, alors qu’Haïti tremble encore, ces mots de Laferrière : « Quand tout tombe, il reste la culture. »

  • 1 février 2010. Témoin. Visite de l’exposition au Louvre

    «Par un petit matin glacé de la semaine dernière, l’écrivain Dany Laferrière (Prix Médicis 2009 pour L’énigme du retour), rescapé du tremblement de terre, a voulu aller au Louvre. Après tant d’horreurs, il avait envie de revoir des Watteau. Puis, il s’est dirigé vers le salon Denon, pour méditer devant les oeuvres de Guillon-Lethière. La question va de soi : peut-on se soucier d’un tableau au milieu de tant de victimes ? Il répond sans hésiter : « Au contraire, c’est capital, c’est notre culture. » Qu’est devenu Le Serment ? Pour le président de la Société des amis de Guillon-Lethière, le professeur Bruno Foucart, « il faudra être très attentif, quand on déblayera les décombres du palais présidentiel. Parfois, les tableaux peuvent survivre, par miracle… ».
    par Adrien Goetz dans Le Figaro

  • 2 février 2010. Média. « Le monde entier a pu vérifier la force de ce peuple » propos recueillis par Muriel Steinmetz, à l’occasion d’un numéro exceptionnel, l’Humanité

    Le romancier, de retour de son île natale, est intervenu à de nombreuses reprises, notamment à la bibliothèque de l’Arsenal, pour parler de son dernier livre, l’Énigme du retour, prix Médicis 2009.

    « Quand c’est arrivé, j’ai pensé : je ne me laisserai pas intimider par un tremblement de terre. Ce séisme de magnitude 7 à 7,3 sur l’échelle de Richter est paradoxal. On peut courir sans tomber. En revanche, les maisons les plus lourdement construites – à la suite de l’orgie de béton qu’a connue l’île pour parer aux cyclones – se sont écroulées avec les gens dessous. Leur poids les a fait chanceler selon le principe du judo : c’est votre force qui vous tuera. Dans le jardin de l’hôtel Karibe où j’étais avec Michel Le Bris, pas une fleur sur sa tige n’a été cassée ! Nous avons dormi sur le terrain de tennis. Lorsque nous avons appris que les palais étaient tombés ainsi que le ministère des Finances et la cathédrale, nous avons pensé : voilà, il n’y a plus que des êtres humains, tout pouvoir, toutes classes sociales ont disparu.

    Nous nous sommes couchés à même le sol où nous avons ressenti très fort les quarante-trois secousses sismiques suivantes. Nous sentions réellement le moindre mouvement de la terre et j’ai alors pensé que je ne pourrai plus jamais lui faire confiance. En cas de tremblement, la terre n’existe plus. Elle roule, il semble que quelqu’un soit en train de la secouer comme un drap. Peu après l’aube, Lyonel Trouillot (romancier et poète haïtien, lire page 7 – NDLR) m’a rejoint. Nous sommes allés voir ma mère. Tout le quartier était détruit. Je n’avais jamais connu un tel phénomène : les maisons tombaient autour de moi de manière imprévisible. Une fois arrivés devant le logis de Franketienne (1), je l’ai trouvé en pleurs. Il m’a alors montré sa « forteresse », autrement dit sa demeure, qui est une autofiction, construite pour y mettre ses tableaux et ses manuscrits. Elle était bien cassée. Il m’a dit qu’une demi-heure avant le séisme il répétait un solo et prononçait ces mots : « Peu à peu tout se fissure, tout se déchire. » Il habite à deux minutes de chez ma mère. J’ai avisé un neveu qui passait par là et qui habite chez elle. Il m’a dit qu’elle était vivante. Quand le tremblement de terre s’est produit, il était 5 heures moins dix, 6 heures. C’est l’heure la plus improbable à Port-au-Prince. Après le boulot, les gens ne rentrent pas directement chez eux. Jusqu’à 6 heures, chacun est libre, personne ne sait où sont les uns et les autres. Lorsque je suis arrivé chez ma mère, je l’ai trouvée très en verve. Elle m’a dit : « J’ai quatre-vingt-neuf ans. J’ai tout vu : huit coups d’État, les Duvalier, le père, le fils et le petit-fils Aristide, les cyclones dont celui d’il y a un an, une inondation… mais je ne m’attendais pas à cela. »

    Je ne sais si, mentalement, ceux qui vont rester sur cette terre qu’ils habitent ne vont pas continuer à vivre avec le sentiment d’une profonde instabilité. Il va y avoir un problème psychologique d’équilibre même si c’est un peuple fort. Ce tremblement de terre est sans aucun doute l’événement le plus important de l’île, qui s’est produit sans manoeuvre humaine depuis l’indépendance. Cette fois, tout le monde comprend cette réalité qui est simple : un tremblement de terre a cassé un pays qui était déjà à genoux. Le racisme ne joue pas pour brouiller les cartes. Le malheur haïtien a permis que l’on pénètre dans des zones où personne n’était allé depuis longtemps. À Montréal (il habite le Québec – NDLR), j’ai vu réagir des gens qui ne s’étaient plus mobilisés depuis l’apartheid en Afrique du Sud. Les jeunes des États-Unis sont très excités par cette affaire car ils sont passionnés par les enjeux écologiques. Haïti se met à faire partie de leur vision planétaire. L’île n’est plus envisagée comme une donnée folklorique mais comme un morceau du monde. Ce n’est plus une histoire de lieu mais une histoire de temps. C’est arrivé maintenant.

    De tout temps, les gens dans le monde ont aimé Haïti sans savoir comment canaliser cet amour mais je crois que ce moment terrible, qui coûte infiniment cher, est à attraper comme ce fut le cas pour l’indépendance. La politique haïtienne a, elle aussi, un moment à saisir. Il n’y a plus de débats depuis dix ans. Pas de gouvernement. L’événement est donc, paradoxalement, une chance, à condition que les discussions soient directes, efficaces. Sous une dictature, le discours du pouvoir serait trop fort. Cette fois, c’est la clameur du peuple qu’on entend. Les Haïtiens sont des gens d’exception, courageux, disciplinés, patients, mutuellement généreux et imaginatifs. Tout le monde a vérifié cette force. Il faudrait qu’elle soit mise en action dans une conscience nationale sans discours idéologique. Il y a un moment neuf, inédit à saisir. Quant aux artistes, un grand poète a dit : « Les dieux envoient des malheurs aux peuples pour qu’ils en fassent des chants. » Alors, nous n’allons pas chômer !

    La grande crainte, c’est d’aller voir le « malade » Haïti une ou deux fois et puis c’est tout. Il faut qu’Haïti renoue le dialogue. Durant une bonne semaine, Haïti a fait marcher le monde des médias. Cet événement a réveillé les Occidentaux au moins durant sept jours. La télévision a réussi à attraper miraculeusement la manière dont les Haïtiens font face, demeurent placides malgré leurs manques, calmes, graves, pleins d’humour, et ça les a rendus proches d’eux. Il s’agit de faire un échange de biens et d’émotions. Il faut avoir une relation d’épiciers. Que les gens n’envoient pas plein d’argent d’un coup. Ne pas accélérer les choses mais se demander ce que nous apporte Haïti. Il faut qu’Haïti garde ce qu’elle peut donner et que ce rapport dure. C’est ça un échange de biens et d’émotions. Alors on va recommencer. Avec cet événement est enfin consommée la mort de Duvalier, qui nous a si longtemps bloqué l’esprit. Nous allons sortir de cette névrose-là. Le tremblement de terre a pu toucher des zones sensibles, le coeur et le corps, mais l’esprit de lucre n’a pas mangé l’âme des Haïtiens. C’est la culture qui structure le pays.

    Le rôle de l’écrivain est d’intervenir, de prendre des notes. Je connais mon pays, je connais ce regard distancié qu’il a sur ces événements comme s’il s’agissait d’un spectacle. Cette distance, on peut l’avoir chez nous mais je me demande si elle est possible de l’extérieur. Les journaux exagèrent beaucoup. Quand on parle d’Haïti, on entend toujours les mêmes choses : « Première République noire », « perle des Antilles », puis brusquement cela devient : « pays des trente-deux coups d’État, pays de Duvalier », « dictature tropicale »… C’est lourd. On ne peut jamais commencer une discussion sans en passer par là. Depuis le tremblement de terre, je vois « Haïti chérie » écrit partout. J’ai rapidement pris la parole dans les journaux pour dire : « Arrêter avec l’expression malédiction. » Haïti vient de rentrer sur la scène internationale de manière lisible et compréhensible. Il ne faut plus que certaines expressions nous collent à la peau. Il faut surtout ne pas couper le dialogue. Le fond du dialogue, c’est la liberté. Les gens de pouvoir aiment les discours bien fermés car ils ont peur de la liberté.

  • 3 février 2010. Rencontre. Récital à la Maison de la culture de Côte-des-Neiges

    À cette occasion, Laferrière sera accompagné par Marlène Couture, soprano, qui nous donnera à entendre des oeuvres d’Yvette Guilbert, Jérôme Lemonnier et Francis Poulenc, ainsi que par Nathalie Tremblay au piano, qui offrira Mélancolie pour piano, de Francis Poulenc.

    Le Journal de Québec
    20 janvier 2010

  • 4 février 2010. Écho. Noëlle Ménard présente L’énigme du retour au CCO, tour Bretagne. 

  • 4 février 2010. Média. Mention dans Le Point

    Jacques Griffault Gentilhomme des lettres

    « Je suis le plus jeune libraire de France en expérience et le plus âgé pour l’état civil. » Jacques Griffault est un volubile jeune homme de 67 ans, facétieux, raffiné, enthousiaste. C’est la passion des livres qui l’anime, et l’a mené, il y a 14 ans, à débarquer de Paris pour reprendre La Librairie du Scribe, faubourg Lacapelle, après une carrière de banquier, pour l’essentiel à l’étranger. Du Scribe le néophyte a fait un carrefour des lettres, où sont passés des écrivains-stars comme Philippe Claudel, Dany Laferrière, François Cheng, Richard Millet ou encore, dès ses débuts, Anna Gavalda…

  • 5 février 2010. Écho. «Soirée bénéfice pour Haïti» à la Librairie Olivieri

    «Quelques-uns des auteurs qui devaient être du festival littéraire Étonnants Voyageurs, en Haïti, participeront le vendredi 5 février à une soirée de lecture et de musique haïtienne à la librairie Olivieri. Faisant écho au message envoyé par Dany Laferrière au poète et dramaturge Frankétienne, au lendemain du séisme: « Ne laisse pas tomber, c’est la culture qui nous sauvera. Fais ce que tu sais faire », Nicolas Dickner, Stanley Péan, Rodney Saint-Éloi et Michel Vézina liront des oeuvres haïtiennes en compagnie d’autres artistes et amis d’Haïti, comme Joël Des Rosiers, Maguy Métellus, Pascale Montpetit, Hélène Dorion, Frantz Benjamin, Normand Baillargeon et Jean Morisset. Tous les bénéfices seront versés au CECI. En ce moment, la librairie verse d’ailleurs 10% des ventes de livres d’auteurs haïtiens à cet organisme et invite les autres libraires à faire de même. Elle appelle également les bibliothèques publiques et scolaires à mettre en valeur la littérature haïtienne.»
    Marie-Claude Girard, La Presse

  • 8 février 2010. Rencontre. Récital au Musée de l’Amérique française

    À cette occasion, Laferrière sera accompagné par Marlène Couture, soprano, qui nous donnera à entendre des oeuvres d’Yvette Guilbert, Jérôme Lemonnier et Francis Poulenc, ainsi que par Nathalie Tremblay au piano, qui offrira Mélancolie pour piano, de Francis Poulenc.

    Le Journal de Québec
    20 janvier 2010

  • 8 février 2010. Citation. «Une mangue dans les décombres» par Vincent Marissal, La Presse

    La culture
    Dany Laferrière dit souvent que c’est la culture qui sauvera Haïti. De Montréal, cela sonne poétique. Dans les rues de Port-au-Prince, c’est très tangible. La musique (de nombreux groupes rap talentueux animent les ondes avec leur critique acerbe contre le régime, de la musique « racine » aussi), de la poésie, des festivals, des artisans partout, les peintures naïves en vente en pleine rue, accrochées aux murs bringuebalants des édifices en ruine.

  • 8 février 2010. Écho. «Sophie Faucher lit Laferrière» spectacle bénéfice pour Haïti à la Chapelle historique du Bon-Pasteur

    Spectacle-lecture du roman L’énigme du retour de Dany Laferrière, au profit de l’action de Médecins du Monde en Haïti

  • 8 mars 2010. Écho. «Sophie Faucher lit Laferrière» spectacle bénéfice pour Haïti à la Maison des arts de Laval.

    Spectacle-lecture du roman L’énigme du retour de Dany Laferrière, au profit de l’action de Médecins du Monde en Haïti

  • 9 février 2010. Écho. «Une journée d’action pour aider les haïtiens» par Colette Macentos, Sud Ouest France

    Le résultat a été à la hauteur des espérances. Lors du concert, 1 152,50 € sont tombés dans l’escarcelle des deux associations. Samedi soir, le trésorier a lu le témoignage serein et teinté d’humour de la mère, âgée de 89 ans, de l’écrivain haïtien Dany Laferrière : « J’ai connu huit coups d’État, trois dictateurs, une année à quatre cyclones, une inondation, aujourd’hui le tremblement de terre et 2011, ça sera quoi ? »

    ‘élan de solidarité a été important ce samedi, d’autant que le même jour, dans la commune voisine de Saint-Germain-de-Lusignan, une journée organisée par le club Unesco en Haute-Saintonge apportait aussi sa pierre à l’édifice de reconstruction (voir ci-dessous).

    Le club Unesco en Haute-Saintonge s’est mobilisé pour venir en aide à Haïti (voir « Sud Ouest » du 18 janvier). À la salle Jean-Moulin, à Saint-Germain-de-Lusignan, exposition et vente d’oeuvres de plasticiens haïtiens, repas, dons ont permis à l’association de collecter samedi la somme de 1 330 euros, dont 500 euros donnés par le foyer rural de la commune, décision prise lors de sa dernière assemblée générale.

    La collecte était au profit de Bamboch Lakay, une association à but socioculturel animée par René Pierre, infirmier et musicien haïtien vivant en région parisienne, présent samedi dernier. L’association consacre toute son énergie à l’assistance aux victimes du tremblement de terre. Du 6 au 20 mars, les membres de l’association partent en Haïti. « On va sur le terrain, on va acheter bois, toiture, tout ce qui est nécessaire pour se loger, au centime près, tout est noté sur le site Internet », explique René Pierre. Il aime ce beau geste de construire ensemble, cette chaîne de solidarité, sans oublier que, du côté de Pétion-Ville, sa région d’origine, les maisons qui ne se sont pas effondrées sont fissurées, et que, là-bas, son cousin Ti Jacques pose une question : « Mais qu’est-ce qu’on va manger dans deux mois ? »

  • 9 février 2010. Rencontre. Récital à la Maison de la culture du Plateau Mont-Royal

    À cette occasion, Laferrière sera accompagné par Marlène Couture, soprano, qui nous donnera à entendre des oeuvres d’Yvette Guilbert, Jérôme Lemonnier et Francis Poulenc, ainsi que par Nathalie Tremblay au piano, qui offrira Mélancolie pour piano, de Francis Poulenc.

    Le Journal de Québec
    20 janvier 2010

  • 11 février 2010. Média. «Pour ne pas tourner trop vite la page : Haïti vue par ses écrivains» par Claire Lefebvre, La voix du Nord

    Avec une misère économique plus médiatique que jamais, les trésors de créativité d’Haïti restent hélas trop méconnus. En 2009, les écrivains haïtiens ont raflé une dizaine de prix littéraires francophones. Dont le Médicis, pour Dany Laferrière et son Énigme du retour (Grasset).

    Le 12 janvier, la terre qui a tremblé a obligé les organisateurs du festival de littérature Étonnants voyageurs à renoncer. L’objectif était de montrer le visage foisonnant d’une île restée attachée à la langue française. Et non celui des émeutes et des catastrophes naturelles… Le rendez-vous n’a pas eu lieu, mais la fatalité de cette coïncidence n’a pas laissé le monde des lettres indifférent. D’autant qu’en 2009, treize écrivains haïtiens ont reçu des prix: Lionel Trouillot (Yanvalou pour Charlie, Actes Sud), mais aussi des femmes comme Yanick Lahens (La Couleur de l’aube, Sabine Wespieser) ou Emmelie Prophète (Le Testament des solitudes, Mémoire d’encrier). Une nouvelle génération qui dépasse les traditionnelles thématiques haïtiennes pour parler, à tous, de migration et d’exil. À sa tête, Dany Laferrière, figure de la diaspora haïtienne au Québec, popularisé en France par Vers le sud, l’adaptation d’une de ses nouvelles par Laurent Cantet, avec Charlotte Rampling.

    Entre vaudou et Lumières Paru en septembre, L’Énigme du retour, détonne parmi ses précédents titres à l’humour provocateur: Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer (1985) ou Je suis un écrivain japonais (2008). Cette fois, il raconte comment il rentre, trente-trois ans après, à la mort de son père, au pays d’où il a été banni par Baby Doc. «Cela fait trois décennies que je fais gras à Montréal pendant qu’on continue de faire maigre à Port-au-Prince.» Le narrateur demeure un étranger, que les vendeurs à la criée tentent de voler. Mais il décrit aussi la dignité des paysans et cette scène, surréaliste, où des notables papotent dans un cimetière en… grec ancien. D’une écriture bavarde et enivrante, il dépeint une île à la dérive entre l’Afrique des esprits vaudous et la France des Lumières. Dany Laferrière était sur place au moment du séisme. Il a senti la terre devenir comme «une feuille de papier» (Le Monde du 16janvier). Il a perdu des proches. Comme René Depestre, 82 ans, prix Renaudot 1988 pour Hadriana dans tous mes rêves (Gallimard). «Et si c’était un mal pour un bien?, se demandait pourtant cet exilé politique en France. Cette tragédie pourrait déboucher sur un état de droit, avec de vrais logements, de l’eau potable.» Panser des cicatrices, aussi: « Il est temps de gommer les rancoeurs de la décolonisation pour regarder l’avenir.» Galvanisé par le «civisme mondial en train de naître», il confiait: «Haïti n’avait pas grand-chose à reconstruire. Mais elle a tout à construire.» Son dernier roman s’intitule La Rage de vivre (Seghers). Au milieu du chaos de la république caribéenne, la profession d’artiste, l’une des rares à conférer un statut social, fait rêver la jeune génération. L’imaginaire haïtien n’a jamais été aussi fertile. «On a toujours quelque chose à raconter dans un pays où la parole est justement la seule chose qu’on peut partager avec l’autre», écrit aussi Dany Laferrière.

  • 15 février 2010. Rencontre. «Lecture en soutien à Haïti» à la Librairie Monet

    La Librairie Monet organise un événement pour venir en aide à la population haïtienne éprouvée par le séisme de janvier dernier. Une lecture publique du dernier roman de Dany Laferrière « L’énigme du retour ». La comédienne Sophie Faucher fera la lecture du texte.

  • 18 février 2010. Parution. Plumes de serpent collectif pour la revue Serpent à Plume (solidarité haïti)

    La revue du Serpent à plumes renaît avec un très beau numéro spécial composé d’extraits de textes parus ou inédits, illustrés de photos et de tableaux d’artistes : Dany Laferrière, Yannick Lahens, Louis-Philippe Dalembert, Frankétienne, Gary Victor, James Noel, Thomas Spear, Rodney Saint Eloi sont quelques-uns des contributeurs de ce beau projet dont tous les bénéfices de la vente iront à l’hôpital de la Communauté haïtienne. L’éditeur rappelle en préface une phrase récente de Dany Laferrière : « Quand tout tombe, il reste la culture. Et la culture, c’est la seule chose qu’Haïti a produite. Ça va rester. »

  • 19 février 2010. Rencontre. Projection du documentaire de Pedro Ruiz, La dérive douce d’un enfant de Petit-Goâve, suivie d’une rencontre avec son sujet, Dany Laferrière, animée par Marie-France Bazzo.

  • 20 février 2010. Média. «Haïti: des écrivains s’engagent auprès de Bibliothèques sans frontières» par Agence France Presse.

    Des écrivains et des personnalités du monde de l’édition se sont engagés au côté de Bibliothèques sans frontières (BSF) pour la sauvegarde des bibliothèques en Haïti, détruites ou endommagées par le séisme de janvier, a indiqué samedi l’organisation dans un communiqué.

    Cet appel à une mobilisation internationale pour recueillir des fonds permettant de sauvegarder la richesse et la diversité hors du commun de la culture haïtienne a déjà été signé par de nombreux romanciers dont Erik Orsenna, Alexandre Jardin, Marc Levy, Dany Laferrière, Canadien né en Haïti, ou encore Marie Darrieussecq, précise BSF.

    De nombreux documents aujourd’hui menacés remontent au 16e siècle et retracent l’histoire du pays, de l’esclavage à la lutte pour l’indépendance et à la survie.

    Les collections des bibliothèques publiques et universitaires ont été durement touchées par le tremblement de terre du 12 janvier, ainsi que les bâtiments.

    BSF revient par ailleurs d’une mission en Haïti afin d’évaluer les besoins en termes de reconstruction des bibliothèques, en partenariat avec Patrimoine sans frontières et réalisée grâce au soutien de Cultures France.

    Cette mission de huit jours a permis d’apporter du matériel de première urgence pour sécuriser et traiter les collections de trois sites majeurs du patrimoine haïtien: Bibliothèque Nationale, Bibliothèque Haïtienne des Pères du Saint-Esprit et archives du ministère des Affaires Etrangères.

    Outre la sauvegarde des fonds patrimoniaux, BSF et ses partenaires souhaitent fournir des bibliothèques mobiles pour les réfugiées et mettre en oeuvre à moyen terme une grande bibliothèque municipale pour la capitale haïtienne.

  • 25 février 2010. Distinction. Prix SOBA Symbolique remis à M. Dany Laferrière pour sa plume affutée et pour le symbole qu’il représente, ici et à l’international, en tant qu’écrivain émérite.

  • 27 février 2010. Média. «Une conversation avec Dany Laferrière» propos recueillis par Pascal LeBlanc, Courrier Bordeaux-Cartierville

    Dany Laferrière est en train d’écrire son prochain livre et il n’accorde généralement pas d’entrevue lorsque ce processus est entamé. Toutefois, ce résident de Cartierville a fait exception lorsque « son journal local » l’a contacté. « C’est mon voisinage. C’est la moindre des choses que j’accepte de vous rencontrer, car c’est fondamental d’avoir un lieu d’appartenance, surtout pour quelqu’un qui voyage beaucoup. » Ainsi, deux personnes ont discuté de littérature et d’art pendant une heure à la Librairie Monet.

    L’ouvrage sur lequel il travaille présentement se nomme Notes à l’usage d’un jeune écrivain. Selon l’auteur, ce petit livre, qui devrait paraître au début du mois d’avril, est un recueil de conseils littéraires, mais il ne s’agit pas d’un guide pour apprendre à bien écrire.

    « Des gens qui sont de très bons écrivains deviennent poches quand il est temps d’écrire pour les autres. Soudainement, ils se mettent à prendre ça trop au sérieux. Ils se disent « ce n’est pas comme lorsque j’écris à mère, il faut être sérieux ». En fait, c’est tout à fait le contraire. Lorsqu’on écrit à sa mère, là c’est sérieux. Pour écrire un livre, il faut jouer », affirme M. Laferrière.

    Ainsi, il propose aux potentiels artistes de la plume de se frayer un chemin personnel et « d’écrire en dehors de ses lectures ». « Le concept d’originalité est prétentieux. Il faut être fou pour croire que l’on peut être original quand tellement de choses ont été déjà faites, juge l’auteur. Il ne faut pas penser non plus qu’on est capable d’écrire au même niveau de ce qu’on lit. Comme disait Buffon, « le style, c’est l’homme ». Chacun a son histoire à raconter. »

    Vivement la simplicité

    Dans sa plus récente oeuvre, L’énigme du retour, M. Laferrière utilise le haïku, une forme poétique d’origine japonaise. Malgré la difficulté que cet effort de style peut représenter, l’écrivain avoue qu’il a fait ce choix car il était plus facile.

    « Quand on est jeune, on nous apprend que facile égale mieux. Au hockey, on nous dit qu’il est plus facile de faire des passes que de déjouer toute l’équipe adverse seul. Cependant, plus facile, ne veut pas dire plus simple, indique-t-il. Un jeune écrivain peut passer trois pages à écrire sur la pluie sans écrire une fois « il pleut ». Ça prend un certain niveau de confiance pour simplifier. C’est un art d’utiliser la simplicité des mots et j’aime le côté vivant de cet art. »

    M. Laferrière ne semble pas le seul à apprécier la simplicité, puisque L’énigme du retour ne cesse d’accumuler les honneurs. En plus d’avoir déjà remporté le prix Médicis et le Grand prix du livre de Montréal, il est en lice pour le Prix des libraires du Québec.

    « Les prix, c’est bien quand on les reçoit, mais il ne faut pas s’en faire si on ne les a pas. Ne pas gagner ne signifie pas que notre oeuvre est refusée, seulement qu’une autre a été mieux acceptée », philosophe l’homme de 57 ans.

    Une réalité fictive

    Dans L’énigme du retour, un homme vivant à Montréal retourne à Port-au-Prince pour les funérailles de son père. Récemment, M. Laferrière était de retour dans la capitale haïtienne à la suite de l’important séisme qui a frappé la ville.

    « Ma vie est de plus en plus une fiction, admet-il d’emblée. J’utilise des éléments autobiographies pour ma fiction et ma mémoire devient graduellement quelque chose de rêvée. Le vécu de mes personnages se rapproche sans cesse de la réalité et est même prémonitoire. Cela dit, il s’agit uniquement de ma réalité. La douleur des autres est réelle et n’est pas matière à fiction. »

  • 1 mars 2010. Chronique. ««J. S. Alexis, un Haïtien debout»» par Dany Laferrière, Le Magazine Littéraire

    Haïti vient d’être ravagé dans sa chair et dans sa mémoire : beaucoup de lieux de conservation littéraire n’ont pas résisté au séisme. Hommage à l’une des figures historiques de cette terre d’écriture.

    J’avais oublié Jacques Stephen Alexis avec le temps, mais en le reprenant dernièrement j’ai tout de suite compris qu’il n’avait jamais cessé de cheminer en moi. Cet oubli est arrivé dès que j’ai eu 40 ans et qu’il était devenu mon cadet – né en Haïti en 1922, Alexis est mort à 39 ans. Ce qui est triste c’est que j’avais oublié combien ce jeune homme crépitant de talents et d’audace avait compté pour moi. Quand on veut devenir écrivain en Haïti et qu’on est né comme moi au début des années 1950, on ne peut que se heurter à ces deux figures obligées : Jacques Roumain et Jacques Stephen Alexis. Les frères Jacques. Roumain ne semble avoir besoin de personne. Tout écrivain qui voudrait situer son roman dans la paysannerie haïtienne ne trouvera qu’un champ brûlé par le classique de Roumain : Gouverneurs de la rosée. On comprend alors pourquoi Alexis a préféré situer son premier roman (Compère Général Soleil, un titre aussi beau que celui de Roumain) dans la grande ville. Alexis admirait Roumain, et j’étais fasciné par Alexis. À la mort de Roumain, en 1944, un jeune homme de 22 ans envoya au quotidien Le Nouvelliste un long article qui débutait ainsi : « Les peuples sont des arbres. » Chacun comprit qu’une nouvelle graine venait de germer. Son premier roman ne paraîtra qu’onze ans plus tard. Dans un pays où on se presse pour se faire éditer, Alexis se démarque.

    On cherche toujours les similitudes avec les gens qu’on aime. Son père, comme le mien, fut professeur d’histoire et diplomate. Il a publié son premier roman à 33 ans, et moi à 32. Aucun de nous deux n’a commis de recueil de poèmes, alors que la tradition de ce pays exige qu’on commence par la poésie. Il a connu Papa Doc et l’exil1 j’ai connu Baby Doc et l’exil. J’ai appris par sa femme Andrée Roumer que lui et mon père se connaissaient et s’estimaient. Mon rapport avec Alexis est assez étrange. S’il m’intéresse autant, c’est pour des raisons bien particulières. D’abord parce qu’il a écrit et fait des choses que je lui envie encore. Prenons l’attaque de son premier roman (« La nuit respirait fortement »), je donnerais cher pour l’avoir écrit. Sa description du fleuve Artibonite (« L’Artibonite, ce grand gaillard aux bras noueux et puissants, est fils des montagnes ») montre un coeur vaste. Il est époustouflant quand il oublie l’idéologie pour simplement tenter de rendre l’émotion qu’il ressent. Mon roman préféré d’Alexis, c’est L’Espace d’un cillement. Tout le livre se passe dans un clin d’oeil. Autant Roumain est limpide, autant Alexis est bariolé. Il écrit comme ces prostituées de Sensation-bar qui portent tous leurs bijoux sur elles. On cherche longtemps l’émotion sous la luxuriance des adjectifs. Mais ça tombe bien pour L’Espace d’un cillement qui se passe dans un bordel, un milieu on ne peut plus artificiel. J’ai longtemps rêvé d’avoir l’imagination d’Alexis et le style de Roumain.

    J’aime surtout le jeune homme fougueux qui ne semble avoir peur de personne. Il faut l’être pour écrire cette lettre à François Duvalier. Observez l’insolence de la première phrase : « Dans quelque pays civilisé qu’il me plairait de vivre, je crois pouvoir dire que je serais accueilli à bras ouvert : ce n’est un secret pour personne. » On n’aurait pas pensé à dire ça même dans nos rêves. D’abord parce que c’est Duvalier, ensuite parce qu’une telle confiance en soi frise la candeur. Il n’a pas fini : « Mais mes morts dorment dans cette terre1 ce sol est rouge du sang de générations d’hommes qui portent mon nom1 je descends par deux fois, en lignée directe, de l’homme qui fonda cette patrie… » On est dans Dumas. Il parle à un des plus sanguinaires dictateurs, qui, lui aussi, se réclame du fondateur de la nation. Je n’ai jamais compris pourquoi Alexis a jugé bon d’écrire qu’il descendait « par deux fois » de Dessalines. Il en fait toujours trop, et c’est ce qui me le rend si cher. C’est un gamin qui veut embrasser le monde. Écoutez la conclusion : « Toutefois, monsieur le président, je tiens à savoir si oui ou non on me refuse le droit de vivre dans mon pays, comme je l’entends. Je suis sûr qu’après cette lettre j’aurai le moyen de m’en faire une idée. » Il se trouvait encore à Port-au-Prince quand la lettre est parvenue à Duvalier. Obligé de quitter Haïti, il reviendra l’année suivante pour le face-à-face fatal avec Papa Doc. Arrêté, torturé, puis assassiné. On ne peut être qu’impressionné par un tel courage.

    Mais il va parfois si loin dans certaines mauvaises directions qu’il met en danger son oeuvre. Comme pour m’indiquer le chemin à ne pas prendre. Celui du discours idéologique qui alourdit la plupart de ses romans. Il ne pouvait pas regarder vivre ses personnages sans intervenir. Il ne veut pas se contenter de décrire le monde, il entend le changer. Ce qui fait de Compère Général Soleil, selon Claude Roy, un chef-d’oeuvre aux neuf dixièmes. Dans les choses qu’il m’indique à ne pas faire, il y a ce vocabulaire parfois trop chatoyant, comme s’il voulait jeter un voile rose sur une triste réalité qu’il venait de dénuder. Le voilà qui fonde un parti politique, pas le parti politique traditionnel, un parti communiste. Ainsi que Roumain l’avait fait. Comme il va perdre un temps précieux dans cette histoire alors qu’il ne lui reste que deux ans à vivre. Quand on pense qu’il a publié chez Gallimard, le Gallimard des années 1950, quatre livres majeurs en cinq ans, et qu’il en a d’autres dans ses tiroirs. Haïti jubile de tenir enfin son grand écrivain. Mais Alexis place quelque chose d’autre au-dessus de la littérature : le bonheur du prolétariat. Il se veut un homme d’action. Il passe ses soirées à discuter de réalisme socialiste avec Aragon. Il rencontre Hô Chi Minh. Il va voir Mao afin que Pékin se réconcilie avec Moscou. Il n’a aucune idée de sa taille ni de son poids. Je regarde ses yeux, sur la photo, au moment où il serre la main de Mao, et j’ai l’impression d’être avec lui. Et je pleure en ce moment. Je pleure parce que je le vois en train de poser le piège qui se refermera sur lui. Quand on a côtoyé de si puissants hommes d’action, il faut montrer ce qu’on a dans le ventre. Comme il ne disposait pas des moyens lui permettant de délivrer son peuple, tout ce qu’il lui reste à offrir, pour ne pas perdre la face, c’est sa vie. Mon héros tombera dans quelques mois, comme le personnage de son premier roman. Il lui était interdit de vivre en Haïti, on ne pouvait l’empêcher d’y mourir. Je ne lui ai jamais pardonné cette mort stupide. Combien de fois l’ai-je engueulé dans cette petite chambre crasseuse et lumineuse de Montréal, du temps que j’écrivais mon premier roman ? Ce qui reste malgré tout de ce jeune homme éblouissant, c’est la plus rayonnante trajectoire dans le monde des lettres contemporaines haïtiennes. Je lui dois tant.

  • 3 mars 2010. Média. «Le combat des livres 2010» Françoise David défend L’énigme du retour

    Aujourd’hui, troisième manche, c’est la question identitaire qui a volé la vedette, et le roman de Dany Laferrière par la même occasion, qu’on accuse d’être amplement récompensé. Le choix de Françoise David est jugé « trop facile », Christian Dufour estimant même que l’unanimité qui l’entoure est contraire à l’esprit du Combat des livres. Mais l’argument voulant que L’énigme du retour ait été couvert de prix n’a pas tenu la route: c’est le cas de Nancy Huston, a rappelé la co-fondatrice de Québec Solidaire, et puis, le Médicis a été remis à l’auteur à son 19e livre. « Si vous estimez que c’est le meilleur livre, vous n’aviez qu’à le choisir! » a-t-elle lancé avec arrogance.

    Il fallait choisir entre le Jean Barbe et le Dany Laferrière, après les mises en danger. Alors là, les attaques n’ont pas manqué, la mauvaise foi non plus: Marie-Soleil Michon a avoué être un peu lasse des histoires d’exil et a relevé un chapitre étrange de L’Énigme (« éloge de la diarrhée »); Christian Dufour a même sorti la corde sensible du « human interest » en évoquant le séisme en Haïti qui pouvait influencer de façon trop émotive le combat. Enfin, Christopher Hall, ne reculant devant rien, a affirmé que L’énigme du retour, « ce n’est pas vraiment notre réalité; Le Survenant, c’est plus notre réalité, notre rapport avec les étrangers. ».

  • 4 au 8 mars. Rencontre. Foire du livre de Belgique.

    Il faut que les écrivains fassent ce qu’ils savent faire, écrire, pour dire Haïti à la face du monde.
    D L

    Michel Serres et Dany Laferrière
    par Le Soir
    4 mars 2010

    La Foire du livre ne manque pas d’invités de marque. Beigbeder, Gaudé, Schmitt, Laâbi, Nothomb, Mabanckou, Bruckner, Ayerdhal, Khadra, N’Sonde, etc. Mais deux personnalités marquent cette édition de leur empreinte. Michel Serres, l’invité d’honneur, homme de lettres, de philosophie et de sciences, homme de curiosité et de gai savoir. Dany Laferrière ensuite, l’écrivain haïtien qui vit à Montréal, qui était à Port-au-Prince lors du séisme qui a causé la mort de 270.000 personnes et qui porte la parole des oubliés. Avec ces deux-là, la Foire va hausser le ton de la réflexion et de l’émotion.

    🌸

    « Refusez d’entrer dans les débats sur l’identité ! »
    par Le Soir
    4 mars 2010

    France, Pays-Bas, Flandre et maintenant Wallonie… L’identité nationale est décidément la grande affaire politique de l’heure, pour le meilleur et souvent pour le pire. Dans ce contexte, le titre de l’avant-dernier roman de Dany Laferrière, Je suis un écrivain japonais (Grasset), est un superbe pied de nez aux obsédés de l’ethnicité…

    « L’identité peut prendre tellement de sens différents, souligne l’écrivain. La seule chose valable, c’est la carte d’identité. Pour le reste… Certains peuvent être tentés de dire :  » Vous êtes ici depuis longtemps, laissez-nous la place  » , comme d’autres :  » Vous êtes riches depuis longtemps, cela suffit.  » Mais les riches rétorqueront : « C’est ma légitimité d’être riche ! » C’est la même chose pour l’identité. Ce genre de débat appartient toujours à celui qui le pose. Il faudrait dix ans pour l’en déloger. C’est un piège ! Donc, refusez d’y entrer. Changez de débat. Parlez d’autre chose : des mangues à Haïti, par exemple… »

    Yvon Toussaint opine : « Ces débats charrient toujours leur lot d’arrière-pensées électoralistes ; ils ne sentent jamais très bon. Donc, effectivement, changeons de débat. »

    Nous expliquons à Dany Laferrière qu’en Belgique, certains poussent le complexe identitaire jusqu’à conditionner l’achat d’une maison à la connaissance de l’idiome officiel. « Vous avez le droit de vous quereller sur ce que vous voulez, glisse-t-il. Il se trouvera toujours des gens pour définir l’identité en quatre points : le sol, le sang, la culture, la religion. Mais cela n’a guère de sens. Ce qu’ils peuvent voir, ce qu’ils peuvent sentir : c’est ça qu’il faut apprendre aux enfants. »

    Quand Dany Laferrière, qui s’était exilé de Haïti trente ans plus tôt, est revenu sur l’île, avec déjà en tête l’idée de son roman L’énigme du retour, il ne s’est pas livré à quelque enquête journalistique. Il n’a pas demandé aux gens ce qu’était la réalité. Il a observé, humé, ressenti par lui-même. Il s’est imprégné de l’ère du temps haïtien et, ce faisant, est devenu haïtien. Il revendique ce droit de « s’autodésigner », comme celui de ne pas être sérieux avec ces choses qui crispent tant de gens – citant le Brésil en exemple, où il semble qu’on ait le droit de se déclarer noir si on est blanc et inversement. Ou écrivain japonais.

    🌸

    « Haïti, c’est la vie malgré tout »
    par William Bourton et Véronique Kiesel
    Le Soir, 6 mars

    C’est une réunion de rédaction « spéciale Haïti » qui s’est tenue vendredi matin, au stand du Soir de la Foire du livre de Bruxelles. Un moment lumineux, joyeux même par instants, malgré le drame qui a frappé l’île.

    Deux invités, aussi brillants que complémentaires, étaient de la partie. Yvon Toussaint, qui vient de publier L’assassinat d’Yvon Toussaint, le roman-enquête consacré à son homonyme haïtien, médecin et sénateur assassiné en 1999 (Le Soir du 20 février). Et Dany Laferrière, dont L’énigme du retour (Prix Médicis 2009) conte son retour en Haïti à la mort de son père, après 33 ans d’exil au Canada, mais évoque aussi, avec une justesse de ton bouleversante, ce pays et son peuple – comme en témoigne le trop court extrait reproduit ci-dessous.

    Deux romans construits sur une base autobiographique s’envolant vers la fiction, qui emmènent avec eux les lecteurs à la découverte impressionniste de Haïti, ce pays magnifique-misérable qui a, depuis, été douloureusement meurtri. Dany Laferrière était à Port-au-Prince le jour du tremblement de terre…

    « Ce 12 janvier va rester un moment fondamental dans l’histoire haïtienne, comme l’est le 1er janvier 1804, date de notre indépendance, affirme-t-il. A cette époque, toutes les grandes puissances se sont détournées de nous, car nous mettions en question la pratique si rentable de l’esclavage. Avec le tremblement de terre, tous les regards se sont tournés vers nous. Cet événement dramatique a touché les médias mais d’abord les gens. Le choc a été terrible mais très vite, la vie a repris. Le lendemain, une Haïtienne s’est installée en face de mon hôtel pour vendre une demi-douzaine de mangues. C’est cela, Haïti, la vie malgré tout. »

    Pratiquement deux mois après, la survie des Haïtiens demeure très difficile, l’aide internationale, massive, n’est pas encore bien organisée. « Le rapport au temps n’est pas le même ici et là-bas, reprend Dany Laferrière. Ici, on est devant sa télévision, et on voudrait que, chaque fois qu’on revient après avoir quitté la pièce, quelque chose se soit passé, que cela ait changé. A Haïti, tout est très lourd : Port-au-Prince est une ville de plus de deux millions d’habitants qui n’est pas simple à manoeuvrer. Quand j’appelle ma mère là-bas, elle me dit que ça ne va pas du tout. Quand j’ai mon neveu, il me dit que ça peut aller, qu’ils ont à manger. Ma mère est contestataire, mon neveu est optimiste. »

    « Haïti, enchaîne Yvon Toussaint, vit toujours dans le drame, dans l’urgence : dictatures, tornades, glissements de terrain. Comment faire pour sortir de l’urgence ? Que faudrait-il modifier ? »

    Dany Laferrière donne une des clés du problème : « Vers la fin des années 60, François Duvalier, le dictateur, avait fait venir de province une masse de gens à sa solde pour impressionner les habitants de la capitale qui avaient trop tendance à s’opposer à lui. Ces gens sont restés ; d’autres s’y sont ajoutés, faisant de Port-au-Prince une ville engorgée qui donne en permanence l’impression qu’il y a une émeute. Il faut qu’une partie de la population quitte la capitale, aille se réinstaller en province. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé juste après la catastrophe : des centaines de milliers de personnes ont fui le chaos pour rentrer dans leur village d’origine. Il faut maintenant équiper ces localités des services dont la population a besoin. Il faut là aussi acheminer l’aide internationale. Depuis plusieurs décennies, l’importante diaspora haïtienne s’est organisée pour aider sa région d’origine. Il faut maintenant pousser cela à fond. »

    « Ce qui est si étonnant à propos de Haïti, enchaîne Yvon Toussaint, c’est que ce peuple, qui vit de façon permanente dans le malheur arrive, par son charme, à vous avaler. C’est un pays extraordinairement romanesque : il faut accepter ce qu’il vous donne. Même au milieu de cette avalanche de désastres, je suis certain que si l’on met ensemble tout ce qui est formidable dans ce pays, on arrivera à le changer. »

    Tant Toussaint que Laferrière ont été aussi journalistes. Laferrière a commencé sa carrière à Haïti : « J’écrivais des chroniques, petites choses légères, sur l’air du temps. Mais cela énervait tout le monde y compris le dictateur, qui aurait voulu que je participe à l’angoisse nationale. Il ne comprenait pas que je ne l’attaque pas, lui qui voulait être en permanence au centre de nos vies. Pour moi, la vraie subversion, c’est d’être heureux, malgré les despotes. »

    Nous avons tous été secoués par le drame récent vécu par les Haïtiens. Au-delà des dons faits à Médecins sans Frontières ou Handicap International, que peut-on faire pour les aider à reconstruire leur pays en mieux, y compris sur le plan culturel, essentiel ? « Nous devons d’abord redevenir curieux, estime Yvon Toussaint. Tenter d’en savoir plus sur la littérature de ce pays, sa peinture. Ici, nous avons l’habitude que tout nous soit fourni à domicile, sans efforts. Je ne pensais pas retourner un jour en Haïti. Mais après cette catastrophe, je voudrais vraiment le faire. »

    « Pour aider Haïti, il ne faut pas agir de façon névrotique. Il faut prendre le temps, estime Dany Laferrière. Il est bon de partir de ce qui nous passionne. Quand nous voulons partager ce que nous aimons, nous pouvons être très efficaces, comme lorsque nous voulons absolument que nos proches lisent un livre que nous avons aimé ! »

    Dany Laferrière s’est donc associé au CEC (Coopération éducation culture) qui a lancé un appel de fonds en faveur du livre à Haïti pour rééquiper les bibliothèques scolaires et universitaires.

    « Mais il ne faut pas pleurer pour les Haïtiens, conclut-il. S’ils vous voient tristes, ils le seront aussi. Même après ce cataclysme, quand il y a des rencontres de Haïtiens de la diaspora, il y a toujours des moments joyeux. Le bureau des contributions aussi s’est effondré : pour ceux qui n’avaient pas payé leurs impôts, c’est comme pour le gamin qui n’avait pas fait ses devoirs et apprend qu’il n’y a pas classe. Puisque tout est cassé, personne n’a plus rien, on est tous au même niveau. Et quand on ne sait pas où on va, tous les chemins sont bons… »

    Pratiquement deux mois après, la survie des Haïtiens demeure très difficile, l’aide internationale, massive, n’est pas encore bien organisée. « Le rapport au temps n’est pas le même ici et là-bas, reprend Dany Laferrière. Ici, on est devant sa télévision, et on voudrait que, chaque fois qu’on revient après avoir quitté la pièce, quelque chose se soit passé, que cela ait changé. A Haïti, tout est très lourd : Port-au-Prince est une ville de plus de deux millions d’habitants qui n’est pas simple à manoeuvrer. Quand j’appelle ma mère là-bas, elle me dit que ça ne va pas du tout. Quand j’ai mon neveu, il me dit que ça peut aller, qu’ils ont à manger. Ma mère est contestataire, mon neveu est optimiste. »

    • 4 mars 2010. Rencontre «Les débats du Soir» avec Dany Laferrière.
    • 5 mars 2010. Réunion de rédaction du journal Le Soir avec Yvon Toussaint et Dany Laferrière.
    • 6 mars 2010. Rencontre. Entretien avec Dany Laferrière. Forum Le Soir.
    • 7 mars 2010. Rencontre au Petit Théâtre des Balcons
  • 7 mars 2010. Écho. Gilles Perrault a lu des textes de Dany Laferrière « grand écrivain haïtien ».

    La solidarité pour Haïti ne faiblit pas
    par Ouest France

    Trois cents personnes ont participé aux Quatre heures pour Haïti, dimanche après-midi, salle de Hérel. Une participation de 7 à l’entrée, une buvette et des gâteaux vendus, toutes les recettes seront reversées aux sinistrés de ce pays. Satisfaction des organisateurs, notamment Thierry Fagart : « La salle est pleine, ça nous fait plaisir. Malgré le drame de la Vendée, le public n’a pas oublié Haïti. »

    Gilles Perrault a lu des textes de Dany Laferrière « grand écrivain haïtien ». Jacques Gamblin, présent également, a lu un texte du Nouvel Observateur, « Les cauchemars des hommes en blanc ». Avec talent, l’acteur a fait partager son émotion face au texte très réaliste du journaliste Jean-Paul Marie. Les témoignages d’un chirurgien et d’un sauveteur, tous deux confrontés à des situations dramatiques.

  • 10 mars 2010. Média. L’énigme du retour par David Dorais, dans la revue L’Inconvénient

  • 11 mars 2010. Média. «L’énigme du retour» par Christophe Wargny, Le Monde diplomatique

  • 11 mars 2010. Nomination & rencontre (virtuel). Conférence de presse du Salon du livre de Québec sous la présidence d’honneur de Dany Laferrière.

    Le Salon international du livre de Québec
    par Véronique Demers, Québec Hebdo

    Le Salon international du livre de Québec (SILQ) est plus que jamais tourné vers le monde. Avec son volet international dont l’accent est mis cette année sur le Mexique et Haïti, l’événement se tenant du 7 au 11 avril au Centre des congrès de Québec accueille plus de 900 auteurs et 880 maisons d’édition du Québec et de l’étranger.Dany Laferrière, récipiendaire du prix Médicis pour son roman l’Énigme du retour, a de nouveau accepté d’être président d’honneur. Il y présentera son tout dernier livre Notes à l’usage d’un jeune écrivain le 7 avril à 19h, dans le cadre des Discussions et lectures avec des écrivains haïtiens.

    «C’est un livre modeste qui s’adresse plus à ceux qui veulent mieux écrire que ceux qui veulent être écrivains», a-t-il commenté des studios de Radio-Canada à Paris, lors de la conférence de presse cet avant-midi.

    Ayant pour thème Lire le monde, le SILQ célèbre dans son volet international le Mexique pour souligner le centenaire de sa révolution. Des entrevues, des tables rondes, des séances de dédicaces et des spectacles littéraires dans le cadre de Québec, La muse, permettront au public d’apprécier la richesse de la littérature mexicaine. Une délégation d’une trentaine d’auteurs, éditeurs et de journalistes représentent le pays à l’honneur.

    Le SILQ accorde aussi une place importante à Haïti. Evelyne Trouillot, Georges Castera et Gary Victor seront notamment invités.Lewis Tronheim en classe de maîtreAssocié pour la 6e année au SILQ, le Festival de la bande dessinée francophone de Québec (FBDFQ) offre une riche programmation, à laquelle se greffent 60 auteurs québécois et étrangers, dont Michel Rabagliati, Guy Delisle et François Bourgeon et pour la première fois l’argentin Lucas Varela.Lewis Trondheim offrira une classe de maître le 10 avril à la bibliothèque Gabrielle-Roy. «Cette rencontre rendue possible grâce à Première Ovation est pour les auteurs émergents, les étudiants et les auteurs confirmés», précise Thomas-Louis Côté, directeur général du FBDFQ.

    🌸

    Dany Laferrière, président d’honneur du Salon du livre de Québec pour la deuxième fois
    Le Devoir

    Plus de 900 auteurs sont attendus. En plus d’Haïti, le Mexique sera à l’honneur.

    En octobre dernier, Dany Laferrière a accepté pour la deuxième fois d’être le président d’honneur du Salon international du livre de Québec, événement qu’il avait déjà parrainé en 2004. C’était trois mois avant le séisme qui a changé bien des choses, mais pas cet engagement.

    🌸

    Dany Laferrière à la présidence du Salon du livre
    Pierre O. Nadeau, Agence QMI

    La piqûre de la lecture et de l’écriture gagnera Québec, du 7 au 11 avril, avec le retour du Salon international du livre, qui accueillera plus de 900 auteurs, sous la présidence d’honneur de Dany Laferrière.

    « Depuis un certain moment, il m’arrive de me lever la nuit en sueur, sentant les murs trembler légèrement autour de moi. Et la seule chose pour me rassurer, ce sont les livres sur la petite table de chevet… », raconte l’Haïtien d’origine, qui en sera à sa deuxième expérience comme président d’honneur du Salon du livre de Québec, après celle de 2004.

  • 12 mars 2010. Média «Chaque Haïtien est un artiste potentiel» La Nouvelle République du Centre-Ouest

    Devant la soudaineté et la violence du drame subi par Haïti, il fallait réagir et se mobiliser rapidement. Le maire d’Echiré M. Devautour, a pu vérifier que les bonnes volontés sont présentes dans sa commune. L’association Amitié Echiré-Haïti est née de cette volonté d’apporter une pierre à l’édifice de reconstruction de ce pays dévasté. Elle organisait le 12 mars une journée de mobilisation avec, en point d’orgue, deux projections du film « Vers le sud », réalisé par le « palmé » Laurent Cantet, dont les parents résident à Echiré.

    « Nous ne souhaitons pas apporter une aide ponctuelle, mais nous impliquer sur le long terme », précise Bernard Millet, le président de l’association. « La demande se situe à tous les niveaux, y compris dans les zones non touchées par le séisme, mais qui doivent faire face à l’afflux de personnes déplacées. »Un témoignage largement relayé par Jean-François Favrioux, médecin urgentiste niortais tout juste revenu d’Haïti. « Nous avons vu arriver des blessés sans soins depuis plusieurs jours, des enfants souffrant déjà de malnutrition à la base. Il est extraordinaire de voir la solidarité et la patience qui animent les Haïtiens face au drame vécu. »

    Janine Bardonnet, présidente de l’association Solidarité Laïque, est également venue expliquer les besoins de la population locale. Sur place depuis une quinzaine d’années, l’association a développé de nombreux projets liés à l’éducation, le logement ou encore la formation professionnelle. « Ce pays est confronté à de nombreuses catastrophes naturelles,précise-t-elle. La réaction du peuple haïtien face à ces événements est incroyable. Ils font preuve d’une solidarité, d’un courage et d’une dignité incroyables. »

    Enfin, le réalisateur Laurent Cantet est venu dire tout l’amour qu’il porte à ce pays. « La richesse culturelle du pays est incroyable. Malgré un faible niveau d’alphabétisation, chaque Haïtien est un artiste potentiel. Ils possèdent à la fois une fougue, une énergie et une conscience politique aiguë. » Cet amour d’Haïti transpire tout au long du fil « Vers Le Sud » adapté de l’oeuvre de Dany Laferrière, écrivain et poète haïtien. Au final, 450 personnes ont assisté aux deux projections. Les plus jeunes ont également été sensibilisés puisque trois classes de l’école primaire ont pu visionner dans la journée un documentaire retraçant une journée d’école en Haïti.

  • 17 mars 2010. Média. «Soufflez des mots sur les cinq bougies de la Grande Bibliothèque»

    Dès le 18 mars, le grand public pourra souffler des mots sur les cinq bougies de la Grande Bibliothèque en participant au forum Internet « Grâce à la Grande Bibliothèque… ». La population québécoise pourra ainsi joindre sa voix à celle de Dany Laferrière qui, le 17 décembre dernier, affirmait notamment : « Grâce à la Grande Bibliothèque, je sais qu’il y a un endroit au coeur de cette ville où des solitaires se retrouvent pour former une communauté. » Ces mots, prononcés devant le public réuni à la Grande Bibliothèque à l’occasion du passage du trois millionième visiteur de l’année 2009, se trouvent sur la page Web du forum. On peut facilement y accéder au moyen d’un bouton situé en page d’accueil du portail de BAnQ.

Nouvelle parution Tout bouge autour de moi

Mémoire d’encrier · En librairie le 31 mars 2010

Découvrir le roman
  • 17 mars 2010. Média. Tout bouge autour de moi, par Chantal Guy dans La Presse

  • 18 mars 2010. Citation. «Ne nous fions pas trop à cet objet couvert de signes que nous tenons en main. » dans Le Soir

  • 21 mars 2010. Rencontre. 40 ans de la Francophonie

    Montréal – Ils seront nombreux « Les enfants de la Francophonie », à célébrer le 40e anniversaire de l’Organisation internationale de la Francophonie, demain, 21 h, à TV5. Sous le signe de La diversité au service de la paix, on arrime l’indéfectible solidarité au peuple haïtien tragiquement éprouvé.

    De l’Hôtel de ville à Paris, des personnalités du monde artistique, littéraire et politique, viennent rendre compte, dans la diversité des accents, de leur attachement au monde francophone et à la langue française.

    L’écrivain Dany Laferrière, originaire d’Haïti, et Fred Pellerin, citoyen de Saint-Élie-de-Caxton, chacun s’exprimant dans un français à la fois savoureux et coloré, représentent le Québec. Pour le Canada, c’est l’écrivaine Nancy Huston, vivant à Paris, qui participe également à la fête. Parmi les autres invités, nous retrouverons Victoria Abril, Stephan Eicher, Boucar Diouf et plusieurs autres artistes de différents coins du globe.

    Au cours de l’émission de deux heures, on présente plusieurs reportages dont un intitulé La langue française est-elle réellement en régression? et un autre qui demande Pourquoi la langue française fascine-t-elle?. Une occasion de profonde réflexion sur cette langue que « là-bas, dans ce pays de neige, (elle) a fait face aux vents qui soufflent de partout » (La Langue de chez nous – Yves Duteil).

  • 24 mars 2010. Distinction. Médaille d’honneur de l’Assemblée nationale à Dany Laferrière.

    Les représentants des médias sont invités à une cérémonie au cours de laquelle le président, M. Yvon Vallières, remettra la Médaille d’honneur de l’Assemblée nationale à l’écrivain Dany Laferrière, lauréat du prix Médicis 2009.

    Radio-Canada Nouvelles
    jeudi 25 mars 2010

    Étaient aussi présents, le premier ministre Jean CharestPauline Marois, chef du Parti québécoisGérard Deltell, chef de l’Action démocratique du Québec

    C’est à M. Vallières qu’est revenue la responsabilité d’accueillir « avec beaucoup de plaisir » l’auteur. Le président de l’Assemblée a souligné « la prolifique carrière de l’écrivain qui marque depuis plusieurs années le paysage littéraire du Québec ».

    Dans un premier temps, il a rappelé que Dany Laferrière avait remporté le prix Médicis pour L’Énigme du retour. Dans un second, il a évoqué l’univers et l’atmosphère des livres de l’écrivain d’origine haïtienne.

    Vos livres sont émaillés de couleurs, de saveurs, de parfums, de sensations. Les mangues tombent des arbres. Des chiens jaunes errent sur des routes cahoteuses.

    Après M. Deltell, la chef du Parti québécois, Pauline Marois, a pris la parole et souligné que le député « Maka Kotto avait travaillé très fort pour que la médaille lui soit remise ».

    Dernier à prendre la parole, Jean Charest a qualifié L’Énigme du retour de « joyau littéraire aussi original que grave qui a permis de remporter il y a quelques mois le prestigieux prix Médicis 2009 qui vient couronner votre carrière ».

    Le premier ministre n’a pas suivi Mme Marois sur le chemin de l’erreur. La chef du Parti québécois avait déclaré que Dany Laferrière était le premier Québécois à recevoir le prix Médicis. Jean Charest a rappelé qu’en 1966, Marie-Claire Blais avait été choisie pour Une saison dans la vie d’Emmanuel.

    Soyez assuré de notre très grande fierté à l’égard de cette reconnaissance qui vient enrichir les lettres québécoises.

    Comme M. Vallières, Jean Charest a rappelé que L’Énigme du retour avait aussi valu le Grand Prix du livre de Montréal et le titre de Personnalité de l’année à son auteur.

    Vous avez écrit un roman magistral qu’on placera aux côtés du Cahier d’un retour au pays natal de Césaire. Et on ne peut jamais assez récompenser nos écrivains.

    Après quoi, M. Vallières a remis la médaille à l’écrivain. Ce dernier a pris la parole et essentiellement parlé de l’émotion que cette cérémonie avait provoquée chez lui.

    Je ne m’attendais pas un événement d’une si grande ampleur. Je ne m’attendais pas à cette véritable émotion. À un certain moment, j’ai même eu l’impression d’assister à mes propres funérailles.

    L’écrivain a dit qu’il avait senti brusquement qu’après avoir vécu au Québec depuis 34 ans, il était à la maison. Évoquant la tragédie qui s’est abattue sur Haïti, il a dit qu’il espérait un jour aller dans son « autre maison ».

    Dany Laferrière n’a pas voulu parler très longtemps d’Haïti, mais plutôt entretenir les invités de littérature. Il a quand même fini par reparler de son pays d’origine en disant que c’est de ce pays qu’il vient, comme il vient aussi du Québec qui a bâti un pays sur la glace. « Voilà de quel bois je suis », a conclu l’écrivain, sous les applaudissements de l’assistance.

    Dany Laferrière honoré à l’Assemblée nationale
    Radio-Canada Nouvelles
    25 mars 2010

    CÉLINE GALIPEAU (ANIMATRICE) : Une autre décoration pour Dany Laferrière : l’auteur de L’Énigme du retour a reçu la médaille d’honneur de l’Assemblée nationale. Dans sa joie, la chef de l’opposition Pauline Marois, lui a décerné une première place.

    PAULINE MAROIS (CHEF, PARTI QUÉBÉCOIS) : Cette année, vous êtes devenu le premier Québécois à remporter le prix Médicis.

    REPORTER NON IDENTIFIÉ : Une erreur corrigée par Jean Charest.

    JEAN CHAREST (PREMIER MINISTRE DU QUÉBEC): Vous êtes le second.

    REPORTER NON IDENTIFIÉ : Marie-Claire Blais l’a reçu en 1966. Dany Laferrière est le premier homme a remporté un grand prix littéraire.

  • 24 mars 2010. Nomination. «Dany Laferrière, invité d’honneur des Correspondances» dans La Presse

    Le célèbre écrivain Dany Laferrière sera l’une des têtes d’affiche de la huitième édition des Correspondances d’Eastman qui se dérouleront du 5 au 8 août 2010. Invité d’honneur, M. Laferrière participera à plus d’une activité lors de l’événement littéraire qui se déroulera sous le thème des «Rencontres inespérées».

    La littérature haïtienne sera d’ailleurs à l’honneur lors de la Caravane de l’espoir.

    En fait, toute la programmation des Correspondances 2010 est axée autour des rencontres «inespérées» ou «inattendues», annonce-t-on par communiqué.

    Pendant quatre jours et trois nuits, une trentaine d’écrivains et de passeurs de mots y participeront. Les cafés littéraires et rencontres d’écrivains verront défiler notamment les Edem Awumey, Jean Barbe, Jean-François Beauchemin, Myriam Beaudoin, Marie-Christine Bernard, Simon Boulerice et, Joel Des Rosiers.

    Le jeudi 5 août, l’animatrice Danièle Bombardier accueillera Clémence DesRochers, lors d’une rencontre amicale autour des cinquante ans de carrière et d’écriture de celle qui a inspiré Yvon Deschamps, Michel Tremblay et Luc Plamondon, mentionne-t-on.

    🌸

    Des rencontres inespérées aux Correspondances d’Eastman
    Chantal Guy, La Presse
    26 mars 2010

    Les rencontres les plus marquantes de nos vies mènent presque toujours à une lettre, car on prend souvent la plume pour dire les choses les plus importantes, les plus intimes, à ceux qui comptent le plus pour nous.

    Les rencontres les plus marquantes de nos vies mènent presque toujours à une lettre, car on prend souvent la plume pour dire les choses les plus importantes, les plus intimes, à ceux qui comptent le plus pour nous.C’est donc sur le thème des «rencontres inespérées» que se dérouleront les 8e Correspondances d’Eastman, qui alignent cette année une impressionnante liste d’invités: Edem Awumey, Jean Barbe, Jean-François Beauchemin, Myriam Beaudoin, Marie-Christine Bernard, Simon Boulerice, Joël Des Rosiers, Max Ferandon, Dominique Fortier, Louis Hamelin, Marie-Sissi Labrèche, Dany Laferrière, Michelle Plomer, Louise Porter, Monique LaRue, Yvon Rivard, Hélène Rioux, Francine Ruel, Roméo Saganash, Marc Séguin et Kim Thuy – d’autres noms sont à confirmer.

    Une soirée spéciale sera consacrée aux 50 ans de carrière de Clémence DesRochers, tandis qu’une autre sera dédiée à Dany Laferrière: Pascale Montpetit lira un collage de ses textes.

    La littérature haïtienne sera aussi mise en valeur avec la Caravane de l’espoir, du poète Franz Benjamin et de l’éditeur et écrivain Rodney St-Éloi.

    Enfin, tout à fait dans l’esprit des Correspondances, on rendra hommage au feuilleton épistolaire de Marie Laberge (Lettres à Martha), qui est suivi par 42 000 lecteurs et lectrices.

    Les Correspondances d’Eastman, dont la porte-parole est toujours Danièle Bombardier, auront lieu du 5 au 8 août. Il faut réserver sa place tôt, car on attend bon an mal an environ 3000 personnes pendant le week-end.

  • 24 juin 2010. Fête nationale. Hommage au «génie créatif québécois», de Robert Lepage à Dany Laferrière en passant par Xavier Dolan.

  • 26 au 31 mars 2010. Rencontre. Salon du livre de Paris

    90 auteurs au Salon du livre de Paris

    Pour fêter les 30 ans du Salon du livre de Paris, qui se tiendra du 26 au 31 mars Porte de Versailles, 90 auteurs ont été invités. Aucun pays n’est à l’honneur cette année. Mais 30 écrivains français, 30 étrangers, ainsi que 30 auteurs portés par la politique du Centre national du livre en faveur de la création littéraire seront présents. Parmi eux Paul Auster, Dany Laferrière, Olivier Adam, Annie Ernaux..

    🌸

    Le Salon du livre de Paris s’ouvre au public sur fond de crise
    par Caroline Montpetit
    Le Devoir

    Paris – Très vaste, très fréquenté, très grand public et peu rentable pour les éditeurs. C’est en gros le problème auquel fait face le Salon du livre de Paris, qui ouvrait officiellement ses portes au public hier au parc des expositions de la porte Versailles.

    Malgré les quelque 1000 éditeurs qui ont choisi de s’y représenter cette année, et les quelque 300 auteurs présents, le Salon du livre de Paris traverse une crise. L’éditeur Hachette, propriétaire notamment de Grasset, a en effet réduit cette année sa présence ici à sa plus simple expression. Le stand est passé de 900 mètres carrés à 100 mètres carrés. On n’y trouve ni livres, ni auteurs, seulement quelques personnes pour répondre aux questions des passants. Cela veut dire concrètement qu’un auteur comme Dany Laferrière, publié chez Grasset en France, n’a ses livres en montre ici que parce qu’il est invité d’honneur du Salon. Les auteurs publiés chez Grasset qui ne sont pas invités d’honneur sont absents, à moins qu’ils soient publiés ailleurs.

    De leur côté, les éditions Bayard se sont carrément retirées du Salon cette année. Elles évoquent pour justifier leur décision la tenue simultanée du Salon du livre jeunesse de Bologne, où Bayard doit assurer une présence assidue, ainsi que le Salon des seniors, organisé par la revue Notre Temps, une publication de Bayard. Cela confirme l’intérêt de Bayard pour des salons plus spécialisés, où l’on fait notamment de la vente de droits, comme au Salon du livre de Bologne, explique Chantal Théolas, des éditions Bayard. Le Salon du livre de Paris est essentiellement destiné au grand public, où il se fait peu de vente de droits. Enfin, de plus petits éditeurs comme le Cherche Midi ou L’Archipel sont absents du Salon depuis déjà plusieurs années.

    «C’est leur choix», dit Christine de Mazières, déléguée générale du Syndicat national de l’édition, qui représente l’ensemble des éditeurs et qui est aussi propriétaire du Salon. Défendant le Salon dans sa forme actuelle, Mme de Mazières ajoute que celui-ci a vu sa fréquentation bondir de 20 % l’an dernier. Il a également établi un petit centre de droits et une journée destinée aux professionnels pour répondre aux besoins des éditeurs. On y cause aussi abondamment numérique et autres technologies de l’avenir.

    Il faut dire, et c’est le cas du Salon du livre de Montréal d’ailleurs, que le Salon du livre de Paris n’est pas rentable au sens strict pour les éditeurs. Il leur offre essentiellement une bonne visibilité, puisque tous les médias de Paris consacrent à cette époque beaucoup d’espace dans leurs pages au livre. Mais le coût de l’espace au Salon du livre de Paris a grimpé cette année, pour atteindre 200 euros le mètre carré pour un espace nu, sans meubles ni animation.

    «C’est moins cher que la Foire du livre de Francfort», argue Mme de Mazières. Les éditeurs plus littéraires d’Hachette, ou des éditeurs comme Plon, par exemple, souhaiteraient aussi un Salon du livre de Paris plus concentré sur la littérature comme telle. Ce salon, plus petit, pourrait se tenir au Grand Palais, qui accueillait d’ailleurs le Salon du livre de Paris de 1981 à 1992. Mais le Grand Palais, édifice patrimonial, ne peut accueillir que cinq fois moins de personnes à la fois, en plus de poser divers problèmes de sécurité, explique Mme de Mazières.

    Le Syndicat national de l’édition a d’ailleurs présenté une proposition pour tenir à l’avenir deux salons simultanément, l’un à la porte de Versailles et un autre, plus littéraire, une sorte de festival littéraire en fait, au Grand Palais. Mais pour l’an prochain, Mme de Mazières est catégorique, c’est déjà décidé, le Salon du livre de Paris se tiendra de nouveau entièrement porte de Versailles, n’en déplaise aux éditeurs récalcitrants.

    • 28 mars 2010. Rencontre. Table ronde « Haïti : c’est la culture qui nous sauvera », avec Kettly Mars, Lyonel Trouillot, Dany Laferrière et Louis-Philippe Dalembert, sur le stand France Télévisions.
    • 30 mars 2010. Rencontre Tête à tête avec Eric-Emmanuel Schmitt et Dany Laferrière.
  • 26 mars 2010. Chronique « C’est la question qui importe » dans Le Monde

  • 27 mars 2010. Distinction. L’énigme du retour remporte le combat des livres.

    L’énigme du retour gagne le Combat des livres
    par Chantal Guy

    page arts spectacles5
    Considéré comme le grand favori dès le départ, et attaqué précisément pour ça, c’est finalement L’énigme du retour de Dany Laferrière, défendu par Françoise David, qui l’a emporté contre Le survenant, farouchement défendu par Christian Dufour, qui se considérait en finale comme David affrontant Goliath. C’était d’ailleurs les deux romans qui avaient le plus monopolisé les discussions pendant tout le Combat des livres, diffusé à la radio de Radio-Canada, chez Christiane Charette, pendant cinq jours. Les autres romans en compétition étaient L’homme invisible – The Invisible Man de Patrice Desbiens (défendu par Thomas Hellman), Cantique des plaines de Nancy Huston (défendu par Christopher Hall), et Comment devenir un ange de Jean Barbe (défendu par Marie-Soleil Michon). L’argument identitaire a dominé le débat toute la semaine, de même que l’affrontement entre « classique d’hier et classique d’aujourd’hui. » C’est peut-être Thomas Hellman qui a le mieux souligné de quoi il était question dans L’énigme du retour, en affirmant que la question identitaire est devenue aujourd’hui une question existentielle, plus que collective.

  • 29 mars 2010. Rencontre à la délégation du Québec à Paris.

    «Comment tomber en amour avec la littérature québécoise sans se fatiguer», avec Kim Thuy et Dany Laferrière, animé par Catherine Pont-Humbert,

  • 1 avril 2010. Écho. L’énigme du retour au Club de lecture à la bibliothèque de Ploneis.

  • 2 avril 2010. Réédition au Québec. Le charme des après-midi sans fin et Le cri des oiseaux fous en Boréal compact.

    Métro au 7e ciel : cette semaine, on craque pour…
    Le Métro

    Après avoir terminé de lire L’énigme du retour, on avait envie de se prélasser encore un peu dans l’univers à la fois paradisiaque et infernal de Dany Laferrière… Et ça tombe bien, car Boréal a réédité deux des livres du prolifique écrivain haïtien, Le charme des après-midi sans fin et Le cri des oiseaux fous. Deux romans où l’on découvrira ou redécouvrira des thèmes chers à Laferrière – les amours d’adolescence, l’exil, et bien sûr, la vie en Haïti, le tout écrit d’une main de maître et avec un style inimitable.

  • 3 avril 2010. Média. Tout bouge autour de moi dans Le Devoir

  • 4 avril 2010. Média. «Tout le monde en parle spécial Paris» par Richard Therrien, La Presse

    Pour le dimanche de Pâques, à 20h, Guy A. Lepage et Dany Turcotte ont enregistré leur émission à Paris.

    Ce Tout le monde en parle a été tourné la semaine dernière dans le studio de l’émission On n’est pas couché, animée par Laurent Ruquier. Celui-ci sera d’ailleurs l’un des invités dimanche.

    Aussi sur le plateau: Gilbert Rozon, Gregory Charles, Christophe Nick, réalisateur du documentaire Le jeu de la mort, Maxence Bilodeau, Christian Rioux, Thierry Ardisson, Frédéric Beigbeder, Dany Laferrière, Alain Chabat, l’artiste multidisciplinaire Orlan et Lucie Laurier.

    Radio-Canada a confirmé la semaine dernière que Tout le monde en parle serait de retour cet automne.

  • 7 au 11 avril 2010. Rencontre. Salon du livre de Québec sous la présidence d’honneur de Dany Laferrière.

    • «Le Mexique à l’honneur». Alvaro Uribe en dialogue avec Dany Laferrière.
  • 8 avril 2010. Média. «Haïti et haïku» avec Marie-France Bornais, Journal de Québec

    Il y a des livres qui se croquent et s’avalent en une bouchée. D’autres qu’on dévore avec avidité. Et puis il y a ceux qui se savourent lentement, pour que le goût reste.L’Énigme du retour,best-seller de Dany Laferrière, est de ceux-là.

    Lauréat du prix Médicis. Lauréat du Grand Prix du livre de Montréal. En lice pour le Prix des libraires du Québec 2010. Nommé meilleur roman français de l’année par la revueLire.

    Tout le monde fait l’éloge de Dany Laferrière. Tout le monde s’est inquiété pour lui, le 12 janvier, puisqu’il se trouvait dans son pays natal lors du séisme.

    Pourtant, son premier roman,Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer,a été publié en 1985. Plusieurs autres ont suivi.

    «Les gens me voyaient comme une curiosité. Maintenant, les gens sont au courant de ma trajectoire. Ils ont l’impression que les promesses sont tenues» ditil en entrevue au Salon inter national du livre de Québec, où il est président d’honneur.

    Face aux honneurs, l’écrivain montréalais né à Port-au-Prince reste humble et placide. «C’est bien de ne pas se faire couvrir de fleurs trop tôt. Ça distrait…», dit-il sans broncher.

    «Il y a une charge émotionnelle plus forte qu’avant, comme si les gens avaient compris que pendant les 25 dernières années, j’écrivais. Comme s’ils chantaientC’est à ton tour de te laisser parler d’amouren disant : on a compris et on te le redonne.»

    L’Énigme du retour,paru chez Boréal en septembre, raconte la quête d’un homme qui retourne dans son pays d’origine 33 ans après l’avoir quitté.

    L’écriture est dramatique, d’une grande poésie, et mêle la narration avec le haïku, un bref poème japonais.

    Ce genre littéraire impose une lecture lente, voire même une relecture. «J’aimerais bien écrire un livre qu’on ne peut pas dévorer, qu’il faut lire avec toute notre attention, qu’on ne mange pas comme un spaghetti. Un livre où il faut la participation du lecteur sans vocabulaire

    difficile ni pensées ambigües. Un livre qui retient l’attention du lecteur à un autre niveau que celui de la consommation.»

    Racontant des faits «autobiographiques à 90 %», son roman a été créé en grande partie sur les lieux, puisque Dany Laferrière notait scrupuleusement ses impressions sous forme de haïku dans ses carnets. Les parties narratives ont été faites par la suite.

    «Je voulais voir si la réalité pouvait devenir une oeuvre d’art. Je n’avais aucune ambition sauf celle de dire ce que je vois et de prier pour que la forme soit juste et adaptée.»

  • 9 avril 2010. Témoin. Cérémonie Québec-France / France-Québec

    Une rencontre mémorable
    Québec Hebdo

    Une rencontre mémorableC’est à l’occasion de la remise du Prix Québec-France Marie-Claire Blais au Salon international du livre de Québec, que se sont retrouvés réunis pour la première fois depuis l’obtention de son Prix Médicis, Dany Laferrière et Marie-Claire Blais. Quarante-trois ans après Marie-Claire Blais qui avait obtenu le Prix Médicis en 1966 pour Une saison, dans la vie d’Emmanuel, Dany Laferrière, président d’honneur du Salon, est devenu le second écrivain québécois à recevoir cet honneur avec L’Énigme du retour, le 5 novembre 2009. Ils ont été chaudement applaudis par la foule présente à la remise de ce prestigieux prix qui a été décerné à Marc Lepape pour Vasilca publié aux éditions Galaade.

  • 12 avril 2010. Média. «Un village français», Francis Reddy et Boucar Diouf reçoivent Dany Laferrière et Kim Thuy sur TV5 / Radio-Canada

Anniversaire Dany Laferrière

57 ans · 13 avril 2010

  • 13 avril 2010. Parution de L’énigme du retour en audiolib, lu par Dany Laferrière.

    «J’ai été très émue lorsque Dany Laferrière a enregistré L’Enigme du retour, son dernier roman et prix Medicis. Il revenait d’Haïti, c’était très fort», se souvient Valérie Lévy-Soussan.

  • 15 avril 2010. Distinction. Dany Laferrière désigné Personnalité internationale de l’année par le Cérium et Une heure sur terre de Radio-Canada.

    L’auteur Dany Laferrière a reçu le Prix de la Personnalité internationale de l’année, attribué conjointement par le Centre d’études et de recherche internationale de l’UdeM (Cérium) et l’émission UNE HEURE SUR TERRE, de la Télévision de Radio-Canada.

    M. Paul Gérin-Lajoie a pour sa part été honoré du Prix du Cérium pour la Contribution internationale en carrière. Le prix lui a été remis par le ministre des Relations internationales du Québec, M. Pierre Arcand, lors d’un gala organisé en soirée, jeudi le 15 avril.

    Ont également été honorés, le politologue Martial Foucault, désigné Chercheur international de l’année par le Cérium, avec une mention pour sa collègue anthropologue Mariella Pandolfi. Le Prix de la Thèse internationale de l’année fut remis à Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, dont les travaux sont à la jonction de la philosophie et du droit.

    Dany Laferrière

    Le Prix de la personnalité internationale de l’année est remis « à un Québécois dont l’activité internationale a connu un bond qualitatif dans une période récente et qui fait une contribution remarquable, dans son domaine, pour le rayonnement du Québec dans le monde ou pour une meilleure compréhension du monde par les Québécois » a expliqué le directeur exécutif du Cérium, Jean-François Lisée.

    Le choix de Dany Laferrière, a ajouté Jean-François Lépine, animateur d’UNE HEURE SUR TERRE, s’est imposé au jury : « Après un roman renversant qui lui a valu une reconnaissance exceptionnelle culminant par l’obtention du prix Médicis, Dany Laferrière, par ses interventions au moment du tremblement de terre en Haïti, a su trouver les mots pour incarner la dignité du peuple haïtien dans l’épreuve. Il a appelé à la nécessaire solidarité québécoise, en la dépouillant de tout paternalisme ou fatalisme. »

    L’auteur, actuellement à Port-au-Prince, a réagi par vidéo en ces termes : « Je ne peux que remercier ces deux peuples, québécois et haïtien, en apparence si dissemblables, – le feu et la glace, – mais si complémentaires, qui ont fait de moi ce que je suis, un pont entre deux cultures. »

    Paul Gérin-Lajoie

    Le Prix du Cérium de la Contribution Internationale en carrière « honore une personnalité québécoise dont l’action, tout au long de sa vie, a marqué de façon exceptionnelle l’internationalisation du Québec », a expliqué Karim Benyakhlef, directeur scientifique du Cérium.

    Le ministre Arcand a rendu hommage au lauréat : « M. Paul Gérin-Lajoie, l’avocat, l’homme politique et le philanthrope, par un dévouement sans mesure et une implication significative dans les domaines de l’éducation et des relations internationales, aura permis d’améliorer le sort de milliers d’étudiants et de citoyens, tant au Québec que dans le reste du monde. »

    🌸

    Hommage à Dany Laferrière et Paul Gérin-Lajoie
    Le Téléjournal / Le Point
    15 avril 2010

    Jean-François Lisée: Dany Laferrière, personnalité internationale de l’année…

    Céline Galipeau: L’écrivain Dany Laferrière et l’homme politique Paul Gérin-Lajoie sont récompensés pour avoir fait rayonner le Québec à l’étranger. L’Université de Montréal et l’émission Une heure sur terre couronnent Dany Laferrière personnalité internationale de l’année. Et à 90 ans, Paul Gérin-Lajoie reçoit le Prix de la Contribution internationale en carrière.

    🌸

    Dany Laferrière personnalité internationale de l’année
    par Daphné Cameron, La Presse

    «Après un roman renversant qui lui a valu une reconnaissance exceptionnelle culminant par l’obtention du prix Médicis, Dany Laferrière, par ses interventions au moment du tremblement de terre en Haïti, a su trouver les mots pour incarner la dignité du peuple haïtien dans l’épreuve. Il a appelé à la nécessaire solidarité québécoise, en la dépouillant de tout paternalisme ou fatalisme», a déclaré le directeur exécutif du Cérium, Jean-François Lisée, au sujet du récipiendaire.

  • 17 avril 2010. Palmarès. L’énigme du retour sur le palmarès des ventes d’Archambault

  • 17 avril 2010. Citation. Par Adrien Goetz de l’Académie des beaux arts, dans Le Monde

    « Il faut aussi soigner l’âme, l’architecture intérieure »

    Historien d’art, maître de conférences à la Sorbonne, romancier et membre de l’ONG Patrimoine sans frontières, Adrien Goetz, 44 ans, revient sur le rôle primordial des monuments dans la constitution de l’identité d’un pays (propos recueillis par Josyane Savigneau). Ceux qui pensent que c’est secondaire se trompent. On travaille aujourd’hui à Haïti. Pour les Haïtiens, qui ont besoin de tout, la restitution du patrimoine est essentielle. Je parlais avec l’écrivain haïtien Dany Laferrière quelques jours après le séisme. Je lui demandais s’il n’était pas un peu prématuré de se préoccuper du patrimoine au moment où il y avait là-bas tant de victimes. Il a tout de suite répondu : « Au contraire, c’est capital, c’est notre culture. » Il faut aussi soigner l’âme, l’architecture intérieure. Quand on voit un peuple martyrisé, il faut l’aider à retrouver sa fierté, sa culture, ce qu’il aura envie de transmettre aux générations suivantes.

  • 20 avril 2010. Rencontre. Voyage en Haïti.

    SRC Télévision – Le Téléjournal / Le Point
    20 avril 2010
    Dany Laferrière en Haïti pour la première fois depuis le séisme

    CÉLINE GALIPEAU (ANIMATRICE) :

    • Retour aux sources : Dany Laferrière en Haïti pour la première fois depuis le séisme.

    DANY LAFERRIÈRE (ÉCRIVAIN) :

    Je trouve une ville, Port-au-Prince, extrêmement angoissée, et je crois qu’il est de mon devoir d’apporter un peu de calme. –

    On le sait, Dany Laferrière était en Haïti en janvier dernier au moment du tremblement de terre. Trois mois plus tard, et pour la première fois depuis, l’écrivain est de retour dans son pays natal. Il a livré ses impressions et parlé de son nouveau livre directement inspiré des événements à Danny Braun.

    DANY LAFERRIÈRE (ÉCRIVAIN) :

    Je suis revenu maintenant, trois mois plus tard, en Haïti et je trouve une ville, Port-au-Prince, extrêmement angoissée. La population vit dehors dans les camps et autres, ce qui fait des nuits assez difficiles, donc des journées où les nerfs sont à vif.

    DANNY BRAUN (ENVOYÉ SPÉCIAL, PORT-AU-PRINCE, HAÏTI) :

    Le plus Québécois des écrivains haïtiens, ou vice-versa, revient sur les traces de son dernier séjour dans sa terre natale. Une terre sens dessus dessous dont la vie de la population est transformée par les conséquences du séisme.

    INTERVENANT NON IDENTIFIÉ :

    Ça me fait plaisir!

    DANY LAFERRIÈRE (ÉCRIVAIN) :

    Moi aussi! Moi aussi!

    DANNY BRAUN (ENVOYÉ SPÉCIAL, PORT-AU-PRINCE, HAITI) :

    Avec sous le bras son dernier livre témoignage, Tout bouge autour de moi, écrit en urgence après le séisme, Dany Laferrière revient là où tout a commencé pour lui, à l’Hôtel Karibé, où il retrouve le propriétaire.

    DANY LAFERRIÈRE (ÉCRIVAIN) :

    Comment on était, on a tout arrangé. Ah! Oui! Vous êtes au centre du récit, là.

    INTERVENANT NON IDENTIFIÉ :

    Formidable!

    DANY LAFERRIÈRE (ÉCRIVAIN) :

    Ce qui m’a sauvé mentalement, c’est que 10 minutes après le tremblement de terre, la deuxième secousse, j’étais de nouveau écrivain. J’ai eu une idée d’écrivain. Alors l’idée d’écrivain, c’est que je me suis dit je vais voir si les fleurs ont résisté parce que c’est un jardin. La terre a tremblé, mais les fleurs ne sont pas au courant. C’est la même fleur que je dessine, que j’ai appelée « la fleur qui résiste ». Et c’est bizarre, je ne savais pas que c’était cette fleur que je dessinais, et c’est à mon avis le symbole même de ce qui s’est passé, de la résistance haïtienne aussi.

    DANNY BRAUN (ENVOYÉ SPÉCIAL, PORT-AU-PRINCE, HAoeTI) :

    Danny Braun, Radio-Canada, Port-au-Prince.

  • 21 au 25 avril 2010. Nomination. Invité d’honneur du Festival Métropolis Bleu «Lire le monde»

  • 21 avril 2010. Distinction. Dany Laferrière reçoit le grand prix littéraire Métropolis bleu pour l’ensemble de son oeuvre durant le Festival Métropolis bleu.

    Ouverture de Métropolis Bleu
    La Presse

    C’est aujourd’hui que commence le 12e Festival littéraire international Metropolis Bleu, avec la remise du Grand Prix littéraire de l’événement à Dany Laferrière, qui, décidément, croule sous les prix.

    🌸

    Le Festival des enfants Metropolis bleu dans Montréal-Nord
    Guide de Montréal-Nord

    🌸

    Dany Laferrière recevra un autre prix littéraire
    Le Métro

    🌸

    Dany Laferrière recevra le Grand Prix littéraire international Metropolis Bleu
    La Presse Canadienne

    🌸

    Autre honneur pour Dany Laferrière
    Le Soleil

    🌸

    Un autre prix pour Dany Laferrière
    Radio-Canada

    « Le Festival littéraire international de Montréal Metropolis bleu donne aux auteurs, éditeurs et lecteurs du monde entier la chance de découvrir divers modes d’expression littéraires », a déclaré le ministre du Patrimoine canadien, James Moore.

    « En plus de promouvoir la littérature, le Festival souligne l’excellence d’auteurs de renommée internationale en remettant des prix. Cette année, le Grand Prix littéraire international Metropolis bleu est remis à Dany Laferrière pour l’ensemble de son oeuvre. C’est avec plaisir que je félicite cet auteur canadien dont le talent et la créativité ont été notamment reconnus en 2009 par le prix Médicis », a ajouté M. Moore.

  • 22 avril 2010. Rencontre. Lecture de La fête des morts à la bibliothèque de la Maison culturelle de Montréal-Nord.

  • 3 mai 2010. Nomination. Rencontres Festival Balma (Hautes Garonnes) sous la présidence d’honneur de Dany Laferrière

    En français dans les textes, se déguste avec du vin…
    Par Valérie Marin La Meslée, Le Point

    Écriture francophone, choix ou héritage ? La question se pose presque chaque année à Balma (Haute-Garonne), mais cette fois, elle passe au premier plan : les écrivains sont nombreux à pouvoir y répondre, venus de plusieurs coins du monde pour ces onzièmes « Rencontres du livre et du vin » sous la présidence d’honneur, cette année, du romancier haïtien Dany Laferrière. Il participera le samedi après-midi à une table ronde sur le thème « la langue pour territoire » avec le tchadien Nimrod, dont le dernier recueil de récits est une merveille (L’Or des rivières, chez Actes Sud), la poétesse québécoise Denise Desautels et encore, venue de Beyrouth, la romancière Hyam Yared. Parmi les autres invités Anouar Benmalek , Hubert Haddad, Malek Chebel, Henri Gougaud, Pascal Dessaint… Les auteurs et éditeurs proches de la région toulousaine se retrouvent aussi à Balma, où la programmation prévoit encore remise de prix littéraires, cinéma (soirée Le Festin de Babette), exposition, ateliers, lectures… Il ne manque rien ? Si, la présence du vin annoncé, et les dégustations par les producteurs invités.

  • 4 mai 2010. Réunion. Dany Laferrière appuie le nouveau ParcoDon de la rue des étoiles, une initiative du journal L’Itinéraire

    Des personnalités de tous les milieux s’allient au projet ParcoDon 2010 « De la rue aux étoiles »

    Après avoir amassé plus de 23 000 $ depuis le lancement du projet « ParcoDon » en 2007, voilà que le Groupe L’Itinéraire, l’arrondissement Ville-Marie et la société Stationnement de Montréal s’unissent cette année à une myriade d’artistes, personnalités et institutions en tous genres pour relancer cette initiative, cette fois sous le thème « De la rue aux étoiles ».

    Ce nouveau concept des plus originaux a permis à 70 figures marquantes de notre société, issues de tous les milieux, d’ »esthétiser » à leur manière un parcomètre en l’ornementant des couleurs, images, dessins ou mots de leur choix. Véritables oeuvres d’art, ces nouveaux « ParcoDon » personnalisés ne manqueront pas d’attirer le regard et, conséquemment, d’inciter les passants à apporter leur contribution en faisant des dons, qui seront automatiquement remis à l’organisme L’Itinéraire. Celui-ci offre une multitude de services, notamment psychosociaux, aux personnes isolées et défavorisées de la rue.

    Une initiative de L’Itinéraire, de l’arrondissement Ville-Marie et de Stationnement de Montréal

    Rappelons que les « ParcoDon » sont d’anciens parcomètres recyclés en tirelires situés à des endroits stratégiques aux abords d’importantes artères du centre-ville de Montréal. Ils permettent aux citoyens de jouer un rôle significatif dans l’amélioration des conditions de vie des personnes démunies.

    « Si on réussit à favoriser une meilleure intégration des itinérants dans notre société, c’est grandement grâce à des organismes comme L’Itinéraire. Alors, je suis heureux de participer à cette initiative parce que c’est quelque chose de concret qui démontre qu’au-delà des beaux discours que l’on peut tenir, on est réellement solidaires de l’avenir de l’ensemble des citoyens de Montréal », a déclaré le maire de Montréal, M. Gérald Tremblay.

    Plusieurs artistes, personnalités et institutions diverses ont donc généreusement répondu à l’appel dont René Richard Cyr, Pierre Karl Péladeau, Janette Bertrand, Armand Vaillancourt, Dany Laferrière, le Musée des beaux-arts de Montréal, Florence K, Guylaine Tremblay, Mes Aïeux, Biz des Loco Locass ou encore l’Opéra de Montréal, apportant chacun une touche toute personnelle à « leur » parcomètre.

    « Le Groupe L’Itinéraire est extrêmement touché du formidable élan de solidarité et de générosité des partenaires, des artistes et des institutions envers la cause des sans-abri et de la campagne ParcoDon « De la rue aux étoiles ». Compte tenu de l’augmentation continuelle de la pauvreté et de la croissance du nombre d’itinérants à Montréal, évalué à 30 000 personnes, nous estimons vital de continuer à sensibiliser la population sur cet enjeu majeur de société », a mentionné M. Serge Lareault, directeur général du Groupe L’Itinéraire.

    Roger Plamondon, président sortant du conseil d’administration de Stationnement de Montréal, déclare pour sa part être « fier d’avoir participé au ParcoDon depuis ses débuts en 2007, et de poursuivre aujourd’hui le projet en prenant cette fois un morceau du patrimoine de la ville pour l’habiller de mes couleurs, en espérant ainsi inciter les gens à donner à la cause de l’itinérance. »

    À PROPOS DU GROUPE L’ITINÉRAIRE

    Le Groupe L’Itinéraire a vu le jour en 1989. Depuis, il a développé une expertise reconnue tant à Montréal qu’à l’échelle internationale pour ses initiatives novatrices des plus appréciées en matière de lutte contre la pauvreté et d’aide à la réinsertion socioprofessionnelle des sans-abri. La notoriété acquise par le Magazine L’Itinéraire et son succès d’estime auprès de la population du Grand Montréal inspirent aujourd’hui maintes organisations caritatives à travers le monde. À titre d’entrepreneur social, le Groupe L’Itinéraire s’est donné comme défi, au cours des prochaines années, de répondre à la demande croissante pour ses services en consolidant ses projets d’économie sociale, appuyés par une équipe de partenaires et de professionnels de haut niveau provenant tant du milieu artistique et journalistique que du monde des affaires, du marketing et des communications.

    Embellir pour aider
    Radio-Canada Nouvelles

    Tous ont répondu à l’appel lancé par trois organismes : le Groupe L’Itinéraire, l’arrondissement Ville-Marie, la société Stationnement de Montréal.

  • 8 mai 2010. Palmarès. Tout bouge autour de moi sur le palmarès des ventes d’Archambault

  • 8 mai 2010. Écho. Cadavre-exquis au collège Montmorency

    Les finissants du programme de lettres du Collège Montmorency ont présenté le spectacle Cadavres exquis, qu’ils ont écrit et réalisé, en plus de le jouer le mardi 4 mai, à la salle le Trac. Le spectacle était inspiré des cinq romans en lice pour le Prix littéraire des collégiens: La foi du braconnier (Marc Séguin), L’Énigme du retour (Dany Laferrière), Joies (Anne Guilbault), L’oeil de Marquise (Monique LaRue) et Le discours sur la tombe de l’idiot (Julie Mazzieri).

  • 9 mai 2010. Média. «Une du journal le Nouvelliste (Haïti)» Journal de Montréal

    PORT-AU-PRINCE – (QMI) L’écrivain québécois d’origine haïtienne Dany Laferrière apparaissait à la une du journal Le Nouvelliste dans sa livraison d’hier. L’auteur, qui a vécu le séisme alors qu’il participait à un festival littéraire, sera l’invité d’honneur d’un autre festival, en juin, à Port-au-Prince. « Dany Laferrière est pour nous le porte-étendard idéal pour cette édition 2010 de Livres en folie, qui est une invitation faite à tous les Haïtiens pour leur dire que la vie ne doit pas s’arrêter et que les combats pour la culture, la création et le partage doivent se poursuivre », pouvait-on lire. Laferrière, qui a publié, en mars, Tout bouge autour de moi, est l’un de ceux « qui ont vite compris que la création ne doit pas s’arrêter même si la terre tremble et que les cadavres s’amoncellent », a déclaré Max Chauvet, du Nouvelliste.

  • 10 mai 2010. Rencontre. «Carte blanche à Dany Laferrière» à la Cinquième salle de la Place des arts

    Flash: Carte blanche à Dany Laferrière
    par Chantal Guy, La Presse

    On a énormément parlé de L’énigme du retour au cours des derniers mois, mais on oublie que Dany Laferrière, grand lecteur, aime avant tout parler des livres des autres. Le dernier Studio littéraire de la saison, organisé par Michelle Corbeil et Stéphane Lépine, lui permettra de partager son plaisir, qui est loin d’être coupable, avec les spectateurs à l’occasion de la Carte Blanche annuelle de la programmation. Dany Laferrière ouvrira donc les portes de sa bibliothèque en lisant des extraits de ses livres favoris. Belle façon de mieux connaître un écrivain, dont la qualité se mesure autant à ses oeuvres qu’à ses fréquentations.

  • 10 mai 2010. Distinction. Prix des libraires du Québec pour L’énigme du retour

  • 11 mai 2010. Distinction. L’énigme du retour remporte le Prix des libraires du Québec.

  • 11 mai 2010. Média. «Tout bouge autour de lui» propos recueillis par Chantal Guy, La Presse

    Plus de 200 libraires ont voté – un record, paraît-il – pour souligner la qualité littéraire de deux romans parus cette année, l’un québécois, l’autre étranger: L’énigme du retour de Dany Laferrière (Boréal) et Vendetta de R.J. Ellory (Sonatine) sont les grands gagnants du Prix des libraires 2010, qui était remis hier au Lion d’or.

    Entre deux avions, trois activités et quatre entrevues, Dany Laferrière nous a accordé un peu de temps pour rendre hommage aux libraires québécois qui viennent de lui décerner leur prix. Après le Medicis, le Grand Prix du livre de Montréal et combien d’autres honneurs, est-ce qu’on finit par se lasser d’être célébré? « Pas du tout! Je ne m’étais jamais plaint avant de ne pas en recevoir! Je me souviens, mon premier éditeur, Jacques Lanctôt, voulait passer en voiture sur tous ceux qui, dans les jurys, ne me choisissaient pas… Ce n’est pas de ma faute si, après 25 ans, il y a embouteillage! »

    Pour Dany Laferrière, le Prix des libraires revêt un caractère particulier. Parce que dans la grande chaîne du livre, c’est là que tout se termine, « et le libraire est le dernier à avoir vu l’assassin », soit ce lecteur qui part avec le livre sous le bras. « À mon premier roman, je pourchassais les libraires pour qu’ils mettent mon livre en vitrine, je leur téléphonais d’une cabine téléphonique, et ils me disaient: M. Laferrière, on n’a pas encore eu le temps d’ouvrir les boîtes… Un livre ne peut pas avoir de succès sans les libraires. »
    Et il loue le courage des librairies indépendantes qui survivent envers et contre tous. « Ils me font penser aux poètes. Je juge d’ailleurs le niveau culturel d’un quartier à la santé de sa librairie. »

    L’énigme du retour poursuit donc son incroyable carrière médiatique. Depuis, Dany Laferrière a écrit Tout bouge autour de moi chez Mémoire d’encrier, inspiré du tremblement de terre du 12 janvier en Haïti. « Je craignais que L’énigme du retour ne l’écrase, et puis finalement non, ces deux livres s’enchaînent. J’ai écrit Tout bouge autour de moi pour pouvoir arrêter de penser précisément à cela. Ça freine un peu le train, mais ça ne l’arrête pas. Écrire, ça apaise un peu… »
    Ce qu’il y a de nouveau avec le succès, dit-il, ce sont les gens. « Ils veulent que je sois chez eux, que je dédicace mes livres, ils m’écrivent et me demandent conseil sur tout, la reconstruction en Haïti, comment adopter un enfant… Je n’arrive pas à ne pas leur répondre, j’ai été élevé comme ça. J’y passe donc la moitié de ma journée… »

    Retour en Haïti
    Dany Laferrière est retourné en Haïti après le 12 janvier, il y retournera au début de juin comme invité d’honneur du festival Livres en folie – « parce que les gens sont fous de lecture en Haïti ». Là-bas, il insiste, les gens continuent à vivre. Il a logé d’ailleurs à l’hôtel Karibe, là même où il était à l’heure du séisme. Et partout où il passe, on lui rappelle sa phrase, confiée à La Presse le 13 janvier et reprise partout depuis: « Quand tout tombe, il reste la culture ». C’est pour cela qu’il sera à Saint-Malo fin mai, pour le festival Étonnants Voyageurs qui reprend la programmation haïtienne qui devait avoir lieu à Port-au-Prince; c’est pour cela qu’il sera à Lyon pour Les assises internationales du roman; c’est pour cela qu’il sera en Guadeloupe au Prix des Amériques insulaires et de la Guyane.

    Hier, il offrait sa Carte blanche au Studio littéraire à la Place des Arts, juste avant la remise du Prix des libraires au Lion d’or. Le reste du temps – on s’étonne qu’il lui en reste -, eh bien, « je m’occupe de mes lecteurs! »..

  • 12 mai 2010. Palmarès. Tout bouge autour de moi et L’énigme du retour, au palmarès des ventes d’Archambault

  • 12 mai 2010. Vidéo. «Du roman à l’écran» présentée au Festival de Cannes

    La SODEC innove cette année en mettant en lumière les livres d’auteurs québécois portés à l’écran. Dans le Stand de la SODEC, il sera possible de comprendre comment se vit l’adaptation d’un roman au cinéma. Le Québec a plusieurs exemples de livres qui se sont parfaitement acclimatés à cet outil de diffusion de l’écriture qu’est le cinéma. Que l’on pense à Maria Chapdeleine, il y a plusieurs années, à Kamouraska, à Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer ou plus récemment à Incendie ou à Le journal d’Aurélie Laflamme, qui sont tous des exemples de succès littéraires québécois adaptés au cinéma. Dans un vidéo, Dany Laferrière, auteur québécois et gagnant du Prix Médicis 2009, expliquera comment un livre peut parcourir la route entre le papier et l’écran avec succès.

  • 18 mai au 31 octobre 2010. Écho. Expo à la Grande bibliothèque

    Du 18 mai au 31 octobre 2010, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) accueillera, dans le hall de la Grande Bibliothèque, l’exposition Architecture en vers, composée de cinq installations architecturales d’inspiration poétique créées et assemblées par des collectifs d’architectes et de verriers célèbres ou émergents. Cette exposition sera présentée dans le cadre de la programmation de « Montréal, ville de verre 2010 », réalisée par la Société des directeurs de musées montréalais.

    Cinq concepteurs ont été invités à participer à cette exposition et à créer une installation qui intégrera un ou plusieurs vers d’un écrivain québécois contemporain et stimulera l’imagination des visiteurs tout en suscitant une réflexion autour de la présence et du rôle du verre dans l’architecture durable. Le président-directeur général de BAnQ, Guy Berthiaume, a souligné que, de cette façon, un parallèle inédit sera créé entre l’architecture – verte et de verre – et la poésie en vers.

    S’inspirant d’oeuvres littéraires aussi variées que celles d’Hélène Dorion, Leonard Cohen, Dany Laferrière, Gilles Vigneault, Gaston Miron, Pierre Nepveu, Jacques Brault, Claude Beausoleil, Stéphane D’Amours, Paul Chamberland, Fulvio Caccia, Michel Beaulieu, Nicole Brossard et Danny Plourde, les concepteurs invités sont les suivants :

    • Atelier Pierre Thibault – Pierre Thibault et Guillaume Pelletier, architectes; – Éric Pelletier, architectes – Éric Pelletier, Olivier Bourgeois, Annie Martineau, Amélie Turgeon; – Suzanne Bergeron, architecte – Amiot Bergeron, architectes; – Bâtir VERT l’avenir – Cindy Diane Rheault, photographe – Image ECOterre; Alejandro Montero, B. Arch. – Tergos architecture et construction écologique; Forent Cousineau, artiste multidisciplinaire; – Menkès Shooner Dagenais LeTourneux, architectes – Claudio Nunez, Anik Shooner, Jean-Pierre LeTourneux, architectes.
      BAnQ a fait appel à Sylvie Champeau pour agir à titre de commissaire de l’exposition. Depuis plus de 15 ans, Mme Champeau oeuvre dans le domaine des relations publiques en se consacrant plus particulièrement à la promotion et à la diffusion de l’architecture et du design au Québec. Ses projets et actions tendent à valoriser le travail des professionnels qui contribuent à la qualité du patrimoine bâti ainsi qu’à l’amélioration des conditions et des cadres de vie.

    En complément de l’exposition, les acteurs de cette prestation donneront une conférence au cours de laquelle ils partageront leurs réflexions avec le public et feront état du processus de création qui les a conduits, avec les membres de leur équipe, à concrétiser leur projet.

    Au sujet de Bibliothèque et Archives nationales du Québec

    Plus grande institution culturelle du Québec et pilier essentiel de la société du savoir, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) a pour mission d’offrir un accès démocratique à la culture et au savoir. À cette fin, elle rassemble, conserve et diffuse le patrimoine documentaire et archivistique québécois ou relatif au Québec. BAnQ regroupe la Grande Bibliothèque, le Centre de conservation et neuf centres d’archives à Montréal, Québec, Gatineau, Rimouski, Rouyn-Noranda, Saguenay, Sept-Îles, Sherbrooke et Trois-Rivières.

  • 19 mai 2010. Parution du collectif «Haïti parmi les vivants» aux éditions Actes Sud / Le Point

    Courrier international, no. 1019
    12 mai 2010

    (Port-au-Prince) – Haïti parmi les vivants, à paraître le 19 mai, est un ouvrage collectif qui rassemble, du récit au poème, des textes de création écrits au moment du séisme par des écrivains résidant pour la plupart dans l’île. Il est publié conjointement par Actes Sud et Le Point. La première partie du livre est composée de textes de Michel Le Bris, Dany Laferrière et Lyonel Trouillot. Les produits de la vente seront intégralement versés au Centre culturel Anne-Marie Morisset et serviront à la remise en état et en fonctionnement d’écoles et de bibliothèques

  • 19 mai 2010. Média. «Quelles nouvelles d’Haïti?» propos recueillis par Yves Loisel, Le télégramme.

    Lors du festival Étonnants Voyageurs, qui se tiendra à Saint-Malo le week-end prochain, de nombreux écrivains haïtiens seront à l’honneur, faute d’avoir pu participer à la manifestation prévue en janvier à Port-au-Prince en raison du séisme. Parmi eux, Dany Laferrière, Prix Médicis 2009 pour «L’énigme du retour» (Grasset) qui, malgré un emploi du temps surchargé, a réussi à répondre rapidement à quelques questions.

    loisirs : musique
    Tout d’abord, quelles nouvelles récentes avez-vous d’Haïti? Il faut que je vous dise que je n’en sais pas plus que vous sur les questions techniques de reconstruction. Je suis un simple observateur de la vie quotidienne. Tout ce que je sais faire, c’est noter les choses minuscules qui n’attirent l’attention de personne. Et transcrire les murmures. Quant aux réclamations, je les laisse aux médias.

    Que représentait, pour les habitants d’Haïti, la tenue d’Étonnants Voyageurs à Port-au-Prince?

    Les étudiants, surtout, attendaient les écrivains étrangers qui étaient comme des fenêtres sur le monde pour eux. Bien sûr, tout le monde était si occupé, après le 12janvier, qu’on n’a pas beaucoup parlé d’Étonnants Voyageurs. Mais de plus en plus, ils reviennent sur cette perspective. Le festival est attendu de nouveau.

    Revenons sur votre livre, «L’énigme du retour» (Prix Médicis 2009). Pourquoi avoir mêlé les genres littéraires (prose et parties poétiques qui ressemblent à des chants)?

    La forme de «L’énigme du retour» est arrivée naturellement. Et j’ai été assez inspiré pour suivre mon rythme intérieur sans chercher une forme plus traditionnelle.

    Vous avez quitté Haïti à vingt-trois ans : pouvez-vous rappeler dans quelles circonstances?

    J’ai quitté Haïti précipitamment en juin1976 à la suite de l’assassinat de mon ami, le journaliste Gasner Raymond. J’étais en danger parce que j’écrivais dans un hebdomaire qui militait contre la dictature. Et je suis allé à Montréal parce qu’une amie, là-bas, m’a envoyé un billet d’avion. Miami est venu plus tard, en 1990.

    Où vous sentez-vous le plus haïtien : à Port-au-Prince, à Montréal ou en Europe?

    Je me sens de plus en plus un écrivain. Quant à mes racines, elles sont si profondément enfouies en moi que je ne fais plus attention à elles. Je ne vis dans aucune culture précisément… Ma vie est bien simple : je lis, j’écris, je voyage et je m’occupe de mes trois filles. Je ne regarde pas en arrière pour savoir ce que j’aurais fait si je n’avais pas quitté Haïti. Pas le temps pour les «si». Ma vie est celle que je vis. Et dans celle-ci, je suis écrivain.

    Vous portez parfois un regard sévère sur Haïti : que faudrait-il, à votre avis, pour sortir le pays de sa misère et lui donner une organisation étatique sûre et stable?

    Je porte le regard sans complaisance qu’un écrivain porte généralement sur son pays. Je ne sais surtout pas ce qu’il faut faire pour developper un pays. Cela exige tant de compétences que je m’étonne à chaque fois qu’on pose cette question à un écrivain. Un écrivain ne sait qu’écrire et ne pas oublier.

    Votre livre est aussi un bel hommage à Aimé Césaire : quelle importance a-t-il revêtu pour vous?

    Césaire est un grand poète. Je l’ai choisi pour m’accompagner dans ce dernier livre. Mais il n’y a pas que lui dans ma vie. D’autres écrivains comme Borges, Whitman, Boulgakov, Tanizaki, Baldwin sont aussi près de moi. «Ni maître, ni Dieu», comme dit le poète Magloire Saint-Aude.

    Le thème du festival Étonnants Voyageurs, cette année, est : «Zones de fracture : Russie, Haïti, Afrique, France. Que peut la littérature dans le chaos du monde?» Quelle réponse pouvez-vous apporter à cette question?

    La littérature continuera toujours à faire rêver certains et à inquiéter d’autres. Elle ne connaît ni chaos, ni temps calme. L’éternité est son espace.

  • 21 mai 2010. Expo collective. «Les petits de la classe maternelle s’inspirent de peintres haïtiens.»

    Une expo sur Haïti
    La Nouvelle République du Centre-Ouest

    Ayiti kanpe ou Haïti debout , tel est le titre de cette exposition qui vous invite, à la bibliothèque Maurice-Mardelle de Perrusson, à découvrir la culture haïtienne.

    Les écrivains haïtiens, de Jacques Roumain à Dany Laferrière en passant par René Depestre ou Frankétienne, y côtoient les peintres évoquant des scènes de marchés ou le vaudou donnant un aperçu de la vie quotidienne en Haïti. Ces oeuvres seront accompagnées d’artisanat en bois ou fer découpé ainsi que de photos et textes permettant de mieux comprendre l’histoire et la culture de ce pays. Inspirés des tableaux colorés de Prosper Pierre Louis, Préfète Duffaut ou Louisiane Saint Fleurant, les élèves de l’école de Perrusson, de la maternelle au CM2, y associent leurs productions.

    Exposition à la bibliothèque Maurice-Mardelle, 5, rue de l’École.

  • 22 mai 2010. Citation. «On connaît l’anecdote racontée par Dany Laferrière au moment de sa visite à Frankétienne, après le tremblement de terre» par Lise Gauvin dans Le Devoir

  • 22 au 21 mai 2010. Rencontre. Festival Étonnants voyageurs à Saint-Malo, sous la codirection de Dany Laferrière.

    Repères. Saint-Malo, capitale russe, haïtienne et africaine
    La Croix

    C’est la puissance et le rôle de la littérature que les organisateurs d’Étonnants voyageurs ont choisi de questionner cette année avec trois invités d’honneur.

    Côté Russie, outre la présence d’écrivains et réalisateurs, sont prévues de très riches rencontres, un triple hommage à Tolstoï, Gogol et Brodsky, et un accent particulier porté sur le cinéma (avant-premières, projection de films inédits et chefs-d’oeuvre oubliés ou introuvables).

    Pour le 50e anniversaire des indépendances africaines (rappelons que le festival tient une édition à Bamako tous les deux ans), de grands enjeux locaux, tels que la fracture coloniale, l’immigration et l’« identité nationale », seront passés au prisme de la littérature. Un collectif publié ces jours-ci, « Je est un autre » (Gallimard), sous la direction de Michel Le Bris et Jean Rouaud (il fait écho au Manifeste « Pour une littérature-monde » paru en 2007) constitue le point de départ à trois jours de débats ambitieux.

    Enfin, à ne pas manquer, la soirée haïtienne retransmise en direct sur France Culture, lectures et dialogue entre les écrivains Dany Laferrière, Frankétienne, Lyonel Trouillot, Kettly Mars et Emmelie Prophète.

    Saint-Malo, Palais du Grand Large, du 22 au 24 mai (entrée libre au Salon du livre le vendredi 21, de 9h à 18h)

    🌸

    Escale en Haïti
    par Gilles Biassette, La Croix

    Du 14 au 17 janvier devait se tenir la deuxième édition de la déclinaison haïtienne du festival Étonnants voyageurs. Les invités – écrivains haïtiens et étrangers – avaient rendez-vous dans onze villes du pays, mais, la veille du début des rencontres, la terre tremblait. Le séisme a rendu nécessaire, plus encore, la mise en avant de la riche culture de la première République noire libre de l’histoire. Tous les grands noms de la littérature de l’ancienne colonie française seront à Saint-Malo, de Frankétienne à Gary Victor, en passant par Kettly Mars et Dany Laferriere, pour de nombreuses rencontres, des projections de films et une grande soirée samedi au Théâtre de Saint-Malo (entrée libre sur réservation sur le site du festival).

    À noter deux initiatives éditoriales : Haïti, une traversée littéraire (co-édition Presses nationales d’Haïti, CulturesFrance et Philippe Rey, 170 p., 19 ), une anthologie enrichie d’un CD qui permet de mesurer la richesse de cette culture qui s’exprime en français et en créole, où Lyonel Trouillot et Louis-Philippe Dalembert parcourent la création littéraire d’un pays où « la négritude se mit debout pour la première fois », selon le mot d’Aimé Césaire. Et Haïti parmi les vivants (Actes Sud, 180 p., 15 ), qui réunit des textes écrits peu après le séisme, témoignages à chaud du drame et des sentiments et réflexions qu’il a suscités. Ces deux ouvrages sont vendus au profit de la reconstruction du pays.

    🌸

    Etonnants Haïtiens
    par Valérie Marin La Meslée, Le Point

    «Que peut la littérature devant l’ampleur du drame ? Rien, mais surtout pas se taire »,écrit Lyonel Trouillot dans « Haïti parmi les vivants », le livre que Le Point et Actes Sud coéditent aujourd’hui en soutien à Haïti. Que peut la littérature ? Au lendemain du 12 janvier, nous étions plusieurs à savoir, au Point, comme dans d’autres rédactions, que cette terre d’exception en matière de création pouvait commencer de renaître à travers les mots des écrivains qui la portent haut depuis deux siècles d’histoire littéraire. Leur mobilisation extraordinaire a permis, au-delà du flux d’images d’actualité, d’imaginer de l’intérieur par quoi ce pays est passé. Bien sûr, il n’était pas évident de demander à un Dany Laferrière, à peine rapatrié chez lui, à Montréal, de nous livrer un texte dans l’urgence, mais il a accepté et nous a dévoilé cette « forêt de gens remarquables ». Nous avions d’autant plus de scrupules à suggérer à Lyonel Trouillot, qui vit à Port-au-Prince, de nous donner chaque jour sur Lepoint.frdes nouvelles de sa ville dévastée : « On peut essayer », a-t-il répondu. Relevant le défi quotidien de courir après un accès à l’Internet, de trouver un hébergement dans les locaux de la radio Kiskeya, puis de devoir les évacuer aussitôt sous la menace de l’effondrement du bâtiment, de se tenir à son clavier entre deux secousses de sa terre pour écrire ses « Chroniques de l’après ». Ces noces rares entre les médias et la littérature de l’urgence ont eu lieu par les moyens miraculeusement saufs des réseaux, au point que Lyonel Trouillot, lu via notre site dans son propre pays, devint pour certains Port-aux-Princiens « Monsieur Le Point », comme Dany Laferrière était surnommé « Médicis » en vertu du prix littéraire qui a couronné son dernier roman, à l’automne. Leurs textes continuent de courir de site en site. Nous avons voulu les préserver pour longtemps, dans un livre.

    La seconde partie de « Haïti parmi les vivants » révèle un autre pan du réel. Dans ce même temps du chaos de janvier, Lyonel Trouillot rassemblait à Port-au-Prince les membres de son atelier d’écriture Jeudi soir. Pour que chacun, écrit-il, « tâche de s’approprier le drame en l’intégrant dans une vision du monde. Il faut alors vouloir affronter le vide, chercher en soi et dans le réel quelque chose qui ne soit pas que voyeurisme de catastrophe ». Ces textes intenses sont signés des habitués de l’atelier et d’écrivains conviés à les rejoindre dans cette poignante chorale de mots au-dessus des décombres.

    Des mots contre le chaos

    Que peut la littérature dans le chaos du monde ? C’est la question que pose le festival Etonnants Voyageurs trois jours durant à Saint-Malo, où aura lieu l’édition haïtienne de la manifestation qui aurait dû se tenir à Port-au-Prince à la veille du séisme, dont Michel Le Bris a témoigné sur le site du Point(texte repris dans le livre) dès son retour.

    Acheter « Haïti parmi les vivants », c’est une pierre apportée à l’édification du centre Anne-Marie-Morisset et de sa bibliothèque. Cet ouvrage, dédié aux disparus, y trouvera place pour que les jeunes Haïtiens sachent qu’au pays de tant de morts des survivants les ont entourés de leurs mots.

    🌸

    «Il faut faire en sorte qu’elle incombe à tous, aux électriciens, aux maçons, aux banquiers. Il y a eu un vrai déluge verbal, du fait de la demande forte de la parole haïtienne, à l’extérieur, mais aussi désormais à l’intérieur. La traduire, c’est aussi y intégrer l’inutile, le rire, les plages de silence, quand la parole attendue prend trop sa source dans une horreur sacrée. » Dany Laferrière, propos recueillis par La Croix, 25 mai 2010.

    🌸

    Quand le Québec devient la terre des Haïtiens
    par Philippe Briend, 25 mai 2010

    La communauté haïtienne s’est installée au Québec dès les années 60, fuyant le régime dictatorial instauré dans leur pays par le président Duvalier. La majorité de la première vague s’est installée à Montréal entre 1967 et 1977, grâce notamment à l’opération « mon pays » qui permet aux Haïtiens arrivés à titre d’étudiants ou de visiteurs de régulariser leur statut. Et entre 1978 et 1986, l’entente Couture-Cullen (1) permet à un grand nombre de Haïtiens de s’établir au Québec.

    La Maison du Québec a accueilli Dany Laferriere, Rodney Saint-Eloi, Stanley Péan, Haïtien d’origines et Michel Vézina, plus Haïtien que Québécois pour échanger sur le sujet. « Longtemps je me suis demandé pourquoi les Haïtiens quittaient un pays si beau pour venir se les geler ici ? », lance Michel Vézina. Eclat de rire général dans la salle ! Les réponses ne tardent pas. Pour Dany Laferrière, « je n’ai pas choisi d’aller au Québec ; mais j’ai choisi de fuir Duvalier. De l’emprisonner sur son continent ; et moi de partir dans un pays où on a le droit d’aimer ou de pas aimer. »

    La langue française et la culture haïtienne ont été des éléments forts d’intégration. « La ville appartient à celui qui l’habite et la culture sert à cimenter les échanges ; et à briller parfois », poursuit Dany Laferrière.

    La communauté haïtienne a enrichi le Québec de nombreux professionnels, ingénieurs, médecins, enseignants, avocats, écrivains, artistes et musiciens dont plusieurs se sont illustrés par leur travail et leur talent au Québec et dans le monde.

    (1) L ‘ entente, signée en février 1978, par le ministre du Travail et de l’immigration du Québec Jacques Couture et le ministre fédéral du Canada, George Cullen, accordait plus de pouvoir au Québec en matière de sélection des immigrants.

    • 22 mai 2010
      • Projection La dérive douce d’un enfant de Petit Goâve de Pedro Ruiz.
      • Rencontre. «Les utopies» avec Lyonel Trouillot, Dany Laferrière, Louis-Philippe Dalembert, Emmelie Prophète.
  • 24 au 31 mai 2010. Rencontre. Les Assises internationales du roman de Lyon.

    Tous debout pour les Assises
    Le Progrès – Lyon
    17 mai 2010

    C’est LA fête du livre qu’il ne faut pas manquer. Intelligence et convivialité sont au rendez-vous à partir de lundi prochain (et c’est férié, profitez-en !) aux Subsistances pour la 4e édition des Assises internationales du roman, avec cette année, comme fil rouge, le thème « Tout dire ? ».

    Une cinquantaine d’écrivains du monde entier seront à Lyon du 24 au 31 mai pour des lectures, des rencontres, des conférences. Parmi eux, Emmanuel Carrère, Boualem Sansal, Marie Darrieussecq, Bernard Pivot, Erri de Luca, Aharon Appelfeld, Florence Aubenas, Dany Laferrière, Richard Powers… Et des lectures par Nicole Garcia, Judith Henry…

    Discussion libre, comme ce sera le cas lors de la rencontre entre Antonio Caballero (Colombien, auteur d’un grand livre : « Un mal sans remède ») et Dany Laferrière (auteur haïtien de « Je suis un écrivain japonais » et bien connu aux Assises pour son humour facétieux).

    • Rencontre. Antonio Caballero en dialogue avec Dany Laferrière
    • Rencontre avec les élèves de la classe de Mme Sappin (seconde 9)
    • Rencontre. Marie Desplechin, A. S. Byatt, Siri Hustvedt, Dany Laferrière et Emmanuel Carrère se penchent sur l’immersion dans le réel comme mode d’écriture.
  • 2 juin 2010. Rencontre. Soirée Croix Rouge à Montréal.

    Tout partout en ville
    par Rodger Brulotte
    Le Journal de Montréal

    Mme Michèle Dionne a pris part aux grands événements de la Croix-Rouge au cours des 11 dernières années à titre de bénévole. On retrouve madame Dionne entourée de Monique Leroux, présidente et chef de la direction du Mouvement Desjardins et Linda Durand, membre du conseil d’administration de la Croix-Rouge canadienne.

    Un message émotionnel
    L’écrivain Dany Laferrière a été invité à prendre la parole et il a livré un message émotionnel en décrivant la situation actuelle en Haïti. Dans l’ordre habituel, on retrouve Daniel Tremblay, Louise Guimond ainsi que Pierre et Diane Michaud, qui faisaient partie des quelque 580 invités qui ont contribué à la réussite de la soirée.

  • 2 juin 2010. Écho. Anecdote autour de Frankétienne.

    Aux premiers jours de décembre 2009, Frankétienne met le point final à sa nouvelle pièce de théâtre, Melovivi ou Le Piège. Didascalie : « Deux individus, A et B, sont enfermés, prisonniers dans un espace délabré, dévasté, sans issue, à la suite d’un drame. Pour ne pas crever dans ce lieu d’enfermement, ils parlent, déparlent, délirent sur les malheurs provoqués par les prédateurs de la planète. » Ce qui est extraordinaire, dans ce texte d’une puissance fulgurante, c’est autant le don de prophétie que le don d’écriture. Frankétienne imagine, donc, deux hommes assis au bord du gouffre à la suite de quelque séisme. Un mois et demi plus tard, ce qui était écrit advient. Frankétienne reconnaît avoir ressenti, à ce moment-là, une immense peur l’envahir. Avoir voulu jeter au feu le manuscrit. C’est son ami Dany Laferrière (auteur de L’Enigme du retour , prix Médicis 2009) qui l’a convaincu de n’en rien faire, en lui assénant ce qu’il savait pourtant : « C’est par la culture, c’est par les mots, que l’on se redressera. »

  • 3 juin 2010. Citation. «Ce n’est pas le malheur d’Haïti qui a ému le monde, c’est la façon dont le peuple fait face à son malheur. » Dany Laferrière, écrivain, prix Médicis 2009.» dans le journal l’Humanité

  • 5 juin 2010. Média. «Des romans québécois pour l’été» par Danielle Laurin dans Le Devoir

    La catastrophe naturelle frappe, tue en masse, dans Tout bouge autour de moi (Mémoire d’encrier), de Dany Laferrière. Pas un roman non plus. Une chronique, plutôt. Écrite à chaud, dans l’urgence. Dans la foulée du séisme qui s’est abattu sur Haïti le 12 janvier dernier. C’est comme si nous y étions, dès la première secousse qui fait trembler la terre.

    Le même auteur fait la lecture intégrale sur support CD de son livre précédent, celui qui lui a valu une flopée de prix, L’Énigme du retour (Audiolib). Où il nous convie en Haïti avant le tremblement de terre, sur les traces de son père mort.

    C’est en Haïti, aussi, qu’il nous transporte dans Le Charme des après-midis sans fin, paru en 1997 et réédité il y a peu (Boréal compact). On retrouve ici le narrateur au moment de l’adolescence, auprès de sa grand-mère adorée, Da. «J’ai écrit ce livre pour une seule raison: revoir Da», note Dany Laferrière à la fin de l’ouvrage, rendant hommage à celle qui est morte en 1992, à l’âge de 96 ans.

  • Réunion. Voyage en Guadeloupe pour le Prix des Amériques insulaires et de la Guyane.

  • Juin 2010. Rencontre. Invité d’honneur du Festival Livres en folie de Port-au-Prince

  • 5 juin 2010. Média. Mention dans L’Acadie Nouvelle

    Lu dans l’ Énigme du retour de Dany Laferrière: « On peut rester imperturbable face à sa propre faim, mais que fait-on quand c’est un enfant qui a faim et qui vous tend la main comme c’est arrivé ce matin près du marché? On lui donne quelques sous tout en sachant que le problème se posera à nouveau dans moins de trois heures. »

    Souscrit à l’idée de Laferrière qui croit que le thème du grand roman des Caraïbes sera celui de la faim. Les Nord-Américains ont l’espace comme thème (la conquête de l’espace notamment), les Sud-Américains ont le temps, les Européens ont la guerre. Les Caraïbes ont la faim… mais quel affamé pourra écrire les cris de son ventre?

  • 8 juin 2010. Média. Tout bouge autour de moi par Hélène Talbot, librairie Boutique Vénus.

  • 2 juillet 2010. Média. L’énigme du retour dans la sélection «coup de cœur de nos collaborateurs» par Robert Solé, Le Monde

  • 3 juillet 2010. Palmarès. L’énigme du retour parmi les 20 titres les plus en demande dans le réseau des bibliothèques de la Ville de Québec.

  • 14 juillet 2010. Média. «Colette Nys-Mazure décrypte un poème de L’énigme du retour» pour La Croix

  • 19 juillet 2010. Média. «Vers le Sud» par Jean-Luc Drouin, dans le journal Le Monde

Nouvelle parution Conversations avec Dany Laferrière

Parole Métèque · En librairie le 20 juillet 2010

Découvrir le roman
  • 23 juillet 2010. Projection. Comment conquérir l’Amérique en une nuit au Théâtre de Verdure.

  • 21 au 25 juillet 2010. Rencontre. Causerie à l’occasion du Festival Haïti en folie.

  • 4 août 2010. Projection. La dérive douce d’un enfant de Petit-Goâve de Pedro Ruiz au Théâtre de Verdure.

  • 5 au 8 août 2010. Rencontre. «Rencontres inespérées» Correspondances d’Eastman sous la présidence d’honneur de Dany Laferrière

    Visiter le monde de Laferrière
    par Sonia Bolduc, La Tribune

    Il y avait déjà un moment que le buzz de Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer s’était dissipé quand Pascale Montpetit s’est plongée à son tour dans l’univers de Dany Laferrière. Mais on s’en doute, quand la comédienne plonge, elle plonge.

    « J’ai perdu la tête », confie candidement Pascale Montpetit, qui sera du spectacle littéraire Je suis un pays rêvé, autour de l’oeuvre de Laferrière dans le cadre des Correspondances d’Eastman, en août. Montpetit y partagera les mots et l’univers du lauréat du prix Médicis avec le comédien et metteur en scène Martin Faucher, Mireille Métellus et Mani Soleymanlou.

    C’est Faucher qui choisira les textes qui seront offerts aux Correspondances, dont la programmation complète a été annoncée cette semaine. « Moi, je n’aurai qu’à faire entendre son style très direct, sa simplicité parfois trompeuse qui joue sur plusieurs niveaux. C’est intéressant de le faire à voix haute. Je l’ai déjà fait pour la radio, c’était vraiment génial. »

    Le premier contact entre l’auteur Laferrière et la comédienne Montpetit fut strictement littéraire, quelque part au début des années 2000. « Je l’ai rencontré par ces livres et par les adresses civiques qu’on y retrouve, avoue-t-elle. Toutes ces adresses m’intriguaient, je me demandais si elles existaient vraiment. J’ai voulu faire un pèlerinage qui m’a menée à chacune d’elles, incluant celle où il avait grandi, avec sa grand-mère, à Petit-Goâve en Haïti. Un de ces amis d’enfance y habitait, mais ne savait pas que Dany était devenu aussi célèbre. On a jasé longtemps, ç’a été une belle rencontre », dit la porte-parole de la Fête des voisins, qui se déroule aujourd’hui.

    Pascale Montpetit a même fait un détour par le cimetière de Petit-Goâve où repose la grand-mère de l’auteur, Da, très présente dans l’oeuvre de Laferrière. « En lisant Laferrière, je suis entrée dans un monde, dans son monde. Ça m’a aussi amenée vers d’autres auteurs que lui-même avait aimés. »

    Cette lecture publique sera la seconde participation de Pascale Montpetit aux Correspondances d’Eastman, elle qui y avait livré le Bateau ivre de Rimbaud en carte blanche il y a quelques années. « Un vrai bonheur sur le thème de l’extase », se souvient-elle.

    🌸

    En bref – Lettres à Eastman
    Le Devoir

    On y attend d’ailleurs une flopée d’écrivains de tous genres, auprès de Dany Laferrière qui est l’invité d’honneur de l’événement. On y attend, entre autres, Edem Awumey, Alain Mabanckou, Myriam Beaudoin, Dominique Fortier, Yvon Rivard, Kim Thuy et bien d’autres… Les cafés littéraires se tiendront au théâtre La Marjolaine, qui célèbre ses 50 ans. Clémence DesRochers donnera le spectacle d’ouverture, tandis que Les Correspondances rendront un hommage à Marie Laberge.

    🌸

    Hommage à deux écrivains, en l’occurrence à Dany Laferrière (7 août). Pour ce dernier, la soirée sera suivie par la Caravane de l’espoir, une activité-bénéfice au profit du Fonds Haïti de Bibliothèque sans frontières. « Ce sera une soirée chargée en émotions pour lui, précise Mme Bombardier. Récemment, il a vécu de grandes joies, notamment avec l’obtention du prix Médicis, et de grands drames, avec ce qui s’est passé en Haïti. »

    L’auteure Kim Thuy croit bien faire de nouvelles rencontres inespérées, comme la fois où elle a rencontré son « héros », Dany Laferrière.

    🌸

    De l’autre côté du miroir
    par Marie-Claude Girard, La Presse
    31 juillet 2010

    Au chapitre des « rencontres inespérées », le thème des Correspondances d’Eastman qui se déroulent du 5 au 8 août, voici celle de la comédienne Pascale Montpetit et de l’écrivain Dany Laferrière. Entrevues croisées avec deux artistes qui rêvent de basculer dans la fiction « avec âme et bagages ».

    La rencontre de la comédienne Pascale Montpetit avec l’oeuvre de Dany Laferrière est de celles qui changent la vie. Elle a été envoûtée, allant jusqu’en Haïti s’imprégner des décors et de l’atmosphère. Plus tard, en la croisant par hasard en Afrique, Dany Laferrière a vu en elle un personnage de Truman Capote. Puis, dans L’Énigme du retour, il l’a véritablement fait entrer dans la fiction en relatant son passage à Petit-Goâve.

    « La boucle est bouclée! » s’esclaffe la comédienne, qui participera le 7 août avec Mireille Métellus, Mani Soleymanlou et le metteur en scène et comédien Martin Faucher au spectacle littéraire Je suis un pays rêvé, collage de textes de Dany Laferrière présenté aux Correspondances d’Eastman.

    Pascale Montpetit a d’abord été séduite par le titre de J’écris comme je vis, un recueil d’entretiens avec l’écrivain. « En le lisant, j’ai eu l’impression de rencontrer un ami. » C’était il y a une dizaine d’années. En deux semaines, frénétiquement, elle a lu tous ses romans.

    « Je me suis inventé un jeu: aller voir à chacune des adresses mentionnées dans ses livres. » Rue Saint-Denis, avenue du Parc… Elle s’est même rendue à Port-au-Prince et à l’adresse de la grand-mère de Laferrière, à Petit-Goâve, où le jeune Dany avait été envoyé après que son père eût été inquiété par le régime Duvalier.

    « Il fallait que j’aille voir, dit-elle. Ce n’est pas nécessairement la personne qui m’intéressait. Un artiste qui nous marque c’est quelqu’un qui a mis beaucoup de lui dans ses oeuvres. Et j’aime faire des liens entre l’oeuvre et la vie de l’auteur. » Tout « japonais » qu’il se prétende, Laferrière lui a aussi ouvert une porte sur la culture haïtienne, sa littérature, sa peinture.

    Quelques années plus tard, l’écrivain racontait dans une chronique dans La Presse sa rencontre surréaliste avec l’actrice sur une « minuscule piste de danse » de Bamako, au Mali. À l’époque, il lui avait trouvé une ressemblance avec le personnage de Holly Golightly, « fantasque personnage » de Petit-déjeuner à Tiffany de Truman Capote. Sa conclusion, aujourd’hui? « On peut rencontrer Pascale Montpetit n’importe où dans le monde! »

    « C’est quelqu’un qui croit que la littérature est une affaire de vie, dit-il. Elle a vu quelque chose qui ressemble à des traces de vie dans mes livres. Elle a voulu aller voir. Je fais la même chose. Traverser le miroir, pour moi c’est la seule façon de lire! »

    « C’est mon rêve de passer complètement dans la fiction avec âme et bagages. J’ai toujours senti que c’était possible. Possible en accumulant l’écriture que je fais, les lectures que je fais quand je n’écris pas, les gens que je rencontre qui font partie de l’univers littéraire et me parlent de mes livres et des lectures. Je crois que je réduis la vie réelle à une portion congrue. Basculer dans la fiction, c’est ce que je fais en mettant en scène dans mes livres des gens que je rencontre. »

    « Je suis pareille! s’exclame Pascale Montpetit, quand on lui rapporte ces propos. On invente sa vie. On peut être où on veut dans sa tête. Il n’y a qu’à lire des récits de prisonniers incroyables, comme celui de Nelson Mandela. Ce n’est pas que la réalité soit insupportable, mais j’ai besoin de l’inventer. C’est l’idée que je me fais des choses qui m’importe. »

    Les rencontres sont au coeur du travail de l’écrivain. « J’écris précisément pour pouvoir rencontrer les gens de la manière la plus intéressante possible », résume Dany Laferrière. « Souvent le lecteur connaît mieux la partie la plus intéressante de l’homme que lui-même. C’est un passe-partout qui permet de circuler sans faire attention aux frontières, aux classes sociales, aux races. »

    Pour choisir les extraits qui seront lus en spectacle, le metteur en scène Martin Faucher s’est penché sur une dizaine de romans. Il en a retenu cinq afin de mettre en lumière deux périodes de l’oeuvre et de la vie de l’écrivain: le début de l’âge adulte et l’arrivée à Montréal, dans l’Amérique « mythique », en opposition à l’enfance et le début de l’adolescence à Petit-Goâve, « dans l’harmonie avec la nature », explique-t-il.

    Lire Dany Laferrière, alors qu’Haïti est toujours en ruine depuis le séisme de janvier, « cela aiguise encore plus l’importance des souvenirs, la description des lieux. C’est dans ces cas-là qu’on se rend compte que le geste artistique est tellement important parce qu’il témoigne de choses bien friables, bien fragiles ».

    Je suis un pays rêvé
    Théâtre La Marjolaine, Eastman Samedi 7 août, 19h30.

    • Lecture de l’univers de Dany Laferrière par Pascale Montpetit et Hommage, avec le spectacle littéraire «Je suis un pays rêvé»
    • Conversation croisée de Kim Thuy avec Dany Laferrière
  • 19 août 2010. Écho. Parution du roman d’Alain Mabanckou Demain, j’aurai vingt ans, dédié à Dany Laferrière (Gallimard, collection blanche)

  • 21 août 2010. Rencontre. Salon du livre haïtien à Montréal.

  • 23 août 2010. Média «Tournée rimouskoise de Dany Laferrière» par Carl Thériault, Le Soleil

    L’écrivain Dany Laferrière passera quatre jours à Rimouski pour se prêter à différentes activités publiques. La visite de l’intellectuel haïtien se déroulera à l’occasion de la mise en place à l’UQAR d’un nouveau programme de baccalauréat en lettres et en création littéraire. Une conférence de presse aura lieu le jeudi 26 août à 11h, à la bibliothèque de l’UQAR. À 19h30, à la Coopérative Paradis, l’écrivain assistera à la présentation de son film La dérive douce d’un enfant de Petit-Goâve. Le dimanche, à 16h, M. Laferrière recevra un doctorat honorifique à l’amphithéâtre Ernest-Simard

  • 26 août 2010. Distinction. Dany Laferrière reçoit un Doctorat honoris causa de l’Université de Rimouski.

  • 27 août 2010. Nomination. Dany Laferrière, parrain du nouveau programme de baccalauréat en lettres et création littéraire de l’Université du Québec à Rimouski.

  • 27 août 2010. Média. «Laferrière doublement honoré» par Carl Thériault, Le Soleil

    Rimouski – Le romancier Dany Laferrière fait désormais partie de la communauté universitaire rimouskoise à titre de parrain du nouveau programme de baccalauréat en lettres et création littéraire de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR). Dimanche, il sera doublement honoré alors que l’Université du Québec (UQ) lui décernera un doctorat honorifique à l’amphithéâtre Ernest-Simard de l’UQAR.
    « C’est la première fois que nous utilisons le doctorat honorifique pour attirer l’attention sur un vrai citoyen du monde, quelqu’un qui contribue à faire de la culture une culture universelle », a exprimé Michel Ringuet, recteur de l’Université du Québec à Rimouski en accueillant l’écrivain dans ses murs. Dany Laferrière a rappelé que ses études littéraires avaient historiquement commencé au moment où il écoutait sa grand-mère sur la petite galerie de sa maison à Petit-Goâve, avant un long cheminement qui le mènera à l’écriture en terre québécoise. « J’apprenais sans savoir que j’apprenais, à sentir et à vivre dans le plaisir de la conversation. Même si je n’ai pas été à l’université, j’ai étudié beaucoup. J’ai acheté les livres classiques au Marché du livre, où on vendait les livres d’Homère pour 1 $… Je lisais avec voracité », a rappelé l’écrivain parsemant son intervention de multiples anecdotes.
    L’UQAR accueille cette année une dizaine d’étudiants haïtiens qui poursuivront leurs études à Rimouski à la suite de la destruction de leur université par le tremblement de terre de janvier dernier.
    La reconnaissance faite au romancier haïtien par l’UQAR n’est pas le résultat d’une conjoncture, mais d’un sentiment bien senti de la part des enseignants du module de lettres et de l’histoire littéraire du Bas-Saint-Laurent.
    « En travaillant sur notre nouveau programme, il y a eu un consensus pour offrir spontanément un doctorat honorifique à Dany Laferrière. Pour nous, il n’y avait pas de meilleur modèle pour nos étudiants. Il y a aussi une longue tradition littéraire au Bas-Saint-Laurent. La première société littéraire au Québec a été créée à Rimouski au XIXe siècle. Et il y a des études littéraires dynamiques à l’UQAR », a souligné Christine Portelance, directrice du module de lettres.

  • 2 septembre 2010. Rencontre. «L’OSM joue pour Haïti»

    «Je ne savais pas que 60 secondes pouvaient durer si longtemps», a dit Dany Laferrière, très applaudi quand il a terminé sa lecture en affirmant qu’Haïti continuera longtemps à occuper le coeur du monde.

    L’Orchestre Symphonique de Montréal remettra la tragédie d’Haïti à l’ordre du jour le 2 septembre, quelques jours avant l’ouverture de la saison en salle, Kent Nagano dirigera un grand concert en plein air dont les fonds seront remis aux victimes du tremblement de terre.

    Le concert aura lieu plus de sept mois après le séisme, alors que la couverture médiatique aura certainement diminué. Pour les Haïtiens, toutefois, le dossier est loin d’être clos, affirme Kent Nagano. « En septembre, la profondeur de la misère n’aura pas encore disparu, dit-il, même si la tragédie ne fait plus les grands titres. »

    Le concert se déroulera devant le site de la nouvelle salle de l’OSM, actuellement en construction, qui s’élèvera à l’angle nord-est de l’esplanade de la Place des Arts. Le Cirque Éloize, ainsi que Dany Laferrière et Luck Mervil, tous deux d’origine haïtienne, participeront à l’événement. « Je trouve que l’OSM est à l’écoute de la rumeur du monde, souligne l’écrivain Dany Laferrière. L’orchestre a remarqué la très grande émotion des Québécois sur cette question et a voulu la relayer en musique. » Le concert, mis en scène par Denis Bouchard, est gratuit. Les contributions seront volontaires.

  • 3 septembre 2010. Média. «Dany Laferrière dans la publicité», Le Journal de Montréal

    Dany Laferrière et sept autres passionnés de la scène artistique montréalaise seront en vedette dans la nouvelle campagne publicitaire conçue par le Conseil des arts de Montréal.

    Afin de souligner le nouveau microsite Internet de sa programmation en tournée, dont on a lancé la 28e saison hier, le Conseil des arts de Montréal a ainsi fait appel à sept de ses membres, soit Dany Laferrière, Patrick Beauduin, Madeleine Careau, Yves Sheriff, Jan-Fryderyk Pleszczynski, Gaëtane Verna et Louise Roy.

    Par ailleurs, le nouveau site du Conseil des arts en tournée, conçu par Kng Fu Numerik, permettra aux utilisateurs de s’informer plus facilement et de se tenir à jour sur les productions présentées selon leur goût, leur horaire ou leur proximité.

    Le Conseil des arts de Montréal soutient et reconnaît l’excellence dans la création, la production et la diffusion artistiques professionnelles au moyen d’appui financier, de conseils et d’actions de concertation et de développement.

  • 5 septembre 2010. Écho. «C’est l’agent le moins coûteux que j’ai eu.» par Victor Lévy-Beaulieu, Le Soleil

    À cause de mes nombreuses occupations, je ne me suis jamais préoccupé d’être lu à l’étranger. Je me disais que ça arriverait peut-être avant mes 90 ans. Ce soir, je suis le plus heureux des hommes et je suis chanceux que ça m’arrive à un petit 65 ans. Être publié chez Grasset a une importance particulière. C’est un hommage pour moi et la région que j’habite, d’autant plus que si j’ai décidé d’être auteur et éditeur, c’est à cause de Bernard Grasset, dont j’avais lu la biographie », conclut-il, remerciant l’auteur Dany Laferrière, aussi publié chez Grasset qui a agi comme son ambassadeur en France. « C’est l’agent le moins coûteux que j’ai eu. »

  • 8 septembre 2010. Vidéo. Dany Laferrière participe à la nouvelle campagne du Conseil des arts de Montréal.

  • 8 au 10 septembre 2010. Rencontre. Festival Le Marathon des mots.

    • Lecture L’énigme du retour
  • 16 septembre 2010. Média. «En toutes confidences» dans Le Figaro

    Le retour de Laferrière
    Le prochain livre de Dany Laferrière paraîtra chez Grasset en janvier prochain, à l’occasion du premier anniversaire du séisme qui a détruit une grande partie d’Haïti. Le lauréat du prix Médicis 2009 pour L’énigme du retour était sur place le jour de la catastrophe. C’est le thème de son récit, qui devrait s’intituler : Tout bouge autour de moi. Par ailleurs, Dany Laferrière sera présent au Festival America de Vincennes (23-26 septembre). Haïtien pour les uns, Québécois pour les autres, ce Montréalais d’adoption lira ses textes « comme s’il était à la maison », précise le programme, c’est-à-dire dans une baignoire, vide, on l’imagine.

  • 23 au 26 septembre 2010. Rencontre. Festival Américain à Vincennes.

    Cette année, 64 écrivains anglophones, francophones et hispanophones, en collaboration avec 32 maisons d’édition associées au festival, ont été invités, des Américains Bret Easton Ellis, Douglas Kennedy, Richard Price ou Colum McCann aux Mexicains Guillermo Arriaga ou Guadalupe Nettel, en passant par les Haïtiens Lyonel Trouillot ou Dany Laferrière, les Cubains Zoe Valdes ou Eduardo Manet ou encore les Canadiens Gil Adamson ou Monique Proulx.

    Pour la première fois, les auteurs rencontreront aussi le public hors de l’enceinte du festival: le 23 septembre au soir, ils seront dans les librairies et les bibliothèques de Paris et d’Ile-de-France.

  • 28 septembre 2010. Projection La dérive douce d’un enfant de Petit-Goâve au Club ICINÉMA

  • 4 octobre 2010. Projection. La dérive douce d’un enfant de Petit Goâve de Pedro Ruiz au Centre des Loisirs Saint-Laurent.

  • 14 au 24 octobre 2010. Média. Québec en toutes lettres rend hommage à Borges

    • Dany Laferrière raconte comment Borges, son écrivain préféré, égale pour lui plaisir de lecture dans Le magazine littéraire Nuit blanche [dossier de 42 pages sur et autour de Borges].
    • Alberto Manguel salue «l’excellence» de Dany Laferrière.
  • 23 octobre 2010. Média «Borges, Borges, Borges» propos recueillis par pour Le Devoir

    Dans la foulée du tout premier festival Québec en toutes lettres, où Jorge Luis Borges est à l’honneur, la dernière édition du magazine littéraire Nuit blanche propose un dossier sur l’auteur argentin.

    Dany Laferrière, en entrevue, discute de ce maître de l’érudition merveilleuse. Laurent Laplante tente de traquer l’écrivain à travers les multiples genres qu’il a exploités, et, pour compléter le dossier, vingt auteurs et un journaliste parlent de leurs relations avec les écrits de Borges. Par ailleurs, Québec en toutes lettres se poursuit ce week-end, jusqu’au 24 octobre. On peut notamment rencontrer des auteurs de la Vieille Capitale dans une chambre d’hôtel pendant l’activité oeuvres de chair, entendre des contes ou lire de la Twittérature.

  • 28 octobre 2010. Média. La Fête des morts, en lice pour le Prix du livre jeunesse des bibliothèques de Montréal dans le cadre de la Semaine des bibliothèques publiques.

  • 20 au 30 octobre 2010. Rencontre. Dany Laferrière au Toronto writer fest

  • 4 au 7 novembre 2010. Rencontre. Salon du livre de Rimouski.

    Voyage au pays des mots
    Carl Thériault, Le Soleil
    27 octobre 2010

    Rimouski – Le 45e Salon du livre de Rimouski constituera une invitation, du 4 au 7 novembre au Centre des congrès de Rimouski, à un grand voyage au pays des mots.

    « Chaque année, nous avons un genre littéraire à l’honneur. Cette année, ce sera les récits de voyages avec la maison d’édition à l’honneur Mémoires d’encrier qui publie des auteurs antillais, particulièrement haïtiens, dont Dany Laferrière. Il y aura une soirée Haïti avec quatre auteurs haïtiens dont tous les revenus seront remis aux étudiants haïtiens venus étudier à l’Université du Québec à Rimouski », explique Robin Doucet, directeur général du Salon du livre.

    Plus de 180 auteurs seront présents à ce rendez-vous littéraire annuel sous 99 stands, dont les quatre invités d’honneur Nicole Testa, Annie Groovie, Kim Thuy et Gil Courtemanche.

    L’esprit du grand voyageur que représente Tintin sera également au Salon par l’intermédiaire du bédéiste Tristan Demers, auteur de Tintin et le Québec : Hergé au coeur de la Révolution tranquille.

    Il y aura même de l’espace pour l’art culinaire à l’occasion de la conférence de Philippe et Ethnée de Vienne sur les grands gourmands voyageurs, fins connaisseurs des épices pour qui veut apprêter sa cuisine aux parfums exotiques, synonymes de voyages.

    Les tables rondes inciteront les plus curieux à vouloir connaître les pistes à suivre pour construire, autant que faire se peut, le « grand roman », un sujet que débattront, entre autres, Dany Laferrière et Victor-Lévy Beaulieu le samedi 6 novembre de 13h30 à 14h30.

    Des groupes de 15 personnes réunies avec un auteur sous la formule des « échanges pratiques et confidences d’auteurs » sont à nouveau offerts au public ainsi que le grand déjeuner littéraire du dimanche 7 novembre.

    « Nous sommes partis de 600 élèves il y a quatre ans à des activités pour 3800 élèves cette année grâce à la collaboration de la commission scolaire des Phares », a souligné René Girard, président du Salon du livre. La nuit à lire debout pour les jeunes sera à nouveau à l’affiche.

    Comme d’habitude, les journées du jeudi et du vendredi sont réservées aux étudiants de la région – avec des spectacles pour les jeunes lors des matinées du samedi et du dimanche – le vendredi après-midi ciblant les aînés.

    Le Salon ouvrira ses portes avec la remise des prix Jovette-Bernier (encouragement à un auteur de la région) et Arthur-Buies (reconnaissance de la carrière d’un écrivain de la région pour sa contribution à la littérature).

  • 6 novembre 2010. Écho. La fête des morts dans Le Devoir

    Danse, transe et ambiance pour la fête des morts vaudou
    par Caroline Montpetit

    Dans le livre pour enfants La Fête des morts, de Dany Laferrière, Vieux Os et son ami Frantz se rendent à la fête des morts à Petit-Goâve, où ils rencontrent entre autres Tézina, une vieille femme fiancée au Baron Samedi, personnage de la mythologie vaudou, gardien des cimetières.

    page a4
    Cette scène aurait pu se produire à Montréal, samedi dernier, alors que plusieurs membres de la communauté haïtienne montréalaise célébraient la fête des morts vaudou, que l’on appelle aussi la cérémonie des guédés, dans le sous-sol de l’église de la paroisse Saint-Bernardin-de-Sienne, dans Villeray-Saint-Michel.

    Alors que les hommes commencent à tambouriner sur leurs djembés apportés pour l’occasion, femmes et hommes — mambos et ougans comme on appelle les prêtresses et les prêtres vaudous –, tous vêtus de blanc, entament des danses et des chants.

    «Cela semble improvisé, mais tout est très calculé. Les chants, tout», commente Mauro Peressini, conservateur du Musée canadien des civilisations qui tiendra une exposition sur le vaudou, dans le monde et au Canada, à l’automne 2012.

    Au premier abord, on se croirait dans une fête d’Halloween un peu tardive. Squelettes, têtes de mort et tombes gravées ornent la salle, toute drapée de blanc, de noir et de mauve.

    «Les Haïtiens d’ici ont intégré des éléments de l’Halloween à leurs rites, précise M. Peressini, qui revient justement d’un séjour en Haïti. En Haïti, il y a moins de babioles comme ça. Par contre, il y a de véritables crânes humains. Mais ce n’est pas négatif pour eux. C’est une façon de se rapprocher des morts».

    L’ambiance qui règne dans le sous-sol de l’église de Saint-Bernardin-de-Sienne n’a d’ailleurs rien de pathétique. Quelques heures après le début de la cérémonie, aidés peut-être par quelques gorgées de rhum ou d’autres alcools forts, les convives se laissent aller à des danses de plus en plus sensuelles, les tambours se font plus envoûtants.

    À partir d’un certain moment, quelques femmes semblent tomber en transes, puis sont calmées par Rolanda Delerme, l’ati régionale de Montréal, sorte de leader religieuse, que l’on appelle ici Belle déesse junior. Viennent ensuite des scènes de transes plus prononcées, où des participants se roulent par exemple sur le plancher alors que d’autres convives agitent un drap blanc au-dessus d’eux. On dit que c’est l’esprit de saint Patrick qui se manifeste comme ça à travers eux.

    «Vous ne connaissez pas votre histoire religieuse?», me demande Belle déesse junior en souriant. «Saint Patrick aime se transformer en serpent. Et on agite un drap au-dessus d’eux parce que les serpents aiment être cachés.»

    Au fur et à mesure que la soirée avance, la salle se remplit. Les nouveaux venus entonnent les chants avec les prêtres et les prêtresses, l’ambiance se réchauffe encore, volatile comme la trace brûlante du rhum dans les gorges.

    «Il faut souvent arriver tard dans les cérémonies vaudou, c’est là que le meilleur arrive», commente Mauro Peressini. Après une courte pause, les prêtres et les prêtresses reviennent, cette fois vêtus majoritairement de mauve. On attend la visite de Baron Samedi, l’un des guédés des morts ainsi que de ses autres incarnations, Baron Cimetière et Baron Lacroix, tous mariés à Madame Brigitte, autre personnage de la mythologie vaudou.

    «Il arrivera bientôt, assure une participante. Il aura cet aspect-là», dit-elle en désignant un squelette dessiné dans une tombe. Mais le temps passe, les chants se poursuivent et Baron samedi n’arrive pas. La nuit est tombée depuis longtemps. Les enfants dorment. Il faut rentrer. Dans l’automne frissonnant de Montréal, je repense à ces mots de la grand-mère Da, dans La Fête des morts, de Dany Laferrière: «On meurt, Vieux Os, quand il n’y a plus personne sur terre pour se rappeler ton nom.» Il semble bien que le vaudou ne meure pas.

  • 8 novembre 2010. Média. La dérive douce d’un enfant de Petit Goâve en lice pour le trophée Arts afro-caribéens du meilleur documentaire – diffusé sur France 2 et TV5 Monde.

  • 8 novembre 2010. Témoin. 20 ans de la Compagnie Marie Chouinard

    Herby dans les coulisses
    par. Herby Moreau, La Presse
    11 novembre 2010

    En belle compagnie…
    Lundi dernier, dans son magnifique studio qui fait face au mont Royal, la chorégraphe Marie Chouinard a fêté les 20 ans de sa compagnie en nous présentant un magnifique ouvrage qui se veut un regard sur son oeuvre créative. Par amitié, Dany Laferrière a tenu à être présent pour rendre hommage à cette grande dame de la danse contemporaine. Les deux artistes, qui sont devenus de véritables références dans leur domaine respectif, partiront prochainement chacun de son côté en tournée dans le monde, comme des rock stars. La compagnie Marie Chouinard présentera des spectacles au Brésil, au Chili, en Hongrie, en Pologne et en Australie. Quant à Dany, qui fêtait ce soir-là le premier anniversaire de son prix Médicis, il s’apprête à partir pour Lyon, où il se verra décerner le prestigieux diplôme honoris causa de l’École normale supérieure. Puis, le 6 décembre, à Paris, il participera à une table ronde avec Salman Rushdie, Umberto Eco et Paul Auster. Ça y est, Dany Laferrière est entré dans le star système des grands auteurs de notre temps!

  • 10 novembre 2010. Parution du collectif des Assises du roman

    Les Actes des Assises du roman disponibles en librairie
    Le Progrès – Lyon

    Les Actes des dernières Assises internationales du roman, ayant pour thème « Le roman : tout dire ? » sont disponibles en librairie, aux Éditions Bourgois. Avec les textes de (entre autres) Roberto Alajmo, Aharon Appelfeld, Florence Aubenas, Gwenaëlle Aubry, François Beaune, Geneviève Brisac, Antonio Caballero, Emmanuel Carrère, Marie Darrieussecq, Erri De Luca, Marie Desplechin, James Frey, Wendy Guerra, A. M. Homes, Dany Laferrière, Michèle Lesbre, Laurent Mauvignier, Bernard Pivot, Richard Powers…

  • 13 novembre 2010. Média. «Dany Laferrière, président du stand spécial Haïti Solidarité au Salon du livre de Montréal»

    par Chantal Guy
    dans La Presse

    À l’initiative de Rodney Saint-Éloi, directeur des éditions Mémoire d’encrier, qui nous font découvrir les meilleurs écrivains haïtiens, amérindiens et québécois, il y aura « une cour à l’haïtienne » au Salon cette année. « C’est en fait un espace de vie qui sera décoré afin de montrer que le pays est vivant, explique l’éditeur et écrivain, qui vient tout juste de publier le livre Haïti Kenbe La! – 35 secondes et mon pays à reconstruire chez Michel Lafon. « Ce sera l’illustration parfaite de ce que Dany a dit au lendemain du séisme: quand tout tombe, il reste la culture. » Dany Laferrière sera d’ailleurs le président de ce stand spécial, Haïti Solidarité, que les visiteurs pourront fréquenter pendant toute la durée du Salon.

    Le but de Rodney Saint-Éloi est de faire rencontrer les cultures haïtienne et québécoise par l’entremise de la littérature depuis qu’il s’est installé au Québec, il y a une dizaine d’années, en fait. Le séisme du 12 janvier a créé chez les Québécois un besoin d’en savoir plus sur son pays natal, dit-il. « Je pense qu’on a dépassé la phase exotique, les gens ont envie de mieux connaître Haïti. »

    La littérature est là pour ça. Ils seront 17 écrivains, de la diaspora ou du Québec, à dynamiser le stand. Nous aurons la visite de Lyonel Trouillot, Gary Victor, Emmelie Prophète, Kettly Mars, Makenzy Orcel, Pierre Buteau, Leslie Péan et Christophe Charles. Les auteurs haïtiens du Québec, outre Dany Laferrière et Rodney Saint-Éloi bien sûr, seront Stanley Péan, Marie-Célie Agnant, Franz Benjamin, Gary Klang, Joe Jack, Lenous Suprice et Joël Des Rosiers.

    Depuis deux ans, les écrivains haïtiens ne cessent de rafler des prix littéraires prestigieux, le plus célèbre au Québec étant le Médicis de Dany Laferrière pour L’énigme du retour, évidemment. Ce qui démontre hors de tout doute le caractère très contemporain de cette littérature qui touche la réalité de plusieurs continents dans un monde sans cesse en mutation. C’est aussi une autre façon de reconstruire Haïti. « Quand on pense à la reconstruction, on pense tout de suite aux murs, mais il y a la culture, souligne Rodney Saint-Éloi. L’imaginaire est tout aussi important que la réalité, parce que le pays est d’abord une projection de l’imaginaire. L’imaginaire crée le pays, et les murs vont suivre. Et qui de mieux que les écrivains pour faire entrer les gens dans leur pays? »

    Haïti Solidarité présente aussi la table ronde Écrire le séisme, avec Dany Laferrière, Makenzy Orcel et Rodney Saint-Éloi dimanche, 13h, à la Grande Place.

    🌸

    Le Devoir

    Les éditions Mémoire d’encrier reçoivent au Salon du livre de Montréal 17 auteurs haïtiens, réunis sous la présidence de l’ineffable Dany Laferrière. Les écrivains discuteront, écriront, penseront la refondation d’Haïti, et continueront à nourrir la culture qui, elle, est restée plus solide que le béton.

  • 17 novembre 2010. Chronique «Éloge du lecteur» par Dany Laferrière, Le Devoir

    Quand on parle de livres dans les journaux (en dehors de la section réservée à la critique littéraire) c’est souvent pour rappeler que les bibliothèques sont vides, que les jeunes gens lisent de moins en moins, et que les livres de cuisine, de vedettes du showbiz, de sport ou de psychologie populaire ont définitivement pris le pas sur la littérature de qualité. On parle, presque avec délectation, de ceux qui ne lisent pas. Pour finalement stigmatiser le pouvoir dont le budget pour la lecture semble souffrir d’anorexie. Et on conclut qu’un tel comportement ne peut avoir qu’un impact négatif sur notre vie en société. Tout cela est, bien sûr, indiscutable.

    Mais si on évoque, pour une fois, ce lecteur téméraire qui accepte de plonger dans un univers inédit qui risque de changer sa vision du monde. Nous devons d’abord reconnaître que les lecteurs sont beaucoup plus nombreux qu’on ne le croit et que leur présence, malgré cette étonnante discrétion, définit notre urbanité. On imagine mal une ville sans ce personnage, en apparence muet mais si gorgé de musique, de rythme et d’idées. Ce lecteur semble vouloir s’infiltrer dans toutes les anfractuosités de la ville.

    C’est souvent le dernier geste du lecteur avant de sortir: glisser un livre dans sa sacoche. Il lit dans le métro, où j’ai vu ce matin une jeune fille complètement hypnotisée par La Sonate à Kreutzer de Tolstoï. Il lit aussi dans l’autobus, sur un banc de parc, au bureau, dans les cafés, en marchant. Certains fous lisent même en conduisant. D’autres, plus tempérés, se contentent de lire dans leur baignoire. Après l’amour, il arrive que le livre remplace la cigarette. Il est si plongé dans sa lecture qu’on n’ose le déranger. Le corps ici, mais l’esprit ailleurs: il mène une double vie. Ce va-et-vient entre le monde réel et le monde rêvé en fait un être si complexe qu’il devient rétif aux ordres. D’où la vieille méfiance des pouvoirs pour le livre. Pas le livre préfabriqué, mais celui qui est tissé de veilles et d’angoisses et qu’on lit avec fièvre.

    Mais l’objet livre ne se laisse pas faire. On découvre son poids au moment de déménager. Et on regrette alors son appétit vorace, pour un bref temps, car ce sont les livres qu’on déballe en premier dans un nouvel appartement. Et, assis sur des caisses, on profite pour relire quelques pages lumineuses d’un essai qu’on porte dans son coeur, ou pour simplement découvrir un roman qui s’était fait trop discret dans la bibliothèque. Comme premier geste, à l’aube, on tend la main vers un livre sur la table de chevet. On le remet, le soir, à la même place, juste avant d’éteindre la petite lampe. Ainsi donc, la vie sociale du lecteur se passe entre deux lectures.

    Il a fallu vingt-six minuscules lettres de l’alphabet pour soulager la mémoire humaine qui, sans cela, aurait succombé sous le poids de nos souvenirs, de nos rêves et de nos idées. On reste effaré devant l’ampleur des savoirs, comme des fantaisies, que les humains ont pu glisser dans ce mince objet rectangulaire. Les lecteurs semblent avoir créé cette étrange vie si intime et publique à la fois. Leur sensibilité frémissante fait barrage à ces tentatives de décervelage des pouvoirs. Leur immobilité apparente calme le reste de la population qui semble prise d’une constante frénésie.

    L’écriture, comme la lecture, touche énormément de gens. On n’a qu’à imaginer une ville sans écrivains et sans lecteurs pour sentir passer un vent froid. Le lecteur semble toujours à la recherche des membres de sa tribu disséminés dans la ville. Il suffit qu’un autre prononce le nom de son écrivain favori pour qu’il sente une affinité immédiate avec lui. Ils seront nombreux au Salon du livre, où j’attends de surprendre le visage subitement éclairé de l’un d’entre eux. Comme si la lumière pouvait jaillir d’un livre ouvert.


    Dany Laferrière est l’auteur d’une oeuvre littéraire abondante. Son dernier roman est L’Énigme du retour, publié en 2009 (Boréal), pour lequel il a reçu le prix Médicis.

  • 20 novembre 2010. Média. «Dany Laferrière: la liberté d’abord» propos recueillis par Danielle Laurin, Le Devoir

  • 17 au 22 novembre 2010. Rencontre. Salon du livre de Montréal.

    dans La Presse : Piloté par Dany Laferrière et Rodney Saint-Éloi, l’événement Haïti Solidarité accueillera 17 écrivains haïtiens, de Montréal ou d’Haïti. « Pour une fois, c’est Haïti qui va aider Montréal », a souligné hier Laferrière en conférence de presse. Ces écrivains apportent avec eux leurs livres, certains écrits sous la tente depuis le séisme de janvier. « Quand tout tombe, il reste la culture », disait-il très justement au lendemain de la catastrophe.

    dans Le Devoir : Le mouvement de sympathie envers Haïti se poursuit tous livres ouverts avec Haïti Solidarité – Quand tout tombe, il reste la culture, en collaboration avec les éditions Mémoire d’encrier, qui accueilleront 17 auteurs haïtiens. De sa verve enflammée, Dany Laferrière a profité de la conférence de presse pour rappeler que «le livre est un acte citoyen. Si quelque chose peut servir de relais entre les humains, c’est ce témoin qu’on se passe». Il a donné également l’exemple de Makenzy Orcel, qui sera de cette délégation haïtienne pour porter Les Immortelles (Mémoire d’encrier), premier roman écrit dans la rue, après le séisme de janvier. «Il lui est resté, disait Laferrière, quand sa maison tombait, l’alphabet. L’homme, tout nu, sans rien, avec l’aide de l’alphabet peut rêver et faire des livres.»

  • 23 novembre 2010. Média. Tout bouge autour de moi en lice pour le Prix Frye Académie de Moncton.

  • 29 novembre 2010. Parution du collectif Haïti mon pays aux éditions de la Bagnole, préfacé par Dany Laferrière.

    Les enfants poètes haïtiens
    Sophie Duroche, Le Journal de Montréal
    4 décembre 2010

    « En Haïti, les poètes poussent plus vite que les arbres. » C’est cette phrase de l’auteur québécois d’origine haïtienne Dany Laferrière qui sert d’introduction au très joli livre Haïti mon pays, un recueil de poèmes d’écoliers haïtiens écrits avant le tremblement de terre de janvier 2010. Les enfants y parlent d’un pays coloré, où poussent les mangues, les figues, les oranges à profusion et où les jardins débordent d’hibiscus. « Jolies fleurs de mon pays sont pour moi/Comme des papillons roses/Qui sourient au soleil » écrit Judes-Roldes. « Pays magnifique devient/Terre brisée/Tous les sourires se perdent » écrit Annie Hum.

    Pourquoi devriez-vous lire ce livre? Parce que les poèmes enfantins sont charmants et pleins d’amour pour un pays aujourd’hui en ruines. Parce que les dessins de l’illustrateur québécois Rogé nous montrent des enfants rieurs et amoureux de la vie. Et parce que les droits d’auteurs seront remis à une fondation qui forme des professeurs dans le sud-ouest d’Haïti. Enfin, dernière raison, parce que c’est un livre qui parle d’Haïti et d’espoir, et pas de destruction, de choléra et de misère humaine.

    🌸

    Haïti vue par des enfants
    Anne Michaud, Le Devoir
    4 décembre 2010

    Il était une fois une enseignante d’origine haïtienne, Perpétue Sulney, qui avait en sa possession quelques dizaines de poèmes écrits en 2009 par des écoliers de Camp-Perrin, une ville du sud-ouest d’Haïti. À la suite du séisme de janvier 2010, Perpétue Sulney conçoit le projet de réunir ces poèmes sous forme de cahier et de les vendre pour venir en aide à la communauté de Camp-Perrin. Elle en parle à une amie canadienne, qui en parle à son tour à Jennifer Tremblay, directrice des éditions de la Bagnole.

    En lisant les poèmes de ces jeunes Haïtiens, Jennifer Tremblay ressent une grande émotion: à travers les mots des enfants, qui chantent la beauté de la nature qui les entoure, elle sent une espèce de prémonition de la catastrophe qui allait bientôt s’abattre sur leur pays. En bonne éditrice, Jennifer sait qu’elle tient là un matériel intéressant, qui doit tout de même être bonifié, illustré. À ce moment-là, elle rencontre l’illustrateur montréalais Rogé, qui travaille justement sur des portraits d’enfants haïtiens, sans vraiment savoir à quoi va servir ce travail. Immédiatement, Jennifer Tremblay se dit que les portraits de Rogé et les poèmes des enfants de Camp-Perrin sont faits pour être publiés ensemble. Da-ny Laferrière accepte de signer la préface du livre et c’est ainsi que naît l’idée de l’album Haïti mon pays.

    La quinzaine de poèmes choisis décrivent une nature généreuse, débordante de couleurs, de parfums et de goûts. En lisant ces poèmes, on voit « les manguiers fleuris au bord des routes », le « ciel d’azur parsemé de petits nuages blancs », les hibiscus aux « fleurs rouges, roses, jaunes de fantaisie »; on goûte les « oranges plus sucrées que le sucre, plus savoureuses que le miel », la « mangue mûre… au goût de miel et de délices ». Les mots de ces jeunes poètes savent aussi nous émouvoir, tel celui-ci qui rêve d’une île où « de grands arbres empêchent ses terres de dégringoler » et qui conclut son texte en disant: « Je ne veux plus voir ces choses en rêve / Mais en vrai… » Ou cette jeune fille dont le texte dit simplement: « Pays magnifique devient / Terre brisée / Tous les sourires se perdent »…

    Sobriété

    Parallèlement à ces poèmes qui débordent de couleurs, les portraits de jeunes Haïtiens réalisés par Rogé étonnent par leur sobriété. Comme le note Dany Laferrière dans sa préface, quand on dessine des Haïtiens, « on croit toujours qu’il faut forcer le trait et ajouter de la couleur » alors que Rogé propose des portraits dans lesquels « la finesse des traits et la pureté du regard sont peut-être des éléments essentiels à cette élégance d’esprit observée ».

    Le résultat du jumelage effectué par Jennifer Tremblay est à la fois réjouissant et attristant. Réjouissant par la richesse de l’imaginaire dont les textes témoignent; attristant parce qu’on ne peut s’empêcher de se demander de quoi est fait l’avenir de ces jeunes poètes et du pays qu’ils décrivent si bien. Quoi qu’il en soit, il semble que la poésie ait un avenir assuré en Haïti, ce pays, comme le dit Dany Lafferrière, où « les poètes poussent plus vite que les arbres ».

    À noter qu’avec l’accord des jeunes poètes, leurs droits d’auteur seront versés à la Fondation du renouveau pédagogique de Camp-Perrin, un organisme dont l’objectif est de promouvoir les sciences de l’éducation et de former des enseignants qui pourront à leur tour contribuer à la formation des écoliers haïtiens. Fait exceptionnel pour un éditeur jeunesse québécois, l’album Haïti mon pays est lancé simultanément au Québec et en France.

    Les éditions de la Bagnole voudraient aussi organiser un lancement officiel et une grande fête à Camp-Perrin, mais pour cela, il faudra que la situation s’améliore en Haïti…

    🌸

    Les enfants poètes haïtiens
    Le Journal de Québec
    4 décembre 2010

    «En Haïti, les poètes poussent plus vite que les arb-res. » C’est cette phrase de l’auteur québécois d’origine haïtienne Dany Laferrière qui sert d’introduction au très joli livre Haïti mon pays, un recueil de poèmes d’écoliers haïtiens écrits avant le tremblement de terre de janvier 2010. Les enfants y parlent d’un pays coloré, où poussent les mangues, les figues, les oranges à profusion et où les jardins débordent d’hibiscus. «Jolies fleurs de mon pays sont pour moi/Comme des papillons roses/Qui sourient au soleil », écrit Judes-Roldes. «Pays magnifique devient/Terre brisée/Tous les sourires se perdent», écrit Annie Hum.

    Pourquoi devriez-vous lire ce livre? Parce que les poèmes enfantins sont charmants et pleins d’amour pour un pays aujourd’hui en ruines. Parce que les des-sins de l’illustrateur québécois Rogé nous montrent des enfants rieurs et amoureux de la vie. Et parce que les droits d’auteur seront remis à une fondation qui forme des professeurs dans le sud-ouest d’Haïti. Enfin, dernière raison, parce que c’est un livre qui parle d’Haïti et d’espoir, et non pas de destruction, de choléra et de misère humaine.

    🌸

    Haïti naif
    par Josée Lapoint, La Presse
    10 décembre 2010

    Il y a de ces livres qui touchent et qui émeuvent: Haïti mon pays en fait partie. Y sont réunis des poèmes d’écoliers haïtiens magnifiquement illustrés par le Québécois Rogé. Comme le précise Dany Laferrière dans la préface, ces poèmes ont été écrits avant le tremblement de terre qui a secoué le pays l’an dernier, et les poètes en herbe vivent dans une région de l’île relativement épargnée par le mauvais sort. Le résultat est naïf, profond et jamais misérable. On y sent l’empreinte de la nature et de sa beauté, mais aussi une espèce de nostalgie rêveuse qui ressort du regard mélancolique et du sourire un peu retenu des « portraits haïtiens » de Rogé. Les droits d’auteur du livre seront remis à la fondation du Renouveau Pédagogique de Camp-Perin, situé dans le sud-ouest d’Haïti, où vivent près de 8000 enfants. Un projet beau et bon mené par les Éditions de la Bagnole.

  • 2 décembre 2010. Écho. Livre Entre textes et images : Constructions identitaires en Acadie et au Québec, sous la direction de Monika Boehringer, Kirsty Bell et Hans R. Runte

    Lancement d’un livre portant sur les constructions identitaires en Acadie et au Québec
    L’Institut d’études acadiennes et les recteurs de l’Université de Moncton et de Mount Allison University, Yvon Fontaine et Robert M. Campbell, invitent le public à assister au lancement du livre « Entre textes et images : Constructions identitaires en Acadie et au Québec », sous la direction de Monika Boehringer, Kirsty Bell et Hans R. Runte, aujourd’hui, jeudi 2 décembre, de 16 h 30 à 18 heures à la Galerie d’art Louise et Reuben-Cohen.

    Cet ouvrage collectif rassemble des textes de Denis Bourque, Herménégilde Chiasson, Carola David, Jean-Luc Desalvo, Ingo Kolboom, Denise Lamontagne, Julie LeBlanc, Corrie Level-Scott, Irène Oore, Joëlle Papillon, François Paré, Claudine Potvin, Amy J. Ransom, France St-Jean, Jimmy Thibeault, Emmanuelle Tremblay et Ania Wroblewski.

    Leurs textes examinent les enjeux multiples de l’identitaire dans des écrits littéraires en lien avec diverses expressions iconiques de l’Acadie et du Québec dont ceux d’Antonine Maillet, Michel Roy, Dano LeBlanc, Jean Babineau, France Daigle, Nelly Arcan, Pauline Harvey, Monique Bosco, Régine Robin, Stanley Péan, Dany Laferrière, Monique Proulx, Marie-Claire Blais, Roméo Savoie et Roland Giguère.

  • 6 au 8 décembre 2010. Rencontre. Université Paris Diderot à Paris

    Paris relève les conteurs
    par Frédérique Roussel, Libération
    6 décembre 2010

    Histoires . L’Odéon et l’université Paris Diderot organisent des journées autour de la littérature orale.

    La même question depuis cinq ans : «Pourquoi faut-il raconter des histoires ?» La journée de littérature orale, tenue jadis au théâtre du Rond-Point, rallie l’Odéon. L’interrogation suit. «Pour s’en défausser», dirait le conteur. Qui connaît une histoire n’a pas le droit de la garder; elle pourrait se venger. Matière vivante, orale, l’histoire passe de bouche à oreille.

    Thème de l’événement, organisé par Mondoral : la transmission, la métamorphose, l’adaptation au monde de demain. Selon un mode inchangé, des écrivains, philosophes, sociologues et bien sûr conteurs dévoileront aujourd’hui leur propre réponse. Quatre tables rondes accueillant chacune dix participants avec dix minutes pour exposer leur point de vue en un récit. Les propositions sont ensuite débattues. Notamment annoncés, Bruno de La Salle, Jihad Darwiche, Olivier Py, Alain Mabanckou, Muriel Bloch, Yannick Jaulin, Boris Cyrulnik, Raphaël Enthoven, Jean-Claude Carrière et Dany Laferrière. Pour poursuivre la réflexion sur l’oralité, «les 1 001 Vies du conte» regrouperont une trentaine d’artistes à l’université Paris Diderot (Paris-VII), de mercredi à vendredi, dans le cadre d’ateliers, master-classes et jeux d’impro.

    (1) Mondoral (Conservatoire de littérature orale de Vendôme, la Maison du conte de Chevilly-Larue, Paroles Traverses de Rennes, Centre des arts du récit en Isère).

    «Pourquoi faut-il raconter des histoires ? Transmettre». Théâtre de l’Odéon, aujourd’hui, de 10 h 30 à 22 heures. «Les 1 001 Vies du conte», université Paris Diderot, de mercredi à vendredi.

  • 7 décembre 2010. Média. Dany Laferrière en lice pour la couverture du Time Magazine.

  • 15 décembre 2010. Média. L’énigme du retour vendu à 40 000 exemplaires au Québec, La Presse

  • 17 décembre 2010. Média. «Rencontrer Dany Laferrière» Ouest France

    Rencontrez Dany Laferrière

    L’écrivain Dany Laferrière, né à Haïti et vivant au Canada, sera l’invité de Ouest-France, mardi 4 janvier, à l’occasion de la sortie de son nouvel ouvrage Tout bouge autour de moi. Il y raconte le séisme du 12 janvier à Haïti. Une rencontre avec trois lecteurs, au siège de notre journal, à Rennes, est organisée.

  • 18 décembre 2010. Média. Dany Laferrière parmi les 25 artistes sans qui 2010 n’aurait pas été l’année fascinante qu’elle a été. La Presse

    Jusqu’en 2007, le cahier des Arts et Spectacles de La Presse avait pour habitude de publier son palmarès annuel des 25 décideurs du milieu artistique. Et puis, la tradition s’est étiolée: les décideurs sont à peu près toujours les mêmes, bon an, mal an.

    Mais les créateurs, eux, changent, dérangent, frappent, étonnent, ébranlent. Bref, en cette ère où il est si souvent question d’économie et de marché, nous avons vraiment eu envie de parler de ceux qui nous ont marqués par leur art et leur âme au cours de l’année qui s’achève.

    Un comité de responsables et de journalistes de la section des Arts s’est d’abord réuni pour discuter, défendre, choisir, rejeter, plaider – bref, ça a gentiment bardé pour établir la liste de 25 noms et leur ordre. Ensuite, nous nous sommes partagé le travail, selon les affinités, afin de rédiger un portrait de chacun de ces 25 artistes sans qui 2010 n’aurait pas été l’année fascinante qu’elle a été. Oui, nous sommes subjectifs. Mais surtout admiratifs…

    Les réseaux sociaux – Twitter, Facebook et compagnie – c’est bien. Les artistes sociaux, ceux qui connectent et branchent les gens, ceux qui font évoluer notre monde et notre vision des choses, c’est mieux. C’est dans cette optique que nous avons établi le palmarès des 25 artistes qui nous ont le plus marqués en 2010, toutes disciplines artistiques confondues. Tous des gens à qui on peut dire bravo et aussi merci.

  • 18 décembre 2010. Rencontre. Librairie Olivieri.

⏳ Cette section est en cours d’écriture.
Pour toute question ou commentaire, écrivez-nous.